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samedi 27 juin 2009

Retour à Pékin : des Jeux Olympiques et des bars vides

26-28 avril

Nous arrivons à Pékin en fin d'après-midi. La gare routière du Nord-Est semble être le rendez-vous des Ouïgours de Pékin : des Chinois de culture turque, avec des traits absolument pas sinoïdes, qui ressemblent plutôt à de bons vieux Turcs, conduisent des vélos tirant de petites charrettes. Sur ces charrettes, d'énormes gâteaux qui, pour une fois en Chine, ont l'air très bons.

Ces Ouïgours, probablement bien renseignés, voient en nous des amateurs de sucrerie - j'imagine mal les Chinois aimer ces douceurs. Un premier devant lequel nous passons coupe une petite part de gâteau, et nous la tend en nous proposant de goûter. Je goûte, c'est très bon mais nous refusons d'en acheter plus. Un second nous poursuit quelques mètres avec sa part de gâteau. Un troisième déboule à fond derrière nous, en vélo, nous passe devant, manque de nous renverser en tournant, freine d'un brusque dérapage, dégaine son couteau et se jette sur le monstrueux gâteau. Il en extrait une formidable part et nous la tend. Aglaé et moi éclatons de rire et refusons. Du coin de l'oeil nous voyons un quatrième forcené qui roule vers nous en tirant un nouveau gâteau boursouflé.

Nous n'avons vraiment pas faim, aussi nous changeons de trottoir pour éviter cette folie, fort drôle par ailleurs.


Disneyland Pékin
A Shanghai, à Kunming, à Lijiang, à Dali, nous avions été dégoûtés par des "vieux" quartiers intégralement refaits. A vrai dire, nous étions un peu surpris de ne pas en apercevoir à Beijing, capitale de la fierté chinoise. Mais on ne change pas les Chinois. En cherchant le restaurant de canard laqué auquel nous sommes allés le lendemain (cf notre dernier message "La Gastronomie chinoise à l'épreuve du feu"), nous nous perdons et tombons un peu par hasard sur le projet de rénovation des hutongs situés juste au Sud de la place Tian Nan Men.

C'est vrai, des vieux quartiers populaires si près d'un centre touristique majeur du pays, c'était dommage non ? Du coup, les autorités ont rasé tout le quartier, rue après rue, ont tracé une grande avenue droite (la spécificité de ces vieux quartiers étant des petites rues courbes), ont installé un faux tram roulant sur 100 m (pour faire "vieux"), et ont partout troué les maisons pour y installer des magasins.

Au moment de notre passage, le grand projet n'est pas encore tout à fait achevé : les visites guidées en groupe sont déjà là, notamment devant un célèbre restaurant-usine à touristes de canard laqué (qui annonce une heure de queue) ; les façades et les rues sont finies ; mais les magasins sont encore en chantier, ce qui fait qu'on passe devant des rangées de maisons vides, la peinture à peine sèche, le poitrail ouvert sur des décombres. Nous avons l'impression de passer dans ces villes-fantômes du Far West, vidées après la ruée vers l'Or. Ici la ruée n'a pas encore débuté, mais les fantômes des anciens habitants sont déjà là.

Nous rentrons chez N avec une solide haine du tourisme à la chinoise !


Les deux Indiens souriants et la Vietnamienne de mauvaise humeur
Lors de son année d'échange aux Etats-Unis, Aglaé a fait la connaissance d'une part de Razeena, qui nous avait accueillis au Népal, de l'autre de deux frères jumeaux d'origine indienne, Karan et Kumar. Ceux-ci, nés à Hong-Kong, se sont toujours sentis plus chinois qu'indiens. La preuve, au moment de notre passage à Pékin, ils y vivaient pour parfaire leur apprentissage du mandarin.

Le lendemain de notre retour à Pékin, Aglaé déjeune avec eux pendant que je reste dans un cybercafé glauque pour écrire le blog. Le cyber est situé dans un sous-sol d'une galerie marchande abandonnée, il n'y a aucun autre client que moi, mais c'est le seul que je réussis à trouver dans le quartier de N.

Rendez-vous est pris le soir même pour boire un verre avec eux. Après nous être perdus (ils nous avaient donné rendez-vous à une station de métro dont le nom n'existait pas), nous nous retrouvons enfin. Les jumeaux sont adorables, gentils et drôles, mais un problème de taille les accompagne : la petite amie de Karan, une jeune Vietnamienne, qui a décidé de faire la tête.

On croirait qu'elle veut nous rappeler l'affabilité des Vietnamiens du Nord, tant elle a l'air de s'ennuyer en notre présence : moues, soupirs, yeux au ciel, silence continu (et pourtant elle parle un anglais parfait), absence totale d'intérêt pour ce qui se trame. Elle nous suit en renâclant dans le bar qu'ont choisi les jumeaux.

Pour une raison qui nous échappe encore, ceux-ci nous ont donné rendez-vous dans un quartier absolument désert le soir, pour nous emmener boire un verre dans un restaurant japonais au bord de fermer. Lorsque nous arrivons, le restaurant est vide, et la moitié des serveurs est littéralement en train de dormir autour de la caisse enregistreuse. Lorsque nous poussons la porte, ils se réveillent, courent remettre la musique de fond en marche, allument les télévisions au mur. Je me sens un peu mal de réveiller ces pauvres gens.

Nous passons malgré tout une soirée absolument charmante, dans ce cadre très étrange, puis sautons dans un taxi pour rejoindre notre auberge de jeunesse (N. partant en vacances, nous nous sommes rabattues sur une auberge près de la gare, d'où partira notre train le lendemain).

Ohhh Jeux Olympiques

Il est maintenant devenu sacrilège de passer par Pékin sans payer un hommage à ses nouveaux symboles, à savoir le stade du Nid d'Oiseau (à ne pas confondre avec le nid de poule), le Cube de la piscine olympique, et la tour de retransmissions. Bref, les installations olympiques. Celles-ci, qui occupent une place immense, sont desservies par une ligne de métro spéciale (qui n'a que trois stations), et reçoivent un ahurissant flux de visiteurs, surtout Chinois.

