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lundi 29 juin 2009

Sur les chemins de la contrebande : Ulan-Bator --> Irkoutsk


6 - 8 mai
36 heures de train

La providnitsa nous conduit dans notre cabine. Elle est occupée par une charmante dame australienne. C'est une prof retraitée très pimpante et d'une charmante conversation. Elle a un petit côté british quand elle s'exclame toutes les 5 minutes : "Oh, lovely !"

Les steppes mongoles défilent par la fenêtre, nous "cuisinons" nos habituelles nouilles instantanées, et nous montrons comment les cuire à notre voisine héberluée. Le voyage semble devoir être sans surprise. Mais à l'approche de la frontière, un quatrième passager arrive dans notre cabine, introduit par la provodnitsa. C'est une dame mongole qui semble extrêmement chargée de sacs. Elle nous fait un petit sourire en coin puis se met au travail...

Elle sort d'abord des habits de sport neufs. Elle arrache les étiquettes, les jette puis retourne joggings et T-shirts pour qu'ils ressemblent à du linge sale. Elle sort ensuite toute une série de sacs de sports neufs et les range les uns dans les autres, comme des poupées russes, jusqu'à ce qu'ils ne forment plus que deux gros sacs. Elle range les habits neufs en boule dedans.
Puis elle passe aux produits alimentaires: d'abord des paquets de thé chinois qu'elle dissimule ici et là, puis une douzaine de bouteilles de whisky, et pas n'importe lequel : du Chivas Regal ! Elle plie soigneusement les boîtes en carton de chaque bouteille et les cache dans des sacs. Elle fait ensuite disparaître les bouteilles une à une, dont une au fond de son sac à main.
Une autre dame mongole, qui exerce apparemment la même activité, passe de temps en temps la voir. La providnista a l'air de bien s'entendre avec elles ; elle trouve sans aucun doute son intérêt dans ce trafic.
Notre contrebandière finit son œuvre en soupoudrant les coins sombres du compartiment de baskets neuves et de casquettes de marque (toujours empilées en mode poupées gigognes).

Nous faisons part de ces événements à la bonne dame australienne plongée dans son livre. Elle est affolée et semble avoir des palpitations. A l'évidence, c'est le plus grand morceau d'aventure de sa vie paisible. Ce manège nous fait quant à nous bien rire et nous engageons des paris : je souhaite le succès de la contrebandière mongole, Charly prend le parti du douanier russe qui ne va pas tarder à arriver.

Nous attendons avec impatience la frontière. De toute façon nous allons y passer des heures inutiles ; un peu de suspense est le bienvenu !

Le passage des officiers de l'immigration se passe bien. C'est plutôt nous qui sommes stressés de ne pas avoir coché le bonne case d'un formulaire russe un peu obscur. Le douanier arrive enfin, avec son regard bleu acier et son élégant uniforme. La contrebandière mongole est un peu fébrile, la dame australienne est tellement stressée qu'elle ne comprend pas quand il lui demande d'où elle vient, nous répondons à cette même question puis retenons notre souffle.

Le douanier demande en russe à la dame mongole d'ouvrir son sac, elle transpire le stress et s'exécute en lançant un flot de paroles en russe. Elle est très forte et ne fait surgir de son cabas qu'un amas de vêtement. Mais le douanier a déjà détourné le regard pour remarquer une basket rose fluo et flambant neuve mal dissimulée. Charly esquisse déjà un demi-sourire de victoire.

Nous avons les yeux rivés sur la scène. La dame mongole parle, parle, parle puis rassemble ses deux mains comme si elles étaient menottées. Le douanier répond des choses en russe puis... tourne les talons, sans fouiller les autres sacs ! Aucun billet n'a été glissé dans sa main - nous en sommes certains. Pourquoi est-il parti ? Le mystère demeure mais j'ai gagné le pari !

Le passage de la frontière se passe sans autre fait notable, si ce n'est des toilettes fermés pendant de longues heures et la présence de changeurs à l'air et aux taux louches. Nous quittons la frontière à la nuit tombée, la contrebandière mongole a disparu.

La nuit tombe, nous allons louper la magnifique vue sur le lac Baïkal !

Charly se lève quand même à 4h30 du mat' pour voir si on aperçoit le lac, mais on ne voit rien et il se rendort aussitôt. Je me relève un peu plus tard mais on n'aperçoit rien de plus que des bouleaux. Tant pis ! Nous approchons de notre premier arrêt en Russie : Irkoutsk, tout le monde descend !


Et pour finir, nous vous laissons contempler l'inénarrable classe russe (deux voyageurs de notre compartiment) :

dimanche 28 juin 2009

A bord du Transmongolien : Beijing --> Ulan-Bator

29 - 30 avril
24 heures de train

Nous sommes enfin à bord de ce train mythique. Le "steward" de notre wagon est un jeune Chinois timide, parlant à peine anglais et surtout très gentil. Il nous conduit à notre cabine, prévue pour 4 personnes. Tout de suite, nous réalisons que nous sommes tombés sur le meilleur colocataire possible: un jeune Japonais. La nationalité japonaise est en effet une garantie de politesse et de discrétion. Il prend ce train d'un seul trait jusqu'à Moscou où il commence un grand tour d'Europe. Il sera très silencieux pendant tout le voyage.

A ma grande surprise, Charly-la marmotte ne tarde pas à s'endormir. Je sors dans le long couloir pour regarder le paysage par la fenêtre. Ce dernier est assez désolé, parfois traversé d'une route ou d'un pont en construction, ou parsemé de quelques usines crachant de la fumée d'une couleur peu engageante.

Un couple de jeunes Allemands fait de même non loin de là. Je fnis par oser leur parler. Ils viennent de travailler deux ans à Phnom Penh au Cambodge, elle dans une célèbre association pour les enfants des rues, lui au Tribunal International jugeant les crimes des Khmers Rouges. Il ont visité la Chine et rentrent en Europe en train. Ils retournent vivre à Hambourg, leur ville d'origine. Ils parlent un peu français et sont passionnants. Charly, que mon merveilleux accent anglais finit par tirer de son sommeil, se joint à nous.

Ils nous apprennent que notre ticket nous fait bénéficier d'un dîner gratuit au wagon-restaurant. Nous décidons de nous y rejoindre plus tard. Le paysage change et devient de plus en plus aride à mesure que nous approchons du désert de Gobi. Nous dînons tous les quatre, assez frugalement il faut bien le dire mais c'est bon. Le service décoiffe : on nous lance presque nos assiettes avec trois boulettes de viande dedans ; on nous les enlève dès que nos baguettes ont touché le dernier morceau. C'est très stressant!


Jörgen a en particulier beaucoup d'humour. Il tient absolument à ce que l'on goûte au vin rouge vendu au bar, nommée pompeusement "Great Wall" (Grande Muraille). Ce vin est absolument immonde mais ça n'empêche pas Jörgen d'en commander une deuxième bouteille. Comme il dit (en montrant son front): "The Great Wall wine, I don't know if it's great but I'm sure we will have the wall ! " Nous rigolons bien, surtout quand un membre du personnel du train, qui dîne un peu plus loin, commence à se mettre torse nu. Ah ces Chinois, quelle classe!

Le soleil se couche et nous approchons de la frontière. Nous y passerons de longues longues heures, car après les vérifications d'identités et les quelques formulaires d'usage, il faut aussi changer les roues du train. Les rails russes (et donc mongols) n'ont en effet pas la même largeur que les rails des autres pays - par peur des invasions !

Nous décidons alors de descendre sur le quai pour prendre un peu l'air. A notre grande angoisse, le train se met en branle et disparaît dans la nuit. Comme notre "steward" nous a autorisé à descendre, nous restons calmes. Après un quart d'heure d'attente un peu anxieuse, Le Beau Danube Bleu de Strauss est soudain diffusé à plein volumes par les hauts-parleurs du quai. Notre train sort alors de la brume et s'avance majestueusement vers nous. On se croirait dans un film !

