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samedi 27 juin 2009

Les bouddhas de l'industrie


29 avril

Malgré le train un peu pourri, nous dormons comme des loirs pendant les quelques heures de trajet qui séparent Pékin de Datong. Nous arrivons encore une fois aux alentours de 6h. A notre grande surprise, à la sortie de la gare nous attend un employé de CITC (l'Office de Tourisme Chinois, une société semi-privée qui prend aussi en charge la vente des billets de Transmongolien).

C'est un homme affable, parlant un anglais parfait, qui nous remet contre paiement nos chers billets de Transmongolien. Il essaie aussi de nous vendre une visite guidée des grottes bouddhiques de la ville ("non") et nous propose de mettre nos bagages dans un hôtel "partenaire" ("ah oui"). Nous le suivons donc jusqu'à un hôtel assez miteux de Datong, qui semble être une minuscule ville pas du tout moderne. Nous sommes bien contents de laisser nos bagages contre une somme modique.

Nous sommes dans une vraie ville chinoise, aussi il n'y a aucun endroit pour prendre un petit déjeuner décent. Nous trouvons une vague supérette, dans laquelle nous achetons des "milk tea" en poudre. Cela faisait un certain temps que nous hésitions à essayer ces préparations de thé au lait lyophilisé.

Nous en choisissons deux, un goût café, et l'autre goût chocolat (mais nous nous trompons de paquet, et le prenons goût pêche). Le problème, c'est que nous ne savions pas qu'en réalité, il s'agit de Bubble tea, c'est-à-dire de thé au lait avec des boules gélatineuses de tapioca. Le mélange est lourd et indigeste. Nous en réchappons difficilement.

Ville industrielle

Notre long trajet dans un bus local, depuis la ville de Datong jusqu'au complexe de grottes bouddhiques, nous permet d'apercevoir une ville en Chine. Bien évidemment, avec autant de produits Made in China, il faut bien les villes industrielles qui vont avec. Datong en est une. Dans le bus, que des visages burinés et des mains calleuses d'ouvriers illettrés chinois. La plupart sont trop épuisés ou trop abrutis par leur travail pour remarquer notre présence. Tous se rendent au travail, déjà fatigués de la journée qui les attend.

La ville de Datong semble être de couleur unie : tout y est fait de briques orange, type de paysage quasiment disparu aujourd'hui en France, à part peut-être dans le Nord ou dans les Ardennes.

Des grottes, des grottes et des grottes

Je me doute que la perspective d'aller visiter des "grottes bouddhiques" n'est pas forcément très glamour. Mais il y en a un paquet en Chine et nous n'en avions toujours pas vus. Il était hors de question, après tant de témoignages de la culture bouddhiste, de passer à côté de cette forme primitive de la religion.

En réalité, les grottes de Datong, qui datent du Ve siècle, ne sont pas à proprement parler des "grottes". Il s'agit plutôt de niches creusées dans une façade de pierre, côte à côté. Les plus grosses contiennent des statues gigantesques de Bouddha, un peu comme celles que les talibans avaient fait exploser en Afghanistan.

Les gigantesques Bouddhas de pierre, dont le visage émerge difficilement de la pénombre de leurs grottes, dégagent une mystérieuse beauté. Ils sont immenses sans pourtant être écrasants et posent sur l'humble touriste un regard bienveillant. On a l'impression qu'ils sont ici à méditer depuis une éternité.

Par ailleurs, la peinture sur beaucoup de bas-reliefs sculptés a miraculeusement tenu jusqu'à nos jours. Ce qui les rend plus vivantes, plus émouvantes que beaucoup de celles que nous avons jusqu'ici vues :


A noter aussi, une étrange et grande statue de Bouddha, qui ressemblait paraît-il au souverain de l'époque, lequel ne brillait sans doute pas par sa beauté :

Départ en Transmongolien
Une fois rentrés à Datong, dernier déjeuner dans un restaurant local, où les serveurs nous regardent pendant tout le repas avec de grands yeux ronds, rejoints par des clients policiers qui ne toucheront pas à leur assiette, hébétés par notre présence dans ce restaurant. Nous faisons un festin en utilisant la technique maintenant rodée du "donnez-moi ce qu'il y a dans l'assiette de ce client, monsieur".

Après une attente un peu mélancolique sur la grand-place devant la gare, tout en mangeant des glaces chinoises (valent une bouchée de pain, probablement faites à partir de lait Sanlü frelaté), nous nous décidons à récupérer nos bagages, et à prendre ce satané train direction la Mongolie.

Une fois dans la gare, surprise un peu flippante : notre train n'apparaît pas sur le panneau d'affichage ! Dans un coin de la gare, derrière une vitre, un policier chinois semble contrôler on-ne-sait-quoi. En l'absence d'un bureau de renseignements, Aglaé et moi, un peu stressés, montrons notre billet de train au monsieur, en demandant "Zai nali ?" ("?"). Il nous demande de faire le tour. Nous rentrons dans son bureau, il s'empare de nos billets, nous demande quelque chose.

Ah oui, nos passeports. Il s'en empare, et se plonge dans une lecture méditative, passionnée, légère, de nos précieux documents. Il semble faire une vérification, ou plutôt occuper son ennui. Les yeux d'Aglaé deviennent ronds : mais qu'est-ce qu'il fait ?

Nous lui répétons en choeur : "Zai Nali, zai nali ?", croyant qu'il n'a pas compris que notre train allait partir dans 5 minutes. Il ne nous écoute même pas. Nous paniquons littéralement. En choeur, en français : "mais qu'est-ce qu'il fout cet abruti de flic ?".

Heureusement, il ne parle ni anglais, ni français, ni rien. Finalement, un autre homme vient le rejoindre, et lit aussi le passeport. Sans échanger un mot, ils se lèvent, et nous font signe de les suivre. Ils croisent une dame de ménage, lui demandent quelque chose. Elle part en courant dans un sens. Les types assurent. Nous continuons à les suivre, jusqu'à une porte verrouillée par un cadenas, qu'ils ouvrent uniquement pour nous. Nous arrivons sur les quais et les suivons dans un sous-sol, jusqu'à aboutir à un autre quai. Ce dernier est vide, à part 7 ou 8 autres hommes en costume militaire (ou policier ?) (ou juste un costume du personnel de la gare ?), qui attendent, sans bouger un muscle.

Nous ne sommes pas sûrs de comprendre. Notre train va vraiment arriver là ? Nos guides nous demandent de rester à notre place et d'attendre. Au bout de quelques minutes, un magnifique train arrive. Une locomotive verte et rouge, surmontée d'une énorme étoile rouge, pénètre avec des craquements formidables dans l'enceinte de la gare. Accrochée à elle comme la traîne d'une étoile, un petit nombre de wagons d'un vert sombre, chacun portant en cyrillique et en chinois les indications "Pékin --> Oulan Bator". Le train s'arrête, nous montrons nos billets à l'homme qui sera notre chef de wagon jusqu'à Oulan Bator. Il nous fait signe de le suivre, et une minute après nous voilà partis.

Nous avons eu un cortège d'une douzaine de militaires (ou de policiers ?), en casquettes rondes et en costume, uniquement pour que nous, deux petits voyageurs français, puissions monter à bord du Transmongolien.

On appelle ça un départ en fanfare !

