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samedi 27 juin 2009

Retour à Pékin : des Jeux Olympiques et des bars vides

26-28 avril

Nous arrivons à Pékin en fin d'après-midi. La gare routière du Nord-Est semble être le rendez-vous des Ouïgours de Pékin : des Chinois de culture turque, avec des traits absolument pas sinoïdes, qui ressemblent plutôt à de bons vieux Turcs, conduisent des vélos tirant de petites charrettes. Sur ces charrettes, d'énormes gâteaux qui, pour une fois en Chine, ont l'air très bons.

Ces Ouïgours, probablement bien renseignés, voient en nous des amateurs de sucrerie - j'imagine mal les Chinois aimer ces douceurs. Un premier devant lequel nous passons coupe une petite part de gâteau, et nous la tend en nous proposant de goûter. Je goûte, c'est très bon mais nous refusons d'en acheter plus. Un second nous poursuit quelques mètres avec sa part de gâteau. Un troisième déboule à fond derrière nous, en vélo, nous passe devant, manque de nous renverser en tournant, freine d'un brusque dérapage, dégaine son couteau et se jette sur le monstrueux gâteau. Il en extrait une formidable part et nous la tend. Aglaé et moi éclatons de rire et refusons. Du coin de l'oeil nous voyons un quatrième forcené qui roule vers nous en tirant un nouveau gâteau boursouflé.

Nous n'avons vraiment pas faim, aussi nous changeons de trottoir pour éviter cette folie, fort drôle par ailleurs.


Disneyland Pékin
A Shanghai, à Kunming, à Lijiang, à Dali, nous avions été dégoûtés par des "vieux" quartiers intégralement refaits. A vrai dire, nous étions un peu surpris de ne pas en apercevoir à Beijing, capitale de la fierté chinoise. Mais on ne change pas les Chinois. En cherchant le restaurant de canard laqué auquel nous sommes allés le lendemain (cf notre dernier message "La Gastronomie chinoise à l'épreuve du feu"), nous nous perdons et tombons un peu par hasard sur le projet de rénovation des hutongs situés juste au Sud de la place Tian Nan Men.

C'est vrai, des vieux quartiers populaires si près d'un centre touristique majeur du pays, c'était dommage non ? Du coup, les autorités ont rasé tout le quartier, rue après rue, ont tracé une grande avenue droite (la spécificité de ces vieux quartiers étant des petites rues courbes), ont installé un faux tram roulant sur 100 m (pour faire "vieux"), et ont partout troué les maisons pour y installer des magasins.

Au moment de notre passage, le grand projet n'est pas encore tout à fait achevé : les visites guidées en groupe sont déjà là, notamment devant un célèbre restaurant-usine à touristes de canard laqué (qui annonce une heure de queue) ; les façades et les rues sont finies ; mais les magasins sont encore en chantier, ce qui fait qu'on passe devant des rangées de maisons vides, la peinture à peine sèche, le poitrail ouvert sur des décombres. Nous avons l'impression de passer dans ces villes-fantômes du Far West, vidées après la ruée vers l'Or. Ici la ruée n'a pas encore débuté, mais les fantômes des anciens habitants sont déjà là.

Nous rentrons chez N avec une solide haine du tourisme à la chinoise !


Les deux Indiens souriants et la Vietnamienne de mauvaise humeur
Lors de son année d'échange aux Etats-Unis, Aglaé a fait la connaissance d'une part de Razeena, qui nous avait accueillis au Népal, de l'autre de deux frères jumeaux d'origine indienne, Karan et Kumar. Ceux-ci, nés à Hong-Kong, se sont toujours sentis plus chinois qu'indiens. La preuve, au moment de notre passage à Pékin, ils y vivaient pour parfaire leur apprentissage du mandarin.

Le lendemain de notre retour à Pékin, Aglaé déjeune avec eux pendant que je reste dans un cybercafé glauque pour écrire le blog. Le cyber est situé dans un sous-sol d'une galerie marchande abandonnée, il n'y a aucun autre client que moi, mais c'est le seul que je réussis à trouver dans le quartier de N.

Rendez-vous est pris le soir même pour boire un verre avec eux. Après nous être perdus (ils nous avaient donné rendez-vous à une station de métro dont le nom n'existait pas), nous nous retrouvons enfin. Les jumeaux sont adorables, gentils et drôles, mais un problème de taille les accompagne : la petite amie de Karan, une jeune Vietnamienne, qui a décidé de faire la tête.

On croirait qu'elle veut nous rappeler l'affabilité des Vietnamiens du Nord, tant elle a l'air de s'ennuyer en notre présence : moues, soupirs, yeux au ciel, silence continu (et pourtant elle parle un anglais parfait), absence totale d'intérêt pour ce qui se trame. Elle nous suit en renâclant dans le bar qu'ont choisi les jumeaux.

Pour une raison qui nous échappe encore, ceux-ci nous ont donné rendez-vous dans un quartier absolument désert le soir, pour nous emmener boire un verre dans un restaurant japonais au bord de fermer. Lorsque nous arrivons, le restaurant est vide, et la moitié des serveurs est littéralement en train de dormir autour de la caisse enregistreuse. Lorsque nous poussons la porte, ils se réveillent, courent remettre la musique de fond en marche, allument les télévisions au mur. Je me sens un peu mal de réveiller ces pauvres gens.

Nous passons malgré tout une soirée absolument charmante, dans ce cadre très étrange, puis sautons dans un taxi pour rejoindre notre auberge de jeunesse (N. partant en vacances, nous nous sommes rabattues sur une auberge près de la gare, d'où partira notre train le lendemain).