Nous sautons à bord. Notre train s'ébranle à nouveau pour arriver dans un grand hangar où chaque wagon est soulevé de terre pour qu'on puisse changer ses roues. Nous regardons la fascinante opération par la fenêtre du train, bien au chaud. Ceux des passagers qui ne sont pas remontés assez vite patienteront une heure et demie dans la nuit glaciale, sans pouvoir assister à ce merveilleux spectacle !

Il est très tard quand le train reprend sa route. Nous sommes épuisés et filons enfin nous coucher. A notre réveil (tardif), nous nous rendons compte que nous avons manqué les dunes de sable du désert de Gobi. Nous sommes déjà au milieu des steppes. Le Japonais nous informe que le wagon restaurant a changé à la frontière ; après vérification il est maintenant en style mongol, tout en bois. C'est très... mignon !


Nous repérons les premières yourtes, les premiers troupeaux de moutons et de chevaux. Alors que nous déjeunons de nouilles instantanées (seul repas possible dans le train, grâce au samovar distribuant de l'eau bouillante), nous apercevons des immeubles et des usines. Pas de doute, nous arrivons à Ulan-Bator!


Sur le quai avec nos amis allemands
(et notre gros sac à provisons dans les mains de Charly)

samedi 27 juin 2009

Les bouddhas de l'industrie


29 avril

Malgré le train un peu pourri, nous dormons comme des loirs pendant les quelques heures de trajet qui séparent Pékin de Datong. Nous arrivons encore une fois aux alentours de 6h. A notre grande surprise, à la sortie de la gare nous attend un employé de CITC (l'Office de Tourisme Chinois, une société semi-privée qui prend aussi en charge la vente des billets de Transmongolien).

C'est un homme affable, parlant un anglais parfait, qui nous remet contre paiement nos chers billets de Transmongolien. Il essaie aussi de nous vendre une visite guidée des grottes bouddhiques de la ville ("non") et nous propose de mettre nos bagages dans un hôtel "partenaire" ("ah oui"). Nous le suivons donc jusqu'à un hôtel assez miteux de Datong, qui semble être une minuscule ville pas du tout moderne. Nous sommes bien contents de laisser nos bagages contre une somme modique.

Nous sommes dans une vraie ville chinoise, aussi il n'y a aucun endroit pour prendre un petit déjeuner décent. Nous trouvons une vague supérette, dans laquelle nous achetons des "milk tea" en poudre. Cela faisait un certain temps que nous hésitions à essayer ces préparations de thé au lait lyophilisé.

Nous en choisissons deux, un goût café, et l'autre goût chocolat (mais nous nous trompons de paquet, et le prenons goût pêche). Le problème, c'est que nous ne savions pas qu'en réalité, il s'agit de Bubble tea, c'est-à-dire de thé au lait avec des boules gélatineuses de tapioca. Le mélange est lourd et indigeste. Nous en réchappons difficilement.

Ville industrielle

Notre long trajet dans un bus local, depuis la ville de Datong jusqu'au complexe de grottes bouddhiques, nous permet d'apercevoir une ville en Chine. Bien évidemment, avec autant de produits Made in China, il faut bien les villes industrielles qui vont avec. Datong en est une. Dans le bus, que des visages burinés et des mains calleuses d'ouvriers illettrés chinois. La plupart sont trop épuisés ou trop abrutis par leur travail pour remarquer notre présence. Tous se rendent au travail, déjà fatigués de la journée qui les attend.

La ville de Datong semble être de couleur unie : tout y est fait de briques orange, type de paysage quasiment disparu aujourd'hui en France, à part peut-être dans le Nord ou dans les Ardennes.

Des grottes, des grottes et des grottes

Je me doute que la perspective d'aller visiter des "grottes bouddhiques" n'est pas forcément très glamour. Mais il y en a un paquet en Chine et nous n'en avions toujours pas vus. Il était hors de question, après tant de témoignages de la culture bouddhiste, de passer à côté de cette forme primitive de la religion.

En réalité, les grottes de Datong, qui datent du Ve siècle, ne sont pas à proprement parler des "grottes". Il s'agit plutôt de niches creusées dans une façade de pierre, côte à côté. Les plus grosses contiennent des statues gigantesques de Bouddha, un peu comme celles que les talibans avaient fait exploser en Afghanistan.

Les gigantesques Bouddhas de pierre, dont le visage émerge difficilement de la pénombre de leurs grottes, dégagent une mystérieuse beauté. Ils sont immenses sans pourtant être écrasants et posent sur l'humble touriste un regard bienveillant. On a l'impression qu'ils sont ici à méditer depuis une éternité.

Par ailleurs, la peinture sur beaucoup de bas-reliefs sculptés a miraculeusement tenu jusqu'à nos jours. Ce qui les rend plus vivantes, plus émouvantes que beaucoup de celles que nous avons jusqu'ici vues :


A noter aussi, une étrange et grande statue de Bouddha, qui ressemblait paraît-il au souverain de l'époque, lequel ne brillait sans doute pas par sa beauté :

Départ en Transmongolien
Une fois rentrés à Datong, dernier déjeuner dans un restaurant local, où les serveurs nous regardent pendant tout le repas avec de grands yeux ronds, rejoints par des clients policiers qui ne toucheront pas à leur assiette, hébétés par notre présence dans ce restaurant. Nous faisons un festin en utilisant la technique maintenant rodée du "donnez-moi ce qu'il y a dans l'assiette de ce client, monsieur".

Après une attente un peu mélancolique sur la grand-place devant la gare, tout en mangeant des glaces chinoises (valent une bouchée de pain, probablement faites à partir de lait Sanlü frelaté), nous nous décidons à récupérer nos bagages, et à prendre ce satané train direction la Mongolie.

Une fois dans la gare, surprise un peu flippante : notre train n'apparaît pas sur le panneau d'affichage ! Dans un coin de la gare, derrière une vitre, un policier chinois semble contrôler on-ne-sait-quoi. En l'absence d'un bureau de renseignements, Aglaé et moi, un peu stressés, montrons notre billet de train au monsieur, en demandant "Zai nali ?" ("?"). Il nous demande de faire le tour. Nous rentrons dans son bureau, il s'empare de nos billets, nous demande quelque chose.

Ah oui, nos passeports. Il s'en empare, et se plonge dans une lecture méditative, passionnée, légère, de nos précieux documents. Il semble faire une vérification, ou plutôt occuper son ennui. Les yeux d'Aglaé deviennent ronds : mais qu'est-ce qu'il fait ?

Nous lui répétons en choeur : "Zai Nali, zai nali ?", croyant qu'il n'a pas compris que notre train allait partir dans 5 minutes. Il ne nous écoute même pas. Nous paniquons littéralement. En choeur, en français : "mais qu'est-ce qu'il fout cet abruti de flic ?".

Heureusement, il ne parle ni anglais, ni français, ni rien. Finalement, un autre homme vient le rejoindre, et lit aussi le passeport. Sans échanger un mot, ils se lèvent, et nous font signe de les suivre. Ils croisent une dame de ménage, lui demandent quelque chose. Elle part en courant dans un sens. Les types assurent. Nous continuons à les suivre, jusqu'à une porte verrouillée par un cadenas, qu'ils ouvrent uniquement pour nous. Nous arrivons sur les quais et les suivons dans un sous-sol, jusqu'à aboutir à un autre quai. Ce dernier est vide, à part 7 ou 8 autres hommes en costume militaire (ou policier ?) (ou juste un costume du personnel de la gare ?), qui attendent, sans bouger un muscle.

