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vendredi 26 juin 2009

Journée au 7e Ciel !

21 avril

Le ciel demeure d'un bleu éclatant et plus nous visitons Pékin, plus nous aimons cette ville. Notre première étape est le Temple du Ciel: c'est en fait un ensemble de temples dans un grand parc, dédiés à aux divinités de la nature pour assurer de bonnes récoltes. Ces cultes sont très anciens et ont été plus ou moins mélangés au bouddhisme.


L'arrivée dans le parc est enchanteresse : c'est le paradis des petits vieux heureux. Certains ont mis de la musique et dansent, d'autres forment une chorale, jouent au mahjong ou aux échecs, font de la gymnastique ou simplement discutent. Mes préférés sont un papy et une mamie qui chantent de l'opéra chinois en jouant la jouvencelle et le fier damoiseau. Tous se fichent du regard des passants et ont le sourire aux lèvres. Ca fait plus envie que nos maisons de retraites!

Les petits temples sont plus jolis les uns que les autres, leurs tuiles vernissées bleues brillent de milles feux. Il y a même des trucs marrants à faire dans les temples : dans l'un d'entre eux un effet d'écho étonnant me permet de parler tout bas près d'un mur à Charly et de l'entendre me répondre, alors qu'il est à une trentaine de mètre, derrière d'autres bâtiments.


Nous sommes sous le charme du lieu et errons de longs moments dans les immenses jardins remplis de fleurs et d'arbres biscornus.




Nous trouvons difficilement un bus pour nous diriger vers l'immense place Tien-Nan-Men. Nous faisons d'abord un détour pour jeter un oeil au fameux nouvel Opéra de Pékin, surnommé "l'oeuf". Ultramoderne mais surtout affreux :



Retour à Tien Nan Men. Il y a des contrôles de sécurité minutieux à toutes les entrées de la célèbre place et pas mal de flics en faction. C'est gigantesque et dépareillé : d'anciennes portes chinoises côtoient des bâtiments austères en béton, des statues réalistes-socialistes, des drapeaux chinois, évidemment le portrait géant et le mausolée de Mao, mais surtout beaucoup, beaucoup de vide. On croise un peu partout de paysans venus du fin fond de la Chine faire l'unique voyage de leur vie: voir en 2 jours la momie de Mao, la Grande Muraille et la Cité Interdite. Les groupes, suivant au pas de course un guide à drapeau, sillonent les pavés gris dans tous les sens.



La lumière se fait de plus en plus douce et nous décidons d'aller contempler la Cité Interdite pour la première fois du haut de la "Colline du Charbon". Cette colline artificielle, qui s'élève au nord de la Cité Interdite, a été construite pour barrer la route aux mauvais esprits (qui viennent toujours du Nord, allez savoir pourquoi).

Pour atteindre ce fameux point de vue, nous devons d'abord longer les hauts et longs, très longs murs rouges. Nos jambes commencent à nous lâcher car les distances sont gigantesques. Mais une fois le sommet de la colline atteint, nous sommes largement récompensés. L'océan de toits en tuiles jaunes de la Cité Interdite s'étend à nos pieds, et au loin la ville moderne à perte de vue. Splendide!

Nos jambes protestent déjà à l'idée des centaines de bâtiments et de cours qu'il va falloir traverser demain, car nous prévoyons de visiter la Cité Interdite !


Et pour la route, une incise en style Skyblog:
Z'avé vu kom il est bô mon mec? Je le kiffe grave! :d

Bonnes nouvelles à Beijing

20 avril

Les premiers jours à Beijing vont absolument à l'encontre de nos attentes. Les habitants, tout d'abord, nous suprennent : les Shanghaiens étaient globablement de gros rustres qui se croyaient tout permis, des types hargneux, vicieux et malpolis. Aucun habitant de Shanghai ne nous avait souri, ou avait tenté de quelque manière que ce soit de nous montrer qu'il n'y avait pas que des êtres vils dans cette ville.

