Eclaircies
Nous aurons un peu pris notre temps a Hanoi et sommes reposes et prets a parcourir les immenses espaces qui nous attendent en Chine.
5 mois et demi autour de l'Asie, de Kochi (Inde) à Moscou, en passant par les montagnes du Népal, les jungles du Sud-Est, la mégalopole japonaise, le chaos chinois, et les steppes mongolo-sibériennes. 5 mois et demi de photos et d'ambiances sonores, autour des visages de ceux qui, là-bas, attendent leur bus ou leur métro...
Un (vrai) drame
Dans le veritable Sinh Cafe, je fais la connaissance deux femmes etonnantes. La premiere, la cinquantaine, est une Marseillaise de bagout, qui a fait la rencontre de la seconde, une francophone d'origine Thai, mariee a un Francais. Toutes deux ont la cinquantaine. Elles ne se connaissaient pas, mais se sont rapprochees a l'occasion d'une balade dans la baie d'Ha Long, au cours de laquelle le mari de la Thai (veritable francais, lui) a subi une violente attaque cardiaque.
La Marseillaise, le coeur gros, me raconte tout d'un coup, sans que je lui aie specialement demande quoi que ce soit. Le rapatriement sur une ile de la baie, le transfert par helicoptere vers l'hopital francais de Hanoi, l'annonce de la mort clinique du mari, l'hesitation a le debrancher au plus vite, les formalites compliquees d'assurance, les complications pour aller disperser ses cendres en Thailande, comme il l'avait souhaite... Bref, toute une serie d'horreur qui me fait realiser soudainement a quel point cette histoire de visa est derisoire. L'air perdu de la Thaie, un peu souriante, mais completement larguee, me restera longtemps en memoire.
Entre leurs mains
Nous decidons finalement de confier nos passeports a notre hotel. Les refus des autres agences, au lieu de me faire manquer de confiance envers les gens de notre hotel (ils sont fous, ils ont trop de confiance en eux), me fait au contraire comprendre que, s'ils sont aussi surs d'eux, c'est qu'il y a un truc. J'essaie de leur demander quel est ce truc, mais la fille a du mal a m'expliquer : visiblement ca passe par une entreprise qui s'occupe de ces trucs de visas, et elle ne sait pas trop ce qui se passe. En gros elle n'en sait rien, mais elle est sure d'elle. Comme nous ne payons qu'a reception du visa, nous n'avons rien a perdre, et nous avons jusqu'a l'expiration de notre visa viet pour prendre un avion en catastrophe et quitter le pays. Nous demandons le service express, le seul qui peut nous sauver (nous sommes jeudi, et le week-end nous enleve deux jours ouvrables).
Toujours aussi epuises par notre demi-nuit et les vexations du matin, Aglae et moi nous ecroulons sur notre lit : nous ne pouvons rien faire de plus. Nous passons toute la fin d'apres-midi a roupiller et a nous faire du souci, reprenons des forces, et decidons de visiter la ville le lendemain. Que pouvons-nous faire d'autre ?
2 - 3 mars
Tres motive par la merveilleuse journee de la veille, nous nous levons tot, avalons un delicieux cafe glace et enfourchons des velos de location. Destination : les tombeaux des empereurs vietnamiens, dissemines dans la campagne autour d'Hue. Le ciel est un peu menacant, mais nous pedalons joyeusement, aides par un petit arret viennoiseries.
Nous traversons la banlieue de Hue, calme et etonamment parsemee de jolies maisons de style colonial, entourees de jardins luxuriants. La route monte, descend, remonte, redescend... Les maisons disparaissent et nous nous retrouvons dans une verdoyante campagne. Nous atteignons le premier tombeau: celui de l'empereur Tu Duc. Les cars de touristes etant plus rapides que deux cyclistes, le site, pourtant tres visite, est maintenant presque desert.
