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jeudi 19 mars 2009

Reconstruction (Hanoi)

Pour ceux qui a tout hasard s'etonneraient du relatif silence de ces derniers jours, surprenant par rapport a l'abondance de messages de ces derniers temps, la raison est simple : a Hanoi, nous avons eu beaucoup de temps sur internet pour rattraper le blog, mais depuis notre arrivee en Chine nous enchainons les transports et les visites, sans un moment pour se connecter. J'ose esperer que la situation va s'ameliorer, au plus grand bonheur des milliers de fans qui nous lisent chaque jour.



4 mars - Suite de l'episode precedent
Pleurs, bien entendu. Rage, on s'en douterait. Impuissance, certainement. Deux semaines plus tard, je revois encore avec acuite ce moment ou, au milieu de ce petit parc qui jouxte l'ambassade, je tente vainement de calmer Aglae, n'etant pas moi-meme beaucoup plus zen.


Il s'agit de reflechir, d'etudier toutes les options. Facile a dire. Une chose a la fois, comme je dis toujours : nous rentrons d'abord vers l'hotel ou nous avons pose nos bagages. En entrant, ce n'est plus le vieillard endormi entrapercu a l'aube qui nous accueille, mais une charmante jeune femme. Pour les amateur des films Chungking Express ou 2046 de WKW, c'est sans doute possible le sosie de Faye Wong : cheveux courts, style vestimentaire original et tres juste. Ele est tres souriante et parle un bon anglais sans beaucoup d'accent.


En apercevant la tete d'Aglae, elle sent que quelque chose ne va pas. Elle nous propose une chambre disponible, une chambre pour 3 personnes, avec un petit rabais, plutot que d'attendre encore une heure qu'une chambre se libere. Le coeur lourd, je lui explique brievement le pourquoi du comment de notre etat.


- Oh it's not a problem, we can have the visa for you. Tell your friend that she doesn't have to worry at all. Tell her, don't worry. We will have the visa, sure.


Je suis un peu surpris : pourquoi eux m'obtiendraient un visa interdit par les autorites chinoises au Vietnam ? Je remets la question a plus tard, et accepte la chambre d'abord. Nous nous dechargeons de nos sacs, nous asseyons un moment, et commencons a reflechir a nos plans :


- verifier les derniers echos sur les forums de routards sur internet (ca ne donnera rien de nouveau : en decembre dernier on pouvait obtenir un visa a Hanoi)

- donner sa chance a notre pension-agence de voyage, mais d'abord verifier si les autres "agences de voyage" plus connues nous disent pouvoir faire ca elles aussi

- envisager tous les plans B possibles : aller a Hong-Kong demander un visa, retourner a Singapour demander un visa,

- envisager les plans C, D, E, etc : si pas de visa a HK, aller a Taiwan pour voir la Chine, ou directement au Japon, et sinon, aller prendre le Transsiberien non plus a Pekin mais a Vladivostok, en prenant un bateau ; si pas de visa a Singapour, visiter la Malaisie, l'Indonesie, aller voir mon frere en Australie, que sais-je ?



Bref, mille options possibles, transcrites le soir-meme sur une feuille de brouillon incomprehensible au commun des mortels. Rapidement, nous nous rendons compte que nous sommes toujours aussi perdus, mais que nous avons mille directions. Toutes, bien entendu, nous couteront beaucoup plus cher que prevu, puisqu'elles sont a base d'avions pris au dernier moment.


Visite en solitaire de Hanoi
Notre belle equipe se separe en deux groupes, chacun constitue de 1 chef d'equipe et de zero equipiers : Aglae a pour mission de consulter les forums, d'obtenir des prix precis sur les billets d'avions, et surtout d'ecrire a ses contacts a Singapour et Hong-Kong afin de savoir si les visas chinois peuvent etre obtenus sur place, ou si ca va encore etre la meme galere.


Quant a moi, je dois aller faire le tour des agences de voyage celebres de la vieille ville, afin de tester si ce que propose notre guest-house est courant et possible. Je me lance dans ces rues boueuses et tristes sous le ciel gris. Hanoi, passe l'aube, est remarquablement animee : presque autant de motos qu'a Saigon, et surtout une accumulation de boutiques, d'artisans et de bruits qui fait presque peur.


Je me rends vite compte que ma tache est assez absurde : des "agences de voyage", il y en a absolument partout. Dans certaines rues, une boutique sur deux est une travel agency : toutes proposent des bus, des excursions dans la baie d'Halong, des billets d'avions, des visa services pour la Chine ou le Laos. Je ne peux decemment pas demander a toutes, d'autant que la plupart sont plutot louches.


Louches ? Pour donner un exemple, il faut savoir qu'une agence nomme Sinh Cafe a lance depuis une bonne dizaine d'annees maintenant un service de bus Open Tour, pas tres cher, qui permet de sillonner le pays, en descendant et en montant quand on veut dans les bus Sinh Cafe. D'autres cafes ont lance leurs propres Open Tour, mais surtout une immense quantite d'agences de voyages a decide d'attirer facilement des voyageurs... en s'appelant tout simplement "Sinh Cafe Travel Agency". En une demi-heure, je croise donc 16 faux Sinh Cafe, dont tous ont un logo officiel photocopie sur leur devanture. L'un d'eux vend meme des bijoux...


Un peu deborde par ce fourmillement d'agences, j'en essaie deux ou trois "vraies". Toutes me disent la meme chose : "oui nous pouvons vous obtenir un visa chinois. Ah l'ambassade vous a dit non ? ah ben nous ne pouvons rien faire".

Un (vrai) drame
Dans le veritable Sinh Cafe, je fais la connaissance deux femmes etonnantes. La premiere, la cinquantaine, est une Marseillaise de bagout, qui a fait la rencontre de la seconde, une francophone d'origine Thai, mariee a un Francais. Toutes deux ont la cinquantaine. Elles ne se connaissaient pas, mais se sont rapprochees a l'occasion d'une balade dans la baie d'Ha Long, au cours de laquelle le mari de la Thai (veritable francais, lui) a subi une violente attaque cardiaque.

