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jeudi 2 avril 2009

Une longue route vers la Chine... (1)

10-11 mars

Premiere etape: train de nuit jusqu'a Lao Cai, derniere ville vietnamienne avant la frontiere chinoise. Nous voyageons en "couchettes dures", c'est-a-dire dans un compartiment a 6 couchettes. Nos voisins vietnamiens ne sont pas trop bruyants et le trajet se passe sans incident notable.

Nous arrivons (encore) a 5h30 du matin et devons affronter une nuee de rabatteurs qui veulent absolument nous emmener a Sapa, ville de montagne tres touristique que nous avons prefere rayer de notre itineraire a cause du temps (gris, gris, gris) et de notre faible penchant pour les zoos humains (prendre en photo 3 Hmongs rayes et 2 Hmongs a fleurs faisant leur danse folklorique en compagnie de 30 autres touristes, non merci!). Apres quelques "No Sapa, we go China!" avec un demi-sourire, je finis par repeter la rengaine d'un ton de moins en moins conciliant. Si on a meme plus le droit d'etre de mauvaise humeur le matin!

Nous finissons par trouver un resto ouvert pour petit-dejeuner et parfaire notre strategie de contrebandiers. En effet, les autorites chinoises n'ont pas fini d'etre tatillonnes. Le Lonely Planet (photocopie) que nous avons achete previent ses lecteurs dans ses pages sur la frontiere: il arrive que les douanes chinoises confisquent leur Lonely Planet aux pauvres touristes qui en ont pourtant bien besoin, ne parlant pas chinois. Et sur les forums de voyageurs, les messages racontant la confiscation de Lonely Planet abondent. Mais pourquoi ???

Parce que les cartes du Lonely Planet montrent une realite geopolitique qui n'est pas du gout des Chinois: Taiwan y est un etat independant. Donc bien sur, l'ile ne figure pas dans le guide "Chine". Dans un exces de zele, certains douaniers confisquent donc tous les Lonely Planet lors de la fouille des bagages (et les revendent certainement plus tard au marche noir).
Or, nous n'avons pas envie de devoir racheter un guide en Chine, ou on ne trouve que des guides censures (avec du tipex sur les passages concernant la revolution culturelle ou Tien Nan Men).

Nous procedons alors par plusieurs etapes: nous arrachons toutes les cartes montrant la Chine, arrachons la couverture bien connue des douaniers (qui ne lisent evidemment pas l'anglais), nous collons a la place la couverture de notre guide du Vietnam, et enfouissons le guide au plus profond de mon sac (par experience, les sacs des hommes sont toujours fouilles beaucoup plus minutieusement que ceux des femmes). Cette ruse m'amuse mais me stresse un peu aussi. Apres tous les efforts pour avoir le visa chinois, ce n'est pas le moment de se mettre les douaniers a dos!

Le ventre plein mais un peu serre nous partons en direction de la frontiere, qui s'avere etre beaucoup plus loin que prevu. Apres 3km de marche avec nos gros sacs sur le dos, nous arrivons en vue d'une banque. Nous voulions etre prevoyants et avoir des yuans chinois sur nous. Mais impossible de s'en procurer a Hanoi. Nous tentons notre chance. Non, a 30m de la frontiere, une banque vietnamienne ne peut pas vendre des yuans (car on ne peut en trouver qu'en Chine). Heureusement, une dame de la banque nous change nos dongs contre des yuans qu'elle avait dans son porte-monnaie personnel. Le marche noir dans une banque vaut de toute facon mieux que le marche noir de la frontiere chinoise!

A la frontiere vietnamienne, on voit passer nos passeports de mains en mains pendant 10mn avant de pouvoir traverser. Arrives a la frontiere chinoise, nous sommes accueillis avec un grand sourire par un douanier parlant anglais qui nous aide a remplir les formulaires. Il y a des cameras partout, a "further search" room... Puis vient la ceremonie des coups de tampons sur le passeport, qui dure 5mn et toujours avec un sourire. Pas de questions et meme une petite machine avec des smileys pour dire si on est satisfait ou pas du service (!). Charly vient de passer la douane sans probleme et me fait un sourire depuis l'autre cote de la barriere. Je mets mes sacs sur le tapis de la machine a rayon X, personne ne vient les fouiller manuellement... et c'est fini!

Tout ca pour ca!

Nous sommes donc enfin en Chine, et les panneaux ecrits en vietnamiens (et donc en alphabet latin) s'espacent a vue d'oeil. Nous nous arretons a un carrefour, perdus. Mais ou peut donc bien etre la gare de bus?
Charly entre dans un magasin au hasard, mais personne ne comprend les mots "bus station", ni le mot chinois pour bus qu'il essaie de prononcer. Je sors alors du sac le Guide de conversation francais/chinois du Routard (merci Julien et Isabelle!) et Charly retourne dans le magasin pour montrer la phrase "Ou est la station de bus longue distance?" en chinois. Le vendeur abandonne alors son magasin et se met silencieusement a nous guider en marchant devant nous. Il nous conduit tout droit a la gare routiere, en fait a seulement 50m, cachee au detour d'une rue. Cette gentillesse nous touche beaucoup et, apres les douaniers aimables, nous nous disons que la Chine commence bien!