Ohhh Jeux Olympiques

Il est maintenant devenu sacrilège de passer par Pékin sans payer un hommage à ses nouveaux symboles, à savoir le stade du Nid d'Oiseau (à ne pas confondre avec le nid de poule), le Cube de la piscine olympique, et la tour de retransmissions. Bref, les installations olympiques. Celles-ci, qui occupent une place immense, sont desservies par une ligne de métro spéciale (qui n'a que trois stations), et reçoivent un ahurissant flux de visiteurs, surtout Chinois.

Si la visite de ces installations titille la fibre architecturale en chacun de nous (ces installations sont belles), en ressort un parfum un peu mélancolique. L'un des arguments de la candidature de Pékin aux JO de 2008 était de construire des installations qui resserviraient après les évènements. Or ici, on voit bien que ces immenses immeubles, ces tours, ces stades, ces parcs, sont vides, entièrement vides. Derrière les portes cadenassées de ces beaux bâtiments, qu'y a-t-il ? de grands espaces vides, qui n'auront probablement jamais droit à une deuxième vie.

Dans une ville aussi vaste que Pékin, ça sent un peu du gâchis, mais bon... la Chine avait tellement besoin de ces JO, pour asseoir leur statut international de nouvelle grande puissance, qu'on est prêt à les comprendre...

(mais tout de même, ces avenues piétonnes immenses, ces grandes esplanades vides, c'est un peu flippant, non ?)


Derniers instants pékinois
Notre dernière journée à Pékin est forcément un peu déprimante aussi : le train que nous allons prendre ce soir est le premier tronçon du Transsibérien qui, in fine, nous ramène en Europe. Même si ce n'est pas notre dernier jour en Chine, nous vivons nos derniers instants de voyage en tant que tel : bientôt, nous ne serons plus en voyage, mais sur le chemin du retour.

En réalité, le retour, nous l'avons déjà commencé lorsque nous avons quitté le Japon en bateau, puisque c'était le moment à partir duquel nous avons arrêté d'aller vers l'Est. Mais il y avait encore tant de choses à découvrir. Là, c'est bientôt fini.

Nous faisons de grosses courses pour survivre dans le train jusqu'à Ulan Bator, Mongolie, passons deux dernières heures dans un cybercafé à rattraper le retard du blog (Aglaé devra se boucher le nez tant son jeune voisin sentait mauvais) et récupérons nos bagages à l'auberge de jeunesse.

Gare aux pauvres
La Gare de Pékin, imposante, surplombant une immense esplanade, change radicalement de visage le soir venu. C'est la seule gare de Chine qui ne trie pas les gens à l'entrée. Tout le monde peut donc y rentrer, s'asseoir sur les sièges des immenses salles d'attente, s'allonger, manger, vivre, aller aux toilettes pour se laver.

Quand on sait que les paysans chinois arrivent en général dans les villes sans un sou, sans le logis et sans travail, on n'est donc pas étonné de s'apercevoir que la Gare de Pékin est un gigantesque camp de romanichels. Dans la salle d'attente où nous commençons par nous installer, la puanteur nous saute au nez. C'est un mélange d'odeurs de pieds et de déjections, mêlée à la sueur de ces hommes et de ces femmes qui vivent là. Il y a des immondices et des déchets partout par terre : les pelures de cacahouètes jouxtent les sachets plastiques et les paquets de biscuits écrasés. Beaucoup de gens sont allongés et dorment là.

Je fais un tour aux toilettes. Sans vous parler de l'odeur, je suis surpris de voir le nombre d'hommes qui, torse nu, font leur toilette. Il y en a un qui a la tête plongée dans le lavabo, et qui se fait un shampoing.

Nous quittons l'immense salle d'attente, de peur de nous évanouir, et commandons un café dans un tranquille petit bar installé dans la gare. Notre train part à minuit. A 23h35, les tableaux d'affichage étant incompréhensibles, je m'enquiers auprès de la dame du guichet d'informations du numéro de notre quai de départ. La dame me renseigne aimablement.

Je retourne à la table où Aglaé continue à découper des papiers pour son Scrapbook. Au bout de 5 minutes, la dame de l'accueil quitte son pupitre, et se précipite à ma rencontre : "vite, vite, il faut aller prendre votre train, dépêchez-vous !". Notre train part dans un quart d'heure !

Un petit vent de panique, émis par cette dame, nous gagne doucement. Nous rangeons nos affaires mollement et trottons pour rejoindre notre quai. Nous sommes dans un long couloir plongé dans la pénombre, et l'on distingue à peine des gens qui dorment par terre, un peu partout. La gare de Pékin est pire que toutes les gares d'Inde !!!

Autour de nous, des gens courent aussi pour attraper leur train. Bien entendu, nous sommes largement en avance, et avons tout notre temps pour trouver notre wagon et nous installer. Les Chinois sont tellement en avance ! Quand je pense que la dame de l'accueil nous a pressés, prise d'une panique folle, alors que nous avions 20 minutes d'avance ! C'est difficile à croire pour les Parisiens retardataires que nous sommes.

Notre train est un vieux modèle que nous n'avions jamais rencontré auparavant. Peu confortable, sale, lui aussi baigné d'une vague odeur de moisi, il donne l'impression d'être surpeuplé et bruyant. Aglaé et moi sommes à bout de fatigue, et nous écroulons dans nos lits : nos dernières heures en Chine nous ont montré une intensité dans la misère que nous n'avions même pas pu entrapercevoir pendant le mois passé dans le pays !

Nous nous couchons en espérant que notre tout dernier jour en Chine, le lendemain à Datong, se passera sans anicroches !

vendredi 10 avril 2009

Ca vaut le KunMing (suite)

Merci a tout le lecteur qui nous suit assidument et laisse toujours un message (Etienne quoi). Merci a tous ceux aussi qui ne laissent pas de messages, s'ils existent!

