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dimanche 28 juin 2009

Dans la steppe (2/3) Aglaé et Charly, rois du désert !

4 mai

Nous nous réveillons un peu contrariés et inquiets. Nous faisons une toilette de chat près d'un bidon rempli d'eau : évidemment il n'y a pas de douche dans une yourte. Par contre, il y a des panneaux solaires pour produire un peu d'électricité... afin de faire marcher la télé (et une ampoule). Notre voyage a été l'occasion de constater qu'il y a toujours une télé partout, même dans les endroits les plus paumés et les plus pauvres.

Nous avalons une espèce de bouillie de riz sucrée pour le petit-déjeuner et partons tous de suite à dos de nos chameaux à fourrure. Les membres de la famille réaparaissent juste pour nous dire "au revoir". Nous nous dirigeons vers une chaine de petites montagnes caillouteuses au loin.

Notre guide chantonne très agréablement, nous passons près de gigantesque troupeaux gardés par des hommes à cheval ou à moto. La lumière est sublime et l'herbe rase prend des couleurs étranges: vert, jaune, marron ou orange. Notre bonne humeur revient instantanément devant un si beau paysage.

Au bout d'un long trajet, nous arrivons à un tas de roches recouvert d'écharpes bleues turquoises. C'est apparamment non seulement un lieu sacré mais aussi un point de rencontre pour les nomades. Nous y voyons au moins trois personnes de familles différentes réunies. Quelle foule!


Cette halte nous permet de reposer nos genoux, toujours mis à rude épreuve. La balade reprend, cette fois en longeant les montagnes de roches escarpées. Nous atteignons notre prochaine famille d'accueil à l'heure du déjeuner.

Nouvelles présentations, il y a surtout des femmes et des enfants. Très vite, on ne fait guère attention à nous. Le repas est à nouveau très bon. Il est évident que les familles font des efforts pour leurs hôtes en cuisinant avec des légumes (il n'y a que du mouton et du lait dans la cuisine traditionnelle mongole) et en nous proposant des sachets de thé noir (à la place du thé au lait salé).

Nous croisons d'autres Français ; ils voyagent avec Terre d'Aventure et ont dormi là la veille. On se demande alors en quoi les tours proposés par Ger to Ger en immersion sont différents des autres. Surtout que nous sommes cette fois logés dans une "yourte d'amis", construite exprès pour les touristes. Nous nous sentons à nouveau un peu mal à l'aise et décidons d'aller faire un sieste au lieu de râler.


Le maître de la famille vient nous chercher pour la balade à cheval prévue pour l'après-midi. Il est très gentil et semble vraiment content de nous voir. Il nous aide à monter en selle et part au trot dans la steppe en faisant signe de le suivre. Heureusement pour nous qu'on a déjà un peu fait de cheval !

Le sentiment de trotter dans la grande steppe et de pouvoir guider librement sa monture est incroyable (notre guide tenait nos rênes pour les chameaux). Nous oublions instantanément les déceptions de la veille et les craintes de ce midi. Charly peine un peu avec son cheval qui obéit moins bien que le mien (enfin, c'est peut-être la faute du cavalier?).
Notre hôte nous fait signe de l'aider à rassembler son troupeau de mouton. Charly et moi partons donc chacun au trot de notre côté pour ramener les moutons trop aventureux. C'est super marrant, nous sommes aux anges!

Une fois notre tâche de bergers accomplie, nous partons en direction de magnifiques dunes de sables. Au milieu, un petit lac bleu-ciel au bord duquel nous descendons de nos montures. C'est superbe, on se croirait dans le Sahara ! Charly est tellement content qu'il manque de se rouler dans le sable.


Sur le chemin du retour, nous passons près du troupeau de cheval de notre hôte. On aperçoit rapidement une jument coincée dans une flaque de boue ; un petit poulain attend sur le bord d'un air malheureux. Nous nous arrêtons, notre hôte me donne la garde de nos trois chevaux et il entreprend de sortir de l'eau le cheval blessé. Charly va l'aider. C'est une entreprise difficile car le cheval est tellement faible qu'il ne tient plus sur ses jambes. Il tremble violemment de froid.
Un autre monsieur arrive à la rescousse (mais d'où sort-il, il n'y a aucune yourte en vue?).