C'est un ensemble consitue de plusieurs tombeaux de pierre (de la famille de l'empereur), de temples de bois, de statues de lion, de mandarins ou de chevaux. Certaines parties ont ete bien restaurees, d'autres sont en ruines. Des dragons en mosaiques bleues (faites a partir de vaiselles en porcelaine brisee) veillent sur les lieux. Ces monuments sont sis dans un grand parc: hauts arbres d'essences multiples, grands bassins ou flottent quelques lotus et premieres fleurs printanieres. De ce lieu se degage une incroyable poesie. On ne peut y errer sans ressentir a la fois un sentiment d'harmonie et une violente nostalgie.
Les nuages gris qui nous menacaient finissent par crever : a pluie nous fait sortir de nos reveries et accelerer la fin de la visite. Nous repartons vaillament sous la pluie, mais elle ne dure pas. Nous commencons a secher quand nous atteignons un second tombeau, perdu au milieu d'une succession de champs. Le temple principal est en restauration, nous sommes donc seuls. Le reste du site est dans un etat de ruine avance, ce qui fait tout le charme du lieu. Sous la bruine, nous traversons un vieux pont, surplombant un bassin en forme de demi-lune, pour nous avancer vers le tombeau de l'empereur. C'est un monticule de terre recouvert d'arbres immenses et encercle par un mur de pierre, qui n'a qu'une grande porte qui reste toujours fermee. Ce tombeau vegetal, une foret luxuriante ceinte par la pierre, nous parait un choix vraiment merveilleux pour une derniere demeure.
Nous pedalons le long de la Riviere des Parfums quand la bruine se transforme en veritable deluge. Nous sommes rapidement trempes jusqu'aux os. Nous finissons par nous refugier dans une sorte de cabane-resto en taule le long de la route. Une dame nous cuisine un dejeuner simple mais tres bon, pendant que le reste de la famille nous devisage avec une certaine surprise, et que des voisins viennent - semble-t-il - specialement pour voir les etrangers detrempes .
Il pleut toujours, mais moins fort, et il faut bien repartir ! Le troisieme tombeau que nous visitons a ete massivement restaure ; les temples ont l'air un peu trop fraichement repeints a notre gout mais cela donne une bonne idee de ce a quoi ce lieu pouvait ressembler a l'epoque de sa construction.
Le retour vers Hue se fait sous un soleil timide, mais bienvenu apres toute cette pluie. Nous traversons la belle campagne avec grand plaisir. Nous nous arreterons brievement dans un lieu sacre tres etrange, l'autel du ciel : c'est juste une immense esplanade de pierre, carree, surmontee d'une esplanade circulaire au milieu d'une foret. Tres depouille! Brisant la serenite et la sacralite du lieu, un gardien tentera de nous faire croire que l'entree du site est payante!
Nous traversons ensuite toute la ville pour aller visiter la charmante pagode Thien Mu en haut d'une colline. Elle est tres elegante, il ne pleut plus et des moines sont en pleine ceremonie. Nos mollets fatiguent sur le retour...
Nous retournons diner chez notre restaurateur sourd-muet. Il nous accueille avec un grand sourire, mais nous manquons nous aussi de devenir sourds. En effet, un marmot de 3 ans sort soudain d'un carton qu'on croyait abandonne dans un coin, se saisit de baguettes en fer et se met a taper de toutes ses forces sur notre table... en fer. Nous tentons de l'arreter. Il se jette par terre et se met alors a hurler comme s'il souffrait le martyr. Sa maman emporte heureusement loin de nous le terrible gamin.
Le repas est toujours aussi bon, et au moment de payer l'addition, le restaurateur nous offre un decapsuleur avec un sourire dessus!
Sur les traces de la cite imperiale
Le lendemain, nous nous reveillons dans notre petite chambre humide (nous l'avions choisie en connaissance de cause mais avec la lessive qui seche, on s'attend a voir les murs suinter) et nous precipitons dehors. Il fait gris mais pas de pluie, hourra!
Nous traversons une nouvelle fois la Riviere des Parfums pour nous rendre dans la cite imperiale de la ville. Entouree de multiples remparts, elle a ete en grande partie detruite (saccage des Frncais, offensive du Tet par les Viet-Congs, bombardements americains... la totale !). Mais une tres belle porte et la salle des audiences ont ete tres bien restaurees: rouge et or, gracieuses colonnes laquees, decoration a la fois sobre et sophistiquee, bonzais fleuris... C'est tres impressionnant.
