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mardi 23 juin 2009

Hiroshima, une journée atomique

7 avril

Nous partons de bon matin en direction de Miyajima, une île sacrée et célèbre pour sa célèbre tori (une porte shinto) posée dans l'eau. Une courte traversée dans un ferry bondé de touristes nous permet de découvrir le fameuse porte, qui semble flotter sur les flots bleus. Une fois sur la terre ferme, nous découvrons un temple entièrement sur pilotis. Les pèlerins arrivaient en bateau, passaient sous la porte, priaient dans le temple et ne posaient ainsi pas le pied sur l'île sacrée.


Aujourd'hui, l'île est ouverte aux touristes et organisée pour eux. Des petits chemins mènent de temples en temples, le tout saupoudré de cerisiers en fleurs et de pagodes fait une charmante balade.

Nous vivons des expériences étranges sur cette île : nous croisons des touristes français ne râlant pas et ayant le sens de l'humour (!), nous descendons dans le sous-sol d'un temple (il y fait noir comme dans un four et on y a créé un labyrinthe avec des images de Bouddha brillant dans l'obscurité), nous nous perdons au milieu de 500 statues de vieillards tous différents , et croisons des statues absurdes:


Affamés par tant d'aventures, nous nous régalons d'anguilles grillées, la spécialité du coin. Non seulement j'ai goûté, mais en plus j'ai aimé!


Nous regagnons Hiroshima pour visiter le Musée de la bombe. Il est plutôt intéressant, avec de grandes maquettes, des photos de ruines, les lettres écrites par Einstein ou Roosvelt sur le sujet... Mais il y a aussi une vidéo présentant le sujet à l'entrée, assortie d'une musique ATROCE et pas du tout de circonstance. Le musée est un immense hall et donc on l'entend partout, en boucle. J'avoue avoir du mal à me concentrer pour lire les panneaux, Charly est au bord de la crise de nerfs et se bouche les oreilles.

Nous passons enfin dans la deuxième partie du musée où sont rassemblés des témoignages terrifiants et des restes de vêtements ou d'objets offerts au musée par les familles de victimes. Nous ressortons de là d'une humeur un peu sinistre.

Nous retrouvons le sourire dans le "parc de la paix" qui recouvre tout l'île qui est, au centre de la ville, l'épicentre de la bombe A. C'est là que ce trouve le fameux dôme, resté miraculeusement debout:


Des lieux de mémoires sont dispersés un peu partout. Le plus beau est celui dédié aux enfants victimes de la bombe. Une petite fille de 10 ans, atteiente de leucémie à la suite de son irradiation, avait décidé que si elle arrivait à plier 1 000 grues en origami, elle guérirait. Elle est morte avant d'avoir pu terminer, mais aujourd'hui des miliers et des miliers d'oiseaux de papiers ornent ce mémorial.

Nous avons donc passé la soirée à apprendre à faire des origammis de grues (qui battent même des ailes!)... Ici une photo de Marius posant à côté d'une grue :


mercredi 10 juin 2009

Nara: Bambi attaque, Bouddha médite



6 avril

Réveil dans le merveilleux ryokan décrit par Charly, dernier coup d'œil au pont japonais du jardin avant de partir découvrir Nara, ancienne capitale du Japon (avant Kyoto et Tokyo). De grands temples en bois sont dispersés dans un grand parc et une forêt, lieux colonisés par des biches "sacrées". Ces Bambis mal brossés, malgré le danger qu'ils représentent d'après les panneaux (effrayants), ravissent les familles japonaise.


Nous approchons ensuite à pas lents, émerveillés, du fameux Todaï-ji. C'est le plus grand bâtiment en bois du monde; un immense temple surmonté de cornes dorées et entourés d'arbres en fleurs. Il est gardé par une porte contenant deux gardiens effrayants (pour ne pas laisser entre le mal), comme tous les temples bouddhistes. Mais les gardiens sont ici aussi démesurés que le temple, ce sont deux géants de bois, à la chevelure ébouriffée, aux muscles saillants et au regard féroce.


Mais c'est l'intérieur du temple qui m'époustoufle le plus. Y médite depuis des siècles le plus grand Bouddha en bois du monde. Pour parvenir à contempler son sourire serein, on risque le torticolis.


Une fois passés derrière le grand Bouddha, nous passons brusquement de la merveille d'art sacré à la superstition la plus triviale: des gens se tortillent pour parvenir à se glisser dans un trou étroit creusé au pied d'une colonne du temple. Ce trou fait la taille d'une narine du grand Bouddha, et si on réussit à s'y glisser... on est certain de parvenir à l'illumination... !

Notre journée ne sera qu'une longue promenade de temples en temples, certain shintôs (dédiés aux esprits de la nature, animisme primitif toujours très présent au Japon), d'autres bouddhiques. Les deux croyances cohabitent et se mélangent allègrement. Le grand musée est fermé, cette malédiction semble planer sur nous depuis notre arrivée au Japon. Nous nous contentons d'une mini-collection de Bouddhas magnifiques et de dieux à la coiffure digne des mangas. Des bambis continuent à gambader autour de nous...


Nous courons pour attraper notre train, puis un autre, puis encore un autre. Tout s'enchaîne parfaitement, à la minute près. Nous débarquons à Hiroshima de nuit, sautons dans le tram puis traversons à pied l'île abritant tous les lieux de mémoires. Au loin, le dôme, symbole du martyre de la ville, est illuminé. Tout est extrêmement calme. Nous atteignons enfin notre auberge de jeunesse, lieu tellement convivial qu'à peine notre sac posé, on nous invite à manger des takoyakis (boulettes de pieuvre).

Mais toute auberge de jeunesse a ses freaks (gens bizarres):
- un américain tellement friendly qu'il en est flippant. Il se présente ainsi "I am from America ! The country of Barack Obama!" et ne cesse de vous parler alors que vous voulez juste vous brosser les dents.

-une fille apparamment charmante mais qui, dès que les autres pensionnaires ont le dos tourné, vole tous les rideaux accrochés entre les lits (pour s'isoler de la lumière), afin de se faire une chambre d'hôtel à elle.

- et enfin une terrible ronfleuse qui a donné à Charly des envies de meurtre

La magie des parapluies

Kyoto


Tout le monde est familier avec le fameux dilemme du parapluie: si on l'emporte, il ne pleut pas, on s'encombre pour rien et on le perd souvent; si on ne l'emporte pas, on est assuré de se faire rincer par une averse perverse. Au Japon, le dilemme du parapluie n'existe pas.

Charly m'avait déjà raconté que lors de son premier séjour au Japon, alors qu'il était en train de marcher sous la pluie, un inconnu bienveillant lui avait tendu un parapluie puis avait aussitôt disparu. J'avais attribué ce geste à l'immense gentillesse des Japonais envers les touristes un peu paumés.

Il n'en est rien. Il existe au Japon un communisme des parapluies: dans chaque magasin, restaurant ou hôtel, vous en trouverez à disposition à l'entrée. S'il pleut, chacun peut se servir. S'il ne pleut plus, on repose le parapluie dans la première échoppe. Ainsi, pas besoin de se trimballer un parapluie tout le temps... sans rien avoir à craindre des averses!

Superbe idée, non?



Ps: la pluie battante ne suffit pas à décourager les Japonais. Après le ballet des parapluies abritant de courageux pèlerins dans les temples, nous constatons ahuris que les gens continuent à pique-niquer au pied des cerisiers, malgré les flaques de boue et le froid.

dimanche 7 juin 2009

Une journée de cerises et de soleil

5 avril

Le Japon n'a rien à faire des cerises. Je me demande même s'ils mangent les fruits de leurs millions de cerisiers. Seules comptent les fleurs, les excroissances blanches, fulgurances d'avril, qui ont inondé notre séjour.

La dernière journée que nous avons passé à Kyoto en était particulièrement pleine, de ces fleurs blanches et passagères. Nous nous étions mis en tête de passer d'un temple à un autre par le fameux Chemin de la Philosophie, ancien chemin utilisé par les penseurs et méditants des temps anciens du Japon. Le premier des temples n'avait, à mon souvenir, pas d'intérêt particulier : il restait aussi beau que la plupart des temples zens de Kyoto, sans être marquants. Grands espaces, arbres tombants, ombre et calme. Mais, en ce dimanche rayonnant de soleil (contrairement à la veille où nous avions subi le crachin), tout le monde semble s'être donné rendez-vous dans les environs. D'où une effervescence dans le vent qui souffle dans les environs.

Nous suivons au hasard un vieil acqueduc qui semble survoler des parties cachées du temple. Il y a là un monde fou, suivant un petit cours d'eau - celui-là même qui donnait sur l'acqueduc. Nous marchons un peu au hasard, sans savoir s'il s'agit là de la voie à suivre pour atteindre le chemin de la Philsophie (probablement non). Nous débouchons dans un minuscule parc, devant une vieille usine de traitement d'eau, transformée en relique rouillée. L'endroit est charmant, la foule limite oppressante. Nous prenons un autre chemin, qui nous guidera jusqu'au chemin de la Philosophie de la manière la plus douce qui soit.

