Affichage des articles dont le libellé est ville. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est ville. Afficher tous les articles

lundi 29 juin 2009

La joie de la bureaucratie russe

Irkoutsk, le 8 mai

"Arrivée en Russie par une aube grise, sous une pluie glacée."

J'aurais rêvé pouvoir employer une autre phrase pour décrire notre premier contact avec le pays russe, mais impossible de faire autrement. Fatigués d'un réveil peu tardif, c'est non sans galères que nous trouvons le guichet pour acheter des billets Irkoutsk-Moscou. Comme dans l'épisode de la Maison des Fous de Astérix aux Jeux Olympiques, nous sommes renvoyés de guichets en guichets. Lesdits guichets sont tenus par des femmes russes typiques : un air déprimé masque mal leur désespoir existentiel, et c'est avec lassitude qu'elles nous indiquent le chemin à suivre.

A noter que notre niveau en russe (ou plutôt notre absence de niveau en russe) ne nous a pas empêché de ruser pour nous faire comprendre. Nous avons recopié en cyrillique des phrases toutes faites pour réserver un billet, phrases que nous avons trouvées dans notre guide, et avons ajouté notre destination en Cyrillique : Москва.

Le véritable guichet se trouve à l'étage de la gare, dans un grand salon chic (mais pourquoi ?). Nous devons attendre quelques dizaines de minutes, car il ouvre à 8h. En allant chercher de l'argent au distributeur automatique, je croise une jeune femme européenne qui était dans notre wagon. Nous n'avions pas eu l'occasion de discuter, mais je me doute bien que vu son air perdu, elle cherche le même guichet que nous.

Je l'aborde en anglais, elle me répond avec un fort accent français : elle vient de notre pays ! Il s'agit d'Elvanne, qui va nous accompagner pendant deux jours.

Suite des mésaventures de la bureaucratie russe : à l'ouverture du guichet nous nous précipitons avec notre papier. La jeune femme, lasse dès l'ouverture du guichet, nous donne les horaires possibles pour notre jour de départ. Horreur ! Le seul train disponible roule pendant 4 nuits et trois jours, et arrive à Moscou à 4h du matin, au lieu du train que nous croyions pouvoir prendre, qui ne roule "que" trois nuits, et arrive à des heures décentes. Calamité !

Encore une fois nous devrons prendre un train plus long que prévu. Nous regardons les prix, et là c'est la surprise : les billets coûtent trois fois moins cher que prévu ! Normalement un billet Moscou-Irkoutsk coûte environ 250 euros, là ça coûte environ 90 euros. La faute aux taux de change peut-être (le rouble a beaucoup baissé par rapport à l'euro), la faute à un train plus lent surtout. Mais quand bien même, nous sommes assez hallucinés, car il s'agit de la deuxième classe, avec cabines fermées, etc.

Après avoir un peu réfléchi, car l'arrivée à 4h du matin ne nous enchante pas, nous acceptons notre sort : après tout, rester plus longtemps dans le train ne fera que rallonger l'expérience Transsibérien dont nous rêvions, non ? Revenus au guichet, nous apprenons la plus étrange des nouvelles : après n'avoir rien compris à ce que nous dit la guichetière qui nous montre une horloge, nous déduisons que son guichet, qui ouvre à 8h, ne vend pas de billets avant 9h00.

Une question nous ronge encore : mais pourquoi ouvre-t-elle si elle ne peut pas vendre de billets.

Après être allés boire un café avec Elvanne, qui a retiré sa réservation et nous accompagne pour nous supporter, nous retournons à la charge du guichet n°3. Il est 9h15, mais la dame nous annonce qu'elle ferme.

Récapitulons s'il vous plaît.
- le guichet ouvre à 8h
- il ne vend rien jusqu'à 9h
- il ferme à 9h15.

Logique.

Lumière
Entretemps un autre guichet a ouvert juste à côté. Dans la queue, nous faisons connaissance avec deux Hollandais, deux beaux garçons, souriants, francophones et sympathiques. Quand notre tour vient, le cinéma du papier en cyrillique recommence, mais cette fois-ci la dame, qui connaît une poignée de mots en anglais et ose s'en servir, est souriante, disponible et accueillante. Une véritable source d'espoir, surtout pour moi qui n'avait que des souvenirs immondes de mon passage à l'aéroport de Moscou, un an auparavant.

Une fois les précieux billets en notre possession, nous partons direction Litsvyanka. Pour la première fois du voyage depuis l'Inde, nous n'avons plus aucune démarche bureaucratique à faire : plus de billets à acheter, plus de visas, plus rien ! Ah la tranquillité d'esprit !


Trams et minibus
Accompagnés d'Elvanne, qui se rend dans le même village que nous, nous traversons la ville en tram afin de rejoindre la gare routière. Tout est différent et nouveau pour nous : les maisons en bois sculptées, le fait de ne plus être remarqués comme touristes (tout le monde est Blanc), les trams, le fait même que tout semble vieux et rempli d'histoire. Nous sommes enchantés de toute cette européanité.

A peine le temps d'admirer le charme d'Irkoutsk, et nous voilà déjà dans un minibus en direction du village de Litsvyanka, et du lac Baïkal que le bourg borde. C'est un Russe carré comme une armoire à glace, et qui parle un anglais parfait (probablement un ancien espion !), qui nous a sauvé de grosses incompréhensions en nous expliquant les tarifs du bus. Nous sommes effarés : comme en Chine, personne ne parle anglais en Russie !

Le lac le plus profond du monde !
Le lac Baïkal, où nous arrivons après une course de minibus effrenée, est splendide. Au bout d'une plaine d'eau qui évoque plus une mer qu'un lac, une rangée sans fin de montagnes enneigées semble tremper ses pieds dans l'eau, comme les dents d'une machoire dont le lac serait le palais.

Je suis médusé. Le village, qui se développe à vitesse grand V à cause du tourisme, est aujourd'hui complètement endormi : nous sommes hors-saison. Vous êtes déjà allés dans une station balnéaire hors-saison ? L'ambiance qui y règne est délicieuse et mélancolique, un peu comme un joli village fantôme.

Les petites baraques en bois sculpté semblent sorties d'un conte de fées. Quelques hommes coupent du bois, des adolescents blonds se promènent, l'oeil un peu sauvage. Nous sommes bien en Sibérie !

C'est à ce moment que nous faisons la connaissance de Youri...

dimanche 28 juin 2009

La queue entre les pattes - retour à UB

Une vue du centre-ville d'Ulan Bataar

5 - 6 mai

Nous débarquons du bus, un soleil éclatant nous tape au coin de la figure. Nous tirons une tronche pas possible. Après être rentrés à l'hôtel, nous déposons nos sacs, prenons une douche amplement méritée (pas de vraie douche depuis 3 jours !) et partons illico en direction de l'agence de voyage, encore ouverte à cette heure-ci.

Nous avions tout à redouter de l'agence : s'ils ne se montraient pas coopératifs, s'ils étaient des arnaqueurs habitués à ce genre de retours, ils auraient eu vite fait de nous demander de déguerpir. Nous avions deux objectifs, un majeur (leur faire savoir que c'était un scandale la façon dont nous avions été traités) et un mineur (récupérer un peu d'argent, histoire de récupérer un peu de dignité) .

Pour faire vite sur un sujet encore un peu sensible, l'agence Ger to ger s'est montrée très coopérative. La responsable semblait surprise de notre récit, a pris note de notre plainte pour la vérifier auprès des deux familles, puis nous sommes partis. Le lendemain, après quelques atermoiements et contre-rappels aux familles, nous avons obtenu une certaine reconnaissance de l'anormalité de la situation.

