Affichage des articles dont le libellé est langue. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est langue. Afficher tous les articles

lundi 2 mars 2009

Langues en tout genre (suite)

Alors que nous sommes en realite a la moitie de notre voyage, moitie deja bien revolue d'ailleurs, les choeurs de louanges qui ont accueilli mon dernier message me poussent a vous donner des nouvelles de mes experiences linguistiques asiatiques.

Cambodge incomprehensible
Les plutot mauvais souvenirs que nous ont laisse le Cambodge n'epargnent presque pas le champ linguistique. La langue etiat en effet si difficile a prononcer que rarissimes ont ete les occasions ne serait-ce que de me faire comprendre au-dela du simple bonjour. Surtout, et ce fut la meme chose en Thailande, la plupart de mes efforts pour parler le khmer furent accueillis par des reponses en anglais. Dans des lieux si touristiques, ou tout le monde parle anglais, ou baragouine l'anglais, tout le monde avait l'air de s'en foutre que j'essaie le khmer, ou plus tard le thai. Et vous pouvez imaginer comme c'est blessant, lorsque vous arrivez avec votre petite phrase, qu'on vous reponde en anglais...

Surtout, les 10 jours au Cambodge etaient vraiment trop courts pour avoir vraiment le temps de m'immerger dans cette langue si compliquee et si etrange qu'est le khmer. Il aurait fallu pour cela visiter des endroits plus recules, comme nous avions fait au Laos, ou au Nepal lors de nos promenades. Echec donc.


Grande victoire
En revanche, mon plus grand plaisir arriva en Thailande. Alors qu'Aglae et Adeline etaient en train de tremper leurs peaux cuivrees dans la mer de Ko Samet, petite ile au sable fin, je suis reste plonge quelques minutes sur l'index linguistique du Lonely Planet. En effet, apres trois pays munis d'un alphabet inconnu aux lettres si jolies, dont deux (le Laos et le Thai) ayant sensiblement la meme graphie, je commencais a etre frustre de ne pouvoir lire aucun panneau, aucune carte, ne serait-ce que pendant les nombreux trajets en bus.


En me penchant sur la prononciation indiquee par le guide, j'ai donc pu commencer reperer une lettre, puis deux, puis trois. Au depart, seules les consonnes ressortaient. Cela fut long, car pour certains sons, les thais pourront utiliser 4 a 5 lettres differentes. Ainsi j'ai fini par reperer au moins 3 lettres pour le seul son "s", sans parler du fait que la lettre L lui ressemblait comme deux gouttes d'eau.

Au retour des filles, j'avais donc pu, tel un Champollion en herbe, mettre au jour une bonne dizaine de signes, et les premieres voyelles. A ce titre, l'ecriture des voyelles est vraiment complexe, car elles apparaissent parfois avant, au-dessus, apres ou en dessous des consonnes.

Pendant tout le reste du voyage, j'ai passe tous les trajets en bus a m'entrainer a reconnaitre les signes, en comparant les marques celebres (Nike, Coca) a leur ecriture thai, etc. Tres amusant comme passe-temps, meme si cela ne nous a pas servi a grand-chose (en general, tout est ecrit aussi en anglais dans ce pays). Mais c'etait une revanche personnelle sur le mois qui venait de s'ecouler !

En ce qui concerne la langue elle-meme, la Thailande etait un retour vers les experimentations du Laos : je savais deja dire "comment ca va?" et compter en thai, vu que c'etait pareil en lao. Pourtant, la plupart des Thais parlent anglais, et ceux qui ne le parlaient pas s'en sortaient la plupart du temps par un insupportable sourire faux, plutot que d'essayer de comprendre ce que je voulais leur dire (en anglais ou en thai). Semi-echec, donc !

Vous avez dit Singlish ?
Le bref passage a Singapour fut trop court pour avoir le temps de s'immerger dans le Singlish, langage fascinant dont nous a beaucoup parle Adeline. Il s'agit d'un melange entre le chinois et l'anglais, uniquement utilise par les habitants de Singapour : il s'agit donc d'une sorte de creole, ou seule l'oreille vraiment avertie pourra reconnaitre l'anglais, sans aucune chance de vraiment tout comprendre. Autant vous l'avouer, je n'ai jamais vraiment entendu de singlish...

