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samedi 27 juin 2009

Les bouddhas de l'industrie


29 avril

Malgré le train un peu pourri, nous dormons comme des loirs pendant les quelques heures de trajet qui séparent Pékin de Datong. Nous arrivons encore une fois aux alentours de 6h. A notre grande surprise, à la sortie de la gare nous attend un employé de CITC (l'Office de Tourisme Chinois, une société semi-privée qui prend aussi en charge la vente des billets de Transmongolien).

C'est un homme affable, parlant un anglais parfait, qui nous remet contre paiement nos chers billets de Transmongolien. Il essaie aussi de nous vendre une visite guidée des grottes bouddhiques de la ville ("non") et nous propose de mettre nos bagages dans un hôtel "partenaire" ("ah oui"). Nous le suivons donc jusqu'à un hôtel assez miteux de Datong, qui semble être une minuscule ville pas du tout moderne. Nous sommes bien contents de laisser nos bagages contre une somme modique.

Nous sommes dans une vraie ville chinoise, aussi il n'y a aucun endroit pour prendre un petit déjeuner décent. Nous trouvons une vague supérette, dans laquelle nous achetons des "milk tea" en poudre. Cela faisait un certain temps que nous hésitions à essayer ces préparations de thé au lait lyophilisé.

Nous en choisissons deux, un goût café, et l'autre goût chocolat (mais nous nous trompons de paquet, et le prenons goût pêche). Le problème, c'est que nous ne savions pas qu'en réalité, il s'agit de Bubble tea, c'est-à-dire de thé au lait avec des boules gélatineuses de tapioca. Le mélange est lourd et indigeste. Nous en réchappons difficilement.

Ville industrielle

Notre long trajet dans un bus local, depuis la ville de Datong jusqu'au complexe de grottes bouddhiques, nous permet d'apercevoir une ville en Chine. Bien évidemment, avec autant de produits Made in China, il faut bien les villes industrielles qui vont avec. Datong en est une. Dans le bus, que des visages burinés et des mains calleuses d'ouvriers illettrés chinois. La plupart sont trop épuisés ou trop abrutis par leur travail pour remarquer notre présence. Tous se rendent au travail, déjà fatigués de la journée qui les attend.

La ville de Datong semble être de couleur unie : tout y est fait de briques orange, type de paysage quasiment disparu aujourd'hui en France, à part peut-être dans le Nord ou dans les Ardennes.

Des grottes, des grottes et des grottes

Je me doute que la perspective d'aller visiter des "grottes bouddhiques" n'est pas forcément très glamour. Mais il y en a un paquet en Chine et nous n'en avions toujours pas vus. Il était hors de question, après tant de témoignages de la culture bouddhiste, de passer à côté de cette forme primitive de la religion.

En réalité, les grottes de Datong, qui datent du Ve siècle, ne sont pas à proprement parler des "grottes". Il s'agit plutôt de niches creusées dans une façade de pierre, côte à côté. Les plus grosses contiennent des statues gigantesques de Bouddha, un peu comme celles que les talibans avaient fait exploser en Afghanistan.

Les gigantesques Bouddhas de pierre, dont le visage émerge difficilement de la pénombre de leurs grottes, dégagent une mystérieuse beauté. Ils sont immenses sans pourtant être écrasants et posent sur l'humble touriste un regard bienveillant. On a l'impression qu'ils sont ici à méditer depuis une éternité.

Par ailleurs, la peinture sur beaucoup de bas-reliefs sculptés a miraculeusement tenu jusqu'à nos jours. Ce qui les rend plus vivantes, plus émouvantes que beaucoup de celles que nous avons jusqu'ici vues :


A noter aussi, une étrange et grande statue de Bouddha, qui ressemblait paraît-il au souverain de l'époque, lequel ne brillait sans doute pas par sa beauté :

Départ en Transmongolien
Une fois rentrés à Datong, dernier déjeuner dans un restaurant local, où les serveurs nous regardent pendant tout le repas avec de grands yeux ronds, rejoints par des clients policiers qui ne toucheront pas à leur assiette, hébétés par notre présence dans ce restaurant. Nous faisons un festin en utilisant la technique maintenant rodée du "donnez-moi ce qu'il y a dans l'assiette de ce client, monsieur".

Après une attente un peu mélancolique sur la grand-place devant la gare, tout en mangeant des glaces chinoises (valent une bouchée de pain, probablement faites à partir de lait Sanlü frelaté), nous nous décidons à récupérer nos bagages, et à prendre ce satané train direction la Mongolie.

Une fois dans la gare, surprise un peu flippante : notre train n'apparaît pas sur le panneau d'affichage ! Dans un coin de la gare, derrière une vitre, un policier chinois semble contrôler on-ne-sait-quoi. En l'absence d'un bureau de renseignements, Aglaé et moi, un peu stressés, montrons notre billet de train au monsieur, en demandant "Zai nali ?" ("?"). Il nous demande de faire le tour. Nous rentrons dans son bureau, il s'empare de nos billets, nous demande quelque chose.

Ah oui, nos passeports. Il s'en empare, et se plonge dans une lecture méditative, passionnée, légère, de nos précieux documents. Il semble faire une vérification, ou plutôt occuper son ennui. Les yeux d'Aglaé deviennent ronds : mais qu'est-ce qu'il fait ?

Nous lui répétons en choeur : "Zai Nali, zai nali ?", croyant qu'il n'a pas compris que notre train allait partir dans 5 minutes. Il ne nous écoute même pas. Nous paniquons littéralement. En choeur, en français : "mais qu'est-ce qu'il fout cet abruti de flic ?".

Heureusement, il ne parle ni anglais, ni français, ni rien. Finalement, un autre homme vient le rejoindre, et lit aussi le passeport. Sans échanger un mot, ils se lèvent, et nous font signe de les suivre. Ils croisent une dame de ménage, lui demandent quelque chose. Elle part en courant dans un sens. Les types assurent. Nous continuons à les suivre, jusqu'à une porte verrouillée par un cadenas, qu'ils ouvrent uniquement pour nous. Nous arrivons sur les quais et les suivons dans un sous-sol, jusqu'à aboutir à un autre quai. Ce dernier est vide, à part 7 ou 8 autres hommes en costume militaire (ou policier ?) (ou juste un costume du personnel de la gare ?), qui attendent, sans bouger un muscle.

Nous ne sommes pas sûrs de comprendre. Notre train va vraiment arriver là ? Nos guides nous demandent de rester à notre place et d'attendre. Au bout de quelques minutes, un magnifique train arrive. Une locomotive verte et rouge, surmontée d'une énorme étoile rouge, pénètre avec des craquements formidables dans l'enceinte de la gare. Accrochée à elle comme la traîne d'une étoile, un petit nombre de wagons d'un vert sombre, chacun portant en cyrillique et en chinois les indications "Pékin --> Oulan Bator". Le train s'arrête, nous montrons nos billets à l'homme qui sera notre chef de wagon jusqu'à Oulan Bator. Il nous fait signe de le suivre, et une minute après nous voilà partis.

Nous avons eu un cortège d'une douzaine de militaires (ou de policiers ?), en casquettes rondes et en costume, uniquement pour que nous, deux petits voyageurs français, puissions monter à bord du Transmongolien.

On appelle ça un départ en fanfare !

vendredi 26 juin 2009

Journée au 7e Ciel !

21 avril

Le ciel demeure d'un bleu éclatant et plus nous visitons Pékin, plus nous aimons cette ville. Notre première étape est le Temple du Ciel: c'est en fait un ensemble de temples dans un grand parc, dédiés à aux divinités de la nature pour assurer de bonnes récoltes. Ces cultes sont très anciens et ont été plus ou moins mélangés au bouddhisme.


L'arrivée dans le parc est enchanteresse : c'est le paradis des petits vieux heureux. Certains ont mis de la musique et dansent, d'autres forment une chorale, jouent au mahjong ou aux échecs, font de la gymnastique ou simplement discutent. Mes préférés sont un papy et une mamie qui chantent de l'opéra chinois en jouant la jouvencelle et le fier damoiseau. Tous se fichent du regard des passants et ont le sourire aux lèvres. Ca fait plus envie que nos maisons de retraites!

Les petits temples sont plus jolis les uns que les autres, leurs tuiles vernissées bleues brillent de milles feux. Il y a même des trucs marrants à faire dans les temples : dans l'un d'entre eux un effet d'écho étonnant me permet de parler tout bas près d'un mur à Charly et de l'entendre me répondre, alors qu'il est à une trentaine de mètre, derrière d'autres bâtiments.


Nous sommes sous le charme du lieu et errons de longs moments dans les immenses jardins remplis de fleurs et d'arbres biscornus.




Nous trouvons difficilement un bus pour nous diriger vers l'immense place Tien-Nan-Men. Nous faisons d'abord un détour pour jeter un oeil au fameux nouvel Opéra de Pékin, surnommé "l'oeuf". Ultramoderne mais surtout affreux :



Retour à Tien Nan Men. Il y a des contrôles de sécurité minutieux à toutes les entrées de la célèbre place et pas mal de flics en faction. C'est gigantesque et dépareillé : d'anciennes portes chinoises côtoient des bâtiments austères en béton, des statues réalistes-socialistes, des drapeaux chinois, évidemment le portrait géant et le mausolée de Mao, mais surtout beaucoup, beaucoup de vide. On croise un peu partout de paysans venus du fin fond de la Chine faire l'unique voyage de leur vie: voir en 2 jours la momie de Mao, la Grande Muraille et la Cité Interdite. Les groupes, suivant au pas de course un guide à drapeau, sillonent les pavés gris dans tous les sens.