Et des explications : 1) la femme de notre première hôte est tombée malade. Au lieu de nous en informer (ce qui était possible avec les mots de notre lexique mongol-anglais qu'ils avaient lu), ils ont préféré nous "léguer" à leur beau-fils, qui n'avait pas été formé à prendre soin des étrangers. Le mari a dû s'occuper de sa femme, et nous a complètement oubliés.
2) le cheval blessé que j'avais aidé à secourir a été la cause de notre abandon total de la part du chef de la seconde famille ; le soir et le lendemain matin il a dû l'amener chez le vétérinaire. Il ne s'est pas rendu compte que nous aurions adoré aller chez le véto plutôt que de ne rien faire en attendant une activité prévue.

Passons. Cet épisode nous a beaucoup énervés, et pas mal déçus : si le tour en chameaux et en chevaux était inoubliable, notre séjour en Mongolie nous laissera un goût amer: nous avions seulement 3 jours pour vraiment découvrir le pays et nous en avons passé 2 à attendre. Maintenant, il est trop tard, nous partons bientôt, ne reviendrons pas de sitôt. Ce constat confèrera à notre dernier jour à Ulan Bator une atmosphère un peu molle : nous étions déprimés, à la fois par cet épisode et par la fin du voyage, et assez épuisés aussi.

Freaky Koreans
Nous retournons dans notre auberge sur les toits, l'occasion d'ailleurs de faire une lessive à la main en plein air. Nous croisons deux couples : le premier est un couple de Français qui se rendent le lendemain à une expédition Ger to ger ! Nous leur expliquons qu'il ne faut pas forcément s'attendre à une grande interaction avec les familles - notre but est qu'ils ne soient pas aussi déçus que nous l'avons été. Nous discutons un peu avec la fille : intermittents du spectacle, ils ont fait une pause de 15 mois dans leur vie, pour faire un tour de l'Asie. Ils ont traversé deux fois moins de pays que nous, mais ont passé minimum deux mois dans chaque. Nous avons adoré le Laos, la Thaïlande, le Vietnam et le Cambodge, mais imaginer y passer 10 mois consécutifs nous dépasse complètement ! Question de rythme, évidemment...

Le second couple, qui loge dans notre chambre, est le couple le plus bizarre du monde. Composé d'un Coréen et d'une Japonaise, tous deux ont exactement le même look : la queue de cheval, les lunettes, les habits... Impossible de les distinguer l'un de l'autre. La femme ne dit rien, et semble complètement aux ordres de son petit ami coréen. Ce dernier, par contre, nous parle sans arrêt, avec un accent du Sud des Etats-Unis très traînant, un peu insupportable. Il mange ses mots, fait des réflexions bizarres sur tout. Sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi, ce couple morbide nous met très mal à l'aise !!!

Vive la nourriture mongole
Juste avant notre départ pour l'expédition semi-ratée, j'avais forcé Aglaé à rentrer dans un restaurant au hasard. Nous avions avisé le premier restaurant trouvé devant notre auberge, ça s'appelait le Green House, en néons verts devant un établissement qui semblait plongé dans la pénombre.

Je propose à Aglaé d'y aller, elle me répond : "Non, malheureux, je suis sûre que c'est un endroit louche, regarde il y a marqué XXX !!!!
Je me retiens péniblement de rire, puis j'éclate. Au-dessus de la porte qui menait au restaurant, il y avait effectivement un écriteau avec trois grosses lettres : "XXK". Sauf qu'il s'agissait de cyrillique, et que c'était donc un panneau avec écrit "RRK".

Nous avions découvert un restaurant incroyable : à des prix bien inférieurs à ceux pratiqués dans les restaurants internationaux pour touristes et expatriés, ce restaurant très design proposait une nourriture mongole simple mais très bonne et bien présentée. Steaks avec du riz, soupes de raviolis de viande, escalopes : rien que du classique. L'ambiance du restaurant est particulièrement bonne : des télévisions sont accrochées au mur, nous sommes installés dans de profonds canapés moelleux, buvons dans de grands verres élégants. Vous l'avez compris, nous avions trouvé un restaurant chic, à des prix chics !

Pour mieux mesurer l'étendue de notre plaisir, il faut s'imaginer que ce restaurant chic était la première occurence, au moins depuis notre départ du Japon, d'un établissement à la décoration réfléchie et travaillée. Cinq semaines de cantines glauques en Chine nous avaient fait oublier à quel point un restaurant pouvait être un endroit agréable !

Nous y retournons plusieurs fois à notre retour, afin de noyer notre déprime dans des Martinis à 1 euro, engoncés dans des canapés bien plus mous que les selles des chevaux mongols. Et bizarrement, ça marche !

Bye bye Mongolia
Notre dernière après-midi, c'est encore la tournée habituelle des supermarchés et des cybercafés, avant de reprendre le train. Les supermarchés mongols proposent d'ailleurs une variété et une quantité de vodkas assez rare dans nos contrées !

Ca me rappelle une anecdote que j'ai oublié de vous raconter. Lors de notre premier passage à UB, un soir que nous traînions avec Charles M., le globe-trotteur en chaussures Bateau, nous passions près du lit asséché de la rivière. Cette longue tranchée sépare la partie soviétique de la ville du camp de yourtes. D'un côté, le béton et les rues carossables, de l'autre, des pistes en terre absolument impraticables. Entre les deux, cette longue cicatrice, au fond de laquelle coule un mince filet d'eau, recueille toutes les ordures du quartier. Dès qu'il fait un peu chaud, une odeur nauséabonde s'en élève, et lorsque nous la traversons sur les fragiles ponts en bois, nous nous bouchons systématiquement le nez.

Ce soir là, alors que nous traversons le pont, dans l'obscurité à peine allégée par les réverbères du côté clean de la ville, j'aperçois une forme imposante qui gesticule sur la pente abrupte de la tranchée. C'est un gros ivrogne qui est au fond des ordures ; il tente de remonter et glisse sans arrêt sur la terre mélangée de sable. Il émet de pénibles grognements.

Je m'élance vers lui, rapidement suivi par Charles M.. Je veux lui tendre la main, mais pour ça il me faut descendre le long de la pente glissante et pentue. Je m'exécute, pas très rassuré, et allonge mon bras. L'ivrogne l'attrape, et tire de toutes ses forces pour remonter. Je manque de tomber avec lui, mais m'accroche à la pente, puis remonte. L'ivrogne semble un peu paniqué, mais comprend ce que je veux de lui. Il est très lourd. Je rassemble mes forces et me jette en haut de la pente, remontant l'homme d'un coup. Celui-ci s'effondre par terre, à bout de souffle.

Il commence à nous dire quelques mots en mongol. Il a l'air sorti d'affaire et j'imagine qu'il vaut mieux pour lui être secouru par nous que subir la honte d'être sorti du gouffre par des gens qu'il connaît. Nous partons.

Départ en train
Nous revenons à la gare d'Ulan Bataar, pour nos dernières heures en Mongolie. C'est un train différent qui nous attend, dont seulement un wagon passera la frontière russe ! Un gros paquet de Blancs attend donc devant ce wagon, qui est bien sûr le nôtre. C'est une provodnitsa russe (responsable de wagon), bien caractéristique de l'image qu'on peut se faire du Transsibérien, qui nous accueille avec un visage de porte de prison. Adieu la Mongolie !

Le quartier des gers

Des immeubles typiques du style soviétique

Ulan Bataar (2/2) : visite d'une ville coincée entre deux passés


1er mai - 2 mai

Notre première véritable journée est un peu gâchée par des problèmes pratiques : il nous faut à la fois trouver un tour organisé de trois jours dans les steppes, et réserver un billet de train pour aller en Russie.