En effet se trouve ici une voie ferrée désaffectée, qui descend en pente douce le long d'une longue ligne de cerisiers gorgés de fleurs. Des vendeurs de hot-dogs et de glaces jalonnent ce parcours parfait, fait de rails poussiéreux, de larges planches pourries et de pétales rose-blanc. Inutile de préciser qu'il y a beaucoup de monde, mais à quoi bon s'en plaindre ?

Partout où il y a des cerisiers au Japon, il y a d'ailleurs un certain nombre d'appareils photos accompagnés de leurs propriétaires. Ces allumés de l'appareil photo, avec leurs télé-objectifs plus longs que leurs bras, s'extasient et mitraillent les cerisiers, chaque année depuis des années. Je suis assez curieux de l'utilisation qu'ils font des piles de photos de fleurs de cerisiers. Mille photos par an, multipliées par une moyenne de 30 ans, cela fait un nombre de photos de cerisiers qui donne le tournis.

Nous descendons cette allée un peu comme dans un rêve. Aglaé est plus qu'enchantée, elle est au bord du délire devant ce déluge de fleurs. Je suis presque jaloux de cet amant, la Nature, qui lui fait un cadeau que je ne pourrai jamais égaler, même en dévalisant plusieurs Monceau Fleurs dans la même journée.

Le Philosophe, solitaire devant sa pensée
Nous finissons par atteindre la promenade de la Philosophie. Soudain, l'impression d'être à H&M un jour de soldes, ou à la poste du Louvre le dernier jour pour payer ses impôts : un flot continu de gens avance mollement, tel un long verre de terre fatigué. La Promenade de la Philosophie, qui longe elle aussi un cours d'eau charmant entrecoupé de petits ponts charmants et de cerisiers charmants, est littéralement bondée. Comme toujours au Japon, bondée à raison. Plutôt qu'un chemin, il s'agit bien plutôt d'une grande rue, où il est difficile de déterminer qui, des touristes ou des fleurs de cerisiers, sont les plus nombreux. Difficile de réfléchir aux grandes questions philosophiques, dans ces conditions. C'est terrifiant parce que c'est très beau mais très oppressant. A un moment donné, nous nous extirpons de ce flot humain pour regagner un havre de paix, un petit temple isolé dans d'épais bois. Malheureusement, il est en train de fermer, et nous en déduisons qu'il faut nous dépêcher de nous rendre à l'arrivée de l'Autoroute de la Philosophie.

S'y trouve en effet un des plus célèbres temples de Kyoto, le Pavillon d'Argent. Très mystérieux en cette fin d'après-midi, le Pavillon d'Argent est un rêve de jardinier : masses de gravier en forme de cônes, murailles de végétation, une trentaine de mousses de couleurs différentes pour les dégradés, et une promenade pour avoir de beaux points de vue sur le temple (qui, en travaux, n'avait aucun intérêt en lui-même). Nous sourions en voyant un enfant se faire sauvagement réprimander lorsqu'il dépasser les barrières pour aller jouer avec les tas de graviers méticuleusement disposés.

Au revoir Kyoto
Un retour en bus, qui prendra vraiment des heures, avant de s'interrompre brutalement (tout le monde a dû sortir du bus d'un coup, notre absence de maîtrise du japonais n'a pas aidé à éclaircir la situation), mettra fin à notre séjour à Kyoto. Nous sommes un peu tristes de partir de cette ville : une ambiance douce, facile, humaine, un patrimoine culturel dont il est impossible de faire le tour en moins d'une semaine, des bons souvenirs uniquement. Nous sommes aussi un peu en rage d'avoir perdu tant de temps dans les transports entre Kyoto et Osaka, à cause de tous ces hôtels pleins dans l'ancienne capitale impériale.

Nous récupérons une dernière fois nos bagages à Osaka, et repartons en quatrième vitesse pour Nara, ville qui possède le temple le plus fou du Japon, que nous voulons rapidement visiter le lendemain. Nous nous sommes faits une des rares folies du séjour dans le pays en réservant une nuit dans un ryokan.

Mais qu'est-ce qu'un Ryokan, Charles ? Tous les hébergements du monde sont identiques, au fond. Vous êtes soit dans un dortoir, soit dans une chambre, dont la qualité variera, mais ça restera toujours un modèle européen. Un lit, une table de nuit, des draps, une petite salle de bain privée. Vous pourriez être partout, si vous ne regardez pas par la fenêtre. Avec un peu de chance, vous pouvez finir dans un bungalow, mais même là seul l'extérieur changera d'aspect. A l'intérieur, toujours la même chambre d'hôtel. Seul le Japon propose un type d'hébergement absolument unique, le ryokan. Il s'agit d'une auberge japonaise, à la japonaise, où tous les détails sont légèrement différents. Les chaussures à laisser à l'entrée, les chaussons pour se déplacer dans l'hôtel, les petits chaussons pour les toilettes, est un classique japonais auquel, à ce moment du voyage, nous sommes quasiment déjà habitués. Mais dans un ryokan c'est bien plus que ça.

Les chambres du nôtre s'organisaient autour d'une cour-jardin, un jardin japonais déjà ravissant en soi : lanternes japonaises, petit pont, petites mares, végétation luxuriante. Le tout, baigné par la lune, était d'un romantisme à se damner. Autour de ce jardin, les bâtiments en bois qui accueillaient les chambres, des petites chambres japonaises. Le sol est recouvert de tatamis, le lit est caché dans un placard (on le déroule par terre avant de se coucher), l'ameublement est minimaliste et zen. Des panneaux coulissants permettent d'atteindre une terrasse qui donne sur le jardin. De quoi faire du thé japonais, et de l'eau chaude. Des yukatas, robes de chambre japonaises, nous attendent sagement pliées. Et je peux vous dire, une fois que vous avez pris votre bain dans la salle de bain commune, avec baignoire d'eau brûlante gigantesque (comme dans un onsen, sauf que là nous étions seuls), une fois que vous avez déroulé votre futon sur le tatamis, pris votre thé, refermé les panneaux coulissants, vous vous doutez que vous êtes au Japon !





Kyoto donc

3 - 5 avril

Malgré l'éloignement relatif de notre base à Osaka, nous découvrons bien évidemment les fameux temples de Kyoto. Le Ginkaku-ji, ou Pavillon d'Or, merveille de finesse, le Ryoan-Ji, le Kinkaku-Ji, etc etc. Il serait je trouve un peu vain de tous vous les énumérer, car comme on dit, nous avons bouffé du temple pendant ces trois jours sur place. Les jardins sont la plupart du temps plus enchanteurs que les bâtiments eux-mêmes. Nous découvrons aussi avec une certaine réserve les "jardins zen", qui consistent en de grandes surfaces de gravier, avec trois rochers dedans : symboles de la perfection artistique pour les Japonais, ils nous laissent véritablement... de pierre.

Bien entendu la fatigue guette, et au millième temple on finit par tout confondre, comme cela nous arriva avec l'art bouddhique d'Asie du Sud-Est, lorsque nous arrivâmes en Thaïlande. D'autant qu'un des plus gros jours de visite fut marqué par une pluie battante qui ne rendait pas les longs trajets des plus aisés. Mais la science des jardins, la disposition des temples, le calme qui y règne, semblent toujours apporter un renouveau, une fraîcheur, qui nous fait toujours vouloir en voir plus.

Chaque temple avait sa particularité, bien évidemment. Celui pourtant qui nous marquera le plus, outre le fameux Pavillon d'Or, sera un temple unique, dont le nom m'échappe et qu'on baptisera volontiers "temple aux portes shinto". Il s'agit de se promener le long de chemins entre des groupes de temples, chemins entièrement recouvert des fameuses portes japonaises orange. Surgit l'impression d'être dans un film fantastique, en train de traverser un passage spatio-temporel, au milieu d'une paisible nature. Je n'avais pas eu le temps de visiter ce temple lors de mon premier passage, je suis ravi de le découvrir.

Et puis, bien entendu, ce qui est pour moi une des merveilles du monde, le Sanjusangendo, le Hall des 1000 Bouddhas, 1000 représentations identiques de Kannon, le Bouddha debout, entourant une représentation géante de Kannon assise, de 20 mètres de haut. Le tout est protégé par 40 divinités fort stylisées, dans un long hall qui semble ne jamais devoir finir de délivrer son cortège de statues à la finesse rare. Impossible de faire des photos, aussi vous ne verrez rien d'une chose absolument hallucinante.

Kyoto c'est aussi une ambiance, comme on dit. Pas uniquement celle de la vieille ville, toute droite sortie d'un film de Kurosawa, des ruelles à lanternes japonaises et des geishas entraperçues à travers les vitres d'une voiture de luxe. Kyoto est surtout une ville japonaise normale, molle, douce, bourrée de petits restaurants sympas et populaires, de pubs animés et de gros restaurants pour touristes. Kyoto est, plus peut-être que Tokyo, un condensé du Japon, de ses contradictions permanentes entre modernité et traditions. Un coup religieuse. Un coup ultra-moderne. Un coup jeune. Un coup vieille.