Retour à Pékin : des Jeux Olympiques et des bars vides

26-28 avril

Nous arrivons à Pékin en fin d'après-midi. La gare routière du Nord-Est semble être le rendez-vous des Ouïgours de Pékin : des Chinois de culture turque, avec des traits absolument pas sinoïdes, qui ressemblent plutôt à de bons vieux Turcs, conduisent des vélos tirant de petites charrettes. Sur ces charrettes, d'énormes gâteaux qui, pour une fois en Chine, ont l'air très bons.

Ces Ouïgours, probablement bien renseignés, voient en nous des amateurs de sucrerie - j'imagine mal les Chinois aimer ces douceurs. Un premier devant lequel nous passons coupe une petite part de gâteau, et nous la tend en nous proposant de goûter. Je goûte, c'est très bon mais nous refusons d'en acheter plus. Un second nous poursuit quelques mètres avec sa part de gâteau. Un troisième déboule à fond derrière nous, en vélo, nous passe devant, manque de nous renverser en tournant, freine d'un brusque dérapage, dégaine son couteau et se jette sur le monstrueux gâteau. Il en extrait une formidable part et nous la tend. Aglaé et moi éclatons de rire et refusons. Du coin de l'oeil nous voyons un quatrième forcené qui roule vers nous en tirant un nouveau gâteau boursouflé.

Nous n'avons vraiment pas faim, aussi nous changeons de trottoir pour éviter cette folie, fort drôle par ailleurs.


Disneyland Pékin
A Shanghai, à Kunming, à Lijiang, à Dali, nous avions été dégoûtés par des "vieux" quartiers intégralement refaits. A vrai dire, nous étions un peu surpris de ne pas en apercevoir à Beijing, capitale de la fierté chinoise. Mais on ne change pas les Chinois. En cherchant le restaurant de canard laqué auquel nous sommes allés le lendemain (cf notre dernier message "La Gastronomie chinoise à l'épreuve du feu"), nous nous perdons et tombons un peu par hasard sur le projet de rénovation des hutongs situés juste au Sud de la place Tian Nan Men.

C'est vrai, des vieux quartiers populaires si près d'un centre touristique majeur du pays, c'était dommage non ? Du coup, les autorités ont rasé tout le quartier, rue après rue, ont tracé une grande avenue droite (la spécificité de ces vieux quartiers étant des petites rues courbes), ont installé un faux tram roulant sur 100 m (pour faire "vieux"), et ont partout troué les maisons pour y installer des magasins.

Au moment de notre passage, le grand projet n'est pas encore tout à fait achevé : les visites guidées en groupe sont déjà là, notamment devant un célèbre restaurant-usine à touristes de canard laqué (qui annonce une heure de queue) ; les façades et les rues sont finies ; mais les magasins sont encore en chantier, ce qui fait qu'on passe devant des rangées de maisons vides, la peinture à peine sèche, le poitrail ouvert sur des décombres. Nous avons l'impression de passer dans ces villes-fantômes du Far West, vidées après la ruée vers l'Or. Ici la ruée n'a pas encore débuté, mais les fantômes des anciens habitants sont déjà là.

Nous rentrons chez N avec une solide haine du tourisme à la chinoise !


Les deux Indiens souriants et la Vietnamienne de mauvaise humeur
Lors de son année d'échange aux Etats-Unis, Aglaé a fait la connaissance d'une part de Razeena, qui nous avait accueillis au Népal, de l'autre de deux frères jumeaux d'origine indienne, Karan et Kumar. Ceux-ci, nés à Hong-Kong, se sont toujours sentis plus chinois qu'indiens. La preuve, au moment de notre passage à Pékin, ils y vivaient pour parfaire leur apprentissage du mandarin.

Le lendemain de notre retour à Pékin, Aglaé déjeune avec eux pendant que je reste dans un cybercafé glauque pour écrire le blog. Le cyber est situé dans un sous-sol d'une galerie marchande abandonnée, il n'y a aucun autre client que moi, mais c'est le seul que je réussis à trouver dans le quartier de N.

Rendez-vous est pris le soir même pour boire un verre avec eux. Après nous être perdus (ils nous avaient donné rendez-vous à une station de métro dont le nom n'existait pas), nous nous retrouvons enfin. Les jumeaux sont adorables, gentils et drôles, mais un problème de taille les accompagne : la petite amie de Karan, une jeune Vietnamienne, qui a décidé de faire la tête.

On croirait qu'elle veut nous rappeler l'affabilité des Vietnamiens du Nord, tant elle a l'air de s'ennuyer en notre présence : moues, soupirs, yeux au ciel, silence continu (et pourtant elle parle un anglais parfait), absence totale d'intérêt pour ce qui se trame. Elle nous suit en renâclant dans le bar qu'ont choisi les jumeaux.

Pour une raison qui nous échappe encore, ceux-ci nous ont donné rendez-vous dans un quartier absolument désert le soir, pour nous emmener boire un verre dans un restaurant japonais au bord de fermer. Lorsque nous arrivons, le restaurant est vide, et la moitié des serveurs est littéralement en train de dormir autour de la caisse enregistreuse. Lorsque nous poussons la porte, ils se réveillent, courent remettre la musique de fond en marche, allument les télévisions au mur. Je me sens un peu mal de réveiller ces pauvres gens.

Nous passons malgré tout une soirée absolument charmante, dans ce cadre très étrange, puis sautons dans un taxi pour rejoindre notre auberge de jeunesse (N. partant en vacances, nous nous sommes rabattues sur une auberge près de la gare, d'où partira notre train le lendemain).

Ohhh Jeux Olympiques

Il est maintenant devenu sacrilège de passer par Pékin sans payer un hommage à ses nouveaux symboles, à savoir le stade du Nid d'Oiseau (à ne pas confondre avec le nid de poule), le Cube de la piscine olympique, et la tour de retransmissions. Bref, les installations olympiques. Celles-ci, qui occupent une place immense, sont desservies par une ligne de métro spéciale (qui n'a que trois stations), et reçoivent un ahurissant flux de visiteurs, surtout Chinois.

Si la visite de ces installations titille la fibre architecturale en chacun de nous (ces installations sont belles), en ressort un parfum un peu mélancolique. L'un des arguments de la candidature de Pékin aux JO de 2008 était de construire des installations qui resserviraient après les évènements. Or ici, on voit bien que ces immenses immeubles, ces tours, ces stades, ces parcs, sont vides, entièrement vides. Derrière les portes cadenassées de ces beaux bâtiments, qu'y a-t-il ? de grands espaces vides, qui n'auront probablement jamais droit à une deuxième vie.

Dans une ville aussi vaste que Pékin, ça sent un peu du gâchis, mais bon... la Chine avait tellement besoin de ces JO, pour asseoir leur statut international de nouvelle grande puissance, qu'on est prêt à les comprendre...

(mais tout de même, ces avenues piétonnes immenses, ces grandes esplanades vides, c'est un peu flippant, non ?)


Derniers instants pékinois
Notre dernière journée à Pékin est forcément un peu déprimante aussi : le train que nous allons prendre ce soir est le premier tronçon du Transsibérien qui, in fine, nous ramène en Europe. Même si ce n'est pas notre dernier jour en Chine, nous vivons nos derniers instants de voyage en tant que tel : bientôt, nous ne serons plus en voyage, mais sur le chemin du retour.

En réalité, le retour, nous l'avons déjà commencé lorsque nous avons quitté le Japon en bateau, puisque c'était le moment à partir duquel nous avons arrêté d'aller vers l'Est. Mais il y avait encore tant de choses à découvrir. Là, c'est bientôt fini.

