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dimanche 8 mars 2009

Quand les Suisses prennent position

Recit de la pire rencontre du voyage.
J'avais envie de commencer ce post par :
Les Suisses sont des gros cons.

Ce serait faux : nous avons rencontre des Suisses tres sympas, avant et pendant ce voyage. Pourtant, apres la rencontre dont je vais vous parler, nous ne pouvions plus que penser ca.

L'histoire se deroule a Ko Tao, peu apres notre arrivee sur l'ile. Nous sommes epuises par le voyage, et avons envie de nous rafraichir un peu dans cette eau translucide. Nous contournons notre bout de plage ou l'eau est franchement moche, afin d'atteindre une petite crique sublime : les rochers qui y affleurent forment de delicates fleches qui semblent indiquer la direction de l'eau. Nous installons notre serviette sur le sable grille, et juste au moment ou notre creme solaire a seche et ou nous nous appretons a nous jeter dans l'eau, un jeune homme nous hele. Il va se jeter a l'eau au meme endroit que nous, et nous fait cette reflexion qui, retrospectivement, augure de son franc-parler :

"Hey go in the shadow, you are going to burn !"
Je lui reponds en anglais une blagounette sur la blancheur legendaire de ma peau, et enjoins Aglae a aller dans l'eau avec moi. En nous entendant parler francais, le type nous reparle en francais et, alors que nous nous installons dans l'eau brulante, nous discutons ensemble.

Au depart le jeune homme, dont nous apprenons promptement la Suissitude et le metier de tatoueur, est plutot gentil. Un peu collant, il nous apprend une foule de details et d'anecdotes sur la vie cachee et peu interessante de l'ile, ou il passe plusieurs mois chaque annee : quel chien a quel territoire, a quel endroit ont lieu les meilleures fetes, etc. En toute honnetete, nous le trouvons plutot sympathique. Nous lui parlons de notre periple, et tres rapidement, le gars devient franchement antipathique, depassant avec allegresse les limites de la politesse. Au depart ca reste un point de vue :

- Ah moi j'en vois tous les jours des gens qui vont de pays en pays, la, ils y passent vite, et ils voient rien, ils comprennent rien des gens qui sont la.

Amorphes, nous avons du mal a voir ou il veut en venir, et tentons de lui expliquer que les deux attitudes se valent : rester dans un pays permet de vivre beaucoup plus "avec" les gens, mais pour un premier voyage de decouverte, voir beaucoup de pays permet de saisir l'ambiance d'une region, les disparites et ressemblances culturelles, tout ca. Le Monsieur n'en a rien a faire.

Lorsque nous mentionnons que nous avons un guide de voyage, et qu'il nous sert bien (le Lonely Planet), le Suisse devient franchement lourd :
- Mais jetez moi cette merde, vous allez vous retrouver aux memes endroits que tout le monde !
(il faut imaginer ca dit par un type, sur une des iles les plus visitees de Thailande, lui-meme un des pays les plus visites du monde, qui loge dans un hotel connu et un peu chic, et dont le seul contact avec les indigenes s'averera etre de leur acheter de l'herbe ou du LSD, et parfois d'en consommer avec eux) Vous faites comme tout le monde avec tout le monde, et vous vous imaginez que vous voyagez, vous etes qui ?

Completement ramollis a cause de la fatigue, nous ne reagissons pas trop mais l'irritation commence a poindre. Nous lui expliquons que justement en Inde nous n'etions jamais dans les coins a touristes grace a ces guides, et que sans ca, comment connaitre facilement les horaires de tous les bus, de tous les trains, ou les chopper? etc. Il nie, fait semblant de connaitre l'Inde alors qu'il n'y est jamais alle, enumere des cliches world-cyniques dignes d'un anarchiste de supermarche ("ouais mais tu comprends les gens ils ont tous les memes envies, les memes besoins, tous les hommes ont besoin d'un supermarche"). Nous tentons a nouveau de lui faire comprendre qu'en Inde, non, les gens avaient beau etre pafrois riches, ils avaient un autre mode de vie que les occidentaux. Par ailleurs, nous ne comprenons pas le pourquoi, le comment et l'interet de ces debats stupides. Nous les soutenons calmement, lui s'emporte, et laisse loin derriere lui les limites de l'impolitesse qu'il avait deja bien pietinees. Quand aux limites de la betise, il ne se souvient plus du jour ou il les a depassees :
- Mais vous, la, je vous devine, la, deux jeunes, bien propres sur eux, vous fumez pas, vous prenez jamais d'herbe, hein ? Et puis vous vous bourrez la gueule une fois par semaine pour vous sentir exister, hein ? je suis sur que vous etes cathos, en plus !

