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dimanche 28 juin 2009

Dans la steppe (1/3) Un début mi-figue, mi-raisin

3 mai

Nous sommes super motivés pour notre excursion de trois jours dans la steppe. Nous avons bien compris toutes les règles de circulation dans une yourte, les gestes à ne pas faire pour ne pas attirer le mauvais oeil et nous nous sommes appliqués à essayer de prononcer la langue mongole - ce qui n'est pas une mince affaire. Pour ces trois jours qui sont le seul tour organisé que nous nous permettons du voyage, nous avons mis beaucoup plus de sous que d'habitude.

A Ulan Bator, nous avons même été entraînés (de force) à supporter le manque de confort qui nous attend : par un soir glacial et alors que je prenais tranquillement une douche déjà juste tiède, tout à coup la lumière s'éteint. Alors que je suis couverte de la tête aux pieds de savon et de shampoing, l'eau devient instantanément glaciale. Je suis bien obligée de me rincer mais j'ai si froid et je tremble tellement que j'ai du mal à contrôler mes gestes. Charly, alerté par mes cris mais plongé dans l'obscurité complète, mettra un certain temps à venir me chercher avec une lampe de poche.

Nous nous sentons donc fin prêts et sommes très impatients !

Nous préparons nos sacs en veillant à prendre des Snickers et des Mars - pour palier à la nourriture mongole réputée pas très bonne- et à ne pas oublier nos sacs de couchages pour ne pas mourir de froid la nuit.

Nous partons à l'aube. Un peu endormis nous faisons l'expérience des taxis en Mongolie. En fait il n'y en a pas, chaque voiture qui passe est potentiellement un taxi qu'on peut héler. Une grande confiance règne et des gens en voiture en déposent d'autres contre une somme modique. Nous attendons deux secondes immobiles sur le trottoir de la grande rue de la ville et la première voiture qui arrive s'arrête. Le chauffeur n'a pas l'air d'un psychopathe. Nous lui montrons le lieu d'où part le bus (écrit en mongol) et lui proposons le prix que nous a conseillé l'agence. Il accepte.

Il conduit à toute vitesse et sa voiture est tellement vieille qu'on a l'impression qu'une roue ou une porte va se décrocher à chaque nid-de-poule. Nous arrivons heureusement sans problèmes devant une station-service qui sert aussi de gare routière. L'agence a pris les billets de bus pour nous, c'est plus simple que d'habitude!

Le bus sort rapidement d'Ulan-Bator. Il est rempli de Mongols étonnés de nous voir mais trop timides pour nous regarder avec insistance (ça change des Chinois!). La route est au début goudronnée, ce qui génère chez nous un espoir naïf. Espoir déçu au bout d'une vingtaine de kilomètres, quand la route se transforme en un tas de graviers laissant penser qu'il y a des travaux et qu'un jour elle continuera. En attendant ce jour heureux, les bus empruntent des pistes défoncées et presque invisibles dans la steppe, routes qui longent la route en travaux. Ca secoue dans tous les sens, le tout agrémenté de clip diffusés à la télévision. Le rap mongol, style "Ouais, gros, viens dans ma yourte!" nous fait bien rire. Par contre la pop mongole interprétée par des chanteuses au look de poufs russes nous saoule rapidement.

Par la fenêtre, c'est la steppe jaune-verte à perte de vue. Au pied des collines on voit de temps à autre des yourtes. On traverse même des espèces de villages avec maisons en bois le long de l'unique rue, style Far-West.
La pause-pipi est une familiarisation brutale avec l'impudeur mongole. Pourtant, après la Chine on pensait être blindés. Dans la steppe, il n'y a pas de buissons pour se cacher, soit. Mais les gens ne prennent même pas la peine de s'éloigner et s'accroupissent non loin du bus, vaguement cachés par leurs grands vêtements amples. Le pire, c'est que nul ne semble connaître l'existence du papier toilettes. Nous réévaluons alors l'hygiène des Chinois qui au moins en avaient toujours sur eux.

Après 6 heures de trajet, nous arrivons au lieu indiqué par l'agence, et sommes récupérés par un homme en jeep qui nous dépose dans notre première famille d'accueil. La voiture file à travers la steppe sur une piste parfois invisible. Nous sommes au milieu de nulle part et pourtant, nous finissons par déboucher sur deux yourtes jouxtant un enclos pour les animaux : c'est notre maison pour la nuit !


Nous faisons la connaissance de la famille: le père, la mère, leur fille et son mari, et leur plus jeune fils, qui va encore à l'école. Leurs deux autres fils font leurs études loin d'ici. Nous réussissons à articuler "bonjour!" en mongol et veillons à entrer dans la yourte dans le bon ordre, puis à aller vers la gauche et surtout pas vers la droite, à ne pas nous assoir dos à l'autel, à laisser Charly près du maître de maison, etc. Nous sommes un peu intimidés.

Au début, la famille fait beaucoup d'efforts. On nous offre le traditionnel thé au lait salé de bienvenue. Il faut absolument tout boire d'un trait avant de reposer sa tasse. Certains connaissent mon amour démesuré pour les laitages... mais je passe l'épreuve. Nous utilisons les quelques mots de mongol que nous savons, montrons des photos de nos familles. Ils nous montrent les leurs.
Le repas est à notre grande surprise bon : des pâtes sautées au mouton et aux légumes, cuisinées sur le grand foyer au centre de la yourte. La seule chose horrible ce sont les laitages : des "choses" ressemblent à des biscuits avec un trou au milieu mais s'avèrent être des fromages qui sèchent sur une ficelle accrochée aux poutres de la yourte, ou pire une espèce de bouillie mi-molle, mi-dure faite avec du lait et qui ressemble à du vomi. Heureusement, nous ne sommes pas obligés d'en manger ! Charles, comme d'habitude, semble s'en satisfaire.

A le repas, tout le monde disparaît très vite pour vaquer à ses occupations. Nous ne savons pas trop quoi faire, restons dans la yourte puis nous promenons un peu aux alentours. Finalement, le mari de la fille vient nous chercher afin que l'on fasse une promenade en chameau, comme prévu sur notre programme.
Les chameaux sont spectaculaires avec leur grosse fourrure. Ils sont en train de la perdre car l'été approche. Il faut s'accrocher car ça tangue beaucoup. Nous sommes contents comme des gamins !



Notre guide monte un tout petit cheval et sifflote, autour de nous les steppes se déroulent à l'infini. C'est magnifique ! Au bout d'un quart d'heure, nous arrivons à un point d'eau où sont rassemblés les animaux de la famille : une foule de moutons et de chèvres, mais aussi de jolis chevaux. Nous sommes au printemps et il y a beaucoup de bébés. Nous mettons pied à terre.



Après cette pause qui repose nos genoux endoloris, nous repartons. Il faut savoir que les Mongols montent chevaux et chameaux avec des étriers très courts, ce qui est très dur pour nos genoux non habitués. Nous regagnons notre campement au rythme chaloupé du pas des chameaux.

Je suis un peu étonnée car d'après le programme, nous devions aller jusqu'à un lieu de culte et la promenade devait être beaucoup plus longue. Charly, une fois descendu du chameau qui l'amusait beaucoup, commence à s'énerver. Toujours aucune trace du reste de la famille. Nous sommes posés là, près des yourtes avec l'impression de déranger. Le beau-fils nous fait signe que nous pouvons dormir si nous voulons ! Il est 16h.

Nous allons faire un grand tour pour nous changer les idées. La beauté du paysage me permet de garder ma bonne humeur, mais ça marche moins bien pour Charly. Nous finissons par nous assoir sur un rocher et par écrire. Nous sommes tristes que ça ne se passe pas comme nous l'imaginions.

Le soir tombe. Nous rentrons dans la yourte principale et faisons des dessins sur notre carnet pour pouvoir expliquer notre voyage à la famille qui nous accueille. Une chatte enceinte ronronne sur nos genoux. Nous nous disons que nous allons faire des efforts. C'est alors que la fille déboule avec des assiettes : c'est notre dîner que nous mangerons seuls. La famille mange dans l'autre yourte. Nous nous demandons si nous avons fait quelque chose qui les aurait vexé sans le vouloir. Mais non, nous avons bien respecté toutes les règles de politesse. D'ailleurs ils avaient l'air de s'en ficher.

La fille et son mari ne reviendront dans notre yourte que pour se coucher, sans un mot. Nous faisons de même, énervés pas leur indifférence pour des hôtes qu'ils ont acceptés d'accueillir afin d'obtenir un (très bon) revenu supplémentaire.

Nous nous endormons en espérant que demain, la deuxième famille s'occupera un peu de nous.

vendredi 26 juin 2009

Votre mission si vous l'acceptez: atteindre Pékin


18 - 19 avril

16:08
Alors que nous examinons les tickets de bus avec plus d'attention, notre sang se glace dans nos veines. En-dessous du signe "heure" est indiqué 11:00. La veille, Charly a pensé prendre un bus-couchette partant à 11h du soir car il n'y avait plus de places pas chères dans le train de nuit. Mais les Chinois écrivent 23:00 pour 11h du soir...
Charly est atterré et furieux car il avait demandé à la guichetière un bus-couchette et qu'elle avait semblé comprendre. Je lui en veux de ne pas avoir vérifié le ticket comme nous le faisons minutieusement à chaque fois. Mais d'un autre côté, elle parlait bien anglais et tout semblait clair...
Catastrophés, nous sautons dans le premier bus pour la gare routière.