La Cite Pourpre interdite, ou vivait l'empereur, offre un curieux spectacle. De l'herbe rase parsemee de ruines de fondation, et soudain des batiments en construction aux couleurs criardes. Il a en effet ete decide de reconstruire certaines parties du palais a l'identique. Le contraste est assez derangeant, esperont que le temps patine la peinture!
Mais cachee dans un angle de la cite, nous trouvons un veritable tresor : la salle de lecture de l'Empereur, qui a miraculeusement echappe aux destructions successives. C'est un tout petit batiment un peu croulant, avec de merveilleuses sculptures aux coins de ses toits, des mosaiques bleues un peu passees et un merveilleux petit jardin. Pourvu que les Vietnamiens ne decident pas de le repeindre dans leur folie de la restauration a neuf!
Nous errons ensuite dans la citadelle a la recherche de divers temples. Certains sont restaures, mais beaucoup d'autres sont entoures d'herbes folles ; tous sont deserts. Nous nous sentons l'ame d'explorateurs et apprecions cette longue balade, meme si finalement il ne reste que peu de choses de l'immense cite imperiale.
Le boui-boui des collegiennes
Apres avoir erre a la recherche d'un petit resto, constate que celui recommande par notre guide avait une carte en vietnamien et une carte en anglais - avec des prix differents, nous atterrissons dans le boui-boui des collegiennes. C'est un petit restaurant aux couleurs pastel, garni de personnages Disney accroches partout et beaucoup de sucreries au menu. Nous dechiffrons la carte en vietnamien grace a notre guide (enfin a peu pres...). Charly mange des escargots pour un prix ridicule, je me regale aussi. La restauratrice nous dira en souriant "it's cheap!" et nous ne pourrons qu'acquiescer, reconnaissant d'avoir pu manger de la bonne cuisine toute simple sans avoir a negocier.
Heureux de si bien manger depuis le debut de notre sejour au Vietnam et d'avoir eu la chance de tomber sur des gens souriants et sympatiques (compensant largement les quelques rencontres desagreables), nous nous elancons vers la gare, ou nous attend notre trajet de 12h vers Hanoi. En route pour le Nord!
La mer scintille sous les rayons du soleil, mais les nuages y dessinent aussi de grandes ombres bleu roi. Ce contraste se retrouve dans les nuances de vert des flancs des montangnes, de plus en plus abrupts et rocheux. Les nuages blancs et gris s'ammoncelent sur les sommets. Des torrents devalent les pentes et passent sous la voie ferree; des hommes emitoufles agitent des drapeaux jaune et rouge au passage du train. Soudain, la pluie se met a balayer mon visage, me ramenant a la realite et a la douleur qui commence a emaner de mon cou.
Une eclaircie suit de peu l'averse, et j'amene Charly a la precieuse petite fenetre. Nous gardons tous les deux un souvenir emmerveille de cette premiere 1h30 de trajet. La deuxieme moitie rejoint la route, il n'y a plus de montagnes mais juste la mer, nous regagnons nos sieges.
La chance continue...
A notre arrivee a la gare de Hue, nous essayons d'appeler une guesthouse que les deux fameux Israeliens nous avaient recommandee a Hoi An. Mais nous realisons vite que tous les numeros de telephone que nous composons ne marchent pas. Nous avisons une vietnamienne a cote de nous, elle prend notre telephone, ecoute l'operatrice disant que le numero n'est pas attribue, nous demande la carte de la guesthouse et recompose le numero, avec un 3 entre l'indicatif regional et le numero. Elle nous sauve, car comment aurions-nous pu deviner?