Malaise... Ce type que nous ne connaissons ni d'Eve ni d'Adam a non seulement la pretention de tout savoir sur tout le monde des le premier coup d'oeil mais, en croyant deviner chez nous des cliches, et en se trompant lourdement (ah ah catho, j'en rigole encore), il perpetue l'incroyable cliche sur pattes qu'il est lui.

Le pire c'est que nous sommes tellement epuises (a ce stade du recit nous faisons la planche en ronronnant) et tellement surpris de cette outrecuidance, que nous n'avons pas la presence d'esprit de lui repondre une phrase bien de chez nous telle que "ecoute mon petit, va revoir Fight Club dans ton bungalow, et lache nous les basques avec ton arrogance", ou bien encore "bon tu te tais ou je te tais" (j'espere que Benjamin lit ce blog).

Le type ne s'est je crois jamais rendu compte qu'il nous avait vexes et saoules, alors que pourtant nous avons tres rapidement cesse de lui parler apres que je lui ai annonce que j'etais "l'Empire du Mal incarne". En tout cas il ne se rendra jamais compte que venir se shooter au LSD dans des iles pendant un mois ne participe pas de l'echange culturel (lorsque ces touristes repartent, ils laissent derriere eux des accrocs, en general), mais bien du "tourisme de masse" qu'il croyait malignement eviter.

En dessert, je ne resiste pas a vous retranscrire ce splendide morceau de conversation :
AGLAE (a qui le type demandait ce qu'on avait vu en Thailande) : nous sommes alles a Ayutthaya, voir les temples en ruines.
LE SUISSE (attention phrase toute faite) : ah parce que quand tu es en Europe tu visites des eglises ?
CHARLES : Oui, il y en a de belles tu sais.
LE SUISSE : ah... (silence malaise, il n'avait visiblement pas entendu parler de St-Pierre de Rome, de Notre-Dame, faut dire c'est loin de la Suisse)

Bref, cette rencontre a absolument pourri ma journee, et si nous avons mis du temps a comprendre ce qu'il se passait, nous sommes restes enerves un bon paquet de temps. Quant a lui, apres nous avoir gentiment indique ou on pouvait acheter de l'herbe sur l'ile (mais nous ne lui avons rien demande ! et est-ce qu'on a vraiment envie de risquer la prison a vie qu'ils infligent la-bas ?), il a disparu dans la nature, et c'est tant mieux. En partant il a lance : " ce soir y a une teuf on va prendre du crack et du LSD, yeah !!!!".

Un bon gars...

vendredi 6 mars 2009

Ko Tao, enfin le repos!

16 - 19 fevrier

Arrivee en douceur

Meme si ca n'etait pas ce dont nous revions, nous avions trouve une chambre: ouf! Apres une nuit trop courte et un long trajet, une sieste nous remet d'aplomb. Nous mangeons le meilleur brownnie de la terre, et trouvons une petite plage avec d'enormes rochers poses au milieu de l'eau turquoise. Avancant avec prudence au milieu des coraux coupants, nous barbotons avec delices quand surgit... LE SUISSE! (voir le message de Charly a son sujet).

Je m'endors sur la plage et Charly a toutes les peines du monde a me reveiller. Nous partons nous balader et nous retrouvons sur une colline couverte d'arbres et de fleurs. Au milieu de cette vegetation luxuriante, il y a des bungalows de luxe... hum, pas pour nous! Un peu plus loin, nous trouvons des petits bungalows en bois, accroches a la colline et donnant sur la mer, avec une plage isolee et magnifique a 5mn... pour le meme prix que notre chambre sans vue et sans charme: victoire! Nous avons trouve notre petit morceau de paradis pour reprendre des forces physiques et morales!


Nous recevons alors avec joie un texto de Josh, l'ami americain que nous ne cessons de croiser. Il est aussi a Ko Tao et c'est avec joie que nous le retrouvons pour diner. Nous buvons un verre les pieds dans l'eau et nous parlons poissons et plongee. Il a enormement plonge depuis qu'il est arrive et ses descriptions de poissons me motivent pour me jeter a l'eau!

Nous rentrons a pied dans la douceur du soir. Il y a des milliers d'etoiles et des bruits de jungle.


Charly sur le sable, Aglae sous l'eau

Je n'ai pas plonge depuis 4 ans. J'ai un peu peur d'avoir tout oublie et de me retrouver a stresser au lieu de regarder les poissons. J'opte donc prudemment pour un cours de "rafraichissement". Une fois le detendeur dans la bouche tous les reflexes reviennent et les exercices de securite se font sans problemes: finalement c'est tres simple d'enlever ses bouteilles et les remettre!La plongee, c'est stressant en theorie et a la surface, mais en pratique et sous l'eau, c'est detendant et magique! Je me laisse deja distraire par des poissons multicolores qui traversent notre classe sous-marine...