13 mars
Au cours de ce voyage, les grasses matinees etaient comme les spaghettis carbonaras dans nos assiettes : toujours rares, toujours bienvenues. Nous avons donc fait imploser le reveil, avant d'avoir vers midi des petits scrupules. Decision est donc prise de visiter un peu les Sights de Kun Ming, ville de l'Eternel Printemps.

Ce surmom, ville de l'Eternel Printemps, la ville ne l'a pas vole. S'il y fait un peu froid le soir, le jour est d'une douceur et d'une clarte qui font un bien fou apres la grisaille d'Hanoi. Apres quelques combats avec les distributeurs de billets de banque (cf message precedent) et l'incurgitation de delicieuses "nouilles qui traversent le pont", nous decidons d'aller voir le Temple du Bambou. Sauf que non, il est trop tard, dans ce pays de leve-tot, ceux qui osent se bouger a 14h ne meritent aucune pitie. C'est un gentil flic qui, avec ses deux mots d'anglais, nous fait comprendre ce terrible etat de choses, meme si ce qu'il disait ressemblait plus a "no more bus". Decision est prise d'aller voir un autre point touristique, les Monts de l'Ouest.

Monts de l'Ouest, un peu a l'Ouest
Bus local, donc. Comme toute grande ville chinoise qui se respecte, il y a des teles meme dans le bus, qui diffusent des contenus un peu abrutissants, surtout quand on ne parle pas chinois. Nous arrivons en vue de grandes collines, tendance montagnes abruptes. Des moines taoistes un peu fous y ont construit un reseau de temples, parfois au bord de falaises abruptes, voire carrement en y creusant des galeries.

Nous nous attendons sacrement a un trip mystique, genre ascenscion d'une montagne vicieuse, sur un chemin malaise, a croiser quelques infatigables randonneurs, jusqu'a arriver a un petit monastere perdu dans les hauteurs.

Tu parles, Charles ! A l'arrivee du bus local, il y a des bus et minibus qui peuvent vous epargner les trois-quarts de montee. Nous decidons de faire nos guerriers francais, et de marcher un coup. Sage decision car la nature est belle, et on trouve quelques petits temples sympathique perdus dans les arbres. Mais ne vous imaginez pas que c'est soudain devenu authentique. Nous marchons sur la route en bitume, et croisons tous les dix metres un gigantesque plan nous indiquant : ou nous sommes, ou nous allons, combien de temps nous reste-t-il a marcher, etc. Tres pratique, par ailleurs, meme si question experience authentique on repassera. Le seul chemin qui sortira de la route pour s'enfoncer dans la foret est integralement pave de pierres, quasiment une autoroute.

Avec effarement et surprise, nous decouvrons le tourisme a la chinoise, qui nous poursuivra pendant tout notre sejour dans l'Empire du Milieu : tout refaire, tout planifier, tout simplifier, pour permettre aux hordes de se retrouver, et surtout de trouver le chemin jusqu'aux boutiques. Des avantages certains (simplicite des transports, simplicite d'orientation, messages en anglais), et des inconvenients tout aussi certains (ambiance Disney un peu partout, foules compactes dans tous les sites, impossibilite de sentir autre chose derriere la fabrique et le lustre). Nous en reparlerons en detail, pour l'instant ce n'etait qu'une premiere approche.

Toujours est-il que malgre l'ambiance un peu aseptisee, la balade est ravissante.

Nous arrivons apres une bonne marche au point ou les minibus laissent les touristes chinois. Pour continuer l'ascension jusqu'aux temples accroches a la montagne, il est encore possible soit de prendre un telesiege (la marotte des Chinois des qu'il s'agit de s'epargner une marche), soit un petit train sur roues pour arriver au pied des temples.

Nous avons tellement marche qu'il se fait tard : le telesiege est deja ferme, et nous avons peur de voir portes closes pour les temples. Nous nous decidons pour l'incroyable petit train sur pneus. C'est d'autant plus drole que nous sommes les seuls passagers de ce long train qui aurait encore l'air un peu gamin dans un Parc Walibi. Le voyage en train nous epargne un trajet a pied qui n'aurait ete que visite de magasins de souvenirs un peu idiots, magasins qui jonchent litteralement tout le chemin jusqu'aux temples.
Notre minitrain, vous observerez l'effet pour donner une impression de vitesse
Une ethnie un poil bruyante

Arrives en haut, nous visitons donc ces temples. On dirait qu'ils ont ete construits par des singes, et encore des singes avec du bon materiel d'escalade, alors qu'ils ont ete poses la par des moines sans equipements, il y a des centaines d'annees. Pourquoi donc ? Aucune idee, la vue etait belle, peut-etre... Autour de nous, une foule de touristes chinois. Vous pensiez que le pire du pire c'est la visite d'un site en meme temps qu'un tour organise bruyant ? Ah ah! Nous avons immediatement eu affaire aux gens les plus bruyants de l'humanite : avertis par des glappissements furieux, nous tournons la tete pour apercevoir un groupe de 12 femmes, la quarantaine, au visage et aux habits tres differents des Chinois classiques - probablement une ethnie.

Chacune de ces femmes deploie la puissance accoustique d'un Boeing crissant sur une assiette. Elles s'apostrophent, se separent, se cherchent a grands cris, se retrouvent en hurlant, mais surtout poussent une variete de cris de ravissement a donner mal a la tete a un chanteur de metal. Nous tentons de leur echapper en allant plus vite qu'elles au temple suivant (il y en a une douzaine de petits, eparpilles dans la montagne), mais c'est impossible : non seulement elles sont partout a la fois, mais elles courent litteralement de site en site. Elles arrivent, appellent leurs amies, pousse un cri que j'assimile a un cri d'horreur mais qui doit plutot evoquer l'admiration, puis repartent immediatement parsemer une montagne tres abrupte de sons assez stridents pour provoquer un eboulement massif. Nous craignons pour notre vie.