Si la visite de ces installations titille la fibre architecturale en chacun de nous (ces installations sont belles), en ressort un parfum un peu mélancolique. L'un des arguments de la candidature de Pékin aux JO de 2008 était de construire des installations qui resserviraient après les évènements. Or ici, on voit bien que ces immenses immeubles, ces tours, ces stades, ces parcs, sont vides, entièrement vides. Derrière les portes cadenassées de ces beaux bâtiments, qu'y a-t-il ? de grands espaces vides, qui n'auront probablement jamais droit à une deuxième vie.

Dans une ville aussi vaste que Pékin, ça sent un peu du gâchis, mais bon... la Chine avait tellement besoin de ces JO, pour asseoir leur statut international de nouvelle grande puissance, qu'on est prêt à les comprendre...

(mais tout de même, ces avenues piétonnes immenses, ces grandes esplanades vides, c'est un peu flippant, non ?)


Derniers instants pékinois
Notre dernière journée à Pékin est forcément un peu déprimante aussi : le train que nous allons prendre ce soir est le premier tronçon du Transsibérien qui, in fine, nous ramène en Europe. Même si ce n'est pas notre dernier jour en Chine, nous vivons nos derniers instants de voyage en tant que tel : bientôt, nous ne serons plus en voyage, mais sur le chemin du retour.

En réalité, le retour, nous l'avons déjà commencé lorsque nous avons quitté le Japon en bateau, puisque c'était le moment à partir duquel nous avons arrêté d'aller vers l'Est. Mais il y avait encore tant de choses à découvrir. Là, c'est bientôt fini.

Nous faisons de grosses courses pour survivre dans le train jusqu'à Ulan Bator, Mongolie, passons deux dernières heures dans un cybercafé à rattraper le retard du blog (Aglaé devra se boucher le nez tant son jeune voisin sentait mauvais) et récupérons nos bagages à l'auberge de jeunesse.

Gare aux pauvres
La Gare de Pékin, imposante, surplombant une immense esplanade, change radicalement de visage le soir venu. C'est la seule gare de Chine qui ne trie pas les gens à l'entrée. Tout le monde peut donc y rentrer, s'asseoir sur les sièges des immenses salles d'attente, s'allonger, manger, vivre, aller aux toilettes pour se laver.

Quand on sait que les paysans chinois arrivent en général dans les villes sans un sou, sans le logis et sans travail, on n'est donc pas étonné de s'apercevoir que la Gare de Pékin est un gigantesque camp de romanichels. Dans la salle d'attente où nous commençons par nous installer, la puanteur nous saute au nez. C'est un mélange d'odeurs de pieds et de déjections, mêlée à la sueur de ces hommes et de ces femmes qui vivent là. Il y a des immondices et des déchets partout par terre : les pelures de cacahouètes jouxtent les sachets plastiques et les paquets de biscuits écrasés. Beaucoup de gens sont allongés et dorment là.

Je fais un tour aux toilettes. Sans vous parler de l'odeur, je suis surpris de voir le nombre d'hommes qui, torse nu, font leur toilette. Il y en a un qui a la tête plongée dans le lavabo, et qui se fait un shampoing.

Nous quittons l'immense salle d'attente, de peur de nous évanouir, et commandons un café dans un tranquille petit bar installé dans la gare. Notre train part à minuit. A 23h35, les tableaux d'affichage étant incompréhensibles, je m'enquiers auprès de la dame du guichet d'informations du numéro de notre quai de départ. La dame me renseigne aimablement.

Je retourne à la table où Aglaé continue à découper des papiers pour son Scrapbook. Au bout de 5 minutes, la dame de l'accueil quitte son pupitre, et se précipite à ma rencontre : "vite, vite, il faut aller prendre votre train, dépêchez-vous !". Notre train part dans un quart d'heure !

Un petit vent de panique, émis par cette dame, nous gagne doucement. Nous rangeons nos affaires mollement et trottons pour rejoindre notre quai. Nous sommes dans un long couloir plongé dans la pénombre, et l'on distingue à peine des gens qui dorment par terre, un peu partout. La gare de Pékin est pire que toutes les gares d'Inde !!!

Autour de nous, des gens courent aussi pour attraper leur train. Bien entendu, nous sommes largement en avance, et avons tout notre temps pour trouver notre wagon et nous installer. Les Chinois sont tellement en avance ! Quand je pense que la dame de l'accueil nous a pressés, prise d'une panique folle, alors que nous avions 20 minutes d'avance ! C'est difficile à croire pour les Parisiens retardataires que nous sommes.

Notre train est un vieux modèle que nous n'avions jamais rencontré auparavant. Peu confortable, sale, lui aussi baigné d'une vague odeur de moisi, il donne l'impression d'être surpeuplé et bruyant. Aglaé et moi sommes à bout de fatigue, et nous écroulons dans nos lits : nos dernières heures en Chine nous ont montré une intensité dans la misère que nous n'avions même pas pu entrapercevoir pendant le mois passé dans le pays !

Nous nous couchons en espérant que notre tout dernier jour en Chine, le lendemain à Datong, se passera sans anicroches !

vendredi 26 juin 2009

La Cité Interdite aux solitaires et l'usine à délires autorisés

22 avril

1° La Cité interdite aux solitaires
Nous décidons de nous lancer courageusement à l'assaut de l'immense Cité Interdite. Nous commençons par errer lamentablement le long des murs rouges avant de finir par trouver l'entrée, mal indiquée.