Nous faisons de grosses courses pour survivre dans le train jusqu'à Ulan Bator, Mongolie, passons deux dernières heures dans un cybercafé à rattraper le retard du blog (Aglaé devra se boucher le nez tant son jeune voisin sentait mauvais) et récupérons nos bagages à l'auberge de jeunesse.

Gare aux pauvres
La Gare de Pékin, imposante, surplombant une immense esplanade, change radicalement de visage le soir venu. C'est la seule gare de Chine qui ne trie pas les gens à l'entrée. Tout le monde peut donc y rentrer, s'asseoir sur les sièges des immenses salles d'attente, s'allonger, manger, vivre, aller aux toilettes pour se laver.

Quand on sait que les paysans chinois arrivent en général dans les villes sans un sou, sans le logis et sans travail, on n'est donc pas étonné de s'apercevoir que la Gare de Pékin est un gigantesque camp de romanichels. Dans la salle d'attente où nous commençons par nous installer, la puanteur nous saute au nez. C'est un mélange d'odeurs de pieds et de déjections, mêlée à la sueur de ces hommes et de ces femmes qui vivent là. Il y a des immondices et des déchets partout par terre : les pelures de cacahouètes jouxtent les sachets plastiques et les paquets de biscuits écrasés. Beaucoup de gens sont allongés et dorment là.

Je fais un tour aux toilettes. Sans vous parler de l'odeur, je suis surpris de voir le nombre d'hommes qui, torse nu, font leur toilette. Il y en a un qui a la tête plongée dans le lavabo, et qui se fait un shampoing.

Nous quittons l'immense salle d'attente, de peur de nous évanouir, et commandons un café dans un tranquille petit bar installé dans la gare. Notre train part à minuit. A 23h35, les tableaux d'affichage étant incompréhensibles, je m'enquiers auprès de la dame du guichet d'informations du numéro de notre quai de départ. La dame me renseigne aimablement.

Je retourne à la table où Aglaé continue à découper des papiers pour son Scrapbook. Au bout de 5 minutes, la dame de l'accueil quitte son pupitre, et se précipite à ma rencontre : "vite, vite, il faut aller prendre votre train, dépêchez-vous !". Notre train part dans un quart d'heure !

Un petit vent de panique, émis par cette dame, nous gagne doucement. Nous rangeons nos affaires mollement et trottons pour rejoindre notre quai. Nous sommes dans un long couloir plongé dans la pénombre, et l'on distingue à peine des gens qui dorment par terre, un peu partout. La gare de Pékin est pire que toutes les gares d'Inde !!!

Autour de nous, des gens courent aussi pour attraper leur train. Bien entendu, nous sommes largement en avance, et avons tout notre temps pour trouver notre wagon et nous installer. Les Chinois sont tellement en avance ! Quand je pense que la dame de l'accueil nous a pressés, prise d'une panique folle, alors que nous avions 20 minutes d'avance ! C'est difficile à croire pour les Parisiens retardataires que nous sommes.

Notre train est un vieux modèle que nous n'avions jamais rencontré auparavant. Peu confortable, sale, lui aussi baigné d'une vague odeur de moisi, il donne l'impression d'être surpeuplé et bruyant. Aglaé et moi sommes à bout de fatigue, et nous écroulons dans nos lits : nos dernières heures en Chine nous ont montré une intensité dans la misère que nous n'avions même pas pu entrapercevoir pendant le mois passé dans le pays !

Nous nous couchons en espérant que notre tout dernier jour en Chine, le lendemain à Datong, se passera sans anicroches !

vendredi 26 juin 2009

WAAAAAAOUUUUUUU ! (La Grande Muraille de Chine)


26 avril

On l'attendait avec impatience, on craignait les légendaires nappes de brumes qui l'entourent, mais ce matin là, le soleil était radieux pour notre excursion à la Grande Muraille !

Nous partons très tôt pour ne pas avoir à la parcourir au pas de course. Nous trouvons facilement un minibus qui peut nous déposer en cours de route non loin de la muraille. Nous connaissons les prix et ce n'est pas du tout celui qu'on nous annonce.

Je soupire : ah non, c'est pas vrai, on se croirait au Vietnam ! L'heure matinale ajoute à mon exaspération. Heureusement, Charly garde son sourire et parvient à bien négocier.

Nous réussissons à sauter au bon endroit, c'est-à-dire à Jing Shan Ling, le point d'entrée de la Muraille le plus éloigné de Pékin. En effet, il en existe de plus proches, mais ils sont bondés et outrageusement restaurés. Celui que nous avons choisi est le plus sauvage et surtout le point de départ d'une randonnée sur la muraille jusqu'à un autre point d'entrée : Simataï.

Un paysan du coin fait taxi avec sa voiture et nous emmène jusqu'au guichet d'entrée, à quelques kilomètres de la route principale. Nous savons déjà que notre projet de randonnée est synonyme de racket: il faudra payer trois fois pour la même muraille: un billet d'entrée tout de suite, le droit de passage sur un pont suspendu, et encore un autre ticket car Simataï, à la fin de la randonnée, se situe dans une autre province ! Le Routard s'insurge contre ses pratiques, nous sommes prévenus et décidons que rien n'entamera notre bonne humeur, pas même la rapacité des Chinois.

Nous commençons à gravir une colline. Pour l'instant, la Grande Muraille est encore invisible. Après une rude montée, nous nous retrouvons dans une tour de garde et c'est l'émerveillement. J'avais peur d'être déçue, mais non, c'est incroyable. On peut suivre le "serpent de pierre" à perte de vue sur les crêtes des collines. Je bondis de joie. Je réalise pleinement que je suis en Chine, ce pays qui voulait dire "très très loin, à l'autre bout du monde" quand j'étais petite. Ce qui me paraissait inaccessible est devenu réalité. Je me rêvais globe-trotteuse et j'y suis. Pour de vrai! Cette "révélation" me remplit de bonheur pour la journée.


Nous commençons alors notre merveilleuse balade sur la muraille. Dès que l'on s'éloigne du point d'entrée, nous sommes absolument seuls. De tour de garde en tour de garde, nous dominons des collines arides et escarpées. La muraille monte et descend pour suivre la crête et la pente est parfois extrêmement raide. Nous faisons des petites haltes pique-nique sur le toît des tours de gardes, c'est un vrai plaisir.



Selon les endroits la muraille est en plus ou moins bon état, il faut vraiment faire attention où on met les pieds! Certaines tours de gardes ont été parfaitement restaurées, d'autres tombent en ruine. Nous marchons d'un bon pas, nous prenant pour de courageux soldats montant la garde contre les envahisseurs de Nord. Les gardes de la tour étaient vraiment au milieu de nulle part, je pense au livre de Buzzati, "Le désert des Tartares".

Une absurdité ironique se dégage de cette portion de la muraille, érigée sur la crête de montagnes de toutes façons infranchissables par la moindre armée (même les chèvres auraient du mal à passer par là).

Régulièrement des vendeurs d'eau fraîche surgissent de nulle part, comme des diablotins jaillissant de leur boîte. Ils représentent une tentation épouvantable, car il fait vraiment chaud, et nous sommes en nage ! Heureusement nous avons de quoi faire un pique-nique.

A un moment, nous débouchons sur un tournage, sûrement d'un des nombreux clips de pop chinoise où figure ce symbole national. Nous attendons l'autorisation de passer puis arrivons au but de notre promenade (après avoir repayé): Simataï. Nous ne sommes plus vraiment seuls mais la muraille est ici encore plus raide qu'ailleurs. C'est très impressionnant pour nos yeux et un peu dur pour nos jambes!


