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lundi 2 mars 2009

Ayuthaya - velos, ruines et sens de l'orientation

10 fevrier

Nous sommes partis de Bangkok tot le matin. Un peu tristes peut-etre d'en repartir deja, mais avec la certitude que nous y reviendrons au depart d'Adeline. Grace a un conseil avise de Benjamin, nous prenons un minibus grace a un systeme connu uniquement des Thais, et evitons les pieges a touristes, si nombreux dans la capitale. Au revoir les chats de Benjamin et Marie (qui eux ont deja quitte la maisonee), et voila que notre bus file vers Ayuthaya, ancienne capitale thai moults fois rasee par les Birmans, tres proche de Bangkok.

Nous y penetrons sous un soleil decapitant, en plein milieu du marche de cette petite ville. Une ardeur generale a faire griller tout ce qui rampe et volette sur cette planete semble avoir gagne les habitants, et concourt avec une autre ardeur - celle du Soleil. Bien decide a faire mon interessant, je fais le guide, et emmene ce petit monde vers notre suppose hotel, ou nous avons reserve. Au bout de quelques metres qui nous font perdre 10 pour 100 de notre capital d'eau, nous comprenons que j'ai mal lu le plan, et que nous ne sommes pas la ou nous croyions. Qu'importe, il suffit de faire demi-tour. Le four augmente de quelques degres, mais les filles ont le sourire. Je me charge de le leur faire perdre en organisant un immense detour sous la chaleur thailandaise. In fine, nous atteignons au bout d'une demi-heure l'hotel, qui etait en realite a 50 metres de l'arret de bus. Merci Charly comme on dit.

Ayuthaya est une petite ville organisee autour d'une vingtaine de sites en ruines, la plupart situes sur une grande ile. Il suffit de louer un velo pour les visiter, ce que nous nous empressons de faire. Tres vite, nous remarquons que c'est la methode ideale si l'on veut ressembler aux poissons seches qu'on trouve un peu partout en vente dans le pays : nous nous liquefions. Heureusement, l'ombre des premiers temples est bienvenue.

Autant le dire, de ce qui etait jadis une gigantesque ville d'or et d'argent, il ne reste aujourd'hui plus grand chose. Ce que les Birmans n'ont pas rase, ils l'ont emporte chez eux ; toutefois la promenade en velo au milieu de ces adorables tours en pierre decrepites est delicieuse. Elles nous permettent aussi de donner une idee a Adeline de la splendeur des temples d'Angkor car, il faut le souligner, beaucoup des belles choses d'Ayuthaya doivent beaucoup a l'influence khmer, certains temples reprenant jusqu'a la structure meme des temples montagnes d'Angkor.

Une image tres celebre nous marque, d'ailleurs : celle de la tete de Bouddha sculptee, nichee dans un gigantesque arbre tropical. Nous nous rehydratons de noix de coco fraiches ce qui, il faut bien l'avouer, temoigne d'un luxe assez injuste pour tous ceux qui ont froid en France.

Cretins de Cambodgiens
Le cote enervant des pires Cambodgiens nous poursuit jusqu'en Thailande lorsque nous nous apercevons des le premier temple, a notre grande detresse, que l'appareil photo pas tres bien repare au Cambodge ne marche absolument plus. Il declare que toutes les cartes sont pleines, et ce meme lorsqu'on y fait de la place, meme quand on les efface completement. La rage fait place a l'abattement, au desarroi, a l'impuissance, puis retour a la rage.

Adeline desamorce la situation en nous pretant son appareil photo, et en s'achetant un tres joli chapeau de paille.

Elephants et couchers de soleil

La journee fort peu stressante sera rythmee par deux autres evenements marquants. Le premier sera la visite d'une etrange etable a elephants. Au sein d'un essaim de touristes thais, et au milieu d'une musique pop-rock assourdissante, 6 elephants d'Asie multiplient les tours de force. Ils sont jalousement surveilles par des dresseurs a la mine patibulaire, qui tiennent de longs crochets pour leur frotter les oreilles. Les tours sont ahurissants, et nous sommes partages entre la fascination et le degout : les grosses betes se mettent sur les pattes arriere, font le poirier, dansent en rythme (il faut voir un elephant danser, c'est vraiment effrayant), font des betises avec leurs trompes... Les dresseurs enjoignent les spectateurs a donner de l'argent.

Nous ne saurons jamais si c'etait pathetique ou sympathique. D'un cote, il parait qu'il s'agissait d'elephants abandonnes, recueillis dans ce centre, et dresses a des fins de tourisme afin qu'ils ne finissent pas dans les rues de Bangkok (le premier soir, nous avions vu un bebe elephant faire des tours dans Khao San Road, pour les touristes ventrus, c'etait a pleurer). Par ailleurs l'air depressif des elephants donne toujours l'impression qu'ils sont exploites. De l'autre, merde... faire danser un elephant, et lui faire faire le poirier... c'est n'importe quoi !