A peine cette dame aimable a-t-elle disparue, qu'une seconde surgit: elle propose a Charly qui peine a acheter notre prochain billet de train de le faire a sa place. Pourquoi Charly est-il en difficulte? A cause de la barriere de la langue? Non, a cause de cette habitude toute vietnamienne (et chinoise) de ne pas faire la queue, mais plutot de s'agglutiner devant le guichet, de pousser tout le monde, de tendre des billets a la guichetiere par-dessus l'epaule de la personne pourtant devant, etc. La dame se jette dans la melee (alors qu'elle a deja ses propres billets), joue des coudes avec art, et revient avec les precieux billets. Charly a a peine le temps de la remercier qu'elle disparait, sans rien demander.
Nous appelons la guesthouse qui nous annonce qu'on vient nous chercher gratuitement a la gare en taxi alors que nous reservons la chambre la moins chere! L'accueil est tres chaleureux.
La chance nous submerge!
Nous partons en quete d'un diner quand nous nous rememorons un probleme persistant et douloureux: l'appareil photo ne marche pas, nous n'avons d'ailleurs aucune photo d'Hoi An. Nous tombons sur un premier magasin ou on nous dit de repasser le lendemain. Nous en tentons, a tout hasard, un second. Et la, c'est le miracle! Un jeune homme a l'air hyper-nerveux se saisit de notre appareil, parcourt le menu d'un air expert, se precipite sur son ordinateur, nous annonce qu'il y a un virus sur nos cartes memoires, se met a copier/coller/effacer dans tous les sens et nous rend notre appareil, qui marche parfaitement! Il disparait aussitot dans le fond du magasin, sans rien nous demander, d'autant qu'il ne connait pas un mot d'anglais.
Nous demandons a la patronne combien nous lui devons, elle semble etonnee, et nous demande 5 euros! Alors que nous nous trainions ce probleme depuis le Cambodge, en 20mn et pour une somme derisoire, l'appareil marche enfin! Nous bondissons litteralement de joie!
Nous ne sentons meme pas la pluie qui s'abat sur nous et traversons la Riviere des Parfums, pour s'eloigner du ghetto touristique. Nous arrivons alors dans un petit resto, ou un sourd muet nous fait signe que sa cuisine est "pouce en l'air". Trempes, nous nous precipitons a l'interieur. Un coup d'oeil sur la carte et nous nous apercevons que les prix sont deux fois moins eleves que partout. Et en plus, c'est un vrai delice! Nous roulons nous-memes de la viande finement grillee et des legumes frais dans du papier de riz, le tout agremente d'une savoureuse sauce cacahuetes. Des bananes frites recouvertes de chocolat couronnent le tout. Nous repartons l'estomac plein, les papilles enchantees, et faisons signe au restaurateur que nous reviendrons.
Nous rentrons sous la pluie, abasourdis: quelle journee!
27 fevrier
Hoi An nous avait ete recommande par tout le monde - absolument tout le monde. Situee au centre du Vietnam, toute proche de Hue, plus connue, la ville d'Hoi An est une bourgade miraculeusement preservee des bombes qui ont ratisse toute la region pendant les deux guerres au Vietnam. Quand on y ajoute la haute reputation de la cuisine locale, on comprend que deux affames comme nous aient eu tres envie de la visiter.
De la tenue et de l'insistance
Pour aller de Danang, ou nous avait gentiment depose notre avion, jusqu'a Hoi An, il nous fallait d'abord prendre un bus. Nous rejoignons la gare routiere en taxi, un taxi dont le compteur affole nous fait emettre quelques suspicions - lorsque le chauffeur tente en plus de nous faire payer le parking de l'aeroport, nous refusons poliment. L'escroc repondra dignement : "les Francais, vous faites toujours des problemes !".
Nous savions qu'il fallait eviter a tout prix de prendre un bus local au Vietnam : tous les touristes se font avoir. Mais la, c'etait la seule solution. Nous tentons d'acheter un ticket a un comptoir, la seule solution regulee, mais c'est impossible : nous devrons payer DANS le bus, ou les controleurs ont la facheuse reputation d'inventer des prix pour nous. Armes d'une information capitale (le prix du ticket il y a deux ans : 8000 dongs, la monnaie locale, encore plus faible que le kip lao), nous allons voir la controleuse, une petite femme seche.