Une image nous a d'ailleurs particulièrement marqué : à la sortie de la visite du Pavillon d'Or, un stand vendait des bondieuseries griffées Hello Kitty. Comme si le bouddhisme et le capitalisme à la japonaise avaient enfin fini par se marier.





mardi 2 juin 2009

Deux photos d'Osaka



qui ne rentraient pas dans le message précédent, où l'on découvre de fort étranges enseignes de restaurant.

Osaka et Kyoto : culture et trains de banlieue

Je crois que vous infliger un récit chronologique et détaillé de notre passage à Kyoto/Osaka serait ardu et un peu vicieux. Au bout de la 13e description d'un temple magnifique, vous commenceriez vous aussi à sentir la lassitude-des-temples, maladie très connue du voyageur en Asie. L'important est de glaner, ici, et là, les circonstances de notre séjour dans cette "petite" grande ville japonaise, où nous avons passé plus de temps qu'à Tokyo.

Si Rome est la ville des églises, Moscou la cité aux 2000 églises orthodoxes, Kyoto, ancienne cité impériale, est LE réservoir de temples shintos et bouddhiques. A tous les coins de rue, il semble y avoir un jardin zen à voir absolument, un sanctuaire shinto immanquable, etc. Difficile de faire son choix, à partir du moment où on ne peut pas passer deux semaines dans la ville. Qui plus est, les plus grandes "attractions" sont disséminées aux quatre coins de cette grande ville, qui hormis deux quartiers historiques, est d'une laideur et d'une banalité confondantes. Visiter Kyoto consiste donc à prendre sans arrêt des bus bondés de touristes japonais, des bus lents, toujours coincés dans les embouteillages, où on finit toujours par s'endormir.

Une fois ces obstacles passés, derrière la laideur de Kyoto on découvre aussi une ville plus simple que Tokyo. Tout, restaurants, rues, organisation urbaine, y est moins intimidant, moins compliqué, qu'à Tokyo. On aurait presque envie de vivre là, au milieu de ces rues impersonnelles et de ces bâtiments laids en béton. D'autant que les quartiers historiques, anciens quartiers des plaisirs du temps d'Edo, sont intimidants de beauté. Ruelles pleines de bars chics et discrets, voitures qui passent pleines de geishas (Kyoto est la dernière ville où il y en a beaucoup), cerisiers en fleurs partout, petits ruisseaux, lumières, toutes les femmes dans de délicats kimonos.

Les kimonos, d'ailleurs. De tout notre voyage, seules les Indiennes et les Japonaises semblaient avoir conservé leurs habits traditionnels. Dans tout le reste du monde, il semblerait que le jean, la chemise et la jupe soient passés par là, et aient forcé tout le monde à s'habiller comme des Occidentaux. Ce qui montre par contraste la puissance des cultures indiennes et japonaises, qui malgré l'influence des maîtres du monde européens ont réussi à conserver des modes de vie très particuliers.







Nous ne passerons qu'une seule nuit à Kyoto, la première. Nous sommes logés dans une auberge de jeunesse excentrée, un immeuble de 6 étages fin comme une aiguille (il occupait une surface de 10m2 maximum, la réception en faisait 2). Le patron, qui a l'air de gérer tout ça tout seul, nous prête son ordinateur lorsque nous voulons nous connecter à internet ; nous prendrons un thé le soir dans la cuisine commune, au milieu d'une famille hong-kongaise qui n'a pas l'air de toute première jeunesse - mais nous avons déjà remarqué qu'au Japon, les auberges de jeunesse ne logent qu'en partie des jeunes.

Poireaux et ours polaires
A notre grand malheur, tous les hôtels de Kyoto sont pleins depuis des mois, car nous sommes en ville pendant un week-end du Sakura (floraison des cerisiers). A moins de 500 euros la nuit par personne, point de salut. Nous sommes donc obligés, les autres soirs, de rentrer tous les soirs à Osaka, deuxième plus grosse ville du Japon, située à une grosse demi-heure de la gare de Kyoto.

Comme à Osaka il n'y à rien à voir, nous avons trouvé un gros business hotel à prix démesurément bas : des centaines de chambres individuelles sont alignées le long de couloirs glauques, il y a de grandes salles de bains aux éclairages livides, des douches peu accueillantes (mais un accès gratuit aux bains publics d'un hôtel de l'autre côté de la rue, ouvert à certaines heures pour les hommes, à d'autres pour les femmes). Ici vivent une petite armée de travailleurs japonais - certains y passent une nuit, d'autres un mois, tous semblent assez ahuris de la présence d'Occidentaux ici. Les patrons, quant à eux, nous ont accueillis avec une gentillesse rare, typique des Japonais.

Deux obstacles de taille nuiront cependant à la qualité de notre séjour dans cet hôtel un peu sinistre : le premier est l'odeur qui règne dans la chambre d'Aglaé, une odeur rapidement identifiée comme celle du poireau en décomposition, odeur qui flottera dans l'air à chaque fois que nous retournerons dans la chambre pour y récupérer quelques affaires. En effet, nous avons rapidement décidé de nous blottir tous deux dans ma chambre, dont l'odeur est plus neutre, et de laisser sécher notre lessive dans la Chambre aux Poireaux - d'où un léger fumet léguminé qui hantera certains de nos T-shirts pendant quelques jours.

Le second obstacle, impossible à contrer pour le coup, fut le froid. Nous étions déjà habitués à la température glaciale des cabinets de toilettes au Japon (jamais chauffés, à part la cuvette), mais nous n'étions pas préparés à la mode de cet hôtel, qui consistait à maintenir un froid polaire dans tout l'hôtel. Ainsi toutes les fenêtres étaient toujours grandes ouvertes, et ce malgré une température extérieure qui tenait encore de l'hiver : dans les salles de bains, dans les couloirs, et même dans les chambres à notre arrivée.Excusez moi j'ai le syndrome de tourette ecrit. Des minables chauffes-lits nous laissèrent croire qu'on pourrait lutter contre le froid ambiant, mais ils ne délivraient qu'une tiédeur moqueuse. Par esprit chevaleresque, j'ai donc tenté pendant trois nuits de fermer les fenêtres des couloirs et des salles de bains, qui rendaient toute sortie de la chambre carrément invivable. C'était sans compter sur la malignité d'une femme de ménage, dont la température corporelle devait être de 45°C, qui courait systématiquement ouvrir en grand les fenêtres que je venais de clore. Sont fous ces Japonais.


Tapas en el casa Osaka
Un dernier mot sur Osaka. Bien entendu, nous n'avons pas eu le temps de visiter la ville, qui promettait pourtant beaucoup, mais tout de même nettement moins que sa voisine Kyoto. Nous en avons pourtant exploré le quartier jeune et chic, bars et restaurants, lorsque nous avons retrouvé CB, LJ et VJ, trois amis à moi. CB étudie toute l'année à Osaka, quant à LJ et VJ, ils sont plus ou moins en voyages de noces. Nous retrouver entre amis de Paris, autour de tapas et grandes bières, fut un moment particulièrement hors du temps. Moults remarques sur les Japonais, nouvelles des amis français laissés derrière nous, récits de voyages...


A Osaka, nous avons aussi trouvé, un peu par hasard, un restaurant particulièrement charmant. Nous avions froid et faim, et la buée sur les vitres de ce minuscule restaurant nous a irrésistiblement attirés. C'était un restaurant de grillade, on choisit sa viande à une dame, on dit ce qu'on veut avec, et on peut la griller sur la grande plaque qui fait le tour de la pièce. Délicieux et modique, ce restaurant nous a permis d'observer les Japonais de la rue, les moins riches, ceux qui, débardeur sur le dos, avaient l'air de gros routiers. Personne ne semblait nous remarquer, tout le monde avait l'air d'être très heureux d'être là. Pendant un instant, nous n'étions plus des touristes, et presque des habitués. Bonheur.

mercredi 6 mai 2009

De la ponctualite des trains japonais

2 avril



Faire le tour de Tokyo pour aller chercher deux visas mongols au milieu d'un quartier residentiel a la noix, c'est deja penible. Mais le faire alors que vous avez un train qui part en début d'après-midi signifie que vous allez participer à une course en transports en commun. C'est-à-dire que ce sera psychologiquement une torture. Laissant Aglaé à l'hôtel (toujours le blog à rédiger), je m'occupe de ces formalités. Oh la joie de ressortir de l'ambassade de Mongolie avec le tout dernier visa du voyage !

Lorsque je reviens, j'ai beau etre affamé, il faut repartir en 4e vitesse, dans l'autre sens, afin de chopper notre train pour Kyoto. C'est la première expérience de Shinkansen d'Aglaé, elle en est toute excitée d'avance, mais encore faut-il être assurés que nous l'attraperons, ce satané train !