விவே லே தமௌல்
Par contre, le passage a Singapour fut l'occasion de retrouvailles emouvantes avec le tamoul, langue du Sud de l'Inde dont nous n'avions plus entendu parler depuis Chennai, en Inde. Surtout, revoir cette langue ecrite partout apres le passage en Thailande m'a permis de mieux realiser a quel point ces deux ecritures (thai et tamoul) se ressemblent - a la difference que l'ecriture tamoul est encore plus cursive et delicate.


En effet Singapour a 4 langues officielles : l'anglais, le chinois, le malais et le tamoul. Chaque inscription est donc redigee en 4 langues, dont trois systemes d'ecriture differents (le malais est une langue a l'ecriture romanisee, un peu comme l'indonesien). Un tourbillon de langues, de son et de graphies qui m'a donne un tournis fort agreable.

Vietnam : au carrefour de l'Europe et de la Chine

A son puissant voisin chinois, le Vietnam doit quasiment tout, et si sa langue ressemble encore beaucoup a celle de ses voisins d'Asie du Sud-Est (notamment les 6 tons), le vietnamien s'ecrivait avec des caracteres chinois jusqu'a ce que le Vietnam soit colonise. C'est alors qu'un Jesuite brillant, Alexandre de Rhodes, a invente un systeme de transcription des sons viet (et de ses 6 tons), avec l'alphabet romain, qui est encore utilise aujourd'hui.


Apres avoir voyage 3 mois dans des pays dont l'ecriture n'etait pas la notre, se retrouver face a note bon vieil alphabet est un choc. Meme en Inde il n'etait pas aussi fascinant de se promener dans la rue : ici tout, panneaux indicateurs, enseignes, slogans, est lisible. On a beau ne rien comprendre a "tham quoc My !", on a toutefois l'impression de se rapprocher un peu plus de la vie des autochtones. Surtout, cela accelere vraiment l'apprentissage, et je comprends pourquoi E. et J. me disent avoir pu apprendre quelques rudiments assez facilement en y restant quelques mois.

Enfin, Aglae et moi avons pu nous extirper de situations compliquees en ecrivant sur un bout de papier, en montrant un panneau, etc ! Vive l'alphabet romain ! (et quand on pense que nous allons bientot rentrer en Chine... mon Dieu nous allons souffrir)

- quand aux fabuleuses sonorites de la langue viet, E. avait raison dans un de ses commentaires : les fameux 6 tons se ressemblent comme 6 gouttes d'eau ; et cette langue est tellement... trainante, on a l'impression que tout le monde est tout le temps en train de se plaindre, c'est amusant -

dimanche 25 janvier 2009

Langues en tous genres (ebauche)

[Les fins observateurs auront remarqué que les accents sont de retour sur les derniers messages : notre présence actuelle au Cambodge, oú les accents sont accessibles depuis les claviers, probablement à cause de la proximité géographique et culturelle du Vietnam, n'y est pas pour rien]

Namaste, sabaidee, johm rip sue !

S'il y a bien une chose qui ne semble guère intéresser Aglaé, et qui me fascine plus haut point dans ce voyage, c'est bien la linguistique.

Il m'aura fallu traverser la moitié de la Terre, une bonne partie de l'Inde et maintenant de l'Asie du sud-Est, pour réaliser à quel point les langues me passionnent. C'est d'ailleurs bien le seul sujet sur lequel mon enthousiasme ne semble pas atteindre Aglaé. On ne compte plus les moments où, attablés à une table pour manger, alors que nous attendons nos plats, je m'exclame à propos d'un trait étonnant de langage, d'une ressemblance entre deux langues, ne rencontrant face à moi qu'un visage interdit et un estomac affamé.

Aucun sarcasme là-dedans : c'est bien plutot moi dont la passion pour les langues apparait un peu ridicule.

Toujours est-il que, pour ceux que ces sujets intéressent, traverser aussi vite autant de pays donne un apercu passionnant des liaisons linguistiques entre les nations de la région, qui recouvrent systématiquement des relations culturelles.

L'Inde bien sur, est un sujet d'études sans fin, et le terreau favori des linguistes. En un mois, nous avons traversé 5 ou 6 langues officielles, dont chacune était dotée d'une écriture particulière, et chacune n'avait rien à voir avec la précédente. Sans parler de l'anglais qui faisait le liant, un anglais particulier, avec un accent... particulier. L'écriture des langues du Sud, notamment (tamoul, telougou...), ressemblait beaucoup plus aux écritures thaï ou khmers, voire au Coréen, qu'au sanskrit, écriture de l'Hindi et du Népalais.