A peine nous sommes nous approches du guichet, qu'un monsieur chinois nous demande en anglais parfait ou nous voulons aller et fait la traduction pour la guichetiere. Il n'y a pas du bus pour Kumming avant 6h du soir (et il est alors 11h seulement). Nous achetons les billets, remercions l'inconnu et commence alors une longue attente...

mardi 24 février 2009

Frontière = Galère

6 février

Chaque passage de frontière a jusque là été compliqué, que ça soit à cause d'un accident sur la route (Inde-Népal) ou de la malhonnêteté des agences de voyage (Laos-Cambodge)... Nous savons à quoi nous attendre! Mais comme nous sommes malades, nous ne voulons pas courir à la gare de bus locaux pour gagner 2$, et nous réservons donc 2 places de bus auprès de notre guesthouse: une fois n'est pas coutume! Nous prenons un bus uniquement jusqu'à la frontière, car le Lonely Planet explique qu'il est plus rapide et moins cher de prendre ensuite un bus thaïlandais de l'autre coté.

7h30: nous commençons par attendre 3/4 d'heure devant notre guesthouse pour échouer dans un minibus faisant le tour de toutes les pensions de Siem Reap. Nous sommes ensuite déposés près d'un grand bus qui est plein à ras-bords. Les autres touristes a l'intérieur sont déjà énervés par une longue attente. Il est 9h et nous ne voulons pas arriver à Bangkok au milieu de la nuit! Les mecs de la compagnie de bus, mous au possible, finissent par arriver à bourrer les sacs dans le couloir pour nous libérer 2 sièges... les plus pourris du bus : on a les jambes sous le menton et des sacs qui nous tombent dessus! ça commence bien!

9h30: Le bus finit par s'ébranler. Là, un insupportable mec chétif, toujours accompagné d'un gros mec à l'air complètement abruti, explique à l'assemblée que d'être serrés dans un bus pourri nous fait comprendre ce que c'est que d'être un pauvre cambodgien et que l'on pourra en parler dans nos pays en rentrant! Avec Charly, nous manquons de nous étouffer (de rire, de rage?) car les bus locaux longues distances sont tous spacieux et climatisés au Cambodge, comme nous avons pu le constater lors de l'agréable trajet Phnom Penh - Siem Reap. Nous commençons à regretter amèrement d'avoir failli à notre règle:
toujours éviter agences de voyage et guesthouses pour les transports. Pour la frontière lao c'était la seule solution, mais cette fois, nous aurions pu l'éviter!

10h30: Au bout d'une heure à peine de trajet, le bus s'arrête devant un stand complice de l'arnaque. Boissons et nourritures y sont 2 fois plus chères que d'habitude et les toilettes payants! Charly est le seul touriste qui pense à traverser la route et à aller acheter une bouteille d'eau au stand d'en face, au prix normal! Au bout d'une longue pause, le bus repart...

11h30: ...mais pour mieux s'arrêter, devant un restaurant, lui aussi reversant une commission au chauffeur bien entendu. C'est soit-disant l'heure de déjeuner et de toute façon ça ne sert à rien de protester : "Stop 40mn!". Le chétif s'exclame, toujours grande gueule "Cool man ! We are not machines!". La pause sera en fait d'1h15...

14h: arrivee a la frontiere, soit 3h30 d'attente inutile et 3h de vrai trajet! Nous sommes affamés, mais décidément le Cambodge ne nous réussit pas: avant la frontiere, dans un petit resto, la serveuse nous indique les prix des nouilles puis appelle son patron car elle ne parle pas bien anglais. Celui-ci nous annonce alors que pour nous, il double les prix! Nous nous levons, excédés: puisque c'est comme ça, nous nous achetons un paquet de gâteaux et nous précipitons vers la frontière.


Après la crise de l'appareil photo et l'incident du cafard bouilli, nous sommes ravis de quitter les cambodgiens. C'est vrai que les gens lambdas dans la rue ou les marches etaient souriants et sympathiques, mais les restaurateurs, commercants, guides et chauffeurs divers sont venus a bout de notre patience, certes emoliee par la fatigue et les microbes. Cependant, grace au gentil accueil de Davy, nous sommes surs qu'en restant longtemps dans le pays sans etre un touriste, les rencontres avec les cambodgiens n'ont rien a voir. Si vous voulez un apercu de ses aventures de prof de cine a Phnom Penh, voici le lien vers blog de Davy.


L'attente a la frontiere cambodgienne puis a la frontiere thailandaise est interminable : nous sommes au pic de la saison touristique en Asie du Sud-Est. Nous discutons avec un Francais, compagon de galere dans le bus sans fin. Comme tous les autres, il a pris un billet jusqu'a Bangkok, et nous nous disons qu'il n'est pas sorti de l'auberge...

Si nous avions su...

15h30: Nous entrons ENFIN en Thailande et, affames, nous jetons sur un plat de nouilles. Elles sont bonnes et peu cheres; de plus le chauffeur de tuk-tuk nous propose immediatement le prix indique dans le Lonely Planet pour nous conduire a la gare routiere: ouf! C'est de bon augure, nous reprenons vie!

16h00: Les choses se gatent a la gare routiere car tous les bus locaus sans clim, donc les moins chers, sont partis. Nous nous rabattons donc sur un bus climatise tres confortable qui file vers Bangkok. Nous esperons arriver a une heure decente pour trouver un hotel. En effet, nous avons appris la veille au soir que Benjamin, le fils de mes voisins de Thonon qui devait nous heberger, a un empechement pour le soir de notre arrivee.
Dans le bus est diffuse un spectacle thai absurde et grandiloquent avec des chanteurs kitschs, des travestis, des danseuses traditionnelles, du french cancan, du flamenco, des enfants, des personnages volants au bout de cables, de la pluie sur scene, des parodies de boys band etc. Le tout en un seul show, asperge de paillettes et de couleurs flashies. Autour de nous, les passagers sont litteralement ecroules de rire, notre voisine de derriere semble au bord de la suffocation. Ils sont fous ces Thais!