Après toutes ces heures à crapahuter sur la muraille, il faut maintenant rentrer à Pékin. Le prochain bus part du parking dans 2 heures. Nous n'avons pas envie d'attendre. Nous décidons, un peu inconsciemment, de partir à la recherche de la mystérieuse gare routière mentionnée par le Routard. Peut-être que des bus en partiront plus régulièrement.

Nous rencontrons un jeune Belge venu en Chine perfectionner son kung-fu et l'embarquons dans cette expédition aventureuse. Au bout d'une demi-heure de marche sur une route qui serpente, nous concluons que la gare routière dont parlait le Routard devait en fait être le parking... Nous ne laissons pas abattre et nous disons qu'au pire on attrapera au vol le bus de 17h, celui que nous n'avons pas voulu attendre.

De gros camions s'arrêtent prêts de nous, visiblement étonnés de voir des touristes marcher le long de la route. Certains chauffeurs sont même prêts à nous emmener au croisement avec la route de Pékin, mais ils n'ont pas de place pour trois. Ce qui est moins drôle c'est qu'un bus passe devant nous et ne s'arrête pas à nos signes... Notre plan d'attraper le bus de 5h pourrait bien tomber à l'eau. Nous sentons une certaine panique chez le Belge, qui commence vraissemblablement à regretter de nous avoir suivis.

Nous passons sous un immense pont en construction avec des ouvriers partout. Sûrement encore une autoroute. Nous en avons vu au moins une cinquantaine en train d'être construites depuis notre arrivée en Chine. Cela fait une heure et demie que nous marchons et nous n'avons toujours pas atteint le croisement avec la grande route menant à Pékin.

Deux bus nous snobent mais un troisième finit heureusement par s'arrêter. Apparamment un bus local : zéro touristes en provenance de la Muraille dedans. Nous demandons d'un air inquiet à notre voisine s'il va dans la bonne direction, elle nous répond, en anglais, qu'il faudra juste faire un changement à la première gare routière.

Le trajet est long. Nous sommes étourdis par le soleil et notre longue marche, mais ravis de notre journée !

Chengde : copies tibétaines, copies chinoises, hospitalité authentique

24-25 avril

La ville de Chengde a deux choses à offrir au voyageur avide de culture : ses temples Lamaïques et son Palais d'été.



Jour 1 : temples lamaïques
Journée passée à visiter des copies faites il y a des centaines d'années des plus beaux temples du Tibet. 4 temples sont disséminés autour de la ville, et reproduisent les grands monuments du Tibet, hommage fait aux dignitaires de cette région par les empereurs de Chine. Certains sont magnifiques et nous permettent, en plus de découvrir une architecture inconnue de nous, de faire le voyage au Tibet que nous n'aurions pas pu faire (il faut des autorisations spéciales).


Quasiment aucun visiteur dans ces temples, et par ailleurs les bonzes lamaïques sont surtout présents pour surveiller les lieux, car ces temples ont dès le départ été plus des hommages que des lieux de culte : aucune spiritualité, aucune vie religieuse dans ces cadeaux architecturaux. Du coup nous avons l'impression assez particulière de visiter des beaux temples fantômes !


Un bienfaiteur bien arrosé
Anecdote qui nous marquera longtemps : notre repas de midi. En sortant du premier temple, nous sommes un peu dans la banlieue de Chengde, ville industrielle qui ressemble déjà à une petite banlieue. Nous avisons le seul restaurant que nous voyons, et nous décidons à rentrer. Les restaurateurs sont très heureux de nous voir arriver. Nous avons faim, et prions pour que le menu soit intelligible (au pire des photos, au mieux des traductions en anglais).

Bien évidemment, aucun touriste étranger ne passe jamais par là : nos fols espoirs sont déçus à l'ouverture d'un épais menu comportant des séries sans fin de caractères chinois. Epuisé de me battre à chaque fois dans les restaurants, je craque un peu vite, me lève et fais un petit signe compatissant au serveur, pour lui dire que non, nous ne comprenons rien, et que nous allons chercher un autre restaurant.

Aglaé me reproche de me décourager si vite et insite pour qu'on s'acharne un peu. Les restaurateurs, désolés, veulent qu'on restent : ils me montrent les assiettes des autres clients, pour me signifier que nous pouvons nous inspirer de ce qu'ils ont pris. Je m'approche d'une première table, où deux jeunes étudiantes semblent un peu offensées que je renifle leur assiette. Je suis mieux accueilli à la table d'après : une petite vieille souriante et un monsieur avenant me tendent presque leurs assiettes. Ils me font des signes du pouce, du style "faut prendre ça, c'est super bon". Aglaé propose de manger exactement la même chose qu'eux, ça sera le plus simple. Je commande une assiette de ci, et une assiette de ça, comme sur leur table.

Le serveur prend note, mais le monsieur avenant le rattrape et lui parle en chinois. Puis il se tourne vers nous et nous force à nous asseoir à sa table. En gros, il a annulé notre commande, et pris acte du fait que nous mangeons la même chose que lui : autant prendre directement dans les assiettes. C'est grandement facilité par le caractère collectif des repas en Chine : chacun pioche dans des plats pour mettre dans son bol.

Nous sommes ravis de cette invitation qui vient du fond du coeur. Le monsieur, qui a l'air d'avoir déjà bien bu, commande des bières pour nous. Il ne parle absolument aucun mot d'anglais, et pourtant nous passerons un déjeuner parfait. Les blagues fusent, nous ne les comprenons jamais, mais tout le monde rit. Je lui montre ou lui dis des phrases de mon guide de conversation français-chinois, aussi nous pouvons nous échanger quelques banalités. Je comprends que la dame toute sèche et toute souriante est sa mère, après avoir fait la gaffe de lui demander si c'était sa femme.

L'homme est particulièrement fier de nous avoir à sa table, et nous découvrons la noblesse de coeur de cette famille, qui semble particulièrement pauvre (à la fin du repas, ils mettront les restes dans un sac plastique pour ne pas les gâcher), mais tient quand même à nous offrir à manger.

Nous découvrons aussi qu'il est impossible de boire seul en Chine. Si vous soulevez votre verre de table, tout le monde autour de la table doit soulever le sien et boire une gorgée en même temps que vous. Or j'ai l'habitude de siroter en permanence, ce qui a pour effet d'aggraver l'état du chef de famille.

A la fin du repas, nos hôtes se lèvent, prennent les restes, nous souhaitent bonne vie et s'en vont. Nous n'avons fait que communiquer par gestes et borborygmes, et c'était génial.

Notre bienfaiteur intimidé par l'appareil photo

(sans vouloir faire le râleur, vous imaginez ça en France ? que quelqu'un offre un repas à un couple de Chinois perdus dans un village ou une toute petite ville ?)


Jour 2 : palais d'été ou murailles de Chine ?


Le Palais d'Eté de Chengde n'a que peu à voir avec celui de Pékin. Ses bâtiments y sont moins impressionnants, carrément plats, même, mais le parc qui l'enserre est 3 fois plus grand. Moins fou mais plus reposant que son homologue pékinois, le Palais d'Eté de Chengde sera l'occasion d'une très longue promenade du dimanche.


Nous mangeons des nouilles chinoises dans le parc (les nouilles instantanées sont vraiment présentes partout en Asie), visitons des jardins chinois et caressons les daims qui se trouvent là : à l'image des Japonais, les gens de Chengde ont mis des daims dans leurs parcs pour faire venir les enfants. Bon là c'est un faux, mais il y en avait des vrais un peu partout

Le Parc est mal entretenu, et les bâtiments un peu décrépits donnent l'impression que tout ça aurait bien besoin d'un coup de rénovation. Mais quand on sait comment "rénovent" les Chinsois, c'est sûrement mieux comme ça! D'où un rare charme vieillot très sympathique, entretenu par la ridicule possibilité, dans tous les sites anciens de Chine, de louer des costumes d'époque :

Le parc est impossible à visiter entièrement en une journée, mais nous en parcourons quand même une partie non négligeable : nous découvrons même qu'une partie de la muraille qui l'enserre est praticable. Un avant-goût de la Grande Muraille prévue pour le lendemain !


Le reste de la balade se passera à éviter les minibus qui parcourent les chemins bétonnés du Palais d'Eté, et dont le grand jeu est de frôler les piétons. Encore une fois, un paquet de petits vieux arpentent les chemins pentus de la colline du parc, font du sport, discutent et vivent de la manière la plus douce qui soit.

(ils sont jamais de mauvaise humeur les vieux Chinois ?)

Chengde - Sale temps pour une résidence d'été

23 avril

Certaines personnes ont de la chance : après trois jours de temps fabuleux à Pékin, nous prenons le train pour Chengde le jour où il pleut.

Pour la première fois, nous prenons la 4e classe d'un train chinois, aussi appelée "sièges durs". Ce n'est pas l'Inde, mais nous sommes quand même un peu entassés. En face de nous, une femme à l'air sévère a beau savoir parler anglais, elle ne nous adresse pas la parole. Sa voisine, une petite vieille à l'air doux, passera le trajet à tripoter son chapelet et à remuer des lèvres pour une prière silencieuse.

Un paquet de gens sont debouts, ce que je ne comprends pas trop vu que les tickets donnent des places assises, et qu'il y a un contrôle strict des tickets pour monter dans les trains. Nous n'avons pas eu le temps d'acheter à manger, et nous passons trois heures difficiles comprimés dans ce train.

Lorsque nous arrivons à Chengde, ancienne résidence d'été des empereurs, choisie pour la stabilité de son temps et sa fraîcheur, nous sommes un peu douchés : il fait gris, il pleut, il fait froid. Mais nous avons de l'énergie, et plutôt que de prendre un taxi, nous décidons de rejoindre notre hôtel à pied.

C'était une idée un peu idiote, dans la mesure où le plan que nous avons à notre disposition est totalement faux. Pourquoi ? Parce que la Chine est un pays qui va trop vite pour être enregistré par le moindre guide de voyage. Le nôtre n'avait que deux ans, et pourtant la ville n'avait plus rien à voir. Nous avons essayé de nous repérer avec une voie ferré, qui avait été arrachée. De nombreuses rues avaient disparu, ou avaient apparu. Les restaurants avaient été remplacé par des chantiers. La Chine va vraiment trop vite, et ce qui n'était qu'une petite ville il y a peu commençait déjà à se transformer en grosse ville sans âme !

Welcome to the hotel China
Nous finissons par trouver notre hôtel. Depuis Pékin, nous avions essayé de l'appeler une douzaine de fois pour réserver une chambre, car il s'agissait apparemment du seul hôtel avec des prix raisonnables. Mais à chaque fois, une voix répondait en chinois, entendait notre anglais, puis nous raccrochait au nez.

A notre entrée, nous sommes frappés : sur un panneau les chambres valent 5 fois plus que ce que nous voulons. Nous demandons quand même les prix, et nous apercevons que la coutume locale est la suivante : les prix affichés sont une espèce de blague, et tout le monde a un peu oublié leur existence. Du coup on nous donne des prix beaucoup plus raisonnables, mais qui ne souffrent pas la moindre négociation. Spécial !

Nous optons d'abord pour une nuit en dortoirs. Il s'agit de chambres sommaires avec 4 lits, et heureusement personne ne nous accompagnera, car la chambre est vraiment minuscule. D'immenses baies vitrées donnent sur de gros spots qui illuminent l'immeuble : impossible d'avoir un semblant d'obscurité pour dormir. Ces baies sont particulièrement fines, et le vacarme à l'extérieur semble aussi puissant à l'intérieur (voire plus, par un curieux phénomène accoustique).

Mais le pire est à l'extérieur de la chambre : les toilettes à la turque, très chinoises, sont immondes. Une puanteur rare en sort. Quand je demande où sont les douches à l'espèce d'hôtesse qui est responsable de chaque étage, et qui a les clés de chaque chambre, elle semble réfléchir un long instant. Bon, c'est vrai qu'au début, lorsque je lui ai mimé la douche, elle croyait que je cherchais un sèche-cheveux, mais quand bien même, il semblait que ma question l'étonnait. Elle me demande de la suivre jusqu'au bout du couloir, sort une clé (il faut donc sa permission pour prendre une douche), ouvre une porte. Une vague odeur d'humidité sort d'une pièce obscure. L'interrupteur pour allumer la lumière ne fonctionne pas, je dois la suivre à l'étage inférieur.

Je découvre une grande salle de douche commune, avec trois trous percés dans des tuyaux. Aucun rideau pour séparer quoi que ce soit, si bien que si quelqu'un débarque, il me voit tout nu, et je le verrai tout nu. Nulle part pour accrocher ses affaires, et un sol sale et trempé, sur lequel on voit des tas de cheveux, de la poussière mouillée et des morceaux de savon.

Après une bonne insomnie, décision est prise : demain on prend une vraie chambre avec salle de bain !

Nous faisons ici face à une ville véritablement chinoise : peu de touristes occidentaux se rendent à Chengde, trop fascinés par Pékin. Cette ville n'attire donc que des touristes du pays, et uniquement le week-end. L'infrastructure hôtelière n'est donc pas du tout adaptée à des routards, personne ne parle anglais, il n'y a aucun véritable bar : c'est notre première expérience authentiquement chinoise !

Fondus de Chinois
Nous rentrons dans le premier restaurant qu'on croise à la sortie de l'hôtel. La pluie battante ne nous pousse pas à tergiverser. Il s'agit d'une petite cantine un peu chic, avec personnel aux habits assortis. Nous voyons d'autres gens qui plongent de la viande dans un gros bouillon chaud : enfin une occasion de goûter la huoguo, la fondue chinoise !

Commander est une épreuve du feu. Une petite serveuse intimidée est ravie de nous voir, et peut expérimenter les quelques mots qu'elle connait en anglais : patate, tomate, viande, eau, sauce, obligatoire. Heureusement, car commander une fondue chinoise est très compliqué : il faut choisir son bouillon, des sauces, de la viande, des légumes, des condiments, etc. Nous sommes perdus dans les prix, les choses à commander, sans savoir si elle nous pousse à la consommation ou veut au contraire nous délivrer une bonne expérience culinaire !

Le bouillon arrive. La petite serveuse reste à notre côté, et nous montre comment manger la fondue. En fait, elle ne nous montre pas : elle fait tout à notre place. D'une gentillesse rare, au lieu de nous laisser nous dépatouiller après nous avoir montré les grands principes, elle restera tout au long du repas notre serviteur personnel, nous resservant à chaque fois que notre assiette est vide, plongeant dans le bouillon les viandes, la laitue et les légumes avec une dextérité et un sens du rythme incroyables.