La lumière se fait de plus en plus douce et nous décidons d'aller contempler la Cité Interdite pour la première fois du haut de la "Colline du Charbon". Cette colline artificielle, qui s'élève au nord de la Cité Interdite, a été construite pour barrer la route aux mauvais esprits (qui viennent toujours du Nord, allez savoir pourquoi).

Pour atteindre ce fameux point de vue, nous devons d'abord longer les hauts et longs, très longs murs rouges. Nos jambes commencent à nous lâcher car les distances sont gigantesques. Mais une fois le sommet de la colline atteint, nous sommes largement récompensés. L'océan de toits en tuiles jaunes de la Cité Interdite s'étend à nos pieds, et au loin la ville moderne à perte de vue. Splendide!

Nos jambes protestent déjà à l'idée des centaines de bâtiments et de cours qu'il va falloir traverser demain, car nous prévoyons de visiter la Cité Interdite !


Et pour la route, une incise en style Skyblog:
Z'avé vu kom il est bô mon mec? Je le kiffe grave! :d

Xi'an : des musulmans chinois


16 avril

Nous arrivons à Xi'an après une nouvelle nuit de train-couchette sans accrocs. Pour une fois nous sommes bien organisés, et il y a même quelqu'un pour nous accueillir à la gare, et nous amener à l'hôtel. Du coup nous n'avons pas le temps d'acheter notre billet de train pour Beijing : nous n'avions pu le faire avant, car en Chine on ne peut pas acheter de billet de train partant d'une autre gare que celle où vous êtes - oui c'est stupide, ça veut par exemple dire qu'il est impossible d'acheter un aller-retour !

Nous nous disons que nous irons le chercher plus tard, sans savoir que cette décision sera lourde de conséquences. A suivre...

L'auberge de jeunesse, qui est probablement la moins chère de Chine (1€ par lit par nuit par personne), est un délice pour les yeux : une petite cour chinoise en longueur, entourée de balcons ouvrant sur les chambres. Pour un peu, on verrait Michelle Yeoh et Jackie Chan sauter des fenêtres pour se battre entre les touristes. Sans oublier que le personnel est adorable.

Déception culinaire et jus de raisin
Nous partons à l'assaut de la ville, avec pour intention ferme de visiter le quartier musulman. Alors qu'il est l'heure de déjeuner, nous passons devant un restaurant qui nous avait été chaudement recommandé par N, un ami qui avait vécu à Hong-Kong, comme le meilleur restaurant de raviolis chinois. Je suis absolument enchanté à l'idée de manger là, car cette idée m'avait aiguillonnée dans les pires moments de solitude en Chine : je me disais "ah c'est dur ces Chinois sont insupportables, mais à Xi'an m'attend un restaurant de raviolis chinois incroyable".

Bon. Je pense que nous nous sommes trompés de restaurants. Il y avait au rez-de-chaussée la cantine pour touristes, avec pas beaucoup de choix, et le restaurant incroyable avec des raviolis à la tortue en forme de tortue était paraît-il en haut. Ca n'enlève rien au fait que c'était pas gratuit, pas bon, pas sympathique. Aglaé a eu envie de vomir toute l'après-midi. Je m'en voulais à mort.

Notre humeur s'est nettement amélioré lorsque nous avons atteint le quartier musulman. A l'époque de la route de la Soie, les caravanes turques avaient essaimé leur religion (l'islam) tout le long de leur trajet, et notamment dans le Xinjiang (région des Ouigours, à l'extrême Ouest du pays), et à Xi'an. Les musulmans y restent encore nombreux. Sous une lumière dorée de fin d'après-midi, nous arpentons les grandes rues du quartier musulman.

Les visages sont toujours chinois, la langue est toujours chinoise, mais... il y a un changement net. Les étals des marchés à souvenirs sont tendus de toiles et d'écharpes qui les font ressembler à des souks, des petits vieux se promènent avec des petits carrés blancs sur la tête, comme les imams, les femmes sont voilées (pas de burqa, je vous rassure), on vend de la viande un peu partout. Une atmosphère définitivement arabo-musulmane s'est installée autour de nous, et nous ne sommes pas surpris de voir qu'un peu partout on vend des brochettes d'agneau (d'aillerus délicieuses). Il faudra attendre des musulmans de Pékin pour manger un kebab, mais nous y sommes quasiment.


Nouvelle expérience culinaire, plus probante cette fois : après être passés devant une trentaine d'étals produisant un liquide noir étrange, et après avoir éliminé la possibilité qu'il s'agisse de vin (islam oblige), j'essaie. Comme toute expérimentation dans ces pays, vous êtes motivé mais effrayé, vous approchez votre nez, votre bouche, votre main. C'est terrifiant, quel suspense, vais-je adorer ? Vais-je tout vomir ?




Ah... c'était juste du jus de raisin... Quelle honte... M'enfin, c'était si bon que j'en ai repris trois.

Mosquée bouddhiste, ou temple musulman, c'est selon
Après s'être perdus douze fois (nous sommes bien dans un quartier musulman), nous trouvons l'objet de notre visite, la Grande Mosquée. Ce sont nos retrouvailles avec le monde musulman depuis l'Inde du Nord, quelques mois auparavant. Et pourtant, aucune impression de retour en arrière : absolument unique, la Grande Mosquée de Xi'an n'a rien de l'architecture habituelle arabe, mais a tout du temple chinois. Un très beau temple chinois cependant !

En fait, cette mosquée ressemble beaucoup au Temple de la littérature que nous avions visité à Hanoi : une organisation de jardins tout en longueurs, jusqu'à arriver aux principaux bâtiments, tout au fond, après une série de petits pavillons délicats.


Il est assez fascinant d'observer les stèles de la mosquée, où entrent en compétition la calligraphie chinoise d'un côté, et la délicate calligraphie arabe de l'autre. Notre visite se fera en même temps que celle d'un groupe de jeunes Français, dont la particularité est d'être quasiment tous d'origine chinoise. C'était assez drôle de voir une trentaine d'ados chinois parler le Français le plus habituel pour des ados ("oh trop énorme le truc, t'as vu la meuf, trop bonne, c'est clair, trop abusé").

Le soir, affamés, nous entrons un peu par hasard dans un restaurant-cantine minuscule et enfumé. Par un miracle encore inexplicable aujourd'hui, ils avaient d'un côté un menu en anglais, de l'autre des plats vraiment très bons. Sans parler de la petite serveuse timide, qui faisait tous les efforts du monde pour se rappeler ses quelques mots d'anglais, et comprendre mes quelques mots de chinois. Une ambiance intime et adorable, dont nous nous souviendrons assez pour vouloir y retourner tous nos soirs à Xi'an !

Demain si vous êtes sages, la célèbre armée enterrée de Xi'an.

dimanche 7 juin 2009

Kyoto donc

3 - 5 avril

Malgré l'éloignement relatif de notre base à Osaka, nous découvrons bien évidemment les fameux temples de Kyoto. Le Ginkaku-ji, ou Pavillon d'Or, merveille de finesse, le Ryoan-Ji, le Kinkaku-Ji, etc etc. Il serait je trouve un peu vain de tous vous les énumérer, car comme on dit, nous avons bouffé du temple pendant ces trois jours sur place. Les jardins sont la plupart du temps plus enchanteurs que les bâtiments eux-mêmes. Nous découvrons aussi avec une certaine réserve les "jardins zen", qui consistent en de grandes surfaces de gravier, avec trois rochers dedans : symboles de la perfection artistique pour les Japonais, ils nous laissent véritablement... de pierre.

Bien entendu la fatigue guette, et au millième temple on finit par tout confondre, comme cela nous arriva avec l'art bouddhique d'Asie du Sud-Est, lorsque nous arrivâmes en Thaïlande. D'autant qu'un des plus gros jours de visite fut marqué par une pluie battante qui ne rendait pas les longs trajets des plus aisés. Mais la science des jardins, la disposition des temples, le calme qui y règne, semblent toujours apporter un renouveau, une fraîcheur, qui nous fait toujours vouloir en voir plus.

Chaque temple avait sa particularité, bien évidemment. Celui pourtant qui nous marquera le plus, outre le fameux Pavillon d'Or, sera un temple unique, dont le nom m'échappe et qu'on baptisera volontiers "temple aux portes shinto". Il s'agit de se promener le long de chemins entre des groupes de temples, chemins entièrement recouvert des fameuses portes japonaises orange. Surgit l'impression d'être dans un film fantastique, en train de traverser un passage spatio-temporel, au milieu d'une paisible nature. Je n'avais pas eu le temps de visiter ce temple lors de mon premier passage, je suis ravi de le découvrir.

Et puis, bien entendu, ce qui est pour moi une des merveilles du monde, le Sanjusangendo, le Hall des 1000 Bouddhas, 1000 représentations identiques de Kannon, le Bouddha debout, entourant une représentation géante de Kannon assise, de 20 mètres de haut. Le tout est protégé par 40 divinités fort stylisées, dans un long hall qui semble ne jamais devoir finir de délivrer son cortège de statues à la finesse rare. Impossible de faire des photos, aussi vous ne verrez rien d'une chose absolument hallucinante.

Kyoto c'est aussi une ambiance, comme on dit. Pas uniquement celle de la vieille ville, toute droite sortie d'un film de Kurosawa, des ruelles à lanternes japonaises et des geishas entraperçues à travers les vitres d'une voiture de luxe. Kyoto est surtout une ville japonaise normale, molle, douce, bourrée de petits restaurants sympas et populaires, de pubs animés et de gros restaurants pour touristes. Kyoto est, plus peut-être que Tokyo, un condensé du Japon, de ses contradictions permanentes entre modernité et traditions. Un coup religieuse. Un coup ultra-moderne. Un coup jeune. Un coup vieille.