Adeline, qui n'a pas connu le Laos, aura la chance de faire un tour d'elephant de quelques minutes au milieu des ruines d'Ayuthaya. Nous la suivons de loin en velo tels des papparazzis et multiplions les photos, d'autant que sa monture est elegamment paree, et que le cornac de son elephant est autrement plus drole que la porte de prison que nous avions eu a Tad Lo au Laos.

Apres avoir perdu tout le monde le matin, je decide de perserver lorsque nous decidons de nous rendre a un temple un peu eloigne de la ville : au bout de quelques minutes de pedalage, je me rends compte que le plan est d'une imprecision rare, et que nous sommes sacrement perdus. J'avise un bonhomme d'une echoppe miteuse, qui se plie en 4 pour moi. Il me dessine un plan d'une precision absolue, kilometre par kilometre, pour me rendre a notre temple. Apres un pont tendance autoroute, assez difficile a negocier en velo, et alors qu'Aglae, Adeline et moi se demandent serieusement ce qu'on est venus faire dans cette galere, nous arrivons devant le temple en question.

Et la, prosternation : alors que la plupart des choses que nous avons visitees aujourd'hui sont des ruines qui laissaient a peine imaginer a quoi les batiments ressemblaient a l'origine, le Wat que nous avons face a nous est parfaitement debout. Il ressemble d'ailleurs enormement a un temple khmer, et Adeline peut enfin admirer la fine structure architecturale. Nous sommes d'autant plus emerveilles que nous arrivons pile au bon moment : le soleil couchant jette ses feux ocre sur les vieilles pierres, et les cars touristes n'arriveront qu'a notre depart.

Sweet jazzy dinner
Comme vous pouvez vous en douter, j'ai a nouveau perdu tout le monde sur le chemin du retour, et nous rendons les velos a la minute limite. La journee, apaisante mais tout de meme tres remplie, se terminera en douceur par un calme restaurant-jazz en plein air, ou les serveurs se transmuent en musiciens au bout d'un moment. Les longues discussions avec Adeline nous font un bien fou - enfin parler en Francais ! Sans parler du fait qu'Aglae et moi n'avons plus rien a nous dire, a force de voyager tout le temps ensemble - je plaisante bien entendu !

Le lendemain matin, nouveau mini-bus pour Bangkok. Une fois arrives, nous dejeunons dans un restaurant local, a peine plus qu'un boui-boui, ou les serveurs non-anglophones nous regarderont avec des yeux ronds pendant tout le repas. Puis c'est reparti, sous le sceau du rythme ereintant qui caracterise la Thailande depuis l'arrivee d'Adeline : nous avons en effet decide de lui montrer le maximum du pays, a savoir des temples, de la ville et des plages - d'ou l'escapade express a Ayutthaya. Nous reprenons un autre bus, cette fois-ci pour Ban Phe.

Ban Phe ? C'est quoi donc ?

C'est le port qui nous emmenera a notre premiere ile paradisiaque thai, bien sur !

dimanche 22 février 2009

Siem Reap 3e jour - Angkor des temples et des conflits

4 février

Au réveil, Aglaé va mieux, moi moins bien. Nous nous bougeons quand même pour aller voir ces satanés temples, et tant pis si je me sens fiévreux : notre pass expire ce soir. Décision est tout de même rapidement prise de prendre un tuk-tuk pour faire le tour des temples plutôt que des vélos : la perspective, avec mes frissons, l'envie de vomir et de dormir, de monter sur deux roues et de faire des efforts, me jette presque dans le coma.

Echaudés par l'expérience d'hier, nous abordons les premiers tuk-tuk, et leur expliquons le trajet que nous voulons faire. Notre erreur : trop fatigués, trop énervés, nous commençons à être secs et fermes au lieu de tenter le sourire de façade. Bref, en face les tuk-tuks se braquent à la vitesse de la lumière, se cabrent et soit s'énervent, soit font montre du plus grand mépris, tendance foutage de gueule. Apres 1/2 heure de prix inabordables et de vaines tentatives de negocitions, Aglae etait au bord de tous les etrangles et j'ai donc pris les choses en mains.

Nous marchons quelques mètres de plus jusqu'à entendre le "sir you need tuktuk ?" que nous attendions. Je me retourne en souriant, et commence à marchander, de loin, en riant et en souriant. C'est long mais nous finissons par obtenir un prix décent pour la journée, et montons. Nous nous sommes accordés sur un trajet (aller voir un temple moyennement lointain, et en voir d'autres sur le trajet du retour), mais on commence à sentir la douce odeur des ennuis quand, dix mètres après le départ, notre chauffeur s'arrête, montre un autre chauffeur sur un autre tuk-tuk, et nous dit que c'est comme ça, que ce sera celui-la que nous prendrons, qu'il a dejà une course etc.

Preah Khan
La visite du premier temple, le Preah Khan, terriblement en ruines, mais très grand et très envahi par la végétation, est magique pour Aglaé ; pour moi c'est franchement difficile. J'admets que ce que nous avons vu est très beau, mais les frissons, le mal de gorge et l'envie de m'asseoir à tout bout de champs pour reprendre mon souffle me gâchent un peu le plaisir. Les frissons disparaissent heureusement car la température extérieure baisse à la vitesse de la lumière, dissipant les vapeurs du sommeil, et me faisant pendant quelques heures oublier mon malaise.

