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jeudi 2 juillet 2009

Baikal et Cie


Lytsvyanka le 9 mai

Nous passons une partie de la journée à rôder auprès du lac, le temps d'une balade sur une petite colline qui domine le grand Baikal. Promenade que nous faisons avec Elvanne et un Canadien, rencontré sur l'aire de minibus, et qui semblait un peu perdu. Francophone, ce dernier est particulièrement marrant ; il réalise un véritable tour du monde, et ne tarit pas d'histoires sympathiques sur son périple.

les jolis restaurants de Litsvyanka

La promenade nous fait grimper le long d'une voie de télésiège abandonnée pour l'été. Nous sommes pratiquement seuls, à part un couple de Russes qui viendra nous rejoindre en poussant des cris de joie. En effet, au croisement du fleuve qui vient d'Irkoutsk et du plus profond lac du monde, la vue est impressionnante. Une brume nous masque en partie les montagnes neigeuses de l'autre côté du lac, à la surface duquel brillent des milliers de morceaux de soleil. Il y a là sur une rambarde des milliers de bouts de tissus noués ; probablement une superstition du coin, suivie par les touristes qui passent.

Nous passons de longues minutes à observer les alentours tels des enfants ahuris.

En redescendant nous remarquons une espèce de loutre qui nage près de la rive. Aglaé est persuadée que c'est l'un des rares spécimens de phoque d'eau douce qui habitent près du lac ; je préfère ne pas la contredire.

Nous prenons un déjeuner "typique" : la spécialité du lac étant l'omul séché (sorte de truite locale) il n'y a que ça à manger sur le marché local. Nous y allons à reculons étant donné l'odeur éprouvante de poisson qui flotte dans l'air, mais c'est proprement délicieux.
omul séché et bière locale

Après avoir dit au-revoir à Elvanne, au Canadien qui prendra notre place dans le chalet et à Youri (torse nu, il nous fait signe de la main à travers sa fenêtre lorsque nous partons), nous mettons les voiles sur Irkoutsk, ville que nous voulons visiter avant notre départ vers Moscou.
Les fantastiques maisons des nouveaux riches russes

Une belle ville sibérienne
Nous sommes surpris de constater que le chauffeur du bus qui nous ramène à Irkoutsk est le même que la veille, et qu'il nous regarde toujours avec le même sourire un peu en biais. L'espion russe n'est plus là, par contre. Nous achetons le ticket de bus dans l'office du tourisme qui était fermé la veille. L'office de tourisme de Litsvyanka est... minimaliste : sis dans une minuscule maison en bois isolée sur le port c'est un grand bureau avec une table et une chaise. Et c'est tout. Nous doutons de l'intérêt de ce bureau.

Nous dénichons un minuscule hôtel très confortable juste à côté de la gare routière d'Irkoutsk. C'est un grand bâtiment en bois qui fait aussi restaurant. Je ne saurai jamais si ce n'était pas aussi un hôtel de passe ou quelque chose de douteux dans le genre : intuition née de plusieurs évènements étranges, le premier étant les gros molosses qui vont prendre leur douche dans le sous-sol (mais bon tous les hommes du coin sont comme ça aussi), le second étant le fait que lorsque je me lavais les dents une femme est venue pour aller aux toilettes mitoyens : un homme était venu l'accompagner jusque là (l'accompagner aux toilettes !) et restait au seuil de la salle de bains, à me regarder d'un air neutre et pas très rassurant, comme s'il me soupçonnait à moitié de vouloir aller mater sa copine dans les toilettes.



Une petite promenade au coucher du soleil nous permettra d'avoir un bel aperçu de la ville d'Irkoutsk : alors que les façades se mettent à rougeoyer, nous passons entre les vieilles maisons en bois aux volets sculptés qui font la renommée de l'architecture sibérienne. Surtout en arrivant dans ce centre-ville parcouru de vieux trams nous voyons pour la première fois des Bulbes d'Eglise Russe Orthodoxe !

Pour certains cet enthousiasme immodéré apparaîtra un peu idiot. Mais je vous jure lorsque vous apercevez pour la première fois, au coin d'un toit, au coin d'une rue, derrière une barrière, une église aux murs blancs encadrés de briques roses, avec des formes très étudiées, très recherchées, et que sur cet espèce de gâteau de mariage vous apercevez les bulbes en or... eh bien vous vous dites que ça y est c'est fait vous êtes en Russie.

J'ai eu du mal à retenir l'enthousiasme d'Aglaé, surtout que le mien était parti batifoler pendant ce temps et nous avons mis un temps fous à les retrouver ils s'étaient cachés sous une voiture.

Incroyable : nous recroisons les 2 Hollandais déjà rencontrés deux fois. Probablement des espions russes chargés de nous surveiller.

Nous rentrons dans un joli restaurant entièrement décoré comme à la Belle Epoque (à part la serveuse mongole très timide et très souriante), et comprenons que ce n'était pas un hasard en Mongolie : les Russes comme leurs voisins vouent quasiment un culte à la décoration des restaurants et des bars. Froid oblige : lorsqu'il fait -50°C dehors, vous devez vous retrouver dans des tripots, et si les tripots sont aussi glauques qu'en Chine, c'est la pendaison assurée.

On m'avait fait très peur en me dépeignant des cantines russes horribles où l'on te forçait à ingurgiter du gruau moisi. En fait on mange très bien en Russie depuis la fin de l'époque communiste.

lundi 29 juin 2009

Mes amis Youri, la réceptionniste blonde et la Française d'Afghanistan

Litsvyanka, le 8 mai

C'est un peu au hasard que nous avons déniché cette adresse. Des écriteaux marqués en anglais indiquaient une sorte d'auberge, mais il avait aussi le mot "appartement". Un peu perdus dans ce village (nous n'avons pas de plan), nous nous étions dits que nous pourrions toujours tenter ça.

Alors que nous allons taper à la porte d'un petit chalet en bois perdu derrière une barre d'immeuble, une fenêtre s'ouvre à l'étage dudit immeuble. Un homme nous crie en russe quelque chose. Sa tête disparaît, une seconde plus tard, il sort de l'immeuble. C'est un gros homme souriant et débonnaire, bouillant d'énergie.

Youri (c'est son nom) ne répond pas à nos vagues questions en russe : il se saisit d'une grosse clé, nous fait visiter l'appartement qu'il loue. C'est un minuscule chalet, tout en bois, avec deux grandes chambres, une cuisine et une salle de bains en état de fonction : bref, un truc très mignon. Il court dans tous les coins, nous montre le chauffage, l'eau chaude, les draps, tout. Il ne parle pas anglais, ou si peu, mais se fait comprendre avec des grands gestes, ou bien en répétant un mot en russe. Son spectacle est drôle, et il se fait plutôt bien comprendre.

Youri se comporte comme si nous avions dit "oui", alors que, ne sachant pas combien il loue ce petit appartement, et se doutant que c'est au-dessus de nos moyens, je ne suis pas très partant. Au bout de la cinquième fois que nous lui demandons le prix, il me demande un carnet et un stylo. Il réfléchit, puis entame un speech en russe. Il écrit "3000 roubles", chiffre qu'il raye immédiatement en disant "student price", puis écrit "2000 Roubles" : oui, il marchande tout seul. Nous le regardons médusés.

Je propose moins, il accepte en nous serrant la main, après avoir fait baisser son chiffre de départ de 50%. Nous n'en revenons pas d'avoir ce petit appartement, qui nous fait enfin nous sentir un peu chez nous !


Paperasserie russe (pléonasme)
Un dernier truc nous chiffonne cependant : chaque visiteur en Russie doit, à son arrivée sur le territoire, se faire enregistrer par la police, puis dans chaque nouvel endroit où il reste plus de 72 h. En réalité cette règle, héritée des temps joyeux de la bureaucratie soviétique, est le prétexte à des trafics en tout genre. Les grands hôtels enregistrent automatiquement et gratuitement leurs clients, mais les petits hôtels font généralement payer ce service... ou sinon il faut s'adresser à d'autres hôtels, qui le font contre des sommes d'argent plus ou moins grandes selon l'humeur.