Au fond, un Français n'est jamais totalement stressé lorsqu'il est en retard pour son train : la probabilité que le train parte sacrément en retard est toujours là, tapie derrière l'hypothèse d'une grève éclair, d'un "incident de signalisation", voire de l'affreux "incident de voyageur". Au Japon, ce rêve est une chimère : nous voyageons au pays des trains qui partent à l'heure. Le slogan de JR, la SNCF nippone : vous pouvez régler vos montres sur l'arrivée du train en gare. Et le plus fou, c'est que ce slogan est vrai, le train part à la seconde près.

Aglaé ne croit pas une seconde à mon espoir fou d'attraper le train quand même : "c'est pas grave, on aura le prochain, Charly". Quant à moi j'y crois dur comme fer, avec l'assurance stupide de celui qui ne veut pas avoir tort (encore moins face à une femme ah ah ah). Assurance stupide ou pas, nous courons dans les couloirs de la gare, tournons sur nous-mêmes, guettons les panneaux de signalisation, et parvenons "in extremis" à nous ruer dans ce Shinkansen (TGV japonais) dont les machoires de fer se referment sur nos ombres.

De la psychorigidité des hôtesses japonaises
Nous sommes exténués, en sueur, au bord de la crise d'hypoglycémie, mais nous sommes dans notre foutu train. Cerise sur le gateau : j'avais raison et Aglaé avait tort. Les Shinkansen sont une merveille : magnifiques à l'extérieur, luxueux à l'intérieur, rapides comme des flèches, ponctuels et surtout très fréquents (sur la ligne principale, un départ toutes les 5 minutes en moyenne, à comparer avec l'unique départ par heure du TGV Paris-Lyon, dont nous sommes si fiers).

Bombant le torse, je propose d'aller lui chercher à manger. Le train roule déjà dans l'infinie banlieue de Tokyo, mais je ne trouve d'abord pas l'hôtesse qui, habituellement dans les trains japonais, pousse un énorme caddie rempli de victuailles salées ou chocolatées.

Je reviens, et m'aperçois qu'Aglaé, à mon image, est au bord de s'évanouir de faim. Je repart dans une quête de l'hôtesse, la trouve arrivant dans le wagon d'à côté. Je m'approche d'elle, souriant, sort mon porte-monnaie. Non. Pas possible. Il faut attendre que je vienne à votre niveau, dans votre wagon, devant votre siège. Refus de vente : nous découvrons un des traits les plus compliqués du caractères japonais. Le manque de souplesse. Si les Japonais dans leurs relations sociales sont prêts à tout quitter pour aider l'autre, dès qu'ils travaillent ils trouvent un goût de la chose bien faite qui les fait se fermer à toute alternative. On a donc un service parfait, mais qui sera toujours celui prévu.

Nous finirons par pouvoir lui acheter les denrées nécessaires à notre survie, mais après être passé au bord de la famine, à quelques mètres de son chariot...

Pour ceux qui n'en ont jamais entendu parler, il y a d'ailleurs quelque chose de très drôle dans les trains japonais, qu'on ne remarque pas forcément si on n'y fait pas attention. Quand un membre de la compagnie (contrôleur, femme au chariot, conducteur) traverse le wagon et atteint le vasistas qui le mènera au wagon suivant, il se bloque, se retourne, et fait une longue courbette aux honorables passagers. Qu'importe le nombre de passagers, et surtout qu'importe qu'ils le regardent ou pas (personne n'y fait attention de manière générale). Une Française rencontrée plus tard dans le voyage nous racontait qu'une fois elle était seule dans un wagon, que le contrôleur avait fait sa courbette habituelle, qu'elle avait hurlé de rire : le type s'était aussi mis à rire.

Complètement Fouji
Il parait que certains Japonais font le trajet Tokyo-Kyoto des centaines de fois, et qu'ils ne voient jamais le Mont Fuji, qui est pourtant théoriquement très visible depuis la ligne de Shinkansen. La faute à la brume et aux nuages, qui coiffent souvent l'honorée montagne si chère aux coeurs nippons.

Et nous, pour notre premier trajet, que ne voyons-nous pas l'incroyable Mont Fuji, seul et majestueux, trônant au milieu de sa morne plaine, promenant son chapeau de neiges éternelles avec fierté et orgueil ! Oh la chance, oh la joie. Les photos suivront, ne vous inquiétez pas.

Et quand à notre arrivée à Kyoto, ce sera pour le message suivant.

Le KFC de Tokyo

1er avril

Une fois rentres a Tokyo, les consequences de notre desorganisation de la derniere fois se font encore sentir, puisqu'il faut reserver un hotel pour le soir meme. Par miracle, il reste une derniere chambre dans l'auberge de jeunesse qui nous avait tant plus quelques jours auparavant. Ce qui est moins miraculeux, c'est que je ne comprends pas bien le prix qu'on me donne au telephone, prix qui est 3 fois plus grand que celui que nous avions paye la derniere fois, "parce qu'il ne reste plus qu'une chambre triple".

Quelques negociations avec le patron qui se trouve etre un francais, et nous nous arrangeons. Il se fait vite tard, et nous devons nous nourrir. Le probleme c'est qu'il se met a pleuvoir tres fort dehors, et qu'il n'y a pas beaucoup de restaurants dans le quartier. L'autre probleme, c'est qu'Aglae, assez fatiguee, nous fait un petit caprice fort comprehensible : apres des mois de restaurants chinois et apres 5 jours de restaurants japonais, elle a juste envie d'un McDonald's avec de rassurants nuggets.

Sauf que le McDonalds est tres loin, qu'il pleut, que la pluie se transforme en orage, que la foudre se rapproche, et que moi j'ai tres envie de manger japonais. Mini-dispute assez absurde :
"Mais va manger ton japonais, je t'accompagne, puis on ira au McDo !
- Ah ben bonjour l'ambiance, hein, chacun a regarder l'autre bouffer !
- Mais j'ai pas envie de manger japonais, Charly, c'est tres bon mais j'en peux plus des nouveaux plats !
- Mais le McDo berk on en a pris a Hong-Kong il y a a peine une semaine !

Je vous laisse imaginer le niveau intellectuel de la brouille, motive pour ma part par des considerations ethiques assez viles. Nous finissons par nous decider a manger l'un apres l'autre dans un resto japonais, puis au Donald's, si possible avant de mourir foudroyes. Je mange de delicieux beignets de gambas dans un succulent bouillon de nouilles, mais lorsque nous nous retrouvons devant le McDonalds, catastrophe ! Au Japon, les McDo ferment a 20h30 ! Et ils en sont fiers en plus, ils mettent un panneau : nous on ferme a 20h30 !

Aglae s'embarque donc dans un processus tres feminin : la culpabilite. Elle se persuade a la vitesse de l'eclair que c'est sa faute, elle n'avait qu'a pas faire de caprices. Et lorsque nous echouons dans un KFC (la seule chose ouverte pas loin), ces restos de poulet pane frit, elle decide de prendre le plat le plus petit et le moins cher pour expier sa faute imaginaire.

Moi : Arrete Aglae c'est absurde, nourris-toi, quoi !
Aglae : non, c'est bon, j'ai pas faim ! (les connaisseurs reconnaitront une replique bien feminine)

Le moine sauveur des estomacs vides
Alors que nous sommes un peu deprimes par la tournure de la soiree, j'entends un souffle rauque, et me tourne vers l'escalier - car nous mangeons a l'etage du fast-food. C'est un homme de la soixantaine, peut-etre moins, qui est en train de s'echiner a faire monter a une enorme valise les nombreuses marches qui separent les deux etages. L'homme est un veritable comedien : il nous regarde avec un petit sourire miserable, il fait des mines, essuie de son front une sueur imaginaire. Il est a moitie en train d'appeler a l'aide.

Je me leve donc et porte sa valise (vraiment lourde) pour les 6 derniers marches. Puis, d'autorite, je l'amene jusqu'a la place qu'il s'est choisie. L'homme, duquel emane une puissante odeur d'alcool, fait des mimes pour faire rire Aglae pendant que je porte sa valise, puis se confond en remerciements. Nous regagnons notre place, mais deux minutes plus tard, l'homme revient vers nous. Il nous parle en japonais, fait signe vers notre plateau degarni, vers lui, vers le comptoir de l'etage en-dessous. Au debut nous ne comprenons rien, puis je me demande s'il ne veut pas nous offrir quelque chose, d'autant qu'il fait les signes de manger et de boire.

Enfin, lasse de notre manque de comprehension de la langue nippone, il me prend par le bras et me fait descendre les degres qui menent au comptoir du fast-food. La, il explique au serveur ce qu'il veut, me fait des mines vers les photos des menus, et exige de moi une decision ferme. Je commence a comprendre, mais suis evidemment trop gene : pourquoi volerais-je l'argent d'un miserable ivre mort ? Excede de ma gene, le vieil homme demande au serveur de choisir pour moi un menu avec deux boissons, deux frites et une tonne de poulet.

Nous remontons. A savoir d'ailleurs : les Japonais ont completement biaise le principe du fast-food, puisque les serveurs vous amenent vos plateaux a votre table, et les debarrassent quand vous avez fini. Comme un restaurant, oui... Nous remercions dix fois, quinze fois, et acceptons l'invitation du monsieur de le rejoindre a sa table. Il ne parle toujours pas un mot d'anglais.