La Marseillaise, le coeur gros, me raconte tout d'un coup, sans que je lui aie specialement demande quoi que ce soit. Le rapatriement sur une ile de la baie, le transfert par helicoptere vers l'hopital francais de Hanoi, l'annonce de la mort clinique du mari, l'hesitation a le debrancher au plus vite, les formalites compliquees d'assurance, les complications pour aller disperser ses cendres en Thailande, comme il l'avait souhaite... Bref, toute une serie d'horreur qui me fait realiser soudainement a quel point cette histoire de visa est derisoire. L'air perdu de la Thaie, un peu souriante, mais completement larguee, me restera longtemps en memoire.

Entre leurs mains

Nous decidons finalement de confier nos passeports a notre hotel. Les refus des autres agences, au lieu de me faire manquer de confiance envers les gens de notre hotel (ils sont fous, ils ont trop de confiance en eux), me fait au contraire comprendre que, s'ils sont aussi surs d'eux, c'est qu'il y a un truc. J'essaie de leur demander quel est ce truc, mais la fille a du mal a m'expliquer : visiblement ca passe par une entreprise qui s'occupe de ces trucs de visas, et elle ne sait pas trop ce qui se passe. En gros elle n'en sait rien, mais elle est sure d'elle. Comme nous ne payons qu'a reception du visa, nous n'avons rien a perdre, et nous avons jusqu'a l'expiration de notre visa viet pour prendre un avion en catastrophe et quitter le pays. Nous demandons le service express, le seul qui peut nous sauver (nous sommes jeudi, et le week-end nous enleve deux jours ouvrables).

Toujours aussi epuises par notre demi-nuit et les vexations du matin, Aglae et moi nous ecroulons sur notre lit : nous ne pouvons rien faire de plus. Nous passons toute la fin d'apres-midi a roupiller et a nous faire du souci, reprenons des forces, et decidons de visiter la ville le lendemain. Que pouvons-nous faire d'autre ?

dimanche 8 mars 2009

Depart de Thailande - 48 heures de transpi sans douche

19 - 20 fevrier

Toutes les bonnes choses ont une fin. Se delasser avec des poissons sur une ile paradisiaque aux roches rondes sortant de l'eau tels des oiseaux de paradis peut parait-il devenir lassant : nous serions bien restes jusqu'a etre lasses.

En attendant, nous avions un avion a prendre le 20 fevrier, croute que croute, afin d'atteindre Singapour. Singapour, sa promesse d'un appartement confortable (la colocation d'Adeline), muni d'une machine a laver... Le reve, si proche et si lointain.

Nous montons le soir dans notre ferry de nuit, sous une pluie battante. Il est en direction de Surat Thani, ville plus proche de Phuket, d'ou part notre avion. Le ferry comporte trois etages : au sous-sol sont entreposes les bagages ; au premier etage, il y a une hauteur sous plafond de 1 metre 40, des matelas plutot confortables mais pas tres larges, des petits ventilateurs partout, bref un relatif confort ; entre les bagages et le premier etage, il y a une espece de mi-etage ou, sur des nattes de paille, sont entasses comme de la volaille un grand nombre de passagers : il y fait une temperature du fin fond des enfers, il y a moins d'un metre de hauteur, ce qui fait que tout le monde doit y ramper comme des chiens ; certains n'ont meme pas de vraie place numerotee et doivent rester assis, d'autres ont un pilier devant eux et ne peuvent pas s'allonger completement.

Nous avons achete notre place directement dans le bateau, une heure avant le depart, pour environ 10 euros chacun : nous sommes en haut avec les Thais, les meilleures places donc. Ceux qui sont en bas sont passes par une agence de voyage, et ont paye la plupart du temps 15 euros, ou plus, pour des places si pourries que les agences ont du les acheter 5 ou 6 euros aupres du bateau. Escrocs un jour, escrocs toujours.

Nous suspectons les conducteurs de tuk-tuk et les agents de voyage de chaque pays d'Asie d'appartenir a une federation internationale, qui se reunit regulierement et reflechit aux nouveaux moyens d'arnaquer et de pourrir et la vie des touristes, et l'image de leurs pays respectifs.

Le pauvre Josh est en bas, et nous le verrons peu du voyage. En effet il s'endort a peine le bateau parti. Entre le bruit et les gens qui vous marchent sur les pieds en allant aux toilettes, la nuit n'est pas des plus sereines, mais il faut s'y faire! Nous finissons par nous endormir, mais nous sommes reveilles assez tot, car le bateau a la bonne idee d'arriver en avance.

Il est 5h00 du matin et nous avons l'impression d'evoluer dans une melasse particulierement epaisse. L'habituel ballet des conducteurs de taxis et de gros tuk-tuk collectifs recommence, avec forces supplications de la part des chauffeurs: "montez dans mon taxi, par pitie". Nous petit-dejeunons sur ce quai desert d'une ville deserte : l'impression est douce et surreelle, au point que les Thais qui nous croisent pendant leur jogging quotidien bloquent un peu.

En marchant jusqu'a la gare routiere de Surat Thani, nous croisons une bonne trentaine de vieillards qui font leur gym tonic sur le quai, guides par une pretresse autoritaire. J'avais deja beaucoup vu dans les films asiatiques ces grands rassemblements de gymnastique urbaine, mais nous nous levions toujours trop tard pour en etre les temoins. C'est impressionnant !


Vous avez dit agence de voyage ?

