mardi 10 mars 2009
Ho Chi Minh Ville - Une visite eclair
Apres un long retour en bus vers Ho Chi Minh Ville, nous nous separons des deux cousins Linh et Cao. Les adieux sont emouvants et d'une concision etonnante. Nous notons tout de meme leurs adresses internet. Le bus nous depose devant notre guest-house, et le temps de decouvrir notre nouvelle chambre d'hotel (le ventilateur ne fait cette fois pas le bruit d'un Concorde au decollage), nous nous rendons compte que nous n'avons que quelques heures a peine devant nous pour decouvrir la ville de Saigon.
En effet le lendemain, notre avion decolle a 6h45 vers le centre du Vietnam, pas interet a se coucher tres tard! (ce qui a un peu vexe Linh et Cao, qui voulaient faire la nouba avec nous a Saigon)
Saigon est une ville tres agreable. Une fois qu'on ne voit plus les nuees de motos, et qu'on ne fait plus attention a la pollution, on s'apercoit que ces grandes arteres font un contrepoint aere a la chaleur moite, que les maisons sont charmantes, qu'il y a de nombreux parcs, notamment devant notre hotel, ou de petits vieux font leur footing et des moins vieux jouent a une espece de foot-badmington. Ce dernier sport est particulierement etrange mais fait fureur au Vietnam : il s'agit d'une variante du tennis-ballon deja en vogue en Thailande et au Laos, ou la balle de foot est remplacee par un gros volant de badmington. Sont fous ces Viets!
Langueur, douceur de vivre : tout comme dans le delta, partout ce ne sont que sourires et rires. Les Viets du Sud sont sans cesse en train de se poiler, de se sourire, de se lancer des vannes : a mille lieux de la froideur des visages de Hanoi. Et si certains tentent un peu de nous entuber, en general un peu de negociation montre qu'ils ont le sens de l'humour, et sont sans cesse pret a admettre qu'ils avaient peut-etre un peu abuse.
Nous egrenons en accelere les monuments de Saigon, sans les visiter bien sur vu qu'il est 5h de l'apres-midi (heure de fermeture) : Hotel de Ville, Grand Theatre, Ancienne Poste, Palais Presidentiel, etc. Tous ces batiments nous enchantent, et nous ressentons a peine le regret de n'etre pas reste plus longtemps sur place, vu qu'apres tout ils ne sont pas nombreux.
2000 bacteries
Nous mangeons le soir dans un curieux restaurant : Pho 2000 est une cantine celebre pour ses soupes Pho (soupes de nouilles au boeuf, specialite viet), mais aussi pour avoir accueilli le temps d'un repas l'illustre Bill Clinton. La devanture indique donc en lettres d'or : PHO 2000, Pho for the President ! A l'interieur du restaurant, une grande photo du Bill entoure des cuisiniers et des serveurs. En realite, ce qui devait etre a l'origine un vrai repere a viets est devenu une usine a touristes. Le bon gout de leur plat nous a cependant laisse un souvenir moins imperissable que les microbes qu'ils contenaient : nous nous sommes relayes toute la nuit dans les toilettes de notre chambre. On se demande encore si Bill et Hillary ont, comme nous, fait la course-relais toute la nuit, apres etre alles a "Pho 2000"....
Key Boxing
A propos de chambre d'hotel, une petite anecdote pour illustrer le cote decontracte et un peu sans-gene de nos amis les Viets. Alors que nous reintegrons notre chambre apres cette belle experience culinaire, Aglae sort de la salle de bains et claque la porte. Ce que nous ne savions pas, c'est que la serrure-bouton, systeme tres repandu en Asie et aux Etats-Unis, qui permet de bloquer la porte quand on est a l'interieur, etait ici extremement rouillee. La porte se retrouve donc bloquee !
Apres un petit moment d'incomprehension, c'est un peu la panique : nos trousses de toilettes sont a l'interieur, nous avons un avion tres tot le lendemain... s'ils font venir un serrurier, pourra-t-il liberer nos brosses a dents a temps ? Dit comme ca, je sais que c'est un peu drole, mais nous ne faisions pas les fiers - surtout qu'une heure avant, nous nous etions deja enfermes DANS la chambre, puisque la clef de la porte de la chambre ne fonctionnait pas bien non plus, et nous avions du appeler a l'aide jusqu'a ce qu'ils trouvent une autre cle. Decidement ils avaient un probleme avec les serrures dans cet hotel.
Apres avoir minablement essaye d'ouvrir la porte nous-memes (avec une vieille carte bleue, avec des epingles a nourrice), nous nous resignons a appeler quelqu'un de l'hotel. Je trouve dans les escaliers une espece de gringalet tendance mollusque, qui ne parle pas trop anglais, mais daigne me suivre jusqu'a la serrure. Immediatement il se precipite sur des cles a nous qui trainent (celles cruciales pour ouvrir les cadenas de nos sacs), et entreprend de les detruire methodiquement afin d'ouvrir la porte. Je l'arrete a temps, en lui expliquant l'importance de ces cles. Il s'excuse :
- Do you have a KKKnife ?
Nous nions ; il disparait, puis revient avec un couteau. Nous nous eloignons du mollusque, qui s'excite sur la serrure avec une certaine violence. Puis il s'eloigne, souleve un pied vers la porte, se tourne vers nous, le pied nu encore en l'air :
- Can I ?
- It's your hotel, man !
Et la, pieds nus, le jeune type se met a defoncer la poignee-bouton en fer. Nous sommes effares, mais le gars garde un calme olympien pendant qu'il defonce son hotel. En quelques coups de pieds, et un coup de poing, l'adepte du kick-boking a fait un gigantesque trou dans la porte. Il arrache les derniers lambeaux de metal, et parvient a ouvrir la porte, nous assurant que ce sera repare demain ! Nous nous assurons que le carnage serrurier ne sera pas a nos frais, le type s'exclame, quelque chose comme "mais bien sur que non", et disparait dans la nuit, la moitie de la porte a la main.
Nous mettons un bout de temps a nous endormir, tout de meme...
L'avion qui venait du froid
Le lendemain, on se jette dans un taxi, defonces de fatigue, puis on grimpe dans un avion dont la climatisation depasse les bornes les plus folles. Les passagers frigorifies se roulent dans des plaids et des couettes pour eviter l'hypothermie. De grands nuages de vapeur glacee rodent vers le plafond, et on s'attend presque a voir des stalactites aux commissures de nos levres. Les hotesses, probablement croisees avec des pingouins, ne semblent pas remarquer le rapport avec la Siberie, et continuent d'evoluer aussi legerement que d'habitude. Merci Jetstar. A l'arrivee, nous poussons un hurlement de soulagement devant la chaleur de Danang !
mardi 24 février 2009
Siem Reap 4e jour- Angkor un medecin, Angkor des antibiotiques!
dimanche 22 février 2009
Siem Reap 3e jour - Angkor des temples et des conflits
Au réveil, Aglaé va mieux, moi moins bien. Nous nous bougeons quand même pour aller voir ces satanés temples, et tant pis si je me sens fiévreux : notre pass expire ce soir. Décision est tout de même rapidement prise de prendre un tuk-tuk pour faire le tour des temples plutôt que des vélos : la perspective, avec mes frissons, l'envie de vomir et de dormir, de monter sur deux roues et de faire des efforts, me jette presque dans le coma.
Echaudés par l'expérience d'hier, nous abordons les premiers tuk-tuk, et leur expliquons le trajet que nous voulons faire. Notre erreur : trop fatigués, trop énervés, nous commençons à être secs et fermes au lieu de tenter le sourire de façade. Bref, en face les tuk-tuks se braquent à la vitesse de la lumière, se cabrent et soit s'énervent, soit font montre du plus grand mépris, tendance foutage de gueule. Apres 1/2 heure de prix inabordables et de vaines tentatives de negocitions, Aglae etait au bord de tous les etrangles et j'ai donc pris les choses en mains.
Nous marchons quelques mètres de plus jusqu'à entendre le "sir you need tuktuk ?" que nous attendions. Je me retourne en souriant, et commence à marchander, de loin, en riant et en souriant. C'est long mais nous finissons par obtenir un prix décent pour la journée, et montons. Nous nous sommes accordés sur un trajet (aller voir un temple moyennement lointain, et en voir d'autres sur le trajet du retour), mais on commence à sentir la douce odeur des ennuis quand, dix mètres après le départ, notre chauffeur s'arrête, montre un autre chauffeur sur un autre tuk-tuk, et nous dit que c'est comme ça, que ce sera celui-la que nous prendrons, qu'il a dejà une course etc.
Preah Khan
La visite du premier temple, le Preah Khan, terriblement en ruines, mais très grand et très envahi par la végétation, est magique pour Aglaé ; pour moi c'est franchement difficile. J'admets que ce que nous avons vu est très beau, mais les frissons, le mal de gorge et l'envie de m'asseoir à tout bout de champs pour reprendre mon souffle me gâchent un peu le plaisir. Les frissons disparaissent heureusement car la température extérieure baisse à la vitesse de la lumière, dissipant les vapeurs du sommeil, et me faisant pendant quelques heures oublier mon malaise.
Retour au tuk-tuk. Nous nous battons dix minutes pour aller voir un temple distant de 2 km à peine. Lui, feignant, renâcle, dit que ce n'est pas ce qui était entendu, que c'est loin, etc. Nous lui faisons remarquer gentiment qu'il n'était pas là au moment où tout a été "entendu". Il râle et s'enferme à nouveau dans le silence réprobateur qui le caractérisera toute la journée. Ambiance.
Visite d'un ancien bassin royal, couvert de vieilles pierres et de soleil. Les touristes sont plus rares sur ce circuit moins prisé, et le lieu, constitué de 4 grands bassins maintenant à sec, est enchanteur. Alors que nous passons sous une arche cachée dans un bassin, nous découvrons une tête d'éléphant sculptée surmontant un petit autel couvert de cierges et de fleurs. Là, une vieille dame souriante nous redonne foi envers les Cambodgiens du coin. Je lui dis bonjour en khmer, ce qui semble la plonger dans des délices inappropriés. Je lui dis que nous sommes des "balangs", ie des Français, elle glapit de plaisir en français :
- Regardez-ng, la tête de l'éléphang, la tête de l'éléphang !
Ce disant, la voilà qui se met à caresser la tête de la statue avec volupté. Nous lui disons rapidement au revoir, sans savoir au juste si elle est siphonnée, et quand bien même ?
