mercredi 18 mars 2009
Hoi An second jour - Brassens au Vietnam
Nous nous reveillons bien disposes a mieux profiter de Hoi An, et a passer l'eponge sur ses cotes les plus touristico-irritants.
La visite de Hoi An est particulierement bien organisee : plutot que de donner un acces a tous les batiments anciens, ou bien de faire payer l'entree de chaque, le ticket d'entree permet de faire son choix parmi : une des trois maisons chinoises, un des quatre musees, un des trois temples, etc. La visite d'une vieille maison coloniale chinoise, avec un guide parlant francais siouplait, est assez delicieuse (passons sur le comique arret dans la boutique a l'arriere de la maison). La decoration a l'interieur est un savant melange d'art chinois, vietnamien et japonais. Le petit pont japonais, symbole de la ville, et les belles facades font de Hoi An un lieu vraiment charmant.
Nous passons aussi pas mal de temps a flaner dans ces rues sympathiques et a boire de la biere pression (oups faute de frappe, je voulais dire "manger des fiers poissons") en contemplant la riviere. Sympathique !
Au passage, je renvoie les amateurs au tres drole et tres bien ecrit message d'Etienne sur sa visite de Hoi An, il y a quelques annees.
Glisser dans la piscine
Le soir, nous avons le plaisir de rentrer dans notre nouvel hotel. Apres avoir choisi au hasard un bouge ou l'humidite trainait en volutes, nous decidons pour notre seconde nuit de demenager dans un hotel. Ce sont deux Israeliens, voisins de table le temps d'un dejeuner, qui nous l'ont conseille. Il s'agit de la meilleure affaire du monde : un hotel tres propre, aux chambres tres mignonnes, tout confort, avec internet gratuit et une piscine interieure.... pour 10 dollars. Non il ne manque pas un zero, c'est juste que les standards de l'hotellerie viet sont incroyablement hauts. Tourisme gigantesque oblige.
Vous avez dit touriste ?
Oui, le Vietnam, tourisme gigantesque. Nous n'avions pas mesure a quel point ce pays pouvait etre visite. J'etais persuade que la Thailande etait plus un nid a touristes que le Vietnam, mais au vu du nombre de voyageurs, j'avais tort. A Saigon, 5 rues entieres transformees en quartier occidental, car elles ne contiennent que des guesthouses et des bars. A Hanoi, des guesthouses partout. A Hoi An, dans la baie d'Along, a Hue, des centaines de groupes, des visites organisees, des bus en veux-tu en voila.
Pourquoi donc tant de monde ? Si le Vietnam est moins connue pour ses plages que la Thailande (a tort, parait-il), ce pays attire, par son histoire, un paquet de retraites : combien d'Americains, veterans ou fils de vets, combien de Francais, encore fascines par le parfum de l'Indochine, a-t-on croise, navigant par groupes dans les rues de Hoi An ? Impossible de savoir precisement.
J'avais dit que les bouibouis s'etaient adaptes a la presence des etrangers, par un systeme de doubles prix ; mais tous les dix metres on croise une agence de voyage, qui peut vous amener partout au Vietnam en bus, partout dans la region en tour organise, vous reserve des billets d'avion, de train, des taxis, des motos. Une concurrence incommensurable qui donne souvent le tournis.
Nous passons donc une heure a nous baigner dans la piscine de cet hotel pour voyageurs a petits budgets : sentiment etrange et delectable, l'impression d'etre un peu de trop !
Avalanche de nourriture et George B.
A cause notamment de nos maladies respectives, nous sommes un peu passes a cote de la grande cuisine du Cambodge et de la Thailande : nous nous sommes concentres sur des plats simples, de la cuisine de rue ou des restaurants de nourriture occidentale. Pas le temps, pas l'envie ou pas la motivation : en tout cas on le regrette deja un peu.
Nous avons donc pris la decision, a Hoi An, de ne pas nous laisser abattre : pas question, dans ce pays ou jusqu'ici l'on mange si bien, de ne pas reiterer les experiences indiennes (restaurant gastronomique de Noel) et nepalaises (restaurant du pere de l'amie de Razz). Nous decidons donc de nous orienter vers un etablissement de specialites locales de Hoi An, cense procurer des plats incroyables. Nous avons d'abord un peu de mal a croire que le Cafe des Amis conseille par notre guide est un restaurant de nourriture viet. Mais le patron est un vrai vietnamien, et nous enjoint a entrer, dans un francais quasi-parfait. Un menu ? ah non pas de menu, le menu est fixe, et on ne peut pas savoir a l'avance ce qu'on mangera !
Je suis un peu angoisse pour Aglae, qui a parfois des gouts culinaires... precis, mais elle prend son courage a deux mains, et dit "Entrons". La gigantesque photo de Georges Brassens, a l'entree, lui a peut-etre permis de sauter le pas. Qui sait.
Le patron du restaurant est tout simplement fou de la France, d'autant que vu son age, il a du vivre Indochinois avant d'etre Vietnamien. Nous entendrons donc pendant notre repas un CD entier de Brassens, puis un best-of de Brel. Voir des serveurs vietnamiens passer en chantant a tue-tete "le port d'Amsterdam" par-dessus la chanson, avec l'accent vietnamien, est une experience tout a fait memorable.
(bien entendu, le restaurant est rempli a ras-bord de fap, ie de Francais, aussi charmes que nous)
Charmes ? En effet, l'avalanche de nourriture (6 plats) qui se deverse sur notre table est bouleversante. Insolents raviolis de crevette parfumes, fins nems, poissons en sauce au sourire desarmant, nouilles ravissantes, soupes de poissons tumultueuses, seduisantes cremes caramel (specialite du Vietnam, sans rire), mysterieuses fritures et calamar rigolard. Aglae ne regrette pas son saut dans le vide ! D'autant que le patron la ressert en creme caramel, vraissemblablement au courant que ladite demoiselle se regale du sucre. Je reste vigilant face a cette tentative vicieuse pour charmer Aglae.
Nous rentrons a la maison plies en deux, tant nos ventres sont pleins et crient a la reddition. Le Vietnam nous ravit les yeux, et la langue.
dimanche 8 mars 2009
Depart de Thailande - 48 heures de transpi sans douche
Toutes les bonnes choses ont une fin. Se delasser avec des poissons sur une ile paradisiaque aux roches rondes sortant de l'eau tels des oiseaux de paradis peut parait-il devenir lassant : nous serions bien restes jusqu'a etre lasses.
En attendant, nous avions un avion a prendre le 20 fevrier, croute que croute, afin d'atteindre Singapour. Singapour, sa promesse d'un appartement confortable (la colocation d'Adeline), muni d'une machine a laver... Le reve, si proche et si lointain.
Nous montons le soir dans notre ferry de nuit, sous une pluie battante. Il est en direction de Surat Thani, ville plus proche de Phuket, d'ou part notre avion. Le ferry comporte trois etages : au sous-sol sont entreposes les bagages ; au premier etage, il y a une hauteur sous plafond de 1 metre 40, des matelas plutot confortables mais pas tres larges, des petits ventilateurs partout, bref un relatif confort ; entre les bagages et le premier etage, il y a une espece de mi-etage ou, sur des nattes de paille, sont entasses comme de la volaille un grand nombre de passagers : il y fait une temperature du fin fond des enfers, il y a moins d'un metre de hauteur, ce qui fait que tout le monde doit y ramper comme des chiens ; certains n'ont meme pas de vraie place numerotee et doivent rester assis, d'autres ont un pilier devant eux et ne peuvent pas s'allonger completement.
Nous avons achete notre place directement dans le bateau, une heure avant le depart, pour environ 10 euros chacun : nous sommes en haut avec les Thais, les meilleures places donc. Ceux qui sont en bas sont passes par une agence de voyage, et ont paye la plupart du temps 15 euros, ou plus, pour des places si pourries que les agences ont du les acheter 5 ou 6 euros aupres du bateau. Escrocs un jour, escrocs toujours.
Nous suspectons les conducteurs de tuk-tuk et les agents de voyage de chaque pays d'Asie d'appartenir a une federation internationale, qui se reunit regulierement et reflechit aux nouveaux moyens d'arnaquer et de pourrir et la vie des touristes, et l'image de leurs pays respectifs.
Le pauvre Josh est en bas, et nous le verrons peu du voyage. En effet il s'endort a peine le bateau parti. Entre le bruit et les gens qui vous marchent sur les pieds en allant aux toilettes, la nuit n'est pas des plus sereines, mais il faut s'y faire! Nous finissons par nous endormir, mais nous sommes reveilles assez tot, car le bateau a la bonne idee d'arriver en avance.
Il est 5h00 du matin et nous avons l'impression d'evoluer dans une melasse particulierement epaisse. L'habituel ballet des conducteurs de taxis et de gros tuk-tuk collectifs recommence, avec forces supplications de la part des chauffeurs: "montez dans mon taxi, par pitie". Nous petit-dejeunons sur ce quai desert d'une ville deserte : l'impression est douce et surreelle, au point que les Thais qui nous croisent pendant leur jogging quotidien bloquent un peu.
En marchant jusqu'a la gare routiere de Surat Thani, nous croisons une bonne trentaine de vieillards qui font leur gym tonic sur le quai, guides par une pretresse autoritaire. J'avais deja beaucoup vu dans les films asiatiques ces grands rassemblements de gymnastique urbaine, mais nous nous levions toujours trop tard pour en etre les temoins. C'est impressionnant !
Vous avez dit agence de voyage ?
Nous arrivons a la gare routiere, mais elle parait si endormie que nous commettons une grossiere erreur : nous achetons un ticket a la premiere femme qui nous propose un mini-bus. Les prix sont les vrais, donc nous ne nous mefions pas. Nous devons deja patienter une heure avant l'heure supposee d'arrivee du bus. Au bout d'une bonne heure, toujours rien. Je demande ou est le bus, avec de plus en plus d'insistance. On finit par nous faire traverser la gare. De l'autre cote du marche qui en constitue le coeur, une trentaine de bus dement l'endormissement de l'endroit ou nous nous trouvions. On nous jette dans un mini-bus, ou nous trouvons nos futurs compagnons de galere : un jeune Francais rigolard et pas stresse (pour une fois), une jeune Espagnole aux traits tires et un Anglais d'un certain age.
Une fois dans le mini-bus, notre mauvais pressentiment se confirme : le Francais nous explique qu'ils viennent de Bangkok, et qu'ils ont ete trimballes de bus en bus toute la nuit, devant en changer sans arret, avec de la nourriture soit-disant deja payee qui n'etait plus gratuite, des mini-bus inconfortables etc. En tout ils mettrons 17 heures a atteindre Phuket, alors qu'un bus local met 11h. Ils sont a bouts de nerfs, surtout l'Espagnole, d'autant plus qu'ils ont allonge une grande quantite d'argent. Escrocs un jour, escrocs toujours.