Mais le bus peine dans les embouteillages, il pleut : on craque. On se dit que si la SNCF ne rembourse plus une heure après le départ, pourquoi une obscure compagnie de bus chinois le ferait-elle ? Presque 50 euros de perdus, c'est beaucoup en Chine. C'est un gros trou dans notre budget en perspective et une raison de plus de s'énerver.

16:44
Quand nous arrivons enfin, nous nous précipitons sous la pluie battante et courons au guichet. Nous tentons d'expliquer notre situation à la guichetière, qui évidemment n'est pas la même que celle qui a vendu les tickets à Charly. Nous insistons patiemment, expliquons qu'il y a eu une incompréhension... Je suppose que mon air catastrophé nous aide un peu. Très gentiment, la guichetière nous propose de nous échanger notre billet pour partir le lendemain à 11h. Nous refusons en nous disant que tant pis, nous prendrons le train de ce soir en 1ere classe. Elle appelle alors la sous-chef qui nous emmène voir la grande chef : cette dernière autorise que l'intégralité du prix nous soit remboursé.

Nous sommes surpris et ravis d'une telle compréhension. C'est un des traits des Chinois : tellement malpolis mais au fond tellement gentils !

Il ne reste plus qu'à prendre un billet de train.

17:15
Nous ressortons sous la pluie. Déjà trempés par la visite de la Pagode de l'Oie sauvage, nous ressemblons à de vraies serpillères. Slalomant dans la foule, nous dénichons le guichet pour les étrangers et faisons la queue. Quand nous atteignons le guichet, le verdict tombe, implacable:

-C'est plein!
-Même en "couchettes molles"? (la 1ere classe par opposition aux "couchettes dures")
-Oui.
-Et en "sièges mous" ou "sièges durs"?
-Il ne reste rien. Rien du tout.

Hébétés, nous ressortons de la gare sous la pluie. Il semblerait que nous soyons forcés de passer une nuit de plus à Xi'An...

17:37
Nous retournons, honteux d'embêter encore la gentille gichetière, à la gare routière (heureusement en face de la gare ferroviaire). Nous refaisons la queue.
La malédiction continue : il n'y a en fait pas de bus le lendemain matin à 11h, puisque c'est un dimanche !

Nous sommes à cours d'idées, le désespoir guette.

18:00
Nous sommes de retour dans la cacophonie de la gare ferroviaire, trempés jusqu'aux os et le moral en dessous de zéro. Nous refaisons la queue au guichet pour les étrangers. Nous nous retrouvons face au même guichetier pressé. Nous demandons deux billets pour le train de nuit du lendemain, ou pour n'importe quel train allant à Pékin.

Tous les trains du lendemain sont pleins à craquer. Tous.

18:26
Nous sommes à nouveau sous la pluie, désespérés, à bout de nerfs.
Que faire? Nous n'allons pas rester éternellement à Xi'An où le temps est dégueulasse et où nous avons fait le tour des attractions touristiques!
Nous retournons dans la gare à la recherche d'une solution. Je nous vois déjà prendre un billet pour le surlendemain.

Et là, c'est le miracle.

18:34
Une femme a repéré notre air égaré et s'avance vers nous. Elle nous apostrophe: "Beijing?" Nous lui répondons: "Yes" d'un air perplexe. Elle sort alors de son porte-feuille deux tickets. Ils sont pour le train du soir même, en "couchette molle", soit la première classe.

Nous lui demandons le prix, nous attendons à une proposition astronomique. Elle nous propose un prix légèrment inférieur à celui indiqué sur les billets. Nous n'en croyons pas nos oreilles mais ne perdons pas non plus le Nord et négocions un rabais supplémentaire.

Nous acceptons la transaction avec une crainte. C'est trop beau pour être vrai! Et si c'étaient de faux billets? Nous sommes quand même au royaume de la contre-façon! La dame sent notre réticence et nous donne la carte de son agence de voyage en guise de bonne foi. Je me souviens avoir lu qu'il existait un marché noir des billets de train et me dis que ça devrait marcher.

18:45
Nous voilà à nouveau au pas de course sous la pluie : il nous faut rentrer à l'hôtel récupérer nos bagages et revenir avant le départ du train ! Nous attendons le bus au milieu d'une foule de mauvaise humeur. Quand il arrive, un mouvement de foule d'une grande violence se déchaine. Nous sommes séparés, compressés par des Chinois hostiles. Un monsieur avec un enfant dans ses bras manque de tomber et écume de rage. Une fois dans le bus, tout le monde tient sans problème... Nous fustigeons la stupidité des Chinois et regrettons la discipline des Japonais.

Nouvelle course sour la pluie pour récupérer nos gros sacs à l'auberge de jeunesse. Nouveau bus blindé sentant le chien mouillé pour retourner à la gare.

20:00
Nous sommes enfin dans le train, nos billets sont bien des vrais, les deux petits vieux Chinois partageant notre compartiment ont l'air placide, les couchettes sont plus moelleuses que d'habitude. Ouf!

Nous nous écroulons et essayons de sécher alors que le train s'ébranle.

22:00
Alors que nous songions à prendre un repos bien mérité, une Américaine passe la tête par la porte et nous propose une bière. Nous rejoignons son groupe dans le wagon voisin. Ce sont des profs américains de Boston visitant la Chine pour mieux connaître la culture de beaucoup de leurs élèves. Ils sont sympas et un peu émêchés, certains connaissent la France. L'un d'eux a même trouvé les Français agréables. Etonnés, je pousse un peu plus loin l'investigation et découvre qu'il n'a pas seulement visité Paris, mais aussi Lyon et aussi Annecy. Tout s'explique!

Le lendemain
04:30 (du matin)
Alors que nous dormons d'un sommeil paisible et bien mérité, je suis éveillé par une discussion en chinois. Non ce n'est pas possible, ce ne sont quand même pas nos voisins du dessous qui discutent à voix haute en pleine nuit? Et bien si! Leur air paisible nous a trompé sur leur vraie nature de Chinois bien malpolis.

Exaspérée, je lance un "shuuuttttt" retentissant. Rien n'y fait. Je recommence. Ils me tendent une chaussette que j'ai dû faire tomber par terre dans mon sommeil : ils ne comprennent vraimoent rien ! Je me penche de ma couchette et leur demande de se taire d'un ton énervé et mimant quelqu'un qui dort. Il s'arrêtent deux minutes et recommencent. Je commence à avoir des envies de meurtre.

Charly se réveille aussi. Il est presque aussi scandalisé que moi. A force de protestations de plus en plus fortes et du ton le plus désagréable possible, ils finiront par un peu baisser la voix, et nous par nous rendormir.

07:00
Nous arrivons dans une des nombreuses gares de Pékin. Nous pensons être gare de l'Ouest car Charly a reconnue le caractère chinois "Ouest" sur le billet de train. Ca tombe à pique car cette gare est sur la même ligne de métro que l'arrêt le plus proche de l'appart' de N. Mais qui est N?
C'est un ami de Sciences-Po apprenant le chinois à Pékin : il a super gentiment proposé de nous héberger.

Mais la loose nous poursuit: nous faisons trois fois le tour de l'immense gare toute en sous-sols sans pouvoir dénicher le métro. Nous demandons où est la ligne 13 et on nous répond qu'elle ne passe pas ici. Nous commençons à en avoir ras-le-bol.

07:30
Nous finissons par tomber sur une jeune chinoise du bureau de tourisme, ravie de pratiquer son anglais hésitant. Elle nous indique une direction. Nous marchons, marchons, marchons dans une immense avenue sans fin. Il fait gris, les sacs pèsent lourds sur nos épaules. Le premier contact avec Pékin est rude.

Nous finissons par trouver le métro après 15mn de marche. En voyant le nom de la station, nous réalisons que nous étions bien gare de l'Ouest mais que la station de métro que nous cherchions était celle de la gare du Nord-Ouest ! Nuance cruciale, car aucun métro ne passe à la gare de l'Ouest ! Il nous faut faire deux changements pour atteindre la bonne ligne : N habite en fait à l'autre bout de la ville par rapport à notre point d'arrivée.

09:00
Nous finissons par émerger du métro. Nous appelons N pour qu'il nous explique comment rejoindre sa maison. Mais c'est trop loin et trop compliqué. Il faut donc qu'il vienne nous chercher, je me sens mal de déjà le déranger.

Nous nous asseyons dans un lieu accueillant pour l'attendre: "Tous les jours" une boulangerie qui propose des croissants. Et en plus ils sont bons!