A Pékin, c'est l'inverse : les Pékinois sont plus souriants et sympathiques que prévus, partout on les voit jouer, sourire, et ils semblent tous surpris et heureux de voir des touristes blancs - alors qu'on pourrait croire qu'ils en voient plus que partout ailleurs en Chine.

Mais surtout Pékin, passé le premier jour où il faisait assez mauvais, nous est apparu comme une ville vivable, à taille humaine, une ville très verte, très aérée, avec quelques véritables vieux quartiers (les fameux hutongs). Par ailleurs, nous avons eu une chance incroyable, dans la mesure où il a fait très beau temps tous les jours : dans une ville réputée pour son temps uniformément gris, les 6 jours de temps parfaitement ensoleillé furent un miracle dont nous étions pleinement conscients !

Enfin, last but not least, là où Shanghai n'était qu'avenues impersonnelles garnies de chaînes et de fast-food, Pékin est un fourmillement de vendeurs de rues, qui font rôtir ou bouillir à peu près tous les produits du monde, quand ce ne sont pas des fruits frais, des livres et des yahourts qu'on vous vend à tous les coins de placettes. Le grand gourmand que je suis en restera ravi à vie.



Une décision difficile à prendre
Ce dont nous ne vous avons jusque là pas parlé, c'est le fait que notre séjour raccourci au Japon nous a mis un peu avance sur notre planning. En effet, en restant 10 jours au lieu de 15 jours, nous nous retrouvons en Chine trop tôt. Or, notre avion Moscou-Paris étant déjà réservé, reste à savoir comment occuper ces 5 jours supplémentaires, question qui avec des erreurs d'estimation (nous pensions que le Transsibérien durait plus de temps que ça), et des contraintes un peu énervantes (il n'y a que deux Transmongoliens par semaine au départ de Pékin), nous plonge dans un casse-tête difficilement soluble.

Pour faire court, nous devons choisir entre trois options :

1) rester en Chine 5 jours de plus, en visitant donc des endroits imprévus autour de Pékin, et faire un passage assez court en Mongolie et autour du lac Baïkal
2) rester en Mongolie quinze jours
3) rester en Russie deux semaines

Nous découvrons vite que notre passage en Mongolie et en Russie n'est pas particulièrement bien adapté : c'est la saison des tempêtes de sable en Mongolie (!), et le temps peut changer très vite du très froid au très chaud ; quant à la Russie, impossible de savoir si le dégel est fini depuis longtemps (arriver après le dégel signifie patauger dans la boue en permanence).

Après de longues hésitations et atermoiements, nous décidons de partir de Chine plus tard, en rajoutant à notre programme Chengde, ancienne résidence d'été des empereurs chinois, et Datong, où se trouveraient de splendides grottes bouddhiques. Ca tombe bien, Datong est sur le chemin du Transsibérien, et nous pourrons peut-être le prendre en route !

Nous nous rendons au bureau des réservations du Transsibérien, situé dans un hôtel de luxe non loin de la gare de Pékin (allez comprendre). Nous y croisons des Canadiens, déjà rencontrés à Xi'an, qui ont réussi à prendre un ticket de transsibérien pour le surlendemain. Nous sommes assez rassurés, car notre plus grande angoisse était que tous les trains soient complets, et que nous ne puissions plus partir de Pékin : lors des mois d'été les trains sont réservés plusieurs mois à l'avance, alors qu'à cette époque les trains sont juste vides. Ouf ! Nous avions un peu peur d'avoir fait les radins sur ce coup : on aurait pu prendre un ticket très à l'avance via une agence de voyage, mais 1) nous n'aurions pas pu changer notre programme au dernier moment comme ici 2) les frais d'agence étaient généralement délirants.

Nous demandons s'il est possible de prendre le train sur le chemin, à Datong. La dame du Bureau des Réservations Internationales, de très mauvaise humeur, nous livre des informations au compte-goutte, en faisant la tête. Aglaé est au bord de l'engueuler. Il nous faut appeler le bureau à Datong, qui nous fait la réservation et nous apprend par le même coup que le train vaut 2 fois moins cher que prévu, si on le prend de Datong ! On ne comprendra par quelle bizarrerie nous faisons ces économies, mais ça nous arrange bien...