Une fois les tickets achetés au milieu de hordes de touristes, nous pénétrons enfin dans la mystérieuse enceinte. Et là, on se sent très seuls. Certes la foule est compacte, mais elle est uniquement constituée de groupes. L'armée des casquettes jaunes semble se ruer pour attaquer l'armée des casquettes rouges sous les yeux des casquettes vertes qui n'écoutent pas bien leur chef qui hurle dans un mégaphone. Des drapeaux, ou pire des pandas en peluche embrochés sur des batons, s'agitent de toute part pour guider ce beau monde.

A deux, nous faisons complètement tâche. Nous sommes insignifiants face à ses masses à couvre-chefs colorés. J'imagine dérober un drapeau bleu et lire le Guide du Routard dans un mini-mégaphone à un Charly portant une casquette orange. Immense tristesse que de ne pouvoir véritablement former un groupe à deux . Heuseusement, nous croisons le regard compatissant des quelques autres mini-groupes de 3 Américains ou 4 Allemands, noyés au milieu de cette foule bridée et débridée.


Malgré notre isolement, nous nous émerveillons devant la suite de palais aux toits recourbés, d'une grande élégance. On commence par les salles de réception de l'Empeur pour ensuite se retrouver dans ses appartements privés. Les bâtiments portent tous des noms bien chinois : la Salle de l'Harmonie Suprême est suivie de la Salle de l'Harmonie Parfaite et enfin de la Salle de l'Harmonie Préservée ; ou encore le Palais de la Pureté Céleste jouxtant le Palais de la Tranquilité Terrestre. C'est à la fois très harmonieux et très intimidant, et surtout tellement grand !


Nous finirons par nous réfugier dans une partie moins fréquentée où sont exposés des bijoux somptueux, des costumes cousus d'or et des horloges délirantes.

Nous ressortons des heures plus tard, fascinés et épuisés. Nos estomacs grondent rageusement et nous finissons par trouver un providentiel kebab (toujours les chinois d'origine turque) devant lequel Charly exécute son habituelle danse de la brochette : yeux ronds, salive à la bouche, sourire enjôleur, pression du coude pour faire changer de direction, puis phrase innocente "tu n'as pas envie d'une brochette Aglaé ?". Nous recommandons chaudement ce mets à un Français sympathique qui passait par là.


2° L'usine à délires autorisés
Nous décidons de changer d'ambiance et de nous diriger vers un ancien quartier industriel transformé en centre d'art contemporain, le 798. C'est un lieu subversif mais autorisé et encouragé par des autorités chinoises soucieuses de montrer un visage moderne et ouvert. C'est aussi une véritable galère pour atteindre cet endroit car Pékin est immense.


Après deux métros et un bus éternel, peut commencer une errance surréaliste entre sculputures délirantes et dénudées, usines de brique à moitié écroulées, amas de tuyaux fumants, voies ferrées désaffectées, galeries d'art souvent fermées et slogans douteux comme "Beyond Globalization".

Cette ambiance nous plaît beaucoup. Les oeuvres d'art ne sont pas forcément toutes géniales, mais il est toujours évident que ces artistes sont Chinois et parlent de la société dans laquelle ils vivent. Ca change du caillou peint en rouge et posé sur un vieux morceau de moquette dont on a l'habitude en France et qui, apatride, aurait pu être "créé" par n'importe qui, n'importe où.



Pour finir, nos humbles contributions à l'esprit "art content-pour-rien" du lieu:

La gastronomie chinoise à l'épreuve du feu

CAS D'ETUDE N°1 : 21 avril

Après la visite de la colline du charbon, notre ventre étant particulièrement vide, nous nous dirigeons à pied vers un quartier censément sympathique pour sortir et dîner. En effet, nous voilà vite face à un des nombreux petits lacs qui parsèment la ville : néons des petits restaurants à terrasse, bars, musique douce, éternels pédalos en forme d'animaux glissant sur l'eau. Bizarrement très charmant, et pas (trop) kitsch.

Nous partons à la recherche d'une adresse donnée par un guide. Après s'être perdus dans les dédales d'un hutong (quartier de minuscules rues passant entre des bâtisses traditionnelles pékinoises), nous atterrissons dans le quartier des brochettes. Faciles à reconnaître, les restaurants arborent le signe chinois "brochette", reconnaissable à sa forme de... brochette : !

Nous voilà entrés dans le restaurant recherché. Une ambiance étudiante ahurissante, tout le monde entassé sur de minuscules tables. Aux murs des affiches du Che, de Mao, des vieilles publicités, et avec tout ça un air de vieille cave enfumée. Ca fume, ca mange des milliers de brochettes entassées sur les tables, et surtout ça avale de la bière.

Après nous être assis, nous avisons la minuscule carte en chinois. On ne comprend rien. Le serveur arrive en courant, et nous montre qu'il nous faut nous dépêcher de faire notre commande. Nous lui montrons que nous ne lisons pas le chinois. Le type s'énerve franchement. Je lui demande de repasser, il nous lance des regards méprisants. Un peu échaudés, nous décidons de faire un effort, car le restaurant est vraiment sympathique. A ma droite, ils ne parlent pas anglais du tout, désolé.

Je demande à mes autres voisins, un jeune homme qui parle très près d'une jeune demoiselle, s'ils parlent anglais. Oui ! Le type essaie de nous aider, nous explique qu'il faut choisir une partie du poulet, du blanc, des ailes, des coeurs, des foies, etc. Nous nous décidons pour la spécialité de la maison, des ailes, et du maïs grillé, le tout arrosé de bière chinoise fraîche. On finit par comprendre qu'il faut choisir son degré de violence des épices. Ca va de "not so spicy" à "crazy spicy" (peu épicé à follement épicé), on prend un degré intermédiaire.

Le gentil voisin passe commande pour nous en chinois, nous le remercions bien, et le laissons faire sa cour à la demoiselle. Pendant que nous attendons, nous les voyons se rapprocher, se caresser les cuisses, s'embrasser goulûment.