Escrocs toujours, adage qui se verifie instantanement. Apres avoir passe 10 minutes a caler tous les bagages dans le van, le chauffeur nous fait faire 300 metres, puis nous arrete devant une autre agence de voyage : tout le monde doit descendre, nous allons attendre un autre van. Les autres passagers sont effondres, nous assez enerves. La gare routiere est encore tres proche, avec ses bus geres de maniere convenable, mais nous doutons de la possibilite de nous faire rembourser notre ticket aupres de la grosse matrone qui nous l'a vendu. Et surtout, on serait bien emmerdes si, en allant nous plaindre a la gare routiere, notre van passait et partait sans nous!
Perdre la face ?
Un peu echauffes, mais decides a rester calmes, nous demandons aux employes de l'agence, ou attendent l'air morne une dizaine de touristes arnaques, certains depuis quelques heures deja, nous demandons donc aux employes, quand va vraiment partir notre bus. Quasiment tous font mine qu'ils ne savent pas parler anglais (mon c...), finalement un grand epais semble bredouiller de l'anglais. Aglae lui montre notre ticket fermement : "When is our bus ? on our ticket it's written 7h30 ! you have to tell me !". Le type dit qu'il ne sait pas, tres stresse. Aglae insiste calmement mais toujours aussi fermement.
La, le type reagit de maniere completement hysterique. Alors que personne ne parlait vraiment fort, il se met a pousser des glapissements, qui tres vite se transforment en hurlements. Il tonne "I don't know, me no boss, me employee, no driver, I don't know, no driver !". Je vous livre pele-mele un discours qui fut en realite fort entrecoupe d'interjections thais et de gloubiglouba vaguement anglais. Au debut nous tentons de lui parler et d'obtenir nos reponses, mais tres rapidement il apparait que le type ne joue peut-etre pas, et qu'il est reellement hysterique.
Nous tentons de le calmer. A quelques metres, le Francais rigolard le regarde en souriant : "peace, man!". Et la, nous trouvons la solution ultime, celle qui fait ouvrir toutes les portes dans un pays ou perdre la face est l'horreur absolue : nous nous foutons de sa gueule ! Grand sourire de ma part, bientot suivi par Aglae, nous le regardons en riant a moitie et en parlant francais : "eh calme toi, mec, t'es tout rouge, la, tu vas faire une crise cardiaque". La ou un Francais se serait encore plus enerve, notre type se calme d'un coup, et va se terrer au fond du magasin, humilie.
Dix minutes apres, et alors que je m'appretais a repartir vers la gare routiere et tenter le remboursement du billet, le fou hysterique, celui-la meme qui nous avait repete "I am no driver" nous annonce qu'il est conducteur de van, et que c'est lui qui nous amenera a Phuket. Il est absolument calme, souriant, rigolard; on ne percoit meme pas l'ombre du type qui bondissait en vociferant dans son agence de voyage. Nous sommes une dizaine a monter dans le van, qui nous attendait (depuis combien de temps ?) juste derriere la maison : le Francais, l'Espagnole, le vieil homme, et 6 tres jeunes Anglais, probablement de 18-19 ans, d'une gentillesse etonnante.
(petit detour par la case linguistique : j'ai beau parler un plutot bon anglais, et surtout plutot bien le comprendre, j'avoue que capter ce que peuvent raconter de jeunes Anglais de province est une tache bien au-dessus de mes capacites : s'ils comprennent ce que l'on dit, leur patois semble etre une autre langue, a part)
Derniere etape thai
Le trajet avec Dr. Jekyll est plutot rapide. Il conduit vite mais bien, et nos craintes qu'il se comporte en voiture comme dans la vie sont vite effacees. Au bout de 4 heures nous arrivons a Phuket, qui est une plutot grande ile : plus de 50 km de diametre, et nous ne verrons jamais un bout de plage. Enfin, quand je dis "nous arrivons a Phuket"... Notre destination etait Phuket Town, ou nous avions prevu de passer quelques heures a manger et a ecrire notre blog, avant de repartir vers l'aeroport. Au bord de ce qui ressemble a une autoroute tendance peripherique, notre type se gare devant une agence de voyage, et nous annonce fierement : "ok, you are in Phuket Town". Malaise. "euh no, we are not ! Go to the bus station, it's inside the city". Trois jolies jeunes femmes toutes appretees sortent de l'agence avec des "please", des "good morning" et des "can I Help you?" plein la bouche.
Bien decides a etre les-Francais-raleurs, nous declenchons un mini-scandale. Les hotesses sont plutot cooperatives, pas le chauffeur, qui est reparti pour une demi-crise d'hysterie. Bien entendu, nous pouvons prendre un taxi pour rejoindre le centre-ville ! nous disent-ils. Nous sommes aides dans notre scandale par le vieil anglais, qui a choisi une strategie pernicieuse, et qui fonctionnera a merveille : pendant les 4 heures du voyage il a discute, bavarde, fait copain-copain avec le conducteur du mini-van, qui se plaint en permanence que les touristes sont insupportables (etonnant qu'ils ralent quand on tente tous les jours de les arnaquer). Pris entre notre colere froide et la gentillesse amadouante du vieil homme, le chauffeur craque, et nous amene a la station de bus. Nouvelle victoire, d'autant plus importante qu'a peine le van redemarre, nous apercevons un panneau indicateur : "Phuket Town, 5km" !
Les jeunes Anglais, pas tres debrouillards, nous remercient et s'en vont. Le chauffeur, apres avoir rale tout seul pendant 15 minutes, repart tout content : il a negocie des dollars supplementaires pour amener les 3 passagers restants jusqu'a une autre plage.
Pou-couette, internette
Phuket Town est une petite ville tres developpee, avec beaucoup de commerces tenus par des Chinois, descendants des colons commercants venus de Chine au XVIIIe siecle, mais ne presente pas un interet fou. L'essentiel sera de se tenir loin du soleil d'une violence rare, d'envoyer 27 cartes postales, de manger et d'ecrire sur notre blog.
A ce titre, les cyber-cafes en Asie comme celui ou nous sommes alles a Phuket, en tout cas ceux ou se retrouvent les locaux, sont generalement baignes dans une ambiance delirante. S'y retrouvent des dizaines d'adolescents coleriques, autour de jeux en reseau. Et qu'on se trouve au Laos, au Cambodge, en Thailande ou au Vietnam, ce sont partout les memes hurlements dechaines, les memes cris de joie ou de fureur, les memes roulades par terre. Hier encore, a Hanoi, un jeune garcon dement tentait de reparer sa souris deficiente en la frappant de toutes ses forces sur la table, produisant des craquements terrifiants : la gerante du cyber, casque sur les oreilles, jouait aussi a des jeux en reseau et n'a pas le moins du monde reagi a ces destructions de materiel. En tout cas impossible d'y trouver beaucoup de paix, sans parler des garcons curieux qui viennent lire nos mails par-dessus notre epaule (ils n'y comprennent bien sur rien, mais ca les passionne).
Retour a la civilisation
Apres un bus interminable, nous rejoignons l'aeroport de Phuket, et nous envolons vers Singapour. Changement d'ambiance : le metro etant ferme, nous prenons un taxi. Nous nous attendons a etre arnaques, depouilles, nous anticipons les detours infames, les surtaxes inattendues, les compteurs trafiques. Tu parles ! La course ne coute quasiment rien et surtout le chauffeur s'improvise guide de Singapour : tout le long du chemin il nous detaille le fonctionnement de l'immobilier dans l'ile ("les Singapouriens ont droit a des HLM dans cette partie de la ville"), et les trucs et astuces culinaires ("si vous voulez manger pas cher c'est la, par contre ici c'est plus cher mais meilleur"). Il s'excusera meme de la brievete de la course: il aurait aime nous donner plus d'informations sur sa ville!
Plus fou encore : cette gentillesse etait purement gratuite : il nous depose devant chez Adeline mais n'attend rien, ne nous poursuit pas pour que nous fassions appel a lui le lendemain... et nous dit meme de prendre le metro, pas cher et tres propre! Fou.
Nous faisons nos retrouvailles avec Adeline. Elle habite dans un condominium grand luxe, piscine a l'appui, un peu comme Benjamin et Marie a Bangkok. Nous nous jetons dans ses bras et dans la douche : cela fait bien 36 heures que nous ne nous sommes pas douches, alors que nous nous sommes baignes dans la mer entretemps. La douche, un peu chaude, est un delice de luxe. Mieux, nous serrons dans nos bras la machine a laver : cela fait deux jours qu'on survit avec les derniers slips propres retrouves au fond du sac - quand aux T-shirts, ils ont durci tellement ils sont crados.
Autant vous dire qu'on a bien dormi.
Quand les Suisses prennent position
J'avais envie de commencer ce post par :
Les Suisses sont des gros cons.
Ce serait faux : nous avons rencontre des Suisses tres sympas, avant et pendant ce voyage. Pourtant, apres la rencontre dont je vais vous parler, nous ne pouvions plus que penser ca.
L'histoire se deroule a Ko Tao, peu apres notre arrivee sur l'ile. Nous sommes epuises par le voyage, et avons envie de nous rafraichir un peu dans cette eau translucide. Nous contournons notre bout de plage ou l'eau est franchement moche, afin d'atteindre une petite crique sublime : les rochers qui y affleurent forment de delicates fleches qui semblent indiquer la direction de l'eau. Nous installons notre serviette sur le sable grille, et juste au moment ou notre creme solaire a seche et ou nous nous appretons a nous jeter dans l'eau, un jeune homme nous hele. Il va se jeter a l'eau au meme endroit que nous, et nous fait cette reflexion qui, retrospectivement, augure de son franc-parler :
"Hey go in the shadow, you are going to burn !"
Je lui reponds en anglais une blagounette sur la blancheur legendaire de ma peau, et enjoins Aglae a aller dans l'eau avec moi. En nous entendant parler francais, le type nous reparle en francais et, alors que nous nous installons dans l'eau brulante, nous discutons ensemble.
Au depart le jeune homme, dont nous apprenons promptement la Suissitude et le metier de tatoueur, est plutot gentil. Un peu collant, il nous apprend une foule de details et d'anecdotes sur la vie cachee et peu interessante de l'ile, ou il passe plusieurs mois chaque annee : quel chien a quel territoire, a quel endroit ont lieu les meilleures fetes, etc. En toute honnetete, nous le trouvons plutot sympathique. Nous lui parlons de notre periple, et tres rapidement, le gars devient franchement antipathique, depassant avec allegresse les limites de la politesse. Au depart ca reste un point de vue :
- Ah moi j'en vois tous les jours des gens qui vont de pays en pays, la, ils y passent vite, et ils voient rien, ils comprennent rien des gens qui sont la.
Amorphes, nous avons du mal a voir ou il veut en venir, et tentons de lui expliquer que les deux attitudes se valent : rester dans un pays permet de vivre beaucoup plus "avec" les gens, mais pour un premier voyage de decouverte, voir beaucoup de pays permet de saisir l'ambiance d'une region, les disparites et ressemblances culturelles, tout ca. Le Monsieur n'en a rien a faire.
Lorsque nous mentionnons que nous avons un guide de voyage, et qu'il nous sert bien (le Lonely Planet), le Suisse devient franchement lourd :
- Mais jetez moi cette merde, vous allez vous retrouver aux memes endroits que tout le monde !