Une image nous a d'ailleurs particulièrement marqué : à la sortie de la visite du Pavillon d'Or, un stand vendait des bondieuseries griffées Hello Kitty. Comme si le bouddhisme et le capitalisme à la japonaise avaient enfin fini par se marier.





mercredi 6 mai 2009

Nikko: nudite et lieux sacres






31 mars - 1er avril

La journee commence par un ptit-dej pantagruelique servi par une mamie tout sourire. Elle nous donne l'impression d'etre une vraie grand-mere poule lorsqu'elle nous met en garde contre le froid et la nuit qui tombe vite.

Beaute froide
Nous sautons dans un bus qui, au bout d'une route aux lacets impressionnants, nous depose pres d'un grand lac entoure de montagnes enneigees. Nous allons voir une impressionnante cascade puis nous baladons sur les rives du lac. Il reste encore un peu de neige, tous les restaurants et hotels sont fermes, nous sommes seuls. Une multitude de pedalos en forme de cygnes git sur la berge, en attente des Tokyoites avides d'air frais qui viendront en masse cet ete. Cette atmosphere hors-saison donne au lieu un air nostalgique.

Le froid n'est pas trop vif et la balade tres agreable. Nous passons par un petit temple en bois tout aussi solitaire. Cette longue marche me rappelle un peu "mon" lac par une belle journne d'hiver...

Nous finissons par atteindre une riviere qui se jette dans le lac. En la remontant, nous tombons sur une suite de cascades chantonnantes. Nous sommes affames et decouvrons a ravissement un petit resto cosy donnant sur une des cascades. Un peu rechauffes, nous repartons en sens inverse. Les montagnes au formes etranges se refletent dans le lac, des rayons de soleil percent les nuages et viennent gentiment rechauffer nos nez tous froids.

Nous finissons par revenir a la realite et jetons un oeil aux horaires de bus : nous faisons la fin de la balade en courant. Peine perdue, nous loupons notre bus. Et le prochain est dans 50 minutes !

Au bord de la congelation, nous nous refugions dans le seul resto ouvert et voulons commander un cafe. Le Monsieur ne parle pas un mot d'anglais ; Charly lui montre les signes japonais marques sur le panneau d'une grande marque de cafe... et il nous apporte 5mn plus tard des gyozas. Ce sont de petits raviolis a la viande, tres parfumes, delicieux, mais par pour le gouter! Nous finissons par reussir a lui faire comprendre notre meprise et avalons enfin le precieux liquide rechauffant.

Chaud-froid
Le bus suivant finit par arriver. Avant de retourner a Nikko, nous sautons en route. Apres un peu de marche sur une route deserte, nous atteignons notre second but de la journee: un grand onsen. Nous vous avions deja explique que les grands bains communs d'eau chaude etaient la regle dans l'hotelerie japonaise. Il existe donc bien sur de grands bains publics a l'eau thermale un peu partout au Japon, surtout dans les montagnes. Pays volcanique oblige.

Charly part du cote hommes, moi du cote femmes. Nudite oui, mixite non ! Il y a beaucoup de monde et je suis la seule non-japonaise, ce qui est un peu intimidant. Pourtant les gens ne se regardent pas, pour eux c'est tout naturel. L'eau brulante fait un bien fou apres cette longue marche dans le froid. J'en ai la tete qui tourne. Il y a meme un bain tout fumant dehors, a l'air libre. On peut donc s'allonger sur de gros cailloux au bord du bain, en mode sirene, et rester ainsi a l'air libre pendant 15mn sans avoir froid, tant le corps a emmagasine de chaleur. Les corps nus fument, cela fait une etrange impression.

Un peu etourdie, je sors et retrouve Charly. Il a recroise l'Espagnol de notre auberge de jeunesse dans le onsen : c'est quand meme un peu genant de discuter a poil avec quelqu'un qu'on connait a peine ! Malgre cet aspect un peu intimidant, nous pensons tous deux que cette tradition des onsens est vraiment agreable et relaxante.

La route du retour est encore plus tortueuse que celle de l'aller. La montagne est tellement pentue a certains endroits qu'il n'y a pas une route, mais deux routes, l'une pour les vehicules qui montent, l'autre pour ceux qui descendent. Nous manquons de nous sentir mal tellement ca tourne. Heureusement, de savoureuses brochettes viennent vite remplir nos estomacs creux! Rien a voir avec les brochettes des restos japonais de Paris...


Merveilles dans la foret

Le lendemain le ciel est gris. La petite mamie de l'auberge de jeunesse nous previent qu'il va pleuvoir.

Charly avait adore les temples de Nikko a son precedent passage, il m'en avait beaucoup parle et j'avais peur d'etre decue. Point du tout, c'est l'emerveillement!

Un ensemble de grands temples tout en bois est niche au milieu d'une foret de hauts cedres, tres majestueuse. Une lumiere un peu poussiereuse filtre a travers les arbres et donne au lieu un cote solennel et mysterieux. Les temples, portes, tours du tambour et de la cloche sont d'une grande finesse. Aux plafonds, des dragons tiennent des perles dans leur gueule, des gardiens terrifiants protegent les portes des temples, des bouddhas aux demi-sourires emergent de l'ombre des sanctuaires...

Apres une delicieuse matinee de temple en temple, nous retournons dans le resto a brochettes de la veille. Les murs sont couverts de photos et de petits mots laisses par des voyageurs des 4 coins du monde. Nous realisons soudain que quelqu'un de familier nous regarde nous empiffrer avec delice: c'est la photo de Cecile, une de nos amies de Paris, qui etudie cette annee au Japon !


Bonnets rouges sous la pluie

Malgre une fine bruine, nous allons nous promener le long d'une jolie riviere sacree pour les gens du coin. Le long de la rive on ete posees des centaines de statues de Bouddha en pierre. Certaines sont en parfait etat, d'autre sont usees par le temps, voire completement en ruine. Toutes sont habillees de petits bonnets et de bavoirs rouge vif, couleur tellement eclatante par rapport a la vetuste des statues. Ce sont les gens qui ont perdu un enfant qui viennent habiller ses statues. Nous sommes seuls sur ce chemin pluvieux et la beaute du lieu se melange a un etrange sentiment de tristesse.

Nous finissons par arriver pres d'une centrale electrique et d'une ecluse. Tout semble rouille et abandonne, on se croirait dans le jeu Myst. La pluie devient de plus en plus forte (mamie nous avait prevenu!), nous faisons demi-tour et rentrons, rinces.

Nous sautons dans le train direction Tokyo: adieu le calme d'une nature sacralisee, retour dans le bouillonnement de la megalopole.

lundi 2 mars 2009

Ayuthaya - velos, ruines et sens de l'orientation

10 fevrier

Nous sommes partis de Bangkok tot le matin. Un peu tristes peut-etre d'en repartir deja, mais avec la certitude que nous y reviendrons au depart d'Adeline. Grace a un conseil avise de Benjamin, nous prenons un minibus grace a un systeme connu uniquement des Thais, et evitons les pieges a touristes, si nombreux dans la capitale. Au revoir les chats de Benjamin et Marie (qui eux ont deja quitte la maisonee), et voila que notre bus file vers Ayuthaya, ancienne capitale thai moults fois rasee par les Birmans, tres proche de Bangkok.

Nous y penetrons sous un soleil decapitant, en plein milieu du marche de cette petite ville. Une ardeur generale a faire griller tout ce qui rampe et volette sur cette planete semble avoir gagne les habitants, et concourt avec une autre ardeur - celle du Soleil. Bien decide a faire mon interessant, je fais le guide, et emmene ce petit monde vers notre suppose hotel, ou nous avons reserve. Au bout de quelques metres qui nous font perdre 10 pour 100 de notre capital d'eau, nous comprenons que j'ai mal lu le plan, et que nous ne sommes pas la ou nous croyions. Qu'importe, il suffit de faire demi-tour. Le four augmente de quelques degres, mais les filles ont le sourire. Je me charge de le leur faire perdre en organisant un immense detour sous la chaleur thailandaise. In fine, nous atteignons au bout d'une demi-heure l'hotel, qui etait en realite a 50 metres de l'arret de bus. Merci Charly comme on dit.

Ayuthaya est une petite ville organisee autour d'une vingtaine de sites en ruines, la plupart situes sur une grande ile. Il suffit de louer un velo pour les visiter, ce que nous nous empressons de faire. Tres vite, nous remarquons que c'est la methode ideale si l'on veut ressembler aux poissons seches qu'on trouve un peu partout en vente dans le pays : nous nous liquefions. Heureusement, l'ombre des premiers temples est bienvenue.

Autant le dire, de ce qui etait jadis une gigantesque ville d'or et d'argent, il ne reste aujourd'hui plus grand chose. Ce que les Birmans n'ont pas rase, ils l'ont emporte chez eux ; toutefois la promenade en velo au milieu de ces adorables tours en pierre decrepites est delicieuse. Elles nous permettent aussi de donner une idee a Adeline de la splendeur des temples d'Angkor car, il faut le souligner, beaucoup des belles choses d'Ayuthaya doivent beaucoup a l'influence khmer, certains temples reprenant jusqu'a la structure meme des temples montagnes d'Angkor.

Une image tres celebre nous marque, d'ailleurs : celle de la tete de Bouddha sculptee, nichee dans un gigantesque arbre tropical. Nous nous rehydratons de noix de coco fraiches ce qui, il faut bien l'avouer, temoigne d'un luxe assez injuste pour tous ceux qui ont froid en France.