Mais a mesure que nous nous approchons de notre but, les voitures s'amoncellent et nous voila bloques dans des embouteillages monstres. Le bus fait des demi-tours absurdes et repasse 10 fois au meme endroit avant d'atteindre la gare routiere. Charly est ronge par le stress a l'idee d'arriver une fois de plus de nuit dans un nouveau pays, sans hebergement, en pleine saison touristique.

22h30: La gare routiere, loin du centre-ville, est un immense chaos ou tout est ecrit en thai. Apres avoir marche 30mn avec nos sacs a travers des couloirs sans fin remplis d'echoppes diverses, nous finissons par trouver ou attendre le bus pour le centre touristique de Bangkok. C'est la que se concentrent toutes les guesthouses bon marche.

Nous attendons la un long moment, au bord de l'epuisement mais rassures par la presence de deux autres routards francais. Le bus arrive enfin et, apres un trajet parsemes de bouchons, nous finissons par sauter du bus au bon endroit. Nous penetrons alors dans Khao San, une rue remplie de musiques, de bars, de touristes, de jeunes thais branches, de marchands ambulants vendant crepes ou cafards grilles, de quelques travestis et prostituees, de danseurs de rue... Epuises, nous sommes assourdis par tant d'animation et de vacarme.

Il est minuit et demi, et apres 17h d'attente et de trajet nous denichons une petite guesthouse, un peu miteuse, mais nous n'avons pas le courage de chercher plus loin. Le lit remplit a lui tout seul notre miniscule chambre au bout d'un minuscule couloir, et les murs sont tellement fins que nous entendons comme si nous etions la musique peu subtile du bar voisin. C'est tellement cheap qu'il y a du lino seulement autour du lit, pas dessous! La patronne nous assure que la musique s'arrete a 1h. Nous partons donc nous balader en attendant et nous nous jetons avec joie sur des Pad Thai (nouilles sautees avec des cacahuetes - delicieuses) et sur des crepes banane chocolat, le tout achete dans la rue. Le ventre plein, ce grand bazar est plutot fascinant!

Seulement voila... Nous retombons sur le Francais de la frontiere. Il nous explique avec un sourire bienveillant (mais oh combien cruel pour nous!) qu'apres le trajet catastrophique qu'il a partage avec nous cote cambodgien, le trajet cote thailandais s'est passe a merveille: bus confortable et climatise, pas d'arret-arnaque, il est arrive directement a Khao San a 9h et a pu choisir son hotel! Nous sommes effondres car il faut se rendre a l'evidence: nous avons eu tout faux! Nous nous demandons alors si la poisse cambodgienne est transfrontaliere.

Nous retournons dans notre chambre et nous endormons au son de rock americain, car apparemment le bar ne faisait que vaguement baisser sa musique apres 1h!

NB de Charly : ce qu'Aglae ne raconte pas, notamment parce que je n'ai ose lui dire qu'une fois parti de la guesthouse miteuse, c'est l'episode du livre de comptes. Lorsque nous sommes arrives a la pension, il a fallu s'enregistrer, comme dans n'importe quel hotel. La gerante cherche un moment le cahier sur lequel elle consigne les arrivees et les departs, le trouve, et l'ouvre devant mes yeux. Un immense cafard en saute (je ne savais pas que les cafards pouvaient sauter), sans declencher d'emotion particuliere autre que la surprise et le rire chez cette femme. Quant au cafard, la maisonnee l'a laisse gambader toute la nuit dans le hall, a ma grande horreur...

samedi 7 février 2009

Nouvelle frontière

28 février

Toutes les arrivées dans un nouveau pays s'étaient jusqu'ici déroulées plutôt mal : arrivée en Inde en pleine nuit sans hôtel, traversée de la frontière népalaise épique, tous les hôtels pleins à Vientiane... Nous pensions pouvoir échapper à ce qui commençait à ressembler à une fatalité pour notre arrivée au Cambodge.

Cela s'est mieux passé, mais c'était pas la gloire non plus.

Tout d'abord, nous croyions depuis des mois que nous allions pouvoir être logés à Phnom Penh par D.C., ami de longue date, né Français de parents cambodgiens, qui doit y passer un an. Mais, deux jours avant notre départ du Laos, nous apprenons qu'il y a eu mésentente : lui croyait que nous arriverions plus tard ; nous croyions qu'il arriverait dans le pays plus tôt. Toujours est-il que nous sommes arrivés au Cambodge une semaine après son arrivée à lui : il logeait encore chez des cousins cambodgiens éloignés qui parlaient à peine l'anglais, et ne pouvait nous incruster une semaine après son arrivée chez eux.

Avant même de pénétrer au Cambodge, premier échec, parmi une suite hallucinante de bévues, de malchances et de mauvais choix qui caractériseront notre éprouvant séjour au pays des Khmers.