L'homme me confie ses deux chevaux. Ceux-ci sentent vite mon inexpérience et commencent à se faire la belle. Je m'accroche de toutes mes forces à la longe et manque de me faire traîner par terre. A mes cris effrayés (mais comment dit-on "au secours" en mongol?), il vient me tirer de cette délicate situation.

Une fois la jument sauvée des eaux, son poulain affamé se précipite pour la têter, mais il est repoussé. L'autre monsieur les emmène tous les deux avec lui pendant que nous rentrons de notre côté.

Le retour est aussi beau que l'aller, moins les cris de détresses que poussent mes genoux endoloris. A notre arrivée, un bébé chameau maladroit et visblement égaré s'est approché de nos yourtes. Nos chevaux, qui ne connaissent pas cette bête, sont morts de peur et nous les retenons à grand-peine.


Pour la petite histoire, le bébé chameau retrouvera sa maman chameau. Après un concert de cris étranges, ils disparaîtrons tous deux dans le soleil couchant, sous nos yeux émus.

Dans la famille qui nous accueille, il y a une petite fille de 4-5 ans. Elle s'est précipitée sur nous dès notre arrivée. A notre retour de balade, elle joue avec un bébé chèvre qui la suit partout. Dès qu'elle comprend qu'on la trouve trop mignonne, elle ne nous lâche plus d'une semelle pour qu'on joue avec elle. Ce qu'on fait avec plaisir.

Sa robe verte est couverte de poussière et de crottes séchée ; cette petite fille est par ailleurs la reine des grimaces. Elle passera la soirée à se jeter dans nos bras, à ne pas vouloir descendre des épaules de Charly et à nous courir après. Le meilleur moment restera une partie de cache-cache avec le petit poulain, qui nous poursuivait autour d'une yourte. Grâce à elle, nous passons une super soirée!



Après un gros bisous baveux, la petite va faire dodo. Nous dînons avec notre hôte et partons nous coucher dans notre petite yourte. Il y a des milliers d'étoiles dans le ciel, mais l'air devient devient vite glacial. Nous nous endormons absolument ravis de cette journée.

samedi 25 avril 2009

Yangshuo, Voyage dans une estampe

20 - 21 mars


Nous courons a la gare routiere de Guilin pour acheter des tickets du bus de nuit pour Hong Kong. En effet, notre guide nous indique qu'il n'y a pas de bus express pour Hong Kong en partance de Yangshuo, la ville ou nous avons prevu de passer les prochains jours. L'esprit tranquille, nous avalons un repas dans un restaurant sympa mais cradoc et prenons le bus pour Yangshuo. J'essaie vainement de comprendre le senario du film L'Interprete, diffuse en chinois. Un homme gras et suant, assis au fond du bus, ne cesse de cracher avec un bruit aussi repoussant que sa personne. Charly manque d'etouffer de rire a chaque nouveau crachat.

La petite ville de Yangshuo est la soeur jumelle (en moins huppee) de Guilin, celebre pour ses paysages en pains de sucre. Nous commencons en effet a les apercevoir au loin, formes etranges se decoupant sur fond de rizieres. Mais le temps est pourri: brume et pluie. La ville en elle-meme est sans interet ; la grande rue nous rappelle furieusement Khao San Rd a Bangkok, a la difference notable qu'il n'y a quasiment pas d'occidentaux.

Une foule bruyante de Chinois, des boutiques de souvenirs, des bars avec de la musique a fond... Cela aurait pu etre un peu oppressant avec la fatigue du voyage ; mais un gros et grand monsieur au teint cuivre de maquillage, avec une fausse barbe et de faux sourcils noirs (cense representer un mandchou?), hurle dans la rue pour vendre de la viande sechee. Nous tombons immediatement amoureux.

Nous trouvons dans une guesthouse au personnel tres sympa une chambre un peu sombre mais confortable. Nous reussissons a denicher un petit resto calme (oh miracle!) ou les plats ont mijote dans des petits pots en terre. La charmante serveuse apprend l'anglais pendant ses pauses. Notre guesthouse est tellement sympa que des DVD y sont a disposition gratuitement. Cela faisait des mois qu'on ne s'etait pas regarde un fim le soir.