Retour au tuk-tuk. Nous nous battons dix minutes pour aller voir un temple distant de 2 km à peine. Lui, feignant, renâcle, dit que ce n'est pas ce qui était entendu, que c'est loin, etc. Nous lui faisons remarquer gentiment qu'il n'était pas là au moment où tout a été "entendu". Il râle et s'enferme à nouveau dans le silence réprobateur qui le caractérisera toute la journée. Ambiance.

Visite d'un ancien bassin royal, couvert de vieilles pierres et de soleil. Les touristes sont plus rares sur ce circuit moins prisé, et le lieu, constitué de 4 grands bassins maintenant à sec, est enchanteur. Alors que nous passons sous une arche cachée dans un bassin, nous découvrons une tête d'éléphant sculptée surmontant un petit autel couvert de cierges et de fleurs. Là, une vieille dame souriante nous redonne foi envers les Cambodgiens du coin. Je lui dis bonjour en khmer, ce qui semble la plonger dans des délices inappropriés. Je lui dis que nous sommes des "balangs", ie des Français, elle glapit de plaisir en français :
- Regardez-ng, la tête de l'éléphang, la tête de l'éléphang !

Ce disant, la voilà qui se met à caresser la tête de la statue avec volupté. Nous lui disons rapidement au revoir, sans savoir au juste si elle est siphonnée, et quand bien même ?

Le Bayon, le retour
Nous retrouvons le chauffeur, qui n'a pas fini de bougonner, et nous ramène au Bayon, temple qu'Aglaé avait un peu raté deux jours avant, et dont les bas-reliefs nous étaient restés cachés. La chaleur est toujours là, et toujours aussi vicieuse ; peut-être même pire que la dernière fois - même si la fièvre a dû jouer. Pour la contrer, nous tentons faiblement de résister en dégustant de succulents ananas frais, vendus partout par ces femmes dont je vous avais parlé. Elles passent leur journée à hurler : "pineappeuuuuuuuuuuuul, coconuuuuuuuuuuuuut, wateeeeeeer" avec un accent cambodgien très prononcé et très drôle. Je passe la journée à leur répondre avec la même voix : "nooooo, i don't waaaaaant".

Nous découvrons donc ces satanées bas-reliefs, que nous parcourons en sautant de l'ombre d'une colonne en ruine à l'ombre d'une autre colonne en ruine. Leur richesse et leur beauté nous font maudir pour la millième fois ce satané guide, qui avait décidé unilatéralement que nous nous en passerions.

Les bas-reliefs garnissant le pourtour du temple, nous décidons de braver les centaines de degrés Fahreneit environnants, afin de revenir vers le coeur du Bayon, et ainsi donner à Aglaé une chance de saisir la magie des visages de Bouddha. La fièvre et la déshydratation en moins, Aglaé se plonge avec bonheur dans les délices de cet endroit si beau, si mystérieux. Je suis rempli de joie de voir qu'elle profite enfin des temples d'Angkor, et qu'en une matinée elle s'est autant rattrapée des jours précédents. Elle déambule à plaisir dans les temples, et ressent enfin les délices esthétiques que je ressens depuis le premier jour, à nous promener parmi ces grands arbres et ces grands amas de pierre monumentaux.

Quoi qu'on en dise, les temples d'Angkor n'ont pas volé leur statut semi-officiel de merveilles du monde. S'y promener est une expérience esthétique unique, et si a priori la perspective de se promener deux, trois ou dix jours au milieu de ruines n'est pas follement excitante, quand on est dedans on se retrouve prêt à y rester des années entières.

Reprendre des forces à l'ombre
Nouveau déjeuner, nouvelle négociation express du bol de soupe de nouilles instantanées et, pour ma part, nouvelle sieste, cette fois-ci vraiment cruciale, afin de faire tomber la température. A mon réveil, ça va un peu mieux : les frissons ont disparu mais la fièvre est encore là. Nous nous promenons donc à un rythme nonchalant, entre les nombreux temples du coin (nous sommes dans l'enceinte d'Angkor Thom, la cité Royale de l'époque). Nous passons devant des structures en rénovation complète (par les Japonais, par les Francais, par les Indiens : tout le monde s'y met pour aider les Cambodgiens), devant d'autres en état de décrépitude avancée, ou d'autres flambant neuves. Nous comprenons mieux alors comment il se fait que le sol d'Angkor, qui contient probablement de grandes richesses, et la promesse de grandes découvertes, n'a toujours pas été fouillé : il y a encore une trentaine de temples à restaurer, sans parler de ceux qui ont été restaurés, et où la nature reprend déjà ses droits. Faire retrouver aux temples du coin leur éclat, une tache de titan, dont personne ne verra jamais le bout...

Notre situation, à l'ombre de ces arbres dont le plus petit dépasse toujours 20 mètres, est idéale pour reprendre des forces, d'autant que la lumière commence à doucement décliner. Au bout de quelques heures de promenade, il nous faut à nouveau insister lourdement pour que notre tuk-tuk, pris à la journée, daigne faire un arrêt en route devant des temples, alors qu'il est à peine 15h. Il nous faudra menacer de rentrer à pied sans payer pour qu'il fasse contre mauvaise foi bon coeur. Bonne ambiance, encore une fois.

Coucher de soleil au milieu des ploucs
Après la visite de deux sympathiques petits templions, nous nous engageons dans la montée du Phnom Kulen, grosse colline qui promet une belle vue sur la jungle, Angkor Wat et le Tonlé Sap, le lac qui couvre une immense partie du pays. Pour y arriver, il est nécessaire de gravir cette montagne, un chemin en montée plutôt douce, qui s'achève par la nécessaire ascension du temple-montagne au sommet de la colline.

Monter en haut de ce temple, après la longue montée de la colline, est particulièrement difficile dans l'absolu, car les marches sont nombreuses et font presque un mètre de haut (sans exagération). Avec la fièvre qui revient montrer ses gros bras, c'est une expérience... autre. J'arrive en haut absolument exténué, tout palpitant, et l'air un peu blême.

Nous remarquons vite que nous ne sommes pas seuls, et l'ascension en éléphant organisée en bas de la colline nous avait mis sur la piste. Si nous nous demandions l'avant-veille pourquoi tous les touristes disparaissaient au moment du coucher du soleil, nous avons maintenant la réponse à nos interrogations existentielles : l'immense majorité a prévu dans son tour de venir voir le coucher du soleil depuis cette montagne. Et il est vrai que la vue est impressionnante : autour de nous, un tapis de forêt, d'où aucun des dizaines de temples de la région n'émerge, excepté Angkor Wat, à quelques kilomètres. Le Soleil semble brûler la surface du lac, loin à l'horizon. Sympathique.

Nous sommes donc littéralement entourés de touristes, et certains sont parmi les plus ridicules du monde, comme si chaque pays avait envoyé le contingent le plus représentatif du pire qu'il avait à offrir. Pêle-mêle, nous avons donc droit aux Japonais qui poussent des hurlements béats, avec casquette à visière et photo tous les quarts de seconde ; aux très gros Américains ; aux Anglais tous rouges ; à la famille thaï bourgeoise, pouffe en mini-jupe dorée et parents pas mieux habillés. Il ne manque que des Chinois pour cracher un peu partout. Tout ce petit monde se serre de plus en plus sur la plus haute plate-forme du temple. Ca pose des photos, ça mitraille dans tous les coins. Aglaé et moi passons plus de temps à photographier les meilleurs phénomènes qu'à observer la vue. J'imagine que moi, avec mes litres de sueur froide déversés chaque seconde, je n'ai pas l'air plus malin...

Angkor des cafards !
Devant l'afflux, nous décidons de redescendre sans attendre le coucher du soleil, qui arrivera dans 30 minutes. La descente est infinie, d'autant que nous croisons sans arrêt des hordes de touristes qui montent. Impossible de savoir comment ils ont tous tenu sur l'esplanade du temple, là-haut, mais nous ne sommes pas très curieux de voir le résultat. Nous rentrons à la maison avec notre tuk-tuk si aimable et le payons. Je prends ma température, et youpi, ma fièvre est à 39°C. La vie est belle. Une aspirine plus tard, nous voilà repartis dans le but de prendre un léger repas avant de reprendre la direction du dodo.

C'est là que tout se complique. Nous décidons de prendre le premier resto sur le chemin, un truc pour occidentaux appelé Special Herb Pizza. Je pense qu'on pouvait aussi se procurer des "herbes" un peu bizarres dans ce genre de pizzas, d'après notre guide, mais on était aussi supposé manger bien. Au moment de notre commande, je demande un thé chaud au citron, seul moyen de calmer mon atroce mal de gorge. Le serveur opine : "yes, hot tea lemon, yes"

Trente secondes plus tard, il revient avec un Coca. "No, no, HOT TEA, TEA, WITH LEMON".

Une minute plus tard, il revient avec un verre rempli de glace et d'un liquide qui doit être du thé glacé, le truc à même de me terrasser vu l'état de ma gorge. J'explose de rire, puis :

"NO, HOT TEA, WITH LEMON"

Encore une caractéristique du cambodgien, et il paraît que c'est une particularité culturelle en Asie du Sud-Est : impossible d'avouer qu'on n'a pas compris, on préfèrera toujours mentir et dire qu'on a compris.

Enfin, le serveur sourdingue revient avec mon cher thé chaud au citron. Je le verse dans ma tasse, et me rend compte avec une surprise non dénuée d'horreur qu'en même temps que le précieux liquide, un cafard noyé a atterri au fond de ma tasse. Et là, trop c'est trop : la maladie, les engueulades avec les tuk-tuks, les vendeurs d'appareil photo, les serveurs, les arnaques incessantes, nous décidons de fuir plutôt que de cautionner ça encore une fois. J'appelle le patron, un gros manchot trapu qui est en train de nous apporter le hamburger d'Aglaé, lui montre le cafard mort dans ma tasse, et lui signifie mon intention de m'en aller, sans payer bien sûr puisque nous n'avons rien consommé. Aglaé est en train de siroter le plus rapidement possible son verre de vitamines prescrit par son médecin, et prend l'air courroucé de la fille qui va partir dès qu'elle aura fini son verre d'eau orangée.

Si nous avons le monopole du cafard, le Manchot, quand à lui, prend la mouche. Il se met à gesticuler et hurler : il nous changera le thé, mais nous allons rester ici, et manger sa bouffe. Hors de question, nous exclamons-nous en choeur ! "No go away !" surenchérit le Manchot, bien décidé à ne pas nous laisser partir malgré ses faillites en grammaire anglaise. Le ton monte à la vitesse de la lumière. Aglaé, son verre de vitamines à la main, tempête et crie que c'est une honte, un resto aussi sale, des cafards dans la bouffe et il fallait qu'on la mange peut-être?, ponctué de "Non mais je rêve!" (en français), que j'étais vraisemblablement le seul à comprendre. Gardant un calme assez surprenant, je regarde ce petit monde s'engueuler. Aglaé s'énerve de façon grandiose et digne, le Manchot, lui, décide de nous barrer physiquement le chemin. Décision d'autant plus dangereuse que maintenant Aglaé a fini son verre, et qu'elle a bien décidé de partir sans manger ses frites goût cafard.

Le Manchot menace d'appeler la police. Aglaé l'enjoint à le faire, avec un sens du bluff que j'applaudis encore : de toute évidence, si le type disait ça dans un pays aussi corrompu, c'est qu'il connaissait des gens de la police. Evidence corroborrée lorsqu'un serveur lui apporte en courant une carte de visite d'un policier. Nous flippons d'autant plus qu'un autre serveur a rapidement fait disparaître la preuve du crime (la tasse et le cafard bouilli), et ce malgré nos protestations houleuses.

Malgré les cris, les 4 ou 5 touristes qui mangent dans le restaurant en même temps, n'écoutant que leur courage, font comme si de rien n'était, et parviennent à regarder ailleurs, malgré la petitesse du restaurant. Merci les gars, vive la solidarité.

Le gars appelle la police, ou fait semblant - nous ne saurons jamais. Pendant ce temps, nous continuons à essayer de passer. De son moignon il fait de grands moulinets, qui me dégoûtent assez de l'envie de tenter le forcing - Aglaé m'avouera plus tard qu'elle était tellement énervée qu'elle n'a même pas vu que le type n'avait plus de doigts !

Aglaé hurle les expressions "French embassy" et "big problems for you" dans des séries qui les rapprochent de plus en plus. Le Manchot semble un peu hésiter, et Aglaé passe en force, en le défendant de la toucher s'il ne veut pas avoir de gros problèmes. Elle le bourre sur le côté, réussit à atteindre la rue, et continue à crier. Je tente aussi de passer, avec mon sac à dos et ma fièvre. Le Manchot me repousse violemment vers l'intérieur du restaurant. Là c'est trop, et j'élève la voix pour la première fois. Rassemblant quelques mots d'anglais un peu au hasard, je l'enjoins de la moins courtoise des manières à aller laver sa cuisine s'il veut éviter ce genre de problème. Devant la puissance de ma voix (je crie rarement, seuls ma mère et mon frère pourront témoigner de l'effet que ça peut faire), le type me fait signe que je dois m'en aller, ce que je fais avec plaisir. Il fait mine de me donner un coup lorsque je passe, à quoi je réplique par une autre menace, et c'est fini. Connard, va! Les touristes n'ont toujours pas bougé.

A peine le temps d'être impressionné par la puissance d'esprit d'Aglaé, qui n'a pas flanché une seconde, alors que la perspective d'un flic corrompu se mêlant à l'affaire n'était pas des plus attirantes, que la voilà qui s'écroule dans mes bras, traumatisée. Je la supporte jusqu'au centre-ville, où nous achetons des mouchoirs pour les larmes, et où nous trouvons un sympathique restaurant thaï où manger de succulentes nouilles, mais il lui faudra de longues heures pour se calmer.

Le restaurant est un concept-resto sur le thème de la prison : élégante façon de voir à quoi l'on aurait échappé, mais l'équipe est assez charmante pour prendre ça à la rigolade. Nous retournons nous coucher, en faisant un petit détour pour ne pas passer devant le resto du Manchot, et allons nous effondrer sur nos lits, elle avec sa peur-rage, moi avec ma maladie.

vendredi 2 janvier 2009

Un Noel des mille et une nuits a Agra

Un Noel des Mille et une Nuit !

Arrivee assez tardive le 24 a Agra, pour cause d’un bus qui n’avancait pas beaucoup dans des embouteillages monstrueux. Rapide traumatisme : notre hotel soi-disant super avec vue sur le Taj Mahal depuis le resto sur le toit nous propose a des tarifs pas tres sympas des chambres sans fenetres… Mais elles sont propres et on nous fournit meme du precieux papier toilette. Youpi!

Rapide consultation avec Clara et Aglae : nous decidons, malgre les doutes d’Aglae, d’aller voir le Taj avant le coucher du soleil. Decision importante, car l’entree de cette merveille du monde a un tarif prohibitif : 750 Roupies, soit 13 euros environ. Pire que le Louvre ! Bien entendu les Indiens payent 10 roupies… Or celui-ci n’inondera l’Inde que pendant une heure encore. Nous foncons a travers les rues sales de la vieille ville, car notre hotel est a 500 metres du Taj, et nous dirigeons vers les caisses. Un Francais nous apprend in extremis que le Taj ferme a 5 heures, et que les flics virent tout le monde une fois l’aiguille des minutes arrivee a son zenith.

Ce Francais magique nous a sauve la vie, et il le vaut bien. Il nous a evite la pire desillusion de Noel possible ! Nous foncons dans un petit parc ridicule aux abords de la ville, ou notre guide nous apprend qu’existe une Taj Walk, accessible pour une somme modique. Nous revoila dans une de ces balades d’un kitsch consommé, avec petits chemins paves de pierres, peintures d’animaux, petits ecureuils mignons et chiots errants – ah oui et les bouteilles plastiques aussi.

Nous traversons en courant ce jardin dont la partie bucolique nous interesse moderement, objectif : ce foutu Taj. Et la, au detour d’une petite colline boisee, c’est la stupeur et l’emerveillement. A une certaine distance, emergeant des frondaisons des arbres, le Taj Mahal, tout pareil que dans Aladdin, nous montre son majestueux profil. J'avais peur d'etre decu, mais meme de loin c'est deja fou. Le Soleil se couche pas loin, et lance ses derniers reflets sur une armee de pigeons et autres volatiles qui font la ronde autour des minarets.

Il n’y a qu’un banc, tres romantique, qui donne sur cette vue, banc malheureusement squatte jusqu’a la fermeture du parc, qui interviendra après le coucher de l’astre, malheureusement squatte disais-je par un odieux couple allemande ou anglais je ne sais plus (enfin, un peuple vil et vicieux, quoi). Qu’importe, nous nous asseyons a quelque distance et grignotons quelques doux cookies en observant cette merveille architecturale.

Esprit de Noel, quand tu nous tiens
Soudain, quelques jappements interpellent Clara, visiblement tres connaisseurs des types de jappements canins. A quelques metres derriere nous, a l’endroit peut-etre ou on voit le mieux le Taj, deux chiens se livrent a une feroce parade amoureuse, qui culminera par un accouplement follement romantique devant le Taj Mahal.

Comme les connexions nepalaises nous empechent d’uploader des photos de par leur lenteur, je vous propose de visionner quelques photos sur le blog de Clara, a cette adresse :
http://magicbusahmedabad.blogspot.com/2008/12/merry-christmas.html

Un fou rire demarre, qui gagne rapidement les deux vils representants du vil peuple deja evoques. Nous rentrons en nous tenant les cotes, le temps d’experimenter une superbe technique pour repousser les harceleurs qui nous demandent en continu si nous voulons un taxi, un rickshaw, des cartes postales, des beignets ou bien encore de menus objets en “marbre”. Cette technique releve de la contre-guerilla, l’idee est d’Aglae : au lieu de jeter les photos ratees que nous faisons developper depuis mon appareil argentique, pourquoi ne pas essayer de les vendre aux lourdauds qui nous poursuivent avec des artefacts d’une qualite pas forcement superieure ? Des que ceux-ci se montraient trop insistants, jaillissaient dans mes mains ces photos, et me voila les poursuivant, deja prets a negocier : “you want my photos ? I give you good price, ten roupies!”.

Le mieux, c’est que ca les faisait beaucoup rire, les vendeurs, et qu’ils nous lachaient les basques. Certains ont meme vraiment essaye de negocier!

Dinde de Noel tandoori
Le temps pour Aglae de se faire une beaute, et pour moi de roupiller (j’avais un petit malaise, et de la fievre), et nous voila tous trois partis avec Clara. Nous avions reserve un super restaurant au dernier etage de l'hotel le plus luxueux d'Agra. Resto recommande partout, concert de musique classique indienne et tutti quanti. On nous avait promis une vue sur le Taj, mais nous avons rapidement compris que la nuit celui-ci n'est pas eclaire...

Mais le cadre est impeccable, lumiere tamisee, douces odeurs d'epices, et decorations de Noel. Nouvelle surprise quand un Indien deguise en pere Noel debarque. Pour cacher son teint de peau pas tres finlandais, celui-ci a du mettre un masque en plastique, ce qui donne un cote Brazil
assez inquietant. Il nous distribue quelques chocolats, Aglae est aux anges. Repas d'une finesse absolue, pour des prix defiants la concurrence vu le luxe et le niveau de gastronomie (genre, 50 euros pour trois, boissons alcoolisees comprises). Ma fievre s'envole de facon surprenante lorsque le poulet tandoori geant a partager avec Aglae se pose sur notre assiette, fumant et crepitant sous son riz grille et ses noix de cajou ciselees.