Agence tous risques
Notre seule possibilité de traverser la frontière était de passer par ces ignobles "agences de voyage" qui poussent comme des champignons dans tous les endroits où passent les touristes, et qui balisent notre chemin depuis que nous avons atteint l'Inde du Nord. Dans ces agences, qui font aussi souvent office d'hôtel, d'épicerie, de blanchisserie ou de cyber-café, on peut acheter des tickets de bus, de train ou d'avion, faire les visas, préparer des excursions un peu partout dans la région, réserver des tuk-tuk... Bref, hormis pour les tours organisés, il s'agit de tout faire à la place du touriste, moyennant commission dont le montant n'est jamais su (le principe est que le touriste ne saura JAMAIS le réel prix du bus ou du train), et la plupart du temps il s'agit de remplacer le touriste pour des choses qu'il aurait pu faire lui-même.

Pire, il arrive extrêmement souvent que ces services soient plus ou moins des arnaques : combien de fois, en Inde surtout mais aussi ailleurs, avons-nous été mis en garde par nos guides contre les réservations de tickets par ces agences, où souvent on finit dans un bus miteux, un train pour la mauvaise direction, quand ce n'est pas tout simplement de faux billets qui vous sont remis : après tout, dans la mesure où les routards bougent sans cesse et ne reviennent jamais sur leurs pas, ils ne viendront jamais se plaindre, non ?

C'est donc avec une certaine circonspection que nous nous sommes adressés à ces agences pour passer la frontière, mais hélàs, sur une île perdue au milieu du Mékong, y a-t-il vraiment moyen de faire autrement ? Après avoir éliminé toutes les agences qui n'arrivaient pas à nous dire clairement s'ils allaient nous attendre pendant le passage de la frontière, nous réservons un billet pour Stung Treng, première ville cambodgienne après la frontière, car notre guide nous indique que les bus cambodgiens sont peu chers et plus rapides.

Au matin du départ, nous nous débarrassons de nos derniers kips, puis allons au point de RDV. Là, les touristes sont parqués comme des moutons, on les agglutine dans de frêles barques, puis on les fait remplir des minibus en chaleur. Rapide trajet jusqu'à la frontière, le temps de faire ses adieux au Laos, mentalement j'entends.

One dollaaa
La frontière cambodgienne, nous nous y étions préparés, est l'occasion pour nous de la première rencontre du voyage avec la corruption. En effet, si on considère une frontière entre deux pays plus ou moins communistes, et qu'on ajoute aussi que la frontière, paumée comme pas possible dans la forêt, consiste en deux baraques et un restaurant, il est difficile de s'attendre à beaucoup de probité de la part des fonctionnaires de la frontière.

Conformément à notre Lonely Planet, chaque fonctionnaire à qui nous avons affaire nous demandera posément, naturellement, de lui donner un dollar. Pour un peu, ils allaient afficher un panneau Bakshish 1 dollar. Un dollar pour le tampon de sortie du Laos, un dollar discrètement ajouté au coût du visa cambodgien à la frontière (21 dollars annoncé au lieu de 20), puis enfin un dernier dollar pour faire tamponner son nouveau visa cambodgien, deux mètres plus loin : chaque billet finit son vol dans de grandes valises ouvertes aux quatres vents.

Merveilles du communisme 21e siècle. Un des officiers cambodgiens avait d'ailleurs acquis un don singulier et fort utile, puisqu'il semblait savoir dire "donnez un dollar" dans toutes les langues de la planète. Ca le faisait sourire, le gars...

Pauses sponsorisées, cours du ticket de bus en chute
Dès que nous quittons officiellement le Laos, un roquet vient à notre rencontre. Petite mèche, sourire faux, lunettes d'intellectuel nazi, accent américain de contrefaçon, ce Cambodgien a tout pour plaire, et fera tout pour confirmer cette première impression : il saute sur nous et nous demande notre destination.

- Stung Treng
- Ah and what are your plaaaaaans after ? You want to go to Phnom Penh, maybe ? Or Siem Reap ?
L
'homme a une voix mielleuse de serpent lascif, et nous sentons l'entourloupe arriver à grands pas.

- Ah you go to Phom Penh ? Take our bus, very cheap, 15$
- No no we want to take a local bus
- oh there is no bus in the afternoon, only in the morning, you will have to spend the night in Stung Treng, boring city.

Nous envoyons promener le type à coups de "on verra", un peu inquiets tout de même de la possibilité qu'il dise vrai, tout en étant sûr qu'il est là pour vendre sa came. D'autant qu'il ressert le même discours à tous ceux qui n'ont pas déjà payé leur 15 dollars supplementaires pour Phnom Penh. Son insistance lourde confirme nos craintes.

Douce France
Nous montons dans un confortable mini-van pendant que les autres touristes s'entassent dans un vieux bus pour la capitale. Nous y faisons la rencontre de 4 Français, deux couples pour être précis, fin trentaine, bourgeois aisés de province. Elles sont diplômées mais ne travaillent pas, l'argent de leurs maris (l'un est pilote de ligne, l'autre psychiatre) leur suffisant largement pour survivre aux horreurs du quotidien. Ironie mise à part, ils sont adorables et la conversation va bon train. Le psychiatre me parle sans arrêt, d'une voix précipitée, en bouffant tous ses mots, au point que je me demande s'il vient de trouver un sujet d'étude, ou bien si c'est lui qui doit se faire soigner, mais les autres sont rassurants de normalité.

Et surtout, ils sont Français, et ça se voit, à un point inimaginable. Ils sont déjà en train de râler sur tout, et la suite va les déchaîner. Nous arrivons enfin à Stung Treng, enfin presque : alors que nous espérions ardemment la station de bus, nous arrivons devant un restaurant où une cinquantaine de touristes aux yeux froncés par l'énervement et l'attente dégustent des plats hors-de-prix. Variation cambodgienne du restaurant "ami" devant lequel se pose le bus : on pose les touristes loin de tout, ils ont faim, ne savent pas où trouver d'autre bus ou au moins un restaurant, ils sont captifs, on peut donc les détrousser allègrement.