Nous arrivons a la gare routiere, mais elle parait si endormie que nous commettons une grossiere erreur : nous achetons un ticket a la premiere femme qui nous propose un mini-bus. Les prix sont les vrais, donc nous ne nous mefions pas. Nous devons deja patienter une heure avant l'heure supposee d'arrivee du bus. Au bout d'une bonne heure, toujours rien. Je demande ou est le bus, avec de plus en plus d'insistance. On finit par nous faire traverser la gare. De l'autre cote du marche qui en constitue le coeur, une trentaine de bus dement l'endormissement de l'endroit ou nous nous trouvions. On nous jette dans un mini-bus, ou nous trouvons nos futurs compagnons de galere : un jeune Francais rigolard et pas stresse (pour une fois), une jeune Espagnole aux traits tires et un Anglais d'un certain age.

Une fois dans le mini-bus, notre mauvais pressentiment se confirme : le Francais nous explique qu'ils viennent de Bangkok, et qu'ils ont ete trimballes de bus en bus toute la nuit, devant en changer sans arret, avec de la nourriture soit-disant deja payee qui n'etait plus gratuite, des mini-bus inconfortables etc. En tout ils mettrons 17 heures a atteindre Phuket, alors qu'un bus local met 11h. Ils sont a bouts de nerfs, surtout l'Espagnole, d'autant plus qu'ils ont allonge une grande quantite d'argent. Escrocs un jour, escrocs toujours.

Escrocs toujours, adage qui se verifie instantanement. Apres avoir passe 10 minutes a caler tous les bagages dans le van, le chauffeur nous fait faire 300 metres, puis nous arrete devant une autre agence de voyage : tout le monde doit descendre, nous allons attendre un autre van. Les autres passagers sont effondres, nous assez enerves. La gare routiere est encore tres proche, avec ses bus geres de maniere convenable, mais nous doutons de la possibilite de nous faire rembourser notre ticket aupres de la grosse matrone qui nous l'a vendu. Et surtout, on serait bien emmerdes si, en allant nous plaindre a la gare routiere, notre van passait et partait sans nous!

Perdre la face ?

Un peu echauffes, mais decides a rester calmes, nous demandons aux employes de l'agence, ou attendent l'air morne une dizaine de touristes arnaques, certains depuis quelques heures deja, nous demandons donc aux employes, quand va vraiment partir notre bus. Quasiment tous font mine qu'ils ne savent pas parler anglais (mon c...), finalement un grand epais semble bredouiller de l'anglais. Aglae lui montre notre ticket fermement : "When is our bus ? on our ticket it's written 7h30 ! you have to tell me !". Le type dit qu'il ne sait pas, tres stresse. Aglae insiste calmement mais toujours aussi fermement.

La, le type reagit de maniere completement hysterique. Alors que personne ne parlait vraiment fort, il se met a pousser des glapissements, qui tres vite se transforment en hurlements. Il tonne "I don't know, me no boss, me employee, no driver, I don't know, no driver !". Je vous livre pele-mele un discours qui fut en realite fort entrecoupe d'interjections thais et de gloubiglouba vaguement anglais. Au debut nous tentons de lui parler et d'obtenir nos reponses, mais tres rapidement il apparait que le type ne joue peut-etre pas, et qu'il est reellement hysterique.

Nous tentons de le calmer. A quelques metres, le Francais rigolard le regarde en souriant : "peace, man!". Et la, nous trouvons la solution ultime, celle qui fait ouvrir toutes les portes dans un pays ou perdre la face est l'horreur absolue : nous nous foutons de sa gueule ! Grand sourire de ma part, bientot suivi par Aglae, nous le regardons en riant a moitie et en parlant francais : "eh calme toi, mec, t'es tout rouge, la, tu vas faire une crise cardiaque". La ou un Francais se serait encore plus enerve, notre type se calme d'un coup, et va se terrer au fond du magasin, humilie.

Dix minutes apres, et alors que je m'appretais a repartir vers la gare routiere et tenter le remboursement du billet, le fou hysterique, celui-la meme qui nous avait repete "I am no driver" nous annonce qu'il est conducteur de van, et que c'est lui qui nous amenera a Phuket. Il est absolument calme, souriant, rigolard; on ne percoit meme pas l'ombre du type qui bondissait en vociferant dans son agence de voyage. Nous sommes une dizaine a monter dans le van, qui nous attendait (depuis combien de temps ?) juste derriere la maison : le Francais, l'Espagnole, le vieil homme, et 6 tres jeunes Anglais, probablement de 18-19 ans, d'une gentillesse etonnante.

(petit detour par la case linguistique : j'ai beau parler un plutot bon anglais, et surtout plutot bien le comprendre, j'avoue que capter ce que peuvent raconter de jeunes Anglais de province est une tache bien au-dessus de mes capacites : s'ils comprennent ce que l'on dit, leur patois semble etre une autre langue, a part)


Derniere etape thai

Le trajet avec Dr. Jekyll est plutot rapide. Il conduit vite mais bien, et nos craintes qu'il se comporte en voiture comme dans la vie sont vite effacees. Au bout de 4 heures nous arrivons a Phuket, qui est une plutot grande ile : plus de 50 km de diametre, et nous ne verrons jamais un bout de plage. Enfin, quand je dis "nous arrivons a Phuket"... Notre destination etait Phuket Town, ou nous avions prevu de passer quelques heures a manger et a ecrire notre blog, avant de repartir vers l'aeroport. Au bord de ce qui ressemble a une autoroute tendance peripherique, notre type se gare devant une agence de voyage, et nous annonce fierement : "ok, you are in Phuket Town". Malaise. "euh no, we are not ! Go to the bus station, it's inside the city". Trois jolies jeunes femmes toutes appretees sortent de l'agence avec des "please", des "good morning" et des "can I Help you?" plein la bouche.