Je vais vous epargner les desserts a base de bananes entourees de caramel croquant, non, vous n'y survivriez pas.

Pas Mahal du tout
Le lendemain il a fallu se reveiller a l'aube, je veux dire vraiment au chant du coq, 5h30, Aglae et moi, deux celebres marmottes, ont sacrement souffert. Queue immense de touristes devant le Taj : visiblement nous ne sommes pas les seuls a avoir lu dans le Lonely Planet que le lever de soleil sur le Taj etait magique. Fouille en regle des sacs, Clara doit deposer son iPod a la caisse (pourquoi??????). Il fait quasiment nuit, mais une brume opulente leche les pieds d'un pate blanc, au loin, derriere un quadrillage de fontaines. Nous ouvrons un peu plus les yeux, et la lumiere croissante nous revele que le pate blanc sur lequel des touristes armes de teleobjectifs plus gros que mon mollet, eh bien c'est une espece de truc magnifique, delirant. Ecrasant de beaute, dirais-je.

A savoir pour ceux qui ne savent pas : le Taj Mahal sur lequel se ruent des myriades de touristes tels les mouches autour d'un joli etron a ete construit par un roi du coin par amour pour sa seconde femme defunte. Il s'agit donc d'un tombeau romantique, de marbre blanc, finement cisele. Aglae m'a demande : "si je meurs, tu me construits un truc comme ca ?". Elegamment, j'ai botte en touche en lui montrant un singe qui grimpait le long de la mosquee qui jouxte le tombeau de marbre. Echappe de justesse !

Au-dela de la splendeur du tombeau, que nous avons petit a petit decouverte au fur et a mesure que le soleil faisait se dissiper le tapis de brume (parce qu'une fois DANS la brume, on ne voyait pas a dix metres, flippant), il y a en effet deux batiments tres beaux qui l'entourent, chacun le miroir de l'autre, et l'un est une mosquee. Ces deux batiments, qui valent le coup d'oeil a eux seuls, sont tout rouge, ah que c'est elegant rouge contre blanc.

Apres deux heures a trainasser et a remplir de photos nos cartes memoires jusqu'a les faire deborder, nous partons pour Fatehpur Sikri, sublime fort en ruines, a 40 km d'Agra. Des chevres errent dans ces vieux palais de pierre rouge, qui laissent entrevoir le luxe et la paresse des maharadjahs qui regnaient sur l'Inde. La lumiere de fin d'apres-midi inonde des mosquees encore en activite ou des femmes enveloppes de saris multicolores nous lancent quelques sourires. Une petite fille, litteralement pousse par ses parents vers nous, s'entraine a l'anglais avec Aglae. Un peu de conversation normale, puis -la gamine est trop mignonne decidement : I like you very much ! Can i come with you in France ?

J'arrive a convaincre Aglae qu'adopter cet enfant est non seulement interdit mais aussi pas tres pratique vu notre voyage, puis nous revenons jusqu'a Agra. Course effrenee jusqu'a la gare, ou nous jetons avec tristesse la petite Clara dans sa First Class avec quelques Occidentaux. Nous avons passe quelques jours tres agreables en sa compagnie. Quant a nous, nous devons prendre un train sans reservation pour Jhansi, etape avant Khajuraho... Et la tout s'est soudainement complique pour un 25 decembre....

Jaipur, deja la fin du Rajasthan!

Nous sommes arrives tardivement a Jaipur, surtout que le conducteur de rickshaw ne savait pas ou etait notre hotel, et refusait de demander autour de lui! Mais apres des pates (pour la plus grande joie de Clara, privee de nourriture occidentale a Ahmedabad) et la decouverte de chambres confortables, nous retrouvons le sourire, que nous avions un peu perdu dans le bus.

La vie en rose

Des nos habituels toasts & tea avales, nous partons nous promener dans les ruelles de Jaipur. Le conducteur de rickshaw a auparavant absolument voulu epouser Clara, lui promettant de nous conduire partout gratuitement dans Jaipur, lui faisant choisir le tracteur de ses reves dans la vitrine d'un magasin, tout cela avec beaucoup d'humour et sans regarder la route!
Jaipur a une vraie unite architecturale: les echopes sont dans des passages a arcades, les rues sont droites et perpendiculaires, et toute la ville est peinte en rose. C'est bien la premiere fois qu'il regne tant d'ordre dans une ville indienne. Bon, la circulation reste desorganisee et la proprete mediocre: il ne faut pas rever non plus!

Nous decouvrons avec etonnement le palais des vents, facade kitsch avec un nombre incroyable de fenetres ouvragees, specialement concues pour que les femmes du harem du roi puissent observer l'animation de la rue sans etre vues. Charly et moi ne sommes pas plus emballes que ca par le Palais Royal, certes tres elegant, mais qui ne fait pas le poids par rapport au gigantesque Palais blanc du maharadja d'Udaipur. Malgre tout de tres belles portes decorees de mosaiques fabuleuses representant les 4 saisons ; elles semblaient presque irrelles, comme si les emprunter conduisait dans quelque endroit magique.