Le Bayon, le retour
Nous retrouvons le chauffeur, qui n'a pas fini de bougonner, et nous ramène au Bayon, temple qu'Aglaé avait un peu raté deux jours avant, et dont les bas-reliefs nous étaient restés cachés. La chaleur est toujours là, et toujours aussi vicieuse ; peut-être même pire que la dernière fois - même si la fièvre a dû jouer. Pour la contrer, nous tentons faiblement de résister en dégustant de succulents ananas frais, vendus partout par ces femmes dont je vous avais parlé. Elles passent leur journée à hurler : "pineappeuuuuuuuuuuuul, coconuuuuuuuuuuuuut, wateeeeeeer" avec un accent cambodgien très prononcé et très drôle. Je passe la journée à leur répondre avec la même voix : "nooooo, i don't waaaaaant".
Nous découvrons donc ces satanées bas-reliefs, que nous parcourons en sautant de l'ombre d'une colonne en ruine à l'ombre d'une autre colonne en ruine. Leur richesse et leur beauté nous font maudir pour la millième fois ce satané guide, qui avait décidé unilatéralement que nous nous en passerions.
Les bas-reliefs garnissant le pourtour du temple, nous décidons de braver les centaines de degrés Fahreneit environnants, afin de revenir vers le coeur du Bayon, et ainsi donner à Aglaé une chance de saisir la magie des visages de Bouddha. La fièvre et la déshydratation en moins, Aglaé se plonge avec bonheur dans les délices de cet endroit si beau, si mystérieux. Je suis rempli de joie de voir qu'elle profite enfin des temples d'Angkor, et qu'en une matinée elle s'est autant rattrapée des jours précédents. Elle déambule à plaisir dans les temples, et ressent enfin les délices esthétiques que je ressens depuis le premier jour, à nous promener parmi ces grands arbres et ces grands amas de pierre monumentaux.
Reprendre des forces à l'ombre
Nouveau déjeuner, nouvelle négociation express du bol de soupe de nouilles instantanées et, pour ma part, nouvelle sieste, cette fois-ci vraiment cruciale, afin de faire tomber la température. A mon réveil, ça va un peu mieux : les frissons ont disparu mais la fièvre est encore là. Nous nous promenons donc à un rythme nonchalant, entre les nombreux temples du coin (nous sommes dans l'enceinte d'Angkor Thom, la cité Royale de l'époque). Nous passons devant des structures en rénovation complète (par les Japonais, par les Francais, par les Indiens : tout le monde s'y met pour aider les Cambodgiens), devant d'autres en état de décrépitude avancée, ou d'autres flambant neuves. Nous comprenons mieux alors comment il se fait que le sol d'Angkor, qui contient probablement de grandes richesses, et la promesse de grandes découvertes, n'a toujours pas été fouillé : il y a encore une trentaine de temples à restaurer, sans parler de ceux qui ont été restaurés, et où la nature reprend déjà ses droits. Faire retrouver aux temples du coin leur éclat, une tache de titan, dont personne ne verra jamais le bout...
Notre situation, à l'ombre de ces arbres dont le plus petit dépasse toujours 20 mètres, est idéale pour reprendre des forces, d'autant que la lumière commence à doucement décliner. Au bout de quelques heures de promenade, il nous faut à nouveau insister lourdement pour que notre tuk-tuk, pris à la journée, daigne faire un arrêt en route devant des temples, alors qu'il est à peine 15h. Il nous faudra menacer de rentrer à pied sans payer pour qu'il fasse contre mauvaise foi bon coeur. Bonne ambiance, encore une fois.
Coucher de soleil au milieu des ploucs
Après la visite de deux sympathiques petits templions, nous nous engageons dans la montée du Phnom Kulen, grosse colline qui promet une belle vue sur la jungle, Angkor Wat et le Tonlé Sap, le lac qui couvre une immense partie du pays. Pour y arriver, il est nécessaire de gravir cette montagne, un chemin en montée plutôt douce, qui s'achève par la nécessaire ascension du temple-montagne au sommet de la colline.
Monter en haut de ce temple, après la longue montée de la colline, est particulièrement difficile dans l'absolu, car les marches sont nombreuses et font presque un mètre de haut (sans exagération). Avec la fièvre qui revient montrer ses gros bras, c'est une expérience... autre. J'arrive en haut absolument exténué, tout palpitant, et l'air un peu blême.
Nous remarquons vite que nous ne sommes pas seuls, et l'ascension en éléphant organisée en bas de la colline nous avait mis sur la piste. Si nous nous demandions l'avant-veille pourquoi tous les touristes disparaissaient au moment du coucher du soleil, nous avons maintenant la réponse à nos interrogations existentielles : l'immense majorité a prévu dans son tour de venir voir le coucher du soleil depuis cette montagne. Et il est vrai que la vue est impressionnante : autour de nous, un tapis de forêt, d'où aucun des dizaines de temples de la région n'émerge, excepté Angkor Wat, à quelques kilomètres. Le Soleil semble brûler la surface du lac, loin à l'horizon. Sympathique.
Nous sommes donc littéralement entourés de touristes, et certains sont parmi les plus ridicules du monde, comme si chaque pays avait envoyé le contingent le plus représentatif du pire qu'il avait à offrir. Pêle-mêle, nous avons donc droit aux Japonais qui poussent des hurlements béats, avec casquette à visière et photo tous les quarts de seconde ; aux très gros Américains ; aux Anglais tous rouges ; à la famille thaï bourgeoise, pouffe en mini-jupe dorée et parents pas mieux habillés. Il ne manque que des Chinois pour cracher un peu partout. Tout ce petit monde se serre de plus en plus sur la plus haute plate-forme du temple. Ca pose des photos, ça mitraille dans tous les coins. Aglaé et moi passons plus de temps à photographier les meilleurs phénomènes qu'à observer la vue. J'imagine que moi, avec mes litres de sueur froide déversés chaque seconde, je n'ai pas l'air plus malin...
Angkor des cafards !
Devant l'afflux, nous décidons de redescendre sans attendre le coucher du soleil, qui arrivera dans 30 minutes. La descente est infinie, d'autant que nous croisons sans arrêt des hordes de touristes qui montent. Impossible de savoir comment ils ont tous tenu sur l'esplanade du temple, là-haut, mais nous ne sommes pas très curieux de voir le résultat. Nous rentrons à la maison avec notre tuk-tuk si aimable et le payons. Je prends ma température, et youpi, ma fièvre est à 39°C. La vie est belle. Une aspirine plus tard, nous voilà repartis dans le but de prendre un léger repas avant de reprendre la direction du dodo.
C'est là que tout se complique. Nous décidons de prendre le premier resto sur le chemin, un truc pour occidentaux appelé Special Herb Pizza. Je pense qu'on pouvait aussi se procurer des "herbes" un peu bizarres dans ce genre de pizzas, d'après notre guide, mais on était aussi supposé manger bien. Au moment de notre commande, je demande un thé chaud au citron, seul moyen de calmer mon atroce mal de gorge. Le serveur opine : "yes, hot tea lemon, yes"
Trente secondes plus tard, il revient avec un Coca. "No, no, HOT TEA, TEA, WITH LEMON".
Une minute plus tard, il revient avec un verre rempli de glace et d'un liquide qui doit être du thé glacé, le truc à même de me terrasser vu l'état de ma gorge. J'explose de rire, puis :
"NO, HOT TEA, WITH LEMON"
Encore une caractéristique du cambodgien, et il paraît que c'est une particularité culturelle en Asie du Sud-Est : impossible d'avouer qu'on n'a pas compris, on préfèrera toujours mentir et dire qu'on a compris.
Enfin, le serveur sourdingue revient avec mon cher thé chaud au citron. Je le verse dans ma tasse, et me rend compte avec une surprise non dénuée d'horreur qu'en même temps que le précieux liquide, un cafard noyé a atterri au fond de ma tasse. Et là, trop c'est trop : la maladie, les engueulades avec les tuk-tuks, les vendeurs d'appareil photo, les serveurs, les arnaques incessantes, nous décidons de fuir plutôt que de cautionner ça encore une fois. J'appelle le patron, un gros manchot trapu qui est en train de nous apporter le hamburger d'Aglaé, lui montre le cafard mort dans ma tasse, et lui signifie mon intention de m'en aller, sans payer bien sûr puisque nous n'avons rien consommé. Aglaé est en train de siroter le plus rapidement possible son verre de vitamines prescrit par son médecin, et prend l'air courroucé de la fille qui va partir dès qu'elle aura fini son verre d'eau orangée.
Si nous avons le monopole du cafard, le Manchot, quand à lui, prend la mouche. Il se met à gesticuler et hurler : il nous changera le thé, mais nous allons rester ici, et manger sa bouffe. Hors de question, nous exclamons-nous en choeur ! "No go away !" surenchérit le Manchot, bien décidé à ne pas nous laisser partir malgré ses faillites en grammaire anglaise. Le ton monte à la vitesse de la lumière. Aglaé, son verre de vitamines à la main, tempête et crie que c'est une honte, un resto aussi sale, des cafards dans la bouffe et il fallait qu'on la mange peut-être?, ponctué de "Non mais je rêve!" (en français), que j'étais vraisemblablement le seul à comprendre. Gardant un calme assez surprenant, je regarde ce petit monde s'engueuler. Aglaé s'énerve de façon grandiose et digne, le Manchot, lui, décide de nous barrer physiquement le chemin. Décision d'autant plus dangereuse que maintenant Aglaé a fini son verre, et qu'elle a bien décidé de partir sans manger ses frites goût cafard.
Le Manchot menace d'appeler la police. Aglaé l'enjoint à le faire, avec un sens du bluff que j'applaudis encore : de toute évidence, si le type disait ça dans un pays aussi corrompu, c'est qu'il connaissait des gens de la police. Evidence corroborrée lorsqu'un serveur lui apporte en courant une carte de visite d'un policier. Nous flippons d'autant plus qu'un autre serveur a rapidement fait disparaître la preuve du crime (la tasse et le cafard bouilli), et ce malgré nos protestations houleuses.
Malgré les cris, les 4 ou 5 touristes qui mangent dans le restaurant en même temps, n'écoutant que leur courage, font comme si de rien n'était, et parviennent à regarder ailleurs, malgré la petitesse du restaurant. Merci les gars, vive la solidarité.