- Hello, how much is it ?
- (apres mure reflexion) 40 000 dongs for two!
Sauves par le dong
Une negociation absurde commence, ou tout du moins un embryon de negociation. La femme baisse vite a 30 000 dongs, mais reste inflexible. Motif : nous avons des bagages, ca prend de la place, donc on paiera plus cher. Nous insistons, tres vite la femme s'en fout. Le bus commence a partir doucement. Nous sommes demoralises : on ne laissera pas cette insupportable femme se foutre de nous ! Nous nous rapprochons a nouveau du bus, car nous n'avons vraiment pas envie d'en attendre un nouveau qui nous arnaquera tout autant. Et la c'est la revelation : en gros sur le cote du bus il y a marque : 10.000 dongs / luot, luot voulant dire "personne". Enfin nous avons notre legitimite : nous retournons vers la femme et lui annoncons notre ferme intention de payer 10.000. Elle refuse encore, montre nos sacs.
Nous connaissons depuis le Laos les habitudes des Asiatiques en matiere de bagages : si ma poule ou ma moto rentre dans le bus, c'est tant mieux. Et surtout, il n'y aura jamais de surtaxe.
Nous montons donc de force dans le bus, avec la chienne de garde qui pousse des cris. Nous rangeons nos sacs sous les sieges, ils ne prennent aucune place supplementaire. Nous payons 20.000. La femme demande plus, nous refusons, elle s'en va. Elle reviendra une bonne dizaine de fois nous redemander l'argent supplementaire, mais lorsque nous lui montrons une petite vieille qui voyage avec sa tele (veridique) et une bonne dizaine de paysans qui ont charge des sacs de riz, elle finit par se lasser. Ambiance ambiance...
Hoi An, tes degres supplementaires
Nous atteignons enfin la ville de Hoi An. En chemin vers le centre-ville, je tente ma premiere negociation en vietnamien, pour acheter une bouteille d'eau. Lorsque j'annonce le prix normal d'une bouteille d'eau au Vietnam a la vieille femme qui tient sa boutique, elle se met a miauler le prix en discontinu "muoi nghinnnnnnn, ohhhhh muoi nghiiinnnnnnnn", comme si elle venait de perdre son fils, puis finit par me la ceder. Trente metres plus loin, je fais demi-tour pour obtenir reparation : la vieille m'a refile une bouteille qui fuit, vaguement consolidee avec du scotch. Roublards roublards...
Nous avons eu beau mettre les voiles vers le Nord, a Hoi An il fait encore plus chaud qu'a Saigon. Pour ne pas changer, nous arrivons donc tout cuits a notre hotel, et entamerons apres un repos bien merite une visite express de la charmante Hoi An, nous laissant les principaux sites pour le lendemain. Vieilles maisons rouges, jaunes, le long d'une riviere, ambiance assoupie : c'est vraiment enchanteur. Un petit vieux francophone organise des visites dans sa maison : ancien prof de maths, c'est un phenomene qui parle vite et fort, court dans tous les sens, et nous procure une masse d'informations qui donne le tournis. Il concluera sa visite par une verite inebranlable: "Que ca soit sous le regime colonialiste, communiste, ou maintenant touristique, les maths, ca ne change pas!". Mais Hoi An, c'est surtout une ambiance : flaner dans les rues, visiter un marche local ou, au milieu des poissons, Aglae se trouvera quand meme un T-shirt vert d'un kitsch assume.
Quand les billets s'envolent
Alors que tout va bien depuis notre arrivee au Vietnam, bien mieux que dans tous les pays precedents (nous ne sommes pas malades, nous faisons des rencontres extraordinaires), nous tombe dessus une tuile. Assis dans un petit cafe tranquille (ah l'influence de la France, ah le bon cafe fort), Aglae et moi faisons nos comptes, car nous trouvons notre portefeuille bien vide. Au bout de tres longues reflexions ("attends, on a achete quoi deja la ? c'etait combien ?"), il faut se rendre a l'evidence : d'une maniere ou d'une autre, nous avons perdu le plus gros billet possible de la monnaie locale, ce qui represente quand meme un bon resto en France.