Par contre, nous faisons une decouverte inattendue et delirante: un jardin-observatoire rassemblant des instruments geants d'astronomie, cadrans solaires gigantesques ou constructions aux formes etranges, sur lesquelles sont tracees des courbes ou des signes du zodiac. Nous ne comprenons par vraiment comment tout cela fonctionne, mais on se croirait dans un tableau de Chirico (peintre surrealiste http://fr.wikipedia.org/wiki/Chirico) !



Maxifort et Minibus

Nous prenons ensuite un minibus bonde (est-ce encore necessaire de le preciser?) pour le fort d'Amber. Ses hauts murs jaunes sont accroches aux montagnes, couvertes de murailles de toute part. C'est un fort avant d'etre un palais, on sent ici mieux le caractere guerrier des rajputs : leurs legendes parlent toujours de valeureux maharadjas se jetant avec bravoure dans des batailles desesperees. Nous escaladons les murailles pour profiter de la vue et de la belle lumiere du couchant, mais ne parvenons pas a la crete pour voir Jaipur de haut, la montee etait plus longue que prevue!

Le retour vers Jaipur parait sans fin, car nous sommes debouts et plies en deux, nous cognant la tete contre un plafond hostile. C'est un minibus pour les nains!

Clara et moi tentons imprudemment des tomates farcies dans un resto, mais les Indiens ont une autre conception de ce plat... Il s'agissait d'une pauvre tomate plongee dans une sauce indigeste a la creme. Conclusion: mieux vaut manger indien, c'est bien meilleur que les imitations de plats occidentaux!

mardi 23 décembre 2008

Nous allons nous convertir a l'Islam! Delhi, 2e acte

Les Indiens ont un petit cote suisse...

Nous voulions partir tot a l'assaut de Delhi. Mais en Inde, il est impossible de petit-dejeuner (ou de manger) vite: on met systematiquement 30 a 45mn pour vous apporter vos deux toasts a la confiture et votre the. Exactement le meme temps que lorsque vous commandez un poulet au milles epices cuit au four! C'est incomprehensible mais rien n'y fait, c'est meme marque sur tous les menus: "minimal time order 30mn". Nous achetons donc souvent de la nourriture aux marchands ambulants dans la rue. Nous avions commence prudement avec des chips et des bananes, nous degustons maintenant (presque) sans crainte divers beignets sales, des pommes de terres roties aux epices, des gateaux frits tres tres sucres (que j'aime donc tres tres beaucoup!) et autres gourmandises...


Fourmilliere et merveilles architecturales musulmanes

Nous nous perdons a moitie dans Old Delhi. C'est un capharnaum incroyable : un flux incessant de personnes et de vehicules de toutes sortes se faufile entre des maisons delabrees reliees entre elles par des miliers de fils electriques. Quand on est concentre pour se frayer un chemin dans la foule tout va bien, mais si on s'arrete et que l'on regarde passer ce flot, ca donne le vertige!

Nous finissons par approcher de notre but, l'immense mosquee Jama Masjid, au coeur de la vieille ville. C'est gigantesque et splendide, mais c'est un lieu qui se merite. Il faut avant cela echapper a une foule de mendiants qui assaillent les pieux musulmans comme les infideles. Beaucoup ont des malformations ou des membres manquants, il y a aussi des petits enfants qui vous suivent pendant de longues minutes. L'un d'entre eux, un bras cache dans son echarpe, s'est notamment dirige vers Charly, un sourire aux levres, avant de lui exhiber un membre tout deforme et sans main, en lui demandant de l'argent et du pain.


Mais une fois les marches de la mosquee montees et l'immense porte franchie, c'est l'emerveillement: devant les 3 domes et les 2 minarets s'etend une immense cour d'un calme. I apres tant d'agitation. Des femmes aux saris chatoyants discutent a l'ombre des arcades, quelques enfants jouent, des hommes font leurs ablutions dans le grand bassin miroitant, d'autres prient au milieu des flots de pigeons... Nous n'avons plus envie de partir de ce lieu magique et serein, baigne de soleil.

Nous errons encore un peu dans le marche aux epices, dans un temple jain ou il y a un hopital pour oiseaux (car pour cette religion, tout forme de vie est sacree) et nous offrons un chai (prononcez "tchaie", du the au lait et aux epices). C'est delicieux! (ceux qui ont eu le malheur de manger souvent a mes cotes ne manqueront pas de remarquer avec stupefaction que je goute des dizaines de choses nouvelles...)

Nous decouvrons aussi le Red Fort, symbole de la ville ou flotte fierement le drapeau indien. De grandes murailles rouges ornees de belles tours et de portes gigantesques enserrent les ruines d'un palais moghol. Dans un jardin un peu a l'abandon sont disposes des pavillons de marbres blancs finement sculptes. Au hasard d'un coup d'oeil au plafond, on decouvre des restes de mosaiques multicolores, d'arabesques dorees ou de fleurs peintes. C'est notre premier contact avec l'architecture moghole et nous sommes conquis. Decidement, les musulmans ont erige des merveilles, nous songeons a nous convertir!