Or il est évident que l'ami Youri, qui loue sûrement son appartement au black, ne nous enregistrera pas. Nous lui demandons mais il nous répond une chose vraie : c'est trop tard pour aujourd'hui, demain c'est un jour de fête nationale (capitulation de l'Allemagne nazie), et après c'est dimanche, donc impossible de nous enregistrer.

Aglaé n'est pas très rassurée : si nous nous faisons contrôler par des policiers, cela arrive souvent qu'ils demandent le certificat d'enregistrement, et nous ne pourrons le leur montrer. Ca risque de finir par une grosse amende, qui finira dans la poche dudit policier. La quête d'un enregistrement oriente donc notre balade au village.

Premier essai, une auberge de jeunesse : le patron ne parle pas anglais, appelle sa femme. Celle-ci arrive avec une tête d'enterrement : "Vous voulez quoi ?"
- Euh... enregistement ?
- Vous voulez une chambre ?
- Euh, non, juste l'enregistrement.
La femme nous claque la porte au nez sans répondre. Quel accueil ! Alors que nous commençons à partir, le mari ouvre la porte timidement, chuchote : "vous devez être clients pour être enregistrés" et la referme, à demi-honteux de cette désobéissance à son molosse de femme.

Deuxième essai, la poste : nous demandons "enregistrement ?", la préposée soupire et hausse les yeux au ciel. Pas d'autre réponse. Nous nous en allons, dépités : est-ce que les Russes gentils existent ?

Au hasard de notre promenade sur l'inoubliable front de mer de Litsvyanka (ah la vue, mais quelle vue !), nous croisons à nouveau les deux Hollandais rencontrés le matin même à la gare d'Irkoutsk. Quel petit monde ! Nous discutons un moment avec eux. Ils sont dans un petit hôtel complètement vide, en bordure du village. Peut-être pourrons-nous obtenir un enregistrement sur place...

Avant de les suivre, nous achetons du pain pour le lendemain, dans un supermarché soviétique. Le concept du supermarché soviétique est étonnant : ce n'est pas vous qui choisissez des produits avant de les amener à la caisse, c'est la caissière qui va chercher les produits que vous indiquez. Façon de faire évidemment anti-productive, chaque client monopolisant la caissière plus longtemps, mais cela semble être une mesure de méfiance contre le vol...

(cela dit, en Asie, nous étions toujours suivis par les vigiles dans les supermarchés !)


Le sourire d'une blonde
L'hôtel des Hollandais est effectivement complètement vide, c'est un grand resort en bois, tout neuf, tout déprimant. Après de longs couloirs, nous atterrissons à l'accueil. D'un côté, une femme très laide regarde la télévision avec un air buté. De l'autre, la Russe qui sauve tous les Russes : une jeune belle blonde aux yeux bleus souriante !

Nous lui parlons avec angoisse, car autant le dire, nous nous attendons à nous faire jeter comme des malpropres. Elle écoute notre requête, nous répond dans un anglais parfait que c'est impossible pour elle de faire ça maintenant. Mais elle nous dit qu'elle va se renseigner sur notre situation.

Pardon ?

Avant que nous n'ayons le temps de réagir, elle empoigne son téléphone et passe une série d'appels. Elle contacte tous les hôtels d'Irkoutsk. Parle. Attend, rappelle. Bref, elle semble complètement dévouée à deux inconnus, qui plus est qui ne sont pas clients de l'hôtel... Nous n'en revenons pas. Elle raccroche, et nous informe que nous n'avons pas de soucis à nous faire : le train qui nous emmènera à Moscou part d'Irkoutsk moins de 72 heures après notre arrivée, donc il n'y a pas besoin d'enregistrement. Elle est formelle. Nous pouvons enfin souffler.

Cette jeune femme blonde engage ensuite la discussion. En apprenant que nous sommes Français, ses yeux s'illuminent. Elle commence à nous parler de l'alliance française d'Irkoutsk, qui est très dynamique. Elle évoque avec envie et bonheur une amie à elle, qui s'est mariée à un Français. En gros, il est évident qu'elle rêve de rencontrer des Français (comme moi), afin de sortir de son trou, et d'éviter les hommes russes.

(ah nous ne vous l'avons pas dit ? de l'aveu des femmes russes, de TOUTES les femmes russes, les hommes russes sont juste irrécupérables : violents, très souvent alcooliques, toujours machos, ils sont la cause d'une recherche éperdue de maris étrangers, de la part des femmes russes)

(ah on ne vous l'a pas dit non plus ? A cause de l'alcoolisme et du suicide, l'espérance de vie des hommes russes est de 12 ans inférieure à celle des femmes russes)


En gros cette femme, que nous quittons à regret tant sa gentillesse nous impressionne, cette femme dis-je est jalouse d'Aglaé.

Nous dînons sans Elvanne dans un petit restaurant en bord de lac. Il n'y a que deux plats possibles, le vlov ou la shashlik. N'ayant aucune idée de ce que ça peut être je commande les deux, nous nous retrouvons avec une brochette et du riz huilé aux légumes. Ca aurait pu être pire.

Pendant le dîner nous regardons autour de nous ces Russes. Les hommes sont de manière générale affreux, les femmes magnifiques. Tous ont les yeux bleus. Comme nous sommes prêts de territoires historiquement mongols un bon paquet de gens a des traits asiatiques. Eux n'ont pas les yeux bleus. Tous nous fascinent.

Une femme de tête
La soirée se passera à discuter avec Elvanne. Cette femme de tête a une longue vie derrière elle. En gros elle accepte n'importe quel emploi à l'étranger : elle a donc passé un an en Afghanistan, a travaillé en Argentine et sort d'un an en Malaisie. Elle a bien sûr des milliers d'anecdotes à raconter ce qui rajouté à son sens de l'humour rendra la soirée délicieuse.

dimanche 28 juin 2009

Dans la steppe (2/3) Aglaé et Charly, rois du désert !

4 mai

Nous nous réveillons un peu contrariés et inquiets. Nous faisons une toilette de chat près d'un bidon rempli d'eau : évidemment il n'y a pas de douche dans une yourte. Par contre, il y a des panneaux solaires pour produire un peu d'électricité... afin de faire marcher la télé (et une ampoule). Notre voyage a été l'occasion de constater qu'il y a toujours une télé partout, même dans les endroits les plus paumés et les plus pauvres.

Nous avalons une espèce de bouillie de riz sucrée pour le petit-déjeuner et partons tous de suite à dos de nos chameaux à fourrure. Les membres de la famille réaparaissent juste pour nous dire "au revoir". Nous nous dirigeons vers une chaine de petites montagnes caillouteuses au loin.

Notre guide chantonne très agréablement, nous passons près de gigantesque troupeaux gardés par des hommes à cheval ou à moto. La lumière est sublime et l'herbe rase prend des couleurs étranges: vert, jaune, marron ou orange. Notre bonne humeur revient instantanément devant un si beau paysage.

Au bout d'un long trajet, nous arrivons à un tas de roches recouvert d'écharpes bleues turquoises. C'est apparamment non seulement un lieu sacré mais aussi un point de rencontre pour les nomades. Nous y voyons au moins trois personnes de familles différentes réunies. Quelle foule!


Cette halte nous permet de reposer nos genoux, toujours mis à rude épreuve. La balade reprend, cette fois en longeant les montagnes de roches escarpées. Nous atteignons notre prochaine famille d'accueil à l'heure du déjeuner.

Nouvelles présentations, il y a surtout des femmes et des enfants. Très vite, on ne fait guère attention à nous. Le repas est à nouveau très bon. Il est évident que les familles font des efforts pour leurs hôtes en cuisinant avec des légumes (il n'y a que du mouton et du lait dans la cuisine traditionnelle mongole) et en nous proposant des sachets de thé noir (à la place du thé au lait salé).

Nous croisons d'autres Français ; ils voyagent avec Terre d'Aventure et ont dormi là la veille. On se demande alors en quoi les tours proposés par Ger to Ger en immersion sont différents des autres. Surtout que nous sommes cette fois logés dans une "yourte d'amis", construite exprès pour les touristes. Nous nous sentons à nouveau un peu mal à l'aise et décidons d'aller faire un sieste au lieu de râler.