Entousiasmes a l'idee d'etre un peu comme a la maison, nous vivons une experience curieuse. Apres un DVD ne marchant pas et un autre en screener (c'est-a-dire que quelqu'un filme a la main un ecran de cine, ca donne le mal de mer), nous reussissons a regarder Benjamin Button mais a chaque fin de chapitre il faut chercher quel chapitre est le suivant, car tout le fim est dans le desordre! Une sorte de film-puzzle en somme (et non ce n'etait pas parce que le film lui-meme est construit en puzzle, ca coupait au milieu des phrases).

A coup de pedales au milieu des rizieres
Nous enfourchons nos velos de bon matin et commencons par nous perdre au milieu des potagers des paysans chinois, un peu eberlues de nous voir debarquer au milieu de leurs arbres fruitiers. Nous finissons par tomber sans le faire expres dans les coulisses d'un spectacle cree par Ang Lee et donne tout les soirs sur la riviere. Apres avoir trouve le bon chemin, nous continuons a errer, mais cette fois plus ou moins volontairement, au milieu des champs et des pains de sucre. Nous traversons des petits villages paumes et a chaque detour le paysage est plus enchanteur. Puis nous decidons que nous nous sommes assez perdus et tentons de reprendre la bonne direction. Nous la trouvons apres avoir fait l'inverse de ce que suggerait Charly, completement deboussole.

Nous longeons une majuestueuse riviere d'ou emergent de gros rochers couverts de vegetation. Quand la faim se fait sentir, nous tombons comme par enchantement sur un petit restaurant tout simple mais charmant: une cahute en bois, quelques tables au bord d'un etang et toujours ce paysage d'une grande poesie en toile de fond. Nous nous regalons, enchantes, et repartons sur le chemin boueux. Les champs laissent place aux rizieres, des paysans travaillent accompagnes de leurs buffles, c'est la Chine des cartes postales.

Vous avez dit insistants?
Nous decidons de bifurquer pour aller voir un lieu mysterieux baptise les Etangs aux Trois Couleurs. A l'intersection une femme nous arrete et insite pour que nous venions dans son restaurant. Nous lui faisons signe que nous avons deja mange et passons notre chemin. Elle commence a nous suivre de loin. Nous n'y faisons pas attention, posons nos velos et partons a pied a la recherche des etangs. Apres quelques detours, nous decouvrons qu'il ne s'agit que de grosses flaques vaguement turquoises au pied des rochers, pres desquels nous surprenons un couple semble-t-il gene de notre soudaine presence. Rien de fantastique.

Nous retournons prendre nos velos et nous trouvons a leurs cotes la restauratrice acharnee, qui nous avait attendus. Elle continue a nous alpaguer en chinois. Nous sautons sur nos velos et pedalons le plus vite possible pour lui echapper!


Nous finissons par atteindre un village ou il reste quelques belles vieilles maisons. Malheureusement, cette petite renomme a transforme les paysans du coin en pro du harcelement des rares touristes. Nous n'avons pas le temps de poser le pied a terre que lademi-douzaine de personnes se tenant sur la place principale se met a nous proposer a grand cris restaurant, eau, souvenirs et promenades en bateau.

Nous essayons de leur expliquer que nous voulons juste nous promener au calme, certains comprennent, d'autres pas. Apres avoir constate que la traversee de la riviere coute un prix astronomique, nous decidons de nous mettre a la recherche du ferry que nous n'avons pas trouve a l'aller.

Le retour est tout aussi beau, la lumiere declinante est parfaite. Nous demandons ou est le ferry a absolument chaque croisement et grace a cette interrogation methodique de paysans etonnes, nous le trouvons. De l'autre cote du fleuve se trouve un autre charmant village, plus calme. Nous croisons des touristes chinois enchantes de nous voir et qui veulent evidemment nous prendre en photo. Nous leur disons en chinois que nous sommes francais et ils se lancent dans un long discours enthousiaste en chinois tout en mimant quelqu'un qui rame.

Charly a beau baragouiner mieux que moi dans n'importe quelle langue, je comprend mieux ce qu'essaient de nous dire les gens. D'apres mon interpretation, ces chinois sont tres fiers de venir de la ville qui a accueilli les competitions d'aviron aux JO, que des Francais on gagne. La conversation s'arretera la mais ils repartiront le sourire aux levres.

