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mercredi 6 mai 2009

De la ponctualite des trains japonais

2 avril



Faire le tour de Tokyo pour aller chercher deux visas mongols au milieu d'un quartier residentiel a la noix, c'est deja penible. Mais le faire alors que vous avez un train qui part en début d'après-midi signifie que vous allez participer à une course en transports en commun. C'est-à-dire que ce sera psychologiquement une torture. Laissant Aglaé à l'hôtel (toujours le blog à rédiger), je m'occupe de ces formalités. Oh la joie de ressortir de l'ambassade de Mongolie avec le tout dernier visa du voyage !

Lorsque je reviens, j'ai beau etre affamé, il faut repartir en 4e vitesse, dans l'autre sens, afin de chopper notre train pour Kyoto. C'est la première expérience de Shinkansen d'Aglaé, elle en est toute excitée d'avance, mais encore faut-il être assurés que nous l'attraperons, ce satané train !

Au fond, un Français n'est jamais totalement stressé lorsqu'il est en retard pour son train : la probabilité que le train parte sacrément en retard est toujours là, tapie derrière l'hypothèse d'une grève éclair, d'un "incident de signalisation", voire de l'affreux "incident de voyageur". Au Japon, ce rêve est une chimère : nous voyageons au pays des trains qui partent à l'heure. Le slogan de JR, la SNCF nippone : vous pouvez régler vos montres sur l'arrivée du train en gare. Et le plus fou, c'est que ce slogan est vrai, le train part à la seconde près.

Aglaé ne croit pas une seconde à mon espoir fou d'attraper le train quand même : "c'est pas grave, on aura le prochain, Charly". Quant à moi j'y crois dur comme fer, avec l'assurance stupide de celui qui ne veut pas avoir tort (encore moins face à une femme ah ah ah). Assurance stupide ou pas, nous courons dans les couloirs de la gare, tournons sur nous-mêmes, guettons les panneaux de signalisation, et parvenons "in extremis" à nous ruer dans ce Shinkansen (TGV japonais) dont les machoires de fer se referment sur nos ombres.

De la psychorigidité des hôtesses japonaises
Nous sommes exténués, en sueur, au bord de la crise d'hypoglycémie, mais nous sommes dans notre foutu train. Cerise sur le gateau : j'avais raison et Aglaé avait tort. Les Shinkansen sont une merveille : magnifiques à l'extérieur, luxueux à l'intérieur, rapides comme des flèches, ponctuels et surtout très fréquents (sur la ligne principale, un départ toutes les 5 minutes en moyenne, à comparer avec l'unique départ par heure du TGV Paris-Lyon, dont nous sommes si fiers).

Bombant le torse, je propose d'aller lui chercher à manger. Le train roule déjà dans l'infinie banlieue de Tokyo, mais je ne trouve d'abord pas l'hôtesse qui, habituellement dans les trains japonais, pousse un énorme caddie rempli de victuailles salées ou chocolatées.

Je reviens, et m'aperçois qu'Aglaé, à mon image, est au bord de s'évanouir de faim. Je repart dans une quête de l'hôtesse, la trouve arrivant dans le wagon d'à côté. Je m'approche d'elle, souriant, sort mon porte-monnaie. Non. Pas possible. Il faut attendre que je vienne à votre niveau, dans votre wagon, devant votre siège. Refus de vente : nous découvrons un des traits les plus compliqués du caractères japonais. Le manque de souplesse. Si les Japonais dans leurs relations sociales sont prêts à tout quitter pour aider l'autre, dès qu'ils travaillent ils trouvent un goût de la chose bien faite qui les fait se fermer à toute alternative. On a donc un service parfait, mais qui sera toujours celui prévu.

Nous finirons par pouvoir lui acheter les denrées nécessaires à notre survie, mais après être passé au bord de la famine, à quelques mètres de son chariot...