Dès notre arrivée, un homme se précipite de nulle part à notre fenêtre, et nous demande où nous allons. Les Français vont à Kratie, sur le chemin de Phnom Penh. Le type nous raconte une histoire drôle : "j'ai un bus, pas celui de cette compagnie, un bus à moi, moins cher, je vous emmène à Kratie ou Phnom Penh". Pour la capitale, le prix est de 8$, la moitié presque du prix précédent. Le type nous dit que le bus arrive, on verra ça va être super. Au bout de quelques minutes, nous lui demandons quel est son bus, il nous montre celui bondé de touristes, qui était déjà à la frontière. Franche rigolade de notre part : en 30 minutes, les prix ont été divisés par deux. Le type ne cache plus son subterfuge, et va discuter avec le sosie d'Adolf Hitler cambodgien à lunettes. Nous acceptons d'aller jusqu'à Kratie avec les Français, qui insistent pour avoir un minibus à eux plutôt que le bus qui, de toute façon, est plein comme un oeuf.

Wait wait wait
Le monsieur nous dit d'attendre. Attendre quoi ? Personne ne veut manger dans ce restaurant qui sent l'arnaque et le poisson congelé. Silence gêné d'Adolf, puis Les autres passagers ! Nous lui montrons que nous sommes tous là. Nous attendons le chauffeur. Nous retrouvons ce dernier en train de ronfler sur sa table. Les Français, décidés à bien représenter la réputation nationale de gros râleurs, font un scandale, et le minibus repart.

Premiers contacts
Quelques heures passent, à rouler au milieu d'une plate campagne plutôt verte. Affleurent sur la route des milliers de portraits des 3 dirigeants du Parti Communiste, qui partagent la tête du pays avec les Royalistes, et partout des panneaux indiquant que telle maison ou tel quartier est fidèle soit au Parti du Peuple Cambodgien (communistes), soit au FUNCINPEC (royalistes), soit au Sam Rainsy Parti (seule véritable opposition démocratique, assez puissante cependant). Nous atteignons enfin Kratie, petite ville calme, où nous retrouvons l'inénarrable bus pour Phnom Penh, encore une fois stationné devant une guest-house amie, qui comme par hasard sert aussi des repas et des boissons. Nous fonçons à la "station de bus" du coin, pour remarquer que le Hitler cambodgien n'avait pas tort : aucun bus ne part plus vers PP, à part des taxis collectifs et des minivans. Autant reprendre le bus. La chaleur nous étrangle tellement que nous cédons à l'appel du restaurant ami, et prenons un coca et une délicieuse noix de coco fraîche.

Nous payons le ticket, un peu déçus que le prix du voyage n'ait pas encore une fois été divisé par deux, et nous asseyons au milieu des autres touristes : nous avons changé 3 fois de bus, pas mal négocié, mais nous avons gardé notre indépendance et surtout payé le vrai prix, à la cambodgienne. Pour une fois, nous n'avons pas (trop) fait n'importe quoi !

Sombre capitale
Ce qui ne change pas, par contre, c'est notre aptitude à arriver de nuit dans chaque capitale. Après un très long trajet assez ennuyeux, mais miraculeusement vierge de tout karaoké, notre bus nous dépose.... allez devinez !

Devant une guesthouse-restaurant amie, très loin de la station de bus qui jouxtait les quartiers des pensions pour budgets modestes

(
vous voyez c'était pas dur hein?)

Râlerie inefficace, le personnel du bus, toujours aussi aimable, nous informant de la possibilité de faire appel aux services de leurs amis les tuk-tuks, ceux-ci nous attendant déjà, sourire carnassier aux lèvres. Et si nous ne voulons pas prendre de tuk-tuk, quel hasard, il y a une guest house JUSTE LA, avec des chambres presque pas ruineuses.

Nous fulminons, prenons nos sacs. Aglaé est passablement énervée contre ces gens, et force est de remarquer que pour l'instant tous ceux que nous avons rencontré qui sont liés de près ou de loin au passage des frontières sont de beaux filous.

samedi 10 janvier 2009

Gorakhpur-Kathmandou, le jour le plus long

Reveil le 30 decembre a Gorakhpur, pour notre dernier jour en Inde. De jour, la ville est toujours aussi miteuse, voire plus (avec le brouillard, il fait gris), et l'hotel n'est pas moins sale qu'hier. Nous aurions aime nous reveiller frais et dispo, mais la nuit n'a ete qu'un long klaxon ininterrompu, parfois recouvert de la voix de la speakerine de la gare, qui entrait jusque dans notre chambre (pratique pour savoir si le train qu'on veut prendre est en retard).

Desireux de partir le plus vite possible vers la frontiere nepalaise, nous "commandons" notre eau chaude a la reception.

We have hot water, sure

Il faut savoir que l'eau chaude en Inde, puis au Nepal, fut une affaire delicate. A partir de Delhi, tous les endroits ou nous etions proposaient evidemment de l'eau chaude, vu les temperatures la nuit. Sauf qu'il y a eau chaude et eau chaude, et que chaque hotel avait son propre petit systeme. Il y avait ceux ou il fallait prevenir la reception pour avoir le droit d'allumer le chauffe eau, il y avait ceux ou le chauffe-eau ne fonctionnait qu'a des horaires tres precises (le matin de 8 a 10, le soir), ceux ou il fallait demander un seau d'eau chaude, ceux ou la demande d'eau chaude activait un robinet pouvant remplir un baquet, ceux ou il fallait attendre un quart d'heure avant que l'eau froide devienne un peu chaude, etc.