Nous faisons donc le tour des agences de voyage toute la journée. Notre problématique se réduit vite à un choix entre deux agences. D'un côté, une agence classique nous fait payer un tour complet et un peu luxe, avec la location d'une Jeep, un guide-interprète, un chauffeur-cuisinier, un guide pour les tours en cheval, une famille d'accueil, etc : en gros, la facilité. De l'autre, l'agence Ger to ger ("de yourte en yourte") nous propose pour un prix légèrement inférieur un tour plus authentique : il s'agit de prendre des bus locaux indiqués par l'agence, et de se rendre sans interprète dans une famille hôte, avec laquelle il faudra apprendre à communiquer. Plus de partage, mais forcément plus de galères : le tour est précédé d'un cours express de langue mongole et d'instructions sur les coutumes mongoles à respecter (celles-ci sont très précises).

Outre le fait que le tour propose des promenades en cheval et en chameau dans des paysages variés, cette approche plus proche de la population locale correspond plus à notre voyage. Par ailleurs il s'agit d'une association qui reverse 80% de l'argent aux familles, dans un souci de tourisme équitable. Cette approche nous séduit, même si nous avions peur au départ que ce soit un concept creux.

Nous choisissons donc de bon coeur la difficulté !

Train train
Il nous faut aussi réserver ces satanés billets de train pour Irkoutsk. Nous retournons à la gare, et nous apercevons que j'ai un peu confondu les jours de départ des trains (à ma décharge c'est très complexe) lorsque j'ai fait le planning de notre passage en Mongolie. Nous ne pourrons pas prendre le train rapide, qui passe 3 jours après le départ prévu, mais sommes obligés de prendre le train lent, qui met 36h au lieu de 24h. La perspective de passer plus de temps dans le train et moins de temps à Irkoutsk ne réjouit pas vraiment Aglaé. Et ce que nous ne savons pas, c'est que ce train lent nous empêchera de voir le plus beau trajet du Transsibérien, les rives du lac Baïkal, qui se fera en pleine nuit !

Mais c'est une autre histoire...

Toujours est-il que la journée est foutue par toutes ces recherches et ces réservations : nous passons une soirée à discuter avec Charles, qui nous invite à manger des pâtes chez lui (il a accès à une cuisine). Il nous montre des photos de son incroyable voyage, des vidéos, nous fait écouter des extraits de son émission. Nous le quittons à regret, alors que lui s'engage dans un trek dans la steppe pour retrouver la trace d'une expédition française du XIIIe siècle... Cet homme est fou.

Visite d'Ulan Bataar, enfin
Deux jours après notre arrivée, nous avons enfin le temps de visiter la capitale mongole. L'architecture des temples bouddhiques est très particulière, empruntant parfois ses formes aux yourtes.


Surtout nous découvrons un peu plus les habits et les habitudes, tous deux assez spéciales, de ces chers Mongols. Il s'agit d'un peuple assez bourru, composé d'êtres gentils mais timides et un peu brutaux. Leur morphologie est l'exact inverse des Chinois : ils sont grands et épais, les femmes sont parfois énormes ; on imagine l'effroi que les soldats de Gengis Khan avaient dû inspirer aux peuples d'Asie qu'ils attaquaient.

Une atmosphère de petite ville du Mid West américain s'échappe d'Ulan Bataar : grandes avenues, jeeps et pick-ups sur les routes, soleil écrasant, grands hommes en chapeaux de cow-boys (grande mode là-bas), jeunes désoeuvrés. Nous sommes sous le charme de l'indolence générale.

Face au passé religieux et guerrier de la Mongolie (Gengis Khan, les nomades, le bouddhisme), un autre passé a planté une marque diamétralement opposée dans la capitale : la domination des Soviétiques jusque dans les années 1990. Outre les barres d'immeubles déjà évoquées, le centre historique de la ville est dominé par les imposants bâtiments inspirés du réalisme soviétique : statues à la gloire des libérateurs mongols du pays, gros bâtiments carrés à colonnes.


Les Mongols semblent peu attachés à ces témoignages d'une époque qu'ils haïssent : ils n'ont jamais été vraiment communistes, comme il n'y avait déjà pas de propriété avant l'arrivée des Russes. De plus, la répression politique a été parfois féroce et des moines ont été massacrés. Par ailleurs, la transition vers la démocratie s'est déroulée sans anicroche, chose rare pour les satellites soviétiques.

D'où une façon ludique de jouer avec cet héritage architectural : les barres ont été repeintes en couleurs vives, et la place du peuple devient un grand espace calme et aéré pour faire faire du roller aux enfants.

Malgré sa pauvreté, la Mongolie est un pays calme, très calme... Et Ulan Bataar une ville suprenamment délicieuse !

Ulan Bataar (1/2) : des yourtes sur des toits

30 avril - 1er mai

A notre arrivée, après avoir souhaité bon vent au couple allemand, nous avisons les rabatteurs présents à la descente du train. Pour la première fois de notre voyage, il s'agit de rabatteurs polis et aimables. En réalité, ce ne sont pas des rabatteurs, mais des membres de la famille des pensions de la ville.

Nous choisissons une guest-house dont le nom était dans le guide. Les femmes-rabatteurs nous disent quatre fois "bienvenue en Mongolie !" avant de nous emmener en voiture de la gare à l'hôtel : belle arrivée !

Une rencontre un peu difficile...
Dans la voiture, nous rencontrons un jeune Français, personnage qui a tout pour nous déplaire : petites chaussures bateau, air aristocrate, il se trimballe avec des milliers de valises, en voyageur mal organisé. Nous apprenons rapidement que, tout comme Aglaé, il est élève à Sciences-Po. Le type, qui nous dit rapidement qu'il fait un tour du monde pour une radio chrétienne, fait montre d'un mépris sans fin pour l'école et son master de journalisme. Bref, un type vaniteux et puant, qui plus est un cliché ambulant. Je décide de lui parler le moins possible, mais Aglaé et lui ont au moins une base de discussion.

Nous arrivons dans la pension. Sa localisation est typique d'Ulan Bataar : elle est sise dans une petite barre HLM, accessible par une vaste cour, mais pourtant elle est pile en centre ville. Car il y a deux types de logements à Ulan Bataar : soit vous habitez dans des barres sinistres datant de l'époque soviétique, barres qui ont été repeintes en couleurs joyeuses, et qui entourent des cours où jouent de nombreux enfants ; soit vous habitez dans une yourte du quartier pauvre. Belle alternative héritée des Russes !

La pension est particulièrement agréable : une petite cuisine accessible pour tout le monde, une ambiance familiale, un salon pour regarder des films... Les femmes qui gèrent la pension sont absolument adorables ; elles nous offrent un thé en attendant le retour de leur frère, manager de la pension. Tout en sirotant notre thé, nous discutons avec une jeune Française de la pension (décidément).

Il s'agit d'une roots pur jus : coiffure, vêtements, petit copain à dreadlocks, tout est assorti. Elle émerge à peine d'un voyage assez extraordinaire, puisqu'elle et son petit ami ont visité tous les pays en -stan, Ouzbékistan, Kazakhstan, Kirghizstan etc. Le problème, c'est que la jeune fille n'arrive pas à s'exprimer, n'arrive rien à exprimer. Elle bafouille, se reprend, "non mais tu vois, je veux dire, enfin, on était AVEC les gens". Blague à part, elle avait des choses passionnantes à dire sur les pays qu'elle avait traversés, mais il semblait qu'elle en parlait pour la première fois, et ne savait pas par où commencer. Aglaé et moi remarquerons par la suite la chose suivante : lors de voyage, nous avons bien fait de parler autant de ce que nous voyions, entre nous et via le blog, afin de conceptualiser un peu tout ça. Le pire aurait été de rentrer après 6 mois de voyage sans avoir aucun recul sur nos expériences !