Le gars appelle la police, ou fait semblant - nous ne saurons jamais. Pendant ce temps, nous continuons à essayer de passer. De son moignon il fait de grands moulinets, qui me dégoûtent assez de l'envie de tenter le forcing - Aglaé m'avouera plus tard qu'elle était tellement énervée qu'elle n'a même pas vu que le type n'avait plus de doigts !
Aglaé hurle les expressions "French embassy" et "big problems for you" dans des séries qui les rapprochent de plus en plus. Le Manchot semble un peu hésiter, et Aglaé passe en force, en le défendant de la toucher s'il ne veut pas avoir de gros problèmes. Elle le bourre sur le côté, réussit à atteindre la rue, et continue à crier. Je tente aussi de passer, avec mon sac à dos et ma fièvre. Le Manchot me repousse violemment vers l'intérieur du restaurant. Là c'est trop, et j'élève la voix pour la première fois. Rassemblant quelques mots d'anglais un peu au hasard, je l'enjoins de la moins courtoise des manières à aller laver sa cuisine s'il veut éviter ce genre de problème. Devant la puissance de ma voix (je crie rarement, seuls ma mère et mon frère pourront témoigner de l'effet que ça peut faire), le type me fait signe que je dois m'en aller, ce que je fais avec plaisir. Il fait mine de me donner un coup lorsque je passe, à quoi je réplique par une autre menace, et c'est fini. Connard, va! Les touristes n'ont toujours pas bougé.
A peine le temps d'être impressionné par la puissance d'esprit d'Aglaé, qui n'a pas flanché une seconde, alors que la perspective d'un flic corrompu se mêlant à l'affaire n'était pas des plus attirantes, que la voilà qui s'écroule dans mes bras, traumatisée. Je la supporte jusqu'au centre-ville, où nous achetons des mouchoirs pour les larmes, et où nous trouvons un sympathique restaurant thaï où manger de succulentes nouilles, mais il lui faudra de longues heures pour se calmer.
Le restaurant est un concept-resto sur le thème de la prison : élégante façon de voir à quoi l'on aurait échappé, mais l'équipe est assez charmante pour prendre ça à la rigolade. Nous retournons nous coucher, en faisant un petit détour pour ne pas passer devant le resto du Manchot, et allons nous effondrer sur nos lits, elle avec sa peur-rage, moi avec ma maladie.
vendredi 20 février 2009
Siem Reap 2e jour - Angkor malade!
(Aglaé) Reveil difficile: j'ai tres tres mal a la gorge et a l'oreille, en plus du mal de bide qui me poursuit depuis mon entree au Cambodge. Je me dis que je touche le fond et que surtout je ne vois pas le rapport entre tous ces symptomes. Je reveille Charly. Le monsieur de notre guesthouse nous informe que la clinique conseillee par le Lonely Planet n'existe plus. Sachant qu'il ne faut pas aller dans n'importe quel hosto au Cambodge, ca commence bien! Il nous conseille L'International Royal Hospital.
Nous negocions une moto-taxi car c'est assez loin. Nous arrivons dans un hopital tres grand et tres chic... on se precipite pour nous ouvrir la porte. Nous trouvons ca louche et nous enquerons du prix d'une consultation chez un generaliste. On nous repond avec un grand sourire: 120 dollars!
Je me sens mal, mais pas a ce point la!
Nous finissons par trouver une clinique serieuse a prix plus raisonnable. Le docteur me diagnostique une grosse infection intestinale et une amygdale attaquee par les bacteries qui sont remontees dans ma gorge lors de mes "visites de musees". D'ou la douleur quand je deglutis et la torture a chaque bouchee avalee (meme pour de delicieux pancakes, ce qui est quand meme triste!). Je suis surtout completement deshydratee et a bout de forces. Il me prescrit des antibios, des vitamines et, rassuree, je vais me coucher.
Moral en chute libre...
Depuis notre entree au Cambodge, on ne peut pas dire qu'on ait vraiment eu de la chance, mais etre au fond de mon lit alors que j'ai un pass trois jours pour Angkor et que je n'ai pas reussi a profiter du premier jour, c'est trop! La veille, c'etait la premiere fois du voyage que la fatigue prenait le dessus: d'habitude les vieilles pierres me donnent des ailes, meme en hypoglycémie ou malade! Mais la, les splendides temples sont dehors et moi enfermée dans cette chambre sinistre... C'est rageant.
Charly part raconter nos dernieres aventures au Laos sur internet pendant que j'essaie de me résigner et de dormir.
Il faut sauver le soldat Aglae!
Voyant mon moral atteindre des profondeurs abyssales et que j'ai repris quelques forces en dormant, Charly propose de tenter de sauver cette journee pourrie. Le plan: aller voir un petit temple isole et loin de tous les autres, qui est le plus finement sculpté d'Angkor.
Mais pour réussir la mission, il faut passer par la case marchandage. Le temple est a 37 kilometres de la ville et y aller en tuk-tuk est hors de prix. Nous décidons d'y aller en moto-dop, mais tous les conducteurs nous repondent invariablement: it's sooo faaaaaaaaar! en ayant deja l'air épuise rien qu'en en parlant. Un nous explique meme qu'il est bien là, à attendre sous un arbre, et qu'il ne voit pas pourquoi il bougerait!
La faineantise des habitants de Siam Reap est decidement sans limites... Les explications rationelles comme "mais on vous paie le prix d'une demie-journée pour a peine 2h de travail!" ne pèse pas lourd contre le fameux "but it's sooo faaaaaaaaaar!"
Un jeune conducteur semble prêt a accepter notre offre, mais les plus vieux autour de lui font pression pour qu'il refuse. Je suis à bout de patience: je veux voir des temples, je la conduis s'il le faut leur foutu moto! Excedee, je balance au jeune conducteur qui hesite depuis 15 bonnes minutes que j'en ai ras-le-bol d'attendre plantée au soleil, que je suis malade et que s'il ne veut pas faire de course et bien tant pis pour lui!
Apres plus de 30mn a errer dans les rues et tenter de negocier, je me vois deja retourner me coucher. Mais la miracle... apres 30 mètres de marche, le jeune conducteur de moto s'arrete près de nous (et hors de vue des autres conducteurs) et nous dit le tant attendu: "ok, ok!"
Commence alors un trajet superbe a travers la campagne et la jungle, dans la lumiere déclinante du coucher du soleil. Le conducteur fonce, nous n'avons pas de casques, mais il evite habilement les nids de poules donc nous sommes a peu près rassurés (CMA: nous n'avons aucun doute sur votre forte désapprobation, mais nous n'avions pas d'autre solution!).
Nous atteignons enfin notre but: le Banteay Srei. Ce temple est tout petit, la chaleur est tombee, l'idéal pour une visite breve mais enchanteresse. Le temple est désert, la lumiere splendide et les petites apsaras (danseuses sacrees) de pierre semblent prêtes à se mettre à danser... Des serpents fabuleux à multiples tetes se tortillent au-dessus des portes, des sages meditent dans une flamme le long des colonnes... Je revis!
Le gardien ferme le temple derriere nous et nous rentrons. Nous retrouvons Josh pour le diner, dans un restaurant où on peut nourrir de gros crocodiles vivants dans un bassin. Je ne suis pas d'une grande conversation et j'ai un mal fou à avaler ma nourriture, mais au moins j'ai vu un temple splendide aujourd'hui!
Et puis... ça ira mieux demain!
Splendeur des temples, malaises et guides fainéants
2 fevrier
Nous avions cru qu'Aglaé était guérie, vu que la veille la Miss avait marché son heure et quart sous le soleil, écrasée par son sac à dos, en mouftant mille fois moins que moi. Nous nous levons donc à l'aube pour rejoindre Delphine, Hubert et Anton, qui doivent nous retrouver en tuk-tuk au comptoir des billets pour la zone des temples d'Angkor.
Les vélos que l'on peut louer à Siem Reap ont une caractéristique commune, quelle que soit la pension où on les loue pour 1 ou 2 dollars : leurs freins sont lâches, leur direction hasardeuse, la selle rappelle les tourments de l'enfer, et leur construction date probablement de celle des temples d'Angkor. Autant dire que c'est un plaisir de les monter.
La billetterie d'Angkor Wat, qui donne accès à la trentaine de temples du secteur, est particulièrement bien organisée. Pas étonnant, étant donné 1) l'afflux de touristes 2) que la société (privée) qui s'en occupe, la Sokimex, empoche 15% de la gigantesque manne financière du truc, ne reversant que 10% à la société de conservation des temples (alors que la moitié des temples n'a pas encore été complètement restaurée), laissant 70% qui vont plus ou moins mystérieusement remplir les caisses du gouvernement cambodgien - quant aux 5% restants, allez savoir... Ne cherchez pas à savoir pourquoi c'est une société pétrolière qui s'occupe de l'organisation des temples d'Angkor (billetterie, contrôle, etc), personne ne le sait tout à fait.
Nous nous retrouvons rapidement en possession d'un joyeux pass avec nos visages pas réveillés en photo dessus, tout ça pour la modique somme de 40$ pour 3 jours, et retrouvons les Français et l'Italien. Nous faisons à l'occasion la connaissance du guide, un type au premier abord assez rigolo, avec un chapeau de cow-boy. Tres souriant, tout ca. Nous suivons le groupe avec nos velos, et nous les retrouvons devant Angkor Wat, le plus grand edifice religieux du monde (rien que ca).
Wat the fuck ?
Angkor Wat, gigantesque, opulent, monstrueux presque. Pour tous les details, se referer a Wikipedia. S'y pointer a 7 heures du matin, un peu fatigue, carrement pas bien en ce qui concerne Aglae, semble la maniere forte de commencer notre visite des temples de la zone. En Inde cette methode avait carrement marche, le jour de Noel, devant le Taj Mahal. Ici, les resultats sont carrement plus mitiges : le guide enchaine les blagues un peu vaseuses et les explications dans un desordre des plus chaotiques, et la magie a du mal a operer. Une des raisons est simple : au matin, ce temple qui donne vers l'ouest est a contre-jour du soleil levant, du coup les photos sont ratees et l'impression n'est pas aussi puissante qu'au coucher du soleil.