Bien decides a etre les-Francais-raleurs, nous declenchons un mini-scandale. Les hotesses sont plutot cooperatives, pas le chauffeur, qui est reparti pour une demi-crise d'hysterie. Bien entendu, nous pouvons prendre un taxi pour rejoindre le centre-ville ! nous disent-ils. Nous sommes aides dans notre scandale par le vieil anglais, qui a choisi une strategie pernicieuse, et qui fonctionnera a merveille : pendant les 4 heures du voyage il a discute, bavarde, fait copain-copain avec le conducteur du mini-van, qui se plaint en permanence que les touristes sont insupportables (etonnant qu'ils ralent quand on tente tous les jours de les arnaquer). Pris entre notre colere froide et la gentillesse amadouante du vieil homme, le chauffeur craque, et nous amene a la station de bus. Nouvelle victoire, d'autant plus importante qu'a peine le van redemarre, nous apercevons un panneau indicateur : "Phuket Town, 5km" !

Les jeunes Anglais, pas tres debrouillards, nous remercient et s'en vont. Le chauffeur, apres avoir rale tout seul pendant 15 minutes, repart tout content : il a negocie des dollars supplementaires pour amener les 3 passagers restants jusqu'a une autre plage.

Pou-couette, internette

Phuket Town est une petite ville tres developpee, avec beaucoup de commerces tenus par des Chinois, descendants des colons commercants venus de Chine au XVIIIe siecle, mais ne presente pas un interet fou. L'essentiel sera de se tenir loin du soleil d'une violence rare, d'envoyer 27 cartes postales, de manger et d'ecrire sur notre blog.

A ce titre, les cyber-cafes en Asie comme celui ou nous sommes alles a Phuket, en tout cas ceux ou se retrouvent les locaux, sont generalement baignes dans une ambiance delirante. S'y retrouvent des dizaines d'adolescents coleriques, autour de jeux en reseau. Et qu'on se trouve au Laos, au Cambodge, en Thailande ou au Vietnam, ce sont partout les memes hurlements dechaines, les memes cris de joie ou de fureur, les memes roulades par terre. Hier encore, a Hanoi, un jeune garcon dement tentait de reparer sa souris deficiente en la frappant de toutes ses forces sur la table, produisant des craquements terrifiants : la gerante du cyber, casque sur les oreilles, jouait aussi a des jeux en reseau et n'a pas le moins du monde reagi a ces destructions de materiel. En tout cas impossible d'y trouver beaucoup de paix, sans parler des garcons curieux qui viennent lire nos mails par-dessus notre epaule (ils n'y comprennent bien sur rien, mais ca les passionne).

Retour a la civilisation

Apres un bus interminable, nous rejoignons l'aeroport de Phuket, et nous envolons vers Singapour. Changement d'ambiance : le metro etant ferme, nous prenons un taxi. Nous nous attendons a etre arnaques, depouilles, nous anticipons les detours infames, les surtaxes inattendues, les compteurs trafiques. Tu parles ! La course ne coute quasiment rien et surtout le chauffeur s'improvise guide de Singapour : tout le long du chemin il nous detaille le fonctionnement de l'immobilier dans l'ile ("les Singapouriens ont droit a des HLM dans cette partie de la ville"), et les trucs et astuces culinaires ("si vous voulez manger pas cher c'est la, par contre ici c'est plus cher mais meilleur"). Il s'excusera meme de la brievete de la course: il aurait aime nous donner plus d'informations sur sa ville!

Plus fou encore : cette gentillesse etait purement gratuite : il nous depose devant chez Adeline mais n'attend rien, ne nous poursuit pas pour que nous fassions appel a lui le lendemain... et nous dit meme de prendre le metro, pas cher et tres propre! Fou.

Nous faisons nos retrouvailles avec Adeline. Elle habite dans un condominium grand luxe, piscine a l'appui, un peu comme Benjamin et Marie a Bangkok. Nous nous jetons dans ses bras et dans la douche : cela fait bien 36 heures que nous ne nous sommes pas douches, alors que nous nous sommes baignes dans la mer entretemps. La douche, un peu chaude, est un delice de luxe. Mieux, nous serrons dans nos bras la machine a laver : cela fait deux jours qu'on survit avec les derniers slips propres retrouves au fond du sac - quand aux T-shirts, ils ont durci tellement ils sont crados.

Autant vous dire qu'on a bien dormi.

vendredi 20 février 2009

Splendeur des temples, malaises et guides fainéants

Attention description d'une longue journee, longueur du message en consequence!
2 fevrier

Nous avions cru qu'Aglaé était guérie, vu que la veille la Miss avait marché son heure et quart sous le soleil, écrasée par son sac à dos, en mouftant mille fois moins que moi. Nous nous levons donc à l'aube pour rejoindre Delphine, Hubert et Anton, qui doivent nous retrouver en tuk-tuk au comptoir des billets pour la zone des temples d'Angkor.

Les vélos que l'on peut louer à Siem Reap ont une caractéristique commune, quelle que soit la pension où on les loue pour 1 ou 2 dollars : leurs freins sont lâches, leur direction hasardeuse, la selle rappelle les tourments de l'enfer, et leur construction date probablement de celle des temples d'Angkor. Autant dire que c'est un plaisir de les monter.

La billetterie d'Angkor Wat, qui donne accès à la trentaine de temples du secteur, est particulièrement bien organisée. Pas étonnant, étant donné 1) l'afflux de touristes 2) que la société (privée) qui s'en occupe, la Sokimex, empoche 15% de la gigantesque manne financière du truc, ne reversant que 10% à la société de conservation des temples (alors que la moitié des temples n'a pas encore été complètement restaurée), laissant 70% qui vont plus ou moins mystérieusement remplir les caisses du gouvernement cambodgien - quant aux 5% restants, allez savoir... Ne cherchez pas à savoir pourquoi c'est une société pétrolière qui s'occupe de l'organisation des temples d'Angkor (billetterie, contrôle, etc), personne ne le sait tout à fait.