Apres le cours nous plongeons a nouveau, cette fois sur un recif et uniquement pour voir des poissons. C'est sublime: coraux et anemones multicolores, terribles oursins noirs, invisible mais dangereux poissons-scorpions et -pierres, poissons au noms poetiques: poisson-gachette, -perroquet, a banniere, -ange, -papillon, -clown... Nous denichons meme une raie a points bleus qui vole plutot qu'elle ne nage. Et puis le silence trouble seulement par le bruit de sa propre respiration et l'impression d'etre en apesanteur...


Pendant ce temps la, sur la terre ferme, Charly et Josh jouent aux aventuriers et explorent l'ile. Ils sauteront de rochers en rochers, suivront des sentiers dans la jungle, trouveront une maison abandonnee, passeront au-dessus de trous sur des planches branlantes, se perdront, traverseront des complexes hoteliers de luxe et des criques desertes et finiront par trouver leur chemin. Charly revient emerveille.


Pendant que Josh fait une plongee de nuit, nous dinons sur notre petite plage deserte, quasiment dans le noir car il n'y a qu'une bougie - seuls clients du seul minuscule restaurant.



Birthday and Ba-rra-cu-da!

L'anniversaire de Charly avait ete marque par mes 39 de fievre + toux + radios des poumons. J'ai beaucoup beaucoup plus de chance. Je commence ma journee par 2 plongees, avec une monitrice pour moi toute seule. Elle parle avec un accent british tres tres fort, c'est-a-dire qu'elle avale la moitie des consonnes (Exemple: "A boheule o' waher" pour "A bottle of water"). Je suis donc soulagee quand nous passons a la communication par gestes sous l'eau, c'est bien plus clair! Les plongees sont encore plus belles que celle de la veille, nous sommes parfois entourees de bancs entiers de poissons argentes et j'ai meme la chance de voir un barracuda geant (le mechant poisson du debut du Monde de Nemo)! C'est en effet tres gros avec un air pas commode, il reste immobile a guetter le passage d'un petit poisson imprudent - nous ne nous approchons pas trop.

Charly m'emmene refaire la ballade qu'il a fait la veille avec Josh. Nous n'arrivons pourtant pas retrouver les memes sentiers : se perdre fait partie du charme. C'est sublime, avec une jungle epaisse s'arretant brusquement sur des rochers tombant a pic dans l'eau turquoise, puis soudain une palmeraie immense, puis une petite plage de sable blanc... On marche quelques heures dans ce decor de reve.

Nous retrouvons Josh pour diner autour d'un barbecue de poisson frais. Je choisis evidemment de gouter du barracuda grille. Delicieux!



Perdus dans la jungle !

(paragraphe fortement deconseille au Club des Mamans Affolees)


Le restaurant est loin de notre petit hotel perdu; et sur la carte nous avons remarque une petite route nous evitant de faire les deux cotes du triangle habituel. Charly a meme explore le debut de ce raccourci le matin meme, il rejoignait une route goudronnee. Il fait nuit, mais tant pis, nous decidons de tenter cette petite route goudronnee qui s'eloigne de la route principale. Nous commencons alors a monter, monter, monter en suivant la petite route tortueuse. En 5mn, nous sommes en nage malgre la fraicheur de la nuit. La nuit est assez claire et la route blanche, on voit donc bien.

Apres 30 minutes de montee a pic, la gentille route goudronnee se transforme en mechant chemin plein de nids-de-poules et de pierre et la, vient la question qui tue : mais ou est la lampe de poche ? Elle n'est nulle part, nous l'avons oublie, ce qui ne nous arrive jamais... Mais nous avons trop monte pour avoir le courage redescendre prendre la grande route, et nous continuons a la lueur de notre telephone portable. Charly ne reconnait pas le chemin qu'il avait explore le matin, la boussole lumineuse d'Adeline est impuissante a nous renseigner sur notre position geographique et la batterie du telephone est quasiment vide ! Nous continuons tant bien que mal en essayant de ne pas nous tordre les chevilles. Nous finissons par atteindre une centrale electrique, toute illuminee : il semble que nous avons atteint le point culminant de l'ile !