A la première bouchée, je sais que notre mission est accomplie. Nous avons atteint Pékin et malgré la fatigue, nous serons d'attaque pour découvrir la ville grâce à ces vrais croissants... et peut-être aussi une petite sieste...


Nous vous laissons admirer le magnifique style architectural de la gare...
Haaa le mélange béton-stalinien/kitsch-chinois!

mardi 23 juin 2009

De Qingdao à Shanghai : une arrivée classiquement catastrophique

Autant notre première arrivée sur territoire chinois, deux semaines plus tôt, s'était plutôt bien déroulée, malgré des problèmes de taille (nous n'avions pas de téléphone et il fallait joindre Silvia, etc), autant notre seconde arrivée en Chine était plutôt... bizarre.

En raison des changements et surprises des compagnies de bateaux, nous avions, comme je vous l'avais raconté, pris un bateau de Shimonoseki, obscur port japonais, vers Qingdao, grande ville chinoise assez peu connue. Qingdao étant grosso modo située entre Shanghai et Pékin, notre but était de rejoindre cette première le plus vite possible, car c'est originellement là que nous voulions aller.

En débarquant du bateau, il nous fallut donc nous précipiter vers la gare routière de la ville. Nous rencontrons sur le chemin un paquet de gens qui veulent absolument nous loger dans leur hôtel, et qui nous poursuivent avec des photos de chambres. Nous refusons poliment, mais leur demandons le chemin.

Demander son chemin : à éviter en Chine dans les endroits passants. Car, la curiosité des Chinois aidant, vous risquez vite de vous retrouver entouré d'une marée humaine, chacun discutant de la question, des pours, des contres, des pourquoi (en chinois). Nous rions beaucoup de l'attroupement, mais sommes un peu gênés aussi de toute cette attention. Une femme nous suivra jusqu'à la gare routière, en nous parlant en chinois, et en répétant "Shanghai, Beijing" en continu. Nous ne saurons jamais si elle voulait nous aider ou nous vendre un truc. Nous sommes un peu décoiffés par la brutalité des moeurs chinoises, que la douceur des japonaises nous avait fait un peu oublier.

Rebelotte à la gare routière, on nous saute dessus dans tous les coins, tout ça sent l'arnaque, mais au guichet, c'est le même prix qu'on nous annonce. Le bus-couchette part immédiatement, nous n'aurons pas le temps de boire une fameuse bière de la ville.

Une bière de la ville ? Fameuse ?

Eh oui en chinois Qingdao se prononce plus au moins Tsingtao, comme la bière qu'on trouve dans tous les restaurants chinois et japonais de France. Qingdao était en effet un ancien comptoir allemand : la ville conserve paraît-il beaucoup de son héritage architectural allemand, mais garde aussi de cette époque une brasserie qui est devenue une réussite économique.


Pourquoi tant de haine ?
Le bus est un des pires que nous avons pris en Chine : odeur pestilentielle, inconfort, et toujours les inénarrables films à la noix qui passent sur la télé (cette fois-ci c'est un film de cape et d'épée chinois, mortellement ennuyeux). Ce qui est horrible, c'est que nous sommes censés avoir un voyage long de 18h, et que nous ne savons pas comment nous allons tenir tout ce temps, allongés sur ces couchettes. Par chance cependant, le coucher de soleil au moment où nous montons dans le bus est magnifique, et nous sommes allongés côte à côte. Aglaé craque un peu car sa migraine persiste.

Moins drôle, nous sommes obligés de survivre sur les biscuits qu'il nous reste du voyage en bateau, car nous n'avons déjà plus de yuans (monnaie chinoise) : nous voulions attendre les HSBC de Shanghai pour retirer de l'argent, et pensions pouvoir tenir avec les billets qu'il nous restait de notre précédent passage en Chine. Or le bus coûtant deux fois plus que prévu, il ne nous reste vraiment pas grand-chose !

A un arrêt nocturne, où nous pourrons nous soulager dans des toilettes tellement sales que les hommes y urinent depuis l'extérieur (porte ouverte, pour ne pas avoir à rentrer), nous rassemblons nos derniers yuans pour nous acheter le seul truc passable en vente (c'est-à-dire qui n'est pas de l'immonde viande séchée aromatisée), à savoir des biscuits ruisselants d'huile cancérigène.

Erreur de calcul
Nous nous étions couchés en espérant dormir le plus longtemps possible pour éviter de supporter ce trajet. Nous sommes réveillés en sursaut, en pleine nuit. Le chauffeur et deux membres de l'équipage nous regardent en riant, et nous disent de descendre. Bien habitués à ce genre d'arnaque (typique en Inde, typique au Vietnam), qui consiste à faire descendre les gens par cruauté, ou plus souvent pour qu'ils prennent un taxi, nous refusons de descendre.

Ils ne parlent pas anglais, mais nous répètent qu'ici c'est Shanghai. Nous voyons bien un taxi passer (ce qui signifie a priori que nous sommes dans une grande ville), mais non, cette rue vide et minable et moche et sale, ça ne peut pas être la belle Shanghai étincelante ! Et pourquoi ne sommes-nous pas dans une gare routière ? Il y en a plusieurs à Shanghai !

Nous refusons de comprendre pendant longtemps, nous leur demandons de nous situer sur des plans de Shanghai, etc. Mais ils semblent tous s'entendre, passagers comme chauffeurs. Pourtant, ces sourires, qui s'avèreront être des sourires curieux et amusés, nous font croire qu'on se moque de nous. Nous finissons par descendre, interloqués aussi qu'ils ne se soient pas énervés ou emportés (alors que nous retardons leur trajet), récupérons nos bagages, et n'arrivons toujours pas à croire que nous sommes peut-être près de la gare de Shanghai. Le trajet a seulement duré 10h en 2009, au lieu de 18h en 2007!

Il est 5 heures du matin, et lorsque le jour commencera à venir, il n'apportera au départ que du gris. C'est le début d'une journée particulièrement nulle, peut-être la plus nulle du voyage.

Mais qu'allaient-ils faire dans cette galère?

8 - 9 avril

Le 7 avril, veille de notre grand départ en bateau pour retourner en Chine, je reçois un mail alarmant. Un monsieur japonais me demande pourquoi nous ne nous sommes pas présentés à l'embarquement du ferry le 6 avril. Horreur, je me suis plantée de date dans mon mail de réservation! Le pire c'est que je l'ai relu 2 fois et Charly une fois, lors de notre marathon des réservations en catastrophe, avant de partir de Hong-Kong. Nous avions déjà fait une erreur pour notre guesthouse de Nikko, là ça commence à faire beaucoup. Charly est atterré par ma bêtise et moi aussi...

Je ne cède pas à la panique, renvoie un mail en m'excusant mille fois et demande de nous réserver deux places pour le lendemain. Je me dis qu'en cette saison le ferry ne sera pas plein. Charly n'arrive pas à partager mon optimisme. Nous allons nous coucher en priant pour ne pas rester bloqués au Japon.

Lever très tôt car il faut d'abord rejoindre le port de Shimonosaki en shinkansen. Je trouve un Charly le visage défait en sortant de ma douche. Il m'explique que

- son sac est fermé par un cadenas
- un autre cadenas ferme le casier de la chambre, contenant nos appareils photo et nos passeports
- il y a deux sets de clés pour ouvrir ces cadenas
- le premier est dans un sac dans le casier fermé par un cadenas
- le second est dans la poche du pantalon de Charly, qu'il a rangé dans son sac avant de le verrouiller !!

Nous avons en effet pris le réflexe de toujours fermer nos sacs quand nous les laissons sans surveillance. Ce sont nos vraies maisons et chaque chose à l'intérieur nous est indispensable.

J'essaie de ne pas paniquer malgré l'heure qui tourne. Je me dis que la bêtise est contagieuse. Mais Charly passe du blanc au rouge, nous voit déjà loupant le bateau ; d'un air égaré il va chercher un couteau dans la cuisine et commence à éventrer son sac par le côté. Je l'arrête, lui rappelant qu'on ne peut pas massacrer ce sac dont on a absolument besoin. Il s'énerve en me reprochant mon calme, il a l'air d'un vrai fou furieux avec son couteau à la main ! Mais il finit par entendre raison et par inciser délicatement le précieux sac à l'intérieur de la poche de devant pour limiter la casse. Je glisse ma main dans l'ouverture et parvient à extraire le pantalon. Les clefs sont dans la poche... victoire!

Nous réussissons à avoir notre train et arrivons à Shimonoseki suffisament en avance. Après une attente angoissée et quelques palabres au guichet, nous apprenons, soulagés, que nous avons des places à bord. Nous commençons à nous détendre et allons faire des provisions.

Nous finissons par monter à bord de l'immense ferry. Il transporte surtout des conteneurs et peut accueillir une centaine de passager. Mais toutes les coursives sont désertes, on doit être 20 à bord. On se croirait sur un bateau de croisière fantôme. Notre cabine pour 6 personnes est, elle aussi, vide.