Nous ne sommes pas sûrs de comprendre. Notre train va vraiment arriver là ? Nos guides nous demandent de rester à notre place et d'attendre. Au bout de quelques minutes, un magnifique train arrive. Une locomotive verte et rouge, surmontée d'une énorme étoile rouge, pénètre avec des craquements formidables dans l'enceinte de la gare. Accrochée à elle comme la traîne d'une étoile, un petit nombre de wagons d'un vert sombre, chacun portant en cyrillique et en chinois les indications "Pékin --> Oulan Bator". Le train s'arrête, nous montrons nos billets à l'homme qui sera notre chef de wagon jusqu'à Oulan Bator. Il nous fait signe de le suivre, et une minute après nous voilà partis.

Nous avons eu un cortège d'une douzaine de militaires (ou de policiers ?), en casquettes rondes et en costume, uniquement pour que nous, deux petits voyageurs français, puissions monter à bord du Transmongolien.

On appelle ça un départ en fanfare !

vendredi 26 juin 2009

WAAAAAAOUUUUUUU ! (La Grande Muraille de Chine)


26 avril

On l'attendait avec impatience, on craignait les légendaires nappes de brumes qui l'entourent, mais ce matin là, le soleil était radieux pour notre excursion à la Grande Muraille !

Nous partons très tôt pour ne pas avoir à la parcourir au pas de course. Nous trouvons facilement un minibus qui peut nous déposer en cours de route non loin de la muraille. Nous connaissons les prix et ce n'est pas du tout celui qu'on nous annonce.

Je soupire : ah non, c'est pas vrai, on se croirait au Vietnam ! L'heure matinale ajoute à mon exaspération. Heureusement, Charly garde son sourire et parvient à bien négocier.

Nous réussissons à sauter au bon endroit, c'est-à-dire à Jing Shan Ling, le point d'entrée de la Muraille le plus éloigné de Pékin. En effet, il en existe de plus proches, mais ils sont bondés et outrageusement restaurés. Celui que nous avons choisi est le plus sauvage et surtout le point de départ d'une randonnée sur la muraille jusqu'à un autre point d'entrée : Simataï.

Un paysan du coin fait taxi avec sa voiture et nous emmène jusqu'au guichet d'entrée, à quelques kilomètres de la route principale. Nous savons déjà que notre projet de randonnée est synonyme de racket: il faudra payer trois fois pour la même muraille: un billet d'entrée tout de suite, le droit de passage sur un pont suspendu, et encore un autre ticket car Simataï, à la fin de la randonnée, se situe dans une autre province ! Le Routard s'insurge contre ses pratiques, nous sommes prévenus et décidons que rien n'entamera notre bonne humeur, pas même la rapacité des Chinois.

Nous commençons à gravir une colline. Pour l'instant, la Grande Muraille est encore invisible. Après une rude montée, nous nous retrouvons dans une tour de garde et c'est l'émerveillement. J'avais peur d'être déçue, mais non, c'est incroyable. On peut suivre le "serpent de pierre" à perte de vue sur les crêtes des collines. Je bondis de joie. Je réalise pleinement que je suis en Chine, ce pays qui voulait dire "très très loin, à l'autre bout du monde" quand j'étais petite. Ce qui me paraissait inaccessible est devenu réalité. Je me rêvais globe-trotteuse et j'y suis. Pour de vrai! Cette "révélation" me remplit de bonheur pour la journée.


Nous commençons alors notre merveilleuse balade sur la muraille. Dès que l'on s'éloigne du point d'entrée, nous sommes absolument seuls. De tour de garde en tour de garde, nous dominons des collines arides et escarpées. La muraille monte et descend pour suivre la crête et la pente est parfois extrêmement raide. Nous faisons des petites haltes pique-nique sur le toît des tours de gardes, c'est un vrai plaisir.



Selon les endroits la muraille est en plus ou moins bon état, il faut vraiment faire attention où on met les pieds! Certaines tours de gardes ont été parfaitement restaurées, d'autres tombent en ruine. Nous marchons d'un bon pas, nous prenant pour de courageux soldats montant la garde contre les envahisseurs de Nord. Les gardes de la tour étaient vraiment au milieu de nulle part, je pense au livre de Buzzati, "Le désert des Tartares".

Une absurdité ironique se dégage de cette portion de la muraille, érigée sur la crête de montagnes de toutes façons infranchissables par la moindre armée (même les chèvres auraient du mal à passer par là).

Régulièrement des vendeurs d'eau fraîche surgissent de nulle part, comme des diablotins jaillissant de leur boîte. Ils représentent une tentation épouvantable, car il fait vraiment chaud, et nous sommes en nage ! Heureusement nous avons de quoi faire un pique-nique.

A un moment, nous débouchons sur un tournage, sûrement d'un des nombreux clips de pop chinoise où figure ce symbole national. Nous attendons l'autorisation de passer puis arrivons au but de notre promenade (après avoir repayé): Simataï. Nous ne sommes plus vraiment seuls mais la muraille est ici encore plus raide qu'ailleurs. C'est très impressionnant pour nos yeux et un peu dur pour nos jambes!


Après toutes ces heures à crapahuter sur la muraille, il faut maintenant rentrer à Pékin. Le prochain bus part du parking dans 2 heures. Nous n'avons pas envie d'attendre. Nous décidons, un peu inconsciemment, de partir à la recherche de la mystérieuse gare routière mentionnée par le Routard. Peut-être que des bus en partiront plus régulièrement.

Nous rencontrons un jeune Belge venu en Chine perfectionner son kung-fu et l'embarquons dans cette expédition aventureuse. Au bout d'une demi-heure de marche sur une route qui serpente, nous concluons que la gare routière dont parlait le Routard devait en fait être le parking... Nous ne laissons pas abattre et nous disons qu'au pire on attrapera au vol le bus de 17h, celui que nous n'avons pas voulu attendre.

De gros camions s'arrêtent prêts de nous, visiblement étonnés de voir des touristes marcher le long de la route. Certains chauffeurs sont même prêts à nous emmener au croisement avec la route de Pékin, mais ils n'ont pas de place pour trois. Ce qui est moins drôle c'est qu'un bus passe devant nous et ne s'arrête pas à nos signes... Notre plan d'attraper le bus de 5h pourrait bien tomber à l'eau. Nous sentons une certaine panique chez le Belge, qui commence vraissemblablement à regretter de nous avoir suivis.

Nous passons sous un immense pont en construction avec des ouvriers partout. Sûrement encore une autoroute. Nous en avons vu au moins une cinquantaine en train d'être construites depuis notre arrivée en Chine. Cela fait une heure et demie que nous marchons et nous n'avons toujours pas atteint le croisement avec la grande route menant à Pékin.

Deux bus nous snobent mais un troisième finit heureusement par s'arrêter. Apparamment un bus local : zéro touristes en provenance de la Muraille dedans. Nous demandons d'un air inquiet à notre voisine s'il va dans la bonne direction, elle nous répond, en anglais, qu'il faudra juste faire un changement à la première gare routière.

Le trajet est long. Nous sommes étourdis par le soleil et notre longue marche, mais ravis de notre journée !

Votre mission si vous l'acceptez: atteindre Pékin


18 - 19 avril

16:08
Alors que nous examinons les tickets de bus avec plus d'attention, notre sang se glace dans nos veines. En-dessous du signe "heure" est indiqué 11:00. La veille, Charly a pensé prendre un bus-couchette partant à 11h du soir car il n'y avait plus de places pas chères dans le train de nuit. Mais les Chinois écrivent 23:00 pour 11h du soir...
Charly est atterré et furieux car il avait demandé à la guichetière un bus-couchette et qu'elle avait semblé comprendre. Je lui en veux de ne pas avoir vérifié le ticket comme nous le faisons minutieusement à chaque fois. Mais d'un autre côté, elle parlait bien anglais et tout semblait clair...
Catastrophés, nous sautons dans le premier bus pour la gare routière.