Nous rentrons a Yangshuo par la route. Elle serpente au milieu des rochers geants, dans un paysage aussi grandiose que ceux de l'Ouest americain. La route ne cesse de monter et descendre, Charly pedale loin derriere dans les montees (mais tant qu'il ne saute pas du velo en marche comme il a l'habitude de le faire avec les Velib' je ne me plains pas!). Ce retour est aussi beau qu'effrayant car nous devons affronter de nombreux tunnels, pas eclaires du tout, et des chinois qui aiment froler les cyclistes avec leurs grosses voitures.

Nous decidons de prolonger l'experience campagnarde et allons diner dans le marche de la ville. De petits restaurants sont installes au milieu des etals d'un marche couvert. Nous choississons celui ou il y a le plus de monde, affrontont un sol carrele aussi glissant qu'une patinoire (il est recouvert d'eau) et atterrissons a une grande table pas tres propre. Les tables autour sont remplies de chinois un peu emeches qui portent des toasts a grands cris. Et la c'est le regal absolu : Charly mange des escargots farcis au porc dont il ne s'est toujours pas remis, et je deguste des aubergines farcies fondantes et epicees avec un rafinement incroyable.

Nous n'avons aucun doute sur la fraicheur des produits car il y a non seulement les habituels poissons vivants dans des grandes bassines d'eau, mais aussi un type en train d'egorger un poulet. Comme nous venons juste de manger, nous preferons nous diriger rapidement vers la sortie!

Information annexe : en Chine, les camions-poubelles chantent l'air de "joyeux anniversaire" a fond pour avertir de leur passage. Cela egale presque les voitures indiennes qui diffusaient la lettre a Elise quand elles sont en marche arriere!

vendredi 10 avril 2009

Une longue route vers la Chine... (2)

11 - 12 mars

Il fait faim et il faut bien dejeuner. Nous nous decidons pour une espece de cantine ou, evidemment, tout le monde nous regarde. Charly essaie de demander les prix en montrant les plats, mais il s'appercoit rapidement que si cette operation etait relativement simple dans d'autres pays, ici on ne le comprend pas. Il a beau s'appliquer a suivre le prononciation indiquee par le guide, rien n'y fait. Les tons, le prononciation qui change selon le patois local, c'est du chinois! Nous nous servons donc au buffet ; la nourriture est epicee mais tres bonne. Au moment de payer, nous comprenons que la Chine ce n'est pas le Vietnam: nous n'aurons pas a nous battre pour ne pas nous faire avoir. Les restaurants pratiquent les meme prix pour tout le monde, chouette!

Envie d'eau de javel?

Assis dans la gare routiere, nous lisons le guide et decoupons et collons nos vieux tickets, cartes de visites, billets de musee dans un cahier, "un scrapbook", pour garder des traces de nos aventures. Et nous avons tout le temps de nous familiariser avec ce nouveau pays:

-Des gens se raclent la gorge avec un bruit effarant, puis crachent par terre, mais une dame passera l'apres-midi a nettoyer et re-nettoyer le sol de la salle d'attente.

-Nous savions qu'en tant que "laowai" (etranger en chinois) nous allions etre souvent devisages. Nous sommes la depuis moins d'une heure et un monsieur vient, avec le sourire, nous montrer a la petite fille qu'il tient par la main. Nous sommes des extra-terrestres.

- Une maman est assise derriere nous avec un petit garcon mignon et une petite fille aux regards farouches, tous les deux portant des habits d'une proprete douteuse ; vraisemblablement, ils sont d'une ethnie proche des mongoles. Le petit garcon commence par se rouler par terre en hurlant, puis lui et sa soeur viennent eparpiller partout les chutes de papier de mes decoupages. Ils s'amusent ensuite a vider consciencieusement le sac plastique qui nous sert de poubelle par-terre. J'essaie de leur dire "bou, bou, bou!" (non, non, non!) mais apparemment ils ne comprennent pas ce que je leur dis (il est probable qu'ils ne parlent pas mandarin de toute facon). Je finis par abandonner la lutte et les laisse jouer. La mere n'a pas reagi au vidage de poubelle. Elle finit par leur donner a manger, et la, le petit garcon m'eternue tout ce qu'il avait dans la bouche dessus. Notre scrapbook est donc enrichi de vomi d'enfant chinois! Un peu plus tard, le petit garcon baisse son froc et pisse par terre, au milieu du hall. La femme de menage de la gare routiere, excedee, vire la petite famille pour qu'ils attendent dehors. Le petit ambassadeur de la proprete chinoise finira meme par poser une crotte, que sa mere s'empressera de ramasser.