Alors oui, Angkor Wat est immense, et de loin on dirait un Versailles khmer, mais il a surtout une enceinte gigantesque. Ce qui le rend interessant, c'est son etat de conservation quasi-parfait : les delicats bas-reliefs de plusieurs centaines de metres semblent avoir ete sculptes hier, et leur richesse et leur profusion n'a pas fini d'etonner. Mais quant au temple lui-meme, son architecture, etc, difficile de se faire une opinion, car une fois devant on manque la vue d'ensemble. En bref, l'emerveillement attendu n'est pas la. Surtout chez Aglae, en proie a un malaise assez profond - elle sue, elle rougit, elle hennit, et son enthousiasme legendaire pour les vieilles pierres semble absent, ou bien se fait in petto. Autant dire que moi, celui qu'elle a convertit a la peinture et a l'architecture, celui qu'elle a traine partout, avec qui elle partage toujours des enthousiasmes puissants et communicatifs, autant dire que moi, donc, je me fais un sang d'encre.
Point de doute possible, Aglae est Angkor malade.
Quant au guide, il nous fait voir les bas-reliefs a un rythme de plus en plus accelere. La profusion d'explications se transforme vite en quelque chose qui ressemble a un compte-goutte, mais nous ne remarquons rien pour l'instant. La ou le bon guide fait aimer en montrant qu'il aime, le notre se contentera toute la journee de nombreux "voila regardez c'est magnifique".
Mystique Bayon
Je vous connais, petits incultes. Vous avez surement deja vu ca, et pourtant le nom du Bayon ne vous dit pas grand-chose. Eh bien sachez qu'il s'agit du second temple le plus visite de la zone. Comme vous le verrez sur la premiere photo de la page Wikipedia, de loin le temple evoque un vieux tas de ruines. Mais a l'inverse d'Angkor Wat qui decevait de pres et imposait de loin, une magie incroyable s'eleve au fur et a mesure que le visiteur monte les marches (toujours tres hautes dans cette region), et decouvre les fameux innombrables visages.
Il parait qu'ils ont tous une expression differente. Plus que ca, ils ont chacun un degre de delabrement different, ce qui donne une impression tellement... unique, oui c'est ca. Visages multiple, impression unique : il y a un moment ou, en haut du temples, ou que porte votre regard, 5 visages (tous sont des visages de Bouddha, ndrl) au moins vous regardent, avec un petit sourire fin - mais certains n'ont plus qu'un oeil, le haut du visage, ou bien ont perdu tout un profil. Et comme tous ces visages sont composes de plusieurs pierres, emerge sans arret l'impression d'etre dans une peinture cubisto-khmer. Delirant, troublant : le Bayon est sans doute possible mon temple prefere.
Quant a Aglae, sa "visite" ne lui aura pas permis de vraiment apprecie le chef-d'oeuvre artistique : lorsque le guide prendra une pause pour nous laisser nous promener dans le temple, elle s'assira a cote de lui pour souffler, et ne verra quasiment rien. Il faut aussi preciser qu'il est presque midi, et que la chaleur est absolument epouvantable. Passer de l'ombre a la lumiere devient une torture insupportable.
Cyclistes malgre tout
Aglae se sentant vraiment mal, c'est Hubert qui conduit son velo, m'accompagnant par la meme occasion jusqu'au prochain temple, alors qu'Aglae emprunte le tuk-tuk avec les autres. Se promener dans l'enceinte de cette ancienne cite gigantesque est assez magique : des routes confortables et bien tracees font comme une saignee dans une jungle absolument impenetrable, de laquelle emergent a intervalle regulier des temples, des bassins royaux, des tas de pierres indefinissables, et plus souvent encore des cars de Japonais.
Plus nombreux que les quelques singes apercus, qui d'ailleurs passent leur temps a chasser les chiens, les Japonais font une entree fracassante dans notre voyage. Alors que nous nous demandions ou ils etaient dans les pays precedents (c'est vrai, quoi, le tourisme sans touristes japonais, est-ce encore du tourisme?), la foule nippone, avec son cortege de gros bus, de gros appareils photos, de casquettes a visieres et de vetements des annees 80, rattrape son retard a Angkor. Au point que nous croisons sans arret des guides parlant japonais, qu'ils soient nippons ou Cambodgiens.
(je precise que la premiere phrase du paragraphe precedent, au sens un peu flottant, ne visait en aucun cas a faire de rapprochement delictueux entre nos amis les Japonais et nos ennemis les singes)
Nous ralentissons un poil, le temps que le guide nous montre la curieuse Terrasse des Elephants, et une statue de cheval a 5 tetes. Pour la troisieme fois au moins, je lui pose une question a laquelle il repond "good question", avant de botter la balle en touche avec une reponse incoherente. Je commence a sentir les limites du guide, quant a Aglae, elle ne sent plus grand chose.
Nous repartons avec Hubert derriere le tuk-tuk. Le guide, a l'interieur, semble vraiment courrouce que nous soyons en velo, et voudrait que la visite aille plus vite : il ira meme jusqu'a nous proposer de nous accrocher au vehicule, depuis nos velos (CMA: hautement dangereux et cassegueulisant, bien entendu). Il faudra le tact d'Aglae pour le calmer "if you want, you can take the bike instead of them", mais nous comprendrons le soir venu que tout ca n'etait que le revers d'une arnaque destinee a faire rentrer et le guide et le tuk-tuk plus tot a la maison. J'y reviendrai.
Apres un trajet toujours aussi enchanteur a l'ombre d'arbres gigantesques, nous arrivons devant le Ta Prohm, pour la pause dejeuner. Il faut savoir que depuis notre entree dans la zone d'Angkor, devant chaque temple se trouvent de 20 a 30 restaurants, petites paillottes separees par des bambous, proposant tous exactement le meme menu. La caracteristique commune des serveuses est la suivante : des qu'un touriste passe dans son champ de vision, la serveuse court vers lui en hurlant. Si c'est l'heure du dejeuner, elle tiendra un menu a la main, sinon ce sera un sachet d'ananas decoupe, ou une bouteille d'eau.
Conseil d'Etat, et ca repart
En arrivant devant les restaurants, nous constatons sans surprise que les prix sont delirants, en tout cas pour le niveau de vie du pays : des nouilles instantanees pour 4 dollars environ, soit environ 4 fois le prix habituel. Mais Hubert et Delphine nous font vite comprendre qu'il est largement possible de negocier. En effet, des qu'ils prononcent le mot "discount", tous les plats tombent a 2 dollars 50, pas etonnant vu la concurrence. Pendant ce temps, je fais semblant de ne pas etre tente, je cherche Anton qui a disparu aux toilettes et fais croire a la serveuse qu'a cote on m'a propose moins cher. Soudain, une serveuse fait un dernier geste desespere :
"ok ok, food and drinks, 2 dollars each person"
Sans que j'aie fait grand-chose, nous nous retrouvons avec des prix absolument delirants : on va pouvoir se gaver de noix de coco fraiches et de nouilles pour rien. Hubert, Delphine et Aglae me rejoignent, heberlues et surtout persuades que la negociation est a mon credit. Je sais que je n'ai pas fait grand-chose mais ils me tiennent deja pour un heros. Je mange mes nouilles en heros, et vais me jeter dans un hamac libre, don du Ciel de ce petit restaurant - le guide et le tuk-tuk sont alles manger de leur cote, et dorment deja.
Je commence a m'endormir, quand j'entends quelques echos inattendus de la part d'Aglae : Hubert et Delphine lui ont demande des explications sur son stage au Conseil d'Etat, et contre toute attente, la voila qui part dans de longs monologues explicatifs, veritable cours passionnant et passionne sur le fonctionnement d'une institution pas tres folichonne sur le papier. Je m'endors heureux, car Aglae semble avoir repris du poil de la bete. A mon reveil, je retrouve ma compagnon de voyage, moribonde il y a quelques minutes, avec un grand sourire et les yeux illumines : le miracle des institutions francaises a eu lieu, meme loin de Paris.
Tant pis pour Ta Prohm
Le dernier des 3 temples les plus celebres d'Angkor est le Ta Prohm. Si vous voyez les photos sur internet les plus insolents d'entre vous vont hurler "ah mais oui, bien sur, Tomb Raider, Indiana Jones". Avant d'etre ca, le Ta Prohm est un tres vaste complexe religieux, qui a ete envahi par la vegetation pendant 400 ans, vegetation qui n'a pas ete arrache pendant les premiers travaux de restauration : enlevez certains des arbres qui ont pousse a travers les murs, et le tout s'ecroulera.
Plus que le pourtant admirable travail architectural et sculptural des khmers, c'est la puissance artistique de la nature qu'on vient admirer ici. Dans ce temple ou il est facile de se perdre, ce sont les branches, les troncs, les lianes, qui font leur petit effet, et qui donnent, ne serait-ce que jusqu'a l'apparition du prochain groupe de Japonais, l'impression d'etre un decouvreur. Aglae, soudainement et inexplicablement reveillee, s'en donne a coeur joie. Elle pousse des petits hoquets d'emerveillements, et assaille le guide de questions, ce qu'elle n'avait pas eu la force de faire jusqu'alors. Celui-ci, de plus en plus faineant, s'est contente de deux ou trois "c'est beau, hein", nous donne le nom d'un des arbres qui a traverse les murs (tch'pong), et se terre dans un silence des plus noirs. On le sent de plus en plus presse, mais nous ne nous faisons pas de souci : Hubert et Delphine l'ont pris pour la journee. En tout cas, le Ta Prohm est fantastique.
Josh again
Au hasard des detours du temple, nous tombons nez-a-nez avec une vieille connaissance : Josh, l'Americain avec lequel Sylvia et nous avions echange quelques bieres a Si Phan Done (au Laos). Nous sommes ravis de rencontrer a nouveau un type aussi sympa, d'autant que nous n'avions pas vraiment echange nos coordonnees. Rendez-vous est pris le soir meme devant une bonne boulangerie de Siem Reap, et le voila qui disparait dans la vegetation.
Notre guide nous quitte
Quelle surprise lorsque, une fois sortis du temple, notre guide s'exclame :
- Thank you very much, I am now finished with you
- But it's only 3 o'clock !!!
- Yes, but I've worked 8 hours, so now it is home sweet home.
Nonobstant l'absurdite de sa reclamation de 8 heures quotidiennes, dans un pays ou les enfants travaillent surement tres longtemps et pour pas grand-chose, nous faisons le compte et remarquons que notre guide inclut la pause-dejeuner et les trajets. Je songe un instant a le presenter a un syndicat de cheminots...