Mais le bus peine dans les embouteillages, il pleut : on craque. On se dit que si la SNCF ne rembourse plus une heure après le départ, pourquoi une obscure compagnie de bus chinois le ferait-elle ? Presque 50 euros de perdus, c'est beaucoup en Chine. C'est un gros trou dans notre budget en perspective et une raison de plus de s'énerver.

16:44
Quand nous arrivons enfin, nous nous précipitons sous la pluie battante et courons au guichet. Nous tentons d'expliquer notre situation à la guichetière, qui évidemment n'est pas la même que celle qui a vendu les tickets à Charly. Nous insistons patiemment, expliquons qu'il y a eu une incompréhension... Je suppose que mon air catastrophé nous aide un peu. Très gentiment, la guichetière nous propose de nous échanger notre billet pour partir le lendemain à 11h. Nous refusons en nous disant que tant pis, nous prendrons le train de ce soir en 1ere classe. Elle appelle alors la sous-chef qui nous emmène voir la grande chef : cette dernière autorise que l'intégralité du prix nous soit remboursé.

Nous sommes surpris et ravis d'une telle compréhension. C'est un des traits des Chinois : tellement malpolis mais au fond tellement gentils !

Il ne reste plus qu'à prendre un billet de train.

17:15
Nous ressortons sous la pluie. Déjà trempés par la visite de la Pagode de l'Oie sauvage, nous ressemblons à de vraies serpillères. Slalomant dans la foule, nous dénichons le guichet pour les étrangers et faisons la queue. Quand nous atteignons le guichet, le verdict tombe, implacable:

-C'est plein!
-Même en "couchettes molles"? (la 1ere classe par opposition aux "couchettes dures")
-Oui.
-Et en "sièges mous" ou "sièges durs"?
-Il ne reste rien. Rien du tout.

Hébétés, nous ressortons de la gare sous la pluie. Il semblerait que nous soyons forcés de passer une nuit de plus à Xi'An...

17:37
Nous retournons, honteux d'embêter encore la gentille gichetière, à la gare routière (heureusement en face de la gare ferroviaire). Nous refaisons la queue.
La malédiction continue : il n'y a en fait pas de bus le lendemain matin à 11h, puisque c'est un dimanche !

Nous sommes à cours d'idées, le désespoir guette.

18:00
Nous sommes de retour dans la cacophonie de la gare ferroviaire, trempés jusqu'aux os et le moral en dessous de zéro. Nous refaisons la queue au guichet pour les étrangers. Nous nous retrouvons face au même guichetier pressé. Nous demandons deux billets pour le train de nuit du lendemain, ou pour n'importe quel train allant à Pékin.

Tous les trains du lendemain sont pleins à craquer. Tous.

18:26
Nous sommes à nouveau sous la pluie, désespérés, à bout de nerfs.
Que faire? Nous n'allons pas rester éternellement à Xi'An où le temps est dégueulasse et où nous avons fait le tour des attractions touristiques!
Nous retournons dans la gare à la recherche d'une solution. Je nous vois déjà prendre un billet pour le surlendemain.

Et là, c'est le miracle.

18:34
Une femme a repéré notre air égaré et s'avance vers nous. Elle nous apostrophe: "Beijing?" Nous lui répondons: "Yes" d'un air perplexe. Elle sort alors de son porte-feuille deux tickets. Ils sont pour le train du soir même, en "couchette molle", soit la première classe.

Nous lui demandons le prix, nous attendons à une proposition astronomique. Elle nous propose un prix légèrment inférieur à celui indiqué sur les billets. Nous n'en croyons pas nos oreilles mais ne perdons pas non plus le Nord et négocions un rabais supplémentaire.

Nous acceptons la transaction avec une crainte. C'est trop beau pour être vrai! Et si c'étaient de faux billets? Nous sommes quand même au royaume de la contre-façon! La dame sent notre réticence et nous donne la carte de son agence de voyage en guise de bonne foi. Je me souviens avoir lu qu'il existait un marché noir des billets de train et me dis que ça devrait marcher.

18:45
Nous voilà à nouveau au pas de course sous la pluie : il nous faut rentrer à l'hôtel récupérer nos bagages et revenir avant le départ du train ! Nous attendons le bus au milieu d'une foule de mauvaise humeur. Quand il arrive, un mouvement de foule d'une grande violence se déchaine. Nous sommes séparés, compressés par des Chinois hostiles. Un monsieur avec un enfant dans ses bras manque de tomber et écume de rage. Une fois dans le bus, tout le monde tient sans problème... Nous fustigeons la stupidité des Chinois et regrettons la discipline des Japonais.

Nouvelle course sour la pluie pour récupérer nos gros sacs à l'auberge de jeunesse. Nouveau bus blindé sentant le chien mouillé pour retourner à la gare.

20:00
Nous sommes enfin dans le train, nos billets sont bien des vrais, les deux petits vieux Chinois partageant notre compartiment ont l'air placide, les couchettes sont plus moelleuses que d'habitude. Ouf!

Nous nous écroulons et essayons de sécher alors que le train s'ébranle.

22:00
Alors que nous songions à prendre un repos bien mérité, une Américaine passe la tête par la porte et nous propose une bière. Nous rejoignons son groupe dans le wagon voisin. Ce sont des profs américains de Boston visitant la Chine pour mieux connaître la culture de beaucoup de leurs élèves. Ils sont sympas et un peu émêchés, certains connaissent la France. L'un d'eux a même trouvé les Français agréables. Etonnés, je pousse un peu plus loin l'investigation et découvre qu'il n'a pas seulement visité Paris, mais aussi Lyon et aussi Annecy. Tout s'explique!

Le lendemain
04:30 (du matin)
Alors que nous dormons d'un sommeil paisible et bien mérité, je suis éveillé par une discussion en chinois. Non ce n'est pas possible, ce ne sont quand même pas nos voisins du dessous qui discutent à voix haute en pleine nuit? Et bien si! Leur air paisible nous a trompé sur leur vraie nature de Chinois bien malpolis.

Exaspérée, je lance un "shuuuttttt" retentissant. Rien n'y fait. Je recommence. Ils me tendent une chaussette que j'ai dû faire tomber par terre dans mon sommeil : ils ne comprennent vraimoent rien ! Je me penche de ma couchette et leur demande de se taire d'un ton énervé et mimant quelqu'un qui dort. Il s'arrêtent deux minutes et recommencent. Je commence à avoir des envies de meurtre.

Charly se réveille aussi. Il est presque aussi scandalisé que moi. A force de protestations de plus en plus fortes et du ton le plus désagréable possible, ils finiront par un peu baisser la voix, et nous par nous rendormir.

07:00
Nous arrivons dans une des nombreuses gares de Pékin. Nous pensons être gare de l'Ouest car Charly a reconnue le caractère chinois "Ouest" sur le billet de train. Ca tombe à pique car cette gare est sur la même ligne de métro que l'arrêt le plus proche de l'appart' de N. Mais qui est N?
C'est un ami de Sciences-Po apprenant le chinois à Pékin : il a super gentiment proposé de nous héberger.

Mais la loose nous poursuit: nous faisons trois fois le tour de l'immense gare toute en sous-sols sans pouvoir dénicher le métro. Nous demandons où est la ligne 13 et on nous répond qu'elle ne passe pas ici. Nous commençons à en avoir ras-le-bol.