Une bonne anésthésie
Nos plats arrivent, nous sommes ravis : les ailes de poulet sont absolument délicieuses. Les épices qui les parsèment sont absolument inconnues. Leur goût est neuf, fort, inoubliable. Surtout, nous nous rendons compte que, plus qu'elles ne piquent, ces épices nous insensibilisent totalement les lèvres. Au bout de deux brochettes, je ne sens plus du tout mes lèvres, plongées dans une profonde anesthésie très troublante.

Du coup nous en recommandons une tournée. Pendant ce temps-là, la situation de nos voisins a dramatiquement évolué. La jeune fille pleure à gros bouillons sur l'épaule de l'homme qu'elle embrassait il y a une seconde. L'inondation lacrymale s'amplifie, jusqu'à ce que l'homme décide de la faire sortir du restaurant en courant. Il nous jettera un dernier regard sympathique avant de partir.

Nous lançons tout un tas d'hypothèses sur cette conduite un peu étrange. Version Aglaé : il lui a dit qu'il allait quitter sa promise pour aller avec elle et, trop heureuse, elle s'est mise à pleurer. Version Charles : elle est amoureuse de lui, elle rêve d'un dîner romantique, mais lui n'a rien compris et l'emmène manger des brochettes graisseuses et épicées, puis l'embrasse de ses lèvres huileuses et insensibilisées : elle pleure de honte devant le ridicule de la situation. N'hésitez pas à laisser des propositions dans les commentaires.

Nous sortons du restaurant, le ventre plein, légèrement ivres (bonne bière chinoise, d'ailleurs), ravis de la gastronomie chinoise.

CAS D'ETUDE N°2 : lundi 27 avril
Après notre retour de Chengde, je suis bien décidé à manger un canard laqué à Pékin. Je réussis à motiver Aglaé en lui dépeignant l'aspect d'un canard en livrée, prêt à tout pour nous servir : le fameux canard laquais. Elle mort à l'hameçon et est prête à me suivre dans ma quête.

Nous optons pour la solution la plus authentique : une adresse célèbre auprès des Pékinois, perdue dans un hutong au Sud de Tian Nan Men. Nous réservons (ouf la dame parle anglais), et atterrissons dans le restaurant. L'atmosphère est en effet très rustique, un peu crade, mais le rapport qualité-prix marqué sur le guide a aussi joué.

Nous ouvrons les menus, tout en anglais (eh bien ils se sont adaptés à l'affluence de touristes ici) : le canard laqué est monstrueusement cher, quasiment autant qu'en France, aux environs de 30 euros. Ce qui en Chine, avec notre budget adapté au pays, est énorme. C'est quasiment deux fois le prix marqué sur le guide, édité il y a un an.

Nous nous enquerrons poliment de cette différence de prix à la serveuse. Celle-ci s'excuse gentiment avec une phrase plutôt drôle avec le recul : "ah vous savez, c'est l'inflation...".
Nous décidons de passer outre, et prenons notre canard, sans les soupes pas bonnes qu'ils voulaient nous pousser à commander pour gonfler l'addition. Mais mon moral gourmand est un peu atteint par ce qui est évidemment devenu un attrape-touristes.

Du coup le canard était bon, mais je m'attendais à plus à manger...ambiance un peu triste... Je sors du restaurant un peu déçu, et Aglaé devra faire des pieds et des mains pour me consoler !

Moralité : mieux vaut un serveur sinophone malpoli dans un véritable restaurant de locaux que des serveurs anglophones mielleux dans une usine à touriste déguisée en restaurant de locaux !

Et vive la gastronomie pékinoise !

Journée au 7e Ciel !

21 avril

Le ciel demeure d'un bleu éclatant et plus nous visitons Pékin, plus nous aimons cette ville. Notre première étape est le Temple du Ciel: c'est en fait un ensemble de temples dans un grand parc, dédiés à aux divinités de la nature pour assurer de bonnes récoltes. Ces cultes sont très anciens et ont été plus ou moins mélangés au bouddhisme.


L'arrivée dans le parc est enchanteresse : c'est le paradis des petits vieux heureux. Certains ont mis de la musique et dansent, d'autres forment une chorale, jouent au mahjong ou aux échecs, font de la gymnastique ou simplement discutent. Mes préférés sont un papy et une mamie qui chantent de l'opéra chinois en jouant la jouvencelle et le fier damoiseau. Tous se fichent du regard des passants et ont le sourire aux lèvres. Ca fait plus envie que nos maisons de retraites!

Les petits temples sont plus jolis les uns que les autres, leurs tuiles vernissées bleues brillent de milles feux. Il y a même des trucs marrants à faire dans les temples : dans l'un d'entre eux un effet d'écho étonnant me permet de parler tout bas près d'un mur à Charly et de l'entendre me répondre, alors qu'il est à une trentaine de mètre, derrière d'autres bâtiments.


Nous sommes sous le charme du lieu et errons de longs moments dans les immenses jardins remplis de fleurs et d'arbres biscornus.




Nous trouvons difficilement un bus pour nous diriger vers l'immense place Tien-Nan-Men. Nous faisons d'abord un détour pour jeter un oeil au fameux nouvel Opéra de Pékin, surnommé "l'oeuf". Ultramoderne mais surtout affreux :



Retour à Tien Nan Men. Il y a des contrôles de sécurité minutieux à toutes les entrées de la célèbre place et pas mal de flics en faction. C'est gigantesque et dépareillé : d'anciennes portes chinoises côtoient des bâtiments austères en béton, des statues réalistes-socialistes, des drapeaux chinois, évidemment le portrait géant et le mausolée de Mao, mais surtout beaucoup, beaucoup de vide. On croise un peu partout de paysans venus du fin fond de la Chine faire l'unique voyage de leur vie: voir en 2 jours la momie de Mao, la Grande Muraille et la Cité Interdite. Les groupes, suivant au pas de course un guide à drapeau, sillonent les pavés gris dans tous les sens.