-Si la famille cradok nous a bien fait rire, le test des toilettes publiques brise tout sens de l'humour. Meme apres des experiences a la limite du supportable en Inde, la Chine peut etre elue, et de loin, le pays d'Asie aux toilettes les plus infames. Sans rentrer dans les details sordides, il faut savoir qu'il s'agit d'une grande rigole au-dessus de laquelle les gens s'accroupissent, qu'il n'y a pas de portes mais des vagues murets (et encore pas toujours), et que donc tout le monde se voit. Un mince filet d'eau coule au fond de la rigole, n'emportant malheureusement pas grand-chose avec lui. L'odeur est evidemment atroce ; certains touristes se mettraient du baume du tigre sous le nez pour survivre! Il va sans dire qu'il n'y a ni papier, ni savon, ni lavabo pour se laver les mains. Et le comble... c'est payant!

Un reve eveille...

Quand notre bus-couchette arrive enfin, nous sommes surpris par le confort. Charly ne resiste pas longtemps a l'oreiller moelleux. La nuit tombe et notre bus suit une route completement defoncee ; il doit parfois presque s'arreter pour passer des nids de poules geants. Nous slalomons entre de gigantesques piliers de beton pendant des kilometres et des kilometres. Une immense autoroute est en construction, un serpent de beton accroche au flanc de la montagne et survolant les vallees abruptes grace a d'immenses ponts (Nantua puissance 10 pour les connaisseurs). Ce sont les camions de cet impressionnant chantier qui ont bousille la route que nous suivons peniblement.

Au moment ou nous quittons la zone des piliers geants, nous commencons a longer un fleuve tres large. Des montagnes immenses surplombent la vallee brumeuse, le paysage rappelle celui des Trois Gorges. Des petites maisons, presque des cabanes, sont acrochees a la montagne, a pic au-dessus du lit du fleuve. On a l'impression qu'elles sont en equilibre et peuvent se decrocher a tout moment. Les montagnes semblent percees de grands trous, des mines? Mais l'obscurite gagne inexorablement et bientot on ne distingue plus que des lueurs suspendues au-dessus de fleuve. C'est le moment que choisit Charly pour se reveiller. J'ai l'impression d'avoir passe un precieux quart d'heure dans une estampe chinoise, ou les humains et les constructions sont toujours minuscules et ridicules face a d'ecrasantes montagnes et de puissantes rivieres.

Voir un si beau paysage defiler devant soi tout en etant allongee donne l'impression de rever... Je m'endors emerveillee...

Reveil difficile et desorientation

Arrivee a Kunming a 5h et quelques du matin... on serait bien restes un peu plus longtemps sur nos couchettes! Nous deposons nos sacs a la consigne de la gare. Une fois n'est pas coutume, nous arrivons a griller tous les chinois qui attendent en tas (et pas en queue), car ils ne sont pas reveilles. Nous partons en quete d'un petit-dejeuner mais tout est ferme a part un resto de nouilles ou la carte est en chinois. Nous finissons par avaler des beignets tres tres sucres dans la rue pour contourner l'enigme des caracteres chinois. Niveau chinois oral c'est toujours la catastrophe, les vendeurs ambulants ne comprennent pas Charly.

Apres une marche dans une avenue sans fin mais tres propre et avec de larges trottoirs (rares en Asie) nous trouvons refuge dans un cafe pour expats, ou nous passons la matinee a planifier notre itineraire en Chine. Nous avons RDV avec Silvia (notre charmante amie espagnole rencontree au Laos, qui etudie le chinois a Kunming) a midi devant sa fac, nous avons le numero du bus. Tout parait plutot simple.

Une fois dans le vehicule, nous essayons de suivre son trajet sur notre plan car les arrets sont evidemment ecrits en chinois. Au bout d'un moment, on demande a une jeune chinoise la "Yunnan University" et elle nous dit de descendre au prochain arret en nous montrant une vague direction. Nous descendons, essayons de suivre des jeunes au look d'etudiants et constatons que nous sommes perdus. Nous passons un coup de fil depuis une epicerie et Silvia doit demander en chinois a l'epicier ou nous sommes. Elle nous dit alors de la rejoindre a la gare routiere ouest, toute proche. L'epicier nous montre (encore) une vague direction, accompagnee d'un long monologue en chinois. Nos gros sacs sur le dos, nous sommes toujours aussi perdus et commencons a desesperer. Nous essayons de demander a des passants chinois : echec, Charly cherche un plan sur les arrets de bus : il n'y en a plus. Soudain, j'apercois une jeune fille blanche et me precipite sur elle comme un naufrage sur une bouee.