Ecrit sur du vent
Pour finir sur les écritures, si j'ai eu peu d'informations sur les langues du Sud, le sanskrit est un alphabet dont la structure est la meme que l'hebreu, l'arabe et surtout les écritures d'Asie du Sud-Est (ces dernières en dérivent, ce me semble) : les voyelles s'ecrivent avant, apres, au-dessous, autour ou en-dessous des consonnes ! Un système un peu bordélique, de l'aveu meme de Razeena la Népalaise ou de Davy le Cambodgien, d'autant que les voyelles sont parfois de toutes petites annotations faciles à confondre. Je reste toutefois admiratif de la brillante idée du sanskrit : chaque mot est traversée de la fameuse barre qui donne un air si oriental, afin de le séparer des autres. Je trouve que ca donne une force aux mots par rapport aux autres.

A l'autre inverse, les sublimes et délicates écritures laos, khmers et thaïs présentent une difficulté notable : rien ne sépare les mots, qui sont tous écrits les uns collés aux autres ! Une phrase devient une longue suite de sons, et on doit en extraire les mots mentalement...

Tons et sons
Coté sonore, l'Inde, qui nous chahutait par ailleurs les oreilles à coups de klaxons, nous a enchanté les oreilles de voix toutes différentes. Les 18 langues officielles se mélangent plutot harmonieusement, et il est parfois impossible de savoir si l'interlocuteur s'exprime en anglais, en télougou ou en hindi, tant le célèbre accent indien mélange tout. Les langues du Sud ont cela de japonais qu'elles ressemblent, à qui ne les comprend pas, à une longue suite très rapide des memes trois sons : gou, lou, di, mélangés un peu au hasard. L'hindi était plus complexe, le népalais complétement protéiforme : les deux langues ressemblent parfois à du chinois, parfois à l'espagnol, à l'allemand... On y retrouve, pour des mots très simples, les fameuses racines indo-européennes : sept s'y dit sat, huit s'y dit aht, neuf noe et dix dos !

Il était très étonnant de voir d'ailleurs comment l'hindi, que les Indiens du Nord tentent d'imposer comme langue officielle unique du pays, influence, via Bollywood, tous les pays avoisinants : ainsi, Razeena nous expliquait que la quasi-totalité des Népalais savent parler hindi, sans jamais avoir pris de cours, tant ils sont tous gavés des films de Bombay !

Dès notre arrivée au Laos, plus rien à voir du tout. Vientiane se prononce en fait Wieng Chang, et notre rencontre avec le lao est l'occasion de notre premier contact avec ces gros salauds de TONS qui, on le sait déjà, vont pourrir toutes nos tentatives de communication avec les Chinois et les Vietnamiens.

Le lao, comme le thai, comporte en effet non pas 4 tons comme en mandarin, mais bien 6 tons (le pire étant le cantonais, qui en comporte 9 je crois) : grave, aigu, median, ascendant, grand ascendant et descendant... Contrairement aux croyances, nous pratiquons deja ces accents dans la langue francaise, mais plutot pour indiquer la fin d'une phrase, un point d'interrogation, une exclamation, un doute, etc. Sauf que là, il faut parfois indiquer 23 interrogations et 14 exclamations dans la meme phrase !

Autant vous dire tout de suite que cela a freiné les vélleités déjà faibles d'Aglaé de se faire comprendre en lao...

Des consonnes plein les poches
Et depuis notre arrivée au Cambodge, c'est encore pire : si les tons ont disparu, la prononciation khmère est tellement complexe qu'il est impossible de vraiment la transcrire, et qu'on est très rarement compris par les gens du coin : 33 consonnes et 24 diphtongues se combinent de facon toujours plus délirante. "Je m'appelle" se dira donc kh'nyom tch'muah, une succession de consonnes qui fait palir d'envie les Hollandais !

Mais pourtant, de petits efforts sont tout de suite récompensés : pouvoir demander les prix en lao ou en népalais, comprendre la réponse et marchander, toujours dans la langue, font partie des petites victoires personnelles du voyageur, mais surtout fait toujours naitre un petit sourire chez l'interlocuteur, et peut-etre l'idée qu'après tout, ces touristes font quand meme un geste.

Fin provisoire de ces réflexions idiotes et superficielles sur les langues.