J'ai vraissemblablement confondu, a un moment donne ou a un autre, deux billets : il y a trop de zeros, et j'ai surement donne un billet de 500.000 au lieu d'un billet de 50.000. A ce moment-la, la personne a qui j'avais affaire n'a ecoute que sa malhonnetete, et a fait comme si de rien n'etait.
C'est une broutille mais nous sommes effondres : nous nous battons pour tout, les bus, les avions, les restos, afin de garder de quoi finir le voyage comme prevu, nous faisons attention a tout afin de pouvoir s'offrir quelques petits plaisirs (necessaires sur 6 mois), et cela ne suffit pas, puisque la malhonnetete d'un seul suffit a ruiner tous ces efforts.
Nombre d'entre vous auront d'ailleurs remarque que malgre nous, nous parlons souvent d'argent sur ce blog. C'est a notre corps defendant : voyager en independant est majoritairement une affaire de dollars. La ou un membre d'un voyage organise ne paie que ses souvenirs, puisqu'il a tout regle par avance, les routards comme nous mettent la main au porte-monnaie 50 fois par jour. Les restos, l'eau, les boissons, les transports, les musees : il y a tellement d'achats a faire qu'il est tout le temps necessaire de faire le bon achat, au vrai cout - et ce alors que les couts de la vie, differents a chaque nouveau pays, nous sont souvent inconnus au moment de notre arrivee sur le territoire.
L'argent est donc pour nous, mille fois plus qu'en France, une affaire de tous les instants : il met en jeu la continuation de notre voyage, bien sur, mais aussi une fierte qu'on pourra trouver deplacee, mais qui est un principe pour nous : il s'agit de ne pas se faire avoir partout, ne serait-ce que pour ne pas avoir l'impression de depenser en une journee ce que les gens sur place gagnent en trois mois - un fosse qui cree le genre de comportements dont on a pu parler, le Blanc finissant par etre vu comme un porte-monnaie sur pattes. Le quotidien de notre voyage est donc souvent une affaire d'argent : ai-je bien sur moi ma ceinture avec mes billets ? Aglae a-t-elle sa pochette avec les passeports et quelques dollars ? Combien me reste-t-il ? nous faudra-t-il changer ? retirer ? et combien ? Nous reste-t-il des Dollars, des kips, des bahts, des dongs ?
Ca ne nous fait pas pour autant rire : nous reverions de nous preoccuper un peu moins de ces histoires, et un peu plus de ce qui se passe autour de nous. Les moments comptabilite autour du dessert ou avant de se coucher ne font pas partie des moments les plus detendus et marrants du voyage. Mais de maniere generale, notre rigueur nous a ete extremement profitable, en temoignent les petits plaisirs que nous avons pu nous offrir a Noel en Inde, ou a Singapour !
Bouibouis de luxe
La deprime est un peu violente, mais elle est vite passee, car elle etait surtout symbolique : c'est la malhonnetete de notre escroc qui nous gene plus que la somme perdue. La deprime ne s'en va pas toutefois a la vitesse de la lumiere : en effet, alors que nous cherchons un restaurant de notre guide, nous nous perdons, puis finissons par echouer dans des bouibouis. Et la, surprise ! Ces restaurants pour Vietnamiens, peuples de Vietnamiens, sont tous pourvus d'une vieille carte en anglais, avec des prix... pour touristes ! Eh oui, quel bonheur de constater que dans ces petits trucs pas tres propres perdus au fond de rien du tout, les locaux les plus miserables viennent manger pour 2 fois plus cher que dans les restos touristiques du centre-ville !
Et alors que nous pensons tout de meme a commander, la patronne du restaurant nous annonce que ce sont des old prices et que les vrais sont plus hauts, mais que ca reste cheap. Elle nous assure qu'il s'agit des memes prix que pour les Viets, ce qui est evidemment louche vu que nous ne lui avons rien demande. Nous partons excedes, et finirons par manger de la bouillie de riz dans la rue, un peu saoules par tant de malhonnetete : le bouiboui etant le refuge habituel du routard, si nous en sommes chasses, que nous reste-t-il ? Manger avec les grabataires des tours organises ?