Commence alors une descente calamiteuse : accroches l'un a l'autre pour essayer de ne pas se casser la figure sur une racine ou un caillou, le portable eclairant faiblement le chemin, degoulinants de sueur, nous commencons a avoir de serieux doutes. Sommes-nous bien sur le fameux "raccourci" de la carte ? Nous sommes entoures par la jungle, il n'y a pas ame qui vive, a part quelques oiseaux et insectes aux cris inquietants. La route est parfois a nouveau en bitume, avant de redevenir un chemin encore pire qu'avant.

Dans le noir, le temps passe doucement, et ce qui nous parait 3 heures de marche n'est en fait qu'une heure et demie. Charly finit par reconnaitre un embranchement, et nous regagnons enfin notre petit bungalow, dans un etat second. Ouf nous n'avons pas laisse de cheville en route !

Cette belle soiree d'anniversaire sera entachee a nouveau par la presence non-desiree d'une horrible araignee vert-marron, decouverte alors que Charly est deja a moitie en train de ronfler. Heureusement, il n'a meme plus besoin d'etre reveille pour tuer les insectes qui me font hurler ! Apres avoir jete le corps de la Bete par-dessus le balcon, il retourne se recoucher aussi sec.

Le lendemain, lezardage sur la plage et location d'un masque et d'un tuba, pour montrer a Charly les poissons que j'ai vus en plongee, avant de repartir vers le continent !

Trajet Bangkok - Ko Tao : la fatigue monte...

15 fevrier

Comme je vous l'expliquais il y a un instant, nous avions pris le train afin de nous re-po-ser. En effet, impossible d'ecrire, de rediger notre scrapbook, d'etendre ses jambes, de se balader meme, une fois dans un bus. La gare de Bangkok est deja, en soi, une petite merveille. Elle ressemble a toutes les gares europeennes : spacieuse, aeree, avec de grandes vitres opaques qui lui donnent une impression de grande serre ou les voix resonnent et rebondissent. On s'attendrait presque a voir des pigeons parisiens et a entendre le jingle SNCF tant elle ressemble a, disons, St-Lazare par exemple. L'ambiance est carrement decontractee : des etudiants sont assis par terre, des gens se promenent, d'autres passent de banc en banc pour faire des sondages. Un grand ecran diffuse les derniers matchs de boxe Thai : on y voit deux femmes se taper dessus allegrement, avec les coudes, les genoux, les poings - oui la boxe thai est un des sports de combat les plus violents du monde.

Nous attendons le depart de notre train en mangeant de grosses brochettes (ah non pas Aglae, elle est malade), bien contents d'etre la plutot qu'au milieu des touristes. Notre train est particulierement confortable : le train allant ensuite jusqu'en Malaisie, il etait impossible d'obtenir autre chose que des couchettes, et celles-ci, une fois repliees pendant la journee, sont assez larges pour deux - or il n'y a qu'une personne par siege. Nous voila donc installes comme les rois du monde, dans un train bien frais (un peu trop meme, satanee clim, les gens des pays chauds ne savent jamais regler la clim de maniere raisonnable). Le train part, et nous permet encore une fois de decouvrir les aspects les moins reluisants de Bangkok, car il traverse les banlieues les plus pourries de la ville - celles qu'on ne voit qu'en train, comme en France.

A cote de nous, un Anglais de trente ans et un Ecossais de soixante. Mike, l'Anglais, nous adresse tres vite la parole. Il semble interesse par le scrapbook que redige Aglae (collection des tickets, bouts de papiers, extraits des guides de voyage, que nous decoupons et collons pour mettre en image notre voyage). Mike est volubile, passionne, passionnant. Pendant les longues heures de notre trajet, il ne s'arretera quasiment pas de discuter ; avec nous ou avec l'Ecossais. Il n'est pas bavard en l'air : cet homme a voyage dans toute l'Asie, dans tous les sens, de toutes les manieres. C'est un esthete double d'un vrai routard. Nous en oublions presque notre scrapbook, qui est encore plus en retard que notre blog.

Ce que nous n'arrivons pas a oublier, par contre, c'est la lenteur du train. Celui-ci etait parti sous de bons auspices, mais au bout d'une heure de voyage, il renacle, freine, repart en sens inverse, puis dans le bon sens, refreine, reste arrete une heure, repart en sens inverse. Les allers-retours absurdes du bateau pour Ko Samed ne semblaient etre qu'une repetition bon enfant de ce moment - je soupconne le conducteur de l'un d'avoir essaye de conduire l'autre. Avec Mike, nous imaginons que le conducteur aime bien cette portion de rail, et qu'il fait des allers-retours pour mieux admirer le paysage ; ces blagues ne m'empechent pas de m'inquieter, car nous perdons bien une heure a faire ces allers-retours. Finalement nous partons vraiment, mais les arrets sont frequents, et assez longs.
La nuit tombe, les couchettes sont installes pour les autres voyageurs, et nous comprenons que nous allons avoir beaucoup de retard. Oui mais combien ? la possibilite d'avoir plus de deux heures de retard sur un trajet de 6h nous semble absurde. Finalement, je mets la main sur un controleur, qui m'annonce la magnifique nouvelle : nous allons arriver a Chumphon... ... au moins a minuit et demie !!!

Quelle heureuse nouvelle ! Arriver dans une petite ville minable qui n'est rien d'autre qu'un point de transfert jusqu'a Ko Tao, en plein minuit de la nuit, sans hotel reserve, et devoir prendre un bateau le lendemain matin pour l'ile, un bateau qui coutera deux fois plus cher, et qui nous fera arriver en meme temps que tous les autres voyageurs, et devoir courir pour arriver dans les hotels libres avant eux. Quel bonheur !!! aah, reiteration de la maudite malediction qui nous accompagne depuis quelques temps. Nous essayons d'appeler des hotels sur l'ile, pour les reserver. Ceux dont le numero de telephone fonctionne nous disent qu'ils ne prennent pas de reservation. Grrrr! Impossible apres ca de profiter du voyage en train.

Il se fait tard et nous ne pouvons nous endormir, de peur de rater notre station. Nous veillons stupidement pendant que les autres se couchent. Mike parle tres longtemps politique avec l'Ecossais, puis finit par se coucher, la langue tordue par l'effort. Le vieil Ecossais, qui a vraiment une tete de vieil Ecossais, longue barbe blanche incluse, discute un temps avec nous. Il a une vie passionnante, puisqu'il habite maintenant dans un petit village thai, ou il etait venu aider des gens. Le temps passe encore plus lentement maintenant que tout le monde dort. Le scrapbook avance a pas de fourmis, mais il devient de plus en plus fourni, de plus en plus cool, et nous ne regrettons pas une seconde le temps fou que nous passons a le constituer. Finalement, apres presque 10h de voyage, nous arrivons a Chumphon. Il est minuit trente, impossible donc de rejoindre le ferry de minuit, qui part d'ailleurs a plusieurs kilometres de la. Rageant.

Nous chaussons nos gros sacs, et errons dans la ville a la recherche des hotels marques dans le guide. Miracle, nous en trouvons un d'ouvert du premier coup. Miracle, les chambres sont peu cheres, spacieuses et confortables. Miracle, nous trouvons a manger dans une epicerie encore ouverte a 1h du matin (il faut dire que nous n'avions rien prevu a manger dans le train, vu qu'on etait cense arriver pour l'heure du diner). Petits miracles de rien du tout font un bien fou.

Bateau a l'aube
Quelques heures a peine de sommeil plus tard, nous nous eveillons. Il s'agit de prendre le bateau de 7h30, et avant cela de trouver un moyen de se rendre a l'embarcadere. Je sors acheter un petit dejeuner, et tombe sur une agence de voyage / cafe bourre de jeunes touristes comme nous, qui attendent un petit bus pour l'embarcadere. Le petit bus est gratuit si on prend les tickets chez eux : parfait. Je cours chercher Aglae, nous plions nos sacs en extreme urgence, et nous retrouvons sur le bateau quelques minutes plus tard. Celui-ci est plein a craquer, et nous savons que tous ces gens autour de nous chercheront aussi a leur arrivee de quoi se loger. Malheur !

Aglae et moi sommes COMPLETEMENT ensommeilles. La petite, specialement, tient difficilement debout. Nous tentons la grande cabine, pourvue de nombreux sieges confortables. Horreur, la clim y est si glacee qu'il nous faudrait trois pulls et un sac de couchage pour y survivre ! Il a beau faire nuit dehors, il y fait moins froid. De plus, alors que le bateau se met en marche et descend une petite riviere pour rejoindre la mer, je peux observer le splendide lever de soleil. Ombres chinoises des pecheurs qui mettent en marche leurs embarcations, rives du fleuve sur lesquelles les dernieres brumes du matin mettent les voiles... A couper le souffle.

Aglae, elle, s'endort sur mon epaule. Le trajet est plutot long : plus de 3 heures en pleine mer. Il est rythme par les passages incessants des rabatteurs, qui viennent voir tous les passagers, leur distribuent des cartes de l'ile, et leur prennent la tete en leur disant de reserver le plus vite possible des cours de plongee aupres d'eux. Tous les jours, ces types passent leur temps sur ces ferrys, a essayer de convaincre les gens de venir loger ou prendre des cours de plongee chez leurs employeurs.