Je précise bien que ce fut une décision difficile à prendre, car elle impliquait de passer un temps minime en Mongolie et en Russie. Nous avons bien mis 4 jours à nous mettre d'accord, et le fait que nous nous plaisions beaucoup à Pékin a beaucoup pesé dans la balance.

Ambiance coloc'
Quant à l'ambiance de la colocation de N, nous commençons à nous y faire. Comme nous logeons sur le canapé du salon, nous sentons que nous gênons un peu, et il nous faut attendre que tout le monde soit couché pour pouvoir dormir. Mais N nous a créé dans un coin de la pièce, qui peut être caché par des rideaux, un vrai petit nid douillet, dans lequel nous poussons le canapé pour pouvoir dormir.

N, avec qui nous dînons plusieurs fois, nous parle de cette vie si riche et si inattendue qui est celle des étudiants internationaux de Pékin. Nous sommes rapidement au courant de tous les ragots de son université !

J, le coloc d'Hong Kong, nous fait rire aux larmes malgré lui. Tous les soirs, nous sommes les témoins auditifs de son rituel de beauté. Après avoir pris une douche ponctuée de force raclements de gorge et crachats sonores, il passe systématiquement dix minutes sous le vent de son sèche-cheveux. Il ressort, le torse gonflé d'amour-propre : nous nous cachons pour rire dans le canapé. Moins drôle, il téléphone pendant de longues heures à ses amis à Hong-Kong. Longues conversations en cantonais, entre deux et trois heures du matin...

Promenade estivale au Palais d'Eté
Le lendemain de notre arrivée, un Soleil éclatant nous rappelle ce conseil de N : "s'il fait beau, précipitez-vous au Palais d'Eté, c'est la plus belle chose de Pékin, c'est un grand parc qui vous paraîtra bien gris s'il ne fait pas soleil".


Nous sautons donc dans un bus urbain, et arrivons au milieu d'un flot de touristes devant le Palais d'Eté. Après l'entrée, nous débouchons sur une série de petites cours classiques, très aérées, sympathiques, comme dans un jardin chinois habituel.


Puis, au détour d'un mur, nous voilà devant le Lac Kunming, immense lac artificiel posé au pied d'une colline artificielle (construite avec la terre arachée pour créer le lac), sur laquelle repose de délicats bâtiments. Le tout est un immense parc de saules pleureurs, ponctué de pêchers en fleurs, de ponts aux formes bizarroïdes enjambant des petits cours d'eau, et de pavillons délirants.


Les vues sont extraordinaires, nous avons du mal à y croire. Nous montons sur cette colline, traversons des bâtiments chinois à l'architecture d'un goût rare, apprécions la science du détail des toits et des sculptures, admirons la vue sur Pékin et ses environs verdoyants (surprise, moi qui m'attendais à voir des usines partout, qui ont sûrement dû être déplacées pour les JO).



La foule en délire
Comme dans tous les parcs-monuments de Pékin, un nombre insensé de petits vieux est venu ici pour pique-niquer, bavasser, faire du sport ou danser. Dans ce Versailles pékinois, on les trouve principalement le long d'une galerie couverte apparemment infinie, garnie de fines peintures tout le long. A nouveau, le monument semble vivre indépendamment du flux de touristes qui le visitent.



Dans le registre délirant, l'impératrice Cixi, régente un peu folle de l'Empire Chinois à la fin du XIXe siècle, avait fait construire dans le palais le Bateau de Marbre, faux bâteau de pierre, très fin mais aussi complètement inutile.

Nous rions bien, jusqu'à ce que deux Chinois nous demandent s'ils peuvent nous prendre en photo. Nous acceptons, parce que ça fait longtemps, mais une autre mamie chinoise vient nous prendre en photo, en réclame une autre, nous demande de prendre des poses. Rapidement, une petite foule se crée autour de nous, tout le monde réclamant une photo du couple parfait.