(surtout qu'on y mange generalement si bien, dans ces petits trucs sales.... c'est mon truc favori !)
Ce qui caracterise HCMC est le nombre incroyable de motos qui y circulent. Des essaims de motos attendent en vombrissant aux feux rouges, puis se croisent dans le plus grand desordre, mais sans se toucher. Pour une voiture, il y a 50 motos, et on pourrait rester des heures immobile sur le trottoir, juste a contempler ce flot ininterrompu. Mais il faut bien traverser la rue ! C'est une experience un peu angoissante mais digne d'un jeu vidieo: il faut marcher lentement, a vitesse constante : chaque moto vous evite, de preference au dernier moment, mais elles ne s'arretent jamais. Et ca marche!
Who is Chouchou?
Quand j'etais petite, nous avions un charmant voisin vietnamien, surnomme pour d'obscures raisons "Chouchou". Il avait quitte le Vietnam a 20 ans, pour venir en France dans les troupes coloniales, et il etait reste. Il n'a pu retourner dans son pays et y retrouver les descendants de sa famille qu'aux debuts des annees 1990, a la reouverture du pays. Il s'y est depuis rendu plusieurs fois pour rendre visite a ses innombrables petits neveux et nieces. Par hasard, il se trouvait au Vietnam en meme temps que nous, un coup de chance qui s'est joue a quelques jours pres.
J'ai le numero d'une de ses petites nieces: Linh. Je l'appelle a tout hasard : elle m'apprend que Chouchou n'est pas a Saigon, mais me propose de nous retrouver le lendemain pour le dejeuner.
En route pour le delta, tant pis pour Saigon!
Le petit-dej est inclus dans le prix de la chambre. Nous nous attendons a deux tartines de pain sec. Eh bien non! De la delicieuse baguette, des toasts grilles, des oeufs et de la confiture maison nous attendent sur la table. La journee commence bien!
Apres avoir traverse un marche immense ou il etait difficile de se frayer un chemin entre les faux jeans Diesel et les vendeurs s'aggripant (litteralement) a vous pour tenter de vous arreter, nous apercevons une silhouette vetue de rose nous attendant sous l'absurde statue du premier vietnamien a avoir utiliser des pigeons voyageurs.
Linh nous salue brievement puis nous ordonne autoritairement de ne pas bouger, puis repart en courant. Soudain, elle emerge a moto du flot incessant de vehicules, accompagnee d'un de ses cousins, Cao, lui aussi a moto. Ils nous tendent un casque et nous montons derriere eux, ne sachant pas ou ils vont nous emmener. Nous nous retrouvons entoures de centaines de motos, l'impression est incroyable. Tout le monde grille les feux rouges mais inexplicablement, on se sent plutot en securite.
Autour d'un delicieux repas de specialites vietnamiennes qu'ils tiendront absolument a nous offrir, nous faisons connaissance avec les 2 cousins. Linh cherche du travail comme manucure et Cao fait des etudes de finances pour travailler dans une banque. Ils parlent tous les 2 plutot bien anglais, mais l'accent etrange de Cao qui nous complique un peu la tache ("dangery" pour "dangerous", "frel" pour "french" et pour "friend")...
Ils nous demandent alors si on desire voir Chouchou qui est dans leur famille, dans un village du delta du Mekong a 3 heures de Saigon. Nous repondons par l'affirmative et alors tout s'enchaine: retour en catastrophe a l'hotel pour attraper au vol une brosse a dent, y laisser nos gros sacs et reserver une chambre pour le lendemain soir, nouveau slalom a moto dans la ville, depos des 2 motos chez des amis, taxi jusqu'a une gare de minibus et nous voila en route pour l'extreme sud du Vietnam!
