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mercredi 6 mai 2009

De la ponctualite des trains japonais

2 avril



Faire le tour de Tokyo pour aller chercher deux visas mongols au milieu d'un quartier residentiel a la noix, c'est deja penible. Mais le faire alors que vous avez un train qui part en début d'après-midi signifie que vous allez participer à une course en transports en commun. C'est-à-dire que ce sera psychologiquement une torture. Laissant Aglaé à l'hôtel (toujours le blog à rédiger), je m'occupe de ces formalités. Oh la joie de ressortir de l'ambassade de Mongolie avec le tout dernier visa du voyage !

Lorsque je reviens, j'ai beau etre affamé, il faut repartir en 4e vitesse, dans l'autre sens, afin de chopper notre train pour Kyoto. C'est la première expérience de Shinkansen d'Aglaé, elle en est toute excitée d'avance, mais encore faut-il être assurés que nous l'attraperons, ce satané train !

Au fond, un Français n'est jamais totalement stressé lorsqu'il est en retard pour son train : la probabilité que le train parte sacrément en retard est toujours là, tapie derrière l'hypothèse d'une grève éclair, d'un "incident de signalisation", voire de l'affreux "incident de voyageur". Au Japon, ce rêve est une chimère : nous voyageons au pays des trains qui partent à l'heure. Le slogan de JR, la SNCF nippone : vous pouvez régler vos montres sur l'arrivée du train en gare. Et le plus fou, c'est que ce slogan est vrai, le train part à la seconde près.

Aglaé ne croit pas une seconde à mon espoir fou d'attraper le train quand même : "c'est pas grave, on aura le prochain, Charly". Quant à moi j'y crois dur comme fer, avec l'assurance stupide de celui qui ne veut pas avoir tort (encore moins face à une femme ah ah ah). Assurance stupide ou pas, nous courons dans les couloirs de la gare, tournons sur nous-mêmes, guettons les panneaux de signalisation, et parvenons "in extremis" à nous ruer dans ce Shinkansen (TGV japonais) dont les machoires de fer se referment sur nos ombres.

De la psychorigidité des hôtesses japonaises
Nous sommes exténués, en sueur, au bord de la crise d'hypoglycémie, mais nous sommes dans notre foutu train. Cerise sur le gateau : j'avais raison et Aglaé avait tort. Les Shinkansen sont une merveille : magnifiques à l'extérieur, luxueux à l'intérieur, rapides comme des flèches, ponctuels et surtout très fréquents (sur la ligne principale, un départ toutes les 5 minutes en moyenne, à comparer avec l'unique départ par heure du TGV Paris-Lyon, dont nous sommes si fiers).

Bombant le torse, je propose d'aller lui chercher à manger. Le train roule déjà dans l'infinie banlieue de Tokyo, mais je ne trouve d'abord pas l'hôtesse qui, habituellement dans les trains japonais, pousse un énorme caddie rempli de victuailles salées ou chocolatées.

Je reviens, et m'aperçois qu'Aglaé, à mon image, est au bord de s'évanouir de faim. Je repart dans une quête de l'hôtesse, la trouve arrivant dans le wagon d'à côté. Je m'approche d'elle, souriant, sort mon porte-monnaie. Non. Pas possible. Il faut attendre que je vienne à votre niveau, dans votre wagon, devant votre siège. Refus de vente : nous découvrons un des traits les plus compliqués du caractères japonais. Le manque de souplesse. Si les Japonais dans leurs relations sociales sont prêts à tout quitter pour aider l'autre, dès qu'ils travaillent ils trouvent un goût de la chose bien faite qui les fait se fermer à toute alternative. On a donc un service parfait, mais qui sera toujours celui prévu.

Nous finirons par pouvoir lui acheter les denrées nécessaires à notre survie, mais après être passé au bord de la famine, à quelques mètres de son chariot...

Pour ceux qui n'en ont jamais entendu parler, il y a d'ailleurs quelque chose de très drôle dans les trains japonais, qu'on ne remarque pas forcément si on n'y fait pas attention. Quand un membre de la compagnie (contrôleur, femme au chariot, conducteur) traverse le wagon et atteint le vasistas qui le mènera au wagon suivant, il se bloque, se retourne, et fait une longue courbette aux honorables passagers. Qu'importe le nombre de passagers, et surtout qu'importe qu'ils le regardent ou pas (personne n'y fait attention de manière générale). Une Française rencontrée plus tard dans le voyage nous racontait qu'une fois elle était seule dans un wagon, que le contrôleur avait fait sa courbette habituelle, qu'elle avait hurlé de rire : le type s'était aussi mis à rire.

Complètement Fouji
Il parait que certains Japonais font le trajet Tokyo-Kyoto des centaines de fois, et qu'ils ne voient jamais le Mont Fuji, qui est pourtant théoriquement très visible depuis la ligne de Shinkansen. La faute à la brume et aux nuages, qui coiffent souvent l'honorée montagne si chère aux coeurs nippons.

Et nous, pour notre premier trajet, que ne voyons-nous pas l'incroyable Mont Fuji, seul et majestueux, trônant au milieu de sa morne plaine, promenant son chapeau de neiges éternelles avec fierté et orgueil ! Oh la chance, oh la joie. Les photos suivront, ne vous inquiétez pas.

Et quand à notre arrivée à Kyoto, ce sera pour le message suivant.

Tokyo-Nikko : ambassade paumee, planning rate, temps perdu !

30 mars

Avant de partir de Tokyo, il nous fallait passer par l'ambassade de Mongolie, afin d'obtenir notre tout dernier visa du voyage. Une chance, l'ambassade etait toute proche de notre love-hotel.

Tout le quartier des love-hotels, une fois le jour leve, donne l'impression de subir une grande gueule de bois. Les facades sont tristes, un peu grises. Malheureux.

Quand je dis "toute proche", a propos de l'ambassade, je veux dire qu'elle etait proche a vol d'oiseau. A vol d'un oiseau qui sait ou aller, de surcroit. Le probleme est que trouver une adresse au Japon, hors des tres grandes avenues, releve de la quete d'une vie. Le pays inventeur du go a trouve un jeu encore plus complique en refusant de donner des noms a ses rues.

Manque d'adresse evident
En fait, une adresse japonaise se presentera de la facon suivante : 3-5-7, Kamiya, Shibuya-ku, Tokyo, par exemple. L'endroit que vous cherchez se trouve donc dans le grand district de Shibuya de Tokyo. Il faut chercher le sous-district de Kamiya, lui-meme divise en plusieurs sous-sous-districts, portant chacun des numeros : il faudra donc chercher Kamiya-3, puis le bloc de maisons numero 5, puis faire le tour du bloc jusqu'a trouver la maison portant le numero 7. Tout ca est encore complique par le fait que dans de nombreux quartiers, les numeros de blocs et de maisons ne se suivent pas dans le sens des aiguilles d'une montre, mais par ordre de construction. Et les numeros des blocs et des maisons n'apparaissent pas tout le temps sur les facades...