Nous finissons par trouver la solution toute simple : supporter une minute les cris de cette ethnie des "Tym-pangs Bri-zes", le temps qu'elle nous depasse. Une fois le tumulte passe, et nos oreilles sifflant encore, nous commenceons a apprecier la serenite du lieu. Mais deja, la moitie des temples ferme ses portes, et il faut se depecher.

La vue un poil escarpee depuis les Monts de l'Ouest

Nous croisons un groupe de Chinois avec guide bruyant : "encore", pensons-nous. Cinq tetes chinoises nous observent. Aglae, oppressee, s'exclame "on y va, Charly ?". L'un d'eux se contrexclame dans la langue de Moliere :

- Ah vous etes Francais ?
- Ah, euh, vous aussi ?
- Oui, de la Reunion !
- Et moi de Paris ! ajoute un autre. Il a fallu faire tout ce chemin pour se rencontrer ah ah!

On appelle ca la mondialisation...
La fin de la visite est sensationnelle. Comment ont-ils pu se mettre la ?

Nous redescendons rapidement car il se fait tard, et nous commencons a nous demander comment nous serons a l'heure pour le RDV chez Silvia (avec qui nous avons promis de diner). Le probleme, c'est qu'il est evident que se refaire la descente a pied en entier est impensable, car c'est vraiment long. Tout un tas de vehicules s'arretent devant nous, appates par la possibilite de ramener des Occidentaux aux poches forcement debordants de yuans.

Le probleme, c'est qu'il est absolument impossible de leur faire comprendre qu'on veut descendre la montagne. Mais alors vraiment impossible. Et pourtant, ils ont des cartes de KunMing, qu'ils sortent, qu'ils nous montrent. Nous designons notre chez-nous, ou pas loin, les types demandent "zai nali, zai nali ?" (ou ? ou?), nous leur designons a nouveau, les types recommencent. C'est particulierement penible, jusqu'a la delivrance.

I want to help you, Mao said

Au joli son flute d'un "Can I Help you?" nous tournons nos deux tetes vers une minuscule adolescente a lunettes. Elle est a la tete d'un groupe de jeunes, tous ont l'air plutot marrants, aucun ne parle anglais, a part elle. Apres avoir brievement explique notre dilemme, elle nous demande de la suivre : eux aussi se rendent a KunMing, il suffit de les suivre, ils nous ameneront a bon port.

Une seconde apres, nous nous retrouvons a observer le groupe negocier avec une conductrice de mini-bus. Nous ne comprenons pas ce qu'il se passe, encore moins combien cela va couter, mais c'est plaisant a observer. Le mini-bus nous amene a l'endroit ou le bus local nous avait depose. Parfait !


Notre dictateur benevole

"Ah, merci, c'est gentil, maintenant nous savons ou nous sommes ! Nous pouvons nous debrouiller tous seuls, dorenavant !"

Cette phrase, nous essayons de la formuler sous mille et une facons. Impossible. La jeune fille, dont j'ai deja oublie le nom fort chinois, a DECIDE de nous aider. Cela veut dire, une fois traduit du chinois, qu'il n'y aucune maniere de transiger, de passer outre, de s'en sortir. Mais c'est pas grave, non ? me demanderez-vous, un peu exasperes par notre mauvaise grace. Non, sauf que... la miss n'a pas du tout compris ou nous voulions aller. Nous lui avons signifie que nous voulions rejoindre notre amie, qui travaillait a la Yunnan University, mais elle a compris que nous voulions aller a la Yunnan University. Et une fois qu'elle a decide de comprendre ca, impossible de lui faire comprendre autre chose.

Nous essayons en douce de lui montrer sur un plan que habitons a une demi-heure de marche de la Yunnan University, rien n'y fait. Nous voila embarques dans une succession de bus locaux, dont nous savons pertinemment qu'ils ne vont pas la ou nous souhaitons nous rendre. Pendant ce temps, la nuit tombe, et tutti quanti. Quand nous descendons enfin de notre panoplie de bus, notre dictatrice nous embarque de force dans une rue : elle a decide de nous accompagner a pied jusqu'a la residence des internes de l'Universite (qu'importe que nous n'en ayons jamais parle). Longue marche, dans le froid pour elle, car elle est short et debardeur. Elle nous offre un porte-bonheur un peu pourri, mais c'est touchant, puis nous laisse devant le dortoir des Universitaires.
Pour ne pas la vexer, nous faisons comme si nous etions ravis qu'elle nous ramene la. Aglae m'emmene de force dans les batiments, pour faire semblant d'y rentrer. C'est absurde. Nous attendons un moment, puis sortons en courant. Il faut rejoindre la rue sans se faire reperer par notre gentille bienfaitrice, qui mourrait de honte si elle nous voyait aller ailleurs que la ou elle nous a deposes. Nous la voyons au loin, attendant un bus ; horreur ! Aglae me fait plonger du nez derriere une affiche. Elle ne nous a pas vus, sauves!
Nous courons rentrer chez "nous", desoles qu'il soit deja si tard. Nous retrouvons une Silvia morte de faim dans son propre appartement. Comme il faut nous preparer pour la soiree (un concert apres un diner), elle part diner avec son boy, et nous la rejoindrons un peu plus tard. Je saisis l'occasion, non pas pour me faire beau (peine perdue), mais pour faire une sieste. A mon reveil, Aglae est encore plus belle que jamais, et moi plus endormi que toujours.