07:30
Nous finissons par tomber sur une jeune chinoise du bureau de tourisme, ravie de pratiquer son anglais hésitant. Elle nous indique une direction. Nous marchons, marchons, marchons dans une immense avenue sans fin. Il fait gris, les sacs pèsent lourds sur nos épaules. Le premier contact avec Pékin est rude.

Nous finissons par trouver le métro après 15mn de marche. En voyant le nom de la station, nous réalisons que nous étions bien gare de l'Ouest mais que la station de métro que nous cherchions était celle de la gare du Nord-Ouest ! Nuance cruciale, car aucun métro ne passe à la gare de l'Ouest ! Il nous faut faire deux changements pour atteindre la bonne ligne : N habite en fait à l'autre bout de la ville par rapport à notre point d'arrivée.

09:00
Nous finissons par émerger du métro. Nous appelons N pour qu'il nous explique comment rejoindre sa maison. Mais c'est trop loin et trop compliqué. Il faut donc qu'il vienne nous chercher, je me sens mal de déjà le déranger.

Nous nous asseyons dans un lieu accueillant pour l'attendre: "Tous les jours" une boulangerie qui propose des croissants. Et en plus ils sont bons!

A la première bouchée, je sais que notre mission est accomplie. Nous avons atteint Pékin et malgré la fatigue, nous serons d'attaque pour découvrir la ville grâce à ces vrais croissants... et peut-être aussi une petite sieste...


Nous vous laissons admirer le magnifique style architectural de la gare...
Haaa le mélange béton-stalinien/kitsch-chinois!

mardi 23 juin 2009

Mais qu'allaient-ils faire dans cette galère?

8 - 9 avril

Le 7 avril, veille de notre grand départ en bateau pour retourner en Chine, je reçois un mail alarmant. Un monsieur japonais me demande pourquoi nous ne nous sommes pas présentés à l'embarquement du ferry le 6 avril. Horreur, je me suis plantée de date dans mon mail de réservation! Le pire c'est que je l'ai relu 2 fois et Charly une fois, lors de notre marathon des réservations en catastrophe, avant de partir de Hong-Kong. Nous avions déjà fait une erreur pour notre guesthouse de Nikko, là ça commence à faire beaucoup. Charly est atterré par ma bêtise et moi aussi...

Je ne cède pas à la panique, renvoie un mail en m'excusant mille fois et demande de nous réserver deux places pour le lendemain. Je me dis qu'en cette saison le ferry ne sera pas plein. Charly n'arrive pas à partager mon optimisme. Nous allons nous coucher en priant pour ne pas rester bloqués au Japon.

Lever très tôt car il faut d'abord rejoindre le port de Shimonosaki en shinkansen. Je trouve un Charly le visage défait en sortant de ma douche. Il m'explique que

- son sac est fermé par un cadenas
- un autre cadenas ferme le casier de la chambre, contenant nos appareils photo et nos passeports
- il y a deux sets de clés pour ouvrir ces cadenas
- le premier est dans un sac dans le casier fermé par un cadenas
- le second est dans la poche du pantalon de Charly, qu'il a rangé dans son sac avant de le verrouiller !!

Nous avons en effet pris le réflexe de toujours fermer nos sacs quand nous les laissons sans surveillance. Ce sont nos vraies maisons et chaque chose à l'intérieur nous est indispensable.

J'essaie de ne pas paniquer malgré l'heure qui tourne. Je me dis que la bêtise est contagieuse. Mais Charly passe du blanc au rouge, nous voit déjà loupant le bateau ; d'un air égaré il va chercher un couteau dans la cuisine et commence à éventrer son sac par le côté. Je l'arrête, lui rappelant qu'on ne peut pas massacrer ce sac dont on a absolument besoin. Il s'énerve en me reprochant mon calme, il a l'air d'un vrai fou furieux avec son couteau à la main ! Mais il finit par entendre raison et par inciser délicatement le précieux sac à l'intérieur de la poche de devant pour limiter la casse. Je glisse ma main dans l'ouverture et parvient à extraire le pantalon. Les clefs sont dans la poche... victoire!

Nous réussissons à avoir notre train et arrivons à Shimonoseki suffisament en avance. Après une attente angoissée et quelques palabres au guichet, nous apprenons, soulagés, que nous avons des places à bord. Nous commençons à nous détendre et allons faire des provisions.

Nous finissons par monter à bord de l'immense ferry. Il transporte surtout des conteneurs et peut accueillir une centaine de passager. Mais toutes les coursives sont désertes, on doit être 20 à bord. On se croirait sur un bateau de croisière fantôme. Notre cabine pour 6 personnes est, elle aussi, vide.

Nous apprenons que les passagers ne sont pas autorisés à sortir sur le pont. Or ça sent quand même pas mal le renfermé... Tant pis, nous nous installons dans un salon décrépit. Charly recoud son sac avec application, je poursuis mon scrapbook. Nous rencontrons un couple franco-luxembourgeois qui viennent de passer trois mois (en travaillant parfois) au Japon. Le mec nous explique que ça fait plusieurs années qu'il ne passe pas le concours de l'IUFM car ça tombe toujours pendant ses voyages (!).

Un des rares passagers...

Pendant les 24 heures que dure la traversée, nous glandons, mangeons des nouilles instantanées et dormons beaucoup. Charly apprécie cette ambiance un peu hors du temps, je suis de mon côté attaquée sournoisement par une grosse migraine. J'y avais échapé depuis le début du voyage, il ne fallait pas rêver!

Je reste dans mon lit toute la fin du voyage, désespérée de ne pas pouvoir sortir prendre l'air. On nous laisse enfin sortir sur le pont une heure avant l'arrivée: c'est la libération!




Nous entrons dans le port chinois de Qingdao et observons les marins lancer d'énormes cordages pour amarrer le bateau. Nous devons encore attendre une heure que les services de la douane fassent leur cinéma et pouvons enfin débarquer, entourés de policiers nous conduisant en rangs serrés jusqu'à la douane.


mardi 2 juin 2009

Osaka et Kyoto : culture et trains de banlieue

Je crois que vous infliger un récit chronologique et détaillé de notre passage à Kyoto/Osaka serait ardu et un peu vicieux. Au bout de la 13e description d'un temple magnifique, vous commenceriez vous aussi à sentir la lassitude-des-temples, maladie très connue du voyageur en Asie. L'important est de glaner, ici, et là, les circonstances de notre séjour dans cette "petite" grande ville japonaise, où nous avons passé plus de temps qu'à Tokyo.

Si Rome est la ville des églises, Moscou la cité aux 2000 églises orthodoxes, Kyoto, ancienne cité impériale, est LE réservoir de temples shintos et bouddhiques. A tous les coins de rue, il semble y avoir un jardin zen à voir absolument, un sanctuaire shinto immanquable, etc. Difficile de faire son choix, à partir du moment où on ne peut pas passer deux semaines dans la ville. Qui plus est, les plus grandes "attractions" sont disséminées aux quatre coins de cette grande ville, qui hormis deux quartiers historiques, est d'une laideur et d'une banalité confondantes. Visiter Kyoto consiste donc à prendre sans arrêt des bus bondés de touristes japonais, des bus lents, toujours coincés dans les embouteillages, où on finit toujours par s'endormir.

Une fois ces obstacles passés, derrière la laideur de Kyoto on découvre aussi une ville plus simple que Tokyo. Tout, restaurants, rues, organisation urbaine, y est moins intimidant, moins compliqué, qu'à Tokyo. On aurait presque envie de vivre là, au milieu de ces rues impersonnelles et de ces bâtiments laids en béton. D'autant que les quartiers historiques, anciens quartiers des plaisirs du temps d'Edo, sont intimidants de beauté. Ruelles pleines de bars chics et discrets, voitures qui passent pleines de geishas (Kyoto est la dernière ville où il y en a beaucoup), cerisiers en fleurs partout, petits ruisseaux, lumières, toutes les femmes dans de délicats kimonos.