Meme avec une carte ultra-precise, ce que personne ne possede, trouver une adresse est donc un cauchemar. Les policiers, postiers et tenanciers de magasins sont donc specialement formes pour guider les gens, car bien evidemment meme les Japonais sont completement perdus des qu'ils sortent de leur pate de maison. Etrange complication dans une societe ou tout est toujours fait au plus simple...

Dans notre cas, il nous a donc fallu demander a un caissier de 7-Eleven (equivalent du 5 a 7). Le type, tres sympa, sort un immense livre rapiece, ou chaque page est une carte (en miettes) de bouts du district.

Grace a lui, nous trouvons l'ambassade, nichee au milieu d'un quartier residentiel calme. Les quartiers residentiels calmes, faits de milliers de maisons a 2 etages, composent environ 80 pour 100 de la surface totale de chaque ville japonaise, Tokyo y compris. On se retrouve dans des rues vides, avec pas vraiment de trottoirs mais pas vraiment de circulation non plus, des arbres partout. Fait surface l'impression d'etre en lointaine banlieue, et ce en plein coeur de la plus grande ville du monde. Quelques rares magasins, des restaurants mysterieux aux portes closes, et puis vous prenez une ruelle, et d'un coup vous vous retrouvez dans une avenue gigantesque, avec du bruit, des grands centres commerciaux, etc... Le Japon, ou l'art du contraste dans le contraste dans le contraste.

La Mongolie, un pays hyper organise
Lors de nos recherches, nous avions ete assez surpris de voir que la Mongolie etait un pays completement minable dans ses relations avec les pays etrangers : ambassades rares, souvent en train de fermer ou deja fermees, jamais un site internet, aucun numero pour appeler, etc. Nous avions meme passe une bonne minute a rire devant l'adresse mail de l'ambassade mongole en Chine, hebergee chez Hotmail.

La surprise est donc minime lorsque nous trouvons ladite ambassade a Tokyo, nichee au milieu de petites maisons, un petit truc tout calme. Le monsieur a qui nous donnons nos papiers ne semble pas voir passer grand-monde et ne parle ni anglais, ni japonais, ni rien. Il s'adresse a nous dans quelque chose qui ressemble a du russe, ou du mongol - on ne sait. Une impression generale tres serieuse, donc.

Attends on est quel jour cherie ?
Apres cette formalite bien etrange, depart pour Nikko, petite ville nichee dans la montagne et qui compte parmi les plus beaux temples du Japon. Pendant le trajet en train nous realisons que nous qui croyions etre tres organises avons completement confondu les dates de notre sejour. Cela fait que nous arrivons a Nikko un jour trop tot, et que notre auberge n'est reservee que pour le lendemain soir. Catastrophe !

La ville de Nikko est tellement paumee qu'elle ne s'embarrasse pas de la mode occidentale, mais prefere plutot vivre a la japonaise : lorsque nous descendons du train, il a beau etre 19h30, tout est ferme. On se croirait a 4 heures du matin tant la ville semble assoupie. En y ajoutantune nuit noire et un froid particulierement mordant, nous sommes un peu terrorises a la perspective de dormir dehors a cause d'un melange de pinceaux. Par miracle, l'auberge a laquelle nous telephonons des notre arrivee conserve encore des lits disponibles.

Longue attente dans le froid pour attraper un bus en direction de notre pension (il y en a un toutes les heures). Une fois arrives, nous decouvrons le syndrome du Japonais surpris : la tenanciere assez agee est tres froide envers nous. Elle nous fait sentir qu'elle n'aime pas etre prevenue au dernier moment, et nous nous demandons ce que ca aurait ete si nous n'avions pas appele.

Tres rapidement cependant, a force de sourires, la glace se brise, et lorsque nous arriverons au petit-dejeuner tout decoiffes, le lendemain matin, notre degaine la fera tellement rire qu'elle deviendra d'un coup adorable a notre egard.

Quant a l'auberge, elle est typique a mort : les lits sont caches dans des alcoves de bois, on s'enfonce dans des tunnels creuses sous des metres de couettes, un grand bain a la japonaise nous attend. Nous discutons un moment avec un Espagnol flegmatique, allons manger dans le seul restaurant encore ouvert de la ville (il est 20h30, tous ferment a 20h), et rentrons nous blottir sous les couettes.

Dans tout long voyage il y a des journees un peu perdues...

mardi 28 avril 2009

Escalators, bebes et poulet a la creme

23 - 26 mars

Il ne nous est en effet rien arrive de fou a Hong-Kong. Nous etions loges chez des enfants d'amis de la maman d'Aglae, un couple de la trentaine, LM et PM. Ils avaient deux enfants en bas-age, Max la Menace (3 ans, la vitalite d'une tornade) et Louise (une poignee de mois, un regard a vous faire renoncer a une vasectomie), et s'en occuper relevait pour eux du grand defi - et ce malgre l'adjonction des forces de la nounou philippine, dont le nom philippin m'echappe a l'instant.

Au-dela de Hong-Kong meme, ville beaucoup plus propre et mesuree que les villes chinoises, aux habitants plus polis et souriants que la Chine, cette famille nous a fait litteralement changer de monde. C'est bien simple, pendant 5 jours nous avions un peu l'impression d'etre extraits de l'Asie, d'etre plus ou moins dans le grand Chinatown d'une ville francaise. En effet, PM, le pere de la famille, n'apprecie guere la nourriture chinoise, et n'aime rien moins que la cuisine francaise et le vin francais.

Avec L ils ont decide de nous redonner le gout du pays, et nous concoctent soir apres soir, matin apres matin (ah des croissants et du pain), les specialites dont nous avions oublie jusqu'au nom : poulet aux morilles, ratatouille, gateau au chocolat... Autant de choses qui a vous, lecteur, vous paraitront peut-etre classiques, mais qui a nos papilles gonflees de sauce soja apparaissaient comme la Danse des 7 Voiles de la fourchette et du couteau. Et d'ailleurs, depuis quand n'avions-nous pas tenu une fourchette et un couteau ?

Passons sur ces details gastronomiques, j'en pleurerais presque. Plus pratiquement, nos hotes habitaient en haut d'une colline de l'ile meme de HK, les Mid-Levels, desservie par les Mid-Levels Escalators, qui sont le plus long escalator du monde, escalator qui a transforme un quartier un peu difficile d'acces en lieu hype (rebaptise Soho, signe de hypitude). En realite, nous fumes un peu decus a la premiere montee, car les Mid-Levels Escalators ne sont pas 1 mais une douzaine de troncons : a chaque fois qu'on croise une rue, il faut marcher a nouveau jusqu'au prochain escalator. Ce n'est que bout a bout qu'on se rend compte que ca fait de longues minutes qu'on est sur le meme escalator !

Faineants ?

Je vous vois venir avec vos accusations acerbes comme une grippe porcine. Vous etiez a HK et vous n'avez pas fait grand-chose ? Eh bien en fait si, mais il ne s'agissait point de decouverte de la ville. A peine apres avoir passe la frontiere, nous nous tapions deja 4 changements de metro pour aller pointer a l'ambassade de Chine, afin d'avoir un second visa chinois (puisque nous comptions retourner en Chine apres notre sejour au Japon).