Et bien sur, un coup c'etait tiede, un coup tiedasse, parfois presque chaud, rarement tres brulant. Au moins, le baquet d'eau chaude etait generalement l'assurance d'avoir de l'eau vraiment brulante, a melanger avec de l'eau plus froide.


Ici, a Gorakhpur, ca n'en finissait plus du tout. D'abord on nous a assure que le robinet d'eau chaude, duquel rien ne coulait, allait produire le precieux liquide sous 5 minutes. Au bout d'un quart d'heure, moi errant dans la petite chambre, Aglae refusant de sortir du lit sans assurance d'une eau chaude pour la de-frigorifier, je redescends a la reception, et signale que l'eau ne coule toujours pas, ni froide ni chaude ni rien. Je reclame deux seaux d'eau chaude, et remonte a la chambre. 20 minutes passent, et toujours pas de petit Nepalais exploite venant m'amener d'eau chaude. Pendant ce temps, je sens que nous prenons du retard sur notre voyage et que nous allons arriver tard a Kathmandou, d'autant qu'Aglae reste ferme dans son refus de bouger.


Sunauli, c'est fini
Je redescends a nouveau, et le receptionniste me montre que le seau n'est toujours pas rempli. En effet, du robinet coule un filet plus mince que la cheville d'un Somalien. Je finis par dire "stop, un baquet suffira", et nous prenons - enfin- notre toilette avec de l'eau chaude. Aglae sort du lit : VICTOIRE.

Nous sautons pieds joints dans un bus pour Sunauli, la ville frontiere avec le Nepal. Il fait froid et brumeux, le bus met du temps. Nous atteignons la ville cherie, qui n'est qu'une courte rue bordee d'echoppes - qui vendent principalement des cocottes minutes, allez savoir pourquoi. Achat de chips, tamponnage des passeports, et traversee un peu anonyme de la frontiere, notamment parce qu'il nous a fallu chercher les bureaux des douanes. En effet, les Indiens et les Nepalais peuvent circuler librement entre les deux pays, un peu comme nous en Union Europeenne.


Un petit panneau "Bienvenue au Nepal" nous fera quand meme comprendre que nous avons passe un cap!


Premieres (mauvaises) impressions
Autant le dire, notre premiere heure au Nepal fut catastrophique. On essaie de nous faire monter dans des bus hors-de-prix, alors que notre guide nous indique qu'il nous faut payer 2 a 3 fois moins. Les rabatteurs sont tres agressifs, et nous preferons prendre un petit rickshaw a velo jusqu'a une ville plus lointaine, ou il parait que plus de bus partent vers Kathmandou. Nous n'avons que 790 roupies nepalaises en poche, reste de notre argent indien change, car nous voulons attendre la capitale avant de retirer dans un distributeur automatique l'argent necessaire a note sejour.


Une fois arrivee dans la plus grosse bourgade, le velocycliste, qui avait accepte la course pour 10 roupies, en reclame 35. Nous lui en donnons 20, car il a fait un gros effort, mais il s'enerve comme un fou, et commence a nous suivre. Nous l'envoyons se faire foutre, tres enerve de ce genre de pratique malhonnete... avant de comprendre que ca n'est pas fini.


Un bus, pardon "des bus" pour Kathmandou
En effet, au guichet des bus, c'est la meme histoire : le monsieur "officiel" qui prend surement des comissions nous reclame 450 roupies par tete, ce que nous n'avons pas. Nous cherchons en vain un endroit ou prendre des bus d'Etat, toujours moins cher, mais personne ne nous dit ou les prendre, et nous ne saurons jamais s'ils existent.


Verts de rage et rouges de sueur, car il fait chaud maintenant que la brume s'est leve et que nos sacs pesent, nous finissons par trouver un bus qui nous fait payer ce que nous avons, soit 750 roupies (nous voulons garder de quoi atteindre le logement des amis d'Aglae chez qui nous sommes attendus a Kathmandou). On est persuades de se faire entuber, notamment parce qu'ils nous forcent a acheter le ticket dans un bureau alors que la plupart des gens payent une fois dans le bus. Nous insistons lourdement pour avoir le ticket, ils nous disent que ce n'est pas necessaire (pendant ce temps le bus fait mine de partir), et qu'il faut se depecher.


Nous ralons tellement qu'ils finissent par nous filer le precieux ticket. 20 minutes apres le depart du bus, nous comprenons que nous avons bien fait puisque le controleur exige de voir le ticket, et que sans ca nous etions bons pour repayer (alors que nous n'avions pas d'argent).


Nous comprenons quelque chose que l'avenir ne fera que confirmer : les Nepalais, des qu'ils sont relies au tourisme, sont non seulement pour la plupart antipathiques, mais aussi prets a tout pour faire payer l'autre, et ce differement de l'Indien. La ou ce dernier essayait de vous arnaquer, puis, en voyant que vous n'etiez pas dupe, revenait a des tarifs raisonnables, le Nepalais prefere ne rien vendre plutot que d'accepter qu'un Occidental ne paie pas 5 fois plus que ses compatriotes.

Il ne va pas sans dire que nous etions enerves, surtout que notre minibus s'arretait toutes les dix minutes pour prendre d'autres passagers, mettant en peril l'hypothese meme de notre arrivee a Kathmandou dans un futur proche.