Toujours est-il que Hubert et Pauline ne veulent ou ne peuvent pas trop reagir, d'autant que le guide a bien prepare son arnaque : il demande au tuk-tuk de mettre le moteur en marche pour mettre la pression a tout le monde. Evidemment, Hubert et Pauline ne peuvent le laisser la, mais pourtant ils avaient loue un guide et un vehicule a la journee (plus precisement jusqu'a 5h30), et ils vont devoir rentrer a 3h30, sachant que c'est leur dernier jour a Angkor. Nous avons nos velos et continuerons la visite, mais eux sont degoutes par tant de mauvaise foi. Nous constaterons les jours suivants, et en en parlant avec ma mere, que l'arnaque est coutumiere du coin : un guide vous dit "oui oui la journee entiere, on fera ce trajet, qui va de Angkor Wat a Ta Prohm, en passant par le Bayon", vous croyez innocemment que vous ferez TOUS les temples sur le chemin, ou que le guide pourra remplir sa journee avec ceux-la.
Mais non, le guide se depechera de tout faire pour pouvoir vite rentrer a la maison. Nous comprenons maintenant pourquoi notre usage des velos l'enervait, car ca le retardait : il aurait pu finir son tour a 13 h, peut-etre ! Nous nous rendons compte avec Aglae que ce guide pourtant officiel et entraine etait un vrai rigolo, et en y repensant la liste est longue : explications breves, chaotiques, superficielles, reponses toujours vagues, utilisation circulaire de 4 blagues vaseuses au maximum, faineantise impensable... En consultant notre guide, nous realisons meme que ledit guide n'a pas fait mention de 1km(!) de bas-reliefs incroyables autour du Bayon.
C'est le debut de notre histoire d'amour avec la faineantise des Cambodgiens lies au tourisme, specialement a Siem Reap ou, forcement, les dollars tombent en continu , car les touristes n'arreteront jamais de venir admirer les temples.
Heureuse fin de journee
Une fois debarrasses de ce guide, dont les explications recoupaient, en plus vivantes toutefois, celles de notre guide, nous partons a l'assaut de deux petits temples anonymes, sur le chemin du retour (environ 8 km tout de meme). Il est frappant de constater a quel point deux facteurs nous donnent l'impression de devenir soudain des archeologues : 1) au moment du coucher du soleil, tous les touristes partent l'observer en haut d'une montagne qui donne sur Angkor Wat 2) des qu'on sort de la trilogie Angkor Wat/Bayon/Ta Prohm, le nombre de touristes au kilometre carre approche du zero.
Intense sensation qui est celle que l'on eprouve lorsqu'on fait l'ascension d'un temple vide, lorsqu'on roule un bon kilometre dans une piste en sable jusqu'a atteindre un temple quasiment oublie. Fraicheur des vieilles pierres, finesse de l'architecture, encore, cette fois doublee de l'impression, si belle meme si toujours fausse, d'etre le premier a voir ca. Et la magie qui n'avait pas marche sur le plus gros des temples de se saisir a nouveau de nous sur les plus petits.
Le retour est long mais nous sommes enchantes, d'autant qu'Aglae a pu se reveiller a temps pour vraiment jouir des temples de l'apres-midi. Nous sommes tous deux neanmoins inquiets quant a sa sante, et decidons d'aller chez le medecin le lendemain si son etat empire. Nous oublions toutefois ces irritants problemes, le temps d'un diner en ville avec Josh. Celui-ci, toujours aussi drole, nous enchante d'anecdotes et d'histoires effrayantes. Il a repere un restaurant ou on peut nourrir des crocodiles, rendez-vous est pris pour le lendemain. En partant du restaurant, nous devons encore corriger l'addition... Encore une fois, Aglae montre qu'elle a des reserves d'energie, en se ruant sur les happy-hours du Blue Pumpkin, boulangerie de Siem Reap inspiree du design de Starck (?).
samedi 14 février 2009
Phnom Penh jour 3 - le Khmer à boire
Désolé d'être le seul à écrire (rarement) ces derniers temps, mais Aglaé est un peu malade (si si encore!), et a du mal à trouver temps et énergie pour écrire + nous avons été sur des plages paradisiaques en Thaïlande, et nous n'avons eu aucun accès à internet.
Forts de notre formidable journée précédente, nous passons la matinée sur internet, avant de rejoindre Davy pour un déjeuner. Aglaé se sent encore trop mal, et va raisonnablement se coucher pendant que Davy et moi, pour faire monter la faim, visitons le proche Psar O Russei, un des plus grands marchés de la ville. L'avant-veille nous avions visité un marché assez art déco, le Psar Thmei, qui était en train de fermer, et qui était donc calme, là c'est le bordel absolu.
Le Psar O Russei est en effet un dédale absolument sans fin, et où l'on trouve de tout, du savon aux montres à l'effigie des dirigeants du Parti Communiste, labyrinthe de babioles qui ferait pâlir de jalousie les bazars arabes. A l'entrée du Psar Thmei (celui de l'avant-veille, si vous suivez), nous avions été fort choqués par un stand d'insectes grillés (cafards, blattes, criquets et gigantesques araignées noires), ici c'est le simple mélange des fumets des poissons séchés, des intestins de porcs à l'air libre et du durian (le fruit dont l'écorce pue tant qu'elle est interdite dans les avions et les trains) qui nous pousse à fuir au plus vite vers des régions plus calmes.
Ma tante m'avait parlé de beaux bijoux en argent, nous ne voyons que des fausses Rollex et des DVDs de contrefaçon.
Une fois dehors, le côté louche des Cambodgiens refait surface. En effet, depuis notre arrivée, tous les restaurants se trompent systématiquement dans les additions (parfois de 20 centimes d'euros, parfois de 10 dollars), et il fallait toujours recompter, sans savoir s'ils le faisaient exprès ou pas (beaucoup sont peu éduqués). Une fois dans un petit restaurant avec Davy, l'assiette "large" pour deux voire trois se transforme en minuscule plat pour 1 personne à peine. Nous décidons de ne pas râler, mais c'est assez énervant. Davy est persuadé surtout qu'on nous donne systématiquement la carte pour touristes avec les prix pour touristes. Je décide de prendre ça à la rigolade, et de leur accorder le bénéfice du doute.
Second musée, second vomi
Nous réveillons une Aglaé décidément en forme internationale, et partons à l'assaut du Musée National, qui est principalement une collection de statues de l'époque fabuleuse d'Angkor. Cette époque représente le pic de puissance du pays, celle où précisément furent construits les temples les plus grands et les plus vieux du monde. A savoir qu'Angkor est LA fierté nationale : de la bière Angkor au drapeau du pays (le temple d'Angkor Wat sur fond rouge et bleu), les trois tours sont partout, et semblent vouloir conjurer le passé du pays depuis cet Age d'Or : déclin inexorable, annexion des territoires par les Thais, les Vietnamiens puis les Français, horreur des Khmers Rouges, interminable guerre civile qui s'ensuivit.
Angkor est le témoin d'une gloire passée, c'est tout ce qui leur reste, et c'est déjà pas mal...
Les statues du Musée National sont très belles, mais il nous est assez difficile d'en profiter : au bout de 10 minutes, Aglaé court à nouveau aux toilettes pour aller vomir. Je commence à croire que les musées lui font tous le même effet. Pendant ce temps, je parcours le musée avec Davy, mais nous sommes plus intéressés par des discussions sur nos amis communs que par les statues - il manque les explications et les commentaires passionnés d'Aglaé pour y insuffler la vie nécessaire à l'admiration.
Aglaé ressort des toilettes livide, et nous sommes désolés pour Davy qui ne sait plus quoi dire, ni où se mettre. Elle arrive tout de même à s'enthousiasmer pour le reste du musée, mais doit s'asseoir fréquemment, comme une dame âgée, et tente à tout prix d'être plus blanche que moi (ce qui est très difficile, vu ma paleur naturelle).
Bagarre d'appareil
Nous marchons jusqu'au Riverside, le coin des touristes, où nous devons aller récupérer notre appareil photo. Il faut savoir que depuis notre balade en éléphant au Laos, notre appareil foirait complètement dès qu'il s'agissait de faire une photo un peu zoomée, et cela nous pesait un peu. Nous avions donc déposé i-celui chez un réparateur dès notre arrivée à Phnom Penh. Le tarif était d'ailleurs complètement dingue, genre 30 $, pour une réparation qui en coûte en général 100 en Europe. Nous étions donc tous contents de le récupérer au magasin, et la vendeuse nous le tendait avec un sourire. Notre "problème" était résolu, et nous pouvions à nouveau faire de zolies photos, sauf que... sauf que...
au bout d'un moment, avant de payer, je remarque un nouveau problème, inexistant jusqu'alors : que les photos soient prises en 2M de pixels, 4, 6 ou 12, chaque photo prend la même place sur l'appareil, soit la taille maximale. Ce n'est pas catastrophique, mais ça remplit l'appareil beaucoup plus vite et ça nous empêche donc de prendre beaucoup de photos. Nous le faisons remarquer à la vendeuse, qui semble interdite. Elle vérifie, essaie sur un autre appareil, et il devient vite évident que c'est juste le nôtre qui foire, et que c'est de leur faute. Le temps passe, elle semble réagir au ralenti...
Davy, de son côté, continue à utiliser chaque Cambodgien croisé pour apprendre le khmer, et divertit l'attention des autres employés du magasin en perfectionnant son accent.
La vendeuse appelle le sous-traitant qui lui a réparé l'appareil. On comprendra plus tard que celui-ci l'envoie se faire foutre, sur le thème du "ah tu n'avais qu'à remarquer que je l'avais mal réparé, c'est ta faute, si tu veux que je le répare il faudra repayer". Du coup, la vendeuse, assez emmerdée, se mure dans un silence de plus en plus profond à mesure que nous nous impatientons. Pire, elle commence à faire de la mauvaise foi :
- but you can take pictures ! so it's working ! so you pay!
- no it is not working ! you created another problem
Le débat est sans fin, et l'intervention d'un autre vendeur, qui lui sera carrément de mauvaise foi, finira de nous faire péter les plombs. Lui est prêt à nous sortir les arguments les plus absurdes : le problème était sûrement présent avant qu'on leur donne l'appareil, c'était à nous de le signaler. Nous nous indignons, car tout le monde impliqué sait que c'est carrément faux, y compris et surtout la vendeuse, qui fait semblant de regarder ailleurs pour conserver sa dignité.