Le maître de la famille vient nous chercher pour la balade à cheval prévue pour l'après-midi. Il est très gentil et semble vraiment content de nous voir. Il nous aide à monter en selle et part au trot dans la steppe en faisant signe de le suivre. Heureusement pour nous qu'on a déjà un peu fait de cheval !

Le sentiment de trotter dans la grande steppe et de pouvoir guider librement sa monture est incroyable (notre guide tenait nos rênes pour les chameaux). Nous oublions instantanément les déceptions de la veille et les craintes de ce midi. Charly peine un peu avec son cheval qui obéit moins bien que le mien (enfin, c'est peut-être la faute du cavalier?).
Notre hôte nous fait signe de l'aider à rassembler son troupeau de mouton. Charly et moi partons donc chacun au trot de notre côté pour ramener les moutons trop aventureux. C'est super marrant, nous sommes aux anges!

Une fois notre tâche de bergers accomplie, nous partons en direction de magnifiques dunes de sables. Au milieu, un petit lac bleu-ciel au bord duquel nous descendons de nos montures. C'est superbe, on se croirait dans le Sahara ! Charly est tellement content qu'il manque de se rouler dans le sable.


Sur le chemin du retour, nous passons près du troupeau de cheval de notre hôte. On aperçoit rapidement une jument coincée dans une flaque de boue ; un petit poulain attend sur le bord d'un air malheureux. Nous nous arrêtons, notre hôte me donne la garde de nos trois chevaux et il entreprend de sortir de l'eau le cheval blessé. Charly va l'aider. C'est une entreprise difficile car le cheval est tellement faible qu'il ne tient plus sur ses jambes. Il tremble violemment de froid.
Un autre monsieur arrive à la rescousse (mais d'où sort-il, il n'y a aucune yourte en vue?).

L'homme me confie ses deux chevaux. Ceux-ci sentent vite mon inexpérience et commencent à se faire la belle. Je m'accroche de toutes mes forces à la longe et manque de me faire traîner par terre. A mes cris effrayés (mais comment dit-on "au secours" en mongol?), il vient me tirer de cette délicate situation.

Une fois la jument sauvée des eaux, son poulain affamé se précipite pour la têter, mais il est repoussé. L'autre monsieur les emmène tous les deux avec lui pendant que nous rentrons de notre côté.

Le retour est aussi beau que l'aller, moins les cris de détresses que poussent mes genoux endoloris. A notre arrivée, un bébé chameau maladroit et visblement égaré s'est approché de nos yourtes. Nos chevaux, qui ne connaissent pas cette bête, sont morts de peur et nous les retenons à grand-peine.


Pour la petite histoire, le bébé chameau retrouvera sa maman chameau. Après un concert de cris étranges, ils disparaîtrons tous deux dans le soleil couchant, sous nos yeux émus.

Dans la famille qui nous accueille, il y a une petite fille de 4-5 ans. Elle s'est précipitée sur nous dès notre arrivée. A notre retour de balade, elle joue avec un bébé chèvre qui la suit partout. Dès qu'elle comprend qu'on la trouve trop mignonne, elle ne nous lâche plus d'une semelle pour qu'on joue avec elle. Ce qu'on fait avec plaisir.

Sa robe verte est couverte de poussière et de crottes séchée ; cette petite fille est par ailleurs la reine des grimaces. Elle passera la soirée à se jeter dans nos bras, à ne pas vouloir descendre des épaules de Charly et à nous courir après. Le meilleur moment restera une partie de cache-cache avec le petit poulain, qui nous poursuivait autour d'une yourte. Grâce à elle, nous passons une super soirée!



Après un gros bisous baveux, la petite va faire dodo. Nous dînons avec notre hôte et partons nous coucher dans notre petite yourte. Il y a des milliers d'étoiles dans le ciel, mais l'air devient devient vite glacial. Nous nous endormons absolument ravis de cette journée.

vendredi 26 juin 2009

WAAAAAAOUUUUUUU ! (La Grande Muraille de Chine)


26 avril

On l'attendait avec impatience, on craignait les légendaires nappes de brumes qui l'entourent, mais ce matin là, le soleil était radieux pour notre excursion à la Grande Muraille !

Nous partons très tôt pour ne pas avoir à la parcourir au pas de course. Nous trouvons facilement un minibus qui peut nous déposer en cours de route non loin de la muraille. Nous connaissons les prix et ce n'est pas du tout celui qu'on nous annonce.

Je soupire : ah non, c'est pas vrai, on se croirait au Vietnam ! L'heure matinale ajoute à mon exaspération. Heureusement, Charly garde son sourire et parvient à bien négocier.

Nous réussissons à sauter au bon endroit, c'est-à-dire à Jing Shan Ling, le point d'entrée de la Muraille le plus éloigné de Pékin. En effet, il en existe de plus proches, mais ils sont bondés et outrageusement restaurés. Celui que nous avons choisi est le plus sauvage et surtout le point de départ d'une randonnée sur la muraille jusqu'à un autre point d'entrée : Simataï.

Un paysan du coin fait taxi avec sa voiture et nous emmène jusqu'au guichet d'entrée, à quelques kilomètres de la route principale. Nous savons déjà que notre projet de randonnée est synonyme de racket: il faudra payer trois fois pour la même muraille: un billet d'entrée tout de suite, le droit de passage sur un pont suspendu, et encore un autre ticket car Simataï, à la fin de la randonnée, se situe dans une autre province ! Le Routard s'insurge contre ses pratiques, nous sommes prévenus et décidons que rien n'entamera notre bonne humeur, pas même la rapacité des Chinois.

Nous commençons à gravir une colline. Pour l'instant, la Grande Muraille est encore invisible. Après une rude montée, nous nous retrouvons dans une tour de garde et c'est l'émerveillement. J'avais peur d'être déçue, mais non, c'est incroyable. On peut suivre le "serpent de pierre" à perte de vue sur les crêtes des collines. Je bondis de joie. Je réalise pleinement que je suis en Chine, ce pays qui voulait dire "très très loin, à l'autre bout du monde" quand j'étais petite. Ce qui me paraissait inaccessible est devenu réalité. Je me rêvais globe-trotteuse et j'y suis. Pour de vrai! Cette "révélation" me remplit de bonheur pour la journée.


Nous commençons alors notre merveilleuse balade sur la muraille. Dès que l'on s'éloigne du point d'entrée, nous sommes absolument seuls. De tour de garde en tour de garde, nous dominons des collines arides et escarpées. La muraille monte et descend pour suivre la crête et la pente est parfois extrêmement raide. Nous faisons des petites haltes pique-nique sur le toît des tours de gardes, c'est un vrai plaisir.



Selon les endroits la muraille est en plus ou moins bon état, il faut vraiment faire attention où on met les pieds! Certaines tours de gardes ont été parfaitement restaurées, d'autres tombent en ruine. Nous marchons d'un bon pas, nous prenant pour de courageux soldats montant la garde contre les envahisseurs de Nord. Les gardes de la tour étaient vraiment au milieu de nulle part, je pense au livre de Buzzati, "Le désert des Tartares".

Une absurdité ironique se dégage de cette portion de la muraille, érigée sur la crête de montagnes de toutes façons infranchissables par la moindre armée (même les chèvres auraient du mal à passer par là).

Régulièrement des vendeurs d'eau fraîche surgissent de nulle part, comme des diablotins jaillissant de leur boîte. Ils représentent une tentation épouvantable, car il fait vraiment chaud, et nous sommes en nage ! Heureusement nous avons de quoi faire un pique-nique.

A un moment, nous débouchons sur un tournage, sûrement d'un des nombreux clips de pop chinoise où figure ce symbole national. Nous attendons l'autorisation de passer puis arrivons au but de notre promenade (après avoir repayé): Simataï. Nous ne sommes plus vraiment seuls mais la muraille est ici encore plus raide qu'ailleurs. C'est très impressionnant pour nos yeux et un peu dur pour nos jambes!


Après toutes ces heures à crapahuter sur la muraille, il faut maintenant rentrer à Pékin. Le prochain bus part du parking dans 2 heures. Nous n'avons pas envie d'attendre. Nous décidons, un peu inconsciemment, de partir à la recherche de la mystérieuse gare routière mentionnée par le Routard. Peut-être que des bus en partiront plus régulièrement.