La lumière se fait de plus en plus douce et nous décidons d'aller contempler la Cité Interdite pour la première fois du haut de la "Colline du Charbon". Cette colline artificielle, qui s'élève au nord de la Cité Interdite, a été construite pour barrer la route aux mauvais esprits (qui viennent toujours du Nord, allez savoir pourquoi).

Pour atteindre ce fameux point de vue, nous devons d'abord longer les hauts et longs, très longs murs rouges. Nos jambes commencent à nous lâcher car les distances sont gigantesques. Mais une fois le sommet de la colline atteint, nous sommes largement récompensés. L'océan de toits en tuiles jaunes de la Cité Interdite s'étend à nos pieds, et au loin la ville moderne à perte de vue. Splendide!

Nos jambes protestent déjà à l'idée des centaines de bâtiments et de cours qu'il va falloir traverser demain, car nous prévoyons de visiter la Cité Interdite !


Et pour la route, une incise en style Skyblog:
Z'avé vu kom il est bô mon mec? Je le kiffe grave! :d

Bonnes nouvelles à Beijing

20 avril

Les premiers jours à Beijing vont absolument à l'encontre de nos attentes. Les habitants, tout d'abord, nous suprennent : les Shanghaiens étaient globablement de gros rustres qui se croyaient tout permis, des types hargneux, vicieux et malpolis. Aucun habitant de Shanghai ne nous avait souri, ou avait tenté de quelque manière que ce soit de nous montrer qu'il n'y avait pas que des êtres vils dans cette ville.

A Pékin, c'est l'inverse : les Pékinois sont plus souriants et sympathiques que prévus, partout on les voit jouer, sourire, et ils semblent tous surpris et heureux de voir des touristes blancs - alors qu'on pourrait croire qu'ils en voient plus que partout ailleurs en Chine.

Mais surtout Pékin, passé le premier jour où il faisait assez mauvais, nous est apparu comme une ville vivable, à taille humaine, une ville très verte, très aérée, avec quelques véritables vieux quartiers (les fameux hutongs). Par ailleurs, nous avons eu une chance incroyable, dans la mesure où il a fait très beau temps tous les jours : dans une ville réputée pour son temps uniformément gris, les 6 jours de temps parfaitement ensoleillé furent un miracle dont nous étions pleinement conscients !

Enfin, last but not least, là où Shanghai n'était qu'avenues impersonnelles garnies de chaînes et de fast-food, Pékin est un fourmillement de vendeurs de rues, qui font rôtir ou bouillir à peu près tous les produits du monde, quand ce ne sont pas des fruits frais, des livres et des yahourts qu'on vous vend à tous les coins de placettes. Le grand gourmand que je suis en restera ravi à vie.



Une décision difficile à prendre
Ce dont nous ne vous avons jusque là pas parlé, c'est le fait que notre séjour raccourci au Japon nous a mis un peu avance sur notre planning. En effet, en restant 10 jours au lieu de 15 jours, nous nous retrouvons en Chine trop tôt. Or, notre avion Moscou-Paris étant déjà réservé, reste à savoir comment occuper ces 5 jours supplémentaires, question qui avec des erreurs d'estimation (nous pensions que le Transsibérien durait plus de temps que ça), et des contraintes un peu énervantes (il n'y a que deux Transmongoliens par semaine au départ de Pékin), nous plonge dans un casse-tête difficilement soluble.

Pour faire court, nous devons choisir entre trois options :

1) rester en Chine 5 jours de plus, en visitant donc des endroits imprévus autour de Pékin, et faire un passage assez court en Mongolie et autour du lac Baïkal
2) rester en Mongolie quinze jours
3) rester en Russie deux semaines

Nous découvrons vite que notre passage en Mongolie et en Russie n'est pas particulièrement bien adapté : c'est la saison des tempêtes de sable en Mongolie (!), et le temps peut changer très vite du très froid au très chaud ; quant à la Russie, impossible de savoir si le dégel est fini depuis longtemps (arriver après le dégel signifie patauger dans la boue en permanence).

Après de longues hésitations et atermoiements, nous décidons de partir de Chine plus tard, en rajoutant à notre programme Chengde, ancienne résidence d'été des empereurs chinois, et Datong, où se trouveraient de splendides grottes bouddhiques. Ca tombe bien, Datong est sur le chemin du Transsibérien, et nous pourrons peut-être le prendre en route !

Nous nous rendons au bureau des réservations du Transsibérien, situé dans un hôtel de luxe non loin de la gare de Pékin (allez comprendre). Nous y croisons des Canadiens, déjà rencontrés à Xi'an, qui ont réussi à prendre un ticket de transsibérien pour le surlendemain. Nous sommes assez rassurés, car notre plus grande angoisse était que tous les trains soient complets, et que nous ne puissions plus partir de Pékin : lors des mois d'été les trains sont réservés plusieurs mois à l'avance, alors qu'à cette époque les trains sont juste vides. Ouf ! Nous avions un peu peur d'avoir fait les radins sur ce coup : on aurait pu prendre un ticket très à l'avance via une agence de voyage, mais 1) nous n'aurions pas pu changer notre programme au dernier moment comme ici 2) les frais d'agence étaient généralement délirants.

Nous demandons s'il est possible de prendre le train sur le chemin, à Datong. La dame du Bureau des Réservations Internationales, de très mauvaise humeur, nous livre des informations au compte-goutte, en faisant la tête. Aglaé est au bord de l'engueuler. Il nous faut appeler le bureau à Datong, qui nous fait la réservation et nous apprend par le même coup que le train vaut 2 fois moins cher que prévu, si on le prend de Datong ! On ne comprendra par quelle bizarrerie nous faisons ces économies, mais ça nous arrange bien...

Je précise bien que ce fut une décision difficile à prendre, car elle impliquait de passer un temps minime en Mongolie et en Russie. Nous avons bien mis 4 jours à nous mettre d'accord, et le fait que nous nous plaisions beaucoup à Pékin a beaucoup pesé dans la balance.