Puis ce fut le tour du visa russe (Aglae avait vu sur internet qu'il etait devenu impossible de l'obtenir en Chine ou au Japon, c'etait donc le dernier recours), precede de l'obtention par internet d'une invitation plus ou moins frauduleuse (payante bien evidemment, mais tout le monde fait ca), necessaire pour obtenir le visa. Ensuite, il fallut s'assurer d'un moyen de rejoindre ledit Japon : tous les billets d'avion sur internet depassaient les 500 euros (pour un aller pas tres loin... absurdite), car il n'existe pas de low-cost qui relie le Japon. Nous degotons une agence de voyage, situee au quarantieme etage d'un immeuble de bureaux (c'est toujours comme ca a Hong-Kong, il faut aller chercher les magasins a des endroits incroyables), qui nous obtient un aller-retour pour 250 euros (une offre possible avec un retour 3 jours apres)... Nous n'utiliserons jamais le retour bien entendu, on remercie au passage le sens de la logique commerciale des compagnies aeriennes.

Mais la paperasse n'etait pas finie ! Il fallut aussi acheter le JR Pass, sorte d'EuroRail du Japon, offre incroyable qui permet l'utilisation illimitee des trains et TGV au Japon (ou ca vaut tres tres tres tres cher), qui ne peut s'acheter que dans un pays tiers. Autre agence de voyage, donc.

Par ailleurs il fallait aussi s'assurer de la partie "mais comment quitter le Japon pas cher ?". Nous nous etions decide depuis le debut pour un ferry de Osaka jusqu'a Shanghai, notre premiere destination chinoise. Sauf que la veille de notre depart pour Tokyo, Aglae, en trainant sur le site de la compagnie de ferry, remarque une anomalie : le bateau opere une fois par semaine, toute l'annee, sauf une semaine, ou il est en reparations. Et devinez la seule semaine de l'annee ou il restait a quai?

LA NOTRE !

C'est donc la course, recherches effrenees sur internet, etc, jusqu'a trouver l'existence d'une obscure compagnie reliant l'obscur port japonais de Shimonoseki a la grande ville portuaire chinoise de Qingdao (mais si, la biere Tsingtao, vous connaissez, non ?). Site internet en japonais ou en chinois. Nous reussissons a comprendre les prix et a trouver l'adresse e-mail, ou un type semble comprendre l'anglais et nous confirme la reservation.

Enfin, last but not least, deux jours avant le depart, nous commencons a nous interroger : ne serait-ce pas une bonne idee de commencer a reserver des hotels au Japon ? Cette interrogation commence a poindre alors que des souvenirs d'hotels pleins, lors de mon premier voyage au Pays du Soleil Levant, me reviennent en memoire. Et la, comme nous le precise L, qui a habite au Japon, nous serons en plein Sakura, qui n'est pas une periode de vacances, mais presque. En effet, Sakura, c'est la floraison des fleurs de cerisiers. Pour les Japonais, c'est une institution. Cela veut dire que tous les week-ends, on va visiter des villes et faire des pique-nique sous des cerisiers. Or les Japonais reservent toujours bien en avance leurs voyage.

Comme nous nous en rendons vite compte en appelant les premiers hotels et en consultant les sites de reservation, TOUT est plein a Tokyo et Kyoto lors des week-ends. Nous passerons ainsi la derniere journee a HK a ne rien faire d'autre que passer des coups de fil, envoyer des mails, etc. In fine, nous aurons avant notre depart pour le Japon TOUT reserve, sauf 2 nuits particulieres que nous vous raconterons, ce qui releve un peu de l'exploit dans la plupart des cas.

Pendant ce temps, Hong-Kong nous attendait, et ne nous voyait pas venir...

Mais HK alors ?

N'exagerons rien, nous avons quand meme visite HK les premiers jours, et entre les demarches administratives les jours suivants. Hong-Kong nous apparait comme le compromis ideal entre Singapour et les villes chinoises : propre mais animee, policee mais vivante, moderne mais jolie. Impossible de se croire ailleurs qu'a HK : levez les yeux, les montagnes sont partout, et semblent a tout moment vouloir encercler, rattraper cette ville compacte.

Car a Hong-Kong, comme nous disaient hier deux Indiens qui y ont vecu, comme il manque de la place, on a prefere l'expansion par le haut. Partout, c'est donc une foret impenetrable de gigantesques barres d'immeubles. Chacun a ete peint en couleurs au moment de sa construction, couleurs qui, l'humidite incroyable de HK aidant, sont toujours un peu passees. D'ou une myriade de gratte-ciels pastels, un peu roses, un peu mauves. Ne rigolez pas, l'effet est saisissant, d'autant qu'ils ont tous cet air decrepit qui donne l'impression qu'on visite une ville moderne ancienne. Ou quelque chose comme ca.

Un air de brume

Element constitutif de HK, inseparables diront certains : le temps pourri. A part le premier jour ou il faisait environ 1500 degres, au point qu'on croyait avancer dans la vapeur, il a fait un temps pourri tous les jours. Pluie, bruine, brume, autant de variations plus ou moins froides de la couleur grise. Pour autant, Hong-Kong est une ville a qui le gris va bien. Sans blague, la brume s'accroche sans probleme a ses rues, ses immeubles un peu deglingues, ses grands centres d'affaires, comme l'armee des fantomes du royaume de l'argent.

En parlant de deglingue, une visite fut particulierement instructive, bien que rarement a mon avis dans les circuits organises : ce fut celle de la Chungking Mansion, mythique immeuble de logements bon marches. En fait, c'est une enorme barre, absolument pourrie, grise, sale, au milieu de la rue la plus commercante et animee de Hong Kong. L'entree principale est fourmillante d'Indiens : rapidement on se retrouve en Inde, au milieu d'un fourbi d'etals. Tous proposent pele-mele samosas, naans, jeans de contrefacon, appareils electronique pas chers (qui j'imagine ne doivent pas tenir longtemps). Une armee d'Indiens a l'air un peu louche nous proposent des guest-houses ou des habits sur mesure. A noter d'ailleurs que dans HK vous ne pouvez pas faire un metre sans qu'on vous propose des habits sur mesure.

Mais l'interet du truc c'est surtout de monter dans les etages. De glauques ascenseurs vous deposent dans des etages sombres ou, au-dessus de portes fermees a triple tour, cadenassees d'autant de chaines que Fort Knox, vous trouvez des petits panneaux tels que : Happy Guest House ou Disney Guest House, parfois doubles de panneaux disant : Allah est grand. En tout, il doit y avoir une quarantaine de guest-houses. C'est drole a force d'etre sinistre.

Deux semaines plus tard, j'ai croise dans une auberge de jeunesse a Shanghai un jeune Anglais. Il avait sejourne dans une des pensions de la Chungking Mansion, et n'avait pas tenu plus d'une nuit. Il m'a raconte son experience :

- En fait, il ne faut pas croire que ce sont des pensions pour les voyageurs, les backpackers a petit budget. Non, ce sont des endroits ou les travailleurs immigres, la plupart du temps illegaux, viennent pour dormir. Le soir, je me suis donc retrouve face a une dizaine d'Africains et d'Indiens qui me regardaient en silence, fixement, avec des yeux ronds. Je suis parti loger ailleurs, a la Mirador Mansions, dans le meme genre, qui etait legerement moins glauque.