Les kimonos, d'ailleurs. De tout notre voyage, seules les Indiennes et les Japonaises semblaient avoir conservé leurs habits traditionnels. Dans tout le reste du monde, il semblerait que le jean, la chemise et la jupe soient passés par là, et aient forcé tout le monde à s'habiller comme des Occidentaux. Ce qui montre par contraste la puissance des cultures indiennes et japonaises, qui malgré l'influence des maîtres du monde européens ont réussi à conserver des modes de vie très particuliers.







Nous ne passerons qu'une seule nuit à Kyoto, la première. Nous sommes logés dans une auberge de jeunesse excentrée, un immeuble de 6 étages fin comme une aiguille (il occupait une surface de 10m2 maximum, la réception en faisait 2). Le patron, qui a l'air de gérer tout ça tout seul, nous prête son ordinateur lorsque nous voulons nous connecter à internet ; nous prendrons un thé le soir dans la cuisine commune, au milieu d'une famille hong-kongaise qui n'a pas l'air de toute première jeunesse - mais nous avons déjà remarqué qu'au Japon, les auberges de jeunesse ne logent qu'en partie des jeunes.

Poireaux et ours polaires
A notre grand malheur, tous les hôtels de Kyoto sont pleins depuis des mois, car nous sommes en ville pendant un week-end du Sakura (floraison des cerisiers). A moins de 500 euros la nuit par personne, point de salut. Nous sommes donc obligés, les autres soirs, de rentrer tous les soirs à Osaka, deuxième plus grosse ville du Japon, située à une grosse demi-heure de la gare de Kyoto.

Comme à Osaka il n'y à rien à voir, nous avons trouvé un gros business hotel à prix démesurément bas : des centaines de chambres individuelles sont alignées le long de couloirs glauques, il y a de grandes salles de bains aux éclairages livides, des douches peu accueillantes (mais un accès gratuit aux bains publics d'un hôtel de l'autre côté de la rue, ouvert à certaines heures pour les hommes, à d'autres pour les femmes). Ici vivent une petite armée de travailleurs japonais - certains y passent une nuit, d'autres un mois, tous semblent assez ahuris de la présence d'Occidentaux ici. Les patrons, quant à eux, nous ont accueillis avec une gentillesse rare, typique des Japonais.

Deux obstacles de taille nuiront cependant à la qualité de notre séjour dans cet hôtel un peu sinistre : le premier est l'odeur qui règne dans la chambre d'Aglaé, une odeur rapidement identifiée comme celle du poireau en décomposition, odeur qui flottera dans l'air à chaque fois que nous retournerons dans la chambre pour y récupérer quelques affaires. En effet, nous avons rapidement décidé de nous blottir tous deux dans ma chambre, dont l'odeur est plus neutre, et de laisser sécher notre lessive dans la Chambre aux Poireaux - d'où un léger fumet léguminé qui hantera certains de nos T-shirts pendant quelques jours.

Le second obstacle, impossible à contrer pour le coup, fut le froid. Nous étions déjà habitués à la température glaciale des cabinets de toilettes au Japon (jamais chauffés, à part la cuvette), mais nous n'étions pas préparés à la mode de cet hôtel, qui consistait à maintenir un froid polaire dans tout l'hôtel. Ainsi toutes les fenêtres étaient toujours grandes ouvertes, et ce malgré une température extérieure qui tenait encore de l'hiver : dans les salles de bains, dans les couloirs, et même dans les chambres à notre arrivée.Excusez moi j'ai le syndrome de tourette ecrit. Des minables chauffes-lits nous laissèrent croire qu'on pourrait lutter contre le froid ambiant, mais ils ne délivraient qu'une tiédeur moqueuse. Par esprit chevaleresque, j'ai donc tenté pendant trois nuits de fermer les fenêtres des couloirs et des salles de bains, qui rendaient toute sortie de la chambre carrément invivable. C'était sans compter sur la malignité d'une femme de ménage, dont la température corporelle devait être de 45°C, qui courait systématiquement ouvrir en grand les fenêtres que je venais de clore. Sont fous ces Japonais.


Tapas en el casa Osaka
Un dernier mot sur Osaka. Bien entendu, nous n'avons pas eu le temps de visiter la ville, qui promettait pourtant beaucoup, mais tout de même nettement moins que sa voisine Kyoto. Nous en avons pourtant exploré le quartier jeune et chic, bars et restaurants, lorsque nous avons retrouvé CB, LJ et VJ, trois amis à moi. CB étudie toute l'année à Osaka, quant à LJ et VJ, ils sont plus ou moins en voyages de noces. Nous retrouver entre amis de Paris, autour de tapas et grandes bières, fut un moment particulièrement hors du temps. Moults remarques sur les Japonais, nouvelles des amis français laissés derrière nous, récits de voyages...


A Osaka, nous avons aussi trouvé, un peu par hasard, un restaurant particulièrement charmant. Nous avions froid et faim, et la buée sur les vitres de ce minuscule restaurant nous a irrésistiblement attirés. C'était un restaurant de grillade, on choisit sa viande à une dame, on dit ce qu'on veut avec, et on peut la griller sur la grande plaque qui fait le tour de la pièce. Délicieux et modique, ce restaurant nous a permis d'observer les Japonais de la rue, les moins riches, ceux qui, débardeur sur le dos, avaient l'air de gros routiers. Personne ne semblait nous remarquer, tout le monde avait l'air d'être très heureux d'être là. Pendant un instant, nous n'étions plus des touristes, et presque des habitués. Bonheur.

jeudi 2 avril 2009

Une longue route vers la Chine... (1)

10-11 mars

Premiere etape: train de nuit jusqu'a Lao Cai, derniere ville vietnamienne avant la frontiere chinoise. Nous voyageons en "couchettes dures", c'est-a-dire dans un compartiment a 6 couchettes. Nos voisins vietnamiens ne sont pas trop bruyants et le trajet se passe sans incident notable.

Nous arrivons (encore) a 5h30 du matin et devons affronter une nuee de rabatteurs qui veulent absolument nous emmener a Sapa, ville de montagne tres touristique que nous avons prefere rayer de notre itineraire a cause du temps (gris, gris, gris) et de notre faible penchant pour les zoos humains (prendre en photo 3 Hmongs rayes et 2 Hmongs a fleurs faisant leur danse folklorique en compagnie de 30 autres touristes, non merci!). Apres quelques "No Sapa, we go China!" avec un demi-sourire, je finis par repeter la rengaine d'un ton de moins en moins conciliant. Si on a meme plus le droit d'etre de mauvaise humeur le matin!

Nous finissons par trouver un resto ouvert pour petit-dejeuner et parfaire notre strategie de contrebandiers. En effet, les autorites chinoises n'ont pas fini d'etre tatillonnes. Le Lonely Planet (photocopie) que nous avons achete previent ses lecteurs dans ses pages sur la frontiere: il arrive que les douanes chinoises confisquent leur Lonely Planet aux pauvres touristes qui en ont pourtant bien besoin, ne parlant pas chinois. Et sur les forums de voyageurs, les messages racontant la confiscation de Lonely Planet abondent. Mais pourquoi ???

Parce que les cartes du Lonely Planet montrent une realite geopolitique qui n'est pas du gout des Chinois: Taiwan y est un etat independant. Donc bien sur, l'ile ne figure pas dans le guide "Chine". Dans un exces de zele, certains douaniers confisquent donc tous les Lonely Planet lors de la fouille des bagages (et les revendent certainement plus tard au marche noir).
Or, nous n'avons pas envie de devoir racheter un guide en Chine, ou on ne trouve que des guides censures (avec du tipex sur les passages concernant la revolution culturelle ou Tien Nan Men).