Ambiance coloc'
Quant à l'ambiance de la colocation de N, nous commençons à nous y faire. Comme nous logeons sur le canapé du salon, nous sentons que nous gênons un peu, et il nous faut attendre que tout le monde soit couché pour pouvoir dormir. Mais N nous a créé dans un coin de la pièce, qui peut être caché par des rideaux, un vrai petit nid douillet, dans lequel nous poussons le canapé pour pouvoir dormir.

N, avec qui nous dînons plusieurs fois, nous parle de cette vie si riche et si inattendue qui est celle des étudiants internationaux de Pékin. Nous sommes rapidement au courant de tous les ragots de son université !

J, le coloc d'Hong Kong, nous fait rire aux larmes malgré lui. Tous les soirs, nous sommes les témoins auditifs de son rituel de beauté. Après avoir pris une douche ponctuée de force raclements de gorge et crachats sonores, il passe systématiquement dix minutes sous le vent de son sèche-cheveux. Il ressort, le torse gonflé d'amour-propre : nous nous cachons pour rire dans le canapé. Moins drôle, il téléphone pendant de longues heures à ses amis à Hong-Kong. Longues conversations en cantonais, entre deux et trois heures du matin...

Promenade estivale au Palais d'Eté
Le lendemain de notre arrivée, un Soleil éclatant nous rappelle ce conseil de N : "s'il fait beau, précipitez-vous au Palais d'Eté, c'est la plus belle chose de Pékin, c'est un grand parc qui vous paraîtra bien gris s'il ne fait pas soleil".


Nous sautons donc dans un bus urbain, et arrivons au milieu d'un flot de touristes devant le Palais d'Eté. Après l'entrée, nous débouchons sur une série de petites cours classiques, très aérées, sympathiques, comme dans un jardin chinois habituel.


Puis, au détour d'un mur, nous voilà devant le Lac Kunming, immense lac artificiel posé au pied d'une colline artificielle (construite avec la terre arachée pour créer le lac), sur laquelle repose de délicats bâtiments. Le tout est un immense parc de saules pleureurs, ponctué de pêchers en fleurs, de ponts aux formes bizarroïdes enjambant des petits cours d'eau, et de pavillons délirants.


Les vues sont extraordinaires, nous avons du mal à y croire. Nous montons sur cette colline, traversons des bâtiments chinois à l'architecture d'un goût rare, apprécions la science du détail des toits et des sculptures, admirons la vue sur Pékin et ses environs verdoyants (surprise, moi qui m'attendais à voir des usines partout, qui ont sûrement dû être déplacées pour les JO).



La foule en délire
Comme dans tous les parcs-monuments de Pékin, un nombre insensé de petits vieux est venu ici pour pique-niquer, bavasser, faire du sport ou danser. Dans ce Versailles pékinois, on les trouve principalement le long d'une galerie couverte apparemment infinie, garnie de fines peintures tout le long. A nouveau, le monument semble vivre indépendamment du flux de touristes qui le visitent.



Dans le registre délirant, l'impératrice Cixi, régente un peu folle de l'Empire Chinois à la fin du XIXe siècle, avait fait construire dans le palais le Bateau de Marbre, faux bâteau de pierre, très fin mais aussi complètement inutile.

Nous rions bien, jusqu'à ce que deux Chinois nous demandent s'ils peuvent nous prendre en photo. Nous acceptons, parce que ça fait longtemps, mais une autre mamie chinoise vient nous prendre en photo, en réclame une autre, nous demande de prendre des poses. Rapidement, une petite foule se crée autour de nous, tout le monde réclamant une photo du couple parfait.


Nous fuyons le shooting de stars en riant, préférant faire le tour du lac : bizarrement, quand on s'éloigne de l'entrée, il n'y a plus beaucoup de touristes... Ceux-ci sont remplacés par de vénérables vieillards chinois, en veste et casquettes maos bleus, devisant gaiment les mains derrière le dos. Un vent féroce agite les saules et les eaux bleu marine du lac. La lassitude culturelle de la Pagode de l'Oie Sauvage de Xi'an est loin, bien loin derrière nous !

Premier jour à Beijing : curiosité renouvellée

19 avril

Retrouvailles avec N, enfin pour Aglaé : je ne le connais quasiment pas. Il pousse un petit vélo : sûrement une technique de camouflage pour avoir l'air d'un Pékinois ! Il nous accompagne le long du trajet pas très court entre le métro et son immeuble, trajet que nous allons parcourir une bonne dizaine de fois pendant notre séjour sur place. Il nous montre son appartement, qu'il partage avec deux autres colocataires étranges : un Suédois autiste (il ne nous adressera jamais la parole, peut-être était-il muet) et un Hong-kongais, semi-top-modèle masculin à ses heures (si, si), qui s'aime beaucoup.

L'appartement est une caricature de colocation de garçons, une garçonnière pur jus : une des marottes des trois amis est de se "trouver" des girlfriends locales. Voilà donc un appartement très grand, très vide et très plein de poussière. S'y entassent dans la cuisine, dont les placards et le frigo ne sont pas très remplis, une dizaine de sacs poubelle prêts à exploser et des cadavres de bouteilles en plastique.


L'appartement me fait rire ; Aglaé, en bonne fille un peu maniaque, manque de s'étouffer. Point n'est besoin de dire qu'elle ne se sent pas très à l'aise dans l'appartement ! Mais nous sommes si contents d'être logés, qui plus est chez quelqu'un que nous connaissons, que nous oublions rapidement la "sobriété" du lieu.

Lamas toujours cracher
Après avoir un peu traîné, nous nous dirigeons vers le temple des Lamas. Un peu à reculons, je vous l'avoue, parce que nous sommes toujours sous le coup de l'overdose culturelle qui nous avait frappé à Xi'an. D'ailleurs, l'idée même de Pékin nous fait peur : il ne s'agit que d'aller voir des temples célèbres, de les visiter dans tous les coins, bref, de faire exactement ce dont nous sommes las.