Pour ceux qui n'en ont jamais entendu parler, il y a d'ailleurs quelque chose de très drôle dans les trains japonais, qu'on ne remarque pas forcément si on n'y fait pas attention. Quand un membre de la compagnie (contrôleur, femme au chariot, conducteur) traverse le wagon et atteint le vasistas qui le mènera au wagon suivant, il se bloque, se retourne, et fait une longue courbette aux honorables passagers. Qu'importe le nombre de passagers, et surtout qu'importe qu'ils le regardent ou pas (personne n'y fait attention de manière générale). Une Française rencontrée plus tard dans le voyage nous racontait qu'une fois elle était seule dans un wagon, que le contrôleur avait fait sa courbette habituelle, qu'elle avait hurlé de rire : le type s'était aussi mis à rire.

Complètement Fouji
Il parait que certains Japonais font le trajet Tokyo-Kyoto des centaines de fois, et qu'ils ne voient jamais le Mont Fuji, qui est pourtant théoriquement très visible depuis la ligne de Shinkansen. La faute à la brume et aux nuages, qui coiffent souvent l'honorée montagne si chère aux coeurs nippons.

Et nous, pour notre premier trajet, que ne voyons-nous pas l'incroyable Mont Fuji, seul et majestueux, trônant au milieu de sa morne plaine, promenant son chapeau de neiges éternelles avec fierté et orgueil ! Oh la chance, oh la joie. Les photos suivront, ne vous inquiétez pas.

Et quand à notre arrivée à Kyoto, ce sera pour le message suivant.

vendredi 10 avril 2009

Ca vaut le KunMing (suite)

Merci a tout le lecteur qui nous suit assidument et laisse toujours un message (Etienne quoi). Merci a tous ceux aussi qui ne laissent pas de messages, s'ils existent!

13 mars
Au cours de ce voyage, les grasses matinees etaient comme les spaghettis carbonaras dans nos assiettes : toujours rares, toujours bienvenues. Nous avons donc fait imploser le reveil, avant d'avoir vers midi des petits scrupules. Decision est donc prise de visiter un peu les Sights de Kun Ming, ville de l'Eternel Printemps.

Ce surmom, ville de l'Eternel Printemps, la ville ne l'a pas vole. S'il y fait un peu froid le soir, le jour est d'une douceur et d'une clarte qui font un bien fou apres la grisaille d'Hanoi. Apres quelques combats avec les distributeurs de billets de banque (cf message precedent) et l'incurgitation de delicieuses "nouilles qui traversent le pont", nous decidons d'aller voir le Temple du Bambou. Sauf que non, il est trop tard, dans ce pays de leve-tot, ceux qui osent se bouger a 14h ne meritent aucune pitie. C'est un gentil flic qui, avec ses deux mots d'anglais, nous fait comprendre ce terrible etat de choses, meme si ce qu'il disait ressemblait plus a "no more bus". Decision est prise d'aller voir un autre point touristique, les Monts de l'Ouest.

Monts de l'Ouest, un peu a l'Ouest
Bus local, donc. Comme toute grande ville chinoise qui se respecte, il y a des teles meme dans le bus, qui diffusent des contenus un peu abrutissants, surtout quand on ne parle pas chinois. Nous arrivons en vue de grandes collines, tendance montagnes abruptes. Des moines taoistes un peu fous y ont construit un reseau de temples, parfois au bord de falaises abruptes, voire carrement en y creusant des galeries.

Nous nous attendons sacrement a un trip mystique, genre ascenscion d'une montagne vicieuse, sur un chemin malaise, a croiser quelques infatigables randonneurs, jusqu'a arriver a un petit monastere perdu dans les hauteurs.

Tu parles, Charles ! A l'arrivee du bus local, il y a des bus et minibus qui peuvent vous epargner les trois-quarts de montee. Nous decidons de faire nos guerriers francais, et de marcher un coup. Sage decision car la nature est belle, et on trouve quelques petits temples sympathique perdus dans les arbres. Mais ne vous imaginez pas que c'est soudain devenu authentique. Nous marchons sur la route en bitume, et croisons tous les dix metres un gigantesque plan nous indiquant : ou nous sommes, ou nous allons, combien de temps nous reste-t-il a marcher, etc. Tres pratique, par ailleurs, meme si question experience authentique on repassera. Le seul chemin qui sortira de la route pour s'enfoncer dans la foret est integralement pave de pierres, quasiment une autoroute.