Nous apprenons que les passagers ne sont pas autorisés à sortir sur le pont. Or ça sent quand même pas mal le renfermé... Tant pis, nous nous installons dans un salon décrépit. Charly recoud son sac avec application, je poursuis mon scrapbook. Nous rencontrons un couple franco-luxembourgeois qui viennent de passer trois mois (en travaillant parfois) au Japon. Le mec nous explique que ça fait plusieurs années qu'il ne passe pas le concours de l'IUFM car ça tombe toujours pendant ses voyages (!).

Un des rares passagers...

Pendant les 24 heures que dure la traversée, nous glandons, mangeons des nouilles instantanées et dormons beaucoup. Charly apprécie cette ambiance un peu hors du temps, je suis de mon côté attaquée sournoisement par une grosse migraine. J'y avais échapé depuis le début du voyage, il ne fallait pas rêver!

Je reste dans mon lit toute la fin du voyage, désespérée de ne pas pouvoir sortir prendre l'air. On nous laisse enfin sortir sur le pont une heure avant l'arrivée: c'est la libération!




Nous entrons dans le port chinois de Qingdao et observons les marins lancer d'énormes cordages pour amarrer le bateau. Nous devons encore attendre une heure que les services de la douane fassent leur cinéma et pouvons enfin débarquer, entourés de policiers nous conduisant en rangs serrés jusqu'à la douane.


vendredi 10 avril 2009

Une longue route vers la Chine... (2)

11 - 12 mars

Il fait faim et il faut bien dejeuner. Nous nous decidons pour une espece de cantine ou, evidemment, tout le monde nous regarde. Charly essaie de demander les prix en montrant les plats, mais il s'appercoit rapidement que si cette operation etait relativement simple dans d'autres pays, ici on ne le comprend pas. Il a beau s'appliquer a suivre le prononciation indiquee par le guide, rien n'y fait. Les tons, le prononciation qui change selon le patois local, c'est du chinois! Nous nous servons donc au buffet ; la nourriture est epicee mais tres bonne. Au moment de payer, nous comprenons que la Chine ce n'est pas le Vietnam: nous n'aurons pas a nous battre pour ne pas nous faire avoir. Les restaurants pratiquent les meme prix pour tout le monde, chouette!

Envie d'eau de javel?

Assis dans la gare routiere, nous lisons le guide et decoupons et collons nos vieux tickets, cartes de visites, billets de musee dans un cahier, "un scrapbook", pour garder des traces de nos aventures. Et nous avons tout le temps de nous familiariser avec ce nouveau pays:

-Des gens se raclent la gorge avec un bruit effarant, puis crachent par terre, mais une dame passera l'apres-midi a nettoyer et re-nettoyer le sol de la salle d'attente.

-Nous savions qu'en tant que "laowai" (etranger en chinois) nous allions etre souvent devisages. Nous sommes la depuis moins d'une heure et un monsieur vient, avec le sourire, nous montrer a la petite fille qu'il tient par la main. Nous sommes des extra-terrestres.

- Une maman est assise derriere nous avec un petit garcon mignon et une petite fille aux regards farouches, tous les deux portant des habits d'une proprete douteuse ; vraisemblablement, ils sont d'une ethnie proche des mongoles. Le petit garcon commence par se rouler par terre en hurlant, puis lui et sa soeur viennent eparpiller partout les chutes de papier de mes decoupages. Ils s'amusent ensuite a vider consciencieusement le sac plastique qui nous sert de poubelle par-terre. J'essaie de leur dire "bou, bou, bou!" (non, non, non!) mais apparemment ils ne comprennent pas ce que je leur dis (il est probable qu'ils ne parlent pas mandarin de toute facon). Je finis par abandonner la lutte et les laisse jouer. La mere n'a pas reagi au vidage de poubelle. Elle finit par leur donner a manger, et la, le petit garcon m'eternue tout ce qu'il avait dans la bouche dessus. Notre scrapbook est donc enrichi de vomi d'enfant chinois! Un peu plus tard, le petit garcon baisse son froc et pisse par terre, au milieu du hall. La femme de menage de la gare routiere, excedee, vire la petite famille pour qu'ils attendent dehors. Le petit ambassadeur de la proprete chinoise finira meme par poser une crotte, que sa mere s'empressera de ramasser.

-Si la famille cradok nous a bien fait rire, le test des toilettes publiques brise tout sens de l'humour. Meme apres des experiences a la limite du supportable en Inde, la Chine peut etre elue, et de loin, le pays d'Asie aux toilettes les plus infames. Sans rentrer dans les details sordides, il faut savoir qu'il s'agit d'une grande rigole au-dessus de laquelle les gens s'accroupissent, qu'il n'y a pas de portes mais des vagues murets (et encore pas toujours), et que donc tout le monde se voit. Un mince filet d'eau coule au fond de la rigole, n'emportant malheureusement pas grand-chose avec lui. L'odeur est evidemment atroce ; certains touristes se mettraient du baume du tigre sous le nez pour survivre! Il va sans dire qu'il n'y a ni papier, ni savon, ni lavabo pour se laver les mains. Et le comble... c'est payant!

Un reve eveille...

Quand notre bus-couchette arrive enfin, nous sommes surpris par le confort. Charly ne resiste pas longtemps a l'oreiller moelleux. La nuit tombe et notre bus suit une route completement defoncee ; il doit parfois presque s'arreter pour passer des nids de poules geants. Nous slalomons entre de gigantesques piliers de beton pendant des kilometres et des kilometres. Une immense autoroute est en construction, un serpent de beton accroche au flanc de la montagne et survolant les vallees abruptes grace a d'immenses ponts (Nantua puissance 10 pour les connaisseurs). Ce sont les camions de cet impressionnant chantier qui ont bousille la route que nous suivons peniblement.

Au moment ou nous quittons la zone des piliers geants, nous commencons a longer un fleuve tres large. Des montagnes immenses surplombent la vallee brumeuse, le paysage rappelle celui des Trois Gorges. Des petites maisons, presque des cabanes, sont acrochees a la montagne, a pic au-dessus du lit du fleuve. On a l'impression qu'elles sont en equilibre et peuvent se decrocher a tout moment. Les montagnes semblent percees de grands trous, des mines? Mais l'obscurite gagne inexorablement et bientot on ne distingue plus que des lueurs suspendues au-dessus de fleuve. C'est le moment que choisit Charly pour se reveiller. J'ai l'impression d'avoir passe un precieux quart d'heure dans une estampe chinoise, ou les humains et les constructions sont toujours minuscules et ridicules face a d'ecrasantes montagnes et de puissantes rivieres.

Voir un si beau paysage defiler devant soi tout en etant allongee donne l'impression de rever... Je m'endors emerveillee...

Reveil difficile et desorientation

Arrivee a Kunming a 5h et quelques du matin... on serait bien restes un peu plus longtemps sur nos couchettes! Nous deposons nos sacs a la consigne de la gare. Une fois n'est pas coutume, nous arrivons a griller tous les chinois qui attendent en tas (et pas en queue), car ils ne sont pas reveilles. Nous partons en quete d'un petit-dejeuner mais tout est ferme a part un resto de nouilles ou la carte est en chinois. Nous finissons par avaler des beignets tres tres sucres dans la rue pour contourner l'enigme des caracteres chinois. Niveau chinois oral c'est toujours la catastrophe, les vendeurs ambulants ne comprennent pas Charly.

Apres une marche dans une avenue sans fin mais tres propre et avec de larges trottoirs (rares en Asie) nous trouvons refuge dans un cafe pour expats, ou nous passons la matinee a planifier notre itineraire en Chine. Nous avons RDV avec Silvia (notre charmante amie espagnole rencontree au Laos, qui etudie le chinois a Kunming) a midi devant sa fac, nous avons le numero du bus. Tout parait plutot simple.

Une fois dans le vehicule, nous essayons de suivre son trajet sur notre plan car les arrets sont evidemment ecrits en chinois. Au bout d'un moment, on demande a une jeune chinoise la "Yunnan University" et elle nous dit de descendre au prochain arret en nous montrant une vague direction. Nous descendons, essayons de suivre des jeunes au look d'etudiants et constatons que nous sommes perdus. Nous passons un coup de fil depuis une epicerie et Silvia doit demander en chinois a l'epicier ou nous sommes. Elle nous dit alors de la rejoindre a la gare routiere ouest, toute proche. L'epicier nous montre (encore) une vague direction, accompagnee d'un long monologue en chinois. Nos gros sacs sur le dos, nous sommes toujours aussi perdus et commencons a desesperer. Nous essayons de demander a des passants chinois : echec, Charly cherche un plan sur les arrets de bus : il n'y en a plus. Soudain, j'apercois une jeune fille blanche et me precipite sur elle comme un naufrage sur une bouee.

Elle me repond en anglais que la gare Ouest est a 200m, au bas de la rue. Nous foncons a l'endroit indique et attendons anxieusement. Est-ce seulement le bon endroit, cet immeuble chic avec des bus devant?