Le type répète encore et encore que c'est notre faute, quand ce n'est pas la fille qui nous dit "ah mais vous pouvez prendre des photos, donc c'est réparé". Une demi-heure a déjà passé, et ils ne semblent toujours pas comprendre qu'il y a un problème (enfin, ils le savent, mais comme ils ont déjà payé le sous-traitant, ils sont coincés, et font semblant d'être idiots). Je leur sors un argument qui détend un poil l'atmosphère et fera rire tout le monde : "imaginez que je suis docteur. Vous vous cassez le bras droit, et vous venez me voir. Je vous répare le bras droit, mais prend un marteau et vous casse le bras gauche, est-ce que vous êtes content ?"
L'atmosphère se détend 3 secondes, puis se retend. Il y a des silences qui durent des minutes entières. Finalement, Aglaé décide de rompre la Règle d'Or de l'Asie du Sud-Est, qui est de toujours garder son calme, afin de ne pas faire perdre la face à tout le monde. Elle se met à pousser des hurlements incroyables, qui me font presque sursauter. L'origine de son énervement est surtout due au fait que ces Cambodgiens n'ont aucun sens du commerce : le problème qu'ils avaient créé était effectivement moins grave que le problème d'origine, et au lieu de proposer par exemple la réparation à moitié prix, ils restent complètement bloqués.
Les cris d'Aglaé bloquent encore plus la vendeuse, qui nous fait signe de nous taire, excédée. Elle déchire la facture, je range l'appareil dans notre sac, je fais mine de partir, ils s'en foutent, ne proposent aucune solution, nous partons.
Nous sommes littéralement anéantis, d'énervement, de fatigue, de maladie et de honte, mais il n'y avait aucune autre solution possible. Davy, bien décidé à détendre l'atmosphère, nous annonce qu'il ne veut plus traîner avec nous, persuadé qu'un contrat a été passé sur notre tête, et que nous allons tous trois mourir d'une balle dans la nuque. Ca ne fait pas rire Aglaé.
En réalité, la honte sera de courte durée (une semaine), car nous nous sommes rendus compte bien après coup que le problème était plus grave qu'on ne le croyait, et qu'il nous était devenu impossible de faire de la place sur notre carte en effaçant des photos. On a bien fait de pas payer, ah !
Strangers in the night
Nous échouons un peu démoralisés dans un super marché de nuit. Des bourgeois, des jeunes à franges, des familles, des touristes : toute la société de PP se presse autour de gigantesques barbecues installés en pleine rue. On peut s'asseoir sur des nattes par terre et grignoter des nouilles aux légumes et des brochettes, et surtout, l'occasion nous est enfin donnée d'avoir l'impression de se baigner parmi des Cambodgiens. Davy aussi semble connaître ça pour la première fois, et il reste fasciné.
L'ambiance est à nouveau pourrie par l'ambivalence des marchands cambodgiens. Pour faire simple à partir d'une histoire assez compliquée et très énervante, nous nous rendons compte au moment de payer nos brochettes qu'on nous demande trois fois plus que Davy pour tout ce qu'on mange. On a beau montrer, expliquer que ce n'est pas normal que les Cambodgiens et les touristes ne paient pas la même chose, on tombe toujours sur un serveur borné qui nous dit que ce n'est pas lui, qu'il ne sait pas, et que ce n'est pas sa faute.
Nous sommes arrivés depuis trois jours au Cambodge, et les Cambodgiens nous insupportent déjà au plus haut point. Presque comme les Népalais avant eux, les commerçants sont bornés, ils n'ont aucun sens du commerce, ne sourient que pour vous appater, et sont d'une honnêteté douteuse. Nous n'avons certes pas eu de chance, et la maladie d'Aglaé n'arrange rien, mais cette dernière n'a qu'une envie : quitter la ville au plus vite, quitte à aller voir un médecin à Siem Reap, notre prochaine destination, plutôt que de rester un jour de plus dans cette ville inhospitaliere.
Le soir nous disons donc au revoir à Davy, aux innombrables moustiques de notre salle de bain, et à une ville à l'ambiance très estivale, mais qui, entre les "salons de massages/prostituées" omniprésents et le sentiment d'arnaque permanente, ne nous a jamais fait sentir très bien accueillis. Aglaé, heureusement, semble aller légèrement mieux.
J'aurais peut-être aimé rester un ou deux jours de plus pour apprendre à domestiquer cette ville aux attractions touristiques pourtant peu nombreuses, mais la maladie et les nouvelles choses à voir nous ont empêché de nous attarder.
Mille mercis à Davy, sans qui la visite de Phnom Penh aurait été franchement horrible !
Phnom Peine (jour 2)
Le lendemain de sa poussée de fièvre, Aglaé ne fait pas la maligne. Nous retrouvons pourtant Davy pour aller visiter le tristement célèbre Musée Tuol Sleng, dit musée du Génocide, sis dans un ancien lycée de PP, qui pendant les 3 années du pouvoir Khmer Rouge fut reconverti en centre de détention et de torture, avant extermination dans les charniers. Ce centre était appelé le S-21, nom qui évoquera quelque chose à ceux qui ont vu le film de Rithy Panh.
La visite idéale, donc, pour bien commencer la journée. Devant le musée, pour bien nous mettre dans l'ambiance, une petite foule d'estropiés et de boiteux fait la manche.
La visite de ce "musée" est particulièrement intense et, je dois le dire, très belle. J'ai du mal à m'exprimer sur le sujet, mais le contraste entre ces murs d'école en béton, qui ressemblent à n'importe lesquels des murs d'école du monde, ce petit jardin où poussent des palmiers, ce cocon de paix dans lequel semble baigner, avec la chaleur, ce lieu, opposé aux atrocités que la muséographie nous apprend, est plus que troublante - elle est nécessaire.
Nécessité sans fin : alors qu'on pourrait croire que ce génocide n'est pas de notre ressort, qu'il est une affaire entre les Cambodgiens et les Cambodgiens et, à la limite, les Vietnamiens qui sont venus ensuite libérer le pays des Khmers Rouges, en réalité une lecture attentive de l'histoire du pays et des textes du musée nous apprend qu'une responsabilité immense incombe aux pays occidentaux, qui ont mis des années avant d'enfin condamner les Khmers Rouges. Pour info, après le génocide, alors que tout le monde savait de quoi étaient responsables les Khmers Rouges (liquidation d'un quart de la population, en gros), les Anglais ont appris aux derniers résistants khmers à poser des mines (qui tuent et mutilent encore tous les jours au Cambodge), et l'ONU a continué à donner un siège aux Khmers Rouges aux Nations Unies, considérant que ces rebelles représentaient encore le pays, et pas ces salauds de Vietnamiens...
Nécessité sans fin, je disais : là où le génocide des nazis contre les Juifs suivait une logique insensée et injuste, elle n'en restait pas moins logique, accessible à l'esprit : il aurait semblé inconcevable que Hitler et Cie tuent tous les Allemands. Ici, nous sommes dans le fond du fond de l'absurdité humaine, puisque les Khmers Rouges, au nom d'une idée (le communisme appliqué a la lettre pour créer une société nouvelle), ont absolument tout détruit : hopitaux, écoles, banques, médecins, gens cultivés, Vietnamiens ou parlant viet, prof ou presque, moines, temples, paysans, paysannerie, tout a été détruit. Ils ont eux-même baptisé le début de leur régime "année zéro". Dès le début, le parti même des Khmers Rouges a subi d'incessantes purges, et il était presque plus dangereux d'être Khmer Rouge que simple paysan. Les bourreaux et tortionnaires du S-21, qui avaient entre 15 et 20 ans, finissaient généralement par être des prisonniers du même centre. Et de ce centre, qui a vu passer des dizaines de milliers de prisonniers, seuls 7 ont survécu.
J'arrête là les informations scolastiques, que vous pouvez trouver par vous-mêmes, et vous urge à mieux vous informer sur ce truc qui jusqu'ici nous touchait sans nous toucher.
La "réussite" si l'on peut dire de ce musée, c'est d'avoir réussi à donner une identité aux victimes. Là où les seules photos que nous avons des prisionniers des camps de concentration nous montrent des êtres privés de toute humanité, des monceaux de cadavres, des numéros sur des crânes chauves et émaciés, bref, des êtres sans visage avec qui il est difficile de s'identifier, le musée du S-21 présente des photos de centaines de victimes, avant incarcération. Collection immense de visages, aux traits cambodgiens, chinois, viets, parfois des visages d'handicapés mentaux, de débiles, souvent des enfants, des bébés parfois, autant d'hommes que de femmes. Et face à ces visages, dont pas un ne ressemble à un autre, rien que le vide. Quelques rares photos de corps brûlés, qui ressemblent à peine à des corps, et que de toute façon Aglaé et moi n'avons pas voulu regarder. Sinon, rien que des visages, et l'absence du corps.
Mais...
Une autre chose était difficile à supporter, sans être du ressort des Khmers Rouges par contre : la plupart des touristes, assez nombreux, qui visitaient le centre en même temps que nous, ne semblaient pas avoir compris qu'ils n'étaient pas en train de visiter un temple, ou un jardin zoologique. Il fallait voir certains gros Américains ventrus visiter l'ancienne école en conquérants, sans avoir l'air choqué, gêné, mitraillant chaque parcelle du musée comme s'il s'était agi d'un beau paysage ou d'un objet d'art, pour comprendre la détresse de Davy.
Ce que ne semblait pas avoir vu Davy, par contre, c'étaient ces touristes qui entraient comme on rentre dans les toilettes d'une gare, et qui ressortaient des salles, le visage émacié, les larmes aux yeux. J'ai eu beaucoup de mal à retenir mes larmes, Aglaé n'a pas pu.
Puis, la chaleur aidant à ne pas se sentir très bien, voilà qu'Aglaé se précipite vers les toilettes, et revient l'air désespéré : elle a vomi. Même si le musée n'y est pour rien, et qu'elle avait commencé à montrer des signes de faiblesse la veille, je trouve le geste assez classieux, ce que ne manquera pas de remarquer Davy : il n'y avait pas de meilleur endroit pour expulser son petit-déjeuner que le Musée du S-21 !