Caca nerveux mongol
Le manager arrive. C'est un homme sec, contre lequel la Française roots nous a mis en garde : si on ne prend pas un tour organisé par lui, on n'existe pas. Il sera l'occasion d'une brouille idiote : nous lui demandons le prix des dortoirs ; il nous répond "6 dollars par personne par nuit". Nous faisons remarquer qu'il y a marqué "5 dollars" sur la carte de visite - comme nous allons rester longtemps, c'est un peu important, mais pas crucial, nous voulons juste savoir s'il n'y a pas moyen de négocier.

Le type s'énerve et rentre rapidement dans le mépris le plus condescendant : "mais si vous ne voulez pas de ce prix, allez ailleurs ! Ces cartes sont vieilles, c'est tout !". Nous essayons de le calmer, un peu surpris qu'il soit aussi pénible d'un coup, mais rien n'y fait. Il se braque de plus en plus. Alors que tout dans la pension nous plaît, et que cette différence de prix est absolument sans importance, le caractère du directeur de la pension nous pousse à fuir. Quel caractère ces Mongols !

Nous décidons de faire un tour de la ville pour voir si nous trouvons plus sympa au même prix.

Sauf que la ville est relativement grande, que les pensions ont l'air éloignées les unes des autres, et que nous ne voulons pas porter nos bagages sur tout le chemin. Or il apparaît un peu inconvenant de laisser nos bagages dans le hall de cette pension, dans la mesure où le manager sait bien que nous n'allons pas rester ici. Le Français insupportable de Science-Po, qui a assisté à toute la scène, penché sur son ordinateur à quelques mètres de nous, nous propose son aide avec une bienveillance qui m'étonne. Il a pris une grande chambre dans la pension, pour pouvoir y entreposer son coûteux matériel (il a une caméra, du matériel son, un téléphone-satellite et un ordinateur portable pour faire le montage de ses émissions radio). Il nous propose d'y entreposer nos affaires en attendant mieux. Il nous dit même que si nous ne trouvons rien, nous pourrons dormir par terre dans sa chambre si nous voulons.

En déposant nos bagages, nous discutons un peu plus avec cet étrange et très jeune homme (il n'a que 20 ans), et découvrons rapidement sous le vernis un peu repoussant, sous le cliché, un type apparemment original. En partant à la recherche de l'hôtel, nous nous promettons de creuser un peu la question à notre retour.

Une yourte en ville ?
Après avoir changé un peu d'argent chinois contre de l'argent mongol (les tögrögs, impossible à inventer), nous frappons aux portes des hôtels. Après trois pensions pleines ou vraiment chères, nous trouvons, dans le quartier des gers (nom mongol des yourtes), une petite pension bon marché et vraiment originale, qui propose de dormir dans des yourtes posées sur le toit du bâtiment. Nous acquiesçons, ravis !

Et c'est ainsi que pendant tout notre séjour en Mongolie, nous ne dormirons jamais que dans des yourtes.

Nos yourtes

Ulan Bator, alors ?
Nous n'avions absolument aucune idée de l'aspect que pouvait bien avoir la capitale de la Mongolie... Vous en avez une idée, vous ?

Eh bien ça ressemble à ça :

En vrai, Ulan Bataar est une ville très paisible, très agréable à vivre. De larges avenues où ne règne pas une circulation cataclysmique, entre lesquelles courent ces réseaux de larges barres soviétiques, heureusement pas plus hautes que cinq étages, qui forment des successions d'agréables cours piétonnes, où s'ébattent familles et enfants.

Au sein de ces cours, des magasins, de minuscules restaurants mongols : ça vit.

(mais qu'est-ce qui a foiré comme ça en France, pour que sur des bases égales les banlieues pauvres soient aussi miteuses ?)

Les yourtes dans lesquelles nous logeons sont des gers mongoles : nous découvrons que l'intérieur de ces tentes rondes blanches est beaucoup plus spacieux que nous le croyions. Il y règne une demi-obscurité fraîche qui contraste avec la difficile chaleur qui règne parfois en journée.

En parlant de temps, tiens, nous nous prenons rapidement après notre arrivée quelques gouttes de pluie, puis une petite tempête de sable nous attaque en pleine rue. Rien de bien méchant, mais il faut faire attention à marcher la tête baissée, les yeux mi-clos et la bouche fermée, pour éviter les mauvaises surprises.

Cependant, le temps redeviendra vite parfait les prochains jours. Typique du temps d'un pays aussi continental (la Mongolie est le pays le plus éloigné de la mer au monde), il fera très chaud la journée, et un froid de loup la nuit.

(oui parce qu'il y a des loups en Mongolie !)

Moment de détente entre gentlemen voyageurs
En récupérant nos bagages, nous avons pris rendez-vous pour dîner avec Charles, le jeune Français qui nous avait fait une mauvaise première impression. Nous échouons dans un restaurant recommandé par notre guide : c'est contre toute attente un établissement franco-italien très chic.

Charles et nous haussons les épaules : nous pouvons bien nous offrir ce moment de délicatesse européenne au milieu de ces steppes arides, non ?

S'ensuit un dîner dont je ne vais pas raconter toutes les discussions : il suffit de dire qu'il fut riche et passionnant. Charles se révèle être un personnage tout bonnement incroyable, une météorite dans le paysage des étudiants de Science-Po (et des étudiants tout court), capable de monter quinze projets à la fois. Il fait ce tour du monde, sur un programme confectionné par des personnalités voyageuses, à qui il a demandé de lui donner des idées de reportages à faire. Ainsi, un tel, cosmonaute, lui a recommandé d'aller là, un autre lui a proposé de faire un reportage sur les catholiques chinois du Yunnan, un dernier lui proposera de rencontrer les sorcières maputch du Chili.

Sans beaucoup de sous au départ, il est allé sonner comme un forcené à toutes les portes possibles, pour obtenir des financements. Le voilà donc obligé de faire des reportages sur les Postes des différents pays où il va, de filmer des usines pour un groupe minier, le tout pendant qu'il doit confectionner et enregistrer ses émissions, parfois intervenir à la radio en direct, par téléphone, le tout entrecoupé des périodes où il téléphone à des jeunes malades d'une association, afin de leur raconter où il passe et de leur redonner le sourire.

Homme de mille projets, sociopathe acharné, cynique naïf et plein d'humour, rêveur ambulant (il a réussi à réquisitionner un vieux biplan pour le départ de son tour du monde, puis à traverser le Pacifique sur un paquebot), Charles est intarissable, mais de la race des bavards qu'on veut écouter toute la nuit.

Nous découvrons aussi un homme seul, qui a tout tenté pour se faire accompagner par des collègues sur son projet, mais qui a été abandonné : il doit être très difficile de travailler avec un être aussi exigeant et compliqué.

Vous pouvez découvrir le site de son projet : http://www.partance-monde.org/. Un très beau site mais... le webmaster a abandonné Charles et le site est incomplet, et surtout pas à jour.

Nous prenons rendez-vous pour le lendemain soir, ravis de rencontrer un garçon aussi passionné et passionnant. Lui aussi semble heureux de notre compagnie : il a beaucoup voyagé seul, et n'apprécie pas énormément les jeunes un peu écervelés de sa pension (des Australiens un peu crétins et la roots un peu décalée).

Nous rentrons nous coucher sous notre yourte. Le lendemain nous faisons connaissance avec notre yourte-mate, un Américain qui parle un très bon français.