Soudain un cri de joie retentit et nous nous jetons dans les bras de Silvia!

jeudi 2 avril 2009

Une longue route vers la Chine... (1)

10-11 mars

Premiere etape: train de nuit jusqu'a Lao Cai, derniere ville vietnamienne avant la frontiere chinoise. Nous voyageons en "couchettes dures", c'est-a-dire dans un compartiment a 6 couchettes. Nos voisins vietnamiens ne sont pas trop bruyants et le trajet se passe sans incident notable.

Nous arrivons (encore) a 5h30 du matin et devons affronter une nuee de rabatteurs qui veulent absolument nous emmener a Sapa, ville de montagne tres touristique que nous avons prefere rayer de notre itineraire a cause du temps (gris, gris, gris) et de notre faible penchant pour les zoos humains (prendre en photo 3 Hmongs rayes et 2 Hmongs a fleurs faisant leur danse folklorique en compagnie de 30 autres touristes, non merci!). Apres quelques "No Sapa, we go China!" avec un demi-sourire, je finis par repeter la rengaine d'un ton de moins en moins conciliant. Si on a meme plus le droit d'etre de mauvaise humeur le matin!

Nous finissons par trouver un resto ouvert pour petit-dejeuner et parfaire notre strategie de contrebandiers. En effet, les autorites chinoises n'ont pas fini d'etre tatillonnes. Le Lonely Planet (photocopie) que nous avons achete previent ses lecteurs dans ses pages sur la frontiere: il arrive que les douanes chinoises confisquent leur Lonely Planet aux pauvres touristes qui en ont pourtant bien besoin, ne parlant pas chinois. Et sur les forums de voyageurs, les messages racontant la confiscation de Lonely Planet abondent. Mais pourquoi ???

Parce que les cartes du Lonely Planet montrent une realite geopolitique qui n'est pas du gout des Chinois: Taiwan y est un etat independant. Donc bien sur, l'ile ne figure pas dans le guide "Chine". Dans un exces de zele, certains douaniers confisquent donc tous les Lonely Planet lors de la fouille des bagages (et les revendent certainement plus tard au marche noir).
Or, nous n'avons pas envie de devoir racheter un guide en Chine, ou on ne trouve que des guides censures (avec du tipex sur les passages concernant la revolution culturelle ou Tien Nan Men).

Nous procedons alors par plusieurs etapes: nous arrachons toutes les cartes montrant la Chine, arrachons la couverture bien connue des douaniers (qui ne lisent evidemment pas l'anglais), nous collons a la place la couverture de notre guide du Vietnam, et enfouissons le guide au plus profond de mon sac (par experience, les sacs des hommes sont toujours fouilles beaucoup plus minutieusement que ceux des femmes). Cette ruse m'amuse mais me stresse un peu aussi. Apres tous les efforts pour avoir le visa chinois, ce n'est pas le moment de se mettre les douaniers a dos!

Le ventre plein mais un peu serre nous partons en direction de la frontiere, qui s'avere etre beaucoup plus loin que prevu. Apres 3km de marche avec nos gros sacs sur le dos, nous arrivons en vue d'une banque. Nous voulions etre prevoyants et avoir des yuans chinois sur nous. Mais impossible de s'en procurer a Hanoi. Nous tentons notre chance. Non, a 30m de la frontiere, une banque vietnamienne ne peut pas vendre des yuans (car on ne peut en trouver qu'en Chine). Heureusement, une dame de la banque nous change nos dongs contre des yuans qu'elle avait dans son porte-monnaie personnel. Le marche noir dans une banque vaut de toute facon mieux que le marche noir de la frontiere chinoise!

A la frontiere vietnamienne, on voit passer nos passeports de mains en mains pendant 10mn avant de pouvoir traverser. Arrives a la frontiere chinoise, nous sommes accueillis avec un grand sourire par un douanier parlant anglais qui nous aide a remplir les formulaires. Il y a des cameras partout, a "further search" room... Puis vient la ceremonie des coups de tampons sur le passeport, qui dure 5mn et toujours avec un sourire. Pas de questions et meme une petite machine avec des smileys pour dire si on est satisfait ou pas du service (!). Charly vient de passer la douane sans probleme et me fait un sourire depuis l'autre cote de la barriere. Je mets mes sacs sur le tapis de la machine a rayon X, personne ne vient les fouiller manuellement... et c'est fini!

Tout ca pour ca!

Nous sommes donc enfin en Chine, et les panneaux ecrits en vietnamiens (et donc en alphabet latin) s'espacent a vue d'oeil. Nous nous arretons a un carrefour, perdus. Mais ou peut donc bien etre la gare de bus?
Charly entre dans un magasin au hasard, mais personne ne comprend les mots "bus station", ni le mot chinois pour bus qu'il essaie de prononcer. Je sors alors du sac le Guide de conversation francais/chinois du Routard (merci Julien et Isabelle!) et Charly retourne dans le magasin pour montrer la phrase "Ou est la station de bus longue distance?" en chinois. Le vendeur abandonne alors son magasin et se met silencieusement a nous guider en marchant devant nous. Il nous conduit tout droit a la gare routiere, en fait a seulement 50m, cachee au detour d'une rue. Cette gentillesse nous touche beaucoup et, apres les douaniers aimables, nous nous disons que la Chine commence bien!

A peine nous sommes nous approches du guichet, qu'un monsieur chinois nous demande en anglais parfait ou nous voulons aller et fait la traduction pour la guichetiere. Il n'y a pas du bus pour Kumming avant 6h du soir (et il est alors 11h seulement). Nous achetons les billets, remercions l'inconnu et commence alors une longue attente...

mercredi 18 mars 2009

Le train des nuages - La journee de la chance

1er mars

Il est temps de quitter la charmante Hoi An pour continuer notre route vers le Nord. Sur le chemin se trouve le fameux col des nuages, "un paysage fabuleux" certifie par Bon-Pap'. Nous realisons a temps que les bus touristiques, moyen le plus simple et le moins cher de rejoindre Hue, la capitale imperiale, passent tous traitreusement par un tunnel pour gagner du temps et font ainsi manquer a leurs passagers cette merveille. Deja peu emballes a l'idee de se retrouver au milieu de touristes, dans un bus s'arretant devant les restaurants et guesthouses versant des commissions, nous decidons de prendre le train. Apparemment, le trajet Danang-Hue est le plus beau du Vietnam.

La chance pointe son nez...
Oui mais pour ca, il faut d'abord aller a la gare de Danang, et donc reprendre le bus local tendance escroc. Nous savons a quoi nous attendre et montons donc directement dans le bus, sans demander le prix des billets. Ce prix, obligatoirement peint sur le bus, a meme ete recouvert d'un maladroit bout de scotch jaune, mais on voit toujours: 10 000 dongs en transparance! A peine assis, un type nous saute dessus en disant "Yo, money, money!" d'un air autoritaire. Nous ne savons meme pas si c'est le vrai controleur et je lui demande donc de me montrer sa carte. Il me montre une carte ecrite en vietnamien, me voila bien avancee!

Je descends du bus et finit par trouver un guichet officiel, je me penche, c'est vide! Mais une pancarte au fond me confirme le tarif de 10 000 dongs pour Danang. Je remonte dans le bus et informe le type qui nous harcele (par mimes car il ne connait apparemment qu'un seul mot en anglais) que je paierai en meme temps que les autres passagers.

Le bus s'ebranle, son controleur continue a nous demander de l'argent. Au bout d'un moment, alors que les gens autour de nous lui paient leur trajet, Charly sort un billet de 20 000 dongs. Je lui tends, il refuse d'un air enerve en disant que c'est 40 000 dongs. Nous repondons que non, c'est 20 000 et l'ignorons. Nous faisons alors connaissance avec une charmante dame vietnamienne qui a un joli bebe de 3 mois sur les genoux. Elle parle un peu anglais, nous pose des questions et me demande si moi aussi je veux un bebe bientot !

Pendant ce temps-la, le type du bus revient a la charge : "YO MONEY". Patiemment et bien decidee a ne pas m'enerver, je lui precise sur un papier les tarifs officiels:
Moins de 7 km: 3000 dongs
Entre 7 et 25 km: 7000 dongs
Danang: 10 000 dongs

Il est un peu decontenance par ma connaissance aigue des tarifs, mais persiste. Je ressors le billet de 20 000 dongs, lui agite sous le nez en souriant et en repetant encore et encore: "Do you want it? No? Ok, I keep it!" Le tintement de mon bracelet (merci Adelinou!) accompagne gracieusement ce manege un peu lassant. Mais autour de nous, les gens du bus commencent a sourire et a se moquer du type borne. C'est alors qu'une petite voix surgit des trefonds du bus. C'est la dame au bebe qui me demande en anglais ou je vais et combien je veux payer. Je lui reponds et elle me dit gentiment que c'est le bon prix. Elle apostrophe le sale type en vietnamien et lui ordonne de cesser son harcelement. Et enfin, apres 45mn de trajet, il la ferme!

Cette intervention nous fait vraiment chaud au coeur, car d'habitude, les locaux observent le touriste se debattre sans jamais intervenir. La gentillesse de cette dame compense immediatement l'agacement ressenti face au controleur malhonnete. Nous sommes d'une humeur eclatante.