Nous rencontrons un jeune Belge venu en Chine perfectionner son kung-fu et l'embarquons dans cette expédition aventureuse. Au bout d'une demi-heure de marche sur une route qui serpente, nous concluons que la gare routière dont parlait le Routard devait en fait être le parking... Nous ne laissons pas abattre et nous disons qu'au pire on attrapera au vol le bus de 17h, celui que nous n'avons pas voulu attendre.

De gros camions s'arrêtent prêts de nous, visiblement étonnés de voir des touristes marcher le long de la route. Certains chauffeurs sont même prêts à nous emmener au croisement avec la route de Pékin, mais ils n'ont pas de place pour trois. Ce qui est moins drôle c'est qu'un bus passe devant nous et ne s'arrête pas à nos signes... Notre plan d'attraper le bus de 5h pourrait bien tomber à l'eau. Nous sentons une certaine panique chez le Belge, qui commence vraissemblablement à regretter de nous avoir suivis.

Nous passons sous un immense pont en construction avec des ouvriers partout. Sûrement encore une autoroute. Nous en avons vu au moins une cinquantaine en train d'être construites depuis notre arrivée en Chine. Cela fait une heure et demie que nous marchons et nous n'avons toujours pas atteint le croisement avec la grande route menant à Pékin.

Deux bus nous snobent mais un troisième finit heureusement par s'arrêter. Apparamment un bus local : zéro touristes en provenance de la Muraille dedans. Nous demandons d'un air inquiet à notre voisine s'il va dans la bonne direction, elle nous répond, en anglais, qu'il faudra juste faire un changement à la première gare routière.

Le trajet est long. Nous sommes étourdis par le soleil et notre longue marche, mais ravis de notre journée !

Chengde : copies tibétaines, copies chinoises, hospitalité authentique

24-25 avril

La ville de Chengde a deux choses à offrir au voyageur avide de culture : ses temples Lamaïques et son Palais d'été.



Jour 1 : temples lamaïques
Journée passée à visiter des copies faites il y a des centaines d'années des plus beaux temples du Tibet. 4 temples sont disséminés autour de la ville, et reproduisent les grands monuments du Tibet, hommage fait aux dignitaires de cette région par les empereurs de Chine. Certains sont magnifiques et nous permettent, en plus de découvrir une architecture inconnue de nous, de faire le voyage au Tibet que nous n'aurions pas pu faire (il faut des autorisations spéciales).


Quasiment aucun visiteur dans ces temples, et par ailleurs les bonzes lamaïques sont surtout présents pour surveiller les lieux, car ces temples ont dès le départ été plus des hommages que des lieux de culte : aucune spiritualité, aucune vie religieuse dans ces cadeaux architecturaux. Du coup nous avons l'impression assez particulière de visiter des beaux temples fantômes !


Un bienfaiteur bien arrosé
Anecdote qui nous marquera longtemps : notre repas de midi. En sortant du premier temple, nous sommes un peu dans la banlieue de Chengde, ville industrielle qui ressemble déjà à une petite banlieue. Nous avisons le seul restaurant que nous voyons, et nous décidons à rentrer. Les restaurateurs sont très heureux de nous voir arriver. Nous avons faim, et prions pour que le menu soit intelligible (au pire des photos, au mieux des traductions en anglais).

Bien évidemment, aucun touriste étranger ne passe jamais par là : nos fols espoirs sont déçus à l'ouverture d'un épais menu comportant des séries sans fin de caractères chinois. Epuisé de me battre à chaque fois dans les restaurants, je craque un peu vite, me lève et fais un petit signe compatissant au serveur, pour lui dire que non, nous ne comprenons rien, et que nous allons chercher un autre restaurant.

Aglaé me reproche de me décourager si vite et insite pour qu'on s'acharne un peu. Les restaurateurs, désolés, veulent qu'on restent : ils me montrent les assiettes des autres clients, pour me signifier que nous pouvons nous inspirer de ce qu'ils ont pris. Je m'approche d'une première table, où deux jeunes étudiantes semblent un peu offensées que je renifle leur assiette. Je suis mieux accueilli à la table d'après : une petite vieille souriante et un monsieur avenant me tendent presque leurs assiettes. Ils me font des signes du pouce, du style "faut prendre ça, c'est super bon". Aglaé propose de manger exactement la même chose qu'eux, ça sera le plus simple. Je commande une assiette de ci, et une assiette de ça, comme sur leur table.

Le serveur prend note, mais le monsieur avenant le rattrape et lui parle en chinois. Puis il se tourne vers nous et nous force à nous asseoir à sa table. En gros, il a annulé notre commande, et pris acte du fait que nous mangeons la même chose que lui : autant prendre directement dans les assiettes. C'est grandement facilité par le caractère collectif des repas en Chine : chacun pioche dans des plats pour mettre dans son bol.

Nous sommes ravis de cette invitation qui vient du fond du coeur. Le monsieur, qui a l'air d'avoir déjà bien bu, commande des bières pour nous. Il ne parle absolument aucun mot d'anglais, et pourtant nous passerons un déjeuner parfait. Les blagues fusent, nous ne les comprenons jamais, mais tout le monde rit. Je lui montre ou lui dis des phrases de mon guide de conversation français-chinois, aussi nous pouvons nous échanger quelques banalités. Je comprends que la dame toute sèche et toute souriante est sa mère, après avoir fait la gaffe de lui demander si c'était sa femme.

L'homme est particulièrement fier de nous avoir à sa table, et nous découvrons la noblesse de coeur de cette famille, qui semble particulièrement pauvre (à la fin du repas, ils mettront les restes dans un sac plastique pour ne pas les gâcher), mais tient quand même à nous offrir à manger.

Nous découvrons aussi qu'il est impossible de boire seul en Chine. Si vous soulevez votre verre de table, tout le monde autour de la table doit soulever le sien et boire une gorgée en même temps que vous. Or j'ai l'habitude de siroter en permanence, ce qui a pour effet d'aggraver l'état du chef de famille.

A la fin du repas, nos hôtes se lèvent, prennent les restes, nous souhaitent bonne vie et s'en vont. Nous n'avons fait que communiquer par gestes et borborygmes, et c'était génial.

Notre bienfaiteur intimidé par l'appareil photo

(sans vouloir faire le râleur, vous imaginez ça en France ? que quelqu'un offre un repas à un couple de Chinois perdus dans un village ou une toute petite ville ?)


Jour 2 : palais d'été ou murailles de Chine ?


Le Palais d'Eté de Chengde n'a que peu à voir avec celui de Pékin. Ses bâtiments y sont moins impressionnants, carrément plats, même, mais le parc qui l'enserre est 3 fois plus grand. Moins fou mais plus reposant que son homologue pékinois, le Palais d'Eté de Chengde sera l'occasion d'une très longue promenade du dimanche.


Nous mangeons des nouilles chinoises dans le parc (les nouilles instantanées sont vraiment présentes partout en Asie), visitons des jardins chinois et caressons les daims qui se trouvent là : à l'image des Japonais, les gens de Chengde ont mis des daims dans leurs parcs pour faire venir les enfants. Bon là c'est un faux, mais il y en avait des vrais un peu partout

Le Parc est mal entretenu, et les bâtiments un peu décrépits donnent l'impression que tout ça aurait bien besoin d'un coup de rénovation. Mais quand on sait comment "rénovent" les Chinsois, c'est sûrement mieux comme ça! D'où un rare charme vieillot très sympathique, entretenu par la ridicule possibilité, dans tous les sites anciens de Chine, de louer des costumes d'époque :

Le parc est impossible à visiter entièrement en une journée, mais nous en parcourons quand même une partie non négligeable : nous découvrons même qu'une partie de la muraille qui l'enserre est praticable. Un avant-goût de la Grande Muraille prévue pour le lendemain !


Le reste de la balade se passera à éviter les minibus qui parcourent les chemins bétonnés du Palais d'Eté, et dont le grand jeu est de frôler les piétons. Encore une fois, un paquet de petits vieux arpentent les chemins pentus de la colline du parc, font du sport, discutent et vivent de la manière la plus douce qui soit.