Nous fuyons le shooting de stars en riant, préférant faire le tour du lac : bizarrement, quand on s'éloigne de l'entrée, il n'y a plus beaucoup de touristes... Ceux-ci sont remplacés par de vénérables vieillards chinois, en veste et casquettes maos bleus, devisant gaiment les mains derrière le dos. Un vent féroce agite les saules et les eaux bleu marine du lac. La lassitude culturelle de la Pagode de l'Oie Sauvage de Xi'an est loin, bien loin derrière nous !

mardi 23 juin 2009

Réconciliation avec Shanghai

11 avril

Un super accueil!
Notre auberge de jeunesse prend définitivement un air de camp de réfugiés quand nous voyons une famille nombreuse avec un bébé sortir d'une des chambres. Ils ont l'air d'habiter là depuis longtemps. Nous explorons un peu plus la ville nouvelle de Pudong avant de partir chez JS. C'est toujours complètement disproportionné et les seuls lieux de vie sont d'immenses centres commerciaux... l'horreur.

Remettre nos gros sacs sur nos dos complètement en compote est particulièrement douloureux. Mais l'arrivée chez JS (le frère d'une amie de Charly) et sa petite amie C est un soulagement. Ils vivent dans un grand appart' clair et super bien décoré et ils ont même un chien! Nous retenons des hurlements de joie quand la maman de JS, en visite à Shanghai, nous invite dans un resto français. Nous commençons à nous remettre de notre arrivée catastrophique, Charly retrouve son sourire qu'il avait laissé tomber dans son frappuccino Starbucks.

Jardin chinois et "vieille-neuve ville"
La première impression avait été désastreuse, mais nous décidons de visiter la "vieille ville" pour tenter de découvrir Shanghai sous un autre jour. Après avoir gémi de désespoir devant une fontaine en forme de dragon crachant de la vraie fumée, nous passons par une petite porte et nous retrouvons instantanément dans un endroit merveilleux.



C'est un très vieux jardin chinois, veritable refuge calme et rafiné au milieu de cette ville bruyante et de mauvais goût. Un jardin chinois, qui n'a pas grand-chose d'un jardin, est constitué de multiples petits espaces à ciel ouvert, ceints de murs blancs eux-mêmes percés de portes rigolotes, chaque espace clos représentant un paysage différent qui incite à la méditation. Des petits pavillons de bois rouge, des étangs, des pierres aux formes étranges, des arbres tous tordus, des poissons rouges, des petits ponts et quelques fleurs forment un labyrinthe charmant. Nous nous y perdons volontiers.



Le retour à la réalité est un peu violent. En sortant, nous sommes attaqués par une odeur pestilencielle. Nous en cherchons l'origine et découvrons, effarés, qu'un restaurant propose des raviolis aux ovaires de crabes. Nous fuyons en courant à travers la vieille-ville.
Les anciennes maisons ont toutes été repeintes d'un rouge criard et transformées au mieux en restos et magasins de souvenir, au pire en un véritable centre commercial. Ce style "faux-vieux" donne l'impression d'être à Disneyland, encore plus que dans le Yunnan. De toute façon, la "vieille-ville" ne fait que trois pâtés de maisons et nous nous retrouvons bientôt à nouveau encerclés par les pallisades, les terrains vagues et les grues.


Nous finissons par déboucher sur le Bund où nous étions la veille. De nuit et sans gros sac à dos, c'est beaucoup plus joli! Les vieux immeubles style New-York des années 30 sont vraiment très classes et la skyline sur la rive d'en face impressionnante. Cependant, le légendaire mauvais goût local n'est jamais très loin: des publicités se promènent sur l'eau par le biais d'écrans géants installés sur des bateaux, les télescopes à pièces mises à disposition des touristes se mettent à faire une musique ridicule losqu'elles sont en marche... Je ne peux retenir un soupir en constatant que même l'élégante tour "décapsuleur", de couleur gris-acier la journée, est éclairée en violet scintille la nuit...



Nous rentrons par la grande rue commerçante que nous avons tant parcouru la veille pour rejoindre le métro. Les néons multicolores brille de mille feux, Shanghai nous laisse un peu dégoutés, un peu fascinés mais surtout fatigués!