Nous nous retrouvons rapidement en possession d'un joyeux pass avec nos visages pas réveillés en photo dessus, tout ça pour la modique somme de 40$ pour 3 jours, et retrouvons les Français et l'Italien. Nous faisons à l'occasion la connaissance du guide, un type au premier abord assez rigolo, avec un chapeau de cow-boy. Tres souriant, tout ca. Nous suivons le groupe avec nos velos, et nous les retrouvons devant Angkor Wat, le plus grand edifice religieux du monde (rien que ca).

Wat the fuck ?
Angkor Wat, gigantesque, opulent, monstrueux presque. Pour tous les details, se referer a Wikipedia. S'y pointer a 7 heures du matin, un peu fatigue, carrement pas bien en ce qui concerne Aglae, semble la maniere forte de commencer notre visite des temples de la zone. En Inde cette methode avait carrement marche, le jour de Noel, devant le Taj Mahal. Ici, les resultats sont carrement plus mitiges : le guide enchaine les blagues un peu vaseuses et les explications dans un desordre des plus chaotiques, et la magie a du mal a operer. Une des raisons est simple : au matin, ce temple qui donne vers l'ouest est a contre-jour du soleil levant, du coup les photos sont ratees et l'impression n'est pas aussi puissante qu'au coucher du soleil.

Alors oui, Angkor Wat est immense, et de loin on dirait un Versailles khmer, mais il a surtout une enceinte gigantesque. Ce qui le rend interessant, c'est son etat de conservation quasi-parfait : les delicats bas-reliefs de plusieurs centaines de metres semblent avoir ete sculptes hier, et leur richesse et leur profusion n'a pas fini d'etonner. Mais quant au temple lui-meme, son architecture, etc, difficile de se faire une opinion, car une fois devant on manque la vue d'ensemble. En bref, l'emerveillement attendu n'est pas la. Surtout chez Aglae, en proie a un malaise assez profond - elle sue, elle rougit, elle hennit, et son enthousiasme legendaire pour les vieilles pierres semble absent, ou bien se fait in petto. Autant dire que moi, celui qu'elle a convertit a la peinture et a l'architecture, celui qu'elle a traine partout, avec qui elle partage toujours des enthousiasmes puissants et communicatifs, autant dire que moi, donc, je me fais un sang d'encre.

Point de doute possible, Aglae est Angkor malade.

Quant au guide, il nous fait voir les bas-reliefs a un rythme de plus en plus accelere. La profusion d'explications se transforme vite en quelque chose qui ressemble a un compte-goutte, mais nous ne remarquons rien pour l'instant. La ou le bon guide fait aimer en montrant qu'il aime, le notre se contentera toute la journee de nombreux "voila regardez c'est magnifique".

Mystique Bayon
Je vous connais, petits incultes. Vous avez surement deja vu ca, et pourtant le nom du Bayon ne vous dit pas grand-chose. Eh bien sachez qu'il s'agit du second temple le plus visite de la zone. Comme vous le verrez sur la premiere photo de la page Wikipedia, de loin le temple evoque un vieux tas de ruines. Mais a l'inverse d'Angkor Wat qui decevait de pres et imposait de loin, une magie incroyable s'eleve au fur et a mesure que le visiteur monte les marches (toujours tres hautes dans cette region), et decouvre les fameux innombrables visages.

Il parait qu'ils ont tous une expression differente. Plus que ca, ils ont chacun un degre de delabrement different, ce qui donne une impression tellement... unique, oui c'est ca. Visages multiple, impression unique : il y a un moment ou, en haut du temples, ou que porte votre regard, 5 visages (tous sont des visages de Bouddha, ndrl) au moins vous regardent, avec un petit sourire fin - mais certains n'ont plus qu'un oeil, le haut du visage, ou bien ont perdu tout un profil. Et comme tous ces visages sont composes de plusieurs pierres, emerge sans arret l'impression d'etre dans une peinture cubisto-khmer. Delirant, troublant : le Bayon est sans doute possible mon temple prefere.

Quant a Aglae, sa "visite" ne lui aura pas permis de vraiment apprecie le chef-d'oeuvre artistique : lorsque le guide prendra une pause pour nous laisser nous promener dans le temple, elle s'assira a cote de lui pour souffler, et ne verra quasiment rien. Il faut aussi preciser qu'il est presque midi, et que la chaleur est absolument epouvantable. Passer de l'ombre a la lumiere devient une torture insupportable.

Cyclistes malgre tout
Aglae se sentant vraiment mal, c'est Hubert qui conduit son velo, m'accompagnant par la meme occasion jusqu'au prochain temple, alors qu'Aglae emprunte le tuk-tuk avec les autres. Se promener dans l'enceinte de cette ancienne cite gigantesque est assez magique : des routes confortables et bien tracees font comme une saignee dans une jungle absolument impenetrable, de laquelle emergent a intervalle regulier des temples, des bassins royaux, des tas de pierres indefinissables, et plus souvent encore des cars de Japonais.

Plus nombreux que les quelques singes apercus, qui d'ailleurs passent leur temps a chasser les chiens, les Japonais font une entree fracassante dans notre voyage. Alors que nous nous demandions ou ils etaient dans les pays precedents (c'est vrai, quoi, le tourisme sans touristes japonais, est-ce encore du tourisme?), la foule nippone, avec son cortege de gros bus, de gros appareils photos, de casquettes a visieres et de vetements des annees 80, rattrape son retard a Angkor. Au point que nous croisons sans arret des guides parlant japonais, qu'ils soient nippons ou Cambodgiens.

(je precise que la premiere phrase du paragraphe precedent, au sens un peu flottant, ne visait en aucun cas a faire de rapprochement delictueux entre nos amis les Japonais et nos ennemis les singes)

Nous ralentissons un poil, le temps que le guide nous montre la curieuse Terrasse des Elephants, et une statue de cheval a 5 tetes. Pour la troisieme fois au moins, je lui pose une question a laquelle il repond "good question", avant de botter la balle en touche avec une reponse incoherente. Je commence a sentir les limites du guide, quant a Aglae, elle ne sent plus grand chose.

Nous repartons avec Hubert derriere le tuk-tuk. Le guide, a l'interieur, semble vraiment courrouce que nous soyons en velo, et voudrait que la visite aille plus vite : il ira meme jusqu'a nous proposer de nous accrocher au vehicule, depuis nos velos (CMA: hautement dangereux et cassegueulisant, bien entendu). Il faudra le tact d'Aglae pour le calmer "if you want, you can take the bike instead of them", mais nous comprendrons le soir venu que tout ca n'etait que le revers d'une arnaque destinee a faire rentrer et le guide et le tuk-tuk plus tot a la maison. J'y reviendrai.

Apres un trajet toujours aussi enchanteur a l'ombre d'arbres gigantesques, nous arrivons devant le Ta Prohm, pour la pause dejeuner. Il faut savoir que depuis notre entree dans la zone d'Angkor, devant chaque temple se trouvent de 20 a 30 restaurants, petites paillottes separees par des bambous, proposant tous exactement le meme menu. La caracteristique commune des serveuses est la suivante : des qu'un touriste passe dans son champ de vision, la serveuse court vers lui en hurlant. Si c'est l'heure du dejeuner, elle tiendra un menu a la main, sinon ce sera un sachet d'ananas decoupe, ou une bouteille d'eau.

Conseil d'Etat, et ca repart
En arrivant devant les restaurants, nous constatons sans surprise que les prix sont delirants, en tout cas pour le niveau de vie du pays : des nouilles instantanees pour 4 dollars environ, soit environ 4 fois le prix habituel. Mais Hubert et Delphine nous font vite comprendre qu'il est largement possible de negocier. En effet, des qu'ils prononcent le mot "discount", tous les plats tombent a 2 dollars 50, pas etonnant vu la concurrence. Pendant ce temps, je fais semblant de ne pas etre tente, je cherche Anton qui a disparu aux toilettes et fais croire a la serveuse qu'a cote on m'a propose moins cher. Soudain, une serveuse fait un dernier geste desespere :

"ok ok, food and drinks, 2 dollars each person"

Sans que j'aie fait grand-chose, nous nous retrouvons avec des prix absolument delirants : on va pouvoir se gaver de noix de coco fraiches et de nouilles pour rien. Hubert, Delphine et Aglae me rejoignent, heberlues et surtout persuades que la negociation est a mon credit. Je sais que je n'ai pas fait grand-chose mais ils me tiennent deja pour un heros. Je mange mes nouilles en heros, et vais me jeter dans un hamac libre, don du Ciel de ce petit restaurant - le guide et le tuk-tuk sont alles manger de leur cote, et dorment deja.

Je commence a m'endormir, quand j'entends quelques echos inattendus de la part d'Aglae : Hubert et Delphine lui ont demande des explications sur son stage au Conseil d'Etat, et contre toute attente, la voila qui part dans de longs monologues explicatifs, veritable cours passionnant et passionne sur le fonctionnement d'une institution pas tres folichonne sur le papier. Je m'endors heureux, car Aglae semble avoir repris du poil de la bete. A mon reveil, je retrouve ma compagnon de voyage, moribonde il y a quelques minutes, avec un grand sourire et les yeux illumines : le miracle des institutions francaises a eu lieu, meme loin de Paris.

Tant pis pour Ta Prohm
Le dernier des 3 temples les plus celebres d'Angkor est le Ta Prohm. Si vous voyez les photos sur internet les plus insolents d'entre vous vont hurler "ah mais oui, bien sur, Tomb Raider, Indiana Jones". Avant d'etre ca, le Ta Prohm est un tres vaste complexe religieux, qui a ete envahi par la vegetation pendant 400 ans, vegetation qui n'a pas ete arrache pendant les premiers travaux de restauration : enlevez certains des arbres qui ont pousse a travers les murs, et le tout s'ecroulera.

Plus que le pourtant admirable travail architectural et sculptural des khmers, c'est la puissance artistique de la nature qu'on vient admirer ici. Dans ce temple ou il est facile de se perdre, ce sont les branches, les troncs, les lianes, qui font leur petit effet, et qui donnent, ne serait-ce que jusqu'a l'apparition du prochain groupe de Japonais, l'impression d'etre un decouvreur. Aglae, soudainement et inexplicablement reveillee, s'en donne a coeur joie. Elle pousse des petits hoquets d'emerveillements, et assaille le guide de questions, ce qu'elle n'avait pas eu la force de faire jusqu'alors. Celui-ci, de plus en plus faineant, s'est contente de deux ou trois "c'est beau, hein", nous donne le nom d'un des arbres qui a traverse les murs (tch'pong), et se terre dans un silence des plus noirs. On le sent de plus en plus presse, mais nous ne nous faisons pas de souci : Hubert et Delphine l'ont pris pour la journee. En tout cas, le Ta Prohm est fantastique.

Josh again
Au hasard des detours du temple, nous tombons nez-a-nez avec une vieille connaissance : Josh, l'Americain avec lequel Sylvia et nous avions echange quelques bieres a Si Phan Done (au Laos). Nous sommes ravis de rencontrer a nouveau un type aussi sympa, d'autant que nous n'avions pas vraiment echange nos coordonnees. Rendez-vous est pris le soir meme devant une bonne boulangerie de Siem Reap, et le voila qui disparait dans la vegetation.

Notre guide nous quitte
Quelle surprise lorsque, une fois sortis du temple, notre guide s'exclame :
- Thank you very much, I am now finished with you
- But it's only 3 o'clock !!!
- Yes, but I've worked 8 hours, so now it is home sweet home.

Nonobstant l'absurdite de sa reclamation de 8 heures quotidiennes, dans un pays ou les enfants travaillent surement tres longtemps et pour pas grand-chose, nous faisons le compte et remarquons que notre guide inclut la pause-dejeuner et les trajets. Je songe un instant a le presenter a un syndicat de cheminots...

Toujours est-il que Hubert et Pauline ne veulent ou ne peuvent pas trop reagir, d'autant que le guide a bien prepare son arnaque : il demande au tuk-tuk de mettre le moteur en marche pour mettre la pression a tout le monde. Evidemment, Hubert et Pauline ne peuvent le laisser la, mais pourtant ils avaient loue un guide et un vehicule a la journee (plus precisement jusqu'a 5h30), et ils vont devoir rentrer a 3h30, sachant que c'est leur dernier jour a Angkor. Nous avons nos velos et continuerons la visite, mais eux sont degoutes par tant de mauvaise foi. Nous constaterons les jours suivants, et en en parlant avec ma mere, que l'arnaque est coutumiere du coin : un guide vous dit "oui oui la journee entiere, on fera ce trajet, qui va de Angkor Wat a Ta Prohm, en passant par le Bayon", vous croyez innocemment que vous ferez TOUS les temples sur le chemin, ou que le guide pourra remplir sa journee avec ceux-la.

Mais non, le guide se depechera de tout faire pour pouvoir vite rentrer a la maison. Nous comprenons maintenant pourquoi notre usage des velos l'enervait, car ca le retardait : il aurait pu finir son tour a 13 h, peut-etre ! Nous nous rendons compte avec Aglae que ce guide pourtant officiel et entraine etait un vrai rigolo, et en y repensant la liste est longue : explications breves, chaotiques, superficielles, reponses toujours vagues, utilisation circulaire de 4 blagues vaseuses au maximum, faineantise impensable... En consultant notre guide, nous realisons meme que ledit guide n'a pas fait mention de 1km(!) de bas-reliefs incroyables autour du Bayon.

C'est le debut de notre histoire d'amour avec la faineantise des Cambodgiens lies au tourisme, specialement a Siem Reap ou, forcement, les dollars tombent en continu , car les touristes n'arreteront jamais de venir admirer les temples.

Heureuse fin de journee
Une fois debarrasses de ce guide, dont les explications recoupaient, en plus vivantes toutefois, celles de notre guide, nous partons a l'assaut de deux petits temples anonymes, sur le chemin du retour (environ 8 km tout de meme). Il est frappant de constater a quel point deux facteurs nous donnent l'impression de devenir soudain des archeologues : 1) au moment du coucher du soleil, tous les touristes partent l'observer en haut d'une montagne qui donne sur Angkor Wat 2) des qu'on sort de la trilogie Angkor Wat/Bayon/Ta Prohm, le nombre de touristes au kilometre carre approche du zero.

Intense sensation qui est celle que l'on eprouve lorsqu'on fait l'ascension d'un temple vide, lorsqu'on roule un bon kilometre dans une piste en sable jusqu'a atteindre un temple quasiment oublie. Fraicheur des vieilles pierres, finesse de l'architecture, encore, cette fois doublee de l'impression, si belle meme si toujours fausse, d'etre le premier a voir ca. Et la magie qui n'avait pas marche sur le plus gros des temples de se saisir a nouveau de nous sur les plus petits.

Le retour est long mais nous sommes enchantes, d'autant qu'Aglae a pu se reveiller a temps pour vraiment jouir des temples de l'apres-midi. Nous sommes tous deux neanmoins inquiets quant a sa sante, et decidons d'aller chez le medecin le lendemain si son etat empire. Nous oublions toutefois ces irritants problemes, le temps d'un diner en ville avec Josh. Celui-ci, toujours aussi drole, nous enchante d'anecdotes et d'histoires effrayantes. Il a repere un restaurant ou on peut nourrir des crocodiles, rendez-vous est pris pour le lendemain. En partant du restaurant, nous devons encore corriger l'addition... Encore une fois, Aglae montre qu'elle a des reserves d'energie, en se ruant sur les happy-hours du Blue Pumpkin, boulangerie de Siem Reap inspiree du design de Starck (?).

samedi 27 décembre 2008

Faux pretres et vrais gourous a Pushkar

Lever tot pour retrouver Clara autour d'un petit dejeuner, qui mettra 45 minutes a arriver (3 toasts chacun), duree classique, a laquelle nous ne savons pas comment echapper (en payant plus peut-etre ?).

Le temps de montrer a Clara le delire jain susmentionne, nous sautons allegrement dans le premier bus pour Pushkar, ville jumelle, miroir d'Ajmer : si notre premiere etape est une ville sacree pour les pelerins musulmans, Pushkar est une ville sacree hindoue, comprenant de nombreux ghats (acces a un point d'eau sacree, comme le long du Gange, ou les fideles viennent se laver et deposer des offrandes), et environ 200 petits temples blottis autour d'un somptueux lac.

Agression caracterisee
Enfin somptueux... Nous etions tout contents d'atteindre le lac, et de decouvrir une petite ville blanche gorgee de soleil, assoupie a ses pieds, nous sortons les appareils photos, quand une horde de "pretres" nous accoste. Faux-pretres bien entendu : ils sont habilles en jeans et en T-shirts, nous plantent des fleurs dans les mains en nous demandant d'aller les jeter dans l'eau.

Pour se debarrasser d'eux, car ils deviennent vraiment encombrants, nous allons jeter les fleurs. Mais eux veulent nous consacrer, et surtout nous refiler une ficelle en tissu miteux, a s'enrouler autour du poignet, un passport pour avoir l'acces aux ghats. Un rapide coup d'oeil au guide nous apprend qu'une horde de faux pretres et de vrais pretres vous feront payer des sommes astronomiques pour benir toute votre famille, avant de vous laisser tranquille.