(ils sont jamais de mauvaise humeur les vieux Chinois ?)

Xi'an : des musulmans chinois


16 avril

Nous arrivons à Xi'an après une nouvelle nuit de train-couchette sans accrocs. Pour une fois nous sommes bien organisés, et il y a même quelqu'un pour nous accueillir à la gare, et nous amener à l'hôtel. Du coup nous n'avons pas le temps d'acheter notre billet de train pour Beijing : nous n'avions pu le faire avant, car en Chine on ne peut pas acheter de billet de train partant d'une autre gare que celle où vous êtes - oui c'est stupide, ça veut par exemple dire qu'il est impossible d'acheter un aller-retour !

Nous nous disons que nous irons le chercher plus tard, sans savoir que cette décision sera lourde de conséquences. A suivre...

L'auberge de jeunesse, qui est probablement la moins chère de Chine (1€ par lit par nuit par personne), est un délice pour les yeux : une petite cour chinoise en longueur, entourée de balcons ouvrant sur les chambres. Pour un peu, on verrait Michelle Yeoh et Jackie Chan sauter des fenêtres pour se battre entre les touristes. Sans oublier que le personnel est adorable.

Déception culinaire et jus de raisin
Nous partons à l'assaut de la ville, avec pour intention ferme de visiter le quartier musulman. Alors qu'il est l'heure de déjeuner, nous passons devant un restaurant qui nous avait été chaudement recommandé par N, un ami qui avait vécu à Hong-Kong, comme le meilleur restaurant de raviolis chinois. Je suis absolument enchanté à l'idée de manger là, car cette idée m'avait aiguillonnée dans les pires moments de solitude en Chine : je me disais "ah c'est dur ces Chinois sont insupportables, mais à Xi'an m'attend un restaurant de raviolis chinois incroyable".

Bon. Je pense que nous nous sommes trompés de restaurants. Il y avait au rez-de-chaussée la cantine pour touristes, avec pas beaucoup de choix, et le restaurant incroyable avec des raviolis à la tortue en forme de tortue était paraît-il en haut. Ca n'enlève rien au fait que c'était pas gratuit, pas bon, pas sympathique. Aglaé a eu envie de vomir toute l'après-midi. Je m'en voulais à mort.

Notre humeur s'est nettement amélioré lorsque nous avons atteint le quartier musulman. A l'époque de la route de la Soie, les caravanes turques avaient essaimé leur religion (l'islam) tout le long de leur trajet, et notamment dans le Xinjiang (région des Ouigours, à l'extrême Ouest du pays), et à Xi'an. Les musulmans y restent encore nombreux. Sous une lumière dorée de fin d'après-midi, nous arpentons les grandes rues du quartier musulman.

Les visages sont toujours chinois, la langue est toujours chinoise, mais... il y a un changement net. Les étals des marchés à souvenirs sont tendus de toiles et d'écharpes qui les font ressembler à des souks, des petits vieux se promènent avec des petits carrés blancs sur la tête, comme les imams, les femmes sont voilées (pas de burqa, je vous rassure), on vend de la viande un peu partout. Une atmosphère définitivement arabo-musulmane s'est installée autour de nous, et nous ne sommes pas surpris de voir qu'un peu partout on vend des brochettes d'agneau (d'aillerus délicieuses). Il faudra attendre des musulmans de Pékin pour manger un kebab, mais nous y sommes quasiment.


Nouvelle expérience culinaire, plus probante cette fois : après être passés devant une trentaine d'étals produisant un liquide noir étrange, et après avoir éliminé la possibilité qu'il s'agisse de vin (islam oblige), j'essaie. Comme toute expérimentation dans ces pays, vous êtes motivé mais effrayé, vous approchez votre nez, votre bouche, votre main. C'est terrifiant, quel suspense, vais-je adorer ? Vais-je tout vomir ?




Ah... c'était juste du jus de raisin... Quelle honte... M'enfin, c'était si bon que j'en ai repris trois.

Mosquée bouddhiste, ou temple musulman, c'est selon
Après s'être perdus douze fois (nous sommes bien dans un quartier musulman), nous trouvons l'objet de notre visite, la Grande Mosquée. Ce sont nos retrouvailles avec le monde musulman depuis l'Inde du Nord, quelques mois auparavant. Et pourtant, aucune impression de retour en arrière : absolument unique, la Grande Mosquée de Xi'an n'a rien de l'architecture habituelle arabe, mais a tout du temple chinois. Un très beau temple chinois cependant !

En fait, cette mosquée ressemble beaucoup au Temple de la littérature que nous avions visité à Hanoi : une organisation de jardins tout en longueurs, jusqu'à arriver aux principaux bâtiments, tout au fond, après une série de petits pavillons délicats.


Il est assez fascinant d'observer les stèles de la mosquée, où entrent en compétition la calligraphie chinoise d'un côté, et la délicate calligraphie arabe de l'autre. Notre visite se fera en même temps que celle d'un groupe de jeunes Français, dont la particularité est d'être quasiment tous d'origine chinoise. C'était assez drôle de voir une trentaine d'ados chinois parler le Français le plus habituel pour des ados ("oh trop énorme le truc, t'as vu la meuf, trop bonne, c'est clair, trop abusé").

Le soir, affamés, nous entrons un peu par hasard dans un restaurant-cantine minuscule et enfumé. Par un miracle encore inexplicable aujourd'hui, ils avaient d'un côté un menu en anglais, de l'autre des plats vraiment très bons. Sans parler de la petite serveuse timide, qui faisait tous les efforts du monde pour se rappeler ses quelques mots d'anglais, et comprendre mes quelques mots de chinois. Une ambiance intime et adorable, dont nous nous souviendrons assez pour vouloir y retourner tous nos soirs à Xi'an !

Demain si vous êtes sages, la célèbre armée enterrée de Xi'an.

mercredi 6 mai 2009

Nikko: nudite et lieux sacres






31 mars - 1er avril

La journee commence par un ptit-dej pantagruelique servi par une mamie tout sourire. Elle nous donne l'impression d'etre une vraie grand-mere poule lorsqu'elle nous met en garde contre le froid et la nuit qui tombe vite.

Beaute froide
Nous sautons dans un bus qui, au bout d'une route aux lacets impressionnants, nous depose pres d'un grand lac entoure de montagnes enneigees. Nous allons voir une impressionnante cascade puis nous baladons sur les rives du lac. Il reste encore un peu de neige, tous les restaurants et hotels sont fermes, nous sommes seuls. Une multitude de pedalos en forme de cygnes git sur la berge, en attente des Tokyoites avides d'air frais qui viendront en masse cet ete. Cette atmosphere hors-saison donne au lieu un air nostalgique.

Le froid n'est pas trop vif et la balade tres agreable. Nous passons par un petit temple en bois tout aussi solitaire. Cette longue marche me rappelle un peu "mon" lac par une belle journne d'hiver...

Nous finissons par atteindre une riviere qui se jette dans le lac. En la remontant, nous tombons sur une suite de cascades chantonnantes. Nous sommes affames et decouvrons a ravissement un petit resto cosy donnant sur une des cascades. Un peu rechauffes, nous repartons en sens inverse. Les montagnes au formes etranges se refletent dans le lac, des rayons de soleil percent les nuages et viennent gentiment rechauffer nos nez tous froids.

Nous finissons par revenir a la realite et jetons un oeil aux horaires de bus : nous faisons la fin de la balade en courant. Peine perdue, nous loupons notre bus. Et le prochain est dans 50 minutes !

Au bord de la congelation, nous nous refugions dans le seul resto ouvert et voulons commander un cafe. Le Monsieur ne parle pas un mot d'anglais ; Charly lui montre les signes japonais marques sur le panneau d'une grande marque de cafe... et il nous apporte 5mn plus tard des gyozas. Ce sont de petits raviolis a la viande, tres parfumes, delicieux, mais par pour le gouter! Nous finissons par reussir a lui faire comprendre notre meprise et avalons enfin le precieux liquide rechauffant.