Et pourtant, Mirador Mansion, rien que le nom...

Du haut de la banque

Hong Kong ne consiste pas uniquement en cet aspect un peu sale et decrepi, qui a mon avis ne tardera pas a disparaitre. La ville la plus riche de Chine peut aussi se targuer de certains des plus hauts, des plus elegants et des plus classieux des gratte-ciels. Passer de Kowloon (peninsule sur le continent chinois, partie du territoire de HK) a l'ile de Hong-Kong en Star Ferry fait partie des experiences les plus fortes de notre sejour sur place. Ce ferry, qui ne coute quasiment rien, offre une vue panoramique et stupefiante sur la mer de gratte-ciels qui vous entoure.

Autre super plan, celui donne par notre ami Nicolas, qui avait etudie un an a HK : l'immeuble de la Bank of China propose de monter gratuitement au 43e etage. Observation gratos, donc, en plein milieu du CBD, le quartier des affaires archi-moderne de HK. Vue splendide, evidemment.

Troisieme poste d'observation, cette fois-ci a mourir de rire : tous les soirs, 365 jours par an, la ville de Hong Kong se prete a un spectacle son et lumiere delirant. Ca s'appelle Symphony of Lights, et ca consiste a eclairer en rythme une vingtaine de gratte-ciels de Hong Kong. Lumieres roses, bleues, neons appuyant les contours des immeubles... Le tout sur une musique generalement ridicule, mais tres entrainante.

C'est difficile a narrer, mais il faut savoir que nous riions en permanence, mais pas un rire de moquerie. Plutot un rire naif, un rire d'enfant : apres tout est-ce vraiment une honte de reutiliser comme ca les immeubles, de faire que le spectacle s'accapare la ville ? On pense aux illuminations des fetes de la Lumiere a Lyon, au 14 juillet, mais jamais je n'ai vu une telle demesure (pensez bien, tous les gratteciels du front de mer), et surtout tous les jours. Dingue.

Il y avait bien evidemment un monde fou sur cette promenade, des milliers de gens qui tous prenaient des photos avec flash d'immeubles situes a deux kilometres. Il faut surtout voir et entendre le debut, ou une voix surexcitee annonce les participants au jeu : "et maintenant, l'immeuble HSBC ! L'immeuble de Citibank !" et immediatement l'immeuble en question qui redouble d'effets lumineux, comme un chien bien dresse.

Victoria what ?

Par modestie, il faut aussi narrer notre derniere tentative pour voir la ville de nuit (la ou elle est la plus belle, evidemment). L et P nous tannaient pour que nous allions voir le Peak, qui n'etait certes pas loin de chez eux (ils habitaient sur le flanc du Peak). Une plate-forme d'observation y est notamment installee pour admirer la ville se deroulant a ses pieds. Sur le papier ca avait l'air genial, et recommande par tous.

Le dernier soir, apres diner, apres cette journee infernale a chercher des hotels au Japon, nous nous decidons a y faire un tour. Apres tout, le funiculaire ferme assez tard, nous avons bien une heure devant nous. Nous sautons dans un taxi, et lui annoncons "Victoria Peak". Il comprend "Victoria Park", ou quelque chose comme ca, et apres un bon moment dans la mauvaise direction, je lui fait part de mes inquietudes. Il ira jusqu'a appeler un ami parlant mieux anglais que lui pour comprendre notre destination. Vraiment sympa.

Mais au fur et a mesure que nous montons reellement vers Victoria Peak, un doute terrible nous etreint : oui il a fait moche toute la journee ; c'est vrai que maintenant qu'on y pense, il y avait l'air d'avoir de sacres gros paquets de brumes en haut des plus grands gratte-ciels les derniers jours ; mon Dieu serait-ce de la brume autour du taxi?

Nous arrivons en haut du Peak, et c'est l'echec absolu. Nous deambulons d'abord dans un centre commercial abandonne (tous les magasins sont fermes), avant de trouver - peut-etre- une plate-forme de vague observation. Un mur de brume blanc et froid glisse imperturbablement devant nous. Je suis meme oblige de sortir ma boussolle pour savoir dans quelle direction est la fameuse ville etincelante. Des qu'Aglae s'eloigne de moi de plus de 10m, elle devient une ombre dans la brume, comme dans le film Les Autres. La descente en funiculaire sera encore plus decevante. Honte.

Bilan Hong-Kongais

Nous partirons donc de Hong-Kong un peu sur notre faim : nous avons decouvert une ville magnifique, qui nous plaisait beaucoup ; par contre nous en avons peu profite, a cause de nos demarches d'organisation, et aussi a cause du temps. Mille promenades et escapades vers les iles autour de HK sont possibles quand il fait beau : nous n'en avons fait aucune.

Mais lorsque nous partons du continent chinois, nous savons que nous voulons revenir explorer cette cite, a une saison un peu plus propice (et avec plus d'argent car... Hong Kong est une ville un peu ruineuse). Et surtout, nous partons de Chine avec quelques precieux atouts pour la suite de notre voyage : nous aurons l'esprit libre pour les 10 jours a passer au Japon (et 10 jours c'est peu), nous avons enfin notre visa russe, tant redoute, et notre second visa chinois, sans lequel nous aurions ete oblige de dire adieu a Shanghai, la Cite Interdite de Pekin, les Guerriers en terre cuite de Xi'an et la Grande Muraille.

C'eut ete dommage, non ?

mardi 24 mars 2009

Reconstruction la suite

5-6 mars

Hanoi est une ville étonnante. Impossible de ne pas sentir la ressemblance avec une ville européenne : l'atmosphère froide, gris du ciel et poisse des rues mouillées évoque Paris ; les couleurs des bâtiments coloniaux, jaunes et oranges, entourés de petites cours carréees, et qu'on découvre au hasard d'un détour ; les grandes avenues autour des petites rues qui évoquent Haussman ; les regards mornes, un peu figés, les pulls, les habits noirs et gris ; les artisans courbés en deux sur leurs établis, en silence.

Et pourtant, pourtant, derrière toutes les couches européennes, qui tenaient aussi à l'atmosphère hivernale dans laquelle nous nous trouvions, il y a quelque chose d'indestructiblement asiatique dans Hanoi. Petites boutiques entassées les unes sur les autres, cris des marchands, engueulades permanentes, pullulement des motos et surtout l'infinie variété de bouis-bouis sales, offrant dès l'entrée leur mini-cuisine fumante - brioches chinoises à la vapeur, soupes de nouilles prises à même la rue sur des chaises d'enfants, bun bo et bun nem (nouilles aux boeuf ou aux nems).

Enfin, quelque chose typiquement Vietnam du Nord émaillera sans arrêt notre visite : longues hésitations lorsqu'on demande les prix (non, 3 euros le café pris dans un bouge infâme, même à Paris c'est beaucoup), regards un peu méprisants : rien ne semble vraiment sauver les gens d'Hanoi par rapport aux Vietnamiens des autres villes que nous avons visités.