En effet, Ko Tao est avec Phuket un des principaux centres de plongee de Thailande. C'est meme une des premieres destinations au monde pour la plongee, en tout cas le lieu ou sont passes le plus de brevet de Plongee. Pourquoi ? d'abord parce que les fonds y sont riches et colores, ensuite parce que les prix y defient absolument toute concurrence : Aglae y fera 4 plongees, dont une de "rafraichissement" tres encadree, pour environ 100 euros. En France, pour ce prix-la, vous avec 12 minutes de plongee dans une piscine, sans le materiel. Pour l'instant, Aglae reve de poissons plus qu'elle ne nage avec eux.

Le Soleil tape de plus en plus fort, et nous arrivons bientot en vue de la grande ile de Ko Tao (environ 4 fois plus grosse que Ko Samet). Ko Tao est beaucoup plus developpe que l'ile ou nous etions quelques jours auparavant : le village-port ou nous arrivons est quasiment une petite ville, avec une dizaine de rues, des boutiques, des hotels et des restaurants partout. Il faut bien ca, car le millier d'ecoles de plongee qui garnit l'ile est la plupart du temps gere par un personnel non-thai : les moniteurs viennent de tous les pays, et il est important qu'ils maitrisent un anglais comprehensible par les touristes, parce que l'anglais des Thais... bon disons qu'il est aussi bizarre que le thai des Anglais ! Il faut donc bien loger tous ces expats.

L'arrivee dans le port est deja magique. Les fonds sont d'une clarte telle que nous avons l'impression que notre bateau va se fracasser sur les gros coraux. Le Soleil devient vite carrement etouffant : il fait encore plus chaud ici que dans le reste de la Thailande, voyage vers le Sud oblige. Nous prenons un taxi-jeep a ciel ouvert jusqu'a des plages eloignees du port, de l'autre cote de l'ile. Il fait tellement chaud, et il est tellement dur de trouver un truc avec de la place, et ou les prix n'ont pas triple a cause de la haute saison, que je depose Aglae avec les bagages, pendant que je fais un tour. Je finis par denicher un petit hotel classique, au bord d'une sublime plage (ou on ne peut pas se baigner par contre : l'eau est immonde d'algues et de rochers coupants). Nous sommes un peu decus de ne pas avoir de bungalow perdu au bord d'une plage vide, comme nous en avions reve dans nos delires fantasmatiques. Mais au moins nous sommes loges, et nous chercherons quelque chose pour les jours suivants !

jeudi 5 mars 2009

Ko Samed - une ile un peu compliquee a atteindre

11 fevrier


Un trajet assez long en minibus nous fait passer de Bangkok a Ban Phe, port pour atteindre Ko Samed. Nous passons en autoroute a cote de Pattaya, paradis du tourisme sexuel, mais nous sommes un peu decus de n'apercevoir aucun gogobar sur l'autoroute.


Arrivee a Ban Phe en fanfare : alors que nous ne sommes meme pas encore sortis du minibus, une femme tape a notre fenetre et nous dit qu'il faut faire appel a elle pour atteindre Ko Samed en bateau. Non non non, nous faudra-t-il repeter, et apres un peu d'acharnement et des moues enervees, elle nous laisse tranquille. Nous atteignons l'office touristique cense vendre des billets de bateau pour l'ile. Il s'agit d'un bureau un peu crade devant une jetee, et il nous est difficile de croire que c'est bien la que sont vendus les seuls billets sans commission. On nous amene avec brutalite devant un petit ferry craquele, quasiment vide, ou des hordes d'enfants courent en tous sens en hurlant. Le bateau est cense partir dans 30 minutes.



Il etait un petit navire, qui ne voulait ja-ja-jamais s'en aller


Pour patienter, nous faisons la connaissance d'une holandaise, Paula, jeune femme voyageant seule, assez bizarre tout compte fait, a qui nous ne savons pas trop quoi dire : toutes les rencontres entre voyageurs ne sont pas des idylles parfaites, et parfois le courant ne passe pas du tout. Pas tres rassure par la perspective d'encore une fois aller d'hotel en hotel pour en trouver un libre et pas ruineux, je commence a trouver le temps long. 45 minutes apres notre arrivee, soit 15 minutes apres l'heure de depart prevue, un Anglais grimpe dans le bateau avec son fils.


- Bonjour Monsieur, a quelle heure vous ont-ils dit que le bateau partirait ?


- Je ne sais pas. Oh il partira bien un jour.