Chaud-froid
Le bus suivant finit par arriver. Avant de retourner a Nikko, nous sautons en route. Apres un peu de marche sur une route deserte, nous atteignons notre second but de la journee: un grand onsen. Nous vous avions deja explique que les grands bains communs d'eau chaude etaient la regle dans l'hotelerie japonaise. Il existe donc bien sur de grands bains publics a l'eau thermale un peu partout au Japon, surtout dans les montagnes. Pays volcanique oblige.

Charly part du cote hommes, moi du cote femmes. Nudite oui, mixite non ! Il y a beaucoup de monde et je suis la seule non-japonaise, ce qui est un peu intimidant. Pourtant les gens ne se regardent pas, pour eux c'est tout naturel. L'eau brulante fait un bien fou apres cette longue marche dans le froid. J'en ai la tete qui tourne. Il y a meme un bain tout fumant dehors, a l'air libre. On peut donc s'allonger sur de gros cailloux au bord du bain, en mode sirene, et rester ainsi a l'air libre pendant 15mn sans avoir froid, tant le corps a emmagasine de chaleur. Les corps nus fument, cela fait une etrange impression.

Un peu etourdie, je sors et retrouve Charly. Il a recroise l'Espagnol de notre auberge de jeunesse dans le onsen : c'est quand meme un peu genant de discuter a poil avec quelqu'un qu'on connait a peine ! Malgre cet aspect un peu intimidant, nous pensons tous deux que cette tradition des onsens est vraiment agreable et relaxante.

La route du retour est encore plus tortueuse que celle de l'aller. La montagne est tellement pentue a certains endroits qu'il n'y a pas une route, mais deux routes, l'une pour les vehicules qui montent, l'autre pour ceux qui descendent. Nous manquons de nous sentir mal tellement ca tourne. Heureusement, de savoureuses brochettes viennent vite remplir nos estomacs creux! Rien a voir avec les brochettes des restos japonais de Paris...


Merveilles dans la foret

Le lendemain le ciel est gris. La petite mamie de l'auberge de jeunesse nous previent qu'il va pleuvoir.

Charly avait adore les temples de Nikko a son precedent passage, il m'en avait beaucoup parle et j'avais peur d'etre decue. Point du tout, c'est l'emerveillement!

Un ensemble de grands temples tout en bois est niche au milieu d'une foret de hauts cedres, tres majestueuse. Une lumiere un peu poussiereuse filtre a travers les arbres et donne au lieu un cote solennel et mysterieux. Les temples, portes, tours du tambour et de la cloche sont d'une grande finesse. Aux plafonds, des dragons tiennent des perles dans leur gueule, des gardiens terrifiants protegent les portes des temples, des bouddhas aux demi-sourires emergent de l'ombre des sanctuaires...

Apres une delicieuse matinee de temple en temple, nous retournons dans le resto a brochettes de la veille. Les murs sont couverts de photos et de petits mots laisses par des voyageurs des 4 coins du monde. Nous realisons soudain que quelqu'un de familier nous regarde nous empiffrer avec delice: c'est la photo de Cecile, une de nos amies de Paris, qui etudie cette annee au Japon !


Bonnets rouges sous la pluie

Malgre une fine bruine, nous allons nous promener le long d'une jolie riviere sacree pour les gens du coin. Le long de la rive on ete posees des centaines de statues de Bouddha en pierre. Certaines sont en parfait etat, d'autre sont usees par le temps, voire completement en ruine. Toutes sont habillees de petits bonnets et de bavoirs rouge vif, couleur tellement eclatante par rapport a la vetuste des statues. Ce sont les gens qui ont perdu un enfant qui viennent habiller ses statues. Nous sommes seuls sur ce chemin pluvieux et la beaute du lieu se melange a un etrange sentiment de tristesse.

Nous finissons par arriver pres d'une centrale electrique et d'une ecluse. Tout semble rouille et abandonne, on se croirait dans le jeu Myst. La pluie devient de plus en plus forte (mamie nous avait prevenu!), nous faisons demi-tour et rentrons, rinces.

Nous sautons dans le train direction Tokyo: adieu le calme d'une nature sacralisee, retour dans le bouillonnement de la megalopole.

lundi 27 avril 2009

Yangshuo 2e jour, la balade interdite

22 mars

Je me reveille de bien belle humeur, impossible de faire autrement vu que j'ai mange des escargots la veille. Nous decidons aujourd'hui de nous bouger les fesses, non plus sur un velo, mais a pied, en faisant une longue balade le long de la riviere Li (allez voir les photos du lien), qui serpente de Guilin a Yangshuo. Une randonnee celebre (et donc payante) suit la riviere entre deux villages. Il suffit d'aller en bus au premier, et de repartir en bus du second. Nous faisons des provisions de Snickers (une des seules possibilites de vrai chocolat en Chine), et partons.

Lorsque nous arrivons a Yangdi, point de depart, nous sommes bien entendu assaillis. Nous savons depuis la veille que qui dit petit village minable touche par le tourisme dit harcelement perpetuel du petit blanc. Et la ca ne manque pas. Une personne surtout nous a pris pour cible. C'est une jeune femme avec un bambin sur le dos. Nous ne savons pas ce qu'elle demande, mais elle nous embete, BEAUCOUP. Nous cherchons le point de depart de la balade, mais elle nous suit, en nous parlant, en nous criant dessus, en nous demandant des choses. Nous devenons aggressif, et comme tous les Chinois dans ce cas-la, ca ne l'emeut pas du tout : elle continue a nous suivre a distance, avec son bebe sur le dos. Elle ferait mieux de s'en occuper, suggere Aglae.
Au bout d'un petit moment, nous comprenons qu'il faut peut-etre prendre un bateau pour traverser la riviere et commencer la balade. Sauf qu'il y a une armee de petites embarcations en bambou mouilles dans le petit embarcadere, que nous ne savons pas lequel prendre, s'il y a un ferry, etc. Nous sommes un peu perdus, et la Chinoise qui nous harcele... La balade n'a pas commence, et nous en avons deja marre. Je demande a un groupe de Chinois qui semble attendre d'embarquer s'ils savent ou commencent la balade. Ils ont des rudiments d'anglais, surtout une jeune femme, et nous disent qu'ils font eux aussi la balade. Rapidement, ils prennent la decision de nous aider.

Et la tout se complique. Alors que ce groupe, qui s'averera etre constitue d'au moins trente personnes, se disperse en petits groupes et essaie de nous faire monter sur une des barques a leurs cotes, la Chinoise-au-bebe decide de se venger. Elle se precipite vers l'embarcation, et pousse des beuglements en nous montrant du doigt. S'ensuivent des bordees de cris des deux cotes, le tout dans une atmosphere qui fait de rapides allers-retours entre la franche engueulade et la franche bonne humeur. Nous ne comprenons toujours rien, et sommes un peu genes de compliquer la tache de nos nouveaux amis chinois. La Chinoise-au-bebe convainc ses allies les bateliers, qui font croire que nous sommes trop sur le navire. Nos amis les Chinois-de-la-ville se foutent des Chinois-de-la-campagne en montrant les autres bateaux pleins a ras-bord, en comptant les passagers et en riant. Enfin c'est ce que nous avons saisi de l'affaire.

Les engueulades continuent, un batelier vient regulierement nous faire signe de degager du bateau, comme si nous etions des sales chiens poses sur un canape en velours. Mais nous tenons bon. On sent une veritable animosite generale, derriere les vannes de facade : nous sommes pris au milieu du mepris des citadins a l'egard des paysans chinois, et de l'envie des paysans pour les portefeuilles des citadins. En ce qui nous concerne, il est evident que les paysans veulent nous racketter seuls, la ou aucun Chinois ne pourra negocier a notre place.

Finalement deux passagers de notre bateau vont en prendre un autre occupe par d'autres membres du groupe, et nous partons. Notre bateau ne nous fait pas faire uniquement la traversee du fleuve, et la balade en bateau commence a durer. Nous finissons par nous demander si nos amis de la ville ont bien compris que nous voulions faire la randonnee, et si a la place nous ne nous retrouvons pas dans une balade en bateau comme tout le monde en fait.

Tant pis, le paysage est encore plus beau que la veille. Nous passons au milieu d'une rangee de pains de sucre, recouverts de verdure, qui bordent litteralement l'eau. C'est vraiment fascinant.