Parmi la liste des choses un peu absurdes du voyage, nous craquons pour une représentation de théâtre de marionnettes sur l'eau. Spécialité vietnamienne, il s'agit de marionnettes qui gesticulent à la surface d'un grand bassin. Elles sont animées par des gens qui, derrière des rideaux, les manient à l'aide de gros batons qui passent sous l'eau. Prouesse technique, résultant vraiment impressionnant. Quant au spectacle lui-même, il s'agit d'une suite de tableaux un peu naïfs, un peu champêtres (l'art des marionnettes sur l'eau a été initié par des paysans plongés dans des rizières), parfois drôles, parfois mignons, parfois soporifiques.

Enfin, nous visitons le Palais Présidentiel, gros bâtiment colonial plutôt charmant qui abritait les sommités du gouvernement colonial vietnamien, et la Pagode du Pilier Unique, reconstruite après la guerre du Vietnam, atroce petite pagode en béton, toute repeinte à neuf, entourée d'une horde de groupes organisée. Pour l'authencité et le cachet ancien, on préfèrera le Temple de la Littérature, * quasi-havre de paix au milieu du rugissement des motos de Hanoi (on les entends encore), très fin, aux proportions harmonieuses, qui semble comme un secret glissé dans les interstices d'un gros cri bruyant.

Stabilité enfin
Heureusement, nous nous sommes trouvés un QG pendant les 5 jours passés à Hanoi. Ou plutôt 2. Le premier est un adorable petit café-boulangerie, aux prix fixes et affichés - les mêmes pour les Viets et les Européens. On y prendra nos petits-déjeuners (petits cafés noirs, beignets aux graines de sésame), nos déjeuners (sublimes nouilles aux boeufs, dans une sauce bien huileuse, plus aventureux beignets aux oeufs de caille), et à peu près tous nos desserts. Les vendeuses sont drôles et sympathiques, et égrènent quelques rares mots anglais, qui font écho à mes progrès misérables en vietnamien.

Je n'oublierai jamais de mon existence le goût doux et épais de ce dessert si spécial, dont le nom vietnamien m'échappe : la vendeuse, celle avec ce sourire si doux, prend une espèce de nem de banane, le fait griller, le coupe en plusieurs morceaux, qu'elle jette dans un verre. Elle recouvre le tout d'une grande louche d'un sirop de coco chaud, dans lequel nagent des petits grains de tapioca et de gros morceaux de coco mous. Une caresse pour le palais, un défi pour l'estomac.

Deuxième QG, autre ambiance : le petit cybercafé à côté de notre hôtel. Ce cyber, dont j'avais brièvement parlé dans un message sur Phuket, est peut-être le cybercafé le plus délirant de tous ceux que nous avons fréquenté. Et nous en avons fréquenté, ce blog en est la preuve : il est d'ailleurs vrai que les épisodes de lessive à la main et les passages dans les cybercafés constituent les seuls véritables éléments de quotidien de notre voyage : alors que tout change sans cesse autour de nous, laver nos affaires sales et donner de nos nouvelles ici constitueront toujours les repères stables et rassurants.

Ce cybercafé, qui nous permettra de rattraper sensiblement le retard de notre blog (nous irons souvent, et longtemps, n'ayant pas non plus grand-chose à faire à Hanoi), est hanté par une horde hétéroclite de jeunes fous. Certains sont encore des enfants, d'autres sont quasiment des adultes - tous fument clopes sur clopes, et la plupart se fendent de coiffures ahurissantes et de teintures étonnantes (non, les Asiatiques n'ont pas les cheveux rouges naturellement). Leur point commun est de se retrouver dans ce cyber, pour passer de longues heures à jouer - jouer, mais aussi hurler, gesticuler, pleurer.

Pendant que leurs avatars informatiques s'entretuent à coups de couteaux et de mitraillettes sur les écrans, eux passent par des états de surexcitation qui font passer l'Angry German Kid de Youtube pour un enfant de choeur sous Xanax. Parfois, des êtres plus doux nous étonnent en jouant à des jeux de danse, mais en y mettant la même frénésie guerrière que s'il s'agissait de gagner une guerre. Notre souvenir le plus marquant sera celui du Vietnamien assez fou pour jeter avec fracas sa souris qui ne fonctionnait pas. Pendant ce temps, nos tympas souffrent en silence.

Plus étonnant que tout, la gérante de ce cybercafé est une gameuse encore plus hardcore que ses clients. C'est bien simple, elle semble plus gérer le cyber entre ses parties que jouer aux jeux en réseau entre ses moments de travail. Quand on rentre dans le cyber, il faut donc d'abord la trouver (nombre d'autres touristes étrangers nous ont demandé à qui s'adresser pour obtenir un poste), puis la distraire de son jeu, ce qui peut être TRES long. Invariablement, elle se retourne excédée, et nous envoie vers un poste libre, dégoûtée de devoir mettre sur pause pendant de longues secondes. Complètement autiste, cette gérante ne semble parler ni anglais, ni viet, ni rien. Elle communique par gestes énervés.

Un fonctionnaire bien sympathique
Peu avant de partir, mon ami NC m'avait indiqué que son parrain, PB, avait un poste de haut-fonctionnaire à Hanoi, et qu'il s'y embêtait à poings fermés. "Contacte-le, il se fera un plaisir de vous rencontrer là-bas, il est trop cool, ce mec". Ledit mec cool nous avait, deux jours avant notre départ, envoyé un mail d'une gentillesse exquise détaillant, avec détails et moults bons plans, une bonne partie des pays d'Asie du Sud-Est que nous allions traverser. Au-delà même de détails pratiques, PB nous avait confirmé dans l'idée que ce voyage allait être exceptionnel, et nous avait donné envie d'arriver encore plus vite au Laos, en Thailande et à Singapour.

Nous avions donc convenu, avec PB, de nous retrouver lors de notre passage à Hanoi. Etant donné nos déconvenues avec les visas chinois, je lui avais le jour de notre arrivée envoyé un mail assez désespéré, lui demandant s'il avait des informations. Il n'en avait pas vraiment, mais nous en avions profité pour nous retrouver le vendredi soir. Ce responsable de la Francophonie en Asie du Sud-Est, titre un peu ronflant et qui avait l'air de le passionner moyennement, nous donne donc rendez-vous au restaurant du Metropole de Hanoi, pour y boire un verre.

Autant dire que nous arrivons un peu honteux : le Metropole est peut-être l'endroit le plus colonialo-sublime de la ville, et à côté le Raffles de Singapour a l'air d'un McDonalds de Courbevoie ; quant à nous, nous sommes toujours habillés de nos éternelles guenilles, pantalons kakis à fermetures éclairs, pulls troués et T-shirts à la propreté douteuse. PB nous accueille en costume-cravate, nonchalant : son humour, la délicatesse et l'aisance de ses manières nous font rapidement oublier notre statut de gueux au milieu de l'élégance.

Le restaurant est une myriade de bougies, de lumières tamisées, de vieux ventilos coloniaux, de plantes pleines de style. Un piano rôde et projette sa stature classieuse, même si personne n'y joue. Les serveuses déambulent armées de longs gants noirs, ambiance Shanghai des années 30 - toute cette classe semble cracher sur nos vêtements poisseux.