Nous procedons alors par plusieurs etapes: nous arrachons toutes les cartes montrant la Chine, arrachons la couverture bien connue des douaniers (qui ne lisent evidemment pas l'anglais), nous collons a la place la couverture de notre guide du Vietnam, et enfouissons le guide au plus profond de mon sac (par experience, les sacs des hommes sont toujours fouilles beaucoup plus minutieusement que ceux des femmes). Cette ruse m'amuse mais me stresse un peu aussi. Apres tous les efforts pour avoir le visa chinois, ce n'est pas le moment de se mettre les douaniers a dos!

Le ventre plein mais un peu serre nous partons en direction de la frontiere, qui s'avere etre beaucoup plus loin que prevu. Apres 3km de marche avec nos gros sacs sur le dos, nous arrivons en vue d'une banque. Nous voulions etre prevoyants et avoir des yuans chinois sur nous. Mais impossible de s'en procurer a Hanoi. Nous tentons notre chance. Non, a 30m de la frontiere, une banque vietnamienne ne peut pas vendre des yuans (car on ne peut en trouver qu'en Chine). Heureusement, une dame de la banque nous change nos dongs contre des yuans qu'elle avait dans son porte-monnaie personnel. Le marche noir dans une banque vaut de toute facon mieux que le marche noir de la frontiere chinoise!

A la frontiere vietnamienne, on voit passer nos passeports de mains en mains pendant 10mn avant de pouvoir traverser. Arrives a la frontiere chinoise, nous sommes accueillis avec un grand sourire par un douanier parlant anglais qui nous aide a remplir les formulaires. Il y a des cameras partout, a "further search" room... Puis vient la ceremonie des coups de tampons sur le passeport, qui dure 5mn et toujours avec un sourire. Pas de questions et meme une petite machine avec des smileys pour dire si on est satisfait ou pas du service (!). Charly vient de passer la douane sans probleme et me fait un sourire depuis l'autre cote de la barriere. Je mets mes sacs sur le tapis de la machine a rayon X, personne ne vient les fouiller manuellement... et c'est fini!

Tout ca pour ca!

Nous sommes donc enfin en Chine, et les panneaux ecrits en vietnamiens (et donc en alphabet latin) s'espacent a vue d'oeil. Nous nous arretons a un carrefour, perdus. Mais ou peut donc bien etre la gare de bus?
Charly entre dans un magasin au hasard, mais personne ne comprend les mots "bus station", ni le mot chinois pour bus qu'il essaie de prononcer. Je sors alors du sac le Guide de conversation francais/chinois du Routard (merci Julien et Isabelle!) et Charly retourne dans le magasin pour montrer la phrase "Ou est la station de bus longue distance?" en chinois. Le vendeur abandonne alors son magasin et se met silencieusement a nous guider en marchant devant nous. Il nous conduit tout droit a la gare routiere, en fait a seulement 50m, cachee au detour d'une rue. Cette gentillesse nous touche beaucoup et, apres les douaniers aimables, nous nous disons que la Chine commence bien!

A peine nous sommes nous approches du guichet, qu'un monsieur chinois nous demande en anglais parfait ou nous voulons aller et fait la traduction pour la guichetiere. Il n'y a pas du bus pour Kumming avant 6h du soir (et il est alors 11h seulement). Nous achetons les billets, remercions l'inconnu et commence alors une longue attente...

mardi 24 février 2009

Bangkok 1er jour - contrer la lose en douceur

Nous étions tellement épuisés que nous avons dormi comme des loirs dans ce qui illustre le mieux le mot "bouge" depuis le début du voyage. Au lever je tente de dissiper les cauchemars de cafards jaillissant hors du livre de comptes, nous payons la souriante famille qui tient le bouge, et partons à l'assaut de la ville. La rue Khao San, si grouillante, si pétaradante, si protéiforme la nuit, n'a presque plus rien du monstre tonnant et hurlant qu'il était la veille. Il est difficile d'etre autant fasciné par cette atmosphère qui a tout de la gueule de bois du dimanche matin, mais il fait beau et cette gueule de bois-là a le sourire. La ville ressemble à un robot sans piles, aux yeux éteints qui laissent deviner la puissance qui les animait la veille.

Nous sautons dans un tuk-tuk pour rejoindre B. et M., qui nous logent le temps de notre séjour à Bangkok. Khao San est trop éloigné du métro aérien de Bangkok, qui ne dessert que les quartiers d'affaires, aussi nous prenons un petit véhicule jusqu'à la plus proche station de Skytrain. Nous sommes assez surpris de constater que les tuk-tuks d'ici circulent tous au gaz, ce qui fait qu'ils produisent un bruit proprement effarant, à mi-chemin entre la scie sauteuse et le réacteur d'avion (autant dire qu'on a l'impression d'aller un peu plus vite qu'en réalité). La circulation est ici à l'image du pays par rapport à sa région : plus propre, plus soft. Personne ne klaxonne, personne ne double n'importe comment, les règles de circulation sont respectées, il y a des feux rouges,bref : la civilisation.


Condos, piscines et chats fous

Nous arrivons devant le Siam Center, qui est le centre de Bangkok : trois immenses centres commerciaux plus ou moins chics, en plein milieu du coeur financier de la ville. Gigantesques gratte-ciels, autoroutes surélevées, énorme blocs de béton du Skytrain qui chapeautent le tout, plus les nombreuses passerelles pour piétons qui enjambent la route. Un reve d'architecte, ou plutot l'impression de voir les plans d'architecte tous propres, avec les faux passants qui déambulent dans les maquettes. D'autant que le Soleil, de la partie, donne au tout une coloration très optimiste, comme une métropole dont les aspects les plus lisses et les plus modernes seraient tout sauf inquiétants.

Le Skytrain, metro aerien de Bangkok, est certes tres inelegant de loin (on dirait une autoroute de beton qui passe au-dessus de la ville), mais une fois dedans le spectacle est fantastique : toute la ville et ses gratte-ciels nous sont offerts comme sur un plateau, il fait frais (nos sacs a dos commencaient a nous faire suer) et l'ambiance est detendue. La vue est inoubliable.

Arrivee a Phom Phrong, nom improbable et impossible a retenir de notre station. Quelques metres apres notre descente, nous trouvons la ruelle qui mene chez Benjamin, puis la Residence ou il habite (Tippy Court, rien que le nom). La, un gardien dont le sourire semble s'etirer jusqu'aux oreilles nous dit que pas de probleme, nous n'avons qu'a monter. Nous n'avons que le temps d'apercevoir que la classieuse residence comporte une piscine bleutee, et nous voila entres chez Benjamin et Marie.

Deux chats et deux sympathiques personnes nous accueillent. Les etres humains sont Benjamin et sa petite amie Marie, qui se reveleront adorables a chaque fois que nous les verrons. Mais nous les verrons peu, car des notre arrivee ils empoignent leurs sacs a dos et partent vers une reserve naturelle pres de Bangkok. Ils nous laissent donc en compagnie de leur deux chats sans noms, que nous sommes charges de nourrir. Et de surveiller.

J'insiste sur ce dernier point, car ces deux chatons, l'un noir, l'autre blanc tacheté, se révèleront les deux plus grandes terreurs que la félinité ait engendré. Durant nos trois jours sur place, ils n'auront de cesse de se poursuivre, de nous poursuivre, de se rouler dans nos sacs, de renverser les pots de fleurs, et autres betises dont la longue liste est à mon avis loin d'etre achevée. Et bien entendu, comme tous les chats du monde, et peut-etre encore plus en ce qui les concerne, ils sont tellement mignons qu'on leur pardonne tout.