Debut de la balade
Le bateau finit par accoster, un ou deux kilometres plus loin (mais sur la meme rive que notre point de depart !). Nous ne comprenons rien a notre carte, d'autant que notre guide mentionnait un droit d'entree pour la balade. Est-ce le tarif que nous avons paye pour monter sur le bateau ? Nous maudissons notre guide d'etre aussi vague. Les passagers des differents bateaux se retrouvent, et nous comprenons alors qu'il s'agit d'un groupe gigantesque.

Tous se mettent en rang pour une photo souvenir. Impossible pour nous d'y echapper, car nous sommes devenus la coqueluche du groupe. Une fois les 15 photos de groupes finies (une par appareil numerique disponible), une femme vient nous poser son enfant dans les bras, le temps d'une photo. Tout comme en Inde, nous sommes LES stars.

Le probleme, c'est que notre balade repose sur un pari risque : il faut la finir a temps pour rentrer a Yangshuo, recuperer nos sacs puis retourner a Guilin prendre notre bus de nuit pour Shenzen (a cote deHong Kong). Ca ne laisse pas beaucoup de temps pour trainer. Et un groupe de 30 personnes, dont des marmots, qui font une promenade, je peux vous dire que ca traine.

Au bout de quelques minutes, nous rassemblons notre courage, et faisons comprendre a la seule anglophone que nous sommes presses. Pas de probleme, elle s'en fout. Nous les remercions et disparaissons au pas de course.

La suite de la balade belle mais compliquee.
1) Nous ne savons jamais vraiment ou nous sommes.
2) Un bureau improvise en pleine nature nous ferra payer le billet d'entree de la randonnee. Le ticket comprend des ferrys, qui s'avererons etre en fait derriere nous, ce qui acheve de nous deboussoler (nous avons donc eu tort de monter dans le bateau des chinois).
3) le dernier ferry qu'il nous reste a prendre pour traverser la riviere et atteindre l'arrivee est, lui, payant...
4) la seule personne qui tentera de nous aider, c'est un Chinois survolte qui ne parle absolument pas un mot d'anglais, mais qui est tres drole.
5) pire que tout, je n'ai pas assez dormi et je suis de mauvaise humeur

Tout ca fait que nous ne nous arretons jamais, car nous ne savons jamais si nous sommes a l'heure sur notre planning. Nous avons meme plutot l'impression d'etre en retard...
Neanmoins, nous ne pouvons nous empecher de nous extasier devant ce paysage que pourtant nous nous evertuons a traverser le plus vite possible. Nous degustons quand meme (en marchant) des oranges provenant d'une foule d'orangers qui embellissent encore un peu plus les alentours. Au bout d'environ 3h de marche, il y a a nouveau du monde sur la route (jusqu'ici deserte), et nous nous apercevons que nous avons termine la balade, ayant atteint le village de Xingpin, but ultime de notre marche.

Nous avons donc tellement stresse que nous avons quasiment divise par deux le temps de marche prevu. Nous rions un bon coup, puis sautons dans le premier bus pour Yangshuo. S'ensuit la longue litanie pas tres interessante : bus, marche pour reprendre les bagages, douche a l'hotel, marche, attente, bus pour atteindre Guilin, etc. Nous finissons par monter dans le bus-couchette pour Shenzen, alors que nous sommes quasiment en retard. Ce bus de nuit est particulierement confortable, aux antipodes de l'epave que nous avions prise pour faire Lijiang-Kunming, quelques jours plus tot.

Mieux, il est vide, ce qui nous etonne pas mal : personne ne veut rejoindre Hong-Kong depuis cette ville tres touristique ? La reponse nous est donnee apres une bonne heure de route. Nous nous arretons dans une gare routiere, qu'Aglae reconnait immediatement : nous sommes revenus a Yangshuo. C'est-a-dire que, croyant qu'il n'y avait pas de bus pour Shenzen depuis Yangshuo, nous avons perdu deux heures et demie de notre journee a aller a Guilin pour prendre un bus qui prenait en fait des passagers a Yangshuo, en se pressant pour rien pendant la balade! Nous maudissons notre guide, et notre manque d'audace. Nous nous sentons un peu nuls sur ce coup...

Le bus repart, choisissant comme d'habitude de diffuser un film. Lequel ? L'Interprete, evidemment, que nous avions deja vu dans le bus Guilin-Yangshuo deux jours avant. Hasard malencontreux, qui renforce notre impression de tourner en rond et nous force pour la seconde fois a voir ce film de dialogues (double en chinois, vous imaginez le plaisir). Oui, nous sommes forces, parce que nous sommes allonges a l'avant du bus, c'est-a-dire que nous (et specialement Aglae) sommes juste sous l'ecran plasma.

Bras de fer international
Au bout d'un moment, le film se termine. Le second chauffeur decide non pas d'eteindre la tele (il commence a se faire tres tard, et le bus arrive encore tot a Shenzen), mais de mettre des clips, puis une emission de variete insupportable. Alors que moi je dors deja, un peu plus protege de la lumiere de la tele, Aglae, la tete a 50cm de l'ecran, commence a fulminer. D'autant que tous les autres passagers du bus dorment comme des loirs. Seul le chauffeur de remplacement regarde la tele et rit.

Aglae decide donc, apres concertation avec son petit ami endormi, de ranger la tele (il suffit de la faire pivoter dans le plafond). Le chauffeur bis s'enerve en chinois et re-ouvre la television. Aglae la replie en lui montrant l'horloge. Tension. Le chauffeur ressort la TV en bougonnant. Je la replie (il n'a du voir que ma main, d'en haut), pendant qu'Aglae le houspille. Il la re-ouvre, Aglae la replie, etc. etc. (elle a decide qu'elle preferait passer la nuit a ce petit manege plutot que de supporter la debilite des shows chinois). Au bout d'un moment, le type comprend qu'il n'est pas de taille, et va eteindre le son et les autres televisions.

VICTOIRE ! Nous pouvons nous endormir. Aglae vient de remporter une nouvelle victoire de la civilisation sur la malpolitesse chinoise. Je felicite Aglae en pensee, trop fatigue pour lui parler, et m'endors en pensant que demain nous ne serons plus vraiment en Chine.

dimanche 19 avril 2009

Tigre et Dragon

17-18 mars
Les gorges du Saut du Tigre et les montagnes du Dragon de Jade

Lever aux aurores dans un ville encore endormie. C'est assez etrange de voir cette ville d'habitude emplie de touristes bruyants, maintenant vide et silencieuse. Ca pourrait etre super sauf que nos ventres crient famine et que tout est ferme. Nous finissons par apercevoir une lueur au loin et avalons le ptit-dej' local: du lait de soja pour Charly, du porridge de riz pour moi... ca n'a absoulement aucun gout mais ca nous tiendra au ventre pour les prochaines heures.

De bon matin, la barriere de la langue

Nous nous precipitons sur un taxi et realisons alors que nous avons oublie notre precieux guide de conversation chinois : horreur! Comment dire "gare routiere du Sud" en mandarin ? Plusieurs chauffeurs ne comprennent rien a nos gestes et refusent de nous prendre, nous commencons a perdre espoir. Finalement, apres avoir mime puis montre un bus, un chauffeur semble comprendre et accepte la course.

Au bout de quelques temps, nous realisons qu'il se dirige vers la gare routiere du Nord. Nous lui crions: "Bou shi, bou shi!" (non, non), montrons le Sud ; il nous hurle dessus en chinois. Je commence a avoir peur mais finis par realiser qu'en fait il n'est pas du tout enerve et qu'il essaie juste de communiquer avec nous en aboyant. C'est la facon des Chinois. Il finit par comprendre et nous atteignons enfin notre but.


La guichetiere nous vend un billet pour un bus qui part dans 3mn et nous crie de nous depecher. Nous courons a travers la gare, sautons dans le bus : ouf! Nous en sautons tout aussi precipitamment apres deux heures d'un trajet tres beau dans un bus tres lent. Le chauffeur passera d'ailleurs plus de temps a se racler la gorge et a cracher a travers sa fenetre qu'a appuyer sur l'accelerateur.