L'attente finit par me ronger, d'autant que personne ne monte dans le bateau, et que les enfants continuent a jouer a cache-cache sur le toit du navire. Toujours pas de chauffeur en vue. Je remonte sur le quai et part a la recherche d'un responsable. Je croise le chauffeur qui se dirige vers l'embarcation - il etait temps ! Je remonte dans le bateau, mais fausse alerte, celui-ci ne part pas. Je fais signe au chauffeur, qui s'eloigne a nouveau, de revenir - il s'en fout. Deux minutes apres, a ma grande surprise, le moteur se met en route, et le bateau commence a bouger. Youpi ! Tous les bateaux de port, qui etait jusque la plonge dans la torpeur, se meuvent d'un coup en tous sens. Le notre fait demi-tour, semble-t-il, nous pensons qu'il est pret a partir, mais il s'arrete dix metres plus loin, devant un autre embarcadere. Le chauffeur remet les cordes autour des bites d'amarrage, et s'en va. Quoi ? Je lui crie dessus, il me regarde en souriant, visiblement il ne parle pas un mot d'anglais.


D'autres passagers comptaient en effet embarquer. C'est le debut d'un petite manege horripilant et ridicule : le bateau s'eloigne, un homme arrive en courant a l'autre bout du ponton, le bateau revient, le type monte sur le bateau, qui repart, avant qu'un autre homme arrive (un bonze bouddhique en robe safran, cette fois-ci), le bateau revient pour le prendre, puis repart, puis revient (cette fois-ci c'est un couple), puis repart, puis revient (une moto fonce sur la jetee, pile, et depose un vieillard), puis repart. On ne compte plus les allers-retours, et je suis en train de reflechir au moyen de jeter le chauffeur a l'eau.


Finalement nous partons a la vitesse d'une limace en montee, et apres avoir prie tres fort qu'une mamie ou un bambin ne fasse pas signe au bateau de revenir le chercher immediatement, nous voila en vue de Ko Samed, deja grosse a l'horizon. Nous l'atteindrons en 3/4 d'heure a peine.


Ko Samet, ou Ko Samed, est l'ile-paradisiaque-thai-avec-plages-de-sable-blanc la plus proche de Bangkok. Par consequent elle est prise d'assaut les week-ends par une foule compacte d'expatries et de Thais, mais comme elle ne fait pas partie des spots de plongee les plus fous du pays, elle reste plutot calme en semaine. En outre son statut de reserve naturelle, avec droit d'entree obligatoire, freine sa surexploitation touristique, et les complexes hoteliers hideux, qui ont defigure parait-il des iles comme Phuket, sont ici absents.


A notre arrivee, a la tombee du jour, nous ne savons pas tout cela, et nous ne nous attendons pas a tant de calme aussi pres de Bangkok : les hotels sont peu nombreux et bien caches par la vegetation, les routes sont des pistes pleines de rochers, et l'ambiance est plutot paisible.


Bien decides a montrer a Adeline notre quotidien de suicidaires du sac a dos, nous entamons une marche particulierement longue jusqu'a la plage que nous voulons atteindre. Nous arrivons defigures par la sueur, et avons juste le temps d'apercevoir le sable d'une blancheur et d'une finesse insolentes, avant que la nuit ne tombe. Nous trouvons un hotel sympathique, qui nous propose des bungalows ou la temperature avoisine les mille degres Celsius, et nous laissons nos petits corps transparents secher avec le vent du soir.


Emerveillement devant la douceur du soir - diner les pieds dans le sable, le long d'enormes lanternes design plantees le long de la plage - sourire du serveur - au loin les basses d'un bar ou la musique doit etre assourdissante - saveurs, odeurs, sons des vacances option paradis, ou se surajoute le parfum du spray anti-moustiques (les sales betes pullulent a Ko Samed). Adeline fatiguee va se coucher, pendant qu'Aglae et moi parcourons le reste de la plage. Celle-ci est coupee en deux par une sculpture incroyablement kitsch d'une sirene et d'un pecheur au teint vert en train de se faire la serenade. En s'eloignant de notre hotel plutot calme, on tombe sur de plus gros restaurants, de plus gros bars. Des gens ivres se jettent dans l'eau ; plus loin les serveurs d'un restaurant entament un spectacle de bolas et de batons enflammes, sous les applaudissements du public ; toujours les stands ambulants de crepes banane-chocolat, meme la sur la plage. Nous sommes bien, enfin prets a se reposer.


(nous serons berces toute la nuit par les sons de Bob Marley, issus d'un improbable Bob Marley Bar & Coyotee Girls tout proche de notre hotel, mais serons trop fatigues pour vraiment etre deranges)

dimanche 14 décembre 2008

Mamallapuram - Nababs a Mahab






Apres quelques jours reposants a Pondy ou nous etions bien soignes (cf message precedent), nous avons prefere passer une nuit sur la route de Pondy a Chennai, plutot que d'arriver directement dans l'immense Madras (ancien nom plus connu de Chennai).