S'ensuivront des moments incroyables, qu'on peut difficilement trouver hors du Japon : des contorsions et des dessins pour expliquer au monsieur qui nous sommes, la meme chose de sa part pour nous faire comprendre qu'il est un moine bouddhiste (enfin nous n'en serons jamais surs), lui qui montre ses photos de voyage a la femme qui fait le menage dans le KFC, elle qui ecoute patiemment et gentiment parce qu'on ne froisse JAMAIS un aine, meme et surtout quand il est ivre, une dame d'age mur, tres elegante meme avec un poulet tout gras dans les mains, qui nous regardait avec un rire de connivence, le moine ivre qui ne mange rien et qui nous donne a finir ses plats (en plus de l'enorme truc qu'il nous a commande)...

A la fin, il ordonne aux serveurs de nous faire un paquet avec les morceaux que, le ventre gonfle a craquer, nous n'avons pas pu finir. Puis il sort une cigarette, nous demande si nous fumons. Devant notre refus, il refuse que nous soyons incommodes par sa fumee, et nous congedie assez brutalement.

Nous nous retrouvons dans la rue, hebetes, un sachet a la main rempli de morceaux de poulet frit tout froid, une serviette de table dans l'autre, gribouillee d'informations sur le moine ivre -informations en japonais que nous n'avons toujours pas pu faire decrypter. Il ne pleut plus, et Aglae ne regrette plus son caprice.

Nous venons de vivre une des rencontres les plus extraordinaires de notre voyage, a egalite avec la discussion avec Maharadjah Shiva, il y a de ca 3 mois.

Nikko: nudite et lieux sacres






31 mars - 1er avril

La journee commence par un ptit-dej pantagruelique servi par une mamie tout sourire. Elle nous donne l'impression d'etre une vraie grand-mere poule lorsqu'elle nous met en garde contre le froid et la nuit qui tombe vite.

Beaute froide
Nous sautons dans un bus qui, au bout d'une route aux lacets impressionnants, nous depose pres d'un grand lac entoure de montagnes enneigees. Nous allons voir une impressionnante cascade puis nous baladons sur les rives du lac. Il reste encore un peu de neige, tous les restaurants et hotels sont fermes, nous sommes seuls. Une multitude de pedalos en forme de cygnes git sur la berge, en attente des Tokyoites avides d'air frais qui viendront en masse cet ete. Cette atmosphere hors-saison donne au lieu un air nostalgique.

Le froid n'est pas trop vif et la balade tres agreable. Nous passons par un petit temple en bois tout aussi solitaire. Cette longue marche me rappelle un peu "mon" lac par une belle journne d'hiver...

Nous finissons par atteindre une riviere qui se jette dans le lac. En la remontant, nous tombons sur une suite de cascades chantonnantes. Nous sommes affames et decouvrons a ravissement un petit resto cosy donnant sur une des cascades. Un peu rechauffes, nous repartons en sens inverse. Les montagnes au formes etranges se refletent dans le lac, des rayons de soleil percent les nuages et viennent gentiment rechauffer nos nez tous froids.

Nous finissons par revenir a la realite et jetons un oeil aux horaires de bus : nous faisons la fin de la balade en courant. Peine perdue, nous loupons notre bus. Et le prochain est dans 50 minutes !

Au bord de la congelation, nous nous refugions dans le seul resto ouvert et voulons commander un cafe. Le Monsieur ne parle pas un mot d'anglais ; Charly lui montre les signes japonais marques sur le panneau d'une grande marque de cafe... et il nous apporte 5mn plus tard des gyozas. Ce sont de petits raviolis a la viande, tres parfumes, delicieux, mais par pour le gouter! Nous finissons par reussir a lui faire comprendre notre meprise et avalons enfin le precieux liquide rechauffant.

Chaud-froid
Le bus suivant finit par arriver. Avant de retourner a Nikko, nous sautons en route. Apres un peu de marche sur une route deserte, nous atteignons notre second but de la journee: un grand onsen. Nous vous avions deja explique que les grands bains communs d'eau chaude etaient la regle dans l'hotelerie japonaise. Il existe donc bien sur de grands bains publics a l'eau thermale un peu partout au Japon, surtout dans les montagnes. Pays volcanique oblige.

Charly part du cote hommes, moi du cote femmes. Nudite oui, mixite non ! Il y a beaucoup de monde et je suis la seule non-japonaise, ce qui est un peu intimidant. Pourtant les gens ne se regardent pas, pour eux c'est tout naturel. L'eau brulante fait un bien fou apres cette longue marche dans le froid. J'en ai la tete qui tourne. Il y a meme un bain tout fumant dehors, a l'air libre. On peut donc s'allonger sur de gros cailloux au bord du bain, en mode sirene, et rester ainsi a l'air libre pendant 15mn sans avoir froid, tant le corps a emmagasine de chaleur. Les corps nus fument, cela fait une etrange impression.

Un peu etourdie, je sors et retrouve Charly. Il a recroise l'Espagnol de notre auberge de jeunesse dans le onsen : c'est quand meme un peu genant de discuter a poil avec quelqu'un qu'on connait a peine ! Malgre cet aspect un peu intimidant, nous pensons tous deux que cette tradition des onsens est vraiment agreable et relaxante.

La route du retour est encore plus tortueuse que celle de l'aller. La montagne est tellement pentue a certains endroits qu'il n'y a pas une route, mais deux routes, l'une pour les vehicules qui montent, l'autre pour ceux qui descendent. Nous manquons de nous sentir mal tellement ca tourne. Heureusement, de savoureuses brochettes viennent vite remplir nos estomacs creux! Rien a voir avec les brochettes des restos japonais de Paris...


Merveilles dans la foret

Le lendemain le ciel est gris. La petite mamie de l'auberge de jeunesse nous previent qu'il va pleuvoir.

Charly avait adore les temples de Nikko a son precedent passage, il m'en avait beaucoup parle et j'avais peur d'etre decue. Point du tout, c'est l'emerveillement!

Un ensemble de grands temples tout en bois est niche au milieu d'une foret de hauts cedres, tres majestueuse. Une lumiere un peu poussiereuse filtre a travers les arbres et donne au lieu un cote solennel et mysterieux. Les temples, portes, tours du tambour et de la cloche sont d'une grande finesse. Aux plafonds, des dragons tiennent des perles dans leur gueule, des gardiens terrifiants protegent les portes des temples, des bouddhas aux demi-sourires emergent de l'ombre des sanctuaires...

Apres une delicieuse matinee de temple en temple, nous retournons dans le resto a brochettes de la veille. Les murs sont couverts de photos et de petits mots laisses par des voyageurs des 4 coins du monde. Nous realisons soudain que quelqu'un de familier nous regarde nous empiffrer avec delice: c'est la photo de Cecile, une de nos amies de Paris, qui etudie cette annee au Japon !


Bonnets rouges sous la pluie

Malgre une fine bruine, nous allons nous promener le long d'une jolie riviere sacree pour les gens du coin. Le long de la rive on ete posees des centaines de statues de Bouddha en pierre. Certaines sont en parfait etat, d'autre sont usees par le temps, voire completement en ruine. Toutes sont habillees de petits bonnets et de bavoirs rouge vif, couleur tellement eclatante par rapport a la vetuste des statues. Ce sont les gens qui ont perdu un enfant qui viennent habiller ses statues. Nous sommes seuls sur ce chemin pluvieux et la beaute du lieu se melange a un etrange sentiment de tristesse.

Nous finissons par arriver pres d'une centrale electrique et d'une ecluse. Tout semble rouille et abandonne, on se croirait dans le jeu Myst. La pluie devient de plus en plus forte (mamie nous avait prevenu!), nous faisons demi-tour et rentrons, rinces.

Nous sautons dans le train direction Tokyo: adieu le calme d'une nature sacralisee, retour dans le bouillonnement de la megalopole.

Tokyo-Nikko : ambassade paumee, planning rate, temps perdu !

30 mars

Avant de partir de Tokyo, il nous fallait passer par l'ambassade de Mongolie, afin d'obtenir notre tout dernier visa du voyage. Une chance, l'ambassade etait toute proche de notre love-hotel.

Tout le quartier des love-hotels, une fois le jour leve, donne l'impression de subir une grande gueule de bois. Les facades sont tristes, un peu grises. Malheureux.

Quand je dis "toute proche", a propos de l'ambassade, je veux dire qu'elle etait proche a vol d'oiseau. A vol d'un oiseau qui sait ou aller, de surcroit. Le probleme est que trouver une adresse au Japon, hors des tres grandes avenues, releve de la quete d'une vie. Le pays inventeur du go a trouve un jeu encore plus complique en refusant de donner des noms a ses rues.