Cretins de Cambodgiens
Le cote enervant des pires Cambodgiens nous poursuit jusqu'en Thailande lorsque nous nous apercevons des le premier temple, a notre grande detresse, que l'appareil photo pas tres bien repare au Cambodge ne marche absolument plus. Il declare que toutes les cartes sont pleines, et ce meme lorsqu'on y fait de la place, meme quand on les efface completement. La rage fait place a l'abattement, au desarroi, a l'impuissance, puis retour a la rage.

Adeline desamorce la situation en nous pretant son appareil photo, et en s'achetant un tres joli chapeau de paille.

Elephants et couchers de soleil

La journee fort peu stressante sera rythmee par deux autres evenements marquants. Le premier sera la visite d'une etrange etable a elephants. Au sein d'un essaim de touristes thais, et au milieu d'une musique pop-rock assourdissante, 6 elephants d'Asie multiplient les tours de force. Ils sont jalousement surveilles par des dresseurs a la mine patibulaire, qui tiennent de longs crochets pour leur frotter les oreilles. Les tours sont ahurissants, et nous sommes partages entre la fascination et le degout : les grosses betes se mettent sur les pattes arriere, font le poirier, dansent en rythme (il faut voir un elephant danser, c'est vraiment effrayant), font des betises avec leurs trompes... Les dresseurs enjoignent les spectateurs a donner de l'argent.

Nous ne saurons jamais si c'etait pathetique ou sympathique. D'un cote, il parait qu'il s'agissait d'elephants abandonnes, recueillis dans ce centre, et dresses a des fins de tourisme afin qu'ils ne finissent pas dans les rues de Bangkok (le premier soir, nous avions vu un bebe elephant faire des tours dans Khao San Road, pour les touristes ventrus, c'etait a pleurer). Par ailleurs l'air depressif des elephants donne toujours l'impression qu'ils sont exploites. De l'autre, merde... faire danser un elephant, et lui faire faire le poirier... c'est n'importe quoi !

Adeline, qui n'a pas connu le Laos, aura la chance de faire un tour d'elephant de quelques minutes au milieu des ruines d'Ayuthaya. Nous la suivons de loin en velo tels des papparazzis et multiplions les photos, d'autant que sa monture est elegamment paree, et que le cornac de son elephant est autrement plus drole que la porte de prison que nous avions eu a Tad Lo au Laos.

Apres avoir perdu tout le monde le matin, je decide de perserver lorsque nous decidons de nous rendre a un temple un peu eloigne de la ville : au bout de quelques minutes de pedalage, je me rends compte que le plan est d'une imprecision rare, et que nous sommes sacrement perdus. J'avise un bonhomme d'une echoppe miteuse, qui se plie en 4 pour moi. Il me dessine un plan d'une precision absolue, kilometre par kilometre, pour me rendre a notre temple. Apres un pont tendance autoroute, assez difficile a negocier en velo, et alors qu'Aglae, Adeline et moi se demandent serieusement ce qu'on est venus faire dans cette galere, nous arrivons devant le temple en question.

Et la, prosternation : alors que la plupart des choses que nous avons visitees aujourd'hui sont des ruines qui laissaient a peine imaginer a quoi les batiments ressemblaient a l'origine, le Wat que nous avons face a nous est parfaitement debout. Il ressemble d'ailleurs enormement a un temple khmer, et Adeline peut enfin admirer la fine structure architecturale. Nous sommes d'autant plus emerveilles que nous arrivons pile au bon moment : le soleil couchant jette ses feux ocre sur les vieilles pierres, et les cars touristes n'arriveront qu'a notre depart.

Sweet jazzy dinner
Comme vous pouvez vous en douter, j'ai a nouveau perdu tout le monde sur le chemin du retour, et nous rendons les velos a la minute limite. La journee, apaisante mais tout de meme tres remplie, se terminera en douceur par un calme restaurant-jazz en plein air, ou les serveurs se transmuent en musiciens au bout d'un moment. Les longues discussions avec Adeline nous font un bien fou - enfin parler en Francais ! Sans parler du fait qu'Aglae et moi n'avons plus rien a nous dire, a force de voyager tout le temps ensemble - je plaisante bien entendu !

Le lendemain matin, nouveau mini-bus pour Bangkok. Une fois arrives, nous dejeunons dans un restaurant local, a peine plus qu'un boui-boui, ou les serveurs non-anglophones nous regarderont avec des yeux ronds pendant tout le repas. Puis c'est reparti, sous le sceau du rythme ereintant qui caracterise la Thailande depuis l'arrivee d'Adeline : nous avons en effet decide de lui montrer le maximum du pays, a savoir des temples, de la ville et des plages - d'ou l'escapade express a Ayutthaya. Nous reprenons un autre bus, cette fois-ci pour Ban Phe.

Ban Phe ? C'est quoi donc ?

C'est le port qui nous emmenera a notre premiere ile paradisiaque thai, bien sur !

vendredi 27 février 2009

Bangkok with Adeline

7-9 fevrier

Malgre 1h30 a attendre un bus qui n'existait pas, Adeline et moi parvenons a rentrer de l'aeroport et allons sauver de la famine le malheureux Charly qui nous attendait pour manger! Apres un petit restaurant de rue sympa, nous partons a l'assaut d'un minuscule marche de nuit. Charly et Adeline testent courageusement un dessert etrange: lait de soja chaud avec des especes de graines qui y flottent (du tapioca?) ; en petite forme, je me contente d'une demi-gorgee, et d'un shake a la fraise fraiche !

T'as pas 100 bahts?

Reveilles le lendemain par un choeur de miaulements, nous nous precipitons pour aller inaugurer notre nouvelle carte HSBC, arrivee tout droit de Singapour. Si vous vous souvenez bien, nous avions du faire opposition sur notre carte a Chennai, en Inde, mi-decembre. Apres un feuilleton a multiples rebondissements, l'energie conjointe des 2 interesses, de la maman de Charly, d'Adeline et de Julien (merci a tous!) a vaincu l'impardonnable manque de reaction et de professionalisme de cette banque maudite. Retirer des bahts avait donc un gout de victoire inesperee! Le baht est la monnaie la plus forte que nous ayons rencontree depuis le debut de se voyage: adieu les multiples zeros des kips et des riels!

New Bangkok

Dans le Skytrain (metro aerien), les larges avenues bondees et les buildings defilent. Les tours en verre ne sont pas concentrees dans un business district mais un peu dispersees dans la ville, ce qui donne des contrastes de hauteur saisissants. On voit encore de vieux immeubles cotoyer une tour dernier cri; ces derniers vestiges d'un passe revolu sont encore nombreux mais a l'evidence voues a disparaitre.


A notre arrive dans cette ville, c'est la Bangkok moderne et son enchevetrement de voies rapides que nous avons decouvert en premier. Ce spectacle nous a laisse une incroyable sensation de familiarite. Nous avons profondement ressentis a quel point toutes les grandes villes se ressemblent; nous avons eu exactement le meme sentiment, celui de retourner en terrain connu apres des mois de voyage.

Old Bangkok
Du Skytrain nous passons sans transition a une remontee du fleuve en bateau. Sur les rives, une autre ville defile: maisons d'un seul etage sur pilotis, baraques en bois croulantes construites litteralement sur le fleuve, ruelles etroites, mais aussi quelques vestiges d'un lointain passe colonial. Nous errons ensuite dans un incroyable marche aux amulettes, veritable paradis des superstitieux: on y trouve des mini-bouddhas roses fluos et des bijoux de portables porte-bonheur mais aussi de plus serieuses medailles pour proteger les conducteurs (genre St Christophe en version bouddhiste).

Nous visitons ensuite l'incroyable Palais royal de Bangkok : c'est une accumulation de temples, de pagodes, le tout scintillant de milles feux. Il y a des dragons dores, des guerriers multicolores, des creatures mi-hommes mi-oiseaux, des stupas recouvertes de fleurs en faiences, des temples en carreaux de salle de bain, des tuiles vertes, des Bouddhas en or, de belles fresques, des colonnes recouvertes de milliers de petits miroirs... C'est a la fois eblouissant et surcharge, d'une grande finesse et kitsch, et m'a laisse l'impression d'un dessert delicieux mais un peu ecoeurant. En parlant de dessert, le gigantisme du palais nous a amene tous les 3 au bord de l'hypoglycemie... heureusement que quelques batiments etaient fermes au public!

Tentative d'enlevement
Alors que nous dejeunions tranquillement dans un marche, une des serveuses du notre boui-boui est litteralement tombee amoureuse de Marius. Elle a passe tout notre repas a jouer avec lui d'un air extatique, et nous avons bien cru ne jamais le revoir. Heureusement, nous nous sommes montres extremement fermes avec la jeune donzelle et avons sauve Marius des ses griffes. (preuve que malgre le manque de photos de lui sur le blog, et de photos tout court, Marius va bien)

Malgre la chaleur ecrasante, nous voyons encore une foule devote, entouree d'un nuage d'encens et accrochant des foulards multicolores a une stupa, dans le Temple du Pilier de la Ville; puis un bouddha couche geant, tout dore sauf sous la plante des pieds (!).

Nous montrons ensuite a Adeline l'agitation folle de Khao San ou la musique est toujours aussi forte. Charly hesite devant des criquets grilles mais ne franchit pas le pas, nous nous contentons donc d'une bouffe de rue traditionnelle.