Mamallapuram etait donc cette etape. Il s'agit de la seule station balneaire de l'etat tres religieux ou nous etions alors : le Tamil Nadu (l'etat des Tamouls). En plus de disposer d'un splendide front de mer un peu abandonne aux bouteilles en plastique, et de fruits de mer succulents, Mahab (surnom du coin) dispose de vieilles ruines en pierre / temples absolument extraordinaires.

Nous avons rapidement pose nos affaires dans une petite chambre simple et propre (sisi, propre, sans araignees geantes ni robinets fuyants), nous sommes partis dans le grand parc du village, qui reunit le long d'une colline de pierre, la plupart des temples creuses dans la pierre du coin. Absolument epoustouflant : l'impression de se promener le long des rochers de Fontainebleau, avec ses petits coins d'escalade sauf qu'ici il y a des temples finement sculptes vieux de 1500 ans. Le soleil se couchait lorsque n ous arrivames, ce fut reposant et divin.

Ce qui fut moins reposant, c'est lorsque nous avons tente de manger un petit gouter. Une horde de petits enfants, ages de 5 a 8 ans, nous a supplie de leur donner du chocolat (nous n'en avions pas). Apres avoir reussi a les disperser, et sachez que ce fut long, un jeune vint nous vendre des sculptures (le village est reste repute pour ses sculptures). Mais ce n'etait pas fini!

en effet au moment ou nous arrivons enfin a sortir nos cookies, une chevre nous fonce dessus. Une chevre ? certes oui, le parc etait infeste de chevres... Celle ci en voulait a nos cookies. Aglae, a bout, s'exclame "mais c'est quoi ce pays ou meme les chevres viennent nous demander des trucs ?".
(Incise d'Aglae: oui, parce qu'entre temps un chien etait venu mendier nos 3 cookies en les pointant du museau avec un regard suppliant...)

Une fois perches sur les rochers, tout fut plus calme. Tellement calme que lorsque la nuit nous tomba dessus avec la celerite d'une noix de coco detachee de son palmier, nous etions au milieu d'une semi-jungle, un peu perdus. Nous avons sorti notre lampe de poche a manivelle, et avons tente de trouver la sortie. Et soudain, un bruit a retenti. Une espece de miaulement gigantesque, qui venait d'en haut d'un arbre qui se trouvait sur notre chemin. Aglae s'arrete, terrifiee. Moi meme, je ne suis pas tres rassure, parce que j'ai reconnu ce terrible cri, c'est celui d'un singe enerve. Nous pointons notre lampe vers l'arbre. Une forme en tombe, mais je n'ai pas le temps de voir, car Aglae se detourne deja, prete a courir, et c'est elle qui a la lampe. Je la lui arrache des mains, et revient vers la forme. C'est bien un singe de la taille d'un chien. Ca court vers nous. J'ai mon miserable pied photo a la main, pret a vendre cherement notre peau.

Mais le singe ne passe pas loin, nous depasse et monte a un autre arbre. J'entends de nouveaux chocs sourds, ce sont deux autres singes qui tombent du premier arbre et le poursuivent. Nous venons d'assister a une poursuite de singes avec laquelle nous n'avons rien a voir. Bien entendu nous sommes completement terriffies, et nous courons vers la sortie du parc. Une horde de chevres nous accompagne solenellement vers la sortie. Des que la nuit tombe, dans ce pays,la nature reprend ses droits sur le pays des humains. avec une ferocite et une rapidite etonnantes. Cf les araignees, bien sur.

Le lendemain etait plus calme : pas de betes sauvages nous sautant dessus, juste quelques temples creuses dans la pierre, ecrases de soleil. Il y avait meme un elephant grandeur nature, creuse dans la pierre et qui ressemblait comme deux gouttes d'eau a un vrai. Nous avons bu des hectolitres d'eau et sommes repartis gaiment vers Chennai.

En arrivant sur place, nous prenons conscience de l'immensite de la ville, sorte de flaque urbaine qui s'etend sur des milliers de kilometres. Les quartiers se succedent sans arret, et nous mettons une bonne heure a atteindre le centre... pour apprendre que notre hote Couchsurfing habite tres loin du centre. Il finit par venir nous chercher devant un hotel de luxe. Son nom est Salman, c'est un prof de danse survolte dont la gentillesse nous a sans cesse surpris. Mais vous en saurez plus au prochain episode !