Six heros venus d'Inde
Ce qui a surtout mis en peril notre voyage, c'est lorsque notre bus s'est soudainement arrete, longtemps, au milieu de la route. Le trafic semblait interrompu, et on voyait de plus en plus de gens marcher sur la route. Une heure passe, le moteur est eteint depuis longtemps, et nous demandons ce qu'il se passe aux passagers : accident on the road, nous repondent-ils. Surtout, ils nous expliquent qu'on peut attendre tres longtemps. Une demi-heure apres, je descends sur la voie pour comprendre ce qu'il se passe, d'autant que les passagers quittent le bus comme des rats un navire qui coule.

Sur la route, une impressionnante file de voitures arretees, dont certaines font deja demi-tour, et une enfilade encore plus impressionantes de gens qui traversent l'embouteillage a pied pour arriver de l'autre cote de l'accident. Je trouve des gens de notre bus en train de discuter violemment avec les responsables (chauffeur et controleurs) du bus. Ce fut notre rencontre avec le Groupe des Six Fantastiques. Pour l'instant il n'y en avait que deux, et l'un m'explique en anglais hesitant que le bus va repartir vers Sunauli, et qu'il faut prendre d'autres bus pour atteindre Kathmandou.

Mais avant, il va falloir se faire rembourser par les energumenes du bus, de mauvaise foi, d'allure bete et de visage deforme. Impossible seuls, sauf que celui qui m'a parle, qui porte une chemise jaune et que je surnommerai donc Chemise Jaune, nous sauve la vie en negociant a notre place le montant qui nous sera rembourse. Remboursement d'autant plus crucial que nous n'avons rien d'autre, et qu'au depart les abrutis du bus veulent tout garder pour eux, alors que nous avons fait au max 30 minutes de vrai trajet. Chemise Jaune se bat comme un diable, crie tres fort et tres bien, en hindi ou en nepali, nous ne saurons jamais.

Finalement, nous n'obtenons que 600 Rs, et encore parce que les filous qui nous ont vendu le ticket n'avaient pas indique la somme payee. Mais c'est deja pas mal, au debut ils voulaient nous donner 500 Rs. Nous embarquons nos bagages, et le plus gros abruti de la compagnie de bus se fout de moi lorsque je grimpe (habilement) sur le bus. Je l'insulte en francais, parce que ca fait du bien, et nous partons aux cotes d'une troupe heteroclite d'Indiens, qui s'assureront pendant toute la journee que nous puissions arriver a la capitale nepalaise entiers. Cette troupe, composee d'un vieux medecin de Bombay, de deux jeunes fous du Rajasthan, d'un vieil homme sans dents et de Chemise Jaune (dont nous saurons peu, a part qu'il vivait a Varanasi), et de quelques autres, constituera le Groupe des Six.

Refugies nepalais en quete d'un bus
Nous voila donc a pied, il est bientot 16 heures et nous avons fait a peine quelques kilometres depuis la frontiere. Avec nos sacs sur le dos, a avancer en meme temps que tous ces pietons, dont certains se trimballent d'enormes bagages, des gosses et des chaises, nous avons vraiment l'impression d'etre des refugiers fuyant des champs de bataille. La route est assez longue avant de croiser l'accident, qui consistera en un bus vide entoure de policiers. Pourquoi avoir bloque la route pour un bus vide non-accidente, meme pas un peu defonce ? Nous ne saurons jamais : mystere des pays pauvres a regime maoiste...

Sur la route nous faisons connaissance avec Notre Ami, celui du Groupe des Six qui parle le mieux anglais. Il est assez jeune, tres souriant, et est accompagne de son meilleur ami un peu gros surnomme Adidas (il portait un sac Adidas). Nous discutons un peu de tout et de rien, et il nous explique qu'on trouvera surement un bus de l'autre cote de l'accident. Au bout d'un moment, le groupe arrete en effet un bus assez plein, mais moins que les precedents qui comportaient des dizaines de passagers sur le toit. La negociation entre le Groupe des Huit (eh oui nous en faisons partie maintenant) et les employes du bus, de jeunes cretins comme d'habitude, est longue. Tres longue. Le bus nous poursuit, fait mine de partir, nous attend, des prix fusent. Ca crie a mort, et nous ne comprenons rien.

Finalement, et comme toujours apres, le Heros, a savoir Chemise Jaune, intervient de maniere calme et decidee, fait rire les deux parties de la negociation, et nous montons dans le bus. Aglae et moi reussissons rapidement a degoter des places. Les Indiens comprennent que nous n'avons pas de quoi payer le prix qu'ils ont negocie, mais Notre Ami intervient promptement et propose de nous avancer les sommes. Nous lions connaissance avec le vieux medecin, et le bus repart cahin-caha. Notre Ami nous offre des noix de coco achetees a un vendeur lors d'un arret.

Le trajet est long, et la nuit tombe vite : nous nous souvenons de toutes les recommandations du Guide du Routard - eviter a tout prix les bus de nuit au Nepal, tres dangereux. Il parait meme que les conducteurs sont souvent ivres. En attendant c'est Notre ami et Adidas qui debouchent de petites bouteilles de rhum et nous forcent a en boire. Il faut savoir que les Indiens boivent le rhum d'une etrange facon, en le melangeant a l'eau, comme le Pastis... Comme en plus il ne faut pas toucher les bouteilles avec la bouche, car cela offusque les Indiens, et que le bus bouge beaucoup, j'en renverse pas mal a cote, mais les quelques gouttes qui tombent dans notre bouche suffisent a calmer l'angoisse.