L'experience massage thai
Nous decidons de nous offrir un massage et choisissons une echoppe en plein air, au moins on est surs de ne pas tomber dans un truc louche! Sur le terrain d'une ancienne station-service transformee en restaurant, me voila a cote d'Adeline, toutes les deux dans une chaise longue a nous faire masser les pieds. En face, sur des tabourets, Charly se fait masser les epaules pendant que son voisin, tout rouge, a l'air de souffir le martyr quand sa masseuse l'attaque avec ses coudes. Mes pieds ont traine dans toutes les rues de Bangkok, je suis en tongs, je vous laisse imaginer la couleur et ma gene quand ma masseuse essaie le les faire changer de couleur avant de commencer son massage. A cote, Adeline est pliee de rire car elle est chatouilleuse. Les masseuses y vont fort et ca fait un peu mal, surtout quand elles vous passent un baton en bois sous les pieds! Charly ressort a moitie convaincu, par contre nous le sommes et esperons que ca aidera nos jambes a nous porter pour le lendemain!

Temple du bon gout versus temples de la consommation
Nous commencons la journee par des sucres rapides sous formes de donuts aux couleurs fluos dans le coeur de Bangkok: Siam Center. C'est un ensemble de grands Malls (centres commerciaux) modernes ou le tout Bangkok vient "se divertir" le week end. Avant d'aller y jeter un oeil, nous commencons par la maison de Jim Thompson. Nous ne savons pas trop de quoi il s'agit, mais tout le monde nous a dit d'y aller. Nous decouvrons alors un endroit mer-vei-lleux! Cet homme au gout incroyable a construit sa maison a partir de vieilles maisons traditionnelles thaies en tek. D'une grande sobriete, la maison et ses dependances sont sises dans un jardin luxuriant avec des bassins a nenuphars. Nous sommes guides a l'interieur par une charmante guide parlant francais.

La decoration est une sorte de best-of d'Asie du Sud Est. Chaque objet (vase, scultpure antique ou table) est une merveille en provenance de Birmanie, du Cambodge, de Chine ou du Vietnam. C'est a la fois sobre et luxueux, d'une harmonie parfaite. Nous sommes litterallement enchantes par le lieu! Notre guide nous offrira meme un origami en forme d'oiseau pour nous porter chance a notre depart (car nous au moins avons ecoute sa visite, contrairement aux autres Francais bruyants de notre petit groupe, qui essayaient de prendre des photos en cachette alors que c'etait interdit... grande classe!).

Nous passons ensuite au royaume de la consommation en traversant de grands malls. La clim est tellement froide qu'on s'attend a croiser des pingouins. Certains sont deserts et luxueux, d'autres ressemblent a des souks modernes et organises.

Eau, baguettes, sucre et fleurs
Nous empruntons ensuite un des bateaux/bus qui sillonent les petits canaux de la vieille ville. L'eau de ces canaux est nauseabonde et les maisons qui donnent dessus plutot bringuebalantes. Contrairement aux habituels canaux des villes europeenes bordes de restaurant chics, les canaux de Bangkok sont un peu les coulisses de la grande ville moderne, le revers que l'on voit peu. Rien a Bangkok ne donne sur l'eau de ces canaux, tout lui tourne le dos. De grandes baches en plastiques sont remontees sur les bords du bateau entre chaque arret pour que les passagers ne soient pas eclabousses par l'eau noiratre. L'experience est bien plus originale que le bateau-mouche de la veille !

Au cours de nos deambulations en direction de Chinatown, nous tombons sur un temple tout en haut d'une colline. Il est surmonte d'une enorme stupa doree et offre une tres belle vue sur la ville, qui s'etend a perte de vue. Dans l'enceinte du temple, nous cedons a la tentation de la superstition et faisons comme les Thais, en agitant un recipient rempli de baguettes numerotees. Il faut ramasser la premiere baguette qui tombe, regarder le numero et lire sur le papier correspondant les reponses a la question posee dans sa tete. Je ne divulguerai pas ici les reponses mysterieuses apportees par Bouddha... Nous remarquons une fois de plus le mercantilisme qui entoure le bouddhisme en Asie: guirlandes de billets de banque flottant au vent, vente de feuilles d'or a coller sur les statues de Bouddha... Difficile de voir le lien avec la pensee d'origine!

Nous revenons aux choses terrestres dans le sous-sol d'un mall ou de petites echoppes proposent tous les desserts imagninables. Chaque dessert semble avoir necessite 1kg de sucre et 1L de colorant. La palme revient a une espece de crepe recouverte d'une bouillie blanche et saupoudree de ce qui ressemble a des carottes rapees. En realite, ca a juste le gout de... sucre! Charly, intrepide, demande a gouter a tout.

Nous finissons notre promenade par le merveilleux marche aux fleurs. Au milieu des orchidees, nos jambes refusent de nous emmener plus loin. Nous rentrons alors en tuk-tuk. Le conducteur est heureusement ralenti par les embouteillages, car la veille, il s'agissait plutot d'un pilote de tuk tuk et ses pointes de vitesse avaient quelques peu effraye Adeline (qui n'a pas eu la chance d'etre intensivement entrainee en Inde).

Nous passerons la soiree a dicuter avec nos charmants hotes, Benjamin et Marie, revenus de leur week-end les poches pleines d'anecdotes.

dimanche 22 février 2009

Siem Reap 3e jour - Angkor des temples et des conflits

4 février

Au réveil, Aglaé va mieux, moi moins bien. Nous nous bougeons quand même pour aller voir ces satanés temples, et tant pis si je me sens fiévreux : notre pass expire ce soir. Décision est tout de même rapidement prise de prendre un tuk-tuk pour faire le tour des temples plutôt que des vélos : la perspective, avec mes frissons, l'envie de vomir et de dormir, de monter sur deux roues et de faire des efforts, me jette presque dans le coma.

Echaudés par l'expérience d'hier, nous abordons les premiers tuk-tuk, et leur expliquons le trajet que nous voulons faire. Notre erreur : trop fatigués, trop énervés, nous commençons à être secs et fermes au lieu de tenter le sourire de façade. Bref, en face les tuk-tuks se braquent à la vitesse de la lumière, se cabrent et soit s'énervent, soit font montre du plus grand mépris, tendance foutage de gueule. Apres 1/2 heure de prix inabordables et de vaines tentatives de negocitions, Aglae etait au bord de tous les etrangles et j'ai donc pris les choses en mains.

Nous marchons quelques mètres de plus jusqu'à entendre le "sir you need tuktuk ?" que nous attendions. Je me retourne en souriant, et commence à marchander, de loin, en riant et en souriant. C'est long mais nous finissons par obtenir un prix décent pour la journée, et montons. Nous nous sommes accordés sur un trajet (aller voir un temple moyennement lointain, et en voir d'autres sur le trajet du retour), mais on commence à sentir la douce odeur des ennuis quand, dix mètres après le départ, notre chauffeur s'arrête, montre un autre chauffeur sur un autre tuk-tuk, et nous dit que c'est comme ça, que ce sera celui-la que nous prendrons, qu'il a dejà une course etc.

Preah Khan
La visite du premier temple, le Preah Khan, terriblement en ruines, mais très grand et très envahi par la végétation, est magique pour Aglaé ; pour moi c'est franchement difficile. J'admets que ce que nous avons vu est très beau, mais les frissons, le mal de gorge et l'envie de m'asseoir à tout bout de champs pour reprendre mon souffle me gâchent un peu le plaisir. Les frissons disparaissent heureusement car la température extérieure baisse à la vitesse de la lumière, dissipant les vapeurs du sommeil, et me faisant pendant quelques heures oublier mon malaise.

Retour au tuk-tuk. Nous nous battons dix minutes pour aller voir un temple distant de 2 km à peine. Lui, feignant, renâcle, dit que ce n'est pas ce qui était entendu, que c'est loin, etc. Nous lui faisons remarquer gentiment qu'il n'était pas là au moment où tout a été "entendu". Il râle et s'enferme à nouveau dans le silence réprobateur qui le caractérisera toute la journée. Ambiance.

Visite d'un ancien bassin royal, couvert de vieilles pierres et de soleil. Les touristes sont plus rares sur ce circuit moins prisé, et le lieu, constitué de 4 grands bassins maintenant à sec, est enchanteur. Alors que nous passons sous une arche cachée dans un bassin, nous découvrons une tête d'éléphant sculptée surmontant un petit autel couvert de cierges et de fleurs. Là, une vieille dame souriante nous redonne foi envers les Cambodgiens du coin. Je lui dis bonjour en khmer, ce qui semble la plonger dans des délices inappropriés. Je lui dis que nous sommes des "balangs", ie des Français, elle glapit de plaisir en français :
- Regardez-ng, la tête de l'éléphang, la tête de l'éléphang !

Ce disant, la voilà qui se met à caresser la tête de la statue avec volupté. Nous lui disons rapidement au revoir, sans savoir au juste si elle est siphonnée, et quand bien même ?

Le Bayon, le retour
Nous retrouvons le chauffeur, qui n'a pas fini de bougonner, et nous ramène au Bayon, temple qu'Aglaé avait un peu raté deux jours avant, et dont les bas-reliefs nous étaient restés cachés. La chaleur est toujours là, et toujours aussi vicieuse ; peut-être même pire que la dernière fois - même si la fièvre a dû jouer. Pour la contrer, nous tentons faiblement de résister en dégustant de succulents ananas frais, vendus partout par ces femmes dont je vous avais parlé. Elles passent leur journée à hurler : "pineappeuuuuuuuuuuuul, coconuuuuuuuuuuuuut, wateeeeeeer" avec un accent cambodgien très prononcé et très drôle. Je passe la journée à leur répondre avec la même voix : "nooooo, i don't waaaaaant".

Nous découvrons donc ces satanées bas-reliefs, que nous parcourons en sautant de l'ombre d'une colonne en ruine à l'ombre d'une autre colonne en ruine. Leur richesse et leur beauté nous font maudir pour la millième fois ce satané guide, qui avait décidé unilatéralement que nous nous en passerions.