Or, le Temple des Lamas est une merveille et nous réveille de notre engourdissement culturel : construit pour célébrer l'amitié (à l'époque) entre le Tibet et la Chine, il nous montre pour la première fois l'architecture tibétaine que beaucoup se démènent pour aller voir au Tibet. Tous contents de voir cette fameuse architecture, nous passons de bâtiment en bâtiment, découvrons les toits en tuile jaune qui sont la marque des temples pékinois. A l'intérieur du dernier temple, une gigantesque statue de Bouddha nous écrase et nous humilie.


Ce qui est plus humiliant plus pour eux que pour nous, c'est ce petit panneau devant le temple :


Surtout, nous avons face à nous une ferveur jusqu'ici absente du paysage religieux chinois (qui était un paysage plutôt vide). Partout des gens qui brûlent des cierges, qui s'allongent quasiment par terre à force de faire des courbettes, qui se roulent dans des états mystiques assez frappants. Alors que le reste des Chinois a abandonné quasiment toute forme de bouddhisme, les bouddhistes d'obédience lamaïste (attention ce ne sont pas forcément des Tibétains) sont très très pieux. Cela fait un bien fou, et c'est peut-être la cause de la disparition de notre overdose culturelle : le Temple des Lamas affiche une vie, une ambiance, qui donne l'impression que le lieu est autre chose qu'une (belle) coquille vide.



La soirée se termine dans un charmant petit restaurant de nouilles avec N, après s'être faits littéralement virer de l'appartement par J, le coloc' Hongkongais, qui voulait profiter de son temps avec une "amie" coréenne : après avoir passé 10 minutes à nous dire "ah vous partez, bon appétit alors, hein, au revoir, hein AU REVOIR, BON APPETIT", nous avons fini par mettre les voiles.

Les nouilles seront d'ailleurs parmi les plus délicieuses possibles.

Nous avions un peu peur de l'ambiance grise et froide de Pékin, nous avions torts et en sommes ravis !

Votre mission si vous l'acceptez: atteindre Pékin


18 - 19 avril

16:08
Alors que nous examinons les tickets de bus avec plus d'attention, notre sang se glace dans nos veines. En-dessous du signe "heure" est indiqué 11:00. La veille, Charly a pensé prendre un bus-couchette partant à 11h du soir car il n'y avait plus de places pas chères dans le train de nuit. Mais les Chinois écrivent 23:00 pour 11h du soir...
Charly est atterré et furieux car il avait demandé à la guichetière un bus-couchette et qu'elle avait semblé comprendre. Je lui en veux de ne pas avoir vérifié le ticket comme nous le faisons minutieusement à chaque fois. Mais d'un autre côté, elle parlait bien anglais et tout semblait clair...
Catastrophés, nous sautons dans le premier bus pour la gare routière.

Mais le bus peine dans les embouteillages, il pleut : on craque. On se dit que si la SNCF ne rembourse plus une heure après le départ, pourquoi une obscure compagnie de bus chinois le ferait-elle ? Presque 50 euros de perdus, c'est beaucoup en Chine. C'est un gros trou dans notre budget en perspective et une raison de plus de s'énerver.

16:44
Quand nous arrivons enfin, nous nous précipitons sous la pluie battante et courons au guichet. Nous tentons d'expliquer notre situation à la guichetière, qui évidemment n'est pas la même que celle qui a vendu les tickets à Charly. Nous insistons patiemment, expliquons qu'il y a eu une incompréhension... Je suppose que mon air catastrophé nous aide un peu. Très gentiment, la guichetière nous propose de nous échanger notre billet pour partir le lendemain à 11h. Nous refusons en nous disant que tant pis, nous prendrons le train de ce soir en 1ere classe. Elle appelle alors la sous-chef qui nous emmène voir la grande chef : cette dernière autorise que l'intégralité du prix nous soit remboursé.

Nous sommes surpris et ravis d'une telle compréhension. C'est un des traits des Chinois : tellement malpolis mais au fond tellement gentils !

Il ne reste plus qu'à prendre un billet de train.

17:15
Nous ressortons sous la pluie. Déjà trempés par la visite de la Pagode de l'Oie sauvage, nous ressemblons à de vraies serpillères. Slalomant dans la foule, nous dénichons le guichet pour les étrangers et faisons la queue. Quand nous atteignons le guichet, le verdict tombe, implacable:

-C'est plein!
-Même en "couchettes molles"? (la 1ere classe par opposition aux "couchettes dures")
-Oui.
-Et en "sièges mous" ou "sièges durs"?
-Il ne reste rien. Rien du tout.

Hébétés, nous ressortons de la gare sous la pluie. Il semblerait que nous soyons forcés de passer une nuit de plus à Xi'An...

17:37
Nous retournons, honteux d'embêter encore la gentille gichetière, à la gare routière (heureusement en face de la gare ferroviaire). Nous refaisons la queue.
La malédiction continue : il n'y a en fait pas de bus le lendemain matin à 11h, puisque c'est un dimanche !

Nous sommes à cours d'idées, le désespoir guette.

18:00
Nous sommes de retour dans la cacophonie de la gare ferroviaire, trempés jusqu'aux os et le moral en dessous de zéro. Nous refaisons la queue au guichet pour les étrangers. Nous nous retrouvons face au même guichetier pressé. Nous demandons deux billets pour le train de nuit du lendemain, ou pour n'importe quel train allant à Pékin.

Tous les trains du lendemain sont pleins à craquer. Tous.

18:26
Nous sommes à nouveau sous la pluie, désespérés, à bout de nerfs.
Que faire? Nous n'allons pas rester éternellement à Xi'An où le temps est dégueulasse et où nous avons fait le tour des attractions touristiques!
Nous retournons dans la gare à la recherche d'une solution. Je nous vois déjà prendre un billet pour le surlendemain.