Surtout, au petit-déjéuner, pris dans la cuisine familiale, nous nous faisons une nouvelle et grande amie : le bébé chèvre adopté par la famille qui gère la pension. La chèvre, qui a une semaine à peine, passera le repas à tenter de téter les lacets de nos chaussures. Bien évidemment, nous sommmes à deux doigts de l'adopter !

samedi 27 juin 2009

Les bouddhas de l'industrie


29 avril

Malgré le train un peu pourri, nous dormons comme des loirs pendant les quelques heures de trajet qui séparent Pékin de Datong. Nous arrivons encore une fois aux alentours de 6h. A notre grande surprise, à la sortie de la gare nous attend un employé de CITC (l'Office de Tourisme Chinois, une société semi-privée qui prend aussi en charge la vente des billets de Transmongolien).

C'est un homme affable, parlant un anglais parfait, qui nous remet contre paiement nos chers billets de Transmongolien. Il essaie aussi de nous vendre une visite guidée des grottes bouddhiques de la ville ("non") et nous propose de mettre nos bagages dans un hôtel "partenaire" ("ah oui"). Nous le suivons donc jusqu'à un hôtel assez miteux de Datong, qui semble être une minuscule ville pas du tout moderne. Nous sommes bien contents de laisser nos bagages contre une somme modique.

Nous sommes dans une vraie ville chinoise, aussi il n'y a aucun endroit pour prendre un petit déjeuner décent. Nous trouvons une vague supérette, dans laquelle nous achetons des "milk tea" en poudre. Cela faisait un certain temps que nous hésitions à essayer ces préparations de thé au lait lyophilisé.

Nous en choisissons deux, un goût café, et l'autre goût chocolat (mais nous nous trompons de paquet, et le prenons goût pêche). Le problème, c'est que nous ne savions pas qu'en réalité, il s'agit de Bubble tea, c'est-à-dire de thé au lait avec des boules gélatineuses de tapioca. Le mélange est lourd et indigeste. Nous en réchappons difficilement.

Ville industrielle

Notre long trajet dans un bus local, depuis la ville de Datong jusqu'au complexe de grottes bouddhiques, nous permet d'apercevoir une ville en Chine. Bien évidemment, avec autant de produits Made in China, il faut bien les villes industrielles qui vont avec. Datong en est une. Dans le bus, que des visages burinés et des mains calleuses d'ouvriers illettrés chinois. La plupart sont trop épuisés ou trop abrutis par leur travail pour remarquer notre présence. Tous se rendent au travail, déjà fatigués de la journée qui les attend.

La ville de Datong semble être de couleur unie : tout y est fait de briques orange, type de paysage quasiment disparu aujourd'hui en France, à part peut-être dans le Nord ou dans les Ardennes.

Des grottes, des grottes et des grottes

Je me doute que la perspective d'aller visiter des "grottes bouddhiques" n'est pas forcément très glamour. Mais il y en a un paquet en Chine et nous n'en avions toujours pas vus. Il était hors de question, après tant de témoignages de la culture bouddhiste, de passer à côté de cette forme primitive de la religion.

En réalité, les grottes de Datong, qui datent du Ve siècle, ne sont pas à proprement parler des "grottes". Il s'agit plutôt de niches creusées dans une façade de pierre, côte à côté. Les plus grosses contiennent des statues gigantesques de Bouddha, un peu comme celles que les talibans avaient fait exploser en Afghanistan.

Les gigantesques Bouddhas de pierre, dont le visage émerge difficilement de la pénombre de leurs grottes, dégagent une mystérieuse beauté. Ils sont immenses sans pourtant être écrasants et posent sur l'humble touriste un regard bienveillant. On a l'impression qu'ils sont ici à méditer depuis une éternité.

Par ailleurs, la peinture sur beaucoup de bas-reliefs sculptés a miraculeusement tenu jusqu'à nos jours. Ce qui les rend plus vivantes, plus émouvantes que beaucoup de celles que nous avons jusqu'ici vues :


A noter aussi, une étrange et grande statue de Bouddha, qui ressemblait paraît-il au souverain de l'époque, lequel ne brillait sans doute pas par sa beauté :

Départ en Transmongolien
Une fois rentrés à Datong, dernier déjeuner dans un restaurant local, où les serveurs nous regardent pendant tout le repas avec de grands yeux ronds, rejoints par des clients policiers qui ne toucheront pas à leur assiette, hébétés par notre présence dans ce restaurant. Nous faisons un festin en utilisant la technique maintenant rodée du "donnez-moi ce qu'il y a dans l'assiette de ce client, monsieur".

Après une attente un peu mélancolique sur la grand-place devant la gare, tout en mangeant des glaces chinoises (valent une bouchée de pain, probablement faites à partir de lait Sanlü frelaté), nous nous décidons à récupérer nos bagages, et à prendre ce satané train direction la Mongolie.

Une fois dans la gare, surprise un peu flippante : notre train n'apparaît pas sur le panneau d'affichage ! Dans un coin de la gare, derrière une vitre, un policier chinois semble contrôler on-ne-sait-quoi. En l'absence d'un bureau de renseignements, Aglaé et moi, un peu stressés, montrons notre billet de train au monsieur, en demandant "Zai nali ?" ("?"). Il nous demande de faire le tour. Nous rentrons dans son bureau, il s'empare de nos billets, nous demande quelque chose.

Ah oui, nos passeports. Il s'en empare, et se plonge dans une lecture méditative, passionnée, légère, de nos précieux documents. Il semble faire une vérification, ou plutôt occuper son ennui. Les yeux d'Aglaé deviennent ronds : mais qu'est-ce qu'il fait ?

Nous lui répétons en choeur : "Zai Nali, zai nali ?", croyant qu'il n'a pas compris que notre train allait partir dans 5 minutes. Il ne nous écoute même pas. Nous paniquons littéralement. En choeur, en français : "mais qu'est-ce qu'il fout cet abruti de flic ?".

Heureusement, il ne parle ni anglais, ni français, ni rien. Finalement, un autre homme vient le rejoindre, et lit aussi le passeport. Sans échanger un mot, ils se lèvent, et nous font signe de les suivre. Ils croisent une dame de ménage, lui demandent quelque chose. Elle part en courant dans un sens. Les types assurent. Nous continuons à les suivre, jusqu'à une porte verrouillée par un cadenas, qu'ils ouvrent uniquement pour nous. Nous arrivons sur les quais et les suivons dans un sous-sol, jusqu'à aboutir à un autre quai. Ce dernier est vide, à part 7 ou 8 autres hommes en costume militaire (ou policier ?) (ou juste un costume du personnel de la gare ?), qui attendent, sans bouger un muscle.

Nous ne sommes pas sûrs de comprendre. Notre train va vraiment arriver là ? Nos guides nous demandent de rester à notre place et d'attendre. Au bout de quelques minutes, un magnifique train arrive. Une locomotive verte et rouge, surmontée d'une énorme étoile rouge, pénètre avec des craquements formidables dans l'enceinte de la gare. Accrochée à elle comme la traîne d'une étoile, un petit nombre de wagons d'un vert sombre, chacun portant en cyrillique et en chinois les indications "Pékin --> Oulan Bator". Le train s'arrête, nous montrons nos billets à l'homme qui sera notre chef de wagon jusqu'à Oulan Bator. Il nous fait signe de le suivre, et une minute après nous voilà partis.

Nous avons eu un cortège d'une douzaine de militaires (ou de policiers ?), en casquettes rondes et en costume, uniquement pour que nous, deux petits voyageurs français, puissions monter à bord du Transmongolien.

On appelle ça un départ en fanfare !

vendredi 26 juin 2009

La Cité Interdite aux solitaires et l'usine à délires autorisés

22 avril

1° La Cité interdite aux solitaires
Nous décidons de nous lancer courageusement à l'assaut de l'immense Cité Interdite. Nous commençons par errer lamentablement le long des murs rouges avant de finir par trouver l'entrée, mal indiquée.


Une fois les tickets achetés au milieu de hordes de touristes, nous pénétrons enfin dans la mystérieuse enceinte. Et là, on se sent très seuls. Certes la foule est compacte, mais elle est uniquement constituée de groupes. L'armée des casquettes jaunes semble se ruer pour attaquer l'armée des casquettes rouges sous les yeux des casquettes vertes qui n'écoutent pas bien leur chef qui hurle dans un mégaphone. Des drapeaux, ou pire des pandas en peluche embrochés sur des batons, s'agitent de toute part pour guider ce beau monde.

A deux, nous faisons complètement tâche. Nous sommes insignifiants face à ses masses à couvre-chefs colorés. J'imagine dérober un drapeau bleu et lire le Guide du Routard dans un mini-mégaphone à un Charly portant une casquette orange. Immense tristesse que de ne pouvoir véritablement former un groupe à deux . Heuseusement, nous croisons le regard compatissant des quelques autres mini-groupes de 3 Américains ou 4 Allemands, noyés au milieu de cette foule bridée et débridée.


Malgré notre isolement, nous nous émerveillons devant la suite de palais aux toits recourbés, d'une grande élégance. On commence par les salles de réception de l'Empeur pour ensuite se retrouver dans ses appartements privés. Les bâtiments portent tous des noms bien chinois : la Salle de l'Harmonie Suprême est suivie de la Salle de l'Harmonie Parfaite et enfin de la Salle de l'Harmonie Préservée ; ou encore le Palais de la Pureté Céleste jouxtant le Palais de la Tranquilité Terrestre. C'est à la fois très harmonieux et très intimidant, et surtout tellement grand !


Nous finirons par nous réfugier dans une partie moins fréquentée où sont exposés des bijoux somptueux, des costumes cousus d'or et des horloges délirantes.

Nous ressortons des heures plus tard, fascinés et épuisés. Nos estomacs grondent rageusement et nous finissons par trouver un providentiel kebab (toujours les chinois d'origine turque) devant lequel Charly exécute son habituelle danse de la brochette : yeux ronds, salive à la bouche, sourire enjôleur, pression du coude pour faire changer de direction, puis phrase innocente "tu n'as pas envie d'une brochette Aglaé ?". Nous recommandons chaudement ce mets à un Français sympathique qui passait par là.


2° L'usine à délires autorisés
Nous décidons de changer d'ambiance et de nous diriger vers un ancien quartier industriel transformé en centre d'art contemporain, le 798. C'est un lieu subversif mais autorisé et encouragé par des autorités chinoises soucieuses de montrer un visage moderne et ouvert. C'est aussi une véritable galère pour atteindre cet endroit car Pékin est immense.


Après deux métros et un bus éternel, peut commencer une errance surréaliste entre sculputures délirantes et dénudées, usines de brique à moitié écroulées, amas de tuyaux fumants, voies ferrées désaffectées, galeries d'art souvent fermées et slogans douteux comme "Beyond Globalization".

Cette ambiance nous plaît beaucoup. Les oeuvres d'art ne sont pas forcément toutes géniales, mais il est toujours évident que ces artistes sont Chinois et parlent de la société dans laquelle ils vivent. Ca change du caillou peint en rouge et posé sur un vieux morceau de moquette dont on a l'habitude en France et qui, apatride, aurait pu être "créé" par n'importe qui, n'importe où.



Pour finir, nos humbles contributions à l'esprit "art content-pour-rien" du lieu:

Journée au 7e Ciel !

21 avril

Le ciel demeure d'un bleu éclatant et plus nous visitons Pékin, plus nous aimons cette ville. Notre première étape est le Temple du Ciel: c'est en fait un ensemble de temples dans un grand parc, dédiés à aux divinités de la nature pour assurer de bonnes récoltes. Ces cultes sont très anciens et ont été plus ou moins mélangés au bouddhisme.


L'arrivée dans le parc est enchanteresse : c'est le paradis des petits vieux heureux. Certains ont mis de la musique et dansent, d'autres forment une chorale, jouent au mahjong ou aux échecs, font de la gymnastique ou simplement discutent. Mes préférés sont un papy et une mamie qui chantent de l'opéra chinois en jouant la jouvencelle et le fier damoiseau. Tous se fichent du regard des passants et ont le sourire aux lèvres. Ca fait plus envie que nos maisons de retraites!

Les petits temples sont plus jolis les uns que les autres, leurs tuiles vernissées bleues brillent de milles feux. Il y a même des trucs marrants à faire dans les temples : dans l'un d'entre eux un effet d'écho étonnant me permet de parler tout bas près d'un mur à Charly et de l'entendre me répondre, alors qu'il est à une trentaine de mètre, derrière d'autres bâtiments.


Nous sommes sous le charme du lieu et errons de longs moments dans les immenses jardins remplis de fleurs et d'arbres biscornus.




Nous trouvons difficilement un bus pour nous diriger vers l'immense place Tien-Nan-Men. Nous faisons d'abord un détour pour jeter un oeil au fameux nouvel Opéra de Pékin, surnommé "l'oeuf". Ultramoderne mais surtout affreux :



Retour à Tien Nan Men. Il y a des contrôles de sécurité minutieux à toutes les entrées de la célèbre place et pas mal de flics en faction. C'est gigantesque et dépareillé : d'anciennes portes chinoises côtoient des bâtiments austères en béton, des statues réalistes-socialistes, des drapeaux chinois, évidemment le portrait géant et le mausolée de Mao, mais surtout beaucoup, beaucoup de vide. On croise un peu partout de paysans venus du fin fond de la Chine faire l'unique voyage de leur vie: voir en 2 jours la momie de Mao, la Grande Muraille et la Cité Interdite. Les groupes, suivant au pas de course un guide à drapeau, sillonent les pavés gris dans tous les sens.



La lumière se fait de plus en plus douce et nous décidons d'aller contempler la Cité Interdite pour la première fois du haut de la "Colline du Charbon". Cette colline artificielle, qui s'élève au nord de la Cité Interdite, a été construite pour barrer la route aux mauvais esprits (qui viennent toujours du Nord, allez savoir pourquoi).

Pour atteindre ce fameux point de vue, nous devons d'abord longer les hauts et longs, très longs murs rouges. Nos jambes commencent à nous lâcher car les distances sont gigantesques. Mais une fois le sommet de la colline atteint, nous sommes largement récompensés. L'océan de toits en tuiles jaunes de la Cité Interdite s'étend à nos pieds, et au loin la ville moderne à perte de vue. Splendide!

Nos jambes protestent déjà à l'idée des centaines de bâtiments et de cours qu'il va falloir traverser demain, car nous prévoyons de visiter la Cité Interdite !


Et pour la route, une incise en style Skyblog:
Z'avé vu kom il est bô mon mec? Je le kiffe grave! :d

La vraie-fausse armée et la fontaine musicale






17 et 18 avril 2009
Suite de nos aventures à Xi'an, l'ancienne capitale de la Chine impériale.

Découverte dans les années 1970 et pas encore totalement mise au jour, l'armée de terre cuite enterrée aux abords du tombeau de l'empereur Qin fait partie des merveilles archéologiques de notre planète. Il s'agit de milliers de soldats de terre cuite, parfaitement ressemblants, tous différents, enterrés dans un gigantesque tombeau dont personne n'a jamais su l'existence, et qui a été découvert par hasard par des paysans qui creusaient un puits, il y a bientôt 30 ans.

Il s'agit d'un des sites les plus visités de la Chine, après bien entendu la Grande Muraille et la Cité Interdite. Pourtant il ne s'agit pas véritablement d'un musée, ou d'un site archéologique comme on pourrait l'entendre en Grèce, en Italie ou en Egypte : ici il s'agit dun site archéologique encore en train d'être fouillé !

Par conséquent, c'est assez décevant, tout le monde nous avait prévenu : on reste très loin des statues, et seule une petite partie des statues a été réparée (car on n'a retrouvé que des statues en fragments, qu'il faut recoller comme des pièces de puzzle).

Pourtant, visiter ces grands hangars, avec ces milliers de statues d'achers, de cavaliers, de chars, reste vraiment impressionnant. Comment croire que ces vestiges ont plusieurs milliers d'années ?

D'ailleurs, certains ne le croient pas, comme on peut le lire au bas du lien que je vous ai donné. Il existe une théorie comme quoi ces statues seraient fausses. Indécidable pour le moment, la question n'en est pas moins dérangeante (nous avons appris son existence après la visite, fort heureusement), et nous ne sommes pas assez experts pour juger de la question. Et si c'était le cas, la taille de la supercherie serait tout de même formidable, et à féliciter !

Quant à moi, j'ai des doutes : pourquoi les autorités chinoises auraient-elles créé de toutes pièces une "attraction touristique" aussi décevante, aussi nulle ? J'imagine que si ça avaient été des pièces archéologiques montées de toutes pièces, on aurait "retrouvé" des statues intactes, et non pas des décevants petits morceaux à reconstituer. Mais je suis d'accord qu'il y a des grosses zones d'ombres dans le dossier, et que l'obligation de se tenir à vingt mètres au-dessus du chantier génère une insatisfaction propice au soupçon.

Il y avait bien évidemment du monde dans les 3 hangars correspondant aux trois zones de fouille, se tordant le cou pour apercevoir les soldats. Mais la magie était là, et lorsque nous pénétrâmes dans la plus grande salle, ce fut le souffle coupé que nous découvrîmes toute cette terre cuite.

Les quelques statues que nous pouvions approcher, exposés dans des vitrines, nous ont permis d'apprécier la finesse des détails et des expressions faciales des soldats enterrés.

La pagode du foie d'oie sauvage
La visite de l'armée enterrée, très excentrée par rapport à la ville de Xi'an, nous ayant pris la journée, le lendemain nous partons en quête de la Pagode de l'Oie Sauvage. Il fait un temps encore plus humide que la veille, et rapidement nous nous retrouvons sous la puie. Ce qui n'est pas gênant lorsqu'on est entassé dans un bus chinois, mais qui commence à être embêtant lorsqu'il s'agit de visiter une pagode.


Cette pluie battante tombe en même temps que la fameuse overdose de temples. Nous sommes d'ailleurs étonnés qu'elle ne nous soit pas tombé dessus avant. Nous sommes venus pour visiter la Pagode de l'oie Sauvage, splendide et très vieille tour religieuse chinoise, mais tout ce que nous voyons, ce sont les sempiternels guichets d'entrée, les sempiternels tickets, les habituels panneaux explicatifs inintéressants, les mêmes salles de prière, les mêmes statues de Bouddha. La pluie ne participe pas à la bonne humeur, et nous sommes clairement lassés de tous ces temples, avec la honte qui y est liée : combien de personnes rêveraient d'être là, alors que nous y sommes et jouons les blasés ?

Heureusement nous avons croisé des curieuses mariées :

et un peu fait les idiots avec les statues un peu bêtes qui se trouvaient là :


Ville fontaine


La pluie tombe de plus en plus fort, au point que je suis forcé de me mettre une boîte de pop-corn vide sur la tête pour échapper à l'eau. Je ressemble à un rocker, les gens rient et viennent me prendre en photo. C'est alors que juste devant la pagode, quelque chose de difficilement descriptible nous tire de notre torpeur : c'est l'heure du spectacle musical de la plus grande fontaine du monde.

Les Chinois, qui aiment bien faire les choses en grand, ont décidé de construire la plus grande fontaine du monde, et de faire des petits spectacles chorégraphiés, au rythme de musiques stupides. Toutes les deux heures, un monde fou se rassemble et admire avec des "oh" et des "ah" comment les fontaines font des petits mouvements accordés à la musique. Le bassin, tout en longueur, s'étend bien sur 250 mètres, et certaines fontaines crachent de l'eau à des altitudes inoubliables.



Trois mois avant, nous avions pu rire et admirer les fontaines musicales du Laos, déjà offertes par les Chinois, déjà de mauvais goût :



Nous avons pu pleurer de rire sous la pluie en admirant le plus grand spectacle de fontaines musicales du monde, à Xi'an :



Lorsque nous sommes rentrés nous sécher dans un fast-food très sympathique où des télés diffusaient Tom et Jerry, ce qui augmentait significativement ledit capital sympathie, je sors le ticket du bus de nuit que nous sommes censés prendre pour rentrer à Beijing.

C'est à ce moment là que tout est parti en eau de boudin...

Universellement crétin

15 avril

Apparemment, les Chinois ont besoin de reconnaissance internationale. On croirait même qu'ils ont attrapé un virus lorsqu'ils ont organisé les Jeux Olympiques de Pékin de 2008. Déjà parce que l'évènement a beau être passé, on voit encore partout des pubs, des stickers et des casquettes à l'effigie de l'évènement. Et ce même si on approche de la date anniversaire des JO de Beijing.

Il est probable qu'une minorité de gens ont remarqué le ridicule de la situation (vous vous imaginez, s'il y avait encore des pubs à la télévision pour France 98 ?), ou ont en tout cas compris qu'il n'allait pas être possible de surfer indéfiniment sur ces JOs. Toujours est-il qu'ils se sont trouvés une nouvelle marotte, ces Chinois futés : Shanghai a été choisie pour organiser l'Exposition Universelle de 2010.

Il faut l'avouer, partout ailleurs dans le monde l'Exposition Universelle ne produit pas plus de ferveur qu'une partie de pétanque organisée chez Valérie Giscard d'Estaing. Mais à Shanghai, c'était LA principale raison de vivre. A tous les coins de rue, des statues de la mascotte de Shanghai, une espèce de... chose... indescriptible. Je joins une photo pour que vous vous rendiez compte :


C'est une bonhomme bleu censé représenter l'Expo. Il est absolument partout, partout, partout. Petits dessins-animés sur les télés du métro ou du bus, en nounours, en dessins sur des bateaux, en carton sur des immeubles, sur les stylos, les magazines, les livres... Immanquable mais bien sûr insupportable, l'Exposition Universelle concentre tout le pouvoir de propagande du pouvoir central. On imagine bien l'idée derrière : c'est la crise, les Chinois commencent à avoir assez d'argent pour vouloir aussi la liberté qui va avec, envoyons-leur une mascotte bleue pour leur vider la tête ! Faisons de l'Expo Universelle une grande fête à laquelle tout le monde participera (participation = construire des nouveaux bâtiments pour accueillir les délégations de tous les pays), ça leur changera les idées.

Le slogan, répété partout, est particulièrement crétin : "Better city, better life". Contrairement à tout ce que vous avez pu croire, avoir de quoi manger, avoir de quoi se soigner, avoir le droit de se déplacer librement dans son pays et dans d'autres pays, avoir droit à une justice équitable, tout ça n'est pas du tout l'assurance d'avoir une meilleure vie que les autres. Non, il faut juste une meilleure ville de Shanghai !

Wouah Shanghai !!!
Blague à part, l'Expo Universelle était bien évidemment à l'honneur au Musée d'Urbanisme, notre pire expérience à Shanghai. J'y ai suivi Aglaé, qui avait très envie de le visiter, vu le métier qu'elle veut faire.

Une expérience horrible, oui. D'abord il y avait une salle insupportable censée représenter le Shanghai du temps des colons (pas bien ! mais joli hein, mais pas bien non plus!), assorti de mythiques vidéos ridicules, représentant sous les traits d'acteurs démoralisés des épisodes "hystoriques" Shanghai. On y voyait des pécheurs, des philosophes chinois, etc. Premier éclat de rire, le dernier probablement.

Suite du musée, donc, avec l'étage entier consacré à l'exposition universelle. Succession de salles avec des milliers de textes écrits en chinois. Comme pour tout le reste du musée, un texte sur vingt est traduit (je dirais plutôt résumé) en anglais. Et pourtant, ils réussissent la prouesse bien chinoise de se répéter. Sacrés muséographes chinois, toujours là pour se répéter.

Joyau de l'étage, la vidéo envoyée par Shanghai au comité qui devait décider de la prochaine ville qui accueillerait l'expo. Sommet de kitscherie à la chinoise : musique au violon, sourires, ethnies chinoises partout, et surtout, surtout, les enfants. Au début, nous remarquons une présence ahurissante de mignons enfants chinois souriants (le film débute même par une enfant "trop chou" qui chantonne une chanson chinoise "trop mignonne"). Au bout d'un moment, je comprends qu'il s'agit DU PRINCIPAL argument de vente de Shanghai : je compte qu'un enfant est présent en moyenne un plan sur trois.

C'est littéralement du terrorisme intellectuel : comment pouvez-vous refuser de donner l'organisation lorsque vous avez vu tant d'enfants mignons ? Hein ? Ce serait vraiment dégueulasse, non ?

Le reste du musée est navrant : outre le manque d'intérêt criant des choses exposées, et le côté creux des discours, partout des écrans tactiles, des machines incroyables, des senseurs, des écrans à réalité double, des micros, des casques et... quasiment rien ne marche. "Des réglages sont en cours" à tous les étages.

Typique des Chinois actuellement, qui veulent tout faire comme les Occidentaux, trop vite, trop fort, mais qui n'ont pas les moyens techniques et financiers de suivre. Alors ils font illusion pendant cinq secondes et quand le monde a regardé ailleurs, rien ne marche déjà plus. Un peu comme dans la scène de La vérité si je mens 2 (eh oui la référence), où les héros font visiter l'usine en Tunisie, où aucun ordinateur ne marche, et où tout le monde fait semblant de taper sur des écrans éteints.

Un peu comme les Soviétiques, oui, aussi.

Enfin, clou non plus de l'étage, mais de la visite, une salle-cinéma à 360° (la seule "attraction" qui n'était pas cassée), où se pressaient des lycéens chinois. Un film en images de synthèse montrait le Shanghai de demain, ou d'aujourd'hui, ou d'après-demain, le temps d'une journée (pas bien compris). On survolait la ville à toute vitesse, comme dans un hélicoptère, pendant que deux voix-off d'enfants s'enthousiasmaient à force cris sur la ville.

(mais pourquoi des voix d'enfants dans un musée d'urbanisme ? est-ce que tous les Chinois sont devenus idiots ?)

Comme ils parlaient en chinois, nous n'avons strictement rien compris, à part les réguliers "WAOUH" poussés par les enfants, faisant sembler de s'extasier sur Shanghai.

Une vidéo drôle mais un peu déprimante, qui montrait une fois encore ce que nous vous disions il y a trois messages : Shanghai est une ville jolie de loin, très bien conçue vue d'avion, mais absolument pas pensée à échelle humaine. Une ville qu'on aimerait parcourir en hélicoptère, si seulement on en avait un !

(allez une autre pour la route)

Rejoignons-nous dans Tong Li(t)

14 avril

Plusieurs petits villages charmants entourent Shanghai, chacun d'eux étant une Mecque du tourisme : Suzhou, Hangzhou, Zhouzhang. Il paraît que dès qu'il fait beau des foules ahurissantes s'y pressent et investissent chaque centimètre carré de leurs jardins chinois, de leurs canaux charmants, de leurs parcs, de leurs lacs et de leurs collines sacrées.


Aussi avons-nous décidé de plutôt opter pour Tongli, petit village moins touristique, peut-être moins beau, aux alentours de Suzhou, en lointaine banlieue Shanghaienne. Tongli, outre ses petits canaux et ses jardins chinois, propose en plus un musée de la culture sexuelle chinoise, qui à notre grande surprise, était recommandée par le Guide du Routard ET le Lonely Planet comme LA visite à faire dans la région.

Musée fondé par deux sociologues-anthropologue, il a été assez récemment déplacé de Shanghai, où il était un peu gênant, dans cette ancienne école de filles (!), à Suzhou. Le musée n'était pas notre raison de venir, mais vu les commentaires dythirambiques de ceux qui y étaient allés, nous avions décidé d'y faire un tour.

Le trajet de Shanghai à Tongli, en TGV puis en bus, est long et pénible, dans la mesure où tous les TGV du matin étaient pleins à notre arrivée à la gare. Par ailleurs, lors du changement à Suzhou, le harcèlement des chauffeurs de taxis pour nous amener jusqu'à Tongli au tarif fort est rapidement énervant.

Nous pénétrons finalement dans le village de Tongli (qui doit bien avoir 300 000 habitants). Dès qu'on rentre dans la vieille ville, l'enchantement est partout : des petits canaux ombragés sinuent le long de quais plantés d'arbres, où de petites tables semblent vous tendre des bras chargés de plats chinois salés, huileux et goutûs.

Nous nous promenons de jardins chinois en jardins chinois, nous nous perdons dans les ruelles, évidemment, prenons un déjeuner au bord de l'eau, admirons une étrange femme qui fait de la pêche au cormoran (les oiseaux ont une ficelle serrée autour du cou pour éviter qu'ils avalent les poissons qu'ils pêchent), et qui pose pour les photographes.


The sex culture museum
Certains d'entre vous attendent ces paragraphes avec impatience, je ne les juge pas.
Avant tout, situé dans le ravissant village dont je vous parlais, le musée du sexe de Tongli, quasiment vide, est surtout un lieu magique : une enfilade de cours calmes, avec petits pavillons, verdure et tutti quanti, vous donne envie de vous arrêter de longues minutes.

Sauf que oui, dans ces jardins, il y a des statues... comment dire... ce sont des statues de toutes époques, certaines de cultures primitives, certaines récentes, et toutes sont vraiment, vraiment drôles. Les photos étaient interdites, et quand bien même il ne faut pas que ce blog soit interdit aux moins de 18 ans, donc vous ne les verrez pas. Disons juste que nous avons beaucoup ri.

Le musée était très intéressant. Féministe, engagé, polémiste surtout dans une Chine encore héritière de la pudibonderie de Mao (qui avait imposé le port de sous-vêtements gris pour éviter que les travailleurs n'aient de tentations). On découvre la Chine comme un continent où la sexualité n'était pas autant attachée à la faute qu'en Occident, puisque les valeurs judéo-chrétiennes n'existent pas. On découvre beaucoup d'humour, mais surtout beaucoup de sérieux dans ce musée parfois très naïf.

A un moment de notre visite de Tongli et de ses jardins, je regarde négligemment ma montre : nous nous rendons compte que l'heure approche où plus aucun bus ne partira de ce petit village pour rejoindre Suzhou, où nous devons prendre le train pour Shanghai. Catastrophe ! Nous avons tellement aimé notre visite que nous avons complètement oublié l'heure, comme toujours. Nous repartons de la partie vieille de la ville en courant, et arrivons exténués à la gare de bus, qui était assez lointaine. Nous attrapons le dernier bus, puis c'est le train, puis c'est le retour dans cette belle ville de Shanghai, avec JS et C.

(nous avons donc mangé turc, cherchez l'erreur)