Nous refusons, comme l'indique le guide. Ils se mettent a nous insulter, la premiere fois que ca arrive en Inde, deviennent tres agressifs, nous annoncent que les photos sont interdites et qu'on deshonore leur religion (faux, d'autant plus qu'en jean et polo, on savait pas trop leur religion, si ce n'etait celle du fric).

Nous battons en retraite dans la vieille ville, tres remontes et, pour ma part, assez pret a repartir illico vers Ajmer. Mais nous perserverons, visitons des temples calmes, nous faisons harceler par les rabatteurs et les marchands, car Pushkar est envahi de touristes blancs. Nous faisons un gracieux tour du lac, toujours harceles par les pretres qui nous insultent a chaque fois que nous mettons un pied sur les ghats, puis echouons dans un restaurant sympathique, autour d'une cour ombragee, ou nous mangeons les meilleures pates sauce tomate possible (hors en Italie, bien entendu, et encore).

Passeport vers la liberte

Clara, qui ne pouvait manger QUE de la cuisine indienne a Ahmedabad, est au bord des larmes de joie. La serveuse nous propose des massages, du henne, et nous demande si nous voulons des chambres dans son hotel : impossible d'etre tranquille, mais elle et ses petits enfants mignons nous restent tout de meme tres sympathiques.

Et surtout, a la fin du repas, elle nous offre les fameux bracelets, nous indiquant que cela nous permettra d'eviter d'etre harceles. Nous respirons, et sommes prets a la prendre dans nos bras. Elle nous demandera quand meme de l'argent pour les enfants mal eduques. Vrai ou faux, nous lui donnons quelques roupies avec plaisir.

Et la nous pouvons enfin commencer a prendre du plaisir. A peine nous atteignons les ghats maintenant inondes de lumiere hivernale de fin d'apres-midi, et voila qu'un gros con de faux pretre se met a nous invectiver de loin. Et la, tels des super heros, Clara, Aglae et moi descendons nos manches de chemises : ah ah, tel l'insecticide sur le moustique, le pretre se calme et s'eloigne prestement.

Non je rigole, certains restent et nous parlent pendant des heures de choses dont nous n'avons rien a faire dans un anglais marmonne, alors que nous voulons sentir le calme intense des lieux (GO AWAY, you understand, GO AWAY!). Nous croisons meme un baba europeen, peut etre francais, qui leur demande des explications ("Why do you do this?"), entreprise on le sait deja vouee a l'echec.

Today is lucky day
Et au moment ou nous nous y attendons le moins, le miracle tant attendu arrive, notre premiere veritable rencontre mystique, celle peut-etre qui nous a sauve de la conversion a l'islam que brandissait Aglae a Delhi. Au bout du lac, un vieil homme nous fait signe de facon energique qu'il faut enlever nos chaussures, et nous soufflons deja de lassitude. Nous nous executons, puis il nous force a monter dans son espece de kiosque blanc ou la vue sur le lac et les ghats est splendide. Combien va-t-il nous demander, et sous quel pretexte ?

L'homme, coiffe d'un chapeau rouge etonnant (tellement rouge qu'il nous a dit que ca s'appelait un pagri), nous force litteralement a multiplier les photos de lui, de nous avec lui, par deux, trois, puis il nous prend en photo, par deux, par trois. Rapidement, nous comprenons qu'il s'agit juste d'un homme tres gentil qui voulait nous rencontrer.
Il nous explique qu'il vient ici tous les ans pour le 11 du mois indien, car c'est la pleine lune et que c'est un very lucky day. Son nom est extraordinaire et resume son etre : Maharadjah Shiva... le Seigneur Shiva. Rien que ca, le mec.

Il s'agissait d'un vendeur de chaussures d'Ajmer, la ville voisine d'ou nous venions, mais, apres nous avoir donne tres serieusement des noms indiens , il nous a revele qu'il etait aussi gourou, a ses heures perdues. Si un probleme arrive dans nos vies, c'est simple, nous a-t-il dit : on lui ecrit un mail en regardant tres fort les photos qu'on a faites de lui, et, tres gentiment, il nous a promis de mediter sur nos soucis, et que tout sera regle rapidement.

Pas d'argent, rien. Juste du bonheur. Oui, je sais, vous reclamez deja nos noms indiens. J'ai oublie celui de Clara, qui voulait dire REVE, mais sachez que dorenavant Aglae et moi nous appelons respectivement Chandraa et Shashi, soit Mme Lune et M. Lune. Sans blague. Ca va fermer le clapet a ceux qui nous reprochaient d'etre dans la Lune : Nous Sommes la Lune ! ah ah

Sans blague, Maharadjah Shiva etait d'une douceur et d'une gentillesse a pleurer. Il nous a mis en garde contre les perils de Jaipur et de Pushkar, et contre les perils de la vie tout court, nous a souhaite bien des enfants a Aglae et moi (non vraiment, en plein voyage, ca serait complique, monsieur Shiva), a multiplie de vibrants eloges de Clara, chanceuse parce qu'elle etait gauchere, nous a donne son mail, etc.

Nous revenons guillerets vers Ajmer, dans un bus bonde, apres un rapide passage dans un temple Sikh etonnant (on a collecte une brochure passionante : Mais qui sont les Sikhs ?), et nous prenons un nouveau bus pour Jaipur.

Nous decouvrons alors qu'etre a l'arriere d'un bus indien dont les amortisseurs ne sont qu'un souvenir n'a rien a voir avec le confort des bus de l'Inde du Sud, sans parler de l'etat des routes du Rajasthan, region particulierement pauvre. En bref, nos fesses se sont sacrement aplaties. En plus il fait nuit, donc le paysage est inexistant. Le trajet de trois heures nous apparait cinq, mais devant nous, la promesse de la Mecque du tourisme qu'est Jaipur nous permet de tenir.