Les bas-reliefs garnissant le pourtour du temple, nous décidons de braver les centaines de degrés Fahreneit environnants, afin de revenir vers le coeur du Bayon, et ainsi donner à Aglaé une chance de saisir la magie des visages de Bouddha. La fièvre et la déshydratation en moins, Aglaé se plonge avec bonheur dans les délices de cet endroit si beau, si mystérieux. Je suis rempli de joie de voir qu'elle profite enfin des temples d'Angkor, et qu'en une matinée elle s'est autant rattrapée des jours précédents. Elle déambule à plaisir dans les temples, et ressent enfin les délices esthétiques que je ressens depuis le premier jour, à nous promener parmi ces grands arbres et ces grands amas de pierre monumentaux.

Quoi qu'on en dise, les temples d'Angkor n'ont pas volé leur statut semi-officiel de merveilles du monde. S'y promener est une expérience esthétique unique, et si a priori la perspective de se promener deux, trois ou dix jours au milieu de ruines n'est pas follement excitante, quand on est dedans on se retrouve prêt à y rester des années entières.

Reprendre des forces à l'ombre
Nouveau déjeuner, nouvelle négociation express du bol de soupe de nouilles instantanées et, pour ma part, nouvelle sieste, cette fois-ci vraiment cruciale, afin de faire tomber la température. A mon réveil, ça va un peu mieux : les frissons ont disparu mais la fièvre est encore là. Nous nous promenons donc à un rythme nonchalant, entre les nombreux temples du coin (nous sommes dans l'enceinte d'Angkor Thom, la cité Royale de l'époque). Nous passons devant des structures en rénovation complète (par les Japonais, par les Francais, par les Indiens : tout le monde s'y met pour aider les Cambodgiens), devant d'autres en état de décrépitude avancée, ou d'autres flambant neuves. Nous comprenons mieux alors comment il se fait que le sol d'Angkor, qui contient probablement de grandes richesses, et la promesse de grandes découvertes, n'a toujours pas été fouillé : il y a encore une trentaine de temples à restaurer, sans parler de ceux qui ont été restaurés, et où la nature reprend déjà ses droits. Faire retrouver aux temples du coin leur éclat, une tache de titan, dont personne ne verra jamais le bout...

Notre situation, à l'ombre de ces arbres dont le plus petit dépasse toujours 20 mètres, est idéale pour reprendre des forces, d'autant que la lumière commence à doucement décliner. Au bout de quelques heures de promenade, il nous faut à nouveau insister lourdement pour que notre tuk-tuk, pris à la journée, daigne faire un arrêt en route devant des temples, alors qu'il est à peine 15h. Il nous faudra menacer de rentrer à pied sans payer pour qu'il fasse contre mauvaise foi bon coeur. Bonne ambiance, encore une fois.

Coucher de soleil au milieu des ploucs
Après la visite de deux sympathiques petits templions, nous nous engageons dans la montée du Phnom Kulen, grosse colline qui promet une belle vue sur la jungle, Angkor Wat et le Tonlé Sap, le lac qui couvre une immense partie du pays. Pour y arriver, il est nécessaire de gravir cette montagne, un chemin en montée plutôt douce, qui s'achève par la nécessaire ascension du temple-montagne au sommet de la colline.

Monter en haut de ce temple, après la longue montée de la colline, est particulièrement difficile dans l'absolu, car les marches sont nombreuses et font presque un mètre de haut (sans exagération). Avec la fièvre qui revient montrer ses gros bras, c'est une expérience... autre. J'arrive en haut absolument exténué, tout palpitant, et l'air un peu blême.

Nous remarquons vite que nous ne sommes pas seuls, et l'ascension en éléphant organisée en bas de la colline nous avait mis sur la piste. Si nous nous demandions l'avant-veille pourquoi tous les touristes disparaissaient au moment du coucher du soleil, nous avons maintenant la réponse à nos interrogations existentielles : l'immense majorité a prévu dans son tour de venir voir le coucher du soleil depuis cette montagne. Et il est vrai que la vue est impressionnante : autour de nous, un tapis de forêt, d'où aucun des dizaines de temples de la région n'émerge, excepté Angkor Wat, à quelques kilomètres. Le Soleil semble brûler la surface du lac, loin à l'horizon. Sympathique.

Nous sommes donc littéralement entourés de touristes, et certains sont parmi les plus ridicules du monde, comme si chaque pays avait envoyé le contingent le plus représentatif du pire qu'il avait à offrir. Pêle-mêle, nous avons donc droit aux Japonais qui poussent des hurlements béats, avec casquette à visière et photo tous les quarts de seconde ; aux très gros Américains ; aux Anglais tous rouges ; à la famille thaï bourgeoise, pouffe en mini-jupe dorée et parents pas mieux habillés. Il ne manque que des Chinois pour cracher un peu partout. Tout ce petit monde se serre de plus en plus sur la plus haute plate-forme du temple. Ca pose des photos, ça mitraille dans tous les coins. Aglaé et moi passons plus de temps à photographier les meilleurs phénomènes qu'à observer la vue. J'imagine que moi, avec mes litres de sueur froide déversés chaque seconde, je n'ai pas l'air plus malin...

Angkor des cafards !
Devant l'afflux, nous décidons de redescendre sans attendre le coucher du soleil, qui arrivera dans 30 minutes. La descente est infinie, d'autant que nous croisons sans arrêt des hordes de touristes qui montent. Impossible de savoir comment ils ont tous tenu sur l'esplanade du temple, là-haut, mais nous ne sommes pas très curieux de voir le résultat. Nous rentrons à la maison avec notre tuk-tuk si aimable et le payons. Je prends ma température, et youpi, ma fièvre est à 39°C. La vie est belle. Une aspirine plus tard, nous voilà repartis dans le but de prendre un léger repas avant de reprendre la direction du dodo.

C'est là que tout se complique. Nous décidons de prendre le premier resto sur le chemin, un truc pour occidentaux appelé Special Herb Pizza. Je pense qu'on pouvait aussi se procurer des "herbes" un peu bizarres dans ce genre de pizzas, d'après notre guide, mais on était aussi supposé manger bien. Au moment de notre commande, je demande un thé chaud au citron, seul moyen de calmer mon atroce mal de gorge. Le serveur opine : "yes, hot tea lemon, yes"

Trente secondes plus tard, il revient avec un Coca. "No, no, HOT TEA, TEA, WITH LEMON".

Une minute plus tard, il revient avec un verre rempli de glace et d'un liquide qui doit être du thé glacé, le truc à même de me terrasser vu l'état de ma gorge. J'explose de rire, puis :

"NO, HOT TEA, WITH LEMON"

Encore une caractéristique du cambodgien, et il paraît que c'est une particularité culturelle en Asie du Sud-Est : impossible d'avouer qu'on n'a pas compris, on préfèrera toujours mentir et dire qu'on a compris.

Enfin, le serveur sourdingue revient avec mon cher thé chaud au citron. Je le verse dans ma tasse, et me rend compte avec une surprise non dénuée d'horreur qu'en même temps que le précieux liquide, un cafard noyé a atterri au fond de ma tasse. Et là, trop c'est trop : la maladie, les engueulades avec les tuk-tuks, les vendeurs d'appareil photo, les serveurs, les arnaques incessantes, nous décidons de fuir plutôt que de cautionner ça encore une fois. J'appelle le patron, un gros manchot trapu qui est en train de nous apporter le hamburger d'Aglaé, lui montre le cafard mort dans ma tasse, et lui signifie mon intention de m'en aller, sans payer bien sûr puisque nous n'avons rien consommé. Aglaé est en train de siroter le plus rapidement possible son verre de vitamines prescrit par son médecin, et prend l'air courroucé de la fille qui va partir dès qu'elle aura fini son verre d'eau orangée.

Si nous avons le monopole du cafard, le Manchot, quand à lui, prend la mouche. Il se met à gesticuler et hurler : il nous changera le thé, mais nous allons rester ici, et manger sa bouffe. Hors de question, nous exclamons-nous en choeur ! "No go away !" surenchérit le Manchot, bien décidé à ne pas nous laisser partir malgré ses faillites en grammaire anglaise. Le ton monte à la vitesse de la lumière. Aglaé, son verre de vitamines à la main, tempête et crie que c'est une honte, un resto aussi sale, des cafards dans la bouffe et il fallait qu'on la mange peut-être?, ponctué de "Non mais je rêve!" (en français), que j'étais vraisemblablement le seul à comprendre. Gardant un calme assez surprenant, je regarde ce petit monde s'engueuler. Aglaé s'énerve de façon grandiose et digne, le Manchot, lui, décide de nous barrer physiquement le chemin. Décision d'autant plus dangereuse que maintenant Aglaé a fini son verre, et qu'elle a bien décidé de partir sans manger ses frites goût cafard.

Le Manchot menace d'appeler la police. Aglaé l'enjoint à le faire, avec un sens du bluff que j'applaudis encore : de toute évidence, si le type disait ça dans un pays aussi corrompu, c'est qu'il connaissait des gens de la police. Evidence corroborrée lorsqu'un serveur lui apporte en courant une carte de visite d'un policier. Nous flippons d'autant plus qu'un autre serveur a rapidement fait disparaître la preuve du crime (la tasse et le cafard bouilli), et ce malgré nos protestations houleuses.

Malgré les cris, les 4 ou 5 touristes qui mangent dans le restaurant en même temps, n'écoutant que leur courage, font comme si de rien n'était, et parviennent à regarder ailleurs, malgré la petitesse du restaurant. Merci les gars, vive la solidarité.

Le gars appelle la police, ou fait semblant - nous ne saurons jamais. Pendant ce temps, nous continuons à essayer de passer. De son moignon il fait de grands moulinets, qui me dégoûtent assez de l'envie de tenter le forcing - Aglaé m'avouera plus tard qu'elle était tellement énervée qu'elle n'a même pas vu que le type n'avait plus de doigts !