Difficile d'oublier le sourire de cette petite serveuse lorsque nous l'inondions de "merci", mots que s'échangent si rarement les gens du coin...

La Cité Interdite aux solitaires et l'usine à délires autorisés

22 avril

1° La Cité interdite aux solitaires
Nous décidons de nous lancer courageusement à l'assaut de l'immense Cité Interdite. Nous commençons par errer lamentablement le long des murs rouges avant de finir par trouver l'entrée, mal indiquée.


Une fois les tickets achetés au milieu de hordes de touristes, nous pénétrons enfin dans la mystérieuse enceinte. Et là, on se sent très seuls. Certes la foule est compacte, mais elle est uniquement constituée de groupes. L'armée des casquettes jaunes semble se ruer pour attaquer l'armée des casquettes rouges sous les yeux des casquettes vertes qui n'écoutent pas bien leur chef qui hurle dans un mégaphone. Des drapeaux, ou pire des pandas en peluche embrochés sur des batons, s'agitent de toute part pour guider ce beau monde.

A deux, nous faisons complètement tâche. Nous sommes insignifiants face à ses masses à couvre-chefs colorés. J'imagine dérober un drapeau bleu et lire le Guide du Routard dans un mini-mégaphone à un Charly portant une casquette orange. Immense tristesse que de ne pouvoir véritablement former un groupe à deux . Heuseusement, nous croisons le regard compatissant des quelques autres mini-groupes de 3 Américains ou 4 Allemands, noyés au milieu de cette foule bridée et débridée.


Malgré notre isolement, nous nous émerveillons devant la suite de palais aux toits recourbés, d'une grande élégance. On commence par les salles de réception de l'Empeur pour ensuite se retrouver dans ses appartements privés. Les bâtiments portent tous des noms bien chinois : la Salle de l'Harmonie Suprême est suivie de la Salle de l'Harmonie Parfaite et enfin de la Salle de l'Harmonie Préservée ; ou encore le Palais de la Pureté Céleste jouxtant le Palais de la Tranquilité Terrestre. C'est à la fois très harmonieux et très intimidant, et surtout tellement grand !


Nous finirons par nous réfugier dans une partie moins fréquentée où sont exposés des bijoux somptueux, des costumes cousus d'or et des horloges délirantes.

Nous ressortons des heures plus tard, fascinés et épuisés. Nos estomacs grondent rageusement et nous finissons par trouver un providentiel kebab (toujours les chinois d'origine turque) devant lequel Charly exécute son habituelle danse de la brochette : yeux ronds, salive à la bouche, sourire enjôleur, pression du coude pour faire changer de direction, puis phrase innocente "tu n'as pas envie d'une brochette Aglaé ?". Nous recommandons chaudement ce mets à un Français sympathique qui passait par là.


2° L'usine à délires autorisés
Nous décidons de changer d'ambiance et de nous diriger vers un ancien quartier industriel transformé en centre d'art contemporain, le 798. C'est un lieu subversif mais autorisé et encouragé par des autorités chinoises soucieuses de montrer un visage moderne et ouvert. C'est aussi une véritable galère pour atteindre cet endroit car Pékin est immense.


Après deux métros et un bus éternel, peut commencer une errance surréaliste entre sculputures délirantes et dénudées, usines de brique à moitié écroulées, amas de tuyaux fumants, voies ferrées désaffectées, galeries d'art souvent fermées et slogans douteux comme "Beyond Globalization".

Cette ambiance nous plaît beaucoup. Les oeuvres d'art ne sont pas forcément toutes géniales, mais il est toujours évident que ces artistes sont Chinois et parlent de la société dans laquelle ils vivent. Ca change du caillou peint en rouge et posé sur un vieux morceau de moquette dont on a l'habitude en France et qui, apatride, aurait pu être "créé" par n'importe qui, n'importe où.



Pour finir, nos humbles contributions à l'esprit "art content-pour-rien" du lieu:

La gastronomie chinoise à l'épreuve du feu

CAS D'ETUDE N°1 : 21 avril

Après la visite de la colline du charbon, notre ventre étant particulièrement vide, nous nous dirigeons à pied vers un quartier censément sympathique pour sortir et dîner. En effet, nous voilà vite face à un des nombreux petits lacs qui parsèment la ville : néons des petits restaurants à terrasse, bars, musique douce, éternels pédalos en forme d'animaux glissant sur l'eau. Bizarrement très charmant, et pas (trop) kitsch.

Nous partons à la recherche d'une adresse donnée par un guide. Après s'être perdus dans les dédales d'un hutong (quartier de minuscules rues passant entre des bâtisses traditionnelles pékinoises), nous atterrissons dans le quartier des brochettes. Faciles à reconnaître, les restaurants arborent le signe chinois "brochette", reconnaissable à sa forme de... brochette : !

Nous voilà entrés dans le restaurant recherché. Une ambiance étudiante ahurissante, tout le monde entassé sur de minuscules tables. Aux murs des affiches du Che, de Mao, des vieilles publicités, et avec tout ça un air de vieille cave enfumée. Ca fume, ca mange des milliers de brochettes entassées sur les tables, et surtout ça avale de la bière.

Après nous être assis, nous avisons la minuscule carte en chinois. On ne comprend rien. Le serveur arrive en courant, et nous montre qu'il nous faut nous dépêcher de faire notre commande. Nous lui montrons que nous ne lisons pas le chinois. Le type s'énerve franchement. Je lui demande de repasser, il nous lance des regards méprisants. Un peu échaudés, nous décidons de faire un effort, car le restaurant est vraiment sympathique. A ma droite, ils ne parlent pas anglais du tout, désolé.

Je demande à mes autres voisins, un jeune homme qui parle très près d'une jeune demoiselle, s'ils parlent anglais. Oui ! Le type essaie de nous aider, nous explique qu'il faut choisir une partie du poulet, du blanc, des ailes, des coeurs, des foies, etc. Nous nous décidons pour la spécialité de la maison, des ailes, et du maïs grillé, le tout arrosé de bière chinoise fraîche. On finit par comprendre qu'il faut choisir son degré de violence des épices. Ca va de "not so spicy" à "crazy spicy" (peu épicé à follement épicé), on prend un degré intermédiaire.

Le gentil voisin passe commande pour nous en chinois, nous le remercions bien, et le laissons faire sa cour à la demoiselle. Pendant que nous attendons, nous les voyons se rapprocher, se caresser les cuisses, s'embrasser goulûment.

Une bonne anésthésie
Nos plats arrivent, nous sommes ravis : les ailes de poulet sont absolument délicieuses. Les épices qui les parsèment sont absolument inconnues. Leur goût est neuf, fort, inoubliable. Surtout, nous nous rendons compte que, plus qu'elles ne piquent, ces épices nous insensibilisent totalement les lèvres. Au bout de deux brochettes, je ne sens plus du tout mes lèvres, plongées dans une profonde anesthésie très troublante.

Du coup nous en recommandons une tournée. Pendant ce temps-là, la situation de nos voisins a dramatiquement évolué. La jeune fille pleure à gros bouillons sur l'épaule de l'homme qu'elle embrassait il y a une seconde. L'inondation lacrymale s'amplifie, jusqu'à ce que l'homme décide de la faire sortir du restaurant en courant. Il nous jettera un dernier regard sympathique avant de partir.