Calvaire pour Aglaé
La petite mistinguette n'a donc pas fini la visite du musée. Elle attendra dans l'ombre que j'ai fini, puis nous nous dirigeons vers un restaurant, afin qu'elle reprenne des forces. Aglaé va mieux, mais la visite du Palais Royal, juste après, ne se fera pas sans douleur.
Le Palais Royal de Phnom Penh est en effet un complexe assez grand, constitué d'une dizaine de bâtiments, et notamment de la fameuse Pagode d'Argent, dont le sol est constitué de 4000 dalles d'argent, et qui contient un splendide Bouddha en or, et un plus petit Bouddha en éméraude. Vraiment très belle visite, sauf qu'Aglaé tient à peine debout et qu'il fait une chaleur à faire fondre le fer. La visite sera donc très longue, et je doute qu'Aglaé en ait tout à fait profité.
Nous passons enfin quelques longues minutes rafraîchissantes dans le jardin/piscine d'un hôtel où a séjourné Davy quelques mois auparavant. Café glacé, ambiance calme et verdoyante. Nous reprenons des forces et le sourire revient.
Ambiance de rue
Davy devant dîner en famille, nous prenons un dîner seul, loin du quartier touristique cette fois, où nous n'avons pas arrêté de manger, et qui est peut-être responsable de la maladie d'Aglaé.
Nous nous retrouvons donc dans un petit boui-boui près de notre pension. Miracle, ils ont une sorte de carte en anglais, sans qu'on sache s'il ne s'agit pas d'une carte avec des prix pour les occidentaux. Mais les plats sont absolument délicieux, et l'ambiance est délirant : le resto installé en pleine rue reçoit un déluge de sons et de musiques provenant de deux télévisions différentes. Nous pouvons même suivre la Star Ac khmère, qui n'est pas plus inoubliable que la nôtre. Les serveurs ont l'air ravis de voir des Occidentaux, dans une ville pourtant absolument bourrée d'expatriés.
C'est là justement un peu le problème de Phnom Penh : il nous aura été très difficile de croiser des Cambodgiens de la ville, et d'avoir l'impression d'y habiter avec eux. Les Blancs sont partout, entre les expats et les touristes, les Cambodgiens prennent sans arrêt des moto-dops, les bus n'existent pas, et personne ne marche jamais dans la rue (principalement à cause de la chaleur). On a donc l'impression d'être sans cesse séparés des gens du coin par une vitre, comme s'il existait des couloirs pour locaux et des couloirs pour occidentaux.
Le soir, la fièvre d'Aglaé est revenue de plus belle. Je la presse d'aller chez le médecin, mais elle me jure que ça va aller, etc.
En réalité, le lendemain a été peut-être encore plus catastrophique.
samedi 27 décembre 2008
Udaipur, pas contre
En gros les banquettes etaient plus petites, moins confortables, aucun drap n'etait fourni, les fenetres fermaient mal et laissaient le froid rentrer, et surtout il n'y avait plus de porte entre les wagons. On etait donc en direct live avec les toilettes.
Autre probleme, une bande de jeunes survoltes a passe la nuit a chanter des chansons populaires indiennes. Mignon, non ? Oui mais ca a dure quasiment toute la nuit, et les rires, et les cris. Encore plus de vendeurs hurlant "qui veut mon the ?" a chaque arret dans une station, meme en pleine nuit, ont fait que notre nuit ressemblait aux pointilles du papier toilettes qui commencait a s'amenuiser au fur et a mesure que la tourista, qui nous avait jusqu'ici miraculeusement echappe, commencait a nous gagner.
Emmitoufles dans nos sacs de couchage, nous avons tellement dormi comme des zombies que c'est uniquement en arrivant dans la gare d'Udaipur, 14 heures apres notre depart, que nous avons compris que nous etions arrives. Si ca n'avait ete le terminus, nous aurions ete bons pour reprendre un train dans le sens inverse a la prochaine station.
Il etait 9 heures du matin, nous etions detruits, la fievre me terrassait, Aglae toussait de plus belle, nous avions faim et froid, mais, ENFIN, nous etions au fond du Rajahstan, le pays des Touristes, si connu et si emprunte par les tours operateurs !
Enfin bon, nous avons quand meme miserablement echoue dans notre chambre d'hotel. A peine le temps de remarquer que celle-ci, fort charmante et peinturluree de motifs floraux assez sympa, etait sise dans une vieille haweli, cour arabisante du coin, aux murs blancs et aux portes aux formes orientales, et paf, nous sombrons dans le sommeil le plus morbide. A notre reveil, ma temperature gagne les 38 degres et repart avec un prix, a savoir deux nouvelles heures de sommeil.
Remonter la pente, et la descendre jusqu'au lac
Apres l'ingestion d'environ 15 grammes de paracetamol, je gravis, derriere Aglae, les marches jusqu'au toit de l'hotel, decidement charmant. Et la c'est le choc : un immense lac s'etire autour d'une vieille ville coloree. Autour de ce lac, d'immenses palais de Maharadjahs, des villas de riches bourgeois de ces temps-la pavoisent les unes a cote des autres, aujourd'hui toutes transformees en roof tops restaurants. Et au milieu de ce lac, comme deux taches d'encre blanche sur une feuille bleue, deux iles transformees en palais rajpuths des milles et une nuits, Lake Palace et Jasmandir.
Pour ceux qui ont vu Octopussy, ils auront vu James Bond s'y promener. Pour les autres, comme vous et moi, il vous suffira de savoir que c'etait epoustouflant. Ca nous a donne la force de nous requinquer, de boire et manger, et de partir dans la ville pour ce soir et le lendemain. Le soleil, qui n'etait pas de la partie le jour de notre arrivee, s'est manifeste le lendemain, au fur et a mesure que notre sante s'ameliorait (mais pas la tourista, bien entendu). Nous avons meme fait des tours sur le lac en bateau, et la vieille ville fait souvent penser a Venise. Le palais du Maharadja est gigantesque et magnifique: murs incrustrees de miroirs, vitraux, marbres ciseles et lustres en crital a tout va...
Un peu triste : le Lake Palace ne se visitait pas, puisque c'est un hotel de luxe absolu, ou la chambre vaut 200 dollars la nuit. Nous avons prefere nous en passer et payer 30 fois moins pour notre charmante petite maison d'hote.
Kingstown India
Ce qui nous a fait bien marrer, sinon, c'etait peut-etre le resto ou on est alles deux fois. Rien que le nom, hein : le Cool Restaurant. On y est alle par hasard, parce qu'on avait faim, et que c'etait le seul machin ouvert. Et la on decouvre l'ambiance la plus bizarroide du monde : sous un deluge de Bob Marley, deux belles et tres jeunes Occidentales affalees sur des coussins, par terre, entourees d'une horde de jeunes Indiens bien coiffes qui les draguaient a mort - quand je dis a mort, c'est-a-dire qu'il y avait toujours trois personnes en train de leur parler, et que parmi ces trois personnes, deux au moins etaient les serveurs dont nous essayions en vain d'attirer l'attention.
Tout le monde etait cooooool, gentil, les plats arrivaient mais de facon coooooooooooool (lente, quoi), comme toujours en Inde, on essayait de nous parler en francais etc. Le premier soir, nous avons laisse ces filles seules en partant, et ils avaient l'air de fermer derriere nous : j'etais rassure de les revoir le lendemain, visiblement aucune tournante n'avait eu lieu (ou bien elles en redemandaient). Mais le lendemain il y avait aussi une belle armee de roots, longue barbe, habits soigneusement salis, vetements indo-cools et regards broussailleux en prime.
Babas, les rois des elephants
Les babas-cool en Inde, les troubadours comme les appelle Clara, qui nous a rejoint quelques jours plus tard, c'est toute une histoire. Je vous promets c'est delirant. Au choix, vous avez les femmes qui ont coche la case "experience mystique" dans leur agence de voyage, et qui se promenent, le visage peinturlure de facon ridicule (chez les hindous, ca passe mieux quand meme), qui portent des saris de mariage toute la journee, joignent les mains pour dire namaste a des gens du coin en jean et T-shirt qui rigolent doucement.
Mais les meilleurs sont les authentiques babas comme ceux du Cool Restaurant. Il y a ceux qui sont restes coinces dans les annees 70, qui ont vieilli, et qui se promenent maintenant avec barbes blanches et os rouilles a travers un pays qui s'est trop developpe ; moins triste, plus drole, il y a ceux qui auraient bien aime y etre, dans les annees 70, et qui se trimballent le joint aux levres, un vieux sac a dos a la main, des fringues a mourir de rire sur le dos, des barbes plus longues que notre trajet en Asie.
Plus grave, je me demande comment ils arrivent, eux qui parlent de paix et de monde sans argent, a s'accomoder de la marchandisation des touristes qui a lieu en Inde : pour 99 pour cent des gens ici, l'Occidental, et encore plus le roots, n'est qu'un porte-monnaie, qui lui apportera de l'argent contre des joints, des sacs a couchage pourris, des verroteries roots, et des habits de babas cools qu'il exhibera fierement a son retour, fier de pouvoir dire "j'ai ramene ca d'Inde", honteux au plus profond de lui de ne pas dire que la-bas, il n'a pas trouve de societe alternative, mais juste un enfer capitaliste, ou il a decouvert qu'il n'etait qu'un Occidental de plus, et que le seul moyen de trouver des gens cool, c'etait de payer.
En fait, souvent je suis triste quand on croise les babas. Ca devait etre cool, il y a trente ans, quoique, les enfants mendiants etaient deja la, non ? Ca les genait pas ?
En tout cas, je le repete, Udaipur, magnifique.
vendredi 19 décembre 2008
Days of Heaven in Vizag !
Par contre, des touristes europeens, nada. Le dernier qui y a mis les pieds, en 1967, s'etait trompe de train.
Nous arrivons fourbus apres le voyage en train epique dont a parle Aglae. La terre tremble a chaque eternuement de sa part, et nous commencons serieusement a douter de l'efficacite de nos antibiotiques.
A Vizag (surnom du coin), il y avait UN couchsurfer, tres dispose a nous accueillir. Il avait l'air d'avoir une belle maison, mais nous ne nous attendions pas un accueil aussi incroyable. A la gare, son chauffeur nous attendait, un petit etre aux lunettes rondes et a l'air farouche, qui nous a fait monter dans un impeccable 4X4 blanc. La demeure ou il nous emmene se trouve au cinquieme etage d'un immeuble sur le front de mer. En gros c'est comme avoir un appartement qui donne sur la Promenade des Anglais a Nice.