Aglaé hurle les expressions "French embassy" et "big problems for you" dans des séries qui les rapprochent de plus en plus. Le Manchot semble un peu hésiter, et Aglaé passe en force, en le défendant de la toucher s'il ne veut pas avoir de gros problèmes. Elle le bourre sur le côté, réussit à atteindre la rue, et continue à crier. Je tente aussi de passer, avec mon sac à dos et ma fièvre. Le Manchot me repousse violemment vers l'intérieur du restaurant. Là c'est trop, et j'élève la voix pour la première fois. Rassemblant quelques mots d'anglais un peu au hasard, je l'enjoins de la moins courtoise des manières à aller laver sa cuisine s'il veut éviter ce genre de problème. Devant la puissance de ma voix (je crie rarement, seuls ma mère et mon frère pourront témoigner de l'effet que ça peut faire), le type me fait signe que je dois m'en aller, ce que je fais avec plaisir. Il fait mine de me donner un coup lorsque je passe, à quoi je réplique par une autre menace, et c'est fini. Connard, va! Les touristes n'ont toujours pas bougé.

A peine le temps d'être impressionné par la puissance d'esprit d'Aglaé, qui n'a pas flanché une seconde, alors que la perspective d'un flic corrompu se mêlant à l'affaire n'était pas des plus attirantes, que la voilà qui s'écroule dans mes bras, traumatisée. Je la supporte jusqu'au centre-ville, où nous achetons des mouchoirs pour les larmes, et où nous trouvons un sympathique restaurant thaï où manger de succulentes nouilles, mais il lui faudra de longues heures pour se calmer.

Le restaurant est un concept-resto sur le thème de la prison : élégante façon de voir à quoi l'on aurait échappé, mais l'équipe est assez charmante pour prendre ça à la rigolade. Nous retournons nous coucher, en faisant un petit détour pour ne pas passer devant le resto du Manchot, et allons nous effondrer sur nos lits, elle avec sa peur-rage, moi avec ma maladie.

vendredi 20 février 2009

Splendeur des temples, malaises et guides fainéants

Attention description d'une longue journee, longueur du message en consequence!
2 fevrier

Nous avions cru qu'Aglaé était guérie, vu que la veille la Miss avait marché son heure et quart sous le soleil, écrasée par son sac à dos, en mouftant mille fois moins que moi. Nous nous levons donc à l'aube pour rejoindre Delphine, Hubert et Anton, qui doivent nous retrouver en tuk-tuk au comptoir des billets pour la zone des temples d'Angkor.

Les vélos que l'on peut louer à Siem Reap ont une caractéristique commune, quelle que soit la pension où on les loue pour 1 ou 2 dollars : leurs freins sont lâches, leur direction hasardeuse, la selle rappelle les tourments de l'enfer, et leur construction date probablement de celle des temples d'Angkor. Autant dire que c'est un plaisir de les monter.

La billetterie d'Angkor Wat, qui donne accès à la trentaine de temples du secteur, est particulièrement bien organisée. Pas étonnant, étant donné 1) l'afflux de touristes 2) que la société (privée) qui s'en occupe, la Sokimex, empoche 15% de la gigantesque manne financière du truc, ne reversant que 10% à la société de conservation des temples (alors que la moitié des temples n'a pas encore été complètement restaurée), laissant 70% qui vont plus ou moins mystérieusement remplir les caisses du gouvernement cambodgien - quant aux 5% restants, allez savoir... Ne cherchez pas à savoir pourquoi c'est une société pétrolière qui s'occupe de l'organisation des temples d'Angkor (billetterie, contrôle, etc), personne ne le sait tout à fait.

Nous nous retrouvons rapidement en possession d'un joyeux pass avec nos visages pas réveillés en photo dessus, tout ça pour la modique somme de 40$ pour 3 jours, et retrouvons les Français et l'Italien. Nous faisons à l'occasion la connaissance du guide, un type au premier abord assez rigolo, avec un chapeau de cow-boy. Tres souriant, tout ca. Nous suivons le groupe avec nos velos, et nous les retrouvons devant Angkor Wat, le plus grand edifice religieux du monde (rien que ca).

Wat the fuck ?
Angkor Wat, gigantesque, opulent, monstrueux presque. Pour tous les details, se referer a Wikipedia. S'y pointer a 7 heures du matin, un peu fatigue, carrement pas bien en ce qui concerne Aglae, semble la maniere forte de commencer notre visite des temples de la zone. En Inde cette methode avait carrement marche, le jour de Noel, devant le Taj Mahal. Ici, les resultats sont carrement plus mitiges : le guide enchaine les blagues un peu vaseuses et les explications dans un desordre des plus chaotiques, et la magie a du mal a operer. Une des raisons est simple : au matin, ce temple qui donne vers l'ouest est a contre-jour du soleil levant, du coup les photos sont ratees et l'impression n'est pas aussi puissante qu'au coucher du soleil.

Alors oui, Angkor Wat est immense, et de loin on dirait un Versailles khmer, mais il a surtout une enceinte gigantesque. Ce qui le rend interessant, c'est son etat de conservation quasi-parfait : les delicats bas-reliefs de plusieurs centaines de metres semblent avoir ete sculptes hier, et leur richesse et leur profusion n'a pas fini d'etonner. Mais quant au temple lui-meme, son architecture, etc, difficile de se faire une opinion, car une fois devant on manque la vue d'ensemble. En bref, l'emerveillement attendu n'est pas la. Surtout chez Aglae, en proie a un malaise assez profond - elle sue, elle rougit, elle hennit, et son enthousiasme legendaire pour les vieilles pierres semble absent, ou bien se fait in petto. Autant dire que moi, celui qu'elle a convertit a la peinture et a l'architecture, celui qu'elle a traine partout, avec qui elle partage toujours des enthousiasmes puissants et communicatifs, autant dire que moi, donc, je me fais un sang d'encre.

Point de doute possible, Aglae est Angkor malade.

Quant au guide, il nous fait voir les bas-reliefs a un rythme de plus en plus accelere. La profusion d'explications se transforme vite en quelque chose qui ressemble a un compte-goutte, mais nous ne remarquons rien pour l'instant. La ou le bon guide fait aimer en montrant qu'il aime, le notre se contentera toute la journee de nombreux "voila regardez c'est magnifique".

Mystique Bayon
Je vous connais, petits incultes. Vous avez surement deja vu ca, et pourtant le nom du Bayon ne vous dit pas grand-chose. Eh bien sachez qu'il s'agit du second temple le plus visite de la zone. Comme vous le verrez sur la premiere photo de la page Wikipedia, de loin le temple evoque un vieux tas de ruines. Mais a l'inverse d'Angkor Wat qui decevait de pres et imposait de loin, une magie incroyable s'eleve au fur et a mesure que le visiteur monte les marches (toujours tres hautes dans cette region), et decouvre les fameux innombrables visages.

Il parait qu'ils ont tous une expression differente. Plus que ca, ils ont chacun un degre de delabrement different, ce qui donne une impression tellement... unique, oui c'est ca. Visages multiple, impression unique : il y a un moment ou, en haut du temples, ou que porte votre regard, 5 visages (tous sont des visages de Bouddha, ndrl) au moins vous regardent, avec un petit sourire fin - mais certains n'ont plus qu'un oeil, le haut du visage, ou bien ont perdu tout un profil. Et comme tous ces visages sont composes de plusieurs pierres, emerge sans arret l'impression d'etre dans une peinture cubisto-khmer. Delirant, troublant : le Bayon est sans doute possible mon temple prefere.

Quant a Aglae, sa "visite" ne lui aura pas permis de vraiment apprecie le chef-d'oeuvre artistique : lorsque le guide prendra une pause pour nous laisser nous promener dans le temple, elle s'assira a cote de lui pour souffler, et ne verra quasiment rien. Il faut aussi preciser qu'il est presque midi, et que la chaleur est absolument epouvantable. Passer de l'ombre a la lumiere devient une torture insupportable.

Cyclistes malgre tout
Aglae se sentant vraiment mal, c'est Hubert qui conduit son velo, m'accompagnant par la meme occasion jusqu'au prochain temple, alors qu'Aglae emprunte le tuk-tuk avec les autres. Se promener dans l'enceinte de cette ancienne cite gigantesque est assez magique : des routes confortables et bien tracees font comme une saignee dans une jungle absolument impenetrable, de laquelle emergent a intervalle regulier des temples, des bassins royaux, des tas de pierres indefinissables, et plus souvent encore des cars de Japonais.

Plus nombreux que les quelques singes apercus, qui d'ailleurs passent leur temps a chasser les chiens, les Japonais font une entree fracassante dans notre voyage. Alors que nous nous demandions ou ils etaient dans les pays precedents (c'est vrai, quoi, le tourisme sans touristes japonais, est-ce encore du tourisme?), la foule nippone, avec son cortege de gros bus, de gros appareils photos, de casquettes a visieres et de vetements des annees 80, rattrape son retard a Angkor. Au point que nous croisons sans arret des guides parlant japonais, qu'ils soient nippons ou Cambodgiens.

(je precise que la premiere phrase du paragraphe precedent, au sens un peu flottant, ne visait en aucun cas a faire de rapprochement delictueux entre nos amis les Japonais et nos ennemis les singes)

Nous ralentissons un poil, le temps que le guide nous montre la curieuse Terrasse des Elephants, et une statue de cheval a 5 tetes. Pour la troisieme fois au moins, je lui pose une question a laquelle il repond "good question", avant de botter la balle en touche avec une reponse incoherente. Je commence a sentir les limites du guide, quant a Aglae, elle ne sent plus grand chose.