Elle me repond en anglais que la gare Ouest est a 200m, au bas de la rue. Nous foncons a l'endroit indique et attendons anxieusement. Est-ce seulement le bon endroit, cet immeuble chic avec des bus devant?

Soudain un cri de joie retentit et nous nous jetons dans les bras de Silvia!

mardi 24 mars 2009

Pains de sucre, naturisme et bateaux vides - Ha Long

7 mars

Visiter le Vietnam sans passer par la Baie d'Along (en réalité Ha Long), c'est un peu comme ne pas jeter un coup d'oeil à la Tour Eiffel en passant par Paris, ou saluer le Manneken Pis en traversant Bruxelles. Pour certains, c'est même comme manger la croute du fromage sans toucher au coeur fondant - ou l'inverse. Bref ça ne se fait point.

La Baie d'Along kezako ? Plus d'infos ici, pour les nains cultes. En gros ce sont de petites et grosses îles dites "pains de sucre", plantées en plein dans le mer, certaines comportant de grandes grottes, etc.

Nous nous réjouissions donc d'y aller, avec raison. Nous étions prévenus que vu la froideur de la saison, il allait être impossible de pratiquer certaines des activités phares de cet endroit : se baigner, faire du kayak entre les grottes calcaires, zoner sur les plages de certaines des plus grosses îles... Nous avons donc décidé de faire l'impasse sur les tours organisés, qui tous comportaient ce genre d'activités, pas très marrantes quand l'eau avoisine les 5 degrés.

Nous faisons donc comme d'habitude, en optant pour la solution compliquée et galère, pour une fois pas uniquement motivés par des questions de budget. Réveil ultra-tôt. Nous nous infligeons d'abord de longues heures de mini-bus jusqu'à Ha Long City, qui n'est pas la porte à côté. Puis nous nous retrouvons sur le bord d'une quasi-autoroute, avec au loin, à notre droite, la forme de la ville d'Ha Long. Marche infernale à maudire les chauffeurs de mini-bus : nous marchons si longtemps que nous finissons par craquer pour une place à l'arrière d'une moto.

Le type nous demande un prix qui nous paraît correct... sauf qu'en réalité le point d'arrivée était à 50m !!! Nous devons nous offusquer, sans que le gars comprenne un millimètre de ce qu'on raconte. Heureusement une femme qui passe par là nous fait la traduction : nous jetons un petit billet à la tête du gars, comme le 1/20 donné par le prof pour féliciter ceux qui ont au moins mis leur nom sur la feuille.

I have a boat (X1000)
Nous sommes à côté du port d'Ha Long. Une bonne centaine de cars de tourisme stationne devant - et nous sommes en saison creuse. Notre but est, comme tout le monde, de faire un tour de bateau dans la baie. Nous partons à la recherche du Guichet Officiel de vente, installé il y a quelques années, afin de limiter les arnaques (vous savez, vous, instinctivement, combien coûte une croisière en bateau au Vietnam ?). C'est un peu compliqué de le trouver, mais il y a surtout un type, puis deux, puis trois, qui nous suivent en émettant un bourdonnement continu :

- Hello, man, I have a boat, this is here, I have a boat, I tell you, good price, I have a boat, I tell you, 70 000 dongs, I have a boat, buy your tickets for the park, and take my boat!

Ce qui peut paraître marrant sur le papier dépasse les pires harcèlements indiens. Nous essayons juste de décrypter un panneau de prix, et de comprendre la différence entre le droit d'entrée dans le parc, et la location d'un bateau. Mais c'est impossible, un peu quand comme vous essayez de compter et que quelqu'un vous dit d'autres chiffres. Rapidement un des deux gars disparaît, comprenant que nous n'avons rien à faire de ses offres, mais l'autre reste.