Concert etonnant

Le diner puis la soiree nous permettent d'apprecier encore plus, s'il etait possible, la compagnie de Silvia, et d'approfondir notre connaissance de ce groupe d'expats de Kun Ming. Partout ailleurs les expats que nous avions pu observer faisaient des groupes compacts, un peu snobs, qui n'avaient pas forcement envie de se meler a la population locale, et qui gravitaient dans des espaces un peu glamour un peu chic.

Ici, entre le diner et le concert live de rock n'roll old style donne par des Canadiens et un vieillard hippie, l'ambiance ressemble plus a une auberge de jeunesse geante : tout le monde a l'air etudiant, sympa, ouvert, parle chinois, ramene des Chinois aux soirees, tout le monde se connait. C'est un monde d'expats a echelle humaine, extremement doux, parce que majoritairement habite par des jeunes, et par des gens qui aiment la Chine. Rien a voir avec l'expatrie venu ici pour faire du business avant tout.

Nous sirotons quantite de bieres, Silvia est absolument dechainee - en gros elle danse tout le temps, et pousse de grands cris a chaque fois qu'elle reconnait quelqu'un, soit toutes les minutes - et on nous presente beaucoup, BEAUCOUP de monde. La fatigue attaque Aglae avec fougue, et voir un vieux monsieur danser et chanter ne semble pas lui inspirer autant de folie que prevu.


Je ne suis pas plus en forme, et nous finissons par rentrer plus tot que Silvia qui, nous l'apprendrons le lendemain, passera la nuit a danser. Elle nous ecrit l'adresse de chez elle en chinois, sans quoi il est impossible d'expliquer au taxi comment rentrer (quel monde impitoyable), et nous voila extraits de la folie du coin.

Ca vaut le KunMing (jour 1)





KunMing vue de haut



12 mars
Reprenons au moment ou Sylvia nous saute dans les bras en hurlant, devant cet immeuble chic qui fait aussi office de gare de bus. Retrouvailles vraiment gaies, d'autant plus que nous sommes tellement contents de trouver quelqu'un qui comprend ce que nous racontons, apres toutes ces peripeties langagieres.

Apres quelques brefs mots haches, un peu confus, typiques des retrouvailles, Sylvia nous jette dans un taxi qui passe par la. Nous decouvrons un fait etonnant : les conducteurs de taxis chinois, au bord de la parano, se protegent derriere d'imposants grillages en fer. Il s'agit de leur glisser indications et billets a travers les barreaux, sans savoir exactement qui de nous ou du chauffeur est enferme en prison. Peut-etre les patrons des compagnies de taxi enferment-ils leurs employes le matin, avec une securite enfant, et viennent leur ouvrir la porte le soir, une fois qu'ils ont bien travaille. Possible. Mais comment font-ils pour aller aux toilettes ?

Nous decouvrons aussi les bas prix absolument dements des taxis chinetoques : 7 yuans, soit 70 centimes d'euros, pour les 3 premiers kilometres. Entre rien et pas grand-chose, ca degoute un peu de prendre le bus, sauf que les tickets valent 1 yuan.

Apres une breve course, nous atterrissons devant la barre d'immeubles de Sylvia. Oui car tout le monde ici habite dans sa barre d'immeubles, chinese style, la ou en France c'est reserve aux HLM. 12 etages plus loin, nous voila dans son appartement super cosy : de la place, de la lumiere, une ambiance moelleuse comme son canape. Nous decouvrons Taal, une de ses deux collocs, une Israelienne un peu bourrue mais plutot sympa, et a l'unanimite generale je decide de foncer prendre une douche.

Tres singulier, la douche a la chinoise, elle se prend AU-DESSUS de chiottes a la turque, c'est-a-dire que si vous ne faites pas attention, vous pouvez tomber dans les toilettes, et la, qui sait si on peut vous repecher.

RECUPERER
Aglae fait de meme, afin de tuer les deux dernieres nuits de sommeil sans douche, et je me pose sur le canape (je manque de m'endormir). Et la, sublime, sensationnel, Sylvia nous cuisine, devinez quoi...

(de la bouffe chinoise ?)

(des tapas ?)

NON, une SALADE a l'huile d'olive, des tomates, des produits frais, sans sauce, pas cuits. Le bonheur absolu, la simplicite meridionale juste pour nous. Nous nous lechons les babines, tout en nous rendant compte que c'est bien mignon la decouverte de l'autre, de sa cuisine et de ses moeurs, mais de bons produits occidentaux, c'est quand meme mieux que la nourriture des sauvageons.

Sylvia est toujours aussi enchanteresse. Animee, drole, elle enchaine les sujets de discussion, nous fait rire et nous met au courant de la vie des expatries de Kunming. Cette ville attire en effet un grand nombre d'etudiants : il y fait bon vivre, l'ambiance est calme, c'est une grande ville sans etre un labyrinthe. Il est vrai que nous avons senti en nous promenant sous ses gigantesques immeubles vitres un parfum relaxant, un calme pas presse, qu'on trouve rarement a l'ombre des grands gratte-ciels.

Petite balade avec Silvia


Un petit pont, un petit lac, une petite biere

Promenade avec Sylvia. Au menu, decouverte des quartiers de l'Universite, du joli lac au centre de Kun Ming, aux poubelles supra-kitsch (des cerfs se lechant, des ours souriants, et j'en passe), apprentissage de quelques mots chinois (en fait je les prononcais tres mal), trainage.





Les Chinois, maitres de l'art des pots de fleurs



Yuan bate

Une fois n'est pas coutume, il est tres difficile de retirer de l'argent, car les distributeurs d'argent de Chine ont un plafond tres bas. Le jeu est le suivant : pour contrebalancer les 10 euros ponctionnes par le joyeux systeme bancaire a chaque transaction internationale, il faut trouver le distributeur qui a le plafond de retrait le plus grand. C'est tres amusant et pas du tout stressant quand il s'agit de demander une avance a la personne qui vous loge gentiment, le temps de trouver un distributeur qui veut de votre carte.