PB est le condensé parfait du haut-fonctionnaire. Il est grandiose, d'une intelligence brillante, réparties ciselées, remarques passionnantes, culture aussi étendue que le territoire russe, il est drôle et nonchalant ; mais il est aussi blasé, ennuyé, peu passionné par les Vietnamiens au milieu desquels il vit, encore moins par son travail, un peu méprisant aussi parfois envers les Hanoiens (il faut l'admettre). Enfin il a la classe, et peut se permettre tous les travers qui vont avec.

Foin de descriptions : passer une soirée à discuter avec cet homme de goût nous plonge à nouveau dans une vie intellectuelle qui nous manquait. A part les discussions linguistiques avec Silvia au Laos, et les grandes échappées lyrico-culturelles d'Amar à Vizak en Inde, le niveau intellectuel des rencontres que nous avions pu faire était plutôt bas. Nous sommes donc ravis de cette soirée.

Last but not least
Enfin, il faut bien des bonnes nouvelles. Vendredi après-midi, la veille de notre départ prévu pour la Baie d'Along, nous croisons deux babas dans le hall de notre hôtel. Nous les entendons parler avec le sosie de Faye Wong (la gérante de l'hôtel) :
- Oh thank you so much ! But, you're a magician !

Ce concert de louanges me fait tourner la tête : tous deux tiennent et feuillettent deux passeports, et le sourire à leur visage me rappelle en négatif le désespoir sur le nôtre après l'ambassade de Chine : et s'ils étaient en train de récupérer leur visa chinois ?
Aglaé les poursuit alors qu'ils sortent dans la rue, et leur demande pourquoi ils étaient aussi heureux. Confirmation : ils sont passés par l'hôtel pour avoir leur visa chinois, refusé à l'Ambassade, et... ils l'ont eu !! Nous refusons de crier victoire, car on ne sait jamais, chaque cas est unique, mais nous reprenons enfin sacrément confiance !!!

jeudi 19 mars 2009

Reconstruction (Hanoi)

Pour ceux qui a tout hasard s'etonneraient du relatif silence de ces derniers jours, surprenant par rapport a l'abondance de messages de ces derniers temps, la raison est simple : a Hanoi, nous avons eu beaucoup de temps sur internet pour rattraper le blog, mais depuis notre arrivee en Chine nous enchainons les transports et les visites, sans un moment pour se connecter. J'ose esperer que la situation va s'ameliorer, au plus grand bonheur des milliers de fans qui nous lisent chaque jour.



4 mars - Suite de l'episode precedent
Pleurs, bien entendu. Rage, on s'en douterait. Impuissance, certainement. Deux semaines plus tard, je revois encore avec acuite ce moment ou, au milieu de ce petit parc qui jouxte l'ambassade, je tente vainement de calmer Aglae, n'etant pas moi-meme beaucoup plus zen.


Il s'agit de reflechir, d'etudier toutes les options. Facile a dire. Une chose a la fois, comme je dis toujours : nous rentrons d'abord vers l'hotel ou nous avons pose nos bagages. En entrant, ce n'est plus le vieillard endormi entrapercu a l'aube qui nous accueille, mais une charmante jeune femme. Pour les amateur des films Chungking Express ou 2046 de WKW, c'est sans doute possible le sosie de Faye Wong : cheveux courts, style vestimentaire original et tres juste. Ele est tres souriante et parle un bon anglais sans beaucoup d'accent.


En apercevant la tete d'Aglae, elle sent que quelque chose ne va pas. Elle nous propose une chambre disponible, une chambre pour 3 personnes, avec un petit rabais, plutot que d'attendre encore une heure qu'une chambre se libere. Le coeur lourd, je lui explique brievement le pourquoi du comment de notre etat.


- Oh it's not a problem, we can have the visa for you. Tell your friend that she doesn't have to worry at all. Tell her, don't worry. We will have the visa, sure.


Je suis un peu surpris : pourquoi eux m'obtiendraient un visa interdit par les autorites chinoises au Vietnam ? Je remets la question a plus tard, et accepte la chambre d'abord. Nous nous dechargeons de nos sacs, nous asseyons un moment, et commencons a reflechir a nos plans :


- verifier les derniers echos sur les forums de routards sur internet (ca ne donnera rien de nouveau : en decembre dernier on pouvait obtenir un visa a Hanoi)

- donner sa chance a notre pension-agence de voyage, mais d'abord verifier si les autres "agences de voyage" plus connues nous disent pouvoir faire ca elles aussi

- envisager tous les plans B possibles : aller a Hong-Kong demander un visa, retourner a Singapour demander un visa,

- envisager les plans C, D, E, etc : si pas de visa a HK, aller a Taiwan pour voir la Chine, ou directement au Japon, et sinon, aller prendre le Transsiberien non plus a Pekin mais a Vladivostok, en prenant un bateau ; si pas de visa a Singapour, visiter la Malaisie, l'Indonesie, aller voir mon frere en Australie, que sais-je ?



Bref, mille options possibles, transcrites le soir-meme sur une feuille de brouillon incomprehensible au commun des mortels. Rapidement, nous nous rendons compte que nous sommes toujours aussi perdus, mais que nous avons mille directions. Toutes, bien entendu, nous couteront beaucoup plus cher que prevu, puisqu'elles sont a base d'avions pris au dernier moment.


Visite en solitaire de Hanoi
Notre belle equipe se separe en deux groupes, chacun constitue de 1 chef d'equipe et de zero equipiers : Aglae a pour mission de consulter les forums, d'obtenir des prix precis sur les billets d'avions, et surtout d'ecrire a ses contacts a Singapour et Hong-Kong afin de savoir si les visas chinois peuvent etre obtenus sur place, ou si ca va encore etre la meme galere.


Quant a moi, je dois aller faire le tour des agences de voyage celebres de la vieille ville, afin de tester si ce que propose notre guest-house est courant et possible. Je me lance dans ces rues boueuses et tristes sous le ciel gris. Hanoi, passe l'aube, est remarquablement animee : presque autant de motos qu'a Saigon, et surtout une accumulation de boutiques, d'artisans et de bruits qui fait presque peur.


Je me rends vite compte que ma tache est assez absurde : des "agences de voyage", il y en a absolument partout. Dans certaines rues, une boutique sur deux est une travel agency : toutes proposent des bus, des excursions dans la baie d'Halong, des billets d'avions, des visa services pour la Chine ou le Laos. Je ne peux decemment pas demander a toutes, d'autant que la plupart sont plutot louches.


Louches ? Pour donner un exemple, il faut savoir qu'une agence nomme Sinh Cafe a lance depuis une bonne dizaine d'annees maintenant un service de bus Open Tour, pas tres cher, qui permet de sillonner le pays, en descendant et en montant quand on veut dans les bus Sinh Cafe. D'autres cafes ont lance leurs propres Open Tour, mais surtout une immense quantite d'agences de voyages a decide d'attirer facilement des voyageurs... en s'appelant tout simplement "Sinh Cafe Travel Agency". En une demi-heure, je croise donc 16 faux Sinh Cafe, dont tous ont un logo officiel photocopie sur leur devanture. L'un d'eux vend meme des bijoux...