Avec effarement et surprise, nous decouvrons le tourisme a la chinoise, qui nous poursuivra pendant tout notre sejour dans l'Empire du Milieu : tout refaire, tout planifier, tout simplifier, pour permettre aux hordes de se retrouver, et surtout de trouver le chemin jusqu'aux boutiques. Des avantages certains (simplicite des transports, simplicite d'orientation, messages en anglais), et des inconvenients tout aussi certains (ambiance Disney un peu partout, foules compactes dans tous les sites, impossibilite de sentir autre chose derriere la fabrique et le lustre). Nous en reparlerons en detail, pour l'instant ce n'etait qu'une premiere approche.

Toujours est-il que malgre l'ambiance un peu aseptisee, la balade est ravissante.

Nous arrivons apres une bonne marche au point ou les minibus laissent les touristes chinois. Pour continuer l'ascension jusqu'aux temples accroches a la montagne, il est encore possible soit de prendre un telesiege (la marotte des Chinois des qu'il s'agit de s'epargner une marche), soit un petit train sur roues pour arriver au pied des temples.

Nous avons tellement marche qu'il se fait tard : le telesiege est deja ferme, et nous avons peur de voir portes closes pour les temples. Nous nous decidons pour l'incroyable petit train sur pneus. C'est d'autant plus drole que nous sommes les seuls passagers de ce long train qui aurait encore l'air un peu gamin dans un Parc Walibi. Le voyage en train nous epargne un trajet a pied qui n'aurait ete que visite de magasins de souvenirs un peu idiots, magasins qui jonchent litteralement tout le chemin jusqu'aux temples.
Notre minitrain, vous observerez l'effet pour donner une impression de vitesse
Une ethnie un poil bruyante

Arrives en haut, nous visitons donc ces temples. On dirait qu'ils ont ete construits par des singes, et encore des singes avec du bon materiel d'escalade, alors qu'ils ont ete poses la par des moines sans equipements, il y a des centaines d'annees. Pourquoi donc ? Aucune idee, la vue etait belle, peut-etre... Autour de nous, une foule de touristes chinois. Vous pensiez que le pire du pire c'est la visite d'un site en meme temps qu'un tour organise bruyant ? Ah ah! Nous avons immediatement eu affaire aux gens les plus bruyants de l'humanite : avertis par des glappissements furieux, nous tournons la tete pour apercevoir un groupe de 12 femmes, la quarantaine, au visage et aux habits tres differents des Chinois classiques - probablement une ethnie.

Chacune de ces femmes deploie la puissance accoustique d'un Boeing crissant sur une assiette. Elles s'apostrophent, se separent, se cherchent a grands cris, se retrouvent en hurlant, mais surtout poussent une variete de cris de ravissement a donner mal a la tete a un chanteur de metal. Nous tentons de leur echapper en allant plus vite qu'elles au temple suivant (il y en a une douzaine de petits, eparpilles dans la montagne), mais c'est impossible : non seulement elles sont partout a la fois, mais elles courent litteralement de site en site. Elles arrivent, appellent leurs amies, pousse un cri que j'assimile a un cri d'horreur mais qui doit plutot evoquer l'admiration, puis repartent immediatement parsemer une montagne tres abrupte de sons assez stridents pour provoquer un eboulement massif. Nous craignons pour notre vie.

Nous finissons par trouver la solution toute simple : supporter une minute les cris de cette ethnie des "Tym-pangs Bri-zes", le temps qu'elle nous depasse. Une fois le tumulte passe, et nos oreilles sifflant encore, nous commenceons a apprecier la serenite du lieu. Mais deja, la moitie des temples ferme ses portes, et il faut se depecher.

La vue un poil escarpee depuis les Monts de l'Ouest

Nous croisons un groupe de Chinois avec guide bruyant : "encore", pensons-nous. Cinq tetes chinoises nous observent. Aglae, oppressee, s'exclame "on y va, Charly ?". L'un d'eux se contrexclame dans la langue de Moliere :

- Ah vous etes Francais ?
- Ah, euh, vous aussi ?
- Oui, de la Reunion !
- Et moi de Paris ! ajoute un autre. Il a fallu faire tout ce chemin pour se rencontrer ah ah!

On appelle ca la mondialisation...
La fin de la visite est sensationnelle. Comment ont-ils pu se mettre la ?