Et là, c'est le miracle.

18:34
Une femme a repéré notre air égaré et s'avance vers nous. Elle nous apostrophe: "Beijing?" Nous lui répondons: "Yes" d'un air perplexe. Elle sort alors de son porte-feuille deux tickets. Ils sont pour le train du soir même, en "couchette molle", soit la première classe.

Nous lui demandons le prix, nous attendons à une proposition astronomique. Elle nous propose un prix légèrment inférieur à celui indiqué sur les billets. Nous n'en croyons pas nos oreilles mais ne perdons pas non plus le Nord et négocions un rabais supplémentaire.

Nous acceptons la transaction avec une crainte. C'est trop beau pour être vrai! Et si c'étaient de faux billets? Nous sommes quand même au royaume de la contre-façon! La dame sent notre réticence et nous donne la carte de son agence de voyage en guise de bonne foi. Je me souviens avoir lu qu'il existait un marché noir des billets de train et me dis que ça devrait marcher.

18:45
Nous voilà à nouveau au pas de course sous la pluie : il nous faut rentrer à l'hôtel récupérer nos bagages et revenir avant le départ du train ! Nous attendons le bus au milieu d'une foule de mauvaise humeur. Quand il arrive, un mouvement de foule d'une grande violence se déchaine. Nous sommes séparés, compressés par des Chinois hostiles. Un monsieur avec un enfant dans ses bras manque de tomber et écume de rage. Une fois dans le bus, tout le monde tient sans problème... Nous fustigeons la stupidité des Chinois et regrettons la discipline des Japonais.

Nouvelle course sour la pluie pour récupérer nos gros sacs à l'auberge de jeunesse. Nouveau bus blindé sentant le chien mouillé pour retourner à la gare.

20:00
Nous sommes enfin dans le train, nos billets sont bien des vrais, les deux petits vieux Chinois partageant notre compartiment ont l'air placide, les couchettes sont plus moelleuses que d'habitude. Ouf!

Nous nous écroulons et essayons de sécher alors que le train s'ébranle.

22:00
Alors que nous songions à prendre un repos bien mérité, une Américaine passe la tête par la porte et nous propose une bière. Nous rejoignons son groupe dans le wagon voisin. Ce sont des profs américains de Boston visitant la Chine pour mieux connaître la culture de beaucoup de leurs élèves. Ils sont sympas et un peu émêchés, certains connaissent la France. L'un d'eux a même trouvé les Français agréables. Etonnés, je pousse un peu plus loin l'investigation et découvre qu'il n'a pas seulement visité Paris, mais aussi Lyon et aussi Annecy. Tout s'explique!

Le lendemain
04:30 (du matin)
Alors que nous dormons d'un sommeil paisible et bien mérité, je suis éveillé par une discussion en chinois. Non ce n'est pas possible, ce ne sont quand même pas nos voisins du dessous qui discutent à voix haute en pleine nuit? Et bien si! Leur air paisible nous a trompé sur leur vraie nature de Chinois bien malpolis.

Exaspérée, je lance un "shuuuttttt" retentissant. Rien n'y fait. Je recommence. Ils me tendent une chaussette que j'ai dû faire tomber par terre dans mon sommeil : ils ne comprennent vraimoent rien ! Je me penche de ma couchette et leur demande de se taire d'un ton énervé et mimant quelqu'un qui dort. Il s'arrêtent deux minutes et recommencent. Je commence à avoir des envies de meurtre.

Charly se réveille aussi. Il est presque aussi scandalisé que moi. A force de protestations de plus en plus fortes et du ton le plus désagréable possible, ils finiront par un peu baisser la voix, et nous par nous rendormir.

07:00
Nous arrivons dans une des nombreuses gares de Pékin. Nous pensons être gare de l'Ouest car Charly a reconnue le caractère chinois "Ouest" sur le billet de train. Ca tombe à pique car cette gare est sur la même ligne de métro que l'arrêt le plus proche de l'appart' de N. Mais qui est N?
C'est un ami de Sciences-Po apprenant le chinois à Pékin : il a super gentiment proposé de nous héberger.

Mais la loose nous poursuit: nous faisons trois fois le tour de l'immense gare toute en sous-sols sans pouvoir dénicher le métro. Nous demandons où est la ligne 13 et on nous répond qu'elle ne passe pas ici. Nous commençons à en avoir ras-le-bol.

07:30
Nous finissons par tomber sur une jeune chinoise du bureau de tourisme, ravie de pratiquer son anglais hésitant. Elle nous indique une direction. Nous marchons, marchons, marchons dans une immense avenue sans fin. Il fait gris, les sacs pèsent lourds sur nos épaules. Le premier contact avec Pékin est rude.

Nous finissons par trouver le métro après 15mn de marche. En voyant le nom de la station, nous réalisons que nous étions bien gare de l'Ouest mais que la station de métro que nous cherchions était celle de la gare du Nord-Ouest ! Nuance cruciale, car aucun métro ne passe à la gare de l'Ouest ! Il nous faut faire deux changements pour atteindre la bonne ligne : N habite en fait à l'autre bout de la ville par rapport à notre point d'arrivée.

09:00
Nous finissons par émerger du métro. Nous appelons N pour qu'il nous explique comment rejoindre sa maison. Mais c'est trop loin et trop compliqué. Il faut donc qu'il vienne nous chercher, je me sens mal de déjà le déranger.

Nous nous asseyons dans un lieu accueillant pour l'attendre: "Tous les jours" une boulangerie qui propose des croissants. Et en plus ils sont bons!

A la première bouchée, je sais que notre mission est accomplie. Nous avons atteint Pékin et malgré la fatigue, nous serons d'attaque pour découvrir la ville grâce à ces vrais croissants... et peut-être aussi une petite sieste...


Nous vous laissons admirer le magnifique style architectural de la gare...
Haaa le mélange béton-stalinien/kitsch-chinois!