(il faut imaginer ca dit par un type, sur une des iles les plus visitees de Thailande, lui-meme un des pays les plus visites du monde, qui loge dans un hotel connu et un peu chic, et dont le seul contact avec les indigenes s'averera etre de leur acheter de l'herbe ou du LSD, et parfois d'en consommer avec eux) Vous faites comme tout le monde avec tout le monde, et vous vous imaginez que vous voyagez, vous etes qui ?
Completement ramollis a cause de la fatigue, nous ne reagissons pas trop mais l'irritation commence a poindre. Nous lui expliquons que justement en Inde nous n'etions jamais dans les coins a touristes grace a ces guides, et que sans ca, comment connaitre facilement les horaires de tous les bus, de tous les trains, ou les chopper? etc. Il nie, fait semblant de connaitre l'Inde alors qu'il n'y est jamais alle, enumere des cliches world-cyniques dignes d'un anarchiste de supermarche ("ouais mais tu comprends les gens ils ont tous les memes envies, les memes besoins, tous les hommes ont besoin d'un supermarche"). Nous tentons a nouveau de lui faire comprendre qu'en Inde, non, les gens avaient beau etre pafrois riches, ils avaient un autre mode de vie que les occidentaux. Par ailleurs, nous ne comprenons pas le pourquoi, le comment et l'interet de ces debats stupides. Nous les soutenons calmement, lui s'emporte, et laisse loin derriere lui les limites de l'impolitesse qu'il avait deja bien pietinees. Quand aux limites de la betise, il ne se souvient plus du jour ou il les a depassees :
- Mais vous, la, je vous devine, la, deux jeunes, bien propres sur eux, vous fumez pas, vous prenez jamais d'herbe, hein ? Et puis vous vous bourrez la gueule une fois par semaine pour vous sentir exister, hein ? je suis sur que vous etes cathos, en plus !
Malaise... Ce type que nous ne connaissons ni d'Eve ni d'Adam a non seulement la pretention de tout savoir sur tout le monde des le premier coup d'oeil mais, en croyant deviner chez nous des cliches, et en se trompant lourdement (ah ah catho, j'en rigole encore), il perpetue l'incroyable cliche sur pattes qu'il est lui.
Le pire c'est que nous sommes tellement epuises (a ce stade du recit nous faisons la planche en ronronnant) et tellement surpris de cette outrecuidance, que nous n'avons pas la presence d'esprit de lui repondre une phrase bien de chez nous telle que "ecoute mon petit, va revoir Fight Club dans ton bungalow, et lache nous les basques avec ton arrogance", ou bien encore "bon tu te tais ou je te tais" (j'espere que Benjamin lit ce blog).
Le type ne s'est je crois jamais rendu compte qu'il nous avait vexes et saoules, alors que pourtant nous avons tres rapidement cesse de lui parler apres que je lui ai annonce que j'etais "l'Empire du Mal incarne". En tout cas il ne se rendra jamais compte que venir se shooter au LSD dans des iles pendant un mois ne participe pas de l'echange culturel (lorsque ces touristes repartent, ils laissent derriere eux des accrocs, en general), mais bien du "tourisme de masse" qu'il croyait malignement eviter.
En dessert, je ne resiste pas a vous retranscrire ce splendide morceau de conversation :
AGLAE (a qui le type demandait ce qu'on avait vu en Thailande) : nous sommes alles a Ayutthaya, voir les temples en ruines.
LE SUISSE (attention phrase toute faite) : ah parce que quand tu es en Europe tu visites des eglises ?
CHARLES : Oui, il y en a de belles tu sais.
LE SUISSE : ah... (silence malaise, il n'avait visiblement pas entendu parler de St-Pierre de Rome, de Notre-Dame, faut dire c'est loin de la Suisse)
Bref, cette rencontre a absolument pourri ma journee, et si nous avons mis du temps a comprendre ce qu'il se passait, nous sommes restes enerves un bon paquet de temps. Quant a lui, apres nous avoir gentiment indique ou on pouvait acheter de l'herbe sur l'ile (mais nous ne lui avons rien demande ! et est-ce qu'on a vraiment envie de risquer la prison a vie qu'ils infligent la-bas ?), il a disparu dans la nature, et c'est tant mieux. En partant il a lance : " ce soir y a une teuf on va prendre du crack et du LSD, yeah !!!!".
Un bon gars...
vendredi 6 mars 2009
Ko Tao, enfin le repos!
Arrivee en douceur
Meme si ca n'etait pas ce dont nous revions, nous avions trouve une chambre: ouf! Apres une nuit trop courte et un long trajet, une sieste nous remet d'aplomb. Nous mangeons le meilleur brownnie de la terre, et trouvons une petite plage avec d'enormes rochers poses au milieu de l'eau turquoise. Avancant avec prudence au milieu des coraux coupants, nous barbotons avec delices quand surgit... LE SUISSE! (voir le message de Charly a son sujet).
Je m'endors sur la plage et Charly a toutes les peines du monde a me reveiller. Nous partons nous balader et nous retrouvons sur une colline couverte d'arbres et de fleurs. Au milieu de cette vegetation luxuriante, il y a des bungalows de luxe... hum, pas pour nous! Un peu plus loin, nous trouvons des petits bungalows en bois, accroches a la colline et donnant sur la mer, avec une plage isolee et magnifique a 5mn... pour le meme prix que notre chambre sans vue et sans charme: victoire! Nous avons trouve notre petit morceau de paradis pour reprendre des forces physiques et morales!
Nous recevons alors avec joie un texto de Josh, l'ami americain que nous ne cessons de croiser. Il est aussi a Ko Tao et c'est avec joie que nous le retrouvons pour diner. Nous buvons un verre les pieds dans l'eau et nous parlons poissons et plongee. Il a enormement plonge depuis qu'il est arrive et ses descriptions de poissons me motivent pour me jeter a l'eau!
Nous rentrons a pied dans la douceur du soir. Il y a des milliers d'etoiles et des bruits de jungle.
Charly sur le sable, Aglae sous l'eau
Je n'ai pas plonge depuis 4 ans. J'ai un peu peur d'avoir tout oublie et de me retrouver a stresser au lieu de regarder les poissons. J'opte donc prudemment pour un cours de "rafraichissement". Une fois le detendeur dans la bouche tous les reflexes reviennent et les exercices de securite se font sans problemes: finalement c'est tres simple d'enlever ses bouteilles et les remettre!La plongee, c'est stressant en theorie et a la surface, mais en pratique et sous l'eau, c'est detendant et magique! Je me laisse deja distraire par des poissons multicolores qui traversent notre classe sous-marine...
Apres le cours nous plongeons a nouveau, cette fois sur un recif et uniquement pour voir des poissons. C'est sublime: coraux et anemones multicolores, terribles oursins noirs, invisible mais dangereux poissons-scorpions et -pierres, poissons au noms poetiques: poisson-gachette, -perroquet, a banniere, -ange, -papillon, -clown... Nous denichons meme une raie a points bleus qui vole plutot qu'elle ne nage. Et puis le silence trouble seulement par le bruit de sa propre respiration et l'impression d'etre en apesanteur...
Pendant ce temps la, sur la terre ferme, Charly et Josh jouent aux aventuriers et explorent l'ile. Ils sauteront de rochers en rochers, suivront des sentiers dans la jungle, trouveront une maison abandonnee, passeront au-dessus de trous sur des planches branlantes, se perdront, traverseront des complexes hoteliers de luxe et des criques desertes et finiront par trouver leur chemin. Charly revient emerveille.
Pendant que Josh fait une plongee de nuit, nous dinons sur notre petite plage deserte, quasiment dans le noir car il n'y a qu'une bougie - seuls clients du seul minuscule restaurant.
Birthday and Ba-rra-cu-da!
L'anniversaire de Charly avait ete marque par mes 39 de fievre + toux + radios des poumons. J'ai beaucoup beaucoup plus de chance. Je commence ma journee par 2 plongees, avec une monitrice pour moi toute seule. Elle parle avec un accent british tres tres fort, c'est-a-dire qu'elle avale la moitie des consonnes (Exemple: "A boheule o' waher" pour "A bottle of water"). Je suis donc soulagee quand nous passons a la communication par gestes sous l'eau, c'est bien plus clair! Les plongees sont encore plus belles que celle de la veille, nous sommes parfois entourees de bancs entiers de poissons argentes et j'ai meme la chance de voir un barracuda geant (le mechant poisson du debut du Monde de Nemo)! C'est en effet tres gros avec un air pas commode, il reste immobile a guetter le passage d'un petit poisson imprudent - nous ne nous approchons pas trop.
Charly m'emmene refaire la ballade qu'il a fait la veille avec Josh. Nous n'arrivons pourtant pas retrouver les memes sentiers : se perdre fait partie du charme. C'est sublime, avec une jungle epaisse s'arretant brusquement sur des rochers tombant a pic dans l'eau turquoise, puis soudain une palmeraie immense, puis une petite plage de sable blanc... On marche quelques heures dans ce decor de reve.
Nous retrouvons Josh pour diner autour d'un barbecue de poisson frais. Je choisis evidemment de gouter du barracuda grille. Delicieux!
Perdus dans la jungle !
(paragraphe fortement deconseille au Club des Mamans Affolees)
Le restaurant est loin de notre petit hotel perdu; et sur la carte nous avons remarque une petite route nous evitant de faire les deux cotes du triangle habituel. Charly a meme explore le debut de ce raccourci le matin meme, il rejoignait une route goudronnee. Il fait nuit, mais tant pis, nous decidons de tenter cette petite route goudronnee qui s'eloigne de la route principale. Nous commencons alors a monter, monter, monter en suivant la petite route tortueuse. En 5mn, nous sommes en nage malgre la fraicheur de la nuit. La nuit est assez claire et la route blanche, on voit donc bien.
Apres 30 minutes de montee a pic, la gentille route goudronnee se transforme en mechant chemin plein de nids-de-poules et de pierre et la, vient la question qui tue : mais ou est la lampe de poche ? Elle n'est nulle part, nous l'avons oublie, ce qui ne nous arrive jamais... Mais nous avons trop monte pour avoir le courage redescendre prendre la grande route, et nous continuons a la lueur de notre telephone portable. Charly ne reconnait pas le chemin qu'il avait explore le matin, la boussole lumineuse d'Adeline est impuissante a nous renseigner sur notre position geographique et la batterie du telephone est quasiment vide ! Nous continuons tant bien que mal en essayant de ne pas nous tordre les chevilles. Nous finissons par atteindre une centrale electrique, toute illuminee : il semble que nous avons atteint le point culminant de l'ile !
Commence alors une descente calamiteuse : accroches l'un a l'autre pour essayer de ne pas se casser la figure sur une racine ou un caillou, le portable eclairant faiblement le chemin, degoulinants de sueur, nous commencons a avoir de serieux doutes. Sommes-nous bien sur le fameux "raccourci" de la carte ? Nous sommes entoures par la jungle, il n'y a pas ame qui vive, a part quelques oiseaux et insectes aux cris inquietants. La route est parfois a nouveau en bitume, avant de redevenir un chemin encore pire qu'avant.