Nous voici donc avec les Yuans, premiere monnaie pas trop fantoche depuis longtemps (quoique, impossible de se procurer des yuans hors du pays chinois...). Monnaie un peu ennuyeuse, hormis les portraits de Mao sur chaque billet : en effet l'eventail de jeux de mots est tres limite, contrairement aux Dongs et aux bahts (imbahtables question jeux de mots).


Foin de considerations monetaires. Nous nous mettons en quete d'un bar avec Silvia, dans une rue remplie de petits cafes sympas, qui ressemblent aux cafes les plus confortables de Paris : canapes, poufs, ambiance vraiment sympa (en gros les serveurs sont les potes des clients, puisque souvent ce sont des collegues etudiants qui travaillent le soir dans ces cafes).

Nous rejoignons une belle smala internationale : Italiens, Espagnols, Americains, Coreens, Anglais, Chinois. Ca parle toutes les langues, et dans tous les sens. Le pire, c'est que Silvia les maitrise toutes : elle nous parle en francais, puis s'adresse aux autres en catalan, en espagnol, en anglais, en chinois, en italien. Le tout fluently. La classe.

Apres une grosse biere chinoise, nous faisons 3 metres cinquante pour nous retrouver dans un restaurant taille pour les nains : des tuyaux passent a ma poitrine, et me forcent quasiment a ramper pour rejoindre la table. Silvia, qui n'est pas forcement tres grande, prend une revanche bien meritee, et rit sous cape de nos tailles elephantesques. Avec le boyfriend americain de Silvia et une Canadienne francophone, nous degustons de grosses assiettes de boeuf parfume, de legumes epicees, de puree onctueuse au piment....

Ah oui, je vous l'avais pas dit ? Contrairement aux croyances populaires, les Chinois mangent beaucoup de patates, peut-etre plus que nous. Ils adorent notamment la puree, la patate ayant ete introduite et cultivee en masse des l'arrivee des Portugais, il y a quelques centaines d'annees : en effet la patate pousse la ou le riz a renonce a s'installer. On voit donc partout dans la rue des gens vendre toutes sortes de preparations a base de patates, toutes plus bizarres les unes que les autres. Et ca, il faut avouer que ca defrise nos a priori sur la nourriture chinoise.

Quant au reste, c'est passionnant tellement c'est bon. Des saveurs de menthe, de coriandre, nous jettent dans les bras de Silvia avec des rales de plaisir. Je goute notamment du fromage de chevre grille. Pas tres fort mais divin.

La fin de la soiree se perd dans des brumes de biere, de gateau au chocolat et de fatigue meles. Nous sommes revenus dans le premier bar, avons consomme une premiere biere, avant de tomber dans un demi-sommeil pas tres leger. Silvia a fini par remarquer notre amorphisme, et nous a gentiment propose de rentrer a la maison avec elle.

Il y a eu un trajet en taxi.

La ville semblait morte a cette heure-ci.

Il y a eu l'appartement endormi, il ne fallait pas reveiller les colocataires. Silvia nous a dit bonsoir, parce qu'elle dormait avec son boy, dans un immeuble a cote, nous laissant sa chambre (trop sympa, oui). Puis c'est le trou sans fond, et dans ce puits de sommeil, Marius qui m'envoie cette vision :



mardi 10 mars 2009

3 jours a Singapour - Luxe, calme et proprete

20-24 fevrier

Nous nous reveillons en ce samedi matin a Singapour, propres et requinques - ou presque. Aglae n'est enfin plus du tout malade, et surtout nous sommes dans un grand appartement propre, avec acces internet et tout et tout.

Detail chinois
Petite desillusion : nous nous rendons tres vite compte que, etant le week-end, nous ne pouvons demander un visa chinois a Singapour avant lundi. Or nous partons mardi apres-midi. Lorsque nous nous rendrons a l'ambassade chinoise pour demander un visa express en 1 jour, nous apprendrons que cette demarche est desormais impossible, et que nous n'avons pas le temps d'en demander un "normal". Mesaventure un peu irritante, puisque cela veut dire qu'il nous faudra le demander a Hanoi, juste avant de rentrer en Chine, et que si nous ne l'avons pas la ce sera une catastrophe. Je rassure Aglae : pourquoi aurions-nous des problemes a Hanoi ? (affaire a suivre)

Premiers jours a Singapour
Nous partons nous promener a Orchard Road, l'equivalent des Champs-Elysees du coin : meme luxe, memes voitures, meme foule. Les centres commerciaux luxueux sont les uns sur les autres.
Nous nous prenons sur le coin de la figure une sacree pluie, qui sera la caracteristique de Singapour : il y fait beau a peu pres une fois par mois, et il y pleut a peu pres toutes les deux heures. Si la temperature est elle plutot haute, cette pluie plus ou moins ininterrompue n'aide pas les habitants a garder le sourire !

Encore plus qu'a Bangkok, nous sommes dans une ville europenne, ou plutot une ville americaine : proprete des rues, grands immeubles, centres commerciaux partout, avenues a 8 voies. Ici la voiture est toute-puissante, meme si l'Etat fait payer tres cher des permis de posseder une voiture, afin d'endiguer la pollution. Il est plus facile de traverser la rue en passant par les passages sous-terrains ou aeriens des centres commerciaux, qu'en cherchant des passages cloutes, assez rares. Les voitures vont d'ailleurs a des vitesses ahurissantes, et on ne compte plus le nombre d'expats pris dans des accidents alors qu'ils essayaient de traverser la rue.