Manque d'adresse evident
En fait, une adresse japonaise se presentera de la facon suivante : 3-5-7, Kamiya, Shibuya-ku, Tokyo, par exemple. L'endroit que vous cherchez se trouve donc dans le grand district de Shibuya de Tokyo. Il faut chercher le sous-district de Kamiya, lui-meme divise en plusieurs sous-sous-districts, portant chacun des numeros : il faudra donc chercher Kamiya-3, puis le bloc de maisons numero 5, puis faire le tour du bloc jusqu'a trouver la maison portant le numero 7. Tout ca est encore complique par le fait que dans de nombreux quartiers, les numeros de blocs et de maisons ne se suivent pas dans le sens des aiguilles d'une montre, mais par ordre de construction. Et les numeros des blocs et des maisons n'apparaissent pas tout le temps sur les facades...

Meme avec une carte ultra-precise, ce que personne ne possede, trouver une adresse est donc un cauchemar. Les policiers, postiers et tenanciers de magasins sont donc specialement formes pour guider les gens, car bien evidemment meme les Japonais sont completement perdus des qu'ils sortent de leur pate de maison. Etrange complication dans une societe ou tout est toujours fait au plus simple...

Dans notre cas, il nous a donc fallu demander a un caissier de 7-Eleven (equivalent du 5 a 7). Le type, tres sympa, sort un immense livre rapiece, ou chaque page est une carte (en miettes) de bouts du district.

Grace a lui, nous trouvons l'ambassade, nichee au milieu d'un quartier residentiel calme. Les quartiers residentiels calmes, faits de milliers de maisons a 2 etages, composent environ 80 pour 100 de la surface totale de chaque ville japonaise, Tokyo y compris. On se retrouve dans des rues vides, avec pas vraiment de trottoirs mais pas vraiment de circulation non plus, des arbres partout. Fait surface l'impression d'etre en lointaine banlieue, et ce en plein coeur de la plus grande ville du monde. Quelques rares magasins, des restaurants mysterieux aux portes closes, et puis vous prenez une ruelle, et d'un coup vous vous retrouvez dans une avenue gigantesque, avec du bruit, des grands centres commerciaux, etc... Le Japon, ou l'art du contraste dans le contraste dans le contraste.

La Mongolie, un pays hyper organise
Lors de nos recherches, nous avions ete assez surpris de voir que la Mongolie etait un pays completement minable dans ses relations avec les pays etrangers : ambassades rares, souvent en train de fermer ou deja fermees, jamais un site internet, aucun numero pour appeler, etc. Nous avions meme passe une bonne minute a rire devant l'adresse mail de l'ambassade mongole en Chine, hebergee chez Hotmail.

La surprise est donc minime lorsque nous trouvons ladite ambassade a Tokyo, nichee au milieu de petites maisons, un petit truc tout calme. Le monsieur a qui nous donnons nos papiers ne semble pas voir passer grand-monde et ne parle ni anglais, ni japonais, ni rien. Il s'adresse a nous dans quelque chose qui ressemble a du russe, ou du mongol - on ne sait. Une impression generale tres serieuse, donc.

Attends on est quel jour cherie ?
Apres cette formalite bien etrange, depart pour Nikko, petite ville nichee dans la montagne et qui compte parmi les plus beaux temples du Japon. Pendant le trajet en train nous realisons que nous qui croyions etre tres organises avons completement confondu les dates de notre sejour. Cela fait que nous arrivons a Nikko un jour trop tot, et que notre auberge n'est reservee que pour le lendemain soir. Catastrophe !

La ville de Nikko est tellement paumee qu'elle ne s'embarrasse pas de la mode occidentale, mais prefere plutot vivre a la japonaise : lorsque nous descendons du train, il a beau etre 19h30, tout est ferme. On se croirait a 4 heures du matin tant la ville semble assoupie. En y ajoutantune nuit noire et un froid particulierement mordant, nous sommes un peu terrorises a la perspective de dormir dehors a cause d'un melange de pinceaux. Par miracle, l'auberge a laquelle nous telephonons des notre arrivee conserve encore des lits disponibles.

Longue attente dans le froid pour attraper un bus en direction de notre pension (il y en a un toutes les heures). Une fois arrives, nous decouvrons le syndrome du Japonais surpris : la tenanciere assez agee est tres froide envers nous. Elle nous fait sentir qu'elle n'aime pas etre prevenue au dernier moment, et nous nous demandons ce que ca aurait ete si nous n'avions pas appele.

Tres rapidement cependant, a force de sourires, la glace se brise, et lorsque nous arriverons au petit-dejeuner tout decoiffes, le lendemain matin, notre degaine la fera tellement rire qu'elle deviendra d'un coup adorable a notre egard.

Quant a l'auberge, elle est typique a mort : les lits sont caches dans des alcoves de bois, on s'enfonce dans des tunnels creuses sous des metres de couettes, un grand bain a la japonaise nous attend. Nous discutons un moment avec un Espagnol flegmatique, allons manger dans le seul restaurant encore ouvert de la ville (il est 20h30, tous ferment a 20h), et rentrons nous blottir sous les couettes.

Dans tout long voyage il y a des journees un peu perdues...

mardi 28 avril 2009

Ma Nuit au Love Hotel


29 mars
Suite du message precedent


Apres plusieurs ennuis bancaires (en gros, trouver une banque HSBC ouverte, se battre avec les plafonds de retrait et prendre le dernier metro pour revenir dans des quartiers decents), nous atterrissons assez tard a Shibuya, quartier ou nous comptons passer la nuit.


Shibuya est l'autre "grand" quartier lumineux et hysterique de Tokyo. C'est ici notamment que se trouve une grande place qui, lorsque les feux passent au rouge, est litteralement envahie de pietons le temps du feu rouge, a toute heure de la journee.



La, un dimanche soir a 23h et quelques, c'est vide et triste. Les lumieres sont encore la, mais sont en train de s'eteindre. Plus aucun fetard. Je promets a Aglae qu'elle verra tout ca le lendemain, et nous partons en quete de notre love-hotel.

Un love-hotel, c'est quoi ? demanderont les moins jeunes et les plus innocents d'entre nos lecteurs. Eh bien le love-hotel, mes amis, est la reponse japonaise a la crise du logement dans les villes, et a sa consequence directe : les jeunes gens vivent chez leurs parents. Du coup, les amoureux ont du mal a vivre leur vie d'amants - quant a se payer une chambre d'hotel, ils n'en ont pas les moyens. Ont alors ouvert une grande quantite d'hotels tres discrets, ou on peut choisir la chambre de ses reves (les plus chers ont des chambres a theme, meme une qui propose une chambre decoree comme une rame de metro, parait-il), y passer une heure, deux heures, ou toute la nuit.

Bien evidemment, avec mon frere, nous n'avions pas pu tester ce type d'hebergement impossible a trouver ailleurs qu'au Japon. Pour ce sejour en compagnie d'Aglae, il etait impensable de passer a cote de cette opportunite delirante. D'autant que nous avions remarque que les love-hotels valaient moins cher que deux dortoirs en auberge de jeunesse.

Nous nous mettons donc en quete de la Colline des Love Hotels, a Shibuya, ou se trouvent tous ces hebergements. Nous ne sommes pas tres a l'aise, nous attendant a un truc un peu glauque, mais nous croisons vite pas mal de couples un peu ivres, qui se tiennent la main, et rentrent dans les premiers hotels.

Tres vite, nous comprenons le potentiel comique du lieu : dans un espace relativement restreint, une quantite incroyable de mini-hotels se poussent du coude pour etre remarques. Il y a les batiments massifs, les petits mignons en forme de cathedrale, de chateau-fort, ceux qui representent des couples de chats se faisant des calins sur un toit. La plupart ont des noms francais, tels que Desir Hotel. D'autres ont des petites fontaines devant. Tous affichent leurs prix du jour, au rabais vu l'heure tardive.

Nous faisons d'abord un tour decouvrir toutes les formes et les noms des love-hotels. Nous finissons par entrer dans un, puis un autre. La plupart des chambres sont prises, et nous sommes surpris de constater que la plupart du temps, les hotels proposent des chambres tres classiques, representant les gouts "exotiques" des Japonais : une chambre d'hotel occidental, avec lit normal, rideaux, etc. Ce que nous aurions tendance a trouver classique, voire un peu ringard.

Nous finissons par avoir un coup de coeur pour le White Palace, l'hotel aux petits chats sur la devanture. Les chambres sont a mourir de rire : ambiance retro, navigant un peu au hasard entre les annes 60 et 80 : miroirs biseautes, lampes violettes, stuc turquoise et meme une super Nintendo sans cables, en guise de decoration sous la television !
Pour reserver la chambre, il faut d'abord, Japon oblige, passer par une machine, en gros choisir sa chambre d'apres photo. Muni d'un ticket, on va donc payer au guichet. Ce dernier est recouvert d'un volet, ce qui fait qu'on ne voit pas a qui on s'adresse, discretion oblige. On donne donc l'argent par un trou dans la vitre, et la on entend, Japon oblige encore, un long et fort "arigato gozai mas !!!!" (merci beaucoup) pousse par une mamie. Elle etait surement en train de sourire. Difficile d'empecher les Japonais d'etre des Japonais, meme quand ils veulent etre discrets.