Dans le noir, le temps passe doucement, et ce qui nous parait 3 heures de marche n'est en fait qu'une heure et demie. Charly finit par reconnaitre un embranchement, et nous regagnons enfin notre petit bungalow, dans un etat second. Ouf nous n'avons pas laisse de cheville en route !
Cette belle soiree d'anniversaire sera entachee a nouveau par la presence non-desiree d'une horrible araignee vert-marron, decouverte alors que Charly est deja a moitie en train de ronfler. Heureusement, il n'a meme plus besoin d'etre reveille pour tuer les insectes qui me font hurler ! Apres avoir jete le corps de la Bete par-dessus le balcon, il retourne se recoucher aussi sec.
Le lendemain, lezardage sur la plage et location d'un masque et d'un tuba, pour montrer a Charly les poissons que j'ai vus en plongee, avant de repartir vers le continent !
Trajet Bangkok - Ko Tao : la fatigue monte...
Comme je vous l'expliquais il y a un instant, nous avions pris le train afin de nous re-po-ser. En effet, impossible d'ecrire, de rediger notre scrapbook, d'etendre ses jambes, de se balader meme, une fois dans un bus. La gare de Bangkok est deja, en soi, une petite merveille. Elle ressemble a toutes les gares europeennes : spacieuse, aeree, avec de grandes vitres opaques qui lui donnent une impression de grande serre ou les voix resonnent et rebondissent. On s'attendrait presque a voir des pigeons parisiens et a entendre le jingle SNCF tant elle ressemble a, disons, St-Lazare par exemple. L'ambiance est carrement decontractee : des etudiants sont assis par terre, des gens se promenent, d'autres passent de banc en banc pour faire des sondages. Un grand ecran diffuse les derniers matchs de boxe Thai : on y voit deux femmes se taper dessus allegrement, avec les coudes, les genoux, les poings - oui la boxe thai est un des sports de combat les plus violents du monde.
Nous attendons le depart de notre train en mangeant de grosses brochettes (ah non pas Aglae, elle est malade), bien contents d'etre la plutot qu'au milieu des touristes. Notre train est particulierement confortable : le train allant ensuite jusqu'en Malaisie, il etait impossible d'obtenir autre chose que des couchettes, et celles-ci, une fois repliees pendant la journee, sont assez larges pour deux - or il n'y a qu'une personne par siege. Nous voila donc installes comme les rois du monde, dans un train bien frais (un peu trop meme, satanee clim, les gens des pays chauds ne savent jamais regler la clim de maniere raisonnable). Le train part, et nous permet encore une fois de decouvrir les aspects les moins reluisants de Bangkok, car il traverse les banlieues les plus pourries de la ville - celles qu'on ne voit qu'en train, comme en France.
A cote de nous, un Anglais de trente ans et un Ecossais de soixante. Mike, l'Anglais, nous adresse tres vite la parole. Il semble interesse par le scrapbook que redige Aglae (collection des tickets, bouts de papiers, extraits des guides de voyage, que nous decoupons et collons pour mettre en image notre voyage). Mike est volubile, passionne, passionnant. Pendant les longues heures de notre trajet, il ne s'arretera quasiment pas de discuter ; avec nous ou avec l'Ecossais. Il n'est pas bavard en l'air : cet homme a voyage dans toute l'Asie, dans tous les sens, de toutes les manieres. C'est un esthete double d'un vrai routard. Nous en oublions presque notre scrapbook, qui est encore plus en retard que notre blog.
Ce que nous n'arrivons pas a oublier, par contre, c'est la lenteur du train. Celui-ci etait parti sous de bons auspices, mais au bout d'une heure de voyage, il renacle, freine, repart en sens inverse, puis dans le bon sens, refreine, reste arrete une heure, repart en sens inverse. Les allers-retours absurdes du bateau pour Ko Samed ne semblaient etre qu'une repetition bon enfant de ce moment - je soupconne le conducteur de l'un d'avoir essaye de conduire l'autre. Avec Mike, nous imaginons que le conducteur aime bien cette portion de rail, et qu'il fait des allers-retours pour mieux admirer le paysage ; ces blagues ne m'empechent pas de m'inquieter, car nous perdons bien une heure a faire ces allers-retours. Finalement nous partons vraiment, mais les arrets sont frequents, et assez longs.
La nuit tombe, les couchettes sont installes pour les autres voyageurs, et nous comprenons que nous allons avoir beaucoup de retard. Oui mais combien ? la possibilite d'avoir plus de deux heures de retard sur un trajet de 6h nous semble absurde. Finalement, je mets la main sur un controleur, qui m'annonce la magnifique nouvelle : nous allons arriver a Chumphon... ... au moins a minuit et demie !!!
Quelle heureuse nouvelle ! Arriver dans une petite ville minable qui n'est rien d'autre qu'un point de transfert jusqu'a Ko Tao, en plein minuit de la nuit, sans hotel reserve, et devoir prendre un bateau le lendemain matin pour l'ile, un bateau qui coutera deux fois plus cher, et qui nous fera arriver en meme temps que tous les autres voyageurs, et devoir courir pour arriver dans les hotels libres avant eux. Quel bonheur !!! aah, reiteration de la maudite malediction qui nous accompagne depuis quelques temps. Nous essayons d'appeler des hotels sur l'ile, pour les reserver. Ceux dont le numero de telephone fonctionne nous disent qu'ils ne prennent pas de reservation. Grrrr! Impossible apres ca de profiter du voyage en train.
Il se fait tard et nous ne pouvons nous endormir, de peur de rater notre station. Nous veillons stupidement pendant que les autres se couchent. Mike parle tres longtemps politique avec l'Ecossais, puis finit par se coucher, la langue tordue par l'effort. Le vieil Ecossais, qui a vraiment une tete de vieil Ecossais, longue barbe blanche incluse, discute un temps avec nous. Il a une vie passionnante, puisqu'il habite maintenant dans un petit village thai, ou il etait venu aider des gens. Le temps passe encore plus lentement maintenant que tout le monde dort. Le scrapbook avance a pas de fourmis, mais il devient de plus en plus fourni, de plus en plus cool, et nous ne regrettons pas une seconde le temps fou que nous passons a le constituer. Finalement, apres presque 10h de voyage, nous arrivons a Chumphon. Il est minuit trente, impossible donc de rejoindre le ferry de minuit, qui part d'ailleurs a plusieurs kilometres de la. Rageant.
Nous chaussons nos gros sacs, et errons dans la ville a la recherche des hotels marques dans le guide. Miracle, nous en trouvons un d'ouvert du premier coup. Miracle, les chambres sont peu cheres, spacieuses et confortables. Miracle, nous trouvons a manger dans une epicerie encore ouverte a 1h du matin (il faut dire que nous n'avions rien prevu a manger dans le train, vu qu'on etait cense arriver pour l'heure du diner). Petits miracles de rien du tout font un bien fou.
Bateau a l'aube
Quelques heures a peine de sommeil plus tard, nous nous eveillons. Il s'agit de prendre le bateau de 7h30, et avant cela de trouver un moyen de se rendre a l'embarcadere. Je sors acheter un petit dejeuner, et tombe sur une agence de voyage / cafe bourre de jeunes touristes comme nous, qui attendent un petit bus pour l'embarcadere. Le petit bus est gratuit si on prend les tickets chez eux : parfait. Je cours chercher Aglae, nous plions nos sacs en extreme urgence, et nous retrouvons sur le bateau quelques minutes plus tard. Celui-ci est plein a craquer, et nous savons que tous ces gens autour de nous chercheront aussi a leur arrivee de quoi se loger. Malheur !
Aglae et moi sommes COMPLETEMENT ensommeilles. La petite, specialement, tient difficilement debout. Nous tentons la grande cabine, pourvue de nombreux sieges confortables. Horreur, la clim y est si glacee qu'il nous faudrait trois pulls et un sac de couchage pour y survivre ! Il a beau faire nuit dehors, il y fait moins froid. De plus, alors que le bateau se met en marche et descend une petite riviere pour rejoindre la mer, je peux observer le splendide lever de soleil. Ombres chinoises des pecheurs qui mettent en marche leurs embarcations, rives du fleuve sur lesquelles les dernieres brumes du matin mettent les voiles... A couper le souffle.
Aglae, elle, s'endort sur mon epaule. Le trajet est plutot long : plus de 3 heures en pleine mer. Il est rythme par les passages incessants des rabatteurs, qui viennent voir tous les passagers, leur distribuent des cartes de l'ile, et leur prennent la tete en leur disant de reserver le plus vite possible des cours de plongee aupres d'eux. Tous les jours, ces types passent leur temps sur ces ferrys, a essayer de convaincre les gens de venir loger ou prendre des cours de plongee chez leurs employeurs.
En effet, Ko Tao est avec Phuket un des principaux centres de plongee de Thailande. C'est meme une des premieres destinations au monde pour la plongee, en tout cas le lieu ou sont passes le plus de brevet de Plongee. Pourquoi ? d'abord parce que les fonds y sont riches et colores, ensuite parce que les prix y defient absolument toute concurrence : Aglae y fera 4 plongees, dont une de "rafraichissement" tres encadree, pour environ 100 euros. En France, pour ce prix-la, vous avec 12 minutes de plongee dans une piscine, sans le materiel. Pour l'instant, Aglae reve de poissons plus qu'elle ne nage avec eux.
Le Soleil tape de plus en plus fort, et nous arrivons bientot en vue de la grande ile de Ko Tao (environ 4 fois plus grosse que Ko Samet). Ko Tao est beaucoup plus developpe que l'ile ou nous etions quelques jours auparavant : le village-port ou nous arrivons est quasiment une petite ville, avec une dizaine de rues, des boutiques, des hotels et des restaurants partout. Il faut bien ca, car le millier d'ecoles de plongee qui garnit l'ile est la plupart du temps gere par un personnel non-thai : les moniteurs viennent de tous les pays, et il est important qu'ils maitrisent un anglais comprehensible par les touristes, parce que l'anglais des Thais... bon disons qu'il est aussi bizarre que le thai des Anglais ! Il faut donc bien loger tous ces expats.
L'arrivee dans le port est deja magique. Les fonds sont d'une clarte telle que nous avons l'impression que notre bateau va se fracasser sur les gros coraux. Le Soleil devient vite carrement etouffant : il fait encore plus chaud ici que dans le reste de la Thailande, voyage vers le Sud oblige. Nous prenons un taxi-jeep a ciel ouvert jusqu'a des plages eloignees du port, de l'autre cote de l'ile. Il fait tellement chaud, et il est tellement dur de trouver un truc avec de la place, et ou les prix n'ont pas triple a cause de la haute saison, que je depose Aglae avec les bagages, pendant que je fais un tour. Je finis par denicher un petit hotel classique, au bord d'une sublime plage (ou on ne peut pas se baigner par contre : l'eau est immonde d'algues et de rochers coupants). Nous sommes un peu decus de ne pas avoir de bungalow perdu au bord d'une plage vide, comme nous en avions reve dans nos delires fantasmatiques. Mais au moins nous sommes loges, et nous chercherons quelque chose pour les jours suivants !
Retour a Bangkok - siestes, Marc Levy et passeports perdus
14 fevrier
Quand ca va pas pour un, ca va pour personne, ce sera un peu la morale de la journee, qui ne ressemblait pas a la plus calme des Saint-Valentin.