Controle - fric
J'imagine que vous brulez tous de me poser des questions sur le legendaire controle totalitaire exerce a Singapour : oui, c'est vrai qu'on ne peut pas macher de chewing-gum (et encore moins en acheter) ; oui c'est vrai qu'on risque une amende de 100 euros si on traverse a moins de 50 metres d'un passage cloute ; oui c'est vrai que si vous mangez ou si vous buvez dans le metro, vous devez payer une amende de 250 euros (Aglae m'a d'ailleurs souvent arrete a temps). Si vous crachez ou si vous urinez dans la rue, je n'ose meme pas imaginer ce qu'il se passe, je pense que vous recevez des coups de fouet en public, quelque chose comme ca.

Des que vous remplissez les formulaires de douane, de toute facon, s'installe une ambiance particulierement joyeuse. Y est ecrite la phrase suivante, en caracteres d'un rouge vif : "la possession ou le trafic de drogue est passible de la peine de mort".

Cependant, mis a part ces panneaux et ces annonces grandiloquentes, nous n'avons pas non plus ressenti quoi que ce soit de vraiment oppressant. Il parait aussi que le controle s'est un peu detendu : il est maintenant permis aux couples de se tenir par la main, peu de policiers sillonnent les rues, on voit des jeunes trainer dans la rue et ecouter de la musique, il n'y a pas de couvre-feu. L'ambiance etait nettement plus oppressante a Kathmandou, ou il n'y avait pourtant pas autant d'interdictions, mais juste un couvre-feu, des coupures d'electricite et des militaires partout.

Le seul roi de Singapour, vous l'aurez devine, c'est le dollar singapourien. Si Patrick Sebastien a son plus grand cabaret du monde, les Asiatiques ont a Singapour le plus grand centre commercial du monde - je veux dire que Singapour n'est qu'un seul grand mall. Dans cette ile, 10 millions de personne ne font qu'une chose de leur temps : faire du shopping. Comme a Las Vegas ou tout se trouve dans des casinos, ici tout se trouve dans des centres commerciaux. Vous voulez manger ? Allez dans un mall. Vous voulez voir une fontaine spectaculaire et celebre ? Allez dans un mall. Vous voulez faire du karaoke, aller au cinema ou dans un bar ? Vous avez besoin de voir un docteur, d'acheter des medicaments, de faire reparer un appareil photo ? Mais allez dans un mall ! Les seuls sites qui n'etaient pas dans des malls etaient Little India, Chinatown et le Merlion. Et si vous etes fatigues des malls, il y a des marches partout, ce qui revient au meme, la climatisation en moins.

En parlant de climatisation, les Singapouriens ne sont pas plus doues que le reste du monde pour la regler. Adeline nous explique rapidement qu'il faut toujours se deplacer avec un parapluie et un pull-over dans son sac, afin de contrer les agressions de la pluie et de la clim. En effet, les Singapouriens semblent associer avec plaisir les mots "interieur" et "congelateur".

Ces congelateurs, les Singapouriens les aiment a la folie : on trouve assez peu de gens se deplacant dans la rue, mais si vous rentrez dans un mall (il y a en a un tous les cent metres), vous trouvez une foule dense et affairee, qui rentre et sort de centaines de magasins plus ou moins chics. Les malls sont donc les veritables rues de Singapour, et nombre d'entre eux sont decores comme s'ils etaient des rues (exactement comme a Vegas, oui). Nous retrouvons avec tristesse toutes les marques francaises de vetements : mais pourquoi sommes-nous alles si loin, au fait ?

Je n'ose imaginer les gardes-robes des Singapouriens, qui doivent s'acheter des vetements tous les deux jours. Je me demande s'ils se changent plusieurs fois par jour, d'ailleurs, histoire de mettre tous leurs vetements au moins une fois par an.

Mais a Singapour, il y a aussi...
Le nombre infini de mall, qui tous se ressemblent comme deux gouttes d'eau, a beau etre la caracteristique la plus frappante, la plus fascinante et la plus triste aussi, Singapour ce n'est pas que ca. Des le premier jour, au detour d'une rue qui serpentait entre trois malls, nous sommes tombes sur une petite rue de charme, ou se trouvaient les maisons peranakan, vieilles batisses d'une ethnie chinoise installee depuis des siecles a Singapour. Un petit parfum colonial, mais d'un colonialisme chinois, se degageait de ces charmantes constructions en bois, perdues au milieu des gratte-ciel.

Autre decouverte de charme : les jardins botaniques de Singapour sont parmi les plus beaux et luxuriants du monde, climat tropical et humide oblige. Quel plaisir de se promener au milieu d'arbres d'une hauteur delirante, en plein milieu de la ville, et d'enchainer sur le Jardin des Orchidees, qui en contenait une bonne centaine de varietes differentes ! Douceur de vivre et kitsch bien singapourien - il fallait voir les plus beaux endroits du jardin botanique, affuble d'une grande pancarte "PHOTO SPOT !" nous obligeant a prendre des photos - il fallait voir les mariages qui avaient lieu la.

Fontaines a gogo
S'il y a d'ailleurs quelque chose de vraiment drole, question kitsch, c'est l'obsession des Singapouriens pour les fontaines. Celles-ci sont generalement releguees dans les centres commerciaux. Jamais je n'avais vu autant de fontaines de ma vie, et chacune se doit d'etre follement originale. Entre la fontaine des perles, ou un mecanisme transformait l'eau en grosses perles qui semblaient tomber au ralenti, et le Merlion, lion-sirene symbole de Singapour, dont la laideur est tout bonnement insurpassable, nous ne savons ou donner de la tete.