Nous repartons avec Hubert derriere le tuk-tuk. Le guide, a l'interieur, semble vraiment courrouce que nous soyons en velo, et voudrait que la visite aille plus vite : il ira meme jusqu'a nous proposer de nous accrocher au vehicule, depuis nos velos (CMA: hautement dangereux et cassegueulisant, bien entendu). Il faudra le tact d'Aglae pour le calmer "if you want, you can take the bike instead of them", mais nous comprendrons le soir venu que tout ca n'etait que le revers d'une arnaque destinee a faire rentrer et le guide et le tuk-tuk plus tot a la maison. J'y reviendrai.

Apres un trajet toujours aussi enchanteur a l'ombre d'arbres gigantesques, nous arrivons devant le Ta Prohm, pour la pause dejeuner. Il faut savoir que depuis notre entree dans la zone d'Angkor, devant chaque temple se trouvent de 20 a 30 restaurants, petites paillottes separees par des bambous, proposant tous exactement le meme menu. La caracteristique commune des serveuses est la suivante : des qu'un touriste passe dans son champ de vision, la serveuse court vers lui en hurlant. Si c'est l'heure du dejeuner, elle tiendra un menu a la main, sinon ce sera un sachet d'ananas decoupe, ou une bouteille d'eau.

Conseil d'Etat, et ca repart
En arrivant devant les restaurants, nous constatons sans surprise que les prix sont delirants, en tout cas pour le niveau de vie du pays : des nouilles instantanees pour 4 dollars environ, soit environ 4 fois le prix habituel. Mais Hubert et Delphine nous font vite comprendre qu'il est largement possible de negocier. En effet, des qu'ils prononcent le mot "discount", tous les plats tombent a 2 dollars 50, pas etonnant vu la concurrence. Pendant ce temps, je fais semblant de ne pas etre tente, je cherche Anton qui a disparu aux toilettes et fais croire a la serveuse qu'a cote on m'a propose moins cher. Soudain, une serveuse fait un dernier geste desespere :

"ok ok, food and drinks, 2 dollars each person"

Sans que j'aie fait grand-chose, nous nous retrouvons avec des prix absolument delirants : on va pouvoir se gaver de noix de coco fraiches et de nouilles pour rien. Hubert, Delphine et Aglae me rejoignent, heberlues et surtout persuades que la negociation est a mon credit. Je sais que je n'ai pas fait grand-chose mais ils me tiennent deja pour un heros. Je mange mes nouilles en heros, et vais me jeter dans un hamac libre, don du Ciel de ce petit restaurant - le guide et le tuk-tuk sont alles manger de leur cote, et dorment deja.

Je commence a m'endormir, quand j'entends quelques echos inattendus de la part d'Aglae : Hubert et Delphine lui ont demande des explications sur son stage au Conseil d'Etat, et contre toute attente, la voila qui part dans de longs monologues explicatifs, veritable cours passionnant et passionne sur le fonctionnement d'une institution pas tres folichonne sur le papier. Je m'endors heureux, car Aglae semble avoir repris du poil de la bete. A mon reveil, je retrouve ma compagnon de voyage, moribonde il y a quelques minutes, avec un grand sourire et les yeux illumines : le miracle des institutions francaises a eu lieu, meme loin de Paris.

Tant pis pour Ta Prohm
Le dernier des 3 temples les plus celebres d'Angkor est le Ta Prohm. Si vous voyez les photos sur internet les plus insolents d'entre vous vont hurler "ah mais oui, bien sur, Tomb Raider, Indiana Jones". Avant d'etre ca, le Ta Prohm est un tres vaste complexe religieux, qui a ete envahi par la vegetation pendant 400 ans, vegetation qui n'a pas ete arrache pendant les premiers travaux de restauration : enlevez certains des arbres qui ont pousse a travers les murs, et le tout s'ecroulera.

Plus que le pourtant admirable travail architectural et sculptural des khmers, c'est la puissance artistique de la nature qu'on vient admirer ici. Dans ce temple ou il est facile de se perdre, ce sont les branches, les troncs, les lianes, qui font leur petit effet, et qui donnent, ne serait-ce que jusqu'a l'apparition du prochain groupe de Japonais, l'impression d'etre un decouvreur. Aglae, soudainement et inexplicablement reveillee, s'en donne a coeur joie. Elle pousse des petits hoquets d'emerveillements, et assaille le guide de questions, ce qu'elle n'avait pas eu la force de faire jusqu'alors. Celui-ci, de plus en plus faineant, s'est contente de deux ou trois "c'est beau, hein", nous donne le nom d'un des arbres qui a traverse les murs (tch'pong), et se terre dans un silence des plus noirs. On le sent de plus en plus presse, mais nous ne nous faisons pas de souci : Hubert et Delphine l'ont pris pour la journee. En tout cas, le Ta Prohm est fantastique.

Josh again
Au hasard des detours du temple, nous tombons nez-a-nez avec une vieille connaissance : Josh, l'Americain avec lequel Sylvia et nous avions echange quelques bieres a Si Phan Done (au Laos). Nous sommes ravis de rencontrer a nouveau un type aussi sympa, d'autant que nous n'avions pas vraiment echange nos coordonnees. Rendez-vous est pris le soir meme devant une bonne boulangerie de Siem Reap, et le voila qui disparait dans la vegetation.

Notre guide nous quitte
Quelle surprise lorsque, une fois sortis du temple, notre guide s'exclame :
- Thank you very much, I am now finished with you
- But it's only 3 o'clock !!!
- Yes, but I've worked 8 hours, so now it is home sweet home.

Nonobstant l'absurdite de sa reclamation de 8 heures quotidiennes, dans un pays ou les enfants travaillent surement tres longtemps et pour pas grand-chose, nous faisons le compte et remarquons que notre guide inclut la pause-dejeuner et les trajets. Je songe un instant a le presenter a un syndicat de cheminots...

Toujours est-il que Hubert et Pauline ne veulent ou ne peuvent pas trop reagir, d'autant que le guide a bien prepare son arnaque : il demande au tuk-tuk de mettre le moteur en marche pour mettre la pression a tout le monde. Evidemment, Hubert et Pauline ne peuvent le laisser la, mais pourtant ils avaient loue un guide et un vehicule a la journee (plus precisement jusqu'a 5h30), et ils vont devoir rentrer a 3h30, sachant que c'est leur dernier jour a Angkor. Nous avons nos velos et continuerons la visite, mais eux sont degoutes par tant de mauvaise foi. Nous constaterons les jours suivants, et en en parlant avec ma mere, que l'arnaque est coutumiere du coin : un guide vous dit "oui oui la journee entiere, on fera ce trajet, qui va de Angkor Wat a Ta Prohm, en passant par le Bayon", vous croyez innocemment que vous ferez TOUS les temples sur le chemin, ou que le guide pourra remplir sa journee avec ceux-la.

Mais non, le guide se depechera de tout faire pour pouvoir vite rentrer a la maison. Nous comprenons maintenant pourquoi notre usage des velos l'enervait, car ca le retardait : il aurait pu finir son tour a 13 h, peut-etre ! Nous nous rendons compte avec Aglae que ce guide pourtant officiel et entraine etait un vrai rigolo, et en y repensant la liste est longue : explications breves, chaotiques, superficielles, reponses toujours vagues, utilisation circulaire de 4 blagues vaseuses au maximum, faineantise impensable... En consultant notre guide, nous realisons meme que ledit guide n'a pas fait mention de 1km(!) de bas-reliefs incroyables autour du Bayon.

C'est le debut de notre histoire d'amour avec la faineantise des Cambodgiens lies au tourisme, specialement a Siem Reap ou, forcement, les dollars tombent en continu , car les touristes n'arreteront jamais de venir admirer les temples.

Heureuse fin de journee
Une fois debarrasses de ce guide, dont les explications recoupaient, en plus vivantes toutefois, celles de notre guide, nous partons a l'assaut de deux petits temples anonymes, sur le chemin du retour (environ 8 km tout de meme). Il est frappant de constater a quel point deux facteurs nous donnent l'impression de devenir soudain des archeologues : 1) au moment du coucher du soleil, tous les touristes partent l'observer en haut d'une montagne qui donne sur Angkor Wat 2) des qu'on sort de la trilogie Angkor Wat/Bayon/Ta Prohm, le nombre de touristes au kilometre carre approche du zero.

Intense sensation qui est celle que l'on eprouve lorsqu'on fait l'ascension d'un temple vide, lorsqu'on roule un bon kilometre dans une piste en sable jusqu'a atteindre un temple quasiment oublie. Fraicheur des vieilles pierres, finesse de l'architecture, encore, cette fois doublee de l'impression, si belle meme si toujours fausse, d'etre le premier a voir ca. Et la magie qui n'avait pas marche sur le plus gros des temples de se saisir a nouveau de nous sur les plus petits.

Le retour est long mais nous sommes enchantes, d'autant qu'Aglae a pu se reveiller a temps pour vraiment jouir des temples de l'apres-midi. Nous sommes tous deux neanmoins inquiets quant a sa sante, et decidons d'aller chez le medecin le lendemain si son etat empire. Nous oublions toutefois ces irritants problemes, le temps d'un diner en ville avec Josh. Celui-ci, toujours aussi drole, nous enchante d'anecdotes et d'histoires effrayantes. Il a repere un restaurant ou on peut nourrir des crocodiles, rendez-vous est pris pour le lendemain. En partant du restaurant, nous devons encore corriger l'addition... Encore une fois, Aglae montre qu'elle a des reserves d'energie, en se ruant sur les happy-hours du Blue Pumpkin, boulangerie de Siem Reap inspiree du design de Starck (?).