Nous ne sommes pas vraiment renverses par le potentiel erotique du lieu, mais il faut l'avouer, cette chambre a du cachet ! Nous decouvrons avec emerveillement l'abondance de services offerts par l'hotel : profusion de serviettes, pyjamas, savons, cremes, mousses a raser, rasoirs, shampoings a gogo. Un lit gigantesque, television, lumieres a rheostats (ambiance tamisee garantie), et cerise sur le gateau petit jacuzzi. Le tout pour a peine 30 euros, ce qui meme en France n'est vraiment pas cher.

Nous nous attendions donc a du bizarre, mais le love-hotel est en fait un concept assez normal, classique, ni excitant ni vulgaire. C'est l'alternative kitsch aux hotels glauques croises dans les autres pays. Surmediatise chez nous, il n'est ici qu'un moyen pour permettre a deux personnes d'etre un peu tranquilles.

Nous avons passe une partie de la soiree a regarder la tele japonaise, toujours tres drole. Il y avait un tournoi de sumos sur une chaine, et des jeux televises stupides. Ca contrastait pas mal avec l'ambiance generale et le concept du love hotel... D'ailleurs on se demande serieusement quelle television asiatique est la plus navrante/drole : l'indienne avec ses films des annees 60 aux heros moustachus et amateurs de kung-fu, l'alternance films-d'epoque-en-carton-pate et films-propagande-revolutionnaire de la tele chinoise, ou la japonaise avec jeux-hysteriques et reconstitutions-historiques.

Nous avons adore regarder les sumos, il y a meme des Europeens qui viennent affronter des Japonais. C'est tres drole.

Rockers et hotesses

29 mars

Un peu decus de quitter cette confortable auberge de jeunesse, nous rempilons a nouveau nos sacs (ce n'est que la troisieme fois en trois jours). Notre but est de les deposer a la consigne de la gare de Tokyo : en effet nous voulons passer la nuit dans un love-hotel, et repartir le lendemain apres-midi en train pour Nikko. Et comme il est impensable de deposer des bagages a un love-hotel (vous comprendrez), la consigne semble la meilleure solution.


Sauf que les Japonais sont des fous de la consigne. Dans toutes les stations de metro, il y a des rangees infinies de casiers a pieces, et la nous sommes dimanche : une quantite incroyable de Japonais semble s'etre passe le mot pour venir poser ses affaires dans les casiers. Horreur, la centaine de casiers qui se deploie a Tokyo Station est occupee. Nous courons donc dans tous les sens de la gigantesque station (les Japs AIMENT les sous-terrains), a la recherche d'un casier libre assez grand pour nos sacs. La ! Aglae ! ah non trop petit ! Charly, la ! Ah non on vient de le prendre ! Aglae, part explorer ceux-la, moi je pars par la !

Nous finissons par tasser nos bagages dans des casiers un poil trop petit (merci Aglae et sa science toute feminine du rangement), et nous voila debarrasses de tout ca.


Parc Imperial et princesses de pacotille

A cote de la gare s'etend l'immense Parc Imperial, qui abrite toujours la residence de l'Empereur du Japon (acces interdit bien entendu). Il s'agit quasiment d'une vaste plaine, ou l'herbe jaune leche les pieds de petits arbres aux formes toutes japonaises. Grandes allees de graviers, tout ca est tres zen, surprenant en plein coeur de la plus grande ville du monde, car soudain plus une voiture, plus un toit, plus de bitume.

J'y etais deja passe lors de mon precedent sejour au Japon avec mon frere, mais je n'avais pas imagine une seule seconde ce que les jardins imperiaux, dans un coin du parc, pouvaient donner a cette saison-ci. C'est un deluge de fleurs roses et blanches. Il y a meme des varietes de cerisiers qui semblent comme des saules pleureurs blancs. Evidemment, toujours la meme armee de Japonais sous les cerisiers, appareil photo dernier cri a la main, qui mitraillent la moindre fleur de cerisiers. Tous poussent des "oh" et des "ah" sonores, typiques d'un peuple a la capacite d'emerveillement infinie.

L'etape d'apres n'a rien a voir : il s'agit de Harajuku, quartier ou se retrouvent chaque dimanche deux groupes fort celebres. Le plus jeune, qui n'est pas un groupe en soi d'ailleurs, suit la mode Cosplay : une myriade de filles et de garcons se deguisent de maniere plus qu'extravagante, et viennent s'exposer devant une foule ininterrompue de touristes japonais et occidentaux. Princesses gothiques, dames de la renaissance, faux SM en cuir (l'une d'elles etait assise sur une autre fille qu'elle tenait en laisse), lolita punks, la liste est sans fin, mais toujours fascinant.


Deux cosplays ci-dessous (la photo n'est pas de nous)





Surtout que les Cosplays d'Harajuku, parait-il en voie d'extinction, ne font rien. Ils viennent et attendent qu'on les prene en photo. Un effet collateral de cette mode : les magasins autour de cet endroit sont absolument delirants, et proposent des vetements fantastiques, chapeaux biscornus, dentelles a hurler de rire, robes de princesses, etc. Une mode qui a tellement fait de bruit qu'on croisera au moins 3 Blancs deguises eux aussi selon ces regles. Certains avaient autant de panache que les Japonais !


Yeah, rock n'rolla !

Second groupe, mon prefere, qui se "produit" litteralement tous les dimanches devant le parc de Yoyogi, a deux pas de la. Ce sont les Rockabilly, qui existent depuis des dizaines d'annees et qui font tous partie du Tokyo Rockabilly Club.

Ci-dessous, deux rockabillys et une Rockabilly girl. La photo n'est pas de nous, mais nous avons vu exactement la meme chose :




Ils viennent, tout de cuir vetus, leur sono sous le bras. Ils branchent leur musique des 60s a fond, et se dehanchent pendant des heures, avec une energie furieuse. Ils n'ont pas vu le temps passer, n'ont pas voulu le voir, comment savoir, mais ils s'en foutent. L'essentiel est la, dans la danse, dans les vetements. Dans une societe pour qui le conformisme social est tres important, ces hommes et ces femmes, tres probablement M. Toutlemonde le reste de la semaine, deviennent des Heros chaque dimanche. Ils se dechainent, transpirent, chantent, arrachent leurs vestes trop chaudes, leurs T-shirt collants de sueur, et continuent a danser.

Je suis toujours aussi fascine par l'energie de ces gars, et decouvre avec plaisir le style incroyable des Rockabilly girls, aux ravissantes robes a pois.


Shinto d'interet

A peine deux cent metres plus loin, l'enceinte du sanctuaire Shinto le plus important de Tokyo, le Meiji-jingu. Entre des arbres gigantesques, un elegant temple de bois, ou nous tombons sur un mariage traditionnel shinto. C'est vraiment beau : une douzaine de pretres vetus de blanc encadrent les deux familles, reduites a leur plus simple essence (parents et grands-parents, peut-etre deux temoins). Au milieu, le mariee, vetu d'un kimono tres simple et tres elegant, marche a cote de la mariee. Celle-ci revet un splendide kimono blanc, et marche a l'ombre d'une grande ombrelle rouge vif.

La procession marche tres lentement. De temps a autre, le pretre principal s'arrete, et semble discuter avec les maries. Tout ca est fait dans un silence quasi-absolu, a peine derange par le crepitement des appareils photos des touristes, aussi heureux que nous de voir un tel evenement pendant leur visite. Je suis encore sidere par le calme, la lenteur, l'assurance avec lesquels tout ca etait conduit ; le tout sous l'ombre des grands arbres, vert de leur feuille, brun du bois, crissement du gravier sous nos pas ; l'ensemble se traduit dorenavant dans ma memoire sous la meme forme qu'un reve mysterieux et silencieux, au parfum enfoui et un peu oublie.


Retour dans le Yoyogi Park, un peu sonnes. Il commence a faire froid. Ici comme au Ueno Park de la veille, des foules sont deja ivres (il doit etre 16h a peine), ca pique-nique a tout va. Pourtant, le dimanche apres-midi, periode du week-end si redoutee, fait deja des massacres : combien de baches inoccupees, combien de groupes en train de ranger leur nourriture et leurs boissons. Un parfum nostalgique de fin de fete couvre le tout, et nous decidons de partir au plus vite : c'est trop deprimant !

Shinjuku

Nous partons ensuite a la decouverte de Shinjuku. Ce quartier est LE quartier qui correspond a l'image cliche de Tokyo, celle des soirees de Lost in translation : jeunes hysteriques, bruit, fureur, neons clignotants. C'est aussi le quartier chaud de Tokyo, mais chaud a la Japonaise : des tonnes de sex-shops et salons d'hotesses, mais les premiers sont roses bonbons et pas du tout glauques, les seconds font discuter des jeunes filles avec des businessmen ou de vieux messieurs riches. Et c'est tout.

Ce qui a tous les aspects de la vitrine de la prostitution n'est que cette vitrine meme : dans les salons d'hotes et d'hotesses au Japon, les jolies jeunes filles ne font QUE discuter avec les messieurs. Tres etrange. De toute maniere, impossible pour nous, qui ne parlons et ne lisons pas japonais, de comprendre ce qui se trame derriere les vitrines couvertes de photos de jeunes filles souriantes. Nous nous contentons d'errer dans les rues brillamment eclairees de Shinjuku : nous nous perdons et nous rions devant les rangees de Pachinko qu'on apercoit tous les dix metres.