Nous redescendons rapidement car il se fait tard, et nous commencons a nous demander comment nous serons a l'heure pour le RDV chez Silvia (avec qui nous avons promis de diner). Le probleme, c'est qu'il est evident que se refaire la descente a pied en entier est impensable, car c'est vraiment long. Tout un tas de vehicules s'arretent devant nous, appates par la possibilite de ramener des Occidentaux aux poches forcement debordants de yuans.

Le probleme, c'est qu'il est absolument impossible de leur faire comprendre qu'on veut descendre la montagne. Mais alors vraiment impossible. Et pourtant, ils ont des cartes de KunMing, qu'ils sortent, qu'ils nous montrent. Nous designons notre chez-nous, ou pas loin, les types demandent "zai nali, zai nali ?" (ou ? ou?), nous leur designons a nouveau, les types recommencent. C'est particulierement penible, jusqu'a la delivrance.

I want to help you, Mao said

Au joli son flute d'un "Can I Help you?" nous tournons nos deux tetes vers une minuscule adolescente a lunettes. Elle est a la tete d'un groupe de jeunes, tous ont l'air plutot marrants, aucun ne parle anglais, a part elle. Apres avoir brievement explique notre dilemme, elle nous demande de la suivre : eux aussi se rendent a KunMing, il suffit de les suivre, ils nous ameneront a bon port.

Une seconde apres, nous nous retrouvons a observer le groupe negocier avec une conductrice de mini-bus. Nous ne comprenons pas ce qu'il se passe, encore moins combien cela va couter, mais c'est plaisant a observer. Le mini-bus nous amene a l'endroit ou le bus local nous avait depose. Parfait !


Notre dictateur benevole

"Ah, merci, c'est gentil, maintenant nous savons ou nous sommes ! Nous pouvons nous debrouiller tous seuls, dorenavant !"

Cette phrase, nous essayons de la formuler sous mille et une facons. Impossible. La jeune fille, dont j'ai deja oublie le nom fort chinois, a DECIDE de nous aider. Cela veut dire, une fois traduit du chinois, qu'il n'y aucune maniere de transiger, de passer outre, de s'en sortir. Mais c'est pas grave, non ? me demanderez-vous, un peu exasperes par notre mauvaise grace. Non, sauf que... la miss n'a pas du tout compris ou nous voulions aller. Nous lui avons signifie que nous voulions rejoindre notre amie, qui travaillait a la Yunnan University, mais elle a compris que nous voulions aller a la Yunnan University. Et une fois qu'elle a decide de comprendre ca, impossible de lui faire comprendre autre chose.

Nous essayons en douce de lui montrer sur un plan que habitons a une demi-heure de marche de la Yunnan University, rien n'y fait. Nous voila embarques dans une succession de bus locaux, dont nous savons pertinemment qu'ils ne vont pas la ou nous souhaitons nous rendre. Pendant ce temps, la nuit tombe, et tutti quanti. Quand nous descendons enfin de notre panoplie de bus, notre dictatrice nous embarque de force dans une rue : elle a decide de nous accompagner a pied jusqu'a la residence des internes de l'Universite (qu'importe que nous n'en ayons jamais parle). Longue marche, dans le froid pour elle, car elle est short et debardeur. Elle nous offre un porte-bonheur un peu pourri, mais c'est touchant, puis nous laisse devant le dortoir des Universitaires.
Pour ne pas la vexer, nous faisons comme si nous etions ravis qu'elle nous ramene la. Aglae m'emmene de force dans les batiments, pour faire semblant d'y rentrer. C'est absurde. Nous attendons un moment, puis sortons en courant. Il faut rejoindre la rue sans se faire reperer par notre gentille bienfaitrice, qui mourrait de honte si elle nous voyait aller ailleurs que la ou elle nous a deposes. Nous la voyons au loin, attendant un bus ; horreur ! Aglae me fait plonger du nez derriere une affiche. Elle ne nous a pas vus, sauves!
Nous courons rentrer chez "nous", desoles qu'il soit deja si tard. Nous retrouvons une Silvia morte de faim dans son propre appartement. Comme il faut nous preparer pour la soiree (un concert apres un diner), elle part diner avec son boy, et nous la rejoindrons un peu plus tard. Je saisis l'occasion, non pas pour me faire beau (peine perdue), mais pour faire une sieste. A mon reveil, Aglae est encore plus belle que jamais, et moi plus endormi que toujours.

Concert etonnant

Le diner puis la soiree nous permettent d'apprecier encore plus, s'il etait possible, la compagnie de Silvia, et d'approfondir notre connaissance de ce groupe d'expats de Kun Ming. Partout ailleurs les expats que nous avions pu observer faisaient des groupes compacts, un peu snobs, qui n'avaient pas forcement envie de se meler a la population locale, et qui gravitaient dans des espaces un peu glamour un peu chic.

Ici, entre le diner et le concert live de rock n'roll old style donne par des Canadiens et un vieillard hippie, l'ambiance ressemble plus a une auberge de jeunesse geante : tout le monde a l'air etudiant, sympa, ouvert, parle chinois, ramene des Chinois aux soirees, tout le monde se connait. C'est un monde d'expats a echelle humaine, extremement doux, parce que majoritairement habite par des jeunes, et par des gens qui aiment la Chine. Rien a voir avec l'expatrie venu ici pour faire du business avant tout.

Nous sirotons quantite de bieres, Silvia est absolument dechainee - en gros elle danse tout le temps, et pousse de grands cris a chaque fois qu'elle reconnait quelqu'un, soit toutes les minutes - et on nous presente beaucoup, BEAUCOUP de monde. La fatigue attaque Aglae avec fougue, et voir un vieux monsieur danser et chanter ne semble pas lui inspirer autant de folie que prevu.


Je ne suis pas plus en forme, et nous finissons par rentrer plus tot que Silvia qui, nous l'apprendrons le lendemain, passera la nuit a danser. Elle nous ecrit l'adresse de chez elle en chinois, sans quoi il est impossible d'expliquer au taxi comment rentrer (quel monde impitoyable), et nous voila extraits de la folie du coin.

jeudi 15 janvier 2009

Aime Pokhara (1/2)

5-7 Janvier 2009

Les jeunes comprendront le calembour vaseux du titre, les autres, vous ne manquez rien.

Pokhara est une petite station quasi-balneaire du Nepal. Il y a dix ans il y avait environ 5000 habitants, maintenant il s'agit d'une petite ville, quasi-integralement tournee vers le tourisme, Pokhara etant tout simplement un des 3 (seuls) gros points touristiques du Nepal.

Pourquoi ? Parce que Pokhara, non contente d'etre une petite ville tres sympathique massee au bord d'un charmant lac a seulement 800 metres d'altitude (ce qui garantit des temperatures tres douces), est bien entendu le point de depart de tous les trekkeurs pour les celebres treks autour de l'Annapurna.

Fin des explications encyclopediques, il a bien fallu y aller, dans cette ville. Nous nous sommes leves plutot tot, a Kathmandou, pour prendre un bus (de jour cette fois-ci) vers Pokhara, le trajet durant tout de meme entre 6 et 7 heures. Nous nous trompons d'abord d'arret de bus, le veritable arret de bus etant a l'autre bout de Kathmandou - des rumeurs vicieuses continuent a circuler, comme quoi la faute incomberait a Aglae, mais je vous recommande de n'y pas preter foi. Il nous fallait donc prendre, pour rejoindre la station de bus... un taxi!

Apres avoir supplie 4 taxis d'allumer leur compteur afin d'avoir un vrai prix (reponse immuable, typique des Nepalais idiots preferant perdre de l'argent plutot que faire payer le vrai prix aux etrangers : NO), nous en trouvons un qui mettra son compteur en tarif de nuit et fera des detours pour le faire chauffer. Apres de nouvelles engueulades, auxquelles nous commencons a nous habituer, nous obtenons une reduction et sautons immediatement dans un bus, qui partira au bout de 2 minutes, et ce pour le VRAI PRIX!!!

C'est l'occasion de remarquer que malgre un trajet jusqu'a Kathmandou un poil aventureux, nous avons jusqu'ici, en matiere de bus et autres, eu un pot absolument extraordinaire. Que ce soit en Inde ou au Nepal, nous avons toujours pu grimper, des notre arrivee dans les gares routieres, dans des bus qui partaient immediatement!

Comme tous les bus nepalais ou indiens, celui-ci a ete construit a leur image, c'est-a-dire qu'il y a 20 centimetres d'espace pour les jambes. Le trajet qui relie Kathmandou a Pokhara, et qui longe toute la chaine de l'Himalaya (plongee dans la brume, donc nous ne la voyons pas), n'en fut pas moins joli et impressionnant : nous passons en haut de pentes raides, et longeons pendant deux heures une riviere avec des rapides, des ponts suspendus, ou les gens se passent les marchandises dans des cages suspendues par une corde au-dessus de la gorge. Sans parler des innombrables cultures en escalier le long des flancs escarpes des vertes collines.

Prises de bus et prises de becs
Le bus allait plutot lentement, et nous n'avons jamais ete vraiment inquiets, d'autant que nous sommes arrives pile a la tombee de la nuit. Etrange route que celle-ci, toutefois, dans la mesure ou elle est uniquement parcourue par des bus et des camions.

Je me suis encore une fois enerve contre une vendeuse de chips a un arret, qui voulait me les vendre le double du prix marque sur l'emballage. Un double qui ne vaut rien pour le touriste moyen, mais qui commence a representer beaucoup pour un voyage de 6 mois (sans parler de l'impression d'etre pris pour un con). Apres y avoir bien reflechi, les Nepalais semblaient savoir rarement lire ne serait-ce que les prix officiels sur les paquets, et par ailleurs les bus, en s'arretant a certains stands le long de la route, percoivent des commissions aupres des vendeurs de chips, commission qui se repercute... sur les prix. Raisonnement idiot, d'autant plus que du coup, vu les prix, personne n'achetait quoi que ce soit dans ces stands. Encore une fois, l'entetement et la mauvaise humeur des Nepalais nous pese.

Notre arrivee a Pokhara est encore plus enervante. Deja parce que la brume nous cache encore ces foutus sommets de l'Himalaya que nous n'avons toujours pas apercus depuis une semaine au Nepal, mais surtout parce qu'a ma descente du bus, c'est veritablement une horde sans foi ni loi composee de rabatteurs et de chauffeurs de taxis qui me saute dessus. Deux d'entre les six, notamment, agitent des cartes de visite devant mes yeux, de sorte que je ne vois meme plus mon chemin vers le coffre, ou je dois recuperer mes bagages. Tous hurlent en meme temps une melopee des plus insupportables : "taxi, guest house, taxi, guest house".

Le Guide Du Routard expliquait en effet que la ville avait sur-developpe son activite touristique, au point qu'il y avait trop d'hotels et de restaurants par rapport au veritable nombre de touristes. Et la, en plus, nous etions hors-saison, donc toute cette petite ville liee au tourisme n'avait qu'une envie : nous avoir en exclusivite.

Pas le temps de penser ca, bien sur, au milieu de la cohue. Je suis au bord d'avoir l'impression de me faire violer, j'ai du mal a recupere mon sac. Je peux a peine bredouiller "already booked an hotel!", ce qui etait faux, mais ils s'en foutent : ils me proposent un taxi, de l'herbe, des cacahuetes, sans parler de ceux qui me demandent quel hotel j'ai reserve - pour verifier mes dires. Et la, je craque un peu :

- Which hotel ? this is none of your business !
- Yes, yes, taxi, taxi, guest house !
- Oh stop it! You are not dogs ! Do not lose your dignity !

La ce fut la debandade. Le seul qui devait parler anglais mieux que les autres, que j'appelerai Relou No1, a surement compris, de travers, que je le traitais de chien. Il s'enerve et se drape dans une dignite sortie de nulle part :

- You say this because we are poor ? Never in my life have i seen such a tourist ! You have no respect !
- YOU have no respect for us,
s'exclame Aglae qui nous a rejoint au milieu d'une assistance aux regards noirs, even for yourself!

Ici Relou No1, a bout d'arguments foireux (la pauvrete ? mais d'ou il sortait ca ?) nous fait signe, en prince, de nous en aller de sa vue, ce que nous faisons avec plaisir, et voila la horde aggressive, d'une agressivite que nous n'avions jamais entrevue, meme en Inde, qui disparait d'un coup. Un etudiant nepalais nous redonne foi en l'humanite en nous indiquant gentiment quel bus prendre (pour un tarif 8 fois moins cher que le taxi, si si), et nous atteignons une tres sympathique guesthouse le long du paisible lac.

Bienvenue a Tourist Land
Pokhara le soir donne une terrible impression, un peu comme si on allait dans un parc d'attraction un jour de fermeture. Deja parce que les coupures incessantes de courant font que les lumieres sont rarement allumees : notre petite pension comme la plupart des echoppes fonctionnent toutes a la bougie, et l'eau chaude des hotels est uniquement assuree, pendant le jour, par les panneaux solaires sur les toits.

Nous sommes loges sur Riverside, qui est un peu le ghetto des touristes. S'y agglutinent en effet, tous les metres, bureaux de change, restaurants a la cuisine internationale (tres bons), bars, superettes hors de prix proposant des produits europeens (ahhhh du Toblerone!), magasins de materiel de trekking et d'artisanat plus ou moins bidon et pensions bon ou moins bon marche. Et ceci, repete a l'envie sur deux kilometres au moins, est integralement vide. Aucun touriste.

Restaurants vides, hotels vides, boutiques vides... assez desesperant, d'autant que les restaurants etaient tous tres sympas, ambiance tamisee, musiques et live bands a gogo, carte infinie et bons produits. Parfois la seule chose que nous pouvions entendre c'etait le ronronnement des generateurs a essence...

Bon j'exagere un peu le tableau, il y avait quelques touristes, mais vraiment pas beaucoup compare au potentiel d'accueil de la ville.

Balades bucoliques et farniente sur le lac
Il va sans dire que le lieu nous a beaucoup plu. Promenade autour de deux lacs paumes le premier jour. Nous comprenons une bonne fois pour toutes que la plupart des Nepalais sont vraiment des abrutis, lorsqu'un groupe d'enfants nous jette des pierres a coups de lance-pierres, immediatement apres que nous avons refuse de leur donner des bonbons (en plus nous n'en avons pas).

Nous rencontrons lors de notre promenade un baba dont la barbe blanche atteint le sol, et qui nous recommande d'aller prendre du cafe bio dans une bicoque a cote - lui semblait avoir bu autre chose que du cafe.

Deuxieme jour, tres longue balade (7 heures au moins), ou nous gravissons une tres haute colline aux cotes d'un vieux Nepalais souriant qui nous ouvre le chemin avec sa canne. Nous apercevons -enfin- les sommets splendides de l'Himalaya. Et quel bonheur ! Ceux-ci semblent flotter au-dessus d'une couche de nuage, au-dessus de l'horizon, au-dessus de tout ! Au point que j'ai parfois l'impression qu'ils suivent la courbure du ciel et que la pointe se rapproche de nous, tant ces montagnes sont hautes. Le Machupichare, notamment, veritable pic effile, me fait comprendre comment tous les Hindous ont pu prendre l'Himalaya pour la demeure des Dieux.

Le matin nous nous sommes engueules violemment avec un taxi qui nous avait depose au mauvais endroit. Seules les vieilles dames dans les villages nous font des grands NAMASTE avec des sourires de publicite Max Havelaar, mais les jeunes, et plus generalement tous ceux qui sont lies au tourisme, sont proprement insupportables. Au milieu de nulle part, a une heure ou tout le monde semblait faire la sieste, un type trouvera le moyen de venir nous deranger pendant notre pause dejeuner-cookies, nous assenera une litanie de questions, pour finir bien sur par nous demander avec insistance si nous voulons un guide. Nous devenons fous.

En revenant, nous trouvons un cybercafe, ou je commence a narrer nos exploits indiens, avant qu'une nouvelle panne de courant m'interrompe en plein milieu. Terrible detresse d'un peuple sans electricite - Razeena nous expliquait que ses grands-parents n'avaient en general meme pas le temps, entre les coupures, de charger leurs piles pour leur lampe de poche, tant l'electricite etait rare. Mais les gens n'ont pas l'air d'etre enerves. Dans notre cas, ils paient et s'en vont.

Extension de garantie
A priori, nous etions censes partir le lendemain pour le parc de Chitwan, ou Aglae mourait d'envie d'aller observer des tigres. Le manager de notre hotel avait tres envie qu'on y aille, aussi, et nous poursuivait de ses assiduites, afin que nous achetions un ticket de bus grace a lui, ou que nous reservions un hotel la-bas grace a ses "contacts".

Pourtant Pokhara nous plaisait beaucoup : les montagnes etaient maintenant tres visibles, le temps etait au beau fixe, nos balades avaient ete enchanteresses. Nous nous retrouvons donc a hesiter, d'autant que pour une raison que nous mettrons du temps a decouvrir, le soir du deuxieme jour, la plupart des restaurants semblent mysterieusement fermes.

Nous rentrons donc dans notre hotel, prets a partir le lendemain, mais Aglae et moi n'arrivons pas a nous decider, d'autant que le parc national est cher, qu'il represente deux jours supplementaires de bus pour un vrai jour de visite, et que nous ne sommes pas certains d'y voir des animaux sur un temps si court....

(suspense)

lundi 8 décembre 2008

Munnar: la montagne du the et des bus survoltes




Malgre notre arrivee un peu raide, notre premiere etape a Fort Cochin nous a deja donne envie de poursuivre notre decouverte de l'Inde du Sud. Apres une nuit de repos dans une chambre spartiate mais propre (youpi!), nous errons une derniere fois entre les maisons coloniales decrepies, les palmiers et le bord de mer ou s'activent des pecheurs avec d'immenses filets. Un petit coin de paradis que nous quittons a regret, mais plein d'energie pour nous lancer de nouvelles aventures.

Nous regagnons la cote par le bus local: un amas de tole bringbalant qui fonce au son de son klaxon. Il n'y a pas d'arret de bus (comme 99% du temps ici), il faut juste demander aux gens ou l'attendre. Quand les gens veulent descendre, il faut signe au vendeur de ticket qui fait sonner une clochette ou siffle dans un sifflet pour que le chauffeur s'arrete. Il faut alors vite sauter au vol. C'est plus rapide que les bus RATP, tres marrant, sauf qu'il est dur de savoir quand descendre sans station de bus et sans plan... Essayer de se reperer "a la louche" sur le plan du Lonely Plantet (notre guide-bible) marche moyen...
Nous comptons prendre un rickshaw (mini taxi pas cher a 3 roues) pour rejoindre la gare routiere pour choper un bus vers notre prochaine etape, mais ils sont ... en greve! Nous marchons sous le cagnard jusqu'a la gare routiere ou nous finissons par trouver notre bus apres avoir demande a au moins 5 personnes. En fait, il ne faut pas paniquer, on s'y retrouve toujours, il faut juste etre patient et zen!

Notre bus bleu sans vitres se remplit au fil des stations, les gens sont debouts dans le couloir, resistant avec un equilibre remarquable aux chaos. Quelle chance d'etre montes a la premiere station et donc d'etre assis! Car c'est parti pour 4H30 pendant lesquelles on ne peut s'ennuyer: il suffit de regarder la route et de voir le chauffeur slalomer entre les pietons, les rickshaws, les autrs bus et surtout eviter au dernier moment ceux qui arrivent en face... Les paysages defilent: la ville semble s'etendre a l'infini, le long de la route il y a toujours du monde... mais nous finissons par arriver dans les montagnes ou il fait FRAIS! Arrivee a bon port a MUNNAR.

Au reveil (dans une petite pension) , c'est l'enchantement: la ville de Munnar est au milieu de montagnes recouvertes de forets luxuriantes et de plantations de the. Nous partons a leur decouverte en rickshaw. C'est magnifique: petits lacs avec plantations et villages colores en surplomb, grands domaines style british, cascades, ballade a pied au milieu des feuilles de the, et on a meme vu des elephants sauvages!

Nous reembarquons a bord d'un autre bus pour 6h de voyage jusqu'a Madurai. Cette fois, il y a des vitres, mais le chauffeur nous montre que nous avions sous-estime la vitesse a laquelle peut rouler un bus-y compris sur des routes sinueuses de montagnes en descente. Heureusement que le paysage grandisose est la pour nous detendre! Au cours de ce trajet, le bus reussit quand meme a renverser un rickshaw (indemme heureusement) et a doubler une ambulance roulant a fond avec son girophare!

De retour dans la plaine, nous allons partir a l'assaut des temples et decouvrir les trajets en train...