Nous avons fait le voyage avec une moto et un velo d'enfant dans le bus, puis a un arret, nous avons recupere les cartons d'un demenagement et meme du foin! Le controleur essaie de nous faire descendre des km avant la gare, mais heureusement, Charly suit notre trajet dans la ville de Danang, grace a la carte de notre guide. Nous sautons juste au bon endroit!

Train magique
Le temps d'avaler de la cuisine de rue savoureuse, et le train vert s'ebranle. Commence alors un des trajets les plus merveilleux depuis le debut de voyage. La ville de Danang disparait rapidement de l'horizon, et le train se met a longer la cote, entre la mer et les montagnes. Les vietnamiens de notre wagon semblent assez peu touches par le paysage et se mettent implacablement, un a un, a fermer les rideaux.

Je me precipite alors entre deux wagons et, sur la pointe des pieds, la tete penchee a travers une etroite fenetre, je peux savourer le spectacle qui s'offre a moi: d'un cote, la mer se brise avec fracas sur des rochers, puis vient doucement lecher de petites plages de sable immacule, desertes ; de l'autre cote, des montagnes couvertes de forets d'un vert profond s'elevent a pic et disparaissent dans les nuages. Les montagnes au sein desquelles se trouve le fameux col des nuages sont en effet celebres : elles marquent la limite entre Vietnam du Nord et Vietnam du Sud car tres souvent, du cote Sud il fait beau, et du cote Nord il pleut!

La mer scintille sous les rayons du soleil, mais les nuages y dessinent aussi de grandes ombres bleu roi. Ce contraste se retrouve dans les nuances de vert des flancs des montangnes, de plus en plus abrupts et rocheux. Les nuages blancs et gris s'ammoncelent sur les sommets. Des torrents devalent les pentes et passent sous la voie ferree; des hommes emitoufles agitent des drapeaux jaune et rouge au passage du train. Soudain, la pluie se met a balayer mon visage, me ramenant a la realite et a la douleur qui commence a emaner de mon cou.

Une eclaircie suit de peu l'averse, et j'amene Charly a la precieuse petite fenetre. Nous gardons tous les deux un souvenir emmerveille de cette premiere 1h30 de trajet. La deuxieme moitie rejoint la route, il n'y a plus de montagnes mais juste la mer, nous regagnons nos sieges.

La chance continue...

A notre arrivee a la gare de Hue, nous essayons d'appeler une guesthouse que les deux fameux Israeliens nous avaient recommandee a Hoi An. Mais nous realisons vite que tous les numeros de telephone que nous composons ne marchent pas. Nous avisons une vietnamienne a cote de nous, elle prend notre telephone, ecoute l'operatrice disant que le numero n'est pas attribue, nous demande la carte de la guesthouse et recompose le numero, avec un 3 entre l'indicatif regional et le numero. Elle nous sauve, car comment aurions-nous pu deviner?

A peine cette dame aimable a-t-elle disparue, qu'une seconde surgit: elle propose a Charly qui peine a acheter notre prochain billet de train de le faire a sa place. Pourquoi Charly est-il en difficulte? A cause de la barriere de la langue? Non, a cause de cette habitude toute vietnamienne (et chinoise) de ne pas faire la queue, mais plutot de s'agglutiner devant le guichet, de pousser tout le monde, de tendre des billets a la guichetiere par-dessus l'epaule de la personne pourtant devant, etc. La dame se jette dans la melee (alors qu'elle a deja ses propres billets), joue des coudes avec art, et revient avec les precieux billets. Charly a a peine le temps de la remercier qu'elle disparait, sans rien demander.

Nous appelons la guesthouse qui nous annonce qu'on vient nous chercher gratuitement a la gare en taxi alors que nous reservons la chambre la moins chere! L'accueil est tres chaleureux.

La chance nous submerge!

Nous partons en quete d'un diner quand nous nous rememorons un probleme persistant et douloureux: l'appareil photo ne marche pas, nous n'avons d'ailleurs aucune photo d'Hoi An. Nous tombons sur un premier magasin ou on nous dit de repasser le lendemain. Nous en tentons, a tout hasard, un second. Et la, c'est le miracle! Un jeune homme a l'air hyper-nerveux se saisit de notre appareil, parcourt le menu d'un air expert, se precipite sur son ordinateur, nous annonce qu'il y a un virus sur nos cartes memoires, se met a copier/coller/effacer dans tous les sens et nous rend notre appareil, qui marche parfaitement! Il disparait aussitot dans le fond du magasin, sans rien nous demander, d'autant qu'il ne connait pas un mot d'anglais.

Nous demandons a la patronne combien nous lui devons, elle semble etonnee, et nous demande 5 euros! Alors que nous nous trainions ce probleme depuis le Cambodge, en 20mn et pour une somme derisoire, l'appareil marche enfin! Nous bondissons litteralement de joie!

Nous ne sentons meme pas la pluie qui s'abat sur nous et traversons la Riviere des Parfums, pour s'eloigner du ghetto touristique. Nous arrivons alors dans un petit resto, ou un sourd muet nous fait signe que sa cuisine est "pouce en l'air". Trempes, nous nous precipitons a l'interieur. Un coup d'oeil sur la carte et nous nous apercevons que les prix sont deux fois moins eleves que partout. Et en plus, c'est un vrai delice! Nous roulons nous-memes de la viande finement grillee et des legumes frais dans du papier de riz, le tout agremente d'une savoureuse sauce cacahuetes. Des bananes frites recouvertes de chocolat couronnent le tout. Nous repartons l'estomac plein, les papilles enchantees, et faisons signe au restaurateur que nous reviendrons.

Nous rentrons sous la pluie, abasourdis: quelle journee!

vendredi 6 mars 2009

Trajet Bangkok - Ko Tao : la fatigue monte...

15 fevrier

Comme je vous l'expliquais il y a un instant, nous avions pris le train afin de nous re-po-ser. En effet, impossible d'ecrire, de rediger notre scrapbook, d'etendre ses jambes, de se balader meme, une fois dans un bus. La gare de Bangkok est deja, en soi, une petite merveille. Elle ressemble a toutes les gares europeennes : spacieuse, aeree, avec de grandes vitres opaques qui lui donnent une impression de grande serre ou les voix resonnent et rebondissent. On s'attendrait presque a voir des pigeons parisiens et a entendre le jingle SNCF tant elle ressemble a, disons, St-Lazare par exemple. L'ambiance est carrement decontractee : des etudiants sont assis par terre, des gens se promenent, d'autres passent de banc en banc pour faire des sondages. Un grand ecran diffuse les derniers matchs de boxe Thai : on y voit deux femmes se taper dessus allegrement, avec les coudes, les genoux, les poings - oui la boxe thai est un des sports de combat les plus violents du monde.

Nous attendons le depart de notre train en mangeant de grosses brochettes (ah non pas Aglae, elle est malade), bien contents d'etre la plutot qu'au milieu des touristes. Notre train est particulierement confortable : le train allant ensuite jusqu'en Malaisie, il etait impossible d'obtenir autre chose que des couchettes, et celles-ci, une fois repliees pendant la journee, sont assez larges pour deux - or il n'y a qu'une personne par siege. Nous voila donc installes comme les rois du monde, dans un train bien frais (un peu trop meme, satanee clim, les gens des pays chauds ne savent jamais regler la clim de maniere raisonnable). Le train part, et nous permet encore une fois de decouvrir les aspects les moins reluisants de Bangkok, car il traverse les banlieues les plus pourries de la ville - celles qu'on ne voit qu'en train, comme en France.

A cote de nous, un Anglais de trente ans et un Ecossais de soixante. Mike, l'Anglais, nous adresse tres vite la parole. Il semble interesse par le scrapbook que redige Aglae (collection des tickets, bouts de papiers, extraits des guides de voyage, que nous decoupons et collons pour mettre en image notre voyage). Mike est volubile, passionne, passionnant. Pendant les longues heures de notre trajet, il ne s'arretera quasiment pas de discuter ; avec nous ou avec l'Ecossais. Il n'est pas bavard en l'air : cet homme a voyage dans toute l'Asie, dans tous les sens, de toutes les manieres. C'est un esthete double d'un vrai routard. Nous en oublions presque notre scrapbook, qui est encore plus en retard que notre blog.

Ce que nous n'arrivons pas a oublier, par contre, c'est la lenteur du train. Celui-ci etait parti sous de bons auspices, mais au bout d'une heure de voyage, il renacle, freine, repart en sens inverse, puis dans le bon sens, refreine, reste arrete une heure, repart en sens inverse. Les allers-retours absurdes du bateau pour Ko Samed ne semblaient etre qu'une repetition bon enfant de ce moment - je soupconne le conducteur de l'un d'avoir essaye de conduire l'autre. Avec Mike, nous imaginons que le conducteur aime bien cette portion de rail, et qu'il fait des allers-retours pour mieux admirer le paysage ; ces blagues ne m'empechent pas de m'inquieter, car nous perdons bien une heure a faire ces allers-retours. Finalement nous partons vraiment, mais les arrets sont frequents, et assez longs.
La nuit tombe, les couchettes sont installes pour les autres voyageurs, et nous comprenons que nous allons avoir beaucoup de retard. Oui mais combien ? la possibilite d'avoir plus de deux heures de retard sur un trajet de 6h nous semble absurde. Finalement, je mets la main sur un controleur, qui m'annonce la magnifique nouvelle : nous allons arriver a Chumphon... ... au moins a minuit et demie !!!