Etape a Nulle Part
Finalement le bus semble arriver... mais pas a Kathmandou. Nous sommes laches dans une petite ville de province dont nous ne connaitrons jamais le nom, perdu dans une petite gare routiere. Les rabatteurs de taxi et de rickshaws semblent ignorer que nous sommes accompagnes et nous proposent leurs services, en s'approchant de nous et en chuchotant a mon oreille d'une voix suave. Un peu comme on proposerait de la drogue, ou une passe de prostitution, oui... L'effet est malaisant.

Notre ami et Chemise Jaune prennent vite la decision de se plonger dans un restaurant, avant de prendre un nouveau bus. Le monde pourrait s'ecrouler autour des Indiens, je ne crois pas qu'ils en seraient plus stresses. Leur calme ne nous calme pas vraiment, mais nous apprecions le repas, d'autant qu'il nous est offert par Notre ami et Adidas, qui poussent le respect jusqu'a nous isoler par un rideau des autres clients du petit restaurant (et du reste du groupe des Huit).

Finalement nous reprenons un autre bus. Nouvelle longue negociation, dont Chemise Jaune, decidement le heros tranquille de notre histoire, triomphe encore. On entend des prix voler, nous donnons quasiment tout ce que nous avons a Notre Ami, tout en sachant que cela ne suffit pas du tout. Une fois dans le bus, le controleur essaie de nous faire payer une grosse somme de roupies. Les Indiens lui hurlent que nous faisons partie de la somme generale qu'ils ont negocie, et que nous n'avons pas a payer. Cela ne l'empechera pas de revenir deux fois tenter de nous extorquer de l'argent que, de toute facon, nous n'avons pas. Les Nepalais nous enervent deja un maximum.

Le trajet sans fin
Ce bus, le dernier, cense nous amener a Kathmandou directement, mettra un temps infini a arriver. Peut-etre 6 ou 7 heures, alors que nous avions deja fait 4 ou 5 heures de bus (normalement, on met 7 a 8 heures pour atteindre Kathmandou depuis la frontiere). Surtout, entre les moments de pure panique occasionnes par la vitesse excessive dans des montees, des descentes et des virages infernaux et par les coups de freins devastateurs, le bus nous offre de reels plages de lassitude et d'enervement lorsqu'il s'arrete toutes les heures, parfois 10 minutes, parfois une heure. Nous perdons completement la notion du temps, nous endormons quelques minutes, nous reveillons a chaque virage. Les Indiens dorment tous du sommeil du juste, sommeil du juste ameliore par les quantites incroyables de rhum qu'ils absorbent et essaient de nous faire absorber.

A un moment, Notre Ami, completement ivre, m'a achete des mandarines et m'a dit que nous etions ses petits freres et qu'il se devait de nous proteger jusqu'a notre arrivee. Les mandarines etaient bonnes.

A quatre heures du matin, nous apercevons plus d'habitations sur le cote de la route, et comprenons que nous arrivons. Emergeant de la nuit noire a la fenetre, nous apparait l'espace d'un instant 4 gigantesques statues bouddhistes, toutes en or. Nous sommes bien dans la bonne ville!

Le probleme : il fait nuit noire, il est trop tard pour rejoindre l'hotel de Razeena, l'amie d'Aglae, et nous avons 50 Roupies Nepalaises en poche (50 centimes d'euros, oui). Surtout, la nuit a Kathmandou, il fait bien 2 degres Celsius. Un jeune homme sympathique nous propose de loger chez lui, sans que nous sachions s'il s'agit d'une ruse ou s'il est vraiment sympathique, mais Notre Ami nous dit que nous pourrons nous poser a l'hotel ou ils vont tous dormir, et que nous partirons une fois le Soleil leve. Nous le suivons, pas tres rassures, mais nous n'avons pas d'autre alternative.

Courte nuit
Alors qu'il fait vraiment tres froid et que nous sommes en pleine nuit, le Groupe des Huit prend son temps, et va boire un chai, ces thes chauds indiens au lait, achetes a des semi-clochards qui passent la nuit autour d'un feu. Ils nous offrent, se prennent des clopes, pas presses... A un moment donne, nous nous demandons s'ils vont partir d'ici ou s'ils attendent le lever du Soleil. Aglae se transforme petit a petit en pingouin grelottant.

Puis le groupe se dirige vers des taxis. Nouvelle longue negociation, d'autant que les taxis ne savent pas ou se trouve l'hotel recherche. Le groupe se repartit dans deux taxis, pour un parcours seme d'engueulades avec le chauffeur. Ce dernier, pendu a son telephone, reveille le personnel de l'hotel pour trouver son chemin, se trompe, puis finit par trouver de sombres ruelles menant a l'hotel. La ville est completement endormie et nous aimerions bien dormir!

Nous echouons dans une petite pension, ou des Nepalais ensommeilles allument quelques faibles bougies (pas d'electricite, il fait nuit noire partout). Ils tentent de nous faire payer une chambre, mais Notre Ami et Adidas insistent pour que nous dormions dans la leur. Ils se pousseront dans un seul lit, nous laissant un petit lit pour que nous puissions dormir deux heures.

Nous sommes enfin arrives au Nepal, mais ce fut tellement chaotique!

(a ce propos, desole pour la longueur du message, et merci a ceux qui ont suivi jusqu'au bout!)