Nous lançons tout un tas d'hypothèses sur cette conduite un peu étrange. Version Aglaé : il lui a dit qu'il allait quitter sa promise pour aller avec elle et, trop heureuse, elle s'est mise à pleurer. Version Charles : elle est amoureuse de lui, elle rêve d'un dîner romantique, mais lui n'a rien compris et l'emmène manger des brochettes graisseuses et épicées, puis l'embrasse de ses lèvres huileuses et insensibilisées : elle pleure de honte devant le ridicule de la situation. N'hésitez pas à laisser des propositions dans les commentaires.

Nous sortons du restaurant, le ventre plein, légèrement ivres (bonne bière chinoise, d'ailleurs), ravis de la gastronomie chinoise.

CAS D'ETUDE N°2 : lundi 27 avril
Après notre retour de Chengde, je suis bien décidé à manger un canard laqué à Pékin. Je réussis à motiver Aglaé en lui dépeignant l'aspect d'un canard en livrée, prêt à tout pour nous servir : le fameux canard laquais. Elle mort à l'hameçon et est prête à me suivre dans ma quête.

Nous optons pour la solution la plus authentique : une adresse célèbre auprès des Pékinois, perdue dans un hutong au Sud de Tian Nan Men. Nous réservons (ouf la dame parle anglais), et atterrissons dans le restaurant. L'atmosphère est en effet très rustique, un peu crade, mais le rapport qualité-prix marqué sur le guide a aussi joué.

Nous ouvrons les menus, tout en anglais (eh bien ils se sont adaptés à l'affluence de touristes ici) : le canard laqué est monstrueusement cher, quasiment autant qu'en France, aux environs de 30 euros. Ce qui en Chine, avec notre budget adapté au pays, est énorme. C'est quasiment deux fois le prix marqué sur le guide, édité il y a un an.

Nous nous enquerrons poliment de cette différence de prix à la serveuse. Celle-ci s'excuse gentiment avec une phrase plutôt drôle avec le recul : "ah vous savez, c'est l'inflation...".
Nous décidons de passer outre, et prenons notre canard, sans les soupes pas bonnes qu'ils voulaient nous pousser à commander pour gonfler l'addition. Mais mon moral gourmand est un peu atteint par ce qui est évidemment devenu un attrape-touristes.

Du coup le canard était bon, mais je m'attendais à plus à manger...ambiance un peu triste... Je sors du restaurant un peu déçu, et Aglaé devra faire des pieds et des mains pour me consoler !

Moralité : mieux vaut un serveur sinophone malpoli dans un véritable restaurant de locaux que des serveurs anglophones mielleux dans une usine à touriste déguisée en restaurant de locaux !

Et vive la gastronomie pékinoise !

Journée au 7e Ciel !

21 avril

Le ciel demeure d'un bleu éclatant et plus nous visitons Pékin, plus nous aimons cette ville. Notre première étape est le Temple du Ciel: c'est en fait un ensemble de temples dans un grand parc, dédiés à aux divinités de la nature pour assurer de bonnes récoltes. Ces cultes sont très anciens et ont été plus ou moins mélangés au bouddhisme.


L'arrivée dans le parc est enchanteresse : c'est le paradis des petits vieux heureux. Certains ont mis de la musique et dansent, d'autres forment une chorale, jouent au mahjong ou aux échecs, font de la gymnastique ou simplement discutent. Mes préférés sont un papy et une mamie qui chantent de l'opéra chinois en jouant la jouvencelle et le fier damoiseau. Tous se fichent du regard des passants et ont le sourire aux lèvres. Ca fait plus envie que nos maisons de retraites!

Les petits temples sont plus jolis les uns que les autres, leurs tuiles vernissées bleues brillent de milles feux. Il y a même des trucs marrants à faire dans les temples : dans l'un d'entre eux un effet d'écho étonnant me permet de parler tout bas près d'un mur à Charly et de l'entendre me répondre, alors qu'il est à une trentaine de mètre, derrière d'autres bâtiments.


Nous sommes sous le charme du lieu et errons de longs moments dans les immenses jardins remplis de fleurs et d'arbres biscornus.




Nous trouvons difficilement un bus pour nous diriger vers l'immense place Tien-Nan-Men. Nous faisons d'abord un détour pour jeter un oeil au fameux nouvel Opéra de Pékin, surnommé "l'oeuf". Ultramoderne mais surtout affreux :



Retour à Tien Nan Men. Il y a des contrôles de sécurité minutieux à toutes les entrées de la célèbre place et pas mal de flics en faction. C'est gigantesque et dépareillé : d'anciennes portes chinoises côtoient des bâtiments austères en béton, des statues réalistes-socialistes, des drapeaux chinois, évidemment le portrait géant et le mausolée de Mao, mais surtout beaucoup, beaucoup de vide. On croise un peu partout de paysans venus du fin fond de la Chine faire l'unique voyage de leur vie: voir en 2 jours la momie de Mao, la Grande Muraille et la Cité Interdite. Les groupes, suivant au pas de course un guide à drapeau, sillonent les pavés gris dans tous les sens.



La lumière se fait de plus en plus douce et nous décidons d'aller contempler la Cité Interdite pour la première fois du haut de la "Colline du Charbon". Cette colline artificielle, qui s'élève au nord de la Cité Interdite, a été construite pour barrer la route aux mauvais esprits (qui viennent toujours du Nord, allez savoir pourquoi).

Pour atteindre ce fameux point de vue, nous devons d'abord longer les hauts et longs, très longs murs rouges. Nos jambes commencent à nous lâcher car les distances sont gigantesques. Mais une fois le sommet de la colline atteint, nous sommes largement récompensés. L'océan de toits en tuiles jaunes de la Cité Interdite s'étend à nos pieds, et au loin la ville moderne à perte de vue. Splendide!

Nos jambes protestent déjà à l'idée des centaines de bâtiments et de cours qu'il va falloir traverser demain, car nous prévoyons de visiter la Cité Interdite !


Et pour la route, une incise en style Skyblog:
Z'avé vu kom il est bô mon mec? Je le kiffe grave! :d

Bonnes nouvelles à Beijing

20 avril

Les premiers jours à Beijing vont absolument à l'encontre de nos attentes. Les habitants, tout d'abord, nous suprennent : les Shanghaiens étaient globablement de gros rustres qui se croyaient tout permis, des types hargneux, vicieux et malpolis. Aucun habitant de Shanghai ne nous avait souri, ou avait tenté de quelque manière que ce soit de nous montrer qu'il n'y avait pas que des êtres vils dans cette ville.

A Pékin, c'est l'inverse : les Pékinois sont plus souriants et sympathiques que prévus, partout on les voit jouer, sourire, et ils semblent tous surpris et heureux de voir des touristes blancs - alors qu'on pourrait croire qu'ils en voient plus que partout ailleurs en Chine.

Mais surtout Pékin, passé le premier jour où il faisait assez mauvais, nous est apparu comme une ville vivable, à taille humaine, une ville très verte, très aérée, avec quelques véritables vieux quartiers (les fameux hutongs). Par ailleurs, nous avons eu une chance incroyable, dans la mesure où il a fait très beau temps tous les jours : dans une ville réputée pour son temps uniformément gris, les 6 jours de temps parfaitement ensoleillé furent un miracle dont nous étions pleinement conscients !

Enfin, last but not least, là où Shanghai n'était qu'avenues impersonnelles garnies de chaînes et de fast-food, Pékin est un fourmillement de vendeurs de rues, qui font rôtir ou bouillir à peu près tous les produits du monde, quand ce ne sont pas des fruits frais, des livres et des yahourts qu'on vous vend à tous les coins de placettes. Le grand gourmand que je suis en restera ravi à vie.