Un peu deborde par ce fourmillement d'agences, j'en essaie deux ou trois "vraies". Toutes me disent la meme chose : "oui nous pouvons vous obtenir un visa chinois. Ah l'ambassade vous a dit non ? ah ben nous ne pouvons rien faire".

Un (vrai) drame
Dans le veritable Sinh Cafe, je fais la connaissance deux femmes etonnantes. La premiere, la cinquantaine, est une Marseillaise de bagout, qui a fait la rencontre de la seconde, une francophone d'origine Thai, mariee a un Francais. Toutes deux ont la cinquantaine. Elles ne se connaissaient pas, mais se sont rapprochees a l'occasion d'une balade dans la baie d'Ha Long, au cours de laquelle le mari de la Thai (veritable francais, lui) a subi une violente attaque cardiaque.

La Marseillaise, le coeur gros, me raconte tout d'un coup, sans que je lui aie specialement demande quoi que ce soit. Le rapatriement sur une ile de la baie, le transfert par helicoptere vers l'hopital francais de Hanoi, l'annonce de la mort clinique du mari, l'hesitation a le debrancher au plus vite, les formalites compliquees d'assurance, les complications pour aller disperser ses cendres en Thailande, comme il l'avait souhaite... Bref, toute une serie d'horreur qui me fait realiser soudainement a quel point cette histoire de visa est derisoire. L'air perdu de la Thaie, un peu souriante, mais completement larguee, me restera longtemps en memoire.

Entre leurs mains

Nous decidons finalement de confier nos passeports a notre hotel. Les refus des autres agences, au lieu de me faire manquer de confiance envers les gens de notre hotel (ils sont fous, ils ont trop de confiance en eux), me fait au contraire comprendre que, s'ils sont aussi surs d'eux, c'est qu'il y a un truc. J'essaie de leur demander quel est ce truc, mais la fille a du mal a m'expliquer : visiblement ca passe par une entreprise qui s'occupe de ces trucs de visas, et elle ne sait pas trop ce qui se passe. En gros elle n'en sait rien, mais elle est sure d'elle. Comme nous ne payons qu'a reception du visa, nous n'avons rien a perdre, et nous avons jusqu'a l'expiration de notre visa viet pour prendre un avion en catastrophe et quitter le pays. Nous demandons le service express, le seul qui peut nous sauver (nous sommes jeudi, et le week-end nous enleve deux jours ouvrables).

Toujours aussi epuises par notre demi-nuit et les vexations du matin, Aglae et moi nous ecroulons sur notre lit : nous ne pouvons rien faire de plus. Nous passons toute la fin d'apres-midi a roupiller et a nous faire du souci, reprenons des forces, et decidons de visiter la ville le lendemain. Que pouvons-nous faire d'autre ?

mercredi 18 mars 2009

Train train pas quotidien

3 - 4 mars
Nous partons de Hue le vague a l'ame : derriere nous il y a le Vietnam du Sud et du Centre, sa douceur de vivre, sa chaleur, sa bouffe a pleurer de bonheur ; devant nous il y a le Vietnam du Nord, son froid, sa brume du printemps, son ambassade de Chine et sa reputation de mauvaise humeur.

Tant pis, nous montons dans notre train : il part a 16h et doit arriver en pleine nuit a Hanoi, a 4h30. Nous decouvrons les tres jolis compartiments-couchette du train, quatre banquettes seulement, de la place et de l'espace. Il y fait deja un froid de loup, a cause de la clim, et deux viets de mauvaise humeur ne semblent pas ravis de notre arrivee. Nous nous faisons rapidement ejecter de notre compartiment par les controleurs : en effet, ils semblent vouloir nous parquer entre Blancs, et nous changent pour un compartiment habite par un couple de Hollandais.

Quand nous entrons, nous sommes immediatement contents de voir des gens souriants qui parlent anglais, mais Aglae se demande interieurement pourquoi il fait moins froid dans ce compartiment. Moi je ne remarque rien, et nous engageons la conversation avec ces Bataves. Ils sont charmants, droles, optimistes, faciles a vivre et pas stresses du tout : ils voyagent 6 mois, mais ne savent pas encore s'ils vont aller au Tibet ou au Japon apres leur entree en Chine ("on verra bien"). Gentiment, ils rechauffent notre angoisse de l'ambassade chinoise - je rappelle qu'Hanoi est le dernier endroit possible pour obtenir notre visa chinois, d'ou le stress.

Nous discutons ainsi de longues heures. J'achete un nem avec du riz a une des marchandes ambulantes, ne fait pas attention au prix qu'elle demande, puis doit retraverser le train en entier afin de me faire rembourser le montant de l'arnaque (elle m'avait facture le riz le quadruple des nems, dans un pays ou le riz est quasi-gratuit). En riant, la vendeuse me rembourse ! Sacres viets.

En revenant, nous fermons enfin la porte du compartiment. Nous remarquons vite qu'il ne fait pas tres froid. Tres rapidement, il fait meme carrement chaud, voire etouffant : maintenant que nous avons coupe l'arrivee de la clim du couloir, nous nous rendons compte que notre clim ne fonctionne pas. J'avise un genre de steward, qui fait semblant de ne pas parler anglais, et ne veut meme pas savoir ce que je lui demande, puis disparait.

Les Hollandais n'ont visiblement pas envie de se battre, et sont prets a supporter la fournaise. Pas nous. Nous tentons d'abord de tourner un bouton, avec une pince empruntee au Hollandais - il s'averera apres reflexion qu'il s'agit du volume du haut-parleur des annonces.

Je ressors pour trouver de l'aide : il fait nuit, tout le monde dort, et le steward est introuvable. Au bout d'un moment, je comprend qu'il dort dans sa cabine. Apres de longues hesitations, je decide de le reveiller, mais il a tellement fait la fete avec les gens du wagon d'a cote qu'il ronfle comme un nouveau ne. Coups a la porte, cri, bruits de metal : impossible de le reveiller.


Je reviens un peu enerve, d'autant que dans notre compartiment Aglae et les Hollandais sont rouges comme des tomates.

Je remarque une espece de roulette, le long de la bouche d'aeration de la clim. Il est impossible de la faire tourner manuellement, mais avec des ciseaux, penche au-dessus du vide entre les couchettes du haut, je reussis a la faire tourner. C'est dur car rouille, et la chaleur n'arrange rien. Les Hollandais se foutent un peu de moi, d'autant que je ne suis pas sur du sens dans lequel il faut tourner le truc pour faire rentrer plus d'air.

La situation est insupportable, je repars a la recherche d'un autre steward. Dans un wagon voisin, de jeunes Francais ronds comme des outres a vin me convient a boire avec eux, mais je suis trop fatigue. Je trouve la stewardesse de ce wagon, et la reveille. Elle qui n'a rien bu est au garde-a-vous immediatement, et n'est visiblement pas tres contente d'etre reveille. Elle me regarde avec un air un peu enerve, avec des traits qui s'aggravent encore plus quand elle realise que je ne suis pas de son wagon.