Nous trouvons sans trop de problemes le debut du chemin de randonnee grace a notre super carte, chemin qui est ensuite super bien fleche. En effet, les guesthouses qui parsement le chemin ont peinturlure les rochers de fleches multicolores et d'indications de distance et de temps. Pas de risque de se perdre!


La montee de la mort, la vue qui tue
Ca monte sec, il me faut un peu de temps pour prendre mon rythme. Nous grimpons a flanc de montagnes, les gorges sont encore invisibles. Des enfants suivent un cours de gymnastique tres militaire dans la cour d'une minuscule ecole, nous croisons des paysans et leurs anes. Nous doublons des touristes chinois charges comme des mulets. Ils avancent aussi vite que des tortues bicentenaires. Comme toujours avec les nouveaux riches chinois, ils ont cru utile de se munir de piolets et d'habits pour haute montagne dernier cri. On dirait qu'il vont s'attaquer au Mont Blanc.

Au bout de 2h nous atteingons la premiere etape, la Naxi guesthouse, et decidons de continuer notre chemin car nous n'avons pas faim (les ptit-dej' chinois caleraient un dragon). Le soleil tape de plus en plus fort et la Gorge commence a se devoiler: en face de nous se dressent les parois verticales et dechiquetees des montagnes du Dragon de Jade. Les sommets sont enneiges (ils atteignent 5000m) et les pentes si raides qu'il n'y a aucune vegetation. Juste des rochers aceres dans tous les tons de gris. Les pentes de la montagne que nous grimpons sont tres raides mais pas encore assez pour que nous puissions apercevoir le fleuve qui coule en contrebas. Car contempler le Yangtse (fleuve Jaune) se merite: il faut d'abord passer l'epreuve des "28 lacets".


Derriere ce surnom se cache une montee qui essoufflera meme Charly (qui faisait le malin jusque la). Je compte consciencieusement les lacets pour me donner du courage mais nous sommes en eau. Petite pause a l'ombre de temps en temps. Arrivee a 28 lacets je leve les yeux et constate qu'il en reste encore d'autres, beaucoup d'autres... ah les traitres, ils m'ont menti!

Arrives en haut, rouges comme des piments, nous voulons enfin contempler la vue. Mais une vieille a privatise le bout de rocher qui surplombe le fleuve, situe des centaines de metres plus bas. Furieux - on l'a quand meme paye de notre souffle cette vue!- nous trouvons un point du vue tout aussi bien 10m plus loin.

Et la c'est l'emerveillement absolu: je n'en crois pas mes yeux. En face, les montagnes d'une hauteur incroyable tombent litteralement a pic dans une puissante riviere, petit filet bleu parseme d'ecume blanche, tres loin sous nos pieds. De notre cote, c'est absolument vertigineux. Des pentes herbeuses verticales font un mur juste sous nos pieds, et quelques bambous casse-cou ont pousse a 90 degres. C'est indescriptible, un des plus beau paysages vus pendant notre voyage.


Nous nous arretons pour manger un peu apres 4h30 de marche. Les gens de la guesthouse-restaurant sont absolument charmants, les toilettes ont la plus belle vue du monde (ouverts sur les sommets enneiges) mais nous decidons de continuer notre route. Le sentier est beaucoup moins raide, il longe le flanc des montagnes. Certains passages sont tres vertigineux, il faut faire attention ou l'on met ses pieds mais... c'est tellement beau! Un vent violent se met a souffler, tentant sans succes de nous pousser dans le precipice. Le bruit qu'il fait en agitant les arbres de lointaines forets et en s'engouffrant entre les rochers est presque effrayant (Charly et moi penserons a la meme seconde a Olympe la lessive des Dieux, pour les connaisseurs).


Soudain, nous apercevons une cascade qui passe au milieu du sentier, deja situe sur une corniche a pic. Nous pensons naivement que nous pourrons passer derriere (comme dans Tintin), mais non, il faut la traverser a gue. Nous mouillons prudement nos pieds et passons de cailloux en cailloux en essayant de ne pas regarder le vide en-dessous. Nous renouvelons l'experience avec un torrent et benisssons les dieux d'etre a la saison seche!

Nous apercevons l'immense gorge, les sommets blancs et les rapides du Yangtse sous des angles toujours differents et je ne peux m'empecher de pousser des cris d'emerveillement tous les 100m. Apres 6h de marche, nos jambes commencent a donner des signaux de fatigue. Mais la nuit est loin et nous decidons de faire la randonnee jusqu'a la fin. La descente se fait dans une belle foret, on se croirait en Europe, ca sent le pin!


A un moment, un petit vieux agile comme un cabri arrive derriere nous, en silence, double les deux hippopotames aux pattes lourdes (nous) et les laisse sur place, en bondissant rapidement de rocher en rocher.

Nous atteignons le village poetiquement nomme "le Jardin des Noisettes" apres 8h de marche, completement ereintes. Nous nous ecroulons sur les fauteuils d'une pension et regardons les montagnes disparaitre dans l'ombre sans avoir la force de faire connaissance avec les autres voyageurs. Nous parvenons a nous trainer jusqu'a un petit resto tibetain ou nous sommes les seuls clients. La nourriture est simple et delicieuse, la cuisine que nous apercevons est en terre battue et sombre : toute la famille s'y tient pelotonnee.


Inutile de preciser que nous nous endormons a la vitesse de la lumiere et nous reveillons avec de belles courbatures.


Au fond, tout au fond...

Le deuxieme jour, nous voulons explorer le fond de la gorge et nous approcher un peu des rapides, deja impressionnants vus d'en haut. Nous nous engageons sur un sentier serpentant a travers quelques rizieres en terrasses. Nous tombons rapidement sur une petite cabane : une jeune fille nous explique qu'il faut payer 10 Yuan par personne pour passer car ce sont les paysans du coin qui entretiennent le chemin. Le parc naturel (dont nous avons deja paye l'entree la vieille) n'entretient que le sentier du haut. Nous payons et passons.


Le sentier est de plus en plus acrobatique, il passe le long d'une falaise qui tombe dans le fleuve 150m plus bas. Les paysans ont installe des petits pontons en bois et ont fait des rampes avec des cables elecriques pour que l'on puisse s'accrocher. Ce n'est donc pas trop dangereux si on est prudent. C'est meme tres amusant dans le style "acro-branche le long d'une falaise".


Nous nous approchons de plus en plus des bouillons blancs du Yangtse, qui font un bruit assourdissant. Les montagnes au-dessus de nous sont ecrasantes, le fleuve d'une puissance folle, c'est impressionnant. Soudain, un autre paysan surgit de nulle part et nous demande encore 10 Yuan pour avoir l'autorisation d'emprunter le bout de sentier qui descend le plus pres du fleuve. Nous lui rions au nez et prenons le chemin qui passe un peu plus haut, un peu agace de cette privatisation des chemins dans un pays soi-disant communiste. Apres 50m, deux autres paysans nous expliquent qu'il faut encore payer 10 Yuan pour pouvoir remonter du fond de la gorge. Nous avons un peu l'impression de se faire racketter mais nous n'allons pas rester ici eternellement !


Commence alors une remontee des plus spectaculaires par un systeme d'echelles surplombant le vide. C'est a couper le souffle et un peu effrayant, car une des echelles fait au moins 20 metres de haut.

Il est maintenant temps de rentrer a Lijiang. Nous trouvons un minibus, que nous partageons avec d'autres randonneurs pour nous ramener au point de depart de notre randonnee. En effet, jusqu'ici la randonnee de 8h avec 28 lacets rendait inaccessible la gorge du Saut du Tigre aux groupes de touristes chinois suivant un guide a drapeau. Pas grave! Les autorites ont construit une route pour permettre aux bus de deverser leurs cargaisons a casquettes sur un point de vue construit en beton.

Invisible (heureusement!) depuis notre sentier qui passait tres haut, cette route dangereuse passe 200m au-dessus de la gorge au prix de virages vertigineux. Et c'est celle-la que nous empruntons pour revenir. Notre minibus cahote dans tous les sens. Certaines parties ne sont pas goudronnees et il y a des traces d'eboulements partout. Ce n'est pas tres rassurant et nous sommes heureux d'arriver!