Nous nous levons avec une espece de vague a l'ame a l'idee de quitter cette touchante ile de reve qu'est Ko Samed. Vague a l'ame bien entendu renforce par le fait qu'il est tot et que nous sommes fatigues. Nous rembarquons sur un bateau pour Ban Phe qui cette fois, miracle, partira immediatement, et n'arrivons decidement pas a nous reveiller. C'est la qu'on mesure aussi la lassitude qui etait la notre au Cambodge, puis encore un peu en Thailande. Lassitude qui se remarquait beaucoup plus chez Aglae, vu qu'elle etait toujours un peu malade. De maniere generale nous avions perdu le gout de voyager, de repartir, et l'idee d'avoir a enchainer avec le Vietnam deux semaines plus tard, pays decrit avec tant de degout par les voyageurs croises, n'etait pas pour nous plaire. Mais nous savions que nous allions pouvoir continuer a nous reposer avant cela.
A Ban Phe, ce fut encore le bordel pour prendre un bus : impossible de trouver autre chose que des agences de voyages louches, ou le ticket de bus coutait 4 fois le prix de l'aller. Nous rassemblons une petite foule heteroclite de voyageurs (un couple d'Americains et deux jeunes Suedoises) que nous guidons jusqu'a la gare routiere, ou les bus sont bien evidemment mega-cheap et ultra-confortables : sieges inclinables, eau minerale pour tout le monde, etc. Par contre, notre chauffeur de bus sera l'homme le plus mou du monde, avancant a la vitesse d'un escargot au galop, et le trajet prendra presque deux fois plus de temps que prevu.
Charles, ton prophete, ton guide
Nous finissons par arriver a Bangkok au sein d'un embouteillage cataclysmique, et c'est avec un soupir de soulagement que nous sautons hors du bus. Il me faudra auparavant expliquer a toute la cohorte de routards, pour qui je suis devenu l'equivalent d'une star, ou au moins d'un Lonely Planet vivant, comment rejoindre la gare d'ici, sans prendre de taxi qui, embouteillage aidant, leur viderait le porte-monnaie. Au bout d'un long moment, ils comprennent que le truc en beton au-dessus de la rue, c'est un metro aerien, et qu'en le prenant ils pourront rejoindre facilement la gare. Ils me disent a peine merci, probablement trop timides.
Avec Adeline et Aglae, nous revenons dans "notre quartier", et retrouvons les chats de l'appartement de Benjamin. Ceux-ci miaulent a qui mieux mieux leur plaisir de nous revoir. Dernier dejeuner dans le premier restaurant de rue que nous avions fait avec Adeline quelques huits jours auparavant, et nous lui disons au-revoir-a-bientot. Elle s'eloigne en direction du metro aerien, pour rejoindre l'aeroport et son avion vers Singapour, ou nous la rejoindrons dans une semaine.
Catastrophe !
Nous rentrons a la maison. Epuisee, malade, Aglae s'ecroule sur le lit, ou elle passera une bonne partie de l'apres-midi a dormir et a lire un roman de Marc Levy en cachette - la honte. Nous prenons plaisir a ne rien foutre, chose qui ne nous est pas arrivee depuis longtemps, et je tente tant bien que mal de rattraper le retard du blog. Comme vous voyez, ce ne fut d'ailleurs pas tres concluant, vu que la probabilite que le blog ait bientot un mois de retard est de plus en plus grande !
Au bout de quelques heures, coup de telephone. Contre toute attente, c'est Adeline, a qui j'avais a tout hasard donne notre numero de portable thai avant qu'elle s'en aille. Elle est effondree, et on comprend pourquoi : impossible de remettre la main sur son passeport, qu'elle avait sur elle le matin meme. Celui-ci, bien en securite dans une banane qu'elle portait sur elle, a tout simplement disparu. Un vol ? Impossible, vu qu'il etait en contact avec de l'argent qui, lui, est toujours la. Une perte ? Oui mais ou ? Quand ? Comment ? Adeline n'ouvrait jamais sa pochette !
Mystere integral, d'autant que les services d'objets trouves, que ce soit ceux du Skytrain ou de l'aeroport de Bangkok, ne trouveront jamais rien. C'est d'autant plus la catastrophe qu'Adeline devait a tout prix rentrer a Singapour pour retrouver son pere, qui etait de passage pour quelques jours, et pour suivre ses cours a l'Essec. Elle revient a l'appartement, en profonde crise morale. Nous tentons ce que nous pouvons pour la rassurer, chose d'autant plus difficile qu'il est delicat de trouver les mots, que nous ne sommes nous-memes pas tres bien.
Je pars chercher des nouilles instantanees et des bonbons, de quoi faire un petit repas tranquille a la maison, car aucune des deux filles n'a le courage de sortir dehors.
Le lendemain, c'est un nouvel au-revoir : les chats restent dans l'appartement, Adeline reste a Bangkok pour faire faire un passeport d'urgence a l'ambassade de France, et nous partons vers Ko Tao, seconde ile paradisiaque prevue dans notre voyage en Thailande, ile qui se situe a plusieurs centaines de kilometres au Sud de Bangkok, sur la longue bande de terre qui relie le continent asiatique a la Malaisie, et que la Thailande partage en partie avec la Birmanie. Adeline a repris des forces mais ne reste pas en grande forme.
Nous foncons a la gare ferroviaire de Bangkok, car nous avons decide d'arreter un peu avec les bus. Certes le trajet en train vers Chumphon, port en face de Ko Tao, est plus long que le trajet en bus, mais nous avons toute la journee : notre but est en effet d'attraper un ferry de nuit qui part a minuit de Chumphon vers notre destination. Or ce train est cense arriver a 21h45, nous avons donc tout le temps... Enfin c'est ce que nous croyions.
jeudi 5 mars 2009
Ko Samed - une ile un peu compliquee a atteindre
11 fevrier
Un trajet assez long en minibus nous fait passer de Bangkok a Ban Phe, port pour atteindre Ko Samed. Nous passons en autoroute a cote de Pattaya, paradis du tourisme sexuel, mais nous sommes un peu decus de n'apercevoir aucun gogobar sur l'autoroute.
Arrivee a Ban Phe en fanfare : alors que nous ne sommes meme pas encore sortis du minibus, une femme tape a notre fenetre et nous dit qu'il faut faire appel a elle pour atteindre Ko Samed en bateau. Non non non, nous faudra-t-il repeter, et apres un peu d'acharnement et des moues enervees, elle nous laisse tranquille. Nous atteignons l'office touristique cense vendre des billets de bateau pour l'ile. Il s'agit d'un bureau un peu crade devant une jetee, et il nous est difficile de croire que c'est bien la que sont vendus les seuls billets sans commission. On nous amene avec brutalite devant un petit ferry craquele, quasiment vide, ou des hordes d'enfants courent en tous sens en hurlant. Le bateau est cense partir dans 30 minutes.
Il etait un petit navire, qui ne voulait ja-ja-jamais s'en aller
Pour patienter, nous faisons la connaissance d'une holandaise, Paula, jeune femme voyageant seule, assez bizarre tout compte fait, a qui nous ne savons pas trop quoi dire : toutes les rencontres entre voyageurs ne sont pas des idylles parfaites, et parfois le courant ne passe pas du tout. Pas tres rassure par la perspective d'encore une fois aller d'hotel en hotel pour en trouver un libre et pas ruineux, je commence a trouver le temps long. 45 minutes apres notre arrivee, soit 15 minutes apres l'heure de depart prevue, un Anglais grimpe dans le bateau avec son fils.
- Bonjour Monsieur, a quelle heure vous ont-ils dit que le bateau partirait ?
- Je ne sais pas. Oh il partira bien un jour.
L'attente finit par me ronger, d'autant que personne ne monte dans le bateau, et que les enfants continuent a jouer a cache-cache sur le toit du navire. Toujours pas de chauffeur en vue. Je remonte sur le quai et part a la recherche d'un responsable. Je croise le chauffeur qui se dirige vers l'embarcation - il etait temps ! Je remonte dans le bateau, mais fausse alerte, celui-ci ne part pas. Je fais signe au chauffeur, qui s'eloigne a nouveau, de revenir - il s'en fout. Deux minutes apres, a ma grande surprise, le moteur se met en route, et le bateau commence a bouger. Youpi ! Tous les bateaux de port, qui etait jusque la plonge dans la torpeur, se meuvent d'un coup en tous sens. Le notre fait demi-tour, semble-t-il, nous pensons qu'il est pret a partir, mais il s'arrete dix metres plus loin, devant un autre embarcadere. Le chauffeur remet les cordes autour des bites d'amarrage, et s'en va. Quoi ? Je lui crie dessus, il me regarde en souriant, visiblement il ne parle pas un mot d'anglais.
D'autres passagers comptaient en effet embarquer. C'est le debut d'un petite manege horripilant et ridicule : le bateau s'eloigne, un homme arrive en courant a l'autre bout du ponton, le bateau revient, le type monte sur le bateau, qui repart, avant qu'un autre homme arrive (un bonze bouddhique en robe safran, cette fois-ci), le bateau revient pour le prendre, puis repart, puis revient (cette fois-ci c'est un couple), puis repart, puis revient (une moto fonce sur la jetee, pile, et depose un vieillard), puis repart. On ne compte plus les allers-retours, et je suis en train de reflechir au moyen de jeter le chauffeur a l'eau.
Finalement nous partons a la vitesse d'une limace en montee, et apres avoir prie tres fort qu'une mamie ou un bambin ne fasse pas signe au bateau de revenir le chercher immediatement, nous voila en vue de Ko Samed, deja grosse a l'horizon. Nous l'atteindrons en 3/4 d'heure a peine.
Ko Samet, ou Ko Samed, est l'ile-paradisiaque-thai-avec-plages-de-sable-blanc la plus proche de Bangkok. Par consequent elle est prise d'assaut les week-ends par une foule compacte d'expatries et de Thais, mais comme elle ne fait pas partie des spots de plongee les plus fous du pays, elle reste plutot calme en semaine. En outre son statut de reserve naturelle, avec droit d'entree obligatoire, freine sa surexploitation touristique, et les complexes hoteliers hideux, qui ont defigure parait-il des iles comme Phuket, sont ici absents.
A notre arrivee, a la tombee du jour, nous ne savons pas tout cela, et nous ne nous attendons pas a tant de calme aussi pres de Bangkok : les hotels sont peu nombreux et bien caches par la vegetation, les routes sont des pistes pleines de rochers, et l'ambiance est plutot paisible.
Bien decides a montrer a Adeline notre quotidien de suicidaires du sac a dos, nous entamons une marche particulierement longue jusqu'a la plage que nous voulons atteindre. Nous arrivons defigures par la sueur, et avons juste le temps d'apercevoir le sable d'une blancheur et d'une finesse insolentes, avant que la nuit ne tombe. Nous trouvons un hotel sympathique, qui nous propose des bungalows ou la temperature avoisine les mille degres Celsius, et nous laissons nos petits corps transparents secher avec le vent du soir.
Emerveillement devant la douceur du soir - diner les pieds dans le sable, le long d'enormes lanternes design plantees le long de la plage - sourire du serveur - au loin les basses d'un bar ou la musique doit etre assourdissante - saveurs, odeurs, sons des vacances option paradis, ou se surajoute le parfum du spray anti-moustiques (les sales betes pullulent a Ko Samed). Adeline fatiguee va se coucher, pendant qu'Aglae et moi parcourons le reste de la plage. Celle-ci est coupee en deux par une sculpture incroyablement kitsch d'une sirene et d'un pecheur au teint vert en train de se faire la serenade. En s'eloignant de notre hotel plutot calme, on tombe sur de plus gros restaurants, de plus gros bars. Des gens ivres se jettent dans l'eau ; plus loin les serveurs d'un restaurant entament un spectacle de bolas et de batons enflammes, sous les applaudissements du public ; toujours les stands ambulants de crepes banane-chocolat, meme la sur la plage. Nous sommes bien, enfin prets a se reposer.
(nous serons berces toute la nuit par les sons de Bob Marley, issus d'un improbable Bob Marley Bar & Coyotee Girls tout proche de notre hotel, mais serons trop fatigues pour vraiment etre deranges)
lundi 2 mars 2009
Langues en tout genre (suite)
Cambodge incomprehensible
Les plutot mauvais souvenirs que nous ont laisse le Cambodge n'epargnent presque pas le champ linguistique. La langue etiat en effet si difficile a prononcer que rarissimes ont ete les occasions ne serait-ce que de me faire comprendre au-dela du simple bonjour. Surtout, et ce fut la meme chose en Thailande, la plupart de mes efforts pour parler le khmer furent accueillis par des reponses en anglais. Dans des lieux si touristiques, ou tout le monde parle anglais, ou baragouine l'anglais, tout le monde avait l'air de s'en foutre que j'essaie le khmer, ou plus tard le thai. Et vous pouvez imaginer comme c'est blessant, lorsque vous arrivez avec votre petite phrase, qu'on vous reponde en anglais...
Surtout, les 10 jours au Cambodge etaient vraiment trop courts pour avoir vraiment le temps de m'immerger dans cette langue si compliquee et si etrange qu'est le khmer. Il aurait fallu pour cela visiter des endroits plus recules, comme nous avions fait au Laos, ou au Nepal lors de nos promenades. Echec donc.
Grande victoire
En revanche, mon plus grand plaisir arriva en Thailande. Alors qu'Aglae et Adeline etaient en train de tremper leurs peaux cuivrees dans la mer de Ko Samet, petite ile au sable fin, je suis reste plonge quelques minutes sur l'index linguistique du Lonely Planet. En effet, apres trois pays munis d'un alphabet inconnu aux lettres si jolies, dont deux (le Laos et le Thai) ayant sensiblement la meme graphie, je commencais a etre frustre de ne pouvoir lire aucun panneau, aucune carte, ne serait-ce que pendant les nombreux trajets en bus.
En me penchant sur la prononciation indiquee par le guide, j'ai donc pu commencer reperer une lettre, puis deux, puis trois. Au depart, seules les consonnes ressortaient. Cela fut long, car pour certains sons, les thais pourront utiliser 4 a 5 lettres differentes. Ainsi j'ai fini par reperer au moins 3 lettres pour le seul son "s", sans parler du fait que la lettre L lui ressemblait comme deux gouttes d'eau.
Au retour des filles, j'avais donc pu, tel un Champollion en herbe, mettre au jour une bonne dizaine de signes, et les premieres voyelles. A ce titre, l'ecriture des voyelles est vraiment complexe, car elles apparaissent parfois avant, au-dessus, apres ou en dessous des consonnes.
Pendant tout le reste du voyage, j'ai passe tous les trajets en bus a m'entrainer a reconnaitre les signes, en comparant les marques celebres (Nike, Coca) a leur ecriture thai, etc. Tres amusant comme passe-temps, meme si cela ne nous a pas servi a grand-chose (en general, tout est ecrit aussi en anglais dans ce pays). Mais c'etait une revanche personnelle sur le mois qui venait de s'ecouler !
En ce qui concerne la langue elle-meme, la Thailande etait un retour vers les experimentations du Laos : je savais deja dire "comment ca va?" et compter en thai, vu que c'etait pareil en lao. Pourtant, la plupart des Thais parlent anglais, et ceux qui ne le parlaient pas s'en sortaient la plupart du temps par un insupportable sourire faux, plutot que d'essayer de comprendre ce que je voulais leur dire (en anglais ou en thai). Semi-echec, donc !
Vous avez dit Singlish ?
Le bref passage a Singapour fut trop court pour avoir le temps de s'immerger dans le Singlish, langage fascinant dont nous a beaucoup parle Adeline. Il s'agit d'un melange entre le chinois et l'anglais, uniquement utilise par les habitants de Singapour : il s'agit donc d'une sorte de creole, ou seule l'oreille vraiment avertie pourra reconnaitre l'anglais, sans aucune chance de vraiment tout comprendre. Autant vous l'avouer, je n'ai jamais vraiment entendu de singlish...
விவே லே தமௌல்
Par contre, le passage a Singapour fut l'occasion de retrouvailles emouvantes avec le tamoul, langue du Sud de l'Inde dont nous n'avions plus entendu parler depuis Chennai, en Inde. Surtout, revoir cette langue ecrite partout apres le passage en Thailande m'a permis de mieux realiser a quel point ces deux ecritures (thai et tamoul) se ressemblent - a la difference que l'ecriture tamoul est encore plus cursive et delicate.
En effet Singapour a 4 langues officielles : l'anglais, le chinois, le malais et le tamoul. Chaque inscription est donc redigee en 4 langues, dont trois systemes d'ecriture differents (le malais est une langue a l'ecriture romanisee, un peu comme l'indonesien). Un tourbillon de langues, de son et de graphies qui m'a donne un tournis fort agreable.
Vietnam : au carrefour de l'Europe et de la Chine
A son puissant voisin chinois, le Vietnam doit quasiment tout, et si sa langue ressemble encore beaucoup a celle de ses voisins d'Asie du Sud-Est (notamment les 6 tons), le vietnamien s'ecrivait avec des caracteres chinois jusqu'a ce que le Vietnam soit colonise. C'est alors qu'un Jesuite brillant, Alexandre de Rhodes, a invente un systeme de transcription des sons viet (et de ses 6 tons), avec l'alphabet romain, qui est encore utilise aujourd'hui.
Apres avoir voyage 3 mois dans des pays dont l'ecriture n'etait pas la notre, se retrouver face a note bon vieil alphabet est un choc. Meme en Inde il n'etait pas aussi fascinant de se promener dans la rue : ici tout, panneaux indicateurs, enseignes, slogans, est lisible. On a beau ne rien comprendre a "tham quoc My !", on a toutefois l'impression de se rapprocher un peu plus de la vie des autochtones. Surtout, cela accelere vraiment l'apprentissage, et je comprends pourquoi E. et J. me disent avoir pu apprendre quelques rudiments assez facilement en y restant quelques mois.
Enfin, Aglae et moi avons pu nous extirper de situations compliquees en ecrivant sur un bout de papier, en montrant un panneau, etc ! Vive l'alphabet romain ! (et quand on pense que nous allons bientot rentrer en Chine... mon Dieu nous allons souffrir)
- quand aux fabuleuses sonorites de la langue viet, E. avait raison dans un de ses commentaires : les fameux 6 tons se ressemblent comme 6 gouttes d'eau ; et cette langue est tellement... trainante, on a l'impression que tout le monde est tout le temps en train de se plaindre, c'est amusant -
Ayuthaya - velos, ruines et sens de l'orientation
Nous sommes partis de Bangkok tot le matin. Un peu tristes peut-etre d'en repartir deja, mais avec la certitude que nous y reviendrons au depart d'Adeline. Grace a un conseil avise de Benjamin, nous prenons un minibus grace a un systeme connu uniquement des Thais, et evitons les pieges a touristes, si nombreux dans la capitale. Au revoir les chats de Benjamin et Marie (qui eux ont deja quitte la maisonee), et voila que notre bus file vers Ayuthaya, ancienne capitale thai moults fois rasee par les Birmans, tres proche de Bangkok.
Nous y penetrons sous un soleil decapitant, en plein milieu du marche de cette petite ville. Une ardeur generale a faire griller tout ce qui rampe et volette sur cette planete semble avoir gagne les habitants, et concourt avec une autre ardeur - celle du Soleil. Bien decide a faire mon interessant, je fais le guide, et emmene ce petit monde vers notre suppose hotel, ou nous avons reserve. Au bout de quelques metres qui nous font perdre 10 pour 100 de notre capital d'eau, nous comprenons que j'ai mal lu le plan, et que nous ne sommes pas la ou nous croyions. Qu'importe, il suffit de faire demi-tour. Le four augmente de quelques degres, mais les filles ont le sourire. Je me charge de le leur faire perdre en organisant un immense detour sous la chaleur thailandaise. In fine, nous atteignons au bout d'une demi-heure l'hotel, qui etait en realite a 50 metres de l'arret de bus. Merci Charly comme on dit.
Ayuthaya est une petite ville organisee autour d'une vingtaine de sites en ruines, la plupart situes sur une grande ile. Il suffit de louer un velo pour les visiter, ce que nous nous empressons de faire. Tres vite, nous remarquons que c'est la methode ideale si l'on veut ressembler aux poissons seches qu'on trouve un peu partout en vente dans le pays : nous nous liquefions. Heureusement, l'ombre des premiers temples est bienvenue.
Autant le dire, de ce qui etait jadis une gigantesque ville d'or et d'argent, il ne reste aujourd'hui plus grand chose. Ce que les Birmans n'ont pas rase, ils l'ont emporte chez eux ; toutefois la promenade en velo au milieu de ces adorables tours en pierre decrepites est delicieuse. Elles nous permettent aussi de donner une idee a Adeline de la splendeur des temples d'Angkor car, il faut le souligner, beaucoup des belles choses d'Ayuthaya doivent beaucoup a l'influence khmer, certains temples reprenant jusqu'a la structure meme des temples montagnes d'Angkor.
Une image tres celebre nous marque, d'ailleurs : celle de la tete de Bouddha sculptee, nichee dans un gigantesque arbre tropical. Nous nous rehydratons de noix de coco fraiches ce qui, il faut bien l'avouer, temoigne d'un luxe assez injuste pour tous ceux qui ont froid en France.
Cretins de Cambodgiens
Le cote enervant des pires Cambodgiens nous poursuit jusqu'en Thailande lorsque nous nous apercevons des le premier temple, a notre grande detresse, que l'appareil photo pas tres bien repare au Cambodge ne marche absolument plus. Il declare que toutes les cartes sont pleines, et ce meme lorsqu'on y fait de la place, meme quand on les efface completement. La rage fait place a l'abattement, au desarroi, a l'impuissance, puis retour a la rage.
Adeline desamorce la situation en nous pretant son appareil photo, et en s'achetant un tres joli chapeau de paille.
Elephants et couchers de soleil
La journee fort peu stressante sera rythmee par deux autres evenements marquants. Le premier sera la visite d'une etrange etable a elephants. Au sein d'un essaim de touristes thais, et au milieu d'une musique pop-rock assourdissante, 6 elephants d'Asie multiplient les tours de force. Ils sont jalousement surveilles par des dresseurs a la mine patibulaire, qui tiennent de longs crochets pour leur frotter les oreilles. Les tours sont ahurissants, et nous sommes partages entre la fascination et le degout : les grosses betes se mettent sur les pattes arriere, font le poirier, dansent en rythme (il faut voir un elephant danser, c'est vraiment effrayant), font des betises avec leurs trompes... Les dresseurs enjoignent les spectateurs a donner de l'argent.
Nous ne saurons jamais si c'etait pathetique ou sympathique. D'un cote, il parait qu'il s'agissait d'elephants abandonnes, recueillis dans ce centre, et dresses a des fins de tourisme afin qu'ils ne finissent pas dans les rues de Bangkok (le premier soir, nous avions vu un bebe elephant faire des tours dans Khao San Road, pour les touristes ventrus, c'etait a pleurer). Par ailleurs l'air depressif des elephants donne toujours l'impression qu'ils sont exploites. De l'autre, merde... faire danser un elephant, et lui faire faire le poirier... c'est n'importe quoi !
Adeline, qui n'a pas connu le Laos, aura la chance de faire un tour d'elephant de quelques minutes au milieu des ruines d'Ayuthaya. Nous la suivons de loin en velo tels des papparazzis et multiplions les photos, d'autant que sa monture est elegamment paree, et que le cornac de son elephant est autrement plus drole que la porte de prison que nous avions eu a Tad Lo au Laos.
Apres avoir perdu tout le monde le matin, je decide de perserver lorsque nous decidons de nous rendre a un temple un peu eloigne de la ville : au bout de quelques minutes de pedalage, je me rends compte que le plan est d'une imprecision rare, et que nous sommes sacrement perdus. J'avise un bonhomme d'une echoppe miteuse, qui se plie en 4 pour moi. Il me dessine un plan d'une precision absolue, kilometre par kilometre, pour me rendre a notre temple. Apres un pont tendance autoroute, assez difficile a negocier en velo, et alors qu'Aglae, Adeline et moi se demandent serieusement ce qu'on est venus faire dans cette galere, nous arrivons devant le temple en question.
Et la, prosternation : alors que la plupart des choses que nous avons visitees aujourd'hui sont des ruines qui laissaient a peine imaginer a quoi les batiments ressemblaient a l'origine, le Wat que nous avons face a nous est parfaitement debout. Il ressemble d'ailleurs enormement a un temple khmer, et Adeline peut enfin admirer la fine structure architecturale. Nous sommes d'autant plus emerveilles que nous arrivons pile au bon moment : le soleil couchant jette ses feux ocre sur les vieilles pierres, et les cars touristes n'arriveront qu'a notre depart.
Sweet jazzy dinner
Comme vous pouvez vous en douter, j'ai a nouveau perdu tout le monde sur le chemin du retour, et nous rendons les velos a la minute limite. La journee, apaisante mais tout de meme tres remplie, se terminera en douceur par un calme restaurant-jazz en plein air, ou les serveurs se transmuent en musiciens au bout d'un moment. Les longues discussions avec Adeline nous font un bien fou - enfin parler en Francais ! Sans parler du fait qu'Aglae et moi n'avons plus rien a nous dire, a force de voyager tout le temps ensemble - je plaisante bien entendu !
Le lendemain matin, nouveau mini-bus pour Bangkok. Une fois arrives, nous dejeunons dans un restaurant local, a peine plus qu'un boui-boui, ou les serveurs non-anglophones nous regarderont avec des yeux ronds pendant tout le repas. Puis c'est reparti, sous le sceau du rythme ereintant qui caracterise la Thailande depuis l'arrivee d'Adeline : nous avons en effet decide de lui montrer le maximum du pays, a savoir des temples, de la ville et des plages - d'ou l'escapade express a Ayutthaya. Nous reprenons un autre bus, cette fois-ci pour Ban Phe.
Ban Phe ? C'est quoi donc ?
C'est le port qui nous emmenera a notre premiere ile paradisiaque thai, bien sur !
vendredi 27 février 2009
Bangkok with Adeline
Malgre 1h30 a attendre un bus qui n'existait pas, Adeline et moi parvenons a rentrer de l'aeroport et allons sauver de la famine le malheureux Charly qui nous attendait pour manger! Apres un petit restaurant de rue sympa, nous partons a l'assaut d'un minuscule marche de nuit. Charly et Adeline testent courageusement un dessert etrange: lait de soja chaud avec des especes de graines qui y flottent (du tapioca?) ; en petite forme, je me contente d'une demi-gorgee, et d'un shake a la fraise fraiche !
T'as pas 100 bahts?
Reveilles le lendemain par un choeur de miaulements, nous nous precipitons pour aller inaugurer notre nouvelle carte HSBC, arrivee tout droit de Singapour. Si vous vous souvenez bien, nous avions du faire opposition sur notre carte a Chennai, en Inde, mi-decembre. Apres un feuilleton a multiples rebondissements, l'energie conjointe des 2 interesses, de la maman de Charly, d'Adeline et de Julien (merci a tous!) a vaincu l'impardonnable manque de reaction et de professionalisme de cette banque maudite. Retirer des bahts avait donc un gout de victoire inesperee! Le baht est la monnaie la plus forte que nous ayons rencontree depuis le debut de se voyage: adieu les multiples zeros des kips et des riels!
New Bangkok
Dans le Skytrain (metro aerien), les larges avenues bondees et les buildings defilent. Les tours en verre ne sont pas concentrees dans un business district mais un peu dispersees dans la ville, ce qui donne des contrastes de hauteur saisissants. On voit encore de vieux immeubles cotoyer une tour dernier cri; ces derniers vestiges d'un passe revolu sont encore nombreux mais a l'evidence voues a disparaitre.
A notre arrive dans cette ville, c'est la Bangkok moderne et son enchevetrement de voies rapides que nous avons decouvert en premier. Ce spectacle nous a laisse une incroyable sensation de familiarite. Nous avons profondement ressentis a quel point toutes les grandes villes se ressemblent; nous avons eu exactement le meme sentiment, celui de retourner en terrain connu apres des mois de voyage.
Old Bangkok
Du Skytrain nous passons sans transition a une remontee du fleuve en bateau. Sur les rives, une autre ville defile: maisons d'un seul etage sur pilotis, baraques en bois croulantes construites litteralement sur le fleuve, ruelles etroites, mais aussi quelques vestiges d'un lointain passe colonial. Nous errons ensuite dans un incroyable marche aux amulettes, veritable paradis des superstitieux: on y trouve des mini-bouddhas roses fluos et des bijoux de portables porte-bonheur mais aussi de plus serieuses medailles pour proteger les conducteurs (genre St Christophe en version bouddhiste).
Nous visitons ensuite l'incroyable Palais royal de Bangkok : c'est une accumulation de temples, de pagodes, le tout scintillant de milles feux. Il y a des dragons dores, des guerriers multicolores, des creatures mi-hommes mi-oiseaux, des stupas recouvertes de fleurs en faiences, des temples en carreaux de salle de bain, des tuiles vertes, des Bouddhas en or, de belles fresques, des colonnes recouvertes de milliers de petits miroirs... C'est a la fois eblouissant et surcharge, d'une grande finesse et kitsch, et m'a laisse l'impression d'un dessert delicieux mais un peu ecoeurant. En parlant de dessert, le gigantisme du palais nous a amene tous les 3 au bord de l'hypoglycemie... heureusement que quelques batiments etaient fermes au public!
Tentative d'enlevementAlors que nous dejeunions tranquillement dans un marche, une des serveuses du notre boui-boui est litteralement tombee amoureuse de Marius. Elle a passe tout notre repas a jouer avec lui d'un air extatique, et nous avons bien cru ne jamais le revoir. Heureusement, nous nous sommes montres extremement fermes avec la jeune donzelle et avons sauve Marius des ses griffes. (preuve que malgre le manque de photos de lui sur le blog, et de photos tout court, Marius va bien)
Malgre la chaleur ecrasante, nous voyons encore une foule devote, entouree d'un nuage d'encens et accrochant des foulards multicolores a une stupa, dans le Temple du Pilier de la Ville; puis un bouddha couche geant, tout dore sauf sous la plante des pieds (!).
Nous montrons ensuite a Adeline l'agitation folle de Khao San ou la musique est toujours aussi forte. Charly hesite devant des criquets grilles mais ne franchit pas le pas, nous nous contentons donc d'une bouffe de rue traditionnelle.
L'experience massage thai
Nous decidons de nous offrir un massage et choisissons une echoppe en plein air, au moins on est surs de ne pas tomber dans un truc louche! Sur le terrain d'une ancienne station-service transformee en restaurant, me voila a cote d'Adeline, toutes les deux dans une chaise longue a nous faire masser les pieds. En face, sur des tabourets, Charly se fait masser les epaules pendant que son voisin, tout rouge, a l'air de souffir le martyr quand sa masseuse l'attaque avec ses coudes. Mes pieds ont traine dans toutes les rues de Bangkok, je suis en tongs, je vous laisse imaginer la couleur et ma gene quand ma masseuse essaie le les faire changer de couleur avant de commencer son massage. A cote, Adeline est pliee de rire car elle est chatouilleuse. Les masseuses y vont fort et ca fait un peu mal, surtout quand elles vous passent un baton en bois sous les pieds! Charly ressort a moitie convaincu, par contre nous le sommes et esperons que ca aidera nos jambes a nous porter pour le lendemain!
Temple du bon gout versus temples de la consommation
Nous commencons la journee par des sucres rapides sous formes de donuts aux couleurs fluos dans le coeur de Bangkok: Siam Center. C'est un ensemble de grands Malls (centres commerciaux) modernes ou le tout Bangkok vient "se divertir" le week end. Avant d'aller y jeter un oeil, nous commencons par la maison de Jim Thompson. Nous ne savons pas trop de quoi il s'agit, mais tout le monde nous a dit d'y aller. Nous decouvrons alors un endroit mer-vei-lleux! Cet homme au gout incroyable a construit sa maison a partir de vieilles maisons traditionnelles thaies en tek. D'une grande sobriete, la maison et ses dependances sont sises dans un jardin luxuriant avec des bassins a nenuphars. Nous sommes guides a l'interieur par une charmante guide parlant francais.
La decoration est une sorte de best-of d'Asie du Sud Est. Chaque objet (vase, scultpure antique ou table) est une merveille en provenance de Birmanie, du Cambodge, de Chine ou du Vietnam. C'est a la fois sobre et luxueux, d'une harmonie parfaite. Nous sommes litterallement enchantes par le lieu! Notre guide nous offrira meme un origami en forme d'oiseau pour nous porter chance a notre depart (car nous au moins avons ecoute sa visite, contrairement aux autres Francais bruyants de notre petit groupe, qui essayaient de prendre des photos en cachette alors que c'etait interdit... grande classe!).
Nous passons ensuite au royaume de la consommation en traversant de grands malls. La clim est tellement froide qu'on s'attend a croiser des pingouins. Certains sont deserts et luxueux, d'autres ressemblent a des souks modernes et organises.