Tout au long du trajet, nous sommes assaillis par la gentillesse de nos guides improvises: est-ce que le minibus n'est pas trop inconfortable? Est-ce qu'on a faim? Est-ce qu'on a soif? ... Le paysage change et nous passons sur des ponts toutes les 5mn: l'eau est partout! Apres 3h30 de route nous prennons un ferry pour traverser le fleuve, d'une largeur incroyable et couvert d'embarcations diverses: freles petits bateaux, peniches, plateforme avec des grues pour draguer le fleuve...
A la descente du ferry nous attend le pere de Cao, qui est tres intimide et nous regarde a peine. Une fois habitue a notre presence, il affichera toujours un sourire bienveillant. Il nous conduit en voiture jusqu'a sa maison ou nous attend le but de cette equipee: Chouchou! Je suis tres heureuse de le voir au Vietnam, c'est "estraordinaire" et emouvant.
Nous avons a peine le temps de nous asseoir qu'on nous apporte deja du jus de noix de coco fraiche. Nous partons ensuite a moto vers la maison de la famille de Linh ou nous allons diner. Agreable trajet a la nuit tombante, ou nous croisons toutes sortes d'etudiants et d'etudiantes a velo.
Toutes les generations sont reunies pour ce repas de fete, depuis les enfants faisant du karaoke devant la television jusqu'a Chouchou, le doyen de la famille (et donc la personne la plus respectee par tous). Le diner est un enchantement culinaire: poissons tout juste peches dans le Mekong, legumes finement assaisonnes, rouleaux de printemps, fruits parfumes venus des vergers voisins et parfois inconnus (certains n'ont meme pas de traduction en francais). On nous donne les meilleurs morceaux, la seule mangue est juste pour nous... Les femmes de la famille ont du cuisiner toute la journee pour preparer tant de choses a manger (nous sommes une vingtaine et il y a a manger pour quarante). Je suis particulierement couverte d'attentions, car c'est moi qui est "de la famille (de coeur)" de Chouchou. Tout le monde me trouve belle, adorable, etc. Charly me confessera par la suite qu'il se sentait un peu pot de fleurs!
Nous sommes tres touches et enchantes par un tel accueil. C'est vraiment le reve pour commencer notre aventure au Vietnam !
Nous rentrons dans la maison de la famille de Cao pour y dormir: tout le monde se serre pour nous laisser une chambre, dans laquelle on nous installe rien de moins que 2 ventilateurs et un paquet de sucreries au cas ou on aurait faim la nuit!
Le lendemain matin, nous allons faire le marche avec la maman de Cao. Le petit-dejeuner est un nouveau delice: oeufs, baguette, delicieux porridge sucre au lait de coco et au mais. Heureusement que Linh et Cao parlent anglais et font la traduction au reste de la famille ! Nous repetons a tour de bras les deux mots de vietnamiens que nous avons apris: "delicieux" et "merci".
Une amie de la famille et de Chouchou vient nous rendre visite et nous invite a visiter son jardin. Il s'agit en fait d'un immense verger, traverse d'une multitude de canaux et couverts de pamplemoussiers. Les pamplemousses font d'ailleurs environ 5 fois la taille d'un pamplemousse francais ! Elle en ramasse, va demander des oranges a sa voisine et nous concocte le meilleur jus d'agrumes de tous les temps dans un vieux shaker en plastique. Elle veut absolument etre prise en photo avec nous au milieu de ses (magnifiques) fleurs et nous offre meme deux enormes pamplemousse en partant!
A notre retour, c'est deja l'heure de dejeuner (11h15) et le repas est a nouveau delicieux. Il n'y a pas mois de 3 sortes de poisson differentes! Ce fut d'ailleurs un serieux probleme pour enlever les aretes avec des baguettes. Heureusement, Chouchou me donne un coup de main; Charly s'en sort remarquablement bien et est felicite par la maitresse de maison ! Encore de la mangue (je n'en ai jamais mange d'aussi bonnes) pour le dessert, huuum.... !
Je dis au revoir a Chouchou, et nous repartons pour HCMC avec Cao et Linh, qui nous offrent a nouveau des noix de coco fraiches pendant le voyage (nous en avons ete abreuves pendant 2 jours, huum!).