Elle me dit de reveiller le gars de mon wagon. Je lui explique que c'est impossible. Je lui montre. Elle ouvre la porte, secoue le type : impossible. De mauvaise grace, elle rentre donc dans notre compartiment. Elle comprend vite la chaleur insupportable qu'il y regne. Elle fait signe que c'est bon, nous ne savons pas si elle va revenir ou si elle va chercher quelqu'un. Nous ne la reverrons jamais, et nous finissons par nous coucher, a bout d'idees.

Toujours est-il que la temperature descend. Nous ne saurons jamais si c'est la fille qui a repare quelque chose de loin (en appuyant sur un bouton, ou quelque chose comme ca, peut-etre meme en grimpant sur le train, et en forant un trou au-dessus de notre cabine), ou si c'est moi qui ait ouvert l'aeration avec mes singeries. Persuade que je suis un heros, je m'endors le sourire aux levres.

Hanoi n'est pas Hawai
L'arrivee dans la capitale du Vietnam est brutale : il est 4h30 et j'ai beau avoir bien dormi, ce n'etait pas assez. Aglae, quant a elle, se lance dans une imitation de zombie tres reussie. Nous marmonnons un "au revoir" a nos Hollandais, jetons nos sacs sur nos dos d'un air las, et prenons la route vers la vieille-ville. Nous avons en effet repere une rue ou se tiennent plusieurs hotels a notre gout.

Hanoi est particulierement inhospitaliere, en cette fin de nuit : il fait froid et une sale bruine nous fouette le visage - quand le jour se levera, il fera bien entendu gris comme un ciel parisien ! Nous sommes enchantes d'avoir quitte le Sud du pays.

Apres une longue marche dans la ville endormie (clochards a moitie morts, ordure, boue : c'est presque l'Inde !), nous arrivons jusqu'a notre rue, qui se trouve plutot etre une petite ruelle sombre. Heureusement, la ville est tellement morte qu'elle n'est pas tres angoissante !

Bien entendu, les guesthouses que nous avions reperees sur notre guide sont fermees a cette heure. Rapidement, nous entrapercevons d'autres formes dans la nuit, munies de sacs a dos : nous ne sommes donc pas les seuls routards a attendre ainsi l'ouverture des hotels ! Nous sommes meme rapidement rejoints par une sympathique Suisse (comme quoi), germanophone de son etat, avec qui nous taperons la causette le temps que la ville se reveille.

6 heures sonnent, et les grilles des premieres pensions s'ouvrent : comme on pouvait s'y attendre, la plupart n'ont que leurs chambres pour 5 de libres, a des prix assez audacieux. Il va nous falloir attendre 11h pour que les chambres se liberent ! Soupir... Heureusement, l'une des pensions nous promet des chambres peu cheres dans quelques temps, et nous permet surtout de laisser nos gros sacs.

Couleur cafe
Nous nous dechargeons de cet insupportable poids, et decidons avec la Suissette de prendre un cafe ensemble. Hanoi est en effet riche en petit Ca Fe Giat, influence francaise oblige, ou on peut prendre des bons cafes bien serres comme au Laos. Horreur, nous remarquons vite que les cafes se sont absolument tous accordes pour un double systeme de prix, et qu'une tasse au Vietnam vaut quasiment le meme prix qu'en France.... Alors oui, payer un peu plus cher que les autres parce que les autres n'ont pas le meme pouvoir d'achat, ok - se faire infliger une petite surtaxe de "Blancs" pour eviter l'inflation generalisee, ok. Mais payer plus de trois fois le prix habituel du cafe...

Commence une longue errance - nous allons de cafe en cafe, et a chaque fois c'est la meme reponse. Qui plus est, la reponse est souvent donnee avec un mepris et un visage de porte de prison- meme les clients nous racontent, hilares, qu'ils ont paye ca. Nous sommes certains qu'il s'agit de faux prix : quand on le leur demande, en vietnamien, les tenanciers prennent toujours un bon moment pour reflechir avant de dire le prix, alors qu'ils vendent des cafes toute la journee. La Suisse, qui s'est deja faite arnaquer par le taxi qui l'a amenee dans le quartier (il a fait le tour d'un lac, soit 5 km au lieu de 1, pour faire tourner le compteur), additionne la pluie et le cafe, et a deja envie de repartir de Hanoi le plus vite possible. Nous-memes, creves et enerves, ne sommes pas non plus au comble de la joie.

Comble du comble, le seul cafe raisonnable que nous trouverons sera pris a la machine d'une superette (et contre toute attente, il etait tres bon). Tout le monde nous avait prevenus, mais nous sommes surpris par les Vietnamiens du Nord : ils font la gueule en permanence, ou au mieux restent toujours serieux, ils ne marchandent pas, ca leur semble tout a fait normal de nous arnaquer (au moins dans le Sud ca les faisait rire d'essayer), enfin bref des mentalites adorables.

Comme je l'ai dit, la pluie n'arrange rien.

Les receptions de l'ambassadeur
Nous quittons notre Suisse pour nous rendre a l'Ambassade de Chine. Vous vous rappelez surement de notre malchance a Singapour, question visa chinois. Nous avons donc mis tous les atouts de notre cote, en nous pointant a Hanoi plus tot que prevu, afin de se laisser de la marge pour reagir en cas de probleme, et en arrivant a l'ambassade des l'ouverture.

Ou plutot avant l'ouverture. Il faut patienter trois bons quarts d'heure sous la fine pluie, avant de rentrer. Il y a du monde, je lie conversation avec un Japonais au visage assez burlesque, qui vient la demander des visas a la place de riches hommes d'affaire nippons. Finalement, l'ambassade ouvre, nous remplissons les formulaires en accelere, je cours faire une photocopie de visa viet qui manquait, je reviens : Aglae et moi courons jusqu'a la guerite, donnons a une dame nos papiers dument remplis et nos passeports, et...

- Why are you in Vietnam ?
- Euh... For tourism, we are visiting !
- We only deliver visas to people working in Vietnam, or to Vietnamese people. Goodbye. Next ?

QUOI ? Nous refusons de partir, et demandons des explications. La fille joue la tactique habituelle (I don't know etc), et ne nous apprend qu'une seule chose : cette nouvelle regle a ete instauree trois semaines plus tot. Je savais, par le biais des forums, que cette regle idiote, visiblement destinee a empecher les voyageurs independants de rejoindre la Chine apres le Vietnam, avait ete instauree pendant les JO, puis retiree ; nous sommes petrifies d'apprendre qu'elle a ete instauree a nouveau, et sans raison apparente.

Nous restons en place - la fille a beau faire signe a d'autres personnes, nous ne bougeons pas. Nous ralons, menacons de ne pas bouger. La fille s'en fout, ne nous repond quasiment plus. Degoutes, nous finissons par partir, nos passeports encore a la main. Nous n'avons pas d'hotel, nous ne savons pas comment nous rejoindrons la Chine, nous n'aurons pas notre visa, il pleut, les gens autour de nous sont insupportables et notre visa vietnamien expire dans 6 jours...

CATASTROPHE !