Quelle heureuse nouvelle ! Arriver dans une petite ville minable qui n'est rien d'autre qu'un point de transfert jusqu'a Ko Tao, en plein minuit de la nuit, sans hotel reserve, et devoir prendre un bateau le lendemain matin pour l'ile, un bateau qui coutera deux fois plus cher, et qui nous fera arriver en meme temps que tous les autres voyageurs, et devoir courir pour arriver dans les hotels libres avant eux. Quel bonheur !!! aah, reiteration de la maudite malediction qui nous accompagne depuis quelques temps. Nous essayons d'appeler des hotels sur l'ile, pour les reserver. Ceux dont le numero de telephone fonctionne nous disent qu'ils ne prennent pas de reservation. Grrrr! Impossible apres ca de profiter du voyage en train.

Il se fait tard et nous ne pouvons nous endormir, de peur de rater notre station. Nous veillons stupidement pendant que les autres se couchent. Mike parle tres longtemps politique avec l'Ecossais, puis finit par se coucher, la langue tordue par l'effort. Le vieil Ecossais, qui a vraiment une tete de vieil Ecossais, longue barbe blanche incluse, discute un temps avec nous. Il a une vie passionnante, puisqu'il habite maintenant dans un petit village thai, ou il etait venu aider des gens. Le temps passe encore plus lentement maintenant que tout le monde dort. Le scrapbook avance a pas de fourmis, mais il devient de plus en plus fourni, de plus en plus cool, et nous ne regrettons pas une seconde le temps fou que nous passons a le constituer. Finalement, apres presque 10h de voyage, nous arrivons a Chumphon. Il est minuit trente, impossible donc de rejoindre le ferry de minuit, qui part d'ailleurs a plusieurs kilometres de la. Rageant.

Nous chaussons nos gros sacs, et errons dans la ville a la recherche des hotels marques dans le guide. Miracle, nous en trouvons un d'ouvert du premier coup. Miracle, les chambres sont peu cheres, spacieuses et confortables. Miracle, nous trouvons a manger dans une epicerie encore ouverte a 1h du matin (il faut dire que nous n'avions rien prevu a manger dans le train, vu qu'on etait cense arriver pour l'heure du diner). Petits miracles de rien du tout font un bien fou.

Bateau a l'aube
Quelques heures a peine de sommeil plus tard, nous nous eveillons. Il s'agit de prendre le bateau de 7h30, et avant cela de trouver un moyen de se rendre a l'embarcadere. Je sors acheter un petit dejeuner, et tombe sur une agence de voyage / cafe bourre de jeunes touristes comme nous, qui attendent un petit bus pour l'embarcadere. Le petit bus est gratuit si on prend les tickets chez eux : parfait. Je cours chercher Aglae, nous plions nos sacs en extreme urgence, et nous retrouvons sur le bateau quelques minutes plus tard. Celui-ci est plein a craquer, et nous savons que tous ces gens autour de nous chercheront aussi a leur arrivee de quoi se loger. Malheur !

Aglae et moi sommes COMPLETEMENT ensommeilles. La petite, specialement, tient difficilement debout. Nous tentons la grande cabine, pourvue de nombreux sieges confortables. Horreur, la clim y est si glacee qu'il nous faudrait trois pulls et un sac de couchage pour y survivre ! Il a beau faire nuit dehors, il y fait moins froid. De plus, alors que le bateau se met en marche et descend une petite riviere pour rejoindre la mer, je peux observer le splendide lever de soleil. Ombres chinoises des pecheurs qui mettent en marche leurs embarcations, rives du fleuve sur lesquelles les dernieres brumes du matin mettent les voiles... A couper le souffle.

Aglae, elle, s'endort sur mon epaule. Le trajet est plutot long : plus de 3 heures en pleine mer. Il est rythme par les passages incessants des rabatteurs, qui viennent voir tous les passagers, leur distribuent des cartes de l'ile, et leur prennent la tete en leur disant de reserver le plus vite possible des cours de plongee aupres d'eux. Tous les jours, ces types passent leur temps sur ces ferrys, a essayer de convaincre les gens de venir loger ou prendre des cours de plongee chez leurs employeurs.

En effet, Ko Tao est avec Phuket un des principaux centres de plongee de Thailande. C'est meme une des premieres destinations au monde pour la plongee, en tout cas le lieu ou sont passes le plus de brevet de Plongee. Pourquoi ? d'abord parce que les fonds y sont riches et colores, ensuite parce que les prix y defient absolument toute concurrence : Aglae y fera 4 plongees, dont une de "rafraichissement" tres encadree, pour environ 100 euros. En France, pour ce prix-la, vous avec 12 minutes de plongee dans une piscine, sans le materiel. Pour l'instant, Aglae reve de poissons plus qu'elle ne nage avec eux.

Le Soleil tape de plus en plus fort, et nous arrivons bientot en vue de la grande ile de Ko Tao (environ 4 fois plus grosse que Ko Samet). Ko Tao est beaucoup plus developpe que l'ile ou nous etions quelques jours auparavant : le village-port ou nous arrivons est quasiment une petite ville, avec une dizaine de rues, des boutiques, des hotels et des restaurants partout. Il faut bien ca, car le millier d'ecoles de plongee qui garnit l'ile est la plupart du temps gere par un personnel non-thai : les moniteurs viennent de tous les pays, et il est important qu'ils maitrisent un anglais comprehensible par les touristes, parce que l'anglais des Thais... bon disons qu'il est aussi bizarre que le thai des Anglais ! Il faut donc bien loger tous ces expats.

L'arrivee dans le port est deja magique. Les fonds sont d'une clarte telle que nous avons l'impression que notre bateau va se fracasser sur les gros coraux. Le Soleil devient vite carrement etouffant : il fait encore plus chaud ici que dans le reste de la Thailande, voyage vers le Sud oblige. Nous prenons un taxi-jeep a ciel ouvert jusqu'a des plages eloignees du port, de l'autre cote de l'ile. Il fait tellement chaud, et il est tellement dur de trouver un truc avec de la place, et ou les prix n'ont pas triple a cause de la haute saison, que je depose Aglae avec les bagages, pendant que je fais un tour. Je finis par denicher un petit hotel classique, au bord d'une sublime plage (ou on ne peut pas se baigner par contre : l'eau est immonde d'algues et de rochers coupants). Nous sommes un peu decus de ne pas avoir de bungalow perdu au bord d'une plage vide, comme nous en avions reve dans nos delires fantasmatiques. Mais au moins nous sommes loges, et nous chercherons quelque chose pour les jours suivants !

Retour a Bangkok - siestes, Marc Levy et passeports perdus

14 fevrier

Quand ca va pas pour un, ca va pour personne, ce sera un peu la morale de la journee, qui ne ressemblait pas a la plus calme des Saint-Valentin.

Nous nous levons avec une espece de vague a l'ame a l'idee de quitter cette touchante ile de reve qu'est Ko Samed. Vague a l'ame bien entendu renforce par le fait qu'il est tot et que nous sommes fatigues. Nous rembarquons sur un bateau pour Ban Phe qui cette fois, miracle, partira immediatement, et n'arrivons decidement pas a nous reveiller. C'est la qu'on mesure aussi la lassitude qui etait la notre au Cambodge, puis encore un peu en Thailande. Lassitude qui se remarquait beaucoup plus chez Aglae, vu qu'elle etait toujours un peu malade. De maniere generale nous avions perdu le gout de voyager, de repartir, et l'idee d'avoir a enchainer avec le Vietnam deux semaines plus tard, pays decrit avec tant de degout par les voyageurs croises, n'etait pas pour nous plaire. Mais nous savions que nous allions pouvoir continuer a nous reposer avant cela.

A Ban Phe, ce fut encore le bordel pour prendre un bus : impossible de trouver autre chose que des agences de voyages louches, ou le ticket de bus coutait 4 fois le prix de l'aller. Nous rassemblons une petite foule heteroclite de voyageurs (un couple d'Americains et deux jeunes Suedoises) que nous guidons jusqu'a la gare routiere, ou les bus sont bien evidemment mega-cheap et ultra-confortables : sieges inclinables, eau minerale pour tout le monde, etc. Par contre, notre chauffeur de bus sera l'homme le plus mou du monde, avancant a la vitesse d'un escargot au galop, et le trajet prendra presque deux fois plus de temps que prevu.

Charles, ton prophete, ton guide

Nous finissons par arriver a Bangkok au sein d'un embouteillage cataclysmique, et c'est avec un soupir de soulagement que nous sautons hors du bus. Il me faudra auparavant expliquer a toute la cohorte de routards, pour qui je suis devenu l'equivalent d'une star, ou au moins d'un Lonely Planet vivant, comment rejoindre la gare d'ici, sans prendre de taxi qui, embouteillage aidant, leur viderait le porte-monnaie. Au bout d'un long moment, ils comprennent que le truc en beton au-dessus de la rue, c'est un metro aerien, et qu'en le prenant ils pourront rejoindre facilement la gare. Ils me disent a peine merci, probablement trop timides.

Avec Adeline et Aglae, nous revenons dans "notre quartier", et retrouvons les chats de l'appartement de Benjamin. Ceux-ci miaulent a qui mieux mieux leur plaisir de nous revoir. Dernier dejeuner dans le premier restaurant de rue que nous avions fait avec Adeline quelques huits jours auparavant, et nous lui disons au-revoir-a-bientot. Elle s'eloigne en direction du metro aerien, pour rejoindre l'aeroport et son avion vers Singapour, ou nous la rejoindrons dans une semaine.

Catastrophe !

Nous rentrons a la maison. Epuisee, malade, Aglae s'ecroule sur le lit, ou elle passera une bonne partie de l'apres-midi a dormir et a lire un roman de Marc Levy en cachette - la honte. Nous prenons plaisir a ne rien foutre, chose qui ne nous est pas arrivee depuis longtemps, et je tente tant bien que mal de rattraper le retard du blog. Comme vous voyez, ce ne fut d'ailleurs pas tres concluant, vu que la probabilite que le blog ait bientot un mois de retard est de plus en plus grande !

Au bout de quelques heures, coup de telephone. Contre toute attente, c'est Adeline, a qui j'avais a tout hasard donne notre numero de portable thai avant qu'elle s'en aille. Elle est effondree, et on comprend pourquoi : impossible de remettre la main sur son passeport, qu'elle avait sur elle le matin meme. Celui-ci, bien en securite dans une banane qu'elle portait sur elle, a tout simplement disparu. Un vol ? Impossible, vu qu'il etait en contact avec de l'argent qui, lui, est toujours la. Une perte ? Oui mais ou ? Quand ? Comment ? Adeline n'ouvrait jamais sa pochette !

Mystere integral, d'autant que les services d'objets trouves, que ce soit ceux du Skytrain ou de l'aeroport de Bangkok, ne trouveront jamais rien. C'est d'autant plus la catastrophe qu'Adeline devait a tout prix rentrer a Singapour pour retrouver son pere, qui etait de passage pour quelques jours, et pour suivre ses cours a l'Essec. Elle revient a l'appartement, en profonde crise morale. Nous tentons ce que nous pouvons pour la rassurer, chose d'autant plus difficile qu'il est delicat de trouver les mots, que nous ne sommes nous-memes pas tres bien.

Je pars chercher des nouilles instantanees et des bonbons, de quoi faire un petit repas tranquille a la maison, car aucune des deux filles n'a le courage de sortir dehors.

Le lendemain, c'est un nouvel au-revoir : les chats restent dans l'appartement, Adeline reste a Bangkok pour faire faire un passeport d'urgence a l'ambassade de France, et nous partons vers Ko Tao, seconde ile paradisiaque prevue dans notre voyage en Thailande, ile qui se situe a plusieurs centaines de kilometres au Sud de Bangkok, sur la longue bande de terre qui relie le continent asiatique a la Malaisie, et que la Thailande partage en partie avec la Birmanie. Adeline a repris des forces mais ne reste pas en grande forme.

Nous foncons a la gare ferroviaire de Bangkok, car nous avons decide d'arreter un peu avec les bus. Certes le trajet en train vers Chumphon, port en face de Ko Tao, est plus long que le trajet en bus, mais nous avons toute la journee : notre but est en effet d'attraper un ferry de nuit qui part a minuit de Chumphon vers notre destination. Or ce train est cense arriver a 21h45, nous avons donc tout le temps... Enfin c'est ce que nous croyions.

mardi 3 février 2009

Trajet pour les 4000 Iles : 50 bleus aux fesses

26 janvier

lendemain de notre épique trajet en Harley Davidson (ou presque), nous nous mettons en route pour Si Phan Done, les 4000 Iles : il ne s'agit pas d'aller se faire dorer la pilule à la mer, assez absente du territoire laotien (mais prenez une carte bon Dieu !), mais d'aller visiter (certains diront "glander") une région, près de la frontière cambodgienne, où le Mékong est d'une largeur insensée (14 km en saison pluvieuse), et révèle, .lors de la saison sèche (c'est la notre) une foultitude d'iles et d'ilots, parfois constitués d'un seul arbre !


On peut loger sans problème sur les iles permanentes, où des petits villages très calmes sont rapidement en train de se constituer en complexes touristiques de choix.


Tout ça fait évidemment très envie, sauf qu'il faut déjà rejoindre une des iles, ce qui nous a pris entre 5 et 6 heures. Pourquoi tout ce temps, pour un trajet de 100 km environ ?


A part les minibus touristiques bondés d'Anglais en mini-jupes, il n'existe aucun service de bus entre Pakse et Si Phan Done : la seule chose qui part de la gare routière étant des sawngthaew (je ne connais pas la prononciation exacte), c'est-à-dire d'immenses tuktuk/pick-up, dans lequel viennent s'entasser un flot de Laotiens : enfants, vieillards, adultes, mais aussi sacs de piments, de pommes de terre, paniers multicolores, bagages sur le toit. Le tout donne l'impression d'un monstre du Jurassique très bruyant, dans lequel viendraient s'engouffrer une multitude d'asticots (nous). L'ambiance est décoiffante mais très sympathique, surtout lorsque, à chaque arret, on voit des hordes de femmes, les bras chargés de brochettes, courir après notre engin ralentissant, en hurlant "10 000 kiiiiiiiiiiiips!"


Un Américain, un Canadien, une Espagnole et deux Francais

Le pays étant silloné par les touristes, nous ne sommes pas les seuls Blancs dans le bidule : en face de nous (il y a trois bancs, donc tout le monde se fait face, dans une promiscuité que la chaleur ne rend pas des moins pénibles), nous faisons la rencontre de Sylvia et Josh, absolument charmants, qui nous accompagnerons pendant 2 jours.


Josh est un Américain délirant sans cesser d'etre gentil, qui fait un tour du monde en solitaire pendant 8 mois. Après l'Amérique du Sud, il fait le tour de l'Asie avant d'investir l'Inde et l'Europe. Il est né a Las Vegas et a grandi et a tenu un hotel casino a Reno (ça pose un personnage). Il est bourré d'anecdotes et de blagues, et semble avoir fait voeu de tester toutes les drogues de tous les pays qu'il traverse.

[CMA: non ça n'est pas notre but, maman ! oui la drogue c'est MAL]


Sylvia est peut-etre encore plus adorable : elle vient de finir sa formation de guide a Barcelone, parle couramment l'espagnol, l'anglais sans trop d'accent, le français sans AUCUN accent, le catalan, et apprend le Chinois depuis 9 ans. Tout comme nombre de gens que nous croisons au Laos, elle fait des études en Chine, et profite des longues vacances du Nouvel An Chinois pour visiter l'Asie du Sud-Est.


Très rapidement nous rejoint aussi Joe, aussi appelé Angry Joe, jeune Canadien anglophone des plus raleurs, professeur d'électronique au Vietnam : il se plaint qu'il n'y a pas de bus, que pour venir depuis Saigon c'etait long, qu'il fait chaud, que le trajet est long : bref, pendant les 24 heures que nous passerons ensemble, il se plaindra en continu. Un personnage agréable, donc, qui se révèlera pourtant assez sympathique à la longue.


Nous alternons sans arret entre l'anglais, le francais, l'espagnol (Josh parle couramment espagnol, pas nous), et je tente de leur apprendre les bases de mes bases en lao : tout ca donne le vertige, un vertige des plus agréables - et des plus droles, lorsque par inadvertance nous parlons francais à l'Americain ou au Canadien.


Le trajet est particulièrement vivant, drole, mais aussi long et pénible, notamment parce que nous crevons deux fois, et qu'il faut descendre sous une chaleur cruelle, le temps que l'équipe du bus change le pneu (tout le monde a l'air de trouver ça normal). Lorsque nous attendons, des femmes agitent des brochettes de foies de volaille en continu sous notre nez - je manque défaillir.

Surtout, les bancs en bois nous font de curieux effets : nous sentons nos fesses s'applatir à la vitesse de la lumière, et il faut essayer de se lever à moitié pour qu'elles reprennent leurs rondeurs habituelles, avant de se rasseoir avec douleur. Quant aux Laotiens, ils dorment tous, malgré les nombreuses conversations multilingues que nous entretenons avec Josh, Sylvia et Angry Joe.

Finalement, nous arrivons devant le Mékong. On décharge les salades et les piments, et nous voilà partis pour une des 4000 iles !!!