Eau, baguettes, sucre et fleurs
Nous empruntons ensuite un des bateaux/bus qui sillonent les petits canaux de la vieille ville. L'eau de ces canaux est nauseabonde et les maisons qui donnent dessus plutot bringuebalantes. Contrairement aux habituels canaux des villes europeenes bordes de restaurant chics, les canaux de Bangkok sont un peu les coulisses de la grande ville moderne, le revers que l'on voit peu. Rien a Bangkok ne donne sur l'eau de ces canaux, tout lui tourne le dos. De grandes baches en plastiques sont remontees sur les bords du bateau entre chaque arret pour que les passagers ne soient pas eclabousses par l'eau noiratre. L'experience est bien plus originale que le bateau-mouche de la veille !
Au cours de nos deambulations en direction de Chinatown, nous tombons sur un temple tout en haut d'une colline. Il est surmonte d'une enorme stupa doree et offre une tres belle vue sur la ville, qui s'etend a perte de vue. Dans l'enceinte du temple, nous cedons a la tentation de la superstition et faisons comme les Thais, en agitant un recipient rempli de baguettes numerotees. Il faut ramasser la premiere baguette qui tombe, regarder le numero et lire sur le papier correspondant les reponses a la question posee dans sa tete. Je ne divulguerai pas ici les reponses mysterieuses apportees par Bouddha... Nous remarquons une fois de plus le mercantilisme qui entoure le bouddhisme en Asie: guirlandes de billets de banque flottant au vent, vente de feuilles d'or a coller sur les statues de Bouddha... Difficile de voir le lien avec la pensee d'origine!
Nous revenons aux choses terrestres dans le sous-sol d'un mall ou de petites echoppes proposent tous les desserts imagninables. Chaque dessert semble avoir necessite 1kg de sucre et 1L de colorant. La palme revient a une espece de crepe recouverte d'une bouillie blanche et saupoudree de ce qui ressemble a des carottes rapees. En realite, ca a juste le gout de... sucre! Charly, intrepide, demande a gouter a tout.
Nous passerons la soiree a dicuter avec nos charmants hotes, Benjamin et Marie, revenus de leur week-end les poches pleines d'anecdotes.
mardi 24 février 2009
Bangkok 1er jour - contrer la lose en douceur
Nous sautons dans un tuk-tuk pour rejoindre B. et M., qui nous logent le temps de notre séjour à Bangkok. Khao San est trop éloigné du métro aérien de Bangkok, qui ne dessert que les quartiers d'affaires, aussi nous prenons un petit véhicule jusqu'à la plus proche station de Skytrain. Nous sommes assez surpris de constater que les tuk-tuks d'ici circulent tous au gaz, ce qui fait qu'ils produisent un bruit proprement effarant, à mi-chemin entre la scie sauteuse et le réacteur d'avion (autant dire qu'on a l'impression d'aller un peu plus vite qu'en réalité). La circulation est ici à l'image du pays par rapport à sa région : plus propre, plus soft. Personne ne klaxonne, personne ne double n'importe comment, les règles de circulation sont respectées, il y a des feux rouges,bref : la civilisation.
Condos, piscines et chats fous
Nous arrivons devant le Siam Center, qui est le centre de Bangkok : trois immenses centres commerciaux plus ou moins chics, en plein milieu du coeur financier de la ville. Gigantesques gratte-ciels, autoroutes surélevées, énorme blocs de béton du Skytrain qui chapeautent le tout, plus les nombreuses passerelles pour piétons qui enjambent la route. Un reve d'architecte, ou plutot l'impression de voir les plans d'architecte tous propres, avec les faux passants qui déambulent dans les maquettes. D'autant que le Soleil, de la partie, donne au tout une coloration très optimiste, comme une métropole dont les aspects les plus lisses et les plus modernes seraient tout sauf inquiétants.
Le Skytrain, metro aerien de Bangkok, est certes tres inelegant de loin (on dirait une autoroute de beton qui passe au-dessus de la ville), mais une fois dedans le spectacle est fantastique : toute la ville et ses gratte-ciels nous sont offerts comme sur un plateau, il fait frais (nos sacs a dos commencaient a nous faire suer) et l'ambiance est detendue. La vue est inoubliable.
Arrivee a Phom Phrong, nom improbable et impossible a retenir de notre station. Quelques metres apres notre descente, nous trouvons la ruelle qui mene chez Benjamin, puis la Residence ou il habite (Tippy Court, rien que le nom). La, un gardien dont le sourire semble s'etirer jusqu'aux oreilles nous dit que pas de probleme, nous n'avons qu'a monter. Nous n'avons que le temps d'apercevoir que la classieuse residence comporte une piscine bleutee, et nous voila entres chez Benjamin et Marie.
Deux chats et deux sympathiques personnes nous accueillent. Les etres humains sont Benjamin et sa petite amie Marie, qui se reveleront adorables a chaque fois que nous les verrons. Mais nous les verrons peu, car des notre arrivee ils empoignent leurs sacs a dos et partent vers une reserve naturelle pres de Bangkok. Ils nous laissent donc en compagnie de leur deux chats sans noms, que nous sommes charges de nourrir. Et de surveiller.
J'insiste sur ce dernier point, car ces deux chatons, l'un noir, l'autre blanc tacheté, se révèleront les deux plus grandes terreurs que la félinité ait engendré. Durant nos trois jours sur place, ils n'auront de cesse de se poursuivre, de nous poursuivre, de se rouler dans nos sacs, de renverser les pots de fleurs, et autres betises dont la longue liste est à mon avis loin d'etre achevée. Et bien entendu, comme tous les chats du monde, et peut-etre encore plus en ce qui les concerne, ils sont tellement mignons qu'on leur pardonne tout.
Aeroport mon amour
Quant à l'appartement dans lequel ils vivent, il est tout simplement sublime, aérien, meublé avec gout, etc. Je me jette sur un canapé, leur ordinateur portable sur les genoux, et laisse Aglaé partir de l'appartement. Elle s'en va en effet pour aller chercher Adeline, notre compagnon de voyage pendant une semaine, dont l'avion ne va pas tarder à atterrir. Au lieu des 2 ou 3 petites heures que je m'appretais à passer seul, Aglaé ne reviendra avec Adeline qu'au bout... de 5 heures ! Mésaventures et attentes de bus s'étaient en effet enchainées sans arret, et lorsqu'elles rentrent elles me retrouvent presque incrusté dans le canapé.
La présence d'une nouvelle compagnon de voyage nécessite d'ouvrir un nouveau chapitre, non ? Allez, bonne nuit les petits !On se retrouve au prochain numéro.
Frontière = Galère
9h30: Le bus finit par s'ébranler. Là, un insupportable mec chétif, toujours accompagné d'un gros mec à l'air complètement abruti, explique à l'assemblée que d'être serrés dans un bus pourri nous fait comprendre ce que c'est que d'être un pauvre cambodgien et que l'on pourra en parler dans nos pays en rentrant! Avec Charly, nous manquons de nous étouffer (de rire, de rage?) car les bus locaux longues distances sont tous spacieux et climatisés au Cambodge, comme nous avons pu le constater lors de l'agréable trajet Phnom Penh - Siem Reap. Nous commençons à regretter amèrement d'avoir failli à notre règle:
11h30: ...mais pour mieux s'arrêter, devant un restaurant, lui aussi reversant une commission au chauffeur bien entendu. C'est soit-disant l'heure de déjeuner et de toute façon ça ne sert à rien de protester : "Stop 40mn!". Le chétif s'exclame, toujours grande gueule "Cool man ! We are not machines!". La pause sera en fait d'1h15...
14h: arrivee a la frontiere, soit 3h30 d'attente inutile et 3h de vrai trajet! Nous sommes affamés, mais décidément le Cambodge ne nous réussit pas: avant la frontiere, dans un petit resto, la serveuse nous indique les prix des nouilles puis appelle son patron car elle ne parle pas bien anglais. Celui-ci nous annonce alors que pour nous, il double les prix! Nous nous levons, excédés: puisque c'est comme ça, nous nous achetons un paquet de gâteaux et nous précipitons vers la frontière.
Dans le bus est diffuse un spectacle thai absurde et grandiloquent avec des chanteurs kitschs, des travestis, des danseuses traditionnelles, du french cancan, du flamenco, des enfants, des personnages volants au bout de cables, de la pluie sur scene, des parodies de boys band etc. Le tout en un seul show, asperge de paillettes et de couleurs flashies. Autour de nous, les passagers sont litteralement ecroules de rire, notre voisine de derriere semble au bord de la suffocation. Ils sont fous ces Thais!
22h30: La gare routiere, loin du centre-ville, est un immense chaos ou tout est ecrit en thai. Apres avoir marche 30mn avec nos sacs a travers des couloirs sans fin remplis d'echoppes diverses, nous finissons par trouver ou attendre le bus pour le centre touristique de Bangkok. C'est la que se concentrent toutes les guesthouses bon marche.
Il est minuit et demi, et apres 17h d'attente et de trajet nous denichons une petite guesthouse, un peu miteuse, mais nous n'avons pas le courage de chercher plus loin. Le lit remplit a lui tout seul notre miniscule chambre au bout d'un minuscule couloir, et les murs sont tellement fins que nous entendons comme si nous etions la musique peu subtile du bar voisin. C'est tellement cheap qu'il y a du lino seulement autour du lit, pas dessous! La patronne nous assure que la musique s'arrete a 1h. Nous partons donc nous balader en attendant et nous nous jetons avec joie sur des Pad Thai (nouilles sautees avec des cacahuetes - delicieuses) et sur des crepes banane chocolat, le tout achete dans la rue. Le ventre plein, ce grand bazar est plutot fascinant!
Seulement voila... Nous retombons sur le Francais de la frontiere. Il nous explique avec un sourire bienveillant (mais oh combien cruel pour nous!) qu'apres le trajet catastrophique qu'il a partage avec nous cote cambodgien, le trajet cote thailandais s'est passe a merveille: bus confortable et climatise, pas d'arret-arnaque, il est arrive directement a Khao San a 9h et a pu choisir son hotel! Nous sommes effondres car il faut se rendre a l'evidence: nous avons eu tout faux! Nous nous demandons alors si la poisse cambodgienne est transfrontaliere.
Nous retournons dans notre chambre et nous endormons au son de rock americain, car apparemment le bar ne faisait que vaguement baisser sa musique apres 1h!
NB de Charly : ce qu'Aglae ne raconte pas, notamment parce que je n'ai ose lui dire qu'une fois parti de la guesthouse miteuse, c'est l'episode du livre de comptes. Lorsque nous sommes arrives a la pension, il a fallu s'enregistrer, comme dans n'importe quel hotel. La gerante cherche un moment le cahier sur lequel elle consigne les arrivees et les departs, le trouve, et l'ouvre devant mes yeux. Un immense cafard en saute (je ne savais pas que les cafards pouvaient sauter), sans declencher d'emotion particuliere autre que la surprise et le rire chez cette femme. Quant au cafard, la maisonnee l'a laisse gambader toute la nuit dans le hall, a ma grande horreur...