- I have a boat, I have a boat.
- Please, let us read.
- Okay okay, but first let me tell you, I have a boat, good price, 3 hours.
- PLEASE, be silent, we just want to read.
- Okay okay, I know, but I have a boat.
- PLEEEEEEAAAASE, ONE MINUTE, SHUT UP ONE MINUTE ! One MINUTE IN YOUR LIFE ! STOP

- Yeah I know, but let me tell you first...

Nous essayons toutes nos forces de garder notre calme, mais c'est impossible, le type est trop fort : il VEUT des baffes. D'un coup je me souviens de la solution "dignité-fierté" employée au Népal pour disperser les chauffeurs de taxi, et je deviens très méprisant :

- Okay, man, let me tell you. If you speak again, I will never, never take your boat !
- Okay, but let me tell you first...
- STOP, this is it, I WILL-NEVER-TAKE-YOUR-CRAPPY-BOAT. NEVER ! Finished, this is your fault.

Le type s'arrête. Pour la première fois il a un peu écouté ce que j'ai dit. Il s'exclame avec un air de mépris :
- This is good. I would never have let you come in my boat.

Je suis au bord d'éclater de rire - il avait quand même l'air d'avoir sacrément envie que je le prenne, son bateau, il y a deux minutes. Le type se barre, vexé, et nous sommes enfin en silence. Nous abordons la femme du bureau devant nous qui, silencieuse et calme, attendait qu'on vienne la voir : soulagement intense. Nous prenons un ticket vraiment quasi-gratuit, sommes guidés par une vieille dame, puis un jeune homme, à travers plusieurs bateaux. Nous traversons une foule de ponts, de pontons, nous marchons en équilibre sur le rebord de plusieurs bateaux, sautant de l'un à l'autre, s'accrochant là où on peut. Au moment où nous nous demandons quand ça va s'arrêter, nous atteignons notre navire.

Joncque food
Tous les bateaux qui nous environnent sont de petites joncques recouvertes de bois, très jolies, avec même des mats pour faire semblant d'être des voiliers. Nous sommes surpris qu'avec la prolifération de bateaux et de touristes, les autorités touristiques aient réussi à éviter la présence de gros navires moches.

Sur le pont du bateau, il y a à peine 5 personnes : 4 jeunes Vietnamiens et 1 Français de la quarantaine. Les jeunes Vietnamiens passeront la croisière à se prendre des photos avec des poses rigolotes, a nous faire manger des mandarines et à nous prendre en photo autour d'eux (vous imaginez leurs bonds quand je leur ai dit quelques expressions en viet) ; quand à David, le Français, il s'avère très vite être un personnage des plus sympathiques. Et un personnage tout court.

David, ce héros
Ce type est venu de Saigon, à mille kilomètres de là, en train ; il a donc passé 2 jours entiers dans le train, n'a pas beaucoup dormi, est arrivé a Hanoi comme nous à 4h30 du matin ; il a foncé dans la seule agence de voyage ouverte de Hanoi, a demandé un billet de bus pour Ha Long, et est venu directement dans ce bateau. Comme il ne parle pas bien anglais, il a payé un peu cher son billet de bateau, mais il est là, quelques heures à peine après son arrivée à Hanoi. Il a l'air monstrueusement fatigué, ne s'est pas lavé depuis longtemps, a son gros sac avec lui, qu'il transportera sur son dos pendant les visites des grottes. Sa bonne humeur est pourtant communicative.

Bon, bien entendu il rale : trop de bateaux, temps gris, etc. C'est vrai qu'il fait sacrement gris, mais PB nous avait prevenus : il fait gris tous les premiers mois de l'annee dans le Nord du pays.

Et Halong ?
Halong dans la brume est notamment splendide. Difficile de trouver d'autres mots, bien sur. Alors forcement splendide, mot tellement utilise qu'il en a perdu toute force et tout relief. C'est ballot, mais je n'arrive pas a trouver quelque chose d'original. Des expressions comme Mysterieux, Etrange, Captivant, sont comme des points de vue, des cliches aux visages connus, pour mieux voir l'invisible du Mot ideal, celui qui resumerait la chose Halong.

Racontons plutot.

Je ne sais pas comment ca fait quand il fait beau. La, on s'approche au milieu d'une grosse flottille de joncques, comme au sein d'une armee partie en guerre contre un bataillon de geants. Puis rapidement, des pans blancs de brume emergent des formes, dinosaures de gres, colosses d'argile a peine sechee, silhouettes monstrueuses. Ces rochers finissent par dechirer les derniers haillons de brume qui les couvraient, et montrent leurs poitrails. Puis le choc, armee de bateaux contre armee de pitons rocheux, voiles contre forets, eau contre roche.