Une décision difficile à prendre
Ce dont nous ne vous avons jusque là pas parlé, c'est le fait que notre séjour raccourci au Japon nous a mis un peu avance sur notre planning. En effet, en restant 10 jours au lieu de 15 jours, nous nous retrouvons en Chine trop tôt. Or, notre avion Moscou-Paris étant déjà réservé, reste à savoir comment occuper ces 5 jours supplémentaires, question qui avec des erreurs d'estimation (nous pensions que le Transsibérien durait plus de temps que ça), et des contraintes un peu énervantes (il n'y a que deux Transmongoliens par semaine au départ de Pékin), nous plonge dans un casse-tête difficilement soluble.

Pour faire court, nous devons choisir entre trois options :

1) rester en Chine 5 jours de plus, en visitant donc des endroits imprévus autour de Pékin, et faire un passage assez court en Mongolie et autour du lac Baïkal
2) rester en Mongolie quinze jours
3) rester en Russie deux semaines

Nous découvrons vite que notre passage en Mongolie et en Russie n'est pas particulièrement bien adapté : c'est la saison des tempêtes de sable en Mongolie (!), et le temps peut changer très vite du très froid au très chaud ; quant à la Russie, impossible de savoir si le dégel est fini depuis longtemps (arriver après le dégel signifie patauger dans la boue en permanence).

Après de longues hésitations et atermoiements, nous décidons de partir de Chine plus tard, en rajoutant à notre programme Chengde, ancienne résidence d'été des empereurs chinois, et Datong, où se trouveraient de splendides grottes bouddhiques. Ca tombe bien, Datong est sur le chemin du Transsibérien, et nous pourrons peut-être le prendre en route !

Nous nous rendons au bureau des réservations du Transsibérien, situé dans un hôtel de luxe non loin de la gare de Pékin (allez comprendre). Nous y croisons des Canadiens, déjà rencontrés à Xi'an, qui ont réussi à prendre un ticket de transsibérien pour le surlendemain. Nous sommes assez rassurés, car notre plus grande angoisse était que tous les trains soient complets, et que nous ne puissions plus partir de Pékin : lors des mois d'été les trains sont réservés plusieurs mois à l'avance, alors qu'à cette époque les trains sont juste vides. Ouf ! Nous avions un peu peur d'avoir fait les radins sur ce coup : on aurait pu prendre un ticket très à l'avance via une agence de voyage, mais 1) nous n'aurions pas pu changer notre programme au dernier moment comme ici 2) les frais d'agence étaient généralement délirants.

Nous demandons s'il est possible de prendre le train sur le chemin, à Datong. La dame du Bureau des Réservations Internationales, de très mauvaise humeur, nous livre des informations au compte-goutte, en faisant la tête. Aglaé est au bord de l'engueuler. Il nous faut appeler le bureau à Datong, qui nous fait la réservation et nous apprend par le même coup que le train vaut 2 fois moins cher que prévu, si on le prend de Datong ! On ne comprendra par quelle bizarrerie nous faisons ces économies, mais ça nous arrange bien...

Je précise bien que ce fut une décision difficile à prendre, car elle impliquait de passer un temps minime en Mongolie et en Russie. Nous avons bien mis 4 jours à nous mettre d'accord, et le fait que nous nous plaisions beaucoup à Pékin a beaucoup pesé dans la balance.

Ambiance coloc'
Quant à l'ambiance de la colocation de N, nous commençons à nous y faire. Comme nous logeons sur le canapé du salon, nous sentons que nous gênons un peu, et il nous faut attendre que tout le monde soit couché pour pouvoir dormir. Mais N nous a créé dans un coin de la pièce, qui peut être caché par des rideaux, un vrai petit nid douillet, dans lequel nous poussons le canapé pour pouvoir dormir.

N, avec qui nous dînons plusieurs fois, nous parle de cette vie si riche et si inattendue qui est celle des étudiants internationaux de Pékin. Nous sommes rapidement au courant de tous les ragots de son université !

J, le coloc d'Hong Kong, nous fait rire aux larmes malgré lui. Tous les soirs, nous sommes les témoins auditifs de son rituel de beauté. Après avoir pris une douche ponctuée de force raclements de gorge et crachats sonores, il passe systématiquement dix minutes sous le vent de son sèche-cheveux. Il ressort, le torse gonflé d'amour-propre : nous nous cachons pour rire dans le canapé. Moins drôle, il téléphone pendant de longues heures à ses amis à Hong-Kong. Longues conversations en cantonais, entre deux et trois heures du matin...

Promenade estivale au Palais d'Eté
Le lendemain de notre arrivée, un Soleil éclatant nous rappelle ce conseil de N : "s'il fait beau, précipitez-vous au Palais d'Eté, c'est la plus belle chose de Pékin, c'est un grand parc qui vous paraîtra bien gris s'il ne fait pas soleil".


Nous sautons donc dans un bus urbain, et arrivons au milieu d'un flot de touristes devant le Palais d'Eté. Après l'entrée, nous débouchons sur une série de petites cours classiques, très aérées, sympathiques, comme dans un jardin chinois habituel.


Puis, au détour d'un mur, nous voilà devant le Lac Kunming, immense lac artificiel posé au pied d'une colline artificielle (construite avec la terre arachée pour créer le lac), sur laquelle repose de délicats bâtiments. Le tout est un immense parc de saules pleureurs, ponctué de pêchers en fleurs, de ponts aux formes bizarroïdes enjambant des petits cours d'eau, et de pavillons délirants.


Les vues sont extraordinaires, nous avons du mal à y croire. Nous montons sur cette colline, traversons des bâtiments chinois à l'architecture d'un goût rare, apprécions la science du détail des toits et des sculptures, admirons la vue sur Pékin et ses environs verdoyants (surprise, moi qui m'attendais à voir des usines partout, qui ont sûrement dû être déplacées pour les JO).



La foule en délire
Comme dans tous les parcs-monuments de Pékin, un nombre insensé de petits vieux est venu ici pour pique-niquer, bavasser, faire du sport ou danser. Dans ce Versailles pékinois, on les trouve principalement le long d'une galerie couverte apparemment infinie, garnie de fines peintures tout le long. A nouveau, le monument semble vivre indépendamment du flux de touristes qui le visitent.



Dans le registre délirant, l'impératrice Cixi, régente un peu folle de l'Empire Chinois à la fin du XIXe siècle, avait fait construire dans le palais le Bateau de Marbre, faux bâteau de pierre, très fin mais aussi complètement inutile.

Nous rions bien, jusqu'à ce que deux Chinois nous demandent s'ils peuvent nous prendre en photo. Nous acceptons, parce que ça fait longtemps, mais une autre mamie chinoise vient nous prendre en photo, en réclame une autre, nous demande de prendre des poses. Rapidement, une petite foule se crée autour de nous, tout le monde réclamant une photo du couple parfait.


Nous fuyons le shooting de stars en riant, préférant faire le tour du lac : bizarrement, quand on s'éloigne de l'entrée, il n'y a plus beaucoup de touristes... Ceux-ci sont remplacés par de vénérables vieillards chinois, en veste et casquettes maos bleus, devisant gaiment les mains derrière le dos. Un vent féroce agite les saules et les eaux bleu marine du lac. La lassitude culturelle de la Pagode de l'Oie Sauvage de Xi'an est loin, bien loin derrière nous !