Aeroport mon amour
Quant à l'appartement dans lequel ils vivent, il est tout simplement sublime, aérien, meublé avec gout, etc. Je me jette sur un canapé, leur ordinateur portable sur les genoux, et laisse Aglaé partir de l'appartement. Elle s'en va en effet pour aller chercher Adeline, notre compagnon de voyage pendant une semaine, dont l'avion ne va pas tarder à atterrir. Au lieu des 2 ou 3 petites heures que je m'appretais à passer seul, Aglaé ne reviendra avec Adeline qu'au bout... de 5 heures ! Mésaventures et attentes de bus s'étaient en effet enchainées sans arret, et lorsqu'elles rentrent elles me retrouvent presque incrusté dans le canapé.

La présence d'une nouvelle compagnon de voyage nécessite d'ouvrir un nouveau chapitre, non ? Allez, bonne nuit les petits !On se retrouve au prochain numéro.

lundi 9 février 2009

Phnom Penh jour 1 - visas, mutilés et restos chics

28-29 février

Après notre long voyage, nous nous retrouvons dans le quartier des restos pour expatriés de Phnom Penh, sans endroit où dormir.

(comme d'habitude)

Et bien sûr, Aglaé et moi sommes affamés. Nous nous posons donc dans un restaurant avec tous nos bagages, image assez suprenante j'imagine, car le restaurant est assez lounge-sympa, avec meubles en rotin et menus faussement personnalisés. Le temps de manger et de faire sécher notre sueur, et nous voilà repartis. La rue qui longe le Mékong, qui reste inexplicablement caché derrière des barrières, est très sympathique, avec ses bars designs et ses restaurants à bougies, mais y manque une identité cambodgienne, un petit quelque chose au moins, qui donnerait l'impression d'être autre part qu'à Nice ou Marseille. Le harcèlement permanent des tuk-tuks, à peine moins fort qu'en Inde, nous rappelle toutefois que nous sommes en Asie.

Nous en prenons un pour tomber dans le quartier des routards où, après plusieurs pensions pleines, nous trouvons un petit hôtel où nous pourrons nous écrouler. Avant de nous coucher, nous croisons dans les escaliers un vieux monsieur blanc qui monte avec une Cambodgienne un peu vulgaire et habillée serrée. Le monsieur a l'air gêné, quant à nous nous comprenons que la prostitution ne s'arrête pas à la frontière de la Thaïlande, et que les grandes campagnes anti-prostitution affichées dans toutes les pensions au Laos avaient vraisemblablement eu plus d'effet là-bas qu'ici, où les expatriés et les touristes sont nombreux et fort souvent riches.

Aux frontières du riel
Comme à l'accoutumée, il est de mon devoir de vous initier à la monnaie du nouveau pays que nous traversons. Après le kip, voilà une nouvelle monnaie fantoche dont personne ne voudra hors du pays : le riel. Pour faire un euro, il faut environ 6000 riel, mais le seul taux qui compte, c'est le cours du dollar.

Au Cambodge tout peut être payé alternativement en riel ou en dollars, et on pourra vous rendre la monnaie dans les deux devises, en dollars pour les grosses sommes, en riel pour faire l'appoint de cents (uniquement des dollars en billets). Si le cours naviguait à notre passage autour de 4200 riels pour 1$, dans la rue, tout le monde applique, par simplicité, et non pas par escroquerie, le taux de 4000 riels - c'est-à-dire que le taux est toujours le même dans les deux sens.

Cela donne lieu à des conversions intensives, et ce à chaque achat, d'où de fréquentes "erreurs" de calculs, parfois véritables, parfois un peu exagérées, sans que l'on sache jamais s'il s'agit d'une arnaque ou pas (un restaurant sur deux se sera "trompé" pendant notre séjour, soit dans le compte des additions, soit en rendant la monnaie, bizarrement toujours en leur faveur).

Comble du n'importe quoi, le pays est constellé de distributeurs automatiques de billets, et aucun d'entre eux ne délivre autre chose... que des dollars !


Rencontre avec Davy
Le lendemain, nous trouvons une pension familiale plus tranquille puis allons retrouver mon ami Davy, celui qui devait-nous-loger-mais-en-fait-non, autour d'un déjeuner en ville. Davy est venu au Cambodge pour donner des cours/ateliers de vidéo, afin d'apprendre à des jeunes de différents milieux sociaux comment on fait un film. Dans un pays sans cinématographie, à part celle du documentariste Rithy Panh, et sans école de cinéma, il est pour lui important de montrer aux jeunes que faire des films est possible, même pour eux.

Il donne donc des cours à des jeunes défavorisés, à des jeunes issus du lycée français, et à des moins jeunes de l'université. Son but secret : trouver quelqu'un de doué, lui donner la flamme, puis pourquoi pas produire ses films. Il s'investit auprès de nombreuses associations pour filmer leurs activités et trouver des enfants à qui donner ses cours, ce qui fait qu'une semaine seulement après son arrivée, et alors qu'il ne parle presque pas khmer, il est déjà quasiment débordé. Films, montages, cours à préparer, à donner, il ne sait plus où donner de la tête mais réservera tout de même les deux prochains jours pour visiter la ville avec nous.

L'après-midi, nous faisons faire nos visas pour le Vietnam, où nous nous rendons un mois plus tard, opération qui ne prendra qu'une heure à peine. Pour nous rendre à l'ambassade, nous expérimentons un moyen de transport très courant là-bas, qui va enchanter le Club des Mamans Affolées,

le moto-dop, ou moto-taxi

Dans Phnom Penh, personne ne marche. Les expat' prennent des tuk-tuks qui ne se privent pas de demander des sommes plutôt ahurissantes vu le niveau de vie, les Cambodgiens prennent leurs vélos, leur scooter, ou bien les moto-taxis. Le conducteur s'arrête à côté de vous et vous demande si vous voulez un taxi, négociation, et hop, vous montez derrière lui, seul ou à deux.

Ce qui peut sembler un peu terrifiant au premier abord (les conducteurs ont un casque, mais pas les clients) n'est en fait pas très dangereux : les conducteurs sont non seulement très expérimentés, mais en plus ils ne roulent pas vite, et ne font pas trop pencher leur moto dans les virages.

Le seul véritable risque, c'est que les conducteurs de moto-dop, très contents d'avoir un client, font toujours mine de comprendre quand vous leur indiquez une destination. Davy, notamment, a passé plusieurs heures à errer dans la ville, sur une moto que le conducteur ne savait pas où il fallait conduire. Aucun d'entre eux ne connaît la ville, le nom des rues, les bâtiments célèbres...

Dîner entre Français, encore
Juste après nos retrouvailles l'après-midi avec Davy, nous avions croisé deux amis à lui, par hasard, dans les rues de Phnom Penh. Des amis très sympathiques qui faisaient un voyage de 3 semaines au Vietnam, et qui avaient été tellement dégoûtés du pays, qu'ils avaient préféré obliquer vers le Cambodge.

Nous les retrouvons le soir même dans le Riverside, toujours ce même coin avec restos pour expatriés, qui commence légèrement à nous porter sur les nerfs, d'autant qu'il est entouré de nombreux "salons de massage" aux vitres teintées, devant lesquels attendent des filles courtes vêtues. Certes les restaurants sont tous vraiment sympa, super ambiance, bougies, etc, mais, on n'a vraimnet pas l'impression d'être au Cambodge, d'autant que la plupart de ces restaurants ne sont pas tenus par des gens du coin !

Dîner très sympa toutefois, le couple de Français, Delphine et Hubert, nous donnant moults informations cruciales pour éviter de se faire gâcher le voyage au Vietnam.

Au retour, Aglaé se sent mal d'un coup, et sa température monte d'un coup à 39°C. Et là ce fut le début du n'importe quoi.