Immense maison, baie vitree infinie qui donne sur une terrasse avec une balancelle. Nous avons a peine le temps de nous extasier que voici Amar, notre hote, qui se leve de son canape.
Je me dois de decrire Amar. Il s'agit d'un homme de la fin de la quarantaine, un peu degarni, que nous verrons toujours en calecon pendant nos quatre jours sur place. Amar nous explique qu'il est un heritier d'une grosse entreprise textile, mais qu'il prefere s'occuper de sa start-up de software. Amar est une pile d'energie, toujours pendu a son telephone portable et son laptop, toujours en discussion avec New York et Londres, ou d'autres developpeurs font leurs retours sur les logiciels qu'il developpe. Notre hote parle en faisant de grands moulinets avec ses bras, il parle vite et fort, d'un tres bon anglais, il est d'une gentillesse rare. Apres nous avoir force a nous coucher ("mmmmh... first you get rest, and then you get lunch and mmmmh... Charles, you take a beer ? No you get rest first, ok, as you like"), nous avons decouvert que nous avions atteint le paradis.
Amar est un roi en slip. Outre son driver, il a un homme de menage muet, une cuisiniere et son mari (qui habitent a l'etage au-dessus et que nous ne verrons jamais), et surtout Hari, son homme a tout faire, serveur incroyablement sympathique, qui nous semblait monte sur ressort tellement il dodelinait de la tete (cf message sur les mouvements de tete indiens). Il fallait voir Amar, a tout instant, hurler "HARI' et voir celui-ci arriver en hochant de la tete, pret a recevoir ses ordres. Il y a meme une fois ou Amar a demande a Hari de regarder le match de cricket, devenu intense (un match de cricket ca dure 5 jours, pour info), pendant qu'il allait aux toilettes, pour etre sur de ne rien rater.
Il est temps maintenant de faire une liste des gentillesses qu'il nous a prodiguees pendant les quelques jours sur place. Ce sera plus parlant et moins lassant qu'un recit circonstancie :
- il nous loge dans une de ses guest rooms, immense chambre climatisee, avec meme du papier toilette dans la SDB, et vue sur la mer bien sur
- il nous prodigue les repas les plus delicieux que nous ayons mange. Des currys, des crepes indiennes, a en crever. Il a meme demande a sa cuisiniere d'y aller mollo sur les epices pendant notre sejour.
- il a ordonne un repas special malade pour Aglae, lorsque son etat empirait : soupe + plats europeens (pates et pain)
- il a fait installer un lecteur DVD dans notre chambre pour qu'on puisse voir des films depuis notre lit (je ne vous parle pas de sa DVDtheque)
- il s'est occupe de la prise en charge medicale d'Aglae : auscultation express chez son ami medecin, radios, medicaments qu'allait chercher le chauffeur pendant que nous rentrions a la maison
- Il a fait installer un eeePC, petit ordinateur portable, pour que nous ayions un acces Internet permanent !
- il etait pret a nous laisser appeler en france depuis ton fixe
- il a mis son chauffeur a notre service
- il a fait laver et repasser tous nos vetements
- il y avait de la vodka et de la biere a volonte pour moi
- Il a fait acheter une Road Map de Vizag pour moi
Tout ca avec le sourire, toujours en calecon, toujours installe sur son trone, et sans jamais se lever. Nous n'en revenions pas, et dans l'etat d'aglae, a qui on a finalement detecte une infection pulmonaire, c'etait l'ideal dont personne n'aurait jamais ose rever.
A cela il faut aussi ajouter les grandes discussions philosophiques, les explications sur les regles du cricket, etc. Toujours avec des grands gestes et des hurlements.
Du cote moins milliardaire de notre sejour, nous avons aussi rencontre les patrons de l'association mentionnee plus haut, et Aglae a surtout enfin rencontre en personne Rawena, sa filleule qui a grandi en meme temps qu'elle. Apres des debuts un peu froids, celle-ci, avec la complicite de sa mere (il fallait bien etre deux vu qu'elles faisaient un metre chacune), nous a organise une journee de visite complete de l'ecole aidee par l'association et de la ville de Vizag : buffet offert au Grand Bay Hotel, le palace chic de la ville, un taxi paye a la journee pour nous trimballer avec toute sa famille, un tour de bateau a Rushi Konda, plage eloignee de la ville, des thes et de cafe offerts de force.
Nous sommes repartis remontes et soignes de cette ville, direction Delhi ! Et c'en etait fini de l'Inde du Sud. Le depart etait triste, tant cette partie calme et moins pauvre du sous-continent nous avait charme.
mercredi 17 décembre 2008
Chennai, Thursday night fever!
Apres une longue route dans l'immense Chennai, notre hote coach surfeur nous emmene chez lui ou nous pouvons enfin nous poser. C'est un etudiant de 27 ans qui est aussi prof de danse, super accueillant. Il vit chez ses parents comme tous les Indiens non maries (partir de chez ses parents sans aller fonder un autre foyer, c est les deshonorer), et partage sa chambre avec nous. Sa gentillesse fait qu'on se sent instantanement at home.
Un bon the et une douche et c est parti pour son cours de danse! Charly croyait qu'il pourrait juste y prendre des photos et eviter le dance floor... mais notre hote nous embrigade comme si nous etions ses veritables eleves et nous voila entrain d'apprendre des passes de rumba! Charly s en sort bien par rapport a son voisin indien qui en est a son 5e cours. J en etais sure! Nous finissons par bien enchainer les passes tout en rigolant. Ai-je (enfin) reussi a convertir Charly a une danse latino???
J ai chaud et me sens un crevee, hum... de la fievre (je traine toujours mon eternel rhume depuis Bahrein) ou juste l'effet d'une heure de danse?
Salman (notre hote) et Anu (sa girlfriend) nous emmenent dans un resto branche, le Moka. C est incroyable: sur fond de musique electro, des tables dans un jardin avec des lanternes de couleurs, des tetes de bouddha en pierre, des fontaines avec des fleurs qui flottent... a l'interieur, un fumoir est installe dans une salle de bain ou il reste la baignoire et ou l'on s assoit sur des cuvettes de WC transformees en sieges! Nous decouvrons les endroits ou sortent les jeunes I des grandes villes, ceux qui s'habillent a l'occidentale.
Nous avons ensuite recupere deux autres routardes polonaises, elles aussi accueillies par Salman. Nous avons tous discute tard, j'ai du faire semblant de m'endormir sur l'epaule de Charly pour qu'on aille se coucher! Les polonaises etaient venues de Pologne jusqu'en Inde a pied et en bus, en passant par l'Iran et le Pakistan (!). Pour des gens un peu baba cool "je m'ouvre l'esprit", elles ne parlaient que d'elles et pas beaucoup a leur hote...
Le lendemain, nous allons nous faire un cinema (il n'y a pas grand chose a visiter a Chennai), et ce en respectant plus ou moins le programme ultra-directif concocte par Salman (principalement a base de centres commerciaux, leur conception du bonheur urbain). Nous allons voir un film tamoul (du sud de l'Inde, de meilleure qualite que Bollywood d'apres les specialistes). Varanam quelque chose... Je vous invite a lire le synopsis sur Wikipedia: c'est incroyable tout ce qu'il se passe en 3h. Nous ne restons que jusqu'a l'entracte pour cause de train a prendre mais nous rigolons bien devant les choregraphies (style Michael Jackson en indien), le heros qui repete 25 fois de suite "oh Daddy..." quand il apprend la mort de son pere dans l'avion qui l''emmene vers un combat contre des mechants terroristes au Cashmire, tout ca avec une nuit americaine bleu fluo, des faux raccords grandioses, et la salle en delire des que l'actrice canon apparait...
Le kitsch indien m'avait insensibilisee, mais en rentrant j'ai des crampes partout et 39,5 de fievre...
mardi 2 décembre 2008
Mehtro, Mahrco, Pohlo (stuck in Bahrein)
Je me gourais completement. Mais alors completement.
Notre premer vol, Paris Bahrein, a eu 50 minutes de retard, pour cause d une equipe de vol coincee par les embouteillages parisiens. Du coup, nous avons rate la correspondance avec Cochin, et le prochain vol pour Cochin etait dans... 24h.
Nous voila donc, apres des peripeties assez complexes (au debut, ils voulaient nous faire passer par Bombay, nous promettant qu on arriverait a 7h, en fait la fille de l aeroport avait mal lu : il s agissait de 7h du soir, il nous aurait fallu passer la journee a l aeroport de Bombay, qui doit etre particulierement gai en ce moment), nous voila donc, disais-je, avec hotel et repas payes, dans la capitale de cette toute petite ile qu est le Royaume du Bahrein.
La chambre d'Hotel est immense, l'hotel lui meme a du etre a la pointe du confort et du luxe il y a quelques decennies, le buffet est tres bon, bref nous voila bien installes.
Bahrein ? Endroit incroyable, a la fois completement occidentalise, et a la fois completement arabe, et ce jusqu au bout du cliche des Emirs Saoudiens des albums de Tintin : femmes voilees de pied en cap (et invisibles en ville, a part des femmes Thailandaises tres maquillees), hommes tout en blanc avec la nappe Vichy sur la tete (oh le raciste Charles), ville un peu pourrie entouree de delires architecturaux assez epoustouflants.
Tout le monde parle un genre d'indien, puisque la ville semble en majorite habitee par des Indiens et de Pakis, un peu comme si cette ville Arabe ne comptait que peu d'Arabes (mais qui seraient les plus puissants).
Hier soir nous nous sommes promenes dans les rues, en une heure nous n avons croise aucun pieton. Toutes les voitures nous lancaient des petits klaxons narquois, sans qu on sache s ils visaient Aglae (pourtant voilee) ou le grand blond qui marchait a cote.
On nous a fait payer 5 dollars une bouteille d eau, en profitant de la confusion du change d un billet de 10 dollars. Ca commence bien. Et la je suis dans un cybercafe etrange, un peu bringuebalant, et windows semble me dire que cet ordinateur n avait jamais ete allume avant...
Je sais pas vous, mais avec A, on trouve ca vraiment marrant.
Les photos vont suivre, mais c est Aglae qui les a, et elle est coincee dans son lit pour cause de... rhume carabine. No worry, rien de grave, juste une grosse fatigue.
Et un rhume au milieu du desert, si c'est pas un exploit !