Le pire du pire, ou le mieux du mieux, est bien evidemment la Fountain of Wealth. Sise au beau milieu d'un centre commercial, il faut bien dix minutes de marche au milieu des Zara et des H&M pour atteindre la plus grande fontaine du monde. La, sous une musique rock dechainee, des centaines de Singapouriens de toutes origines (Malais, Chinois, thais, Indiens) font la queue pour aller faire le tour de la fontaine pendant 6 secondes, et faire des voeux de prosperite. Une armee d'agents de securite veille a ce que tout soit fait dans le bon ordre, avec le sourire. Le tout, en beton, est absolument disgracieux, mais tres drole. Il parait qu'a certaines heures, on peut y faire envoyer par laser des messages d'amour. Nous sommes visiblement passes a la mauvaise heure... diantre.

Non mais Singapour c'est aussi...
Singapour aura aussi marque nos retrouvailles avec les Indiens. Comme je l'expliquais deja dans mon message sur les langues, une tres large communaute d'Indiens du Sud (les tamouls) est presente sur l'ile. Une bonne partie est constituee d'immigres sans aucun droits, exploites pour les travaux les plus penibles, que les Singapouriens ne veulent plus faire (construction, nettoyage, etc); une autre est constituee d'anciens marchants plutot prosperes. Quel plaisir de retrouver ces saris colores, ces moustaches, cette langue !

Cote proprete, le mystere demeure : comment les Indiens, si sales (je vous renvoie a tous nos recits d'Inde), arrivent a s'empecher de cracher et d'uriner partout a Singapour ? Le mystere devint encore plus epais lorsque nous visitames Little India, au centre de Singapour : les rues sont propres et nettes, les restaurants reluisants, et il n'y a aucun enfant mendiant ! Nous trouverons cependant une vieille peau a piercing qui nous poursuivra en reclamant de l'argent, petit rappel des moments les plus repugnants de l'Inde. A part ca, nous devons nous reprimer de prendre les Indiens dans nos bras, mouvement instinctif qui nous fait realiser a quel point, malgre les degouts et les fatigues, l'Inde nous a marques a jamais.

Nous nous jetons dans un restaurant de cuisine d'Inde du Sud. O les dosas croustillants, les epices, la creme, les oignons ! O les sucreries a mille calories la bouchee ! Quel plaisir !

Food court toujours
Culinairement parlant, Singapour est un petit paradis dont nous aurons a peine le temps de profiter. On peut en effet y gouter de la nourriture malaise, indienne, chinoise ou occidentale. Les locaux prennent tous leurs repas dans des food courts, qu'Adeline s'empressera de nous montrer, pour notre plus grand bonheur. Il s'agit de grandes esplanades, parfois a ciel ouvert, parfois dans des malls, ou, autour d'un grand nombre de tables, sont repartis des restaurants, chacun proposant ses specialites. Cela permet a tous ceux qui mangent ensemble de choisir la nourriture qui leur plait. Les serveurs et ceux qui nettoient les tables sont payes par l'ensemble des restaurants.

Si le concept existe en France (notamment au Louvre), il n'y est jamais aussi systematique et interessant qu'a Singapour. Il fallait me voir me delectant d'un poulet laque au soja, pendant qu'Adeline et Aglae prenaient des soupes completement differentes : tres convivial, vraiment.

Attends Singapour c'est aussi...
A part la visite comique d'un musee d'art moderne tres nul, Singapour a surtout ete l'occasion pour nous de boire des verres a repetition. Apres avoir bu des verres avec des collegues de l'ecole d'Adeline dans un bar trendy, nous avons reitere l'experience seuls, en allant boire un Singapour Sling dans le mythique bar de l'hotel Raffles. C'est en effet dans ce bar, pour les incultes, que ce cocktail celebre a ete invente. (la recette de ce cocktail si doux pour ceux que ca interesse).

Boire un "Sling" au Raffles est bien entendu l'etape obligatoire pour les touristes, mais elle a son charme : serveurs tires a 8 epingles, ventilateurs de style colonial, decor furieusement colon. Surtout, les cocktails etaient de-li-cieux, et chaque client a a sa disposition un enorme pot de cacahuetes, dont il peut jeter les epluchures... par terre ! Cet endroit un peu chic, d'ailleurs surtout peuple de gros Allemands a casquettes, voit donc son sol jonche de pelures de cahouettes : quel plaisir regressif, dans une ville si obsedee par la proprete !

Dernier verre chic : le soir avant notre depart, Adeline nous emmenera, surprise pour Aglae (anniversaire oblige), en haut d'une des plus grandes tours de Singapour : un bar "panoramique" permet en effet d'admirer la silhouette nocturne de la ville, en sirottant de delicieux cocktails. Magique, car au 70e etage, nous sommes encore assez bas pour vraiment apercevoir les contours de la ville. Nous sommes en plein milieu du CBD, le centre des affaires, et la vue est epoustouflante. Nous restons de longues minutes, avant que l'arrivee d'un contingent de jeunes expats BCBG nous pousse a prendre la poudre d'escampette.

(merci encore Adeline pour ce super plan, et ce souvenir magique !)

Adeline nous promenera d'ailleurs pas mal dans les rues de Chinatown, dans des temples hindous ou bouddhiques - nous irons meme la voir dans son ecole, situee dans un immeuble de 30 etages, au-dessus de la Bibliotheque Nationale de Singapour. Bref, Singapour fut charmant, et nous requinqua pour nous attaquer a un gros morceau : le Vietnam !

Quant aux adieux avec Adeline, ils furent dechirants, mais neanmoins marques par l'absence de nouveaux passeports perdus : ouf !

(pour un rappel des equipements du terminal "low-cost" de l'aeroport de Singapour, je vous renvoie au message suivant)