Difficile de trouver les mots. Nous aurons fait le tour en trois heures a peine, un peu hebetes, un peu ecrases. Nous nous arreterons une heure pour visiter des grottes au sein des roches, le meme genre qu'au Laos (mais tres encadre), mais c'est surtout l'armada de pitons rochers, au milieu desquels nous passons l'apres-midi a naviguer, qui nous hantera encore longtemps.

Au bout de quelques temps, donc, nous sommes repartis, vaincus probablement : chaque jour les joncques font retraite et les rochers de la Baie d'Along restent, retrouvant la solitude et l'oubli de leur brume. Chaque matin les joncques reviendront chargees de touristes, mais personne ne semble pouvoir abattre ces rochers.

Quant aux Viets, ils ont, je crois, passe plus de temps a prendre des photos qu'a regarder le paysage.

Retour vers le quotidien
La balade est relativement courte, plus breve meme que le trajet pour venir depuis Hanoi, mais nous n'avons pas vraiment envie de prolonger l'experience : c'etait suffisamment beau, sans que nous voulions risquer de trouver ca ennuyeux et repetitif. Nous decidons donc de rentrer au lieu de passer la nuit a Ha Long comme prevu.

Nous guidons David jusqu'a la station de bus. Il semble assez reconnaissant dans la mesure ou il a du mal a se debrouiller en anglais, encore moins en viet. Pour trouver la station, nous prenons d'abord un bus urbain. Alors que nous hesitons a le prendre, et que nous ne savons pas ou il faudra descendre, nous entendons un coup de tonnerre : c'est un vieux Marseillais dechaine, qui nous apostrophe avec l'accent :
- Eh oui les ptiots, la, c'est par la la gare des bus, heing !

Le bus est bruyant et nous avons a peine le temps d'entamer une conversation. Il multiplie les blagues un peu salaces a l'egard de toutes les femmes qui l'entourent, mine de rien ca faisait longtemps qu'on n'avait pas vu un bon vieux Franchouillard un peu paillard (ceci dit Aglae avait raison, il etait un peu glauque aussi, ce gars, a nous dire qu'il venait voir des filles ici).

Nous trouvons notre bus, et rentrons vers la capitale vietnamienne. Pendant tout le trajet, David nous entretient de ses anecdotes incroyables. Ce chef de chantier nous raconte ses experiences diverses et sacrement variees : voyages a l'arrache au fin fond de l'Afrique, coups de gueule contre les clients des prostituees en Thailande, naturisme en Allemagne.

Eh oui, car David est naturiste. Cela vient dans la conversation, naturellement, avec franchise, douceur, sans fausse pudeur et sans sous-entendus vicelards. Il nous raconte son experience foireuses dans un camp naturiste qui se revelait etre un camp echangiste, sans qu'il le sache : toutes ses anecdotes sont pleines d'un franc-parler jamais vulgaire, d'une delicatesse simple, qui sont ces choses dont je raffolle. Cet homme, d'un milieu et d'une education en voie de disparition, celui de la classe ouvriere instruite, qui semble parfois tout droit sorti du Belleville d'un film de Carne, me rappelle certains amis. David nous considere comme des egaux, malgre notre jeune age et notre experience quasi-nulle dans tous les domaines qu'il evoque (en gros le travail, les chantiers, les voyages, le naturisme, la vie).

Nous arrivons a Hanoi, et trouvons une chambre pour David dans notre hotel. Nous faisons un rapide diner dans un restaurant proche, discutons encore longtemps tous les trois, puis nous endormons apres une journee sacrement remplie !

DESOLE A TOUS CEUX QUI ONT PU ATTENDRE CE MESSAGE PENDANT DES SEMAINES, NOTRE PASSAGE AU JAPON A ETE PLUS COURT QUE PREVU, ET NOUS AVONS DONC SPEEDE POUR VOIR TOUT CE QUE NOUS VOULIONS : DU COUP PAS TROP LE TEMPS DE METTRE A JOUR LE BLOG, ET UN BON MOIS DE RETARD. MEA CULPA !!!!