Pour ceux qui se demandent, le pachinko est une espece de flipper-machine a sou incomprehensible, specifique au Japon, et archi-populaire la-bas. Les Japonais se deplacent en masse pour se poser devant une machine, mettre des pieces et regarder des dizaines de billes tomber, sans rien faire. Absurde, et pourtant la plupart des Japonais y depensent des sommes folles. En mille ans d'observation je pense que je ne comprendrai pas les regles de ce jeu.

Nous dinons dans un restaurant a l'image du Japon : un petit cocon au sous-sol, tres chaud, tres intime, ou des cuisiniers souriants cuisinent de succulentes soupes devant vos yeux.


Tokyo tower ?

Lors de mon premier et dernier passage au Japon, j'avais visite avec mon frere la Tokyo Tower, copie orange et un peu moche de la Tour Eiffel. C'etait tres joli quoiqu'un peu cher. Cette fois, Aglae lit attentivement le guide, et decouvre qu'un immeuble gouvernemental propose un acces a une plate-forme d'observation au 80e etage. Et c'est encore ouvert! Nous nous y rendons, trop contents de pouvoir faire nos avares et de profiter de la vue sur Tokyo de nuit.

L'immeuble en question a plus ou moins la forme d'une cathedrale (regardez le lien), car l'architecte etait fou de Notre-Dame... Nous comprenons pourquoi la plate-forme d'observation est gratuite : un restaurant, un piano-bar et des dizaines de boutiques tentent de faire leur beurre sur la bonne humeur des gens (bonne idee, d'ailleurs).

Nous collons nos visages aux vitres : la vue sur Tokyo est vraiment belle. Pas aussi impressionnante que la vue que nous avions pu avoir a Hong-Kong ou Singapour, car Tokyo est une ville horizontale et non verticale. Ce qui est impressionnant c'est le tapis de lumieres, dans toutes les directions, qui montre a quel point la megalopole est partout : on se croirait dans une ville infinie, sur une mer de maisons.

Premiers pas a Tokyo, premier sake sous les cerisiers

28 mars


Charly sera mon guide enthousiaste pendant 10 jours (il est alle au Japon l'hiver dernier avec son frere, et c'est grace a cette experience reussie qu'il est passe de Super casanier a Super Backpacker). 10 jours seulement au lieu des 15 initialement prevus. Le cours Yen/Euro etait en effet en notre defaveur et apres reflexion, nous avons prefere passer moins de temps dans ce pays onereux et en profiter avec un budget correct plutot que de passer 15 jours a se restreindre sur tout. Retrospectivement, c'etait la bonne decision, nous en avons profite a fond!


Charly me guide vers mon premier temple japonais, dans le quartier d'Asakusa ou nous venons de passer la nuit. Une grande animation y regne. Les fideles caressent la tete d'un bouddha dore, brulent de l'encens et se mettent la tete dans la fumee. Le temple n'est pas tres ancien mais plutot joli, il est surtout orne d'une gigantesque lanterne rouge et d'une multitude de lanternes blanches. L'ambiance est a la fois detendue et recueillie. Des petits stands vendent offrandes pour les dieux et nourritures pour les humains (hum... les bananes enrobees de chocolat!).


Il fait tres froid et nous commencons a nous demander si nous sommes bien au printemps et si les cerisiers seront bien en fleurs. Nous n'avons pour l'instant rencontre que de fausses branches de cerisier en plastique!


Nous passons pres d'un immeuble esigne par Stark, completement loufoque: un cube noir avec un espece de spermatozoide dore sur le toit. C'est cense representer un verre de biere (tres tres) stylise.


L'absence de lits disponibles a Tokyo fait que nous ne dormirons jamais deux nuits au meme endroit. Premier transfert de nos gros sacs vers une auberge de jeunesse un peu excentree mais claire et sympathique.


Des fleurs, des fleurs, encore des fleurs!

Nous foncons ensuite en metro vers le parc de Ueno dans lequel se trouvent plein de musees. Je signale au passage que la carte de metro de Tokyo est tellement compliquee et la ville est si vaste qu'on dirait une peinture abstraite coloree. Pour simplifier les choses, toutes les lignes n'appartiennent pas au meme resau et un billet ne marche que sur un reseau. Le casse-tete...


Nous arrivons donc dans ce parc et bondissons immediatement de joie. A droite, a gauche, partout, des cerisiers couverts de fleurs blanches! Nous nous emerveillons avec la foule de Japonais qui a envahi les lieux pour l'occasion. Quelle chance que nous soyons au Japon pile au bon moment (la floraison ne dure que 2 semaines). Pourtant fan de musees, j'ai du mal a accepter d'abandonner le parc pour entrer le Tokyo National Museum.

Le musee abrite de tres belles sculptures, beaucoup de bouddhas, des guirlandes d'or tombant des plafonds d'une finesse incroyable, de la calligraphie, des vases. Beaucoup de choses donc, et nous coupons la visite par une promenade dans le petit jardin du musee, charmant. Tous ces objets me donne un bon apercu de l'art japonais mais Charly est decu car la section peinture est fermee. Il l'avait beaucoup aimee lors de sa premiere visite.


Du sake, du sake et encore du sake!

Nous ressortons au milieu des cerisiers et decidons de nous asseoir avec notre gouter sur une des baches prevues a cet effet, comme les gens qui nous entourent. Nous avons a peine le temps d'avaler deux grains de pop-corn que des jeunes Japonais pique-niquant non loin de nous se precipitent EN COURANT vers nous. Ils ont des canettes a la main. Nous nous joignons a eux, ravis par cet accueil enthousiaste.

Ce goupe de filles et de garcons de 25 a 30 ans, deja un peu emeche en cette fin d'apres-midi, ne connait pas beaucoup de mots en anglais. Nous passerons pourtant avec eux de joyeuses heures.

Les presentations sont rapidement faites. A l'evidence, nos hotes sont ravis d'avoir des touristes sur leur bache qui croule sous des provisions qu'ils s'empressent de partager avec nous. Brochettes froides, chips, boulettes de calamar, autant de specialites plus ou moins japonaises qui enchantent Charles. Certains nous offrent des petits cadeaux: une piece porte-bonheur, un talisman, un bonbon, etc. Nous sommes bien embarasses car c'est une tradition au Japon de s'echanger de tous petits cadeaux et nous n'avons strictement rien sur nous...

Pendant nos discussions en pointilles, des jeunes Japonais avec une guitare viennent chanter pour chaque groupe pique-niquant sous un arbre, un peu comme les enfants americains qui vont de portes en portes avant Noel. Ils ne chantent pas specialement bien, mais participent a l'esprit de fete qui regne dans le parc.

La longue ribambelle de lanternes rouges qui a ete accrochee entre les cerisiers s'allume soudain ; nous ne nous etions meme pas apercus que la nuit etait tombee! La douce lumiere des lanternes eclaire magnifiquement les milliers de fleurs immaculees sur fond de nuit noire. Lever la tete est un enchantement. Sous les lanternes se dessinent aussi les ombres de japonais de plus en plus ivres, riant en faisant de grands gestes ou dormant par terre sous le regard amuse de leurs amis. De temps en temps, une civiere passe, portant un Japonais ivre mort. C'est pour nous tres cocasse, car tous ces Japonais en liesse voire dechaines sont a l'oppose de l'image europeenne du Japonais reserve et mesure.

Le froid se fait pourtant de plus en plus penetrant et ce, malgre les couvertures apportees par nos nouveaux amis. Nous ne resistons pas trop mal grace au sake dont on ne cesse de nous abreuver. Charly renoncera a gouter un soi-disant vin francais dans une bouteille en... plastique. L'odeur est, je cite, "indescriptible". Nous gouterons par contre le shochu, l'alcool fort local, et des etranges sodas aux fruits, petillants et alcolises, dont nos amis sont fans.

La conversation est tres animee, a grand renfort de mimes et d'exclamations, mais une grande partie de ce qui se passe nous echappe. Un des convives s'endort, d'autres rentrent chez eux, un troisieme fait des gestes obscenes en reaction a une blague qui nous echappe. Nous sommes geles. Nous finissons par nous eclipser a regret apres moult remerciements. Charles est assez ivre.


J'ai le temps d'appercevoir en sortant du parc la multitudes de neons colores qui transforme le quartier de Ueno la nuit. Metro... Arrives dans notre petite chambre, nous empilons nos sacs pour pouvoir deplier nos futons et nous nous enmitouflons dans toutes les epaisseurs de couettes (il y en a toujours au moins 2 ou 3 au Japon, ce qui est tres confortable). Charly s'endort sous mes yeux en un clin d'oeil, tout habille.

Le Japon ne pouvait decidement pas mieux commencer!


Ps: ce message a ete tape avec un masque sur la figure (constitue d'une echarpe) non a cause de la grippe porcine, mais a cause de mon voisin chinois qui pue terriblement.