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dimanche 28 juin 2009

Dans la steppe (3/3) Echec cuisant

5 mai

Nous nous réveillons très tôt car nous savons que nous devons faire une marche avec notre hôte jusqu'à un monastère qui a servi de décor pour un film. Nous allons faire notre habituelle toilette de chat, montrons que nous sommes réveillés : personne ne réagit. On nous apporte un maigre petit-déjeuner dans notre yourte. Affamés nous complètons avec nos Mars.

Toujours aucune trace de notre hôte. Le temps passe... Nous nous disons qu'il est peut-être allé soigner son cheval blessé et que nous ferons la balade un peu plus tard. Nous nous ennuyons mais n'osons pas nous éloigner du campement au cas où notre hôte arrive.

Nous passons la matinée à attendre, de plus en plus énervés. Nous sommes des fantômes, et à part la petite fille qui nous égaye un peu, les autres membres de la famille ne semblent même pas remarquer notre présence. On finit par nous faire déjeuner à toute vitesse à 11h, alors que nous n'avons évidemment pas faim. Le monsieur en jeep, celui qui nous avait déposé dans notre première famille, est arrivé. A 11h20 nous sommes dans sa voiture, fonçant à travers la steppe vers notre arrêt de bus.

Dans le bus qui cahote dans tous les sens, nous sommes dégoûtés. La troisième journée d'excursion se sera résumée à une longue attente. Les bons souvenirs de la veille ne suffisent pas à nous calmer. Nous avons à l'évidence fait un effort budgétaire qui n'en valait pas la peine. Les familles ont certes bétail à gérer, mais elles sont très bien indemnisées et ont été formées à s'occuper des touristes. Nous sommes scandalisés par leur manque total de considération. A part lors de notre balade à cheval, les êtres qui auront montré le plus d'intérêt pour nous ont été une petite fille, un chat et un poulain !

Dans la steppe (1/3) Un début mi-figue, mi-raisin

3 mai

Nous sommes super motivés pour notre excursion de trois jours dans la steppe. Nous avons bien compris toutes les règles de circulation dans une yourte, les gestes à ne pas faire pour ne pas attirer le mauvais oeil et nous nous sommes appliqués à essayer de prononcer la langue mongole - ce qui n'est pas une mince affaire. Pour ces trois jours qui sont le seul tour organisé que nous nous permettons du voyage, nous avons mis beaucoup plus de sous que d'habitude.

A Ulan Bator, nous avons même été entraînés (de force) à supporter le manque de confort qui nous attend : par un soir glacial et alors que je prenais tranquillement une douche déjà juste tiède, tout à coup la lumière s'éteint. Alors que je suis couverte de la tête aux pieds de savon et de shampoing, l'eau devient instantanément glaciale. Je suis bien obligée de me rincer mais j'ai si froid et je tremble tellement que j'ai du mal à contrôler mes gestes. Charly, alerté par mes cris mais plongé dans l'obscurité complète, mettra un certain temps à venir me chercher avec une lampe de poche.

Nous nous sentons donc fin prêts et sommes très impatients !

Nous préparons nos sacs en veillant à prendre des Snickers et des Mars - pour palier à la nourriture mongole réputée pas très bonne- et à ne pas oublier nos sacs de couchages pour ne pas mourir de froid la nuit.

Nous partons à l'aube. Un peu endormis nous faisons l'expérience des taxis en Mongolie. En fait il n'y en a pas, chaque voiture qui passe est potentiellement un taxi qu'on peut héler. Une grande confiance règne et des gens en voiture en déposent d'autres contre une somme modique. Nous attendons deux secondes immobiles sur le trottoir de la grande rue de la ville et la première voiture qui arrive s'arrête. Le chauffeur n'a pas l'air d'un psychopathe. Nous lui montrons le lieu d'où part le bus (écrit en mongol) et lui proposons le prix que nous a conseillé l'agence. Il accepte.

Il conduit à toute vitesse et sa voiture est tellement vieille qu'on a l'impression qu'une roue ou une porte va se décrocher à chaque nid-de-poule. Nous arrivons heureusement sans problèmes devant une station-service qui sert aussi de gare routière. L'agence a pris les billets de bus pour nous, c'est plus simple que d'habitude!

Le bus sort rapidement d'Ulan-Bator. Il est rempli de Mongols étonnés de nous voir mais trop timides pour nous regarder avec insistance (ça change des Chinois!). La route est au début goudronnée, ce qui génère chez nous un espoir naïf. Espoir déçu au bout d'une vingtaine de kilomètres, quand la route se transforme en un tas de graviers laissant penser qu'il y a des travaux et qu'un jour elle continuera. En attendant ce jour heureux, les bus empruntent des pistes défoncées et presque invisibles dans la steppe, routes qui longent la route en travaux. Ca secoue dans tous les sens, le tout agrémenté de clip diffusés à la télévision. Le rap mongol, style "Ouais, gros, viens dans ma yourte!" nous fait bien rire. Par contre la pop mongole interprétée par des chanteuses au look de poufs russes nous saoule rapidement.

Par la fenêtre, c'est la steppe jaune-verte à perte de vue. Au pied des collines on voit de temps à autre des yourtes. On traverse même des espèces de villages avec maisons en bois le long de l'unique rue, style Far-West.
La pause-pipi est une familiarisation brutale avec l'impudeur mongole. Pourtant, après la Chine on pensait être blindés. Dans la steppe, il n'y a pas de buissons pour se cacher, soit. Mais les gens ne prennent même pas la peine de s'éloigner et s'accroupissent non loin du bus, vaguement cachés par leurs grands vêtements amples. Le pire, c'est que nul ne semble connaître l'existence du papier toilettes. Nous réévaluons alors l'hygiène des Chinois qui au moins en avaient toujours sur eux.

Après 6 heures de trajet, nous arrivons au lieu indiqué par l'agence, et sommes récupérés par un homme en jeep qui nous dépose dans notre première famille d'accueil. La voiture file à travers la steppe sur une piste parfois invisible. Nous sommes au milieu de nulle part et pourtant, nous finissons par déboucher sur deux yourtes jouxtant un enclos pour les animaux : c'est notre maison pour la nuit !


Nous faisons la connaissance de la famille: le père, la mère, leur fille et son mari, et leur plus jeune fils, qui va encore à l'école. Leurs deux autres fils font leurs études loin d'ici. Nous réussissons à articuler "bonjour!" en mongol et veillons à entrer dans la yourte dans le bon ordre, puis à aller vers la gauche et surtout pas vers la droite, à ne pas nous assoir dos à l'autel, à laisser Charly près du maître de maison, etc. Nous sommes un peu intimidés.

Au début, la famille fait beaucoup d'efforts. On nous offre le traditionnel thé au lait salé de bienvenue. Il faut absolument tout boire d'un trait avant de reposer sa tasse. Certains connaissent mon amour démesuré pour les laitages... mais je passe l'épreuve. Nous utilisons les quelques mots de mongol que nous savons, montrons des photos de nos familles. Ils nous montrent les leurs.
Le repas est à notre grande surprise bon : des pâtes sautées au mouton et aux légumes, cuisinées sur le grand foyer au centre de la yourte. La seule chose horrible ce sont les laitages : des "choses" ressemblent à des biscuits avec un trou au milieu mais s'avèrent être des fromages qui sèchent sur une ficelle accrochée aux poutres de la yourte, ou pire une espèce de bouillie mi-molle, mi-dure faite avec du lait et qui ressemble à du vomi. Heureusement, nous ne sommes pas obligés d'en manger ! Charles, comme d'habitude, semble s'en satisfaire.

A le repas, tout le monde disparaît très vite pour vaquer à ses occupations. Nous ne savons pas trop quoi faire, restons dans la yourte puis nous promenons un peu aux alentours. Finalement, le mari de la fille vient nous chercher afin que l'on fasse une promenade en chameau, comme prévu sur notre programme.
Les chameaux sont spectaculaires avec leur grosse fourrure. Ils sont en train de la perdre car l'été approche. Il faut s'accrocher car ça tangue beaucoup. Nous sommes contents comme des gamins !



Notre guide monte un tout petit cheval et sifflote, autour de nous les steppes se déroulent à l'infini. C'est magnifique ! Au bout d'un quart d'heure, nous arrivons à un point d'eau où sont rassemblés les animaux de la famille : une foule de moutons et de chèvres, mais aussi de jolis chevaux. Nous sommes au printemps et il y a beaucoup de bébés. Nous mettons pied à terre.



Après cette pause qui repose nos genoux endoloris, nous repartons. Il faut savoir que les Mongols montent chevaux et chameaux avec des étriers très courts, ce qui est très dur pour nos genoux non habitués. Nous regagnons notre campement au rythme chaloupé du pas des chameaux.

Je suis un peu étonnée car d'après le programme, nous devions aller jusqu'à un lieu de culte et la promenade devait être beaucoup plus longue. Charly, une fois descendu du chameau qui l'amusait beaucoup, commence à s'énerver. Toujours aucune trace du reste de la famille. Nous sommes posés là, près des yourtes avec l'impression de déranger. Le beau-fils nous fait signe que nous pouvons dormir si nous voulons ! Il est 16h.

Nous allons faire un grand tour pour nous changer les idées. La beauté du paysage me permet de garder ma bonne humeur, mais ça marche moins bien pour Charly. Nous finissons par nous assoir sur un rocher et par écrire. Nous sommes tristes que ça ne se passe pas comme nous l'imaginions.

Le soir tombe. Nous rentrons dans la yourte principale et faisons des dessins sur notre carnet pour pouvoir expliquer notre voyage à la famille qui nous accueille. Une chatte enceinte ronronne sur nos genoux. Nous nous disons que nous allons faire des efforts. C'est alors que la fille déboule avec des assiettes : c'est notre dîner que nous mangerons seuls. La famille mange dans l'autre yourte. Nous nous demandons si nous avons fait quelque chose qui les aurait vexé sans le vouloir. Mais non, nous avons bien respecté toutes les règles de politesse. D'ailleurs ils avaient l'air de s'en ficher.

La fille et son mari ne reviendront dans notre yourte que pour se coucher, sans un mot. Nous faisons de même, énervés pas leur indifférence pour des hôtes qu'ils ont acceptés d'accueillir afin d'obtenir un (très bon) revenu supplémentaire.

Nous nous endormons en espérant que demain, la deuxième famille s'occupera un peu de nous.

samedi 27 juin 2009

Les bouddhas de l'industrie


29 avril

Malgré le train un peu pourri, nous dormons comme des loirs pendant les quelques heures de trajet qui séparent Pékin de Datong. Nous arrivons encore une fois aux alentours de 6h. A notre grande surprise, à la sortie de la gare nous attend un employé de CITC (l'Office de Tourisme Chinois, une société semi-privée qui prend aussi en charge la vente des billets de Transmongolien).

C'est un homme affable, parlant un anglais parfait, qui nous remet contre paiement nos chers billets de Transmongolien. Il essaie aussi de nous vendre une visite guidée des grottes bouddhiques de la ville ("non") et nous propose de mettre nos bagages dans un hôtel "partenaire" ("ah oui"). Nous le suivons donc jusqu'à un hôtel assez miteux de Datong, qui semble être une minuscule ville pas du tout moderne. Nous sommes bien contents de laisser nos bagages contre une somme modique.

Nous sommes dans une vraie ville chinoise, aussi il n'y a aucun endroit pour prendre un petit déjeuner décent. Nous trouvons une vague supérette, dans laquelle nous achetons des "milk tea" en poudre. Cela faisait un certain temps que nous hésitions à essayer ces préparations de thé au lait lyophilisé.

Nous en choisissons deux, un goût café, et l'autre goût chocolat (mais nous nous trompons de paquet, et le prenons goût pêche). Le problème, c'est que nous ne savions pas qu'en réalité, il s'agit de Bubble tea, c'est-à-dire de thé au lait avec des boules gélatineuses de tapioca. Le mélange est lourd et indigeste. Nous en réchappons difficilement.

Ville industrielle

Notre long trajet dans un bus local, depuis la ville de Datong jusqu'au complexe de grottes bouddhiques, nous permet d'apercevoir une ville en Chine. Bien évidemment, avec autant de produits Made in China, il faut bien les villes industrielles qui vont avec. Datong en est une. Dans le bus, que des visages burinés et des mains calleuses d'ouvriers illettrés chinois. La plupart sont trop épuisés ou trop abrutis par leur travail pour remarquer notre présence. Tous se rendent au travail, déjà fatigués de la journée qui les attend.

La ville de Datong semble être de couleur unie : tout y est fait de briques orange, type de paysage quasiment disparu aujourd'hui en France, à part peut-être dans le Nord ou dans les Ardennes.

Des grottes, des grottes et des grottes

Je me doute que la perspective d'aller visiter des "grottes bouddhiques" n'est pas forcément très glamour. Mais il y en a un paquet en Chine et nous n'en avions toujours pas vus. Il était hors de question, après tant de témoignages de la culture bouddhiste, de passer à côté de cette forme primitive de la religion.

En réalité, les grottes de Datong, qui datent du Ve siècle, ne sont pas à proprement parler des "grottes". Il s'agit plutôt de niches creusées dans une façade de pierre, côte à côté. Les plus grosses contiennent des statues gigantesques de Bouddha, un peu comme celles que les talibans avaient fait exploser en Afghanistan.

Les gigantesques Bouddhas de pierre, dont le visage émerge difficilement de la pénombre de leurs grottes, dégagent une mystérieuse beauté. Ils sont immenses sans pourtant être écrasants et posent sur l'humble touriste un regard bienveillant. On a l'impression qu'ils sont ici à méditer depuis une éternité.

Par ailleurs, la peinture sur beaucoup de bas-reliefs sculptés a miraculeusement tenu jusqu'à nos jours. Ce qui les rend plus vivantes, plus émouvantes que beaucoup de celles que nous avons jusqu'ici vues :


A noter aussi, une étrange et grande statue de Bouddha, qui ressemblait paraît-il au souverain de l'époque, lequel ne brillait sans doute pas par sa beauté :

Départ en Transmongolien
Une fois rentrés à Datong, dernier déjeuner dans un restaurant local, où les serveurs nous regardent pendant tout le repas avec de grands yeux ronds, rejoints par des clients policiers qui ne toucheront pas à leur assiette, hébétés par notre présence dans ce restaurant. Nous faisons un festin en utilisant la technique maintenant rodée du "donnez-moi ce qu'il y a dans l'assiette de ce client, monsieur".

Après une attente un peu mélancolique sur la grand-place devant la gare, tout en mangeant des glaces chinoises (valent une bouchée de pain, probablement faites à partir de lait Sanlü frelaté), nous nous décidons à récupérer nos bagages, et à prendre ce satané train direction la Mongolie.

Une fois dans la gare, surprise un peu flippante : notre train n'apparaît pas sur le panneau d'affichage ! Dans un coin de la gare, derrière une vitre, un policier chinois semble contrôler on-ne-sait-quoi. En l'absence d'un bureau de renseignements, Aglaé et moi, un peu stressés, montrons notre billet de train au monsieur, en demandant "Zai nali ?" ("?"). Il nous demande de faire le tour. Nous rentrons dans son bureau, il s'empare de nos billets, nous demande quelque chose.

Ah oui, nos passeports. Il s'en empare, et se plonge dans une lecture méditative, passionnée, légère, de nos précieux documents. Il semble faire une vérification, ou plutôt occuper son ennui. Les yeux d'Aglaé deviennent ronds : mais qu'est-ce qu'il fait ?

Nous lui répétons en choeur : "Zai Nali, zai nali ?", croyant qu'il n'a pas compris que notre train allait partir dans 5 minutes. Il ne nous écoute même pas. Nous paniquons littéralement. En choeur, en français : "mais qu'est-ce qu'il fout cet abruti de flic ?".

Heureusement, il ne parle ni anglais, ni français, ni rien. Finalement, un autre homme vient le rejoindre, et lit aussi le passeport. Sans échanger un mot, ils se lèvent, et nous font signe de les suivre. Ils croisent une dame de ménage, lui demandent quelque chose. Elle part en courant dans un sens. Les types assurent. Nous continuons à les suivre, jusqu'à une porte verrouillée par un cadenas, qu'ils ouvrent uniquement pour nous. Nous arrivons sur les quais et les suivons dans un sous-sol, jusqu'à aboutir à un autre quai. Ce dernier est vide, à part 7 ou 8 autres hommes en costume militaire (ou policier ?) (ou juste un costume du personnel de la gare ?), qui attendent, sans bouger un muscle.

Nous ne sommes pas sûrs de comprendre. Notre train va vraiment arriver là ? Nos guides nous demandent de rester à notre place et d'attendre. Au bout de quelques minutes, un magnifique train arrive. Une locomotive verte et rouge, surmontée d'une énorme étoile rouge, pénètre avec des craquements formidables dans l'enceinte de la gare. Accrochée à elle comme la traîne d'une étoile, un petit nombre de wagons d'un vert sombre, chacun portant en cyrillique et en chinois les indications "Pékin --> Oulan Bator". Le train s'arrête, nous montrons nos billets à l'homme qui sera notre chef de wagon jusqu'à Oulan Bator. Il nous fait signe de le suivre, et une minute après nous voilà partis.

Nous avons eu un cortège d'une douzaine de militaires (ou de policiers ?), en casquettes rondes et en costume, uniquement pour que nous, deux petits voyageurs français, puissions monter à bord du Transmongolien.

On appelle ça un départ en fanfare !

vendredi 26 juin 2009

WAAAAAAOUUUUUUU ! (La Grande Muraille de Chine)


26 avril

On l'attendait avec impatience, on craignait les légendaires nappes de brumes qui l'entourent, mais ce matin là, le soleil était radieux pour notre excursion à la Grande Muraille !

Nous partons très tôt pour ne pas avoir à la parcourir au pas de course. Nous trouvons facilement un minibus qui peut nous déposer en cours de route non loin de la muraille. Nous connaissons les prix et ce n'est pas du tout celui qu'on nous annonce.

Je soupire : ah non, c'est pas vrai, on se croirait au Vietnam ! L'heure matinale ajoute à mon exaspération. Heureusement, Charly garde son sourire et parvient à bien négocier.

Nous réussissons à sauter au bon endroit, c'est-à-dire à Jing Shan Ling, le point d'entrée de la Muraille le plus éloigné de Pékin. En effet, il en existe de plus proches, mais ils sont bondés et outrageusement restaurés. Celui que nous avons choisi est le plus sauvage et surtout le point de départ d'une randonnée sur la muraille jusqu'à un autre point d'entrée : Simataï.

Un paysan du coin fait taxi avec sa voiture et nous emmène jusqu'au guichet d'entrée, à quelques kilomètres de la route principale. Nous savons déjà que notre projet de randonnée est synonyme de racket: il faudra payer trois fois pour la même muraille: un billet d'entrée tout de suite, le droit de passage sur un pont suspendu, et encore un autre ticket car Simataï, à la fin de la randonnée, se situe dans une autre province ! Le Routard s'insurge contre ses pratiques, nous sommes prévenus et décidons que rien n'entamera notre bonne humeur, pas même la rapacité des Chinois.

Nous commençons à gravir une colline. Pour l'instant, la Grande Muraille est encore invisible. Après une rude montée, nous nous retrouvons dans une tour de garde et c'est l'émerveillement. J'avais peur d'être déçue, mais non, c'est incroyable. On peut suivre le "serpent de pierre" à perte de vue sur les crêtes des collines. Je bondis de joie. Je réalise pleinement que je suis en Chine, ce pays qui voulait dire "très très loin, à l'autre bout du monde" quand j'étais petite. Ce qui me paraissait inaccessible est devenu réalité. Je me rêvais globe-trotteuse et j'y suis. Pour de vrai! Cette "révélation" me remplit de bonheur pour la journée.


Nous commençons alors notre merveilleuse balade sur la muraille. Dès que l'on s'éloigne du point d'entrée, nous sommes absolument seuls. De tour de garde en tour de garde, nous dominons des collines arides et escarpées. La muraille monte et descend pour suivre la crête et la pente est parfois extrêmement raide. Nous faisons des petites haltes pique-nique sur le toît des tours de gardes, c'est un vrai plaisir.



Selon les endroits la muraille est en plus ou moins bon état, il faut vraiment faire attention où on met les pieds! Certaines tours de gardes ont été parfaitement restaurées, d'autres tombent en ruine. Nous marchons d'un bon pas, nous prenant pour de courageux soldats montant la garde contre les envahisseurs de Nord. Les gardes de la tour étaient vraiment au milieu de nulle part, je pense au livre de Buzzati, "Le désert des Tartares".

Une absurdité ironique se dégage de cette portion de la muraille, érigée sur la crête de montagnes de toutes façons infranchissables par la moindre armée (même les chèvres auraient du mal à passer par là).

Régulièrement des vendeurs d'eau fraîche surgissent de nulle part, comme des diablotins jaillissant de leur boîte. Ils représentent une tentation épouvantable, car il fait vraiment chaud, et nous sommes en nage ! Heureusement nous avons de quoi faire un pique-nique.

A un moment, nous débouchons sur un tournage, sûrement d'un des nombreux clips de pop chinoise où figure ce symbole national. Nous attendons l'autorisation de passer puis arrivons au but de notre promenade (après avoir repayé): Simataï. Nous ne sommes plus vraiment seuls mais la muraille est ici encore plus raide qu'ailleurs. C'est très impressionnant pour nos yeux et un peu dur pour nos jambes!


Après toutes ces heures à crapahuter sur la muraille, il faut maintenant rentrer à Pékin. Le prochain bus part du parking dans 2 heures. Nous n'avons pas envie d'attendre. Nous décidons, un peu inconsciemment, de partir à la recherche de la mystérieuse gare routière mentionnée par le Routard. Peut-être que des bus en partiront plus régulièrement.

Nous rencontrons un jeune Belge venu en Chine perfectionner son kung-fu et l'embarquons dans cette expédition aventureuse. Au bout d'une demi-heure de marche sur une route qui serpente, nous concluons que la gare routière dont parlait le Routard devait en fait être le parking... Nous ne laissons pas abattre et nous disons qu'au pire on attrapera au vol le bus de 17h, celui que nous n'avons pas voulu attendre.

De gros camions s'arrêtent prêts de nous, visiblement étonnés de voir des touristes marcher le long de la route. Certains chauffeurs sont même prêts à nous emmener au croisement avec la route de Pékin, mais ils n'ont pas de place pour trois. Ce qui est moins drôle c'est qu'un bus passe devant nous et ne s'arrête pas à nos signes... Notre plan d'attraper le bus de 5h pourrait bien tomber à l'eau. Nous sentons une certaine panique chez le Belge, qui commence vraissemblablement à regretter de nous avoir suivis.

Nous passons sous un immense pont en construction avec des ouvriers partout. Sûrement encore une autoroute. Nous en avons vu au moins une cinquantaine en train d'être construites depuis notre arrivée en Chine. Cela fait une heure et demie que nous marchons et nous n'avons toujours pas atteint le croisement avec la grande route menant à Pékin.

Deux bus nous snobent mais un troisième finit heureusement par s'arrêter. Apparamment un bus local : zéro touristes en provenance de la Muraille dedans. Nous demandons d'un air inquiet à notre voisine s'il va dans la bonne direction, elle nous répond, en anglais, qu'il faudra juste faire un changement à la première gare routière.

Le trajet est long. Nous sommes étourdis par le soleil et notre longue marche, mais ravis de notre journée !

mardi 23 juin 2009

De Qingdao à Shanghai : une arrivée classiquement catastrophique

Autant notre première arrivée sur territoire chinois, deux semaines plus tôt, s'était plutôt bien déroulée, malgré des problèmes de taille (nous n'avions pas de téléphone et il fallait joindre Silvia, etc), autant notre seconde arrivée en Chine était plutôt... bizarre.

En raison des changements et surprises des compagnies de bateaux, nous avions, comme je vous l'avais raconté, pris un bateau de Shimonoseki, obscur port japonais, vers Qingdao, grande ville chinoise assez peu connue. Qingdao étant grosso modo située entre Shanghai et Pékin, notre but était de rejoindre cette première le plus vite possible, car c'est originellement là que nous voulions aller.

En débarquant du bateau, il nous fallut donc nous précipiter vers la gare routière de la ville. Nous rencontrons sur le chemin un paquet de gens qui veulent absolument nous loger dans leur hôtel, et qui nous poursuivent avec des photos de chambres. Nous refusons poliment, mais leur demandons le chemin.

Demander son chemin : à éviter en Chine dans les endroits passants. Car, la curiosité des Chinois aidant, vous risquez vite de vous retrouver entouré d'une marée humaine, chacun discutant de la question, des pours, des contres, des pourquoi (en chinois). Nous rions beaucoup de l'attroupement, mais sommes un peu gênés aussi de toute cette attention. Une femme nous suivra jusqu'à la gare routière, en nous parlant en chinois, et en répétant "Shanghai, Beijing" en continu. Nous ne saurons jamais si elle voulait nous aider ou nous vendre un truc. Nous sommes un peu décoiffés par la brutalité des moeurs chinoises, que la douceur des japonaises nous avait fait un peu oublier.

Rebelotte à la gare routière, on nous saute dessus dans tous les coins, tout ça sent l'arnaque, mais au guichet, c'est le même prix qu'on nous annonce. Le bus-couchette part immédiatement, nous n'aurons pas le temps de boire une fameuse bière de la ville.

Une bière de la ville ? Fameuse ?

Eh oui en chinois Qingdao se prononce plus au moins Tsingtao, comme la bière qu'on trouve dans tous les restaurants chinois et japonais de France. Qingdao était en effet un ancien comptoir allemand : la ville conserve paraît-il beaucoup de son héritage architectural allemand, mais garde aussi de cette époque une brasserie qui est devenue une réussite économique.


Pourquoi tant de haine ?
Le bus est un des pires que nous avons pris en Chine : odeur pestilentielle, inconfort, et toujours les inénarrables films à la noix qui passent sur la télé (cette fois-ci c'est un film de cape et d'épée chinois, mortellement ennuyeux). Ce qui est horrible, c'est que nous sommes censés avoir un voyage long de 18h, et que nous ne savons pas comment nous allons tenir tout ce temps, allongés sur ces couchettes. Par chance cependant, le coucher de soleil au moment où nous montons dans le bus est magnifique, et nous sommes allongés côte à côte. Aglaé craque un peu car sa migraine persiste.

Moins drôle, nous sommes obligés de survivre sur les biscuits qu'il nous reste du voyage en bateau, car nous n'avons déjà plus de yuans (monnaie chinoise) : nous voulions attendre les HSBC de Shanghai pour retirer de l'argent, et pensions pouvoir tenir avec les billets qu'il nous restait de notre précédent passage en Chine. Or le bus coûtant deux fois plus que prévu, il ne nous reste vraiment pas grand-chose !

A un arrêt nocturne, où nous pourrons nous soulager dans des toilettes tellement sales que les hommes y urinent depuis l'extérieur (porte ouverte, pour ne pas avoir à rentrer), nous rassemblons nos derniers yuans pour nous acheter le seul truc passable en vente (c'est-à-dire qui n'est pas de l'immonde viande séchée aromatisée), à savoir des biscuits ruisselants d'huile cancérigène.

Erreur de calcul
Nous nous étions couchés en espérant dormir le plus longtemps possible pour éviter de supporter ce trajet. Nous sommes réveillés en sursaut, en pleine nuit. Le chauffeur et deux membres de l'équipage nous regardent en riant, et nous disent de descendre. Bien habitués à ce genre d'arnaque (typique en Inde, typique au Vietnam), qui consiste à faire descendre les gens par cruauté, ou plus souvent pour qu'ils prennent un taxi, nous refusons de descendre.

Ils ne parlent pas anglais, mais nous répètent qu'ici c'est Shanghai. Nous voyons bien un taxi passer (ce qui signifie a priori que nous sommes dans une grande ville), mais non, cette rue vide et minable et moche et sale, ça ne peut pas être la belle Shanghai étincelante ! Et pourquoi ne sommes-nous pas dans une gare routière ? Il y en a plusieurs à Shanghai !

Nous refusons de comprendre pendant longtemps, nous leur demandons de nous situer sur des plans de Shanghai, etc. Mais ils semblent tous s'entendre, passagers comme chauffeurs. Pourtant, ces sourires, qui s'avèreront être des sourires curieux et amusés, nous font croire qu'on se moque de nous. Nous finissons par descendre, interloqués aussi qu'ils ne se soient pas énervés ou emportés (alors que nous retardons leur trajet), récupérons nos bagages, et n'arrivons toujours pas à croire que nous sommes peut-être près de la gare de Shanghai. Le trajet a seulement duré 10h en 2009, au lieu de 18h en 2007!

Il est 5 heures du matin, et lorsque le jour commencera à venir, il n'apportera au départ que du gris. C'est le début d'une journée particulièrement nulle, peut-être la plus nulle du voyage.

vendredi 24 avril 2009

Hollande, Tibet et the chinois - Retour a Lijiang

18 mars

Mine de rien, le bus qui repart vers Lijiang nous ramene assez tot - plus que nous l'avions prevu. Nous avons donc un certain temps devant nous avant notre bus de nuit pour KunMing. Une fois nos bagages recuperes, nous essayons de trouver un cybercafe, toujours pour vous tenir au courant.

Nous nous attendions a la meme furie dans des locaux un peu cradocs qu'au Vietnam. Que nenni ! Meme si les entrees sont souvent glauques, a l'interieur les cybercafes chinois ressemblent a des open-spaces. Des milliers d'ordinateurs, des sieges en cuir (toujours), des systemes complexes (on paie un forfait, genre plusieurs heures a la fois, et on nous rembourse en fonction de combien on a depense, enfin le truc facile a expliquer a quelqu'un qui ne parle pas chinois), un fond musical doux, des ecrans plus larges que les Champs-Elysees, du materiel de folie. Et des prix qui varient enormement, en fonction du cafe, mais dans un cafe, en fonction de la salle qu'on prend (et j'imagine de la puissance des ordinateurs). La-dedans un monde fou, quelle que soit l'heure ou vous venez, et des gens tres calmes : des jeunes surtout, mais pas que des garcons. Ca joue, ca chatte, ca passe des apres-midi et des nuits entieres a glander.


Quant a nous, nous finissons par nous faire comprendre, nous installons devant les plus beaux ordinateurs du monde, et remarquons qu'une jeune femme vient nous servir du the en permanence. C'est gentil, c'est mignon, d'autant que la fille se precipite pour remplir ma tasse des que je l'ai finie. Le probleme, c'est que j'applique toujours la technique "plains ton verre vide, vide ton verre plein" ! En verite, si j'ai un verre rempli de liquide, eau, the ou biere, j'ai tendance a le vider sans trop faire attention, surtout si je suis concentre sur autre chose (ici, les messages a ecrire). Ajoutez a ca une fille qui me remplit des que j'ai fini mon verre, et vous obtenez une situation aberrante, ou je vide une quinzaine de verres de the et vais consequemment aux toilettes 4 fois en une heure a peine.

Passons sur ces details renaux, l'essentiel etant notre enchantement face a ce retour en force de la civilisation depuis notre entree en territoire chinetoque.

Encore ?

Nous decidons de nous faire plaisir en retournant dans ce petit resto tibetain qui nous avait enchante le premier soir. Je tente une galette de pate non cuite de farine de froment et de fromage de yak. J'avais peur d'un gout etrange ; je suis decu par l'absence de saveur de ce qui ressemble a un sandwich au pain.

Le plus drole, dans notre retour dans ce restaurant, mis a part les trognes qu'Aglae fait lorsqu'elle voit arriver son gateau au chocolat, c'est que nous retrouvons une nouvelle fois nos chers Hollandais. Encore eux ? Blagues type "vous nous suivez ou quoi ?", ah ah on se marre bien. Nous parlons peu, n'ayant peut-etre pas grand-chose a se dire, mais ca fait plaisir de les revoir.

En sortant, l'estomac tendu au possible, nous disons adieu a la pagode-ecran-geant de la place des Roues a Aubes, et prenons le bus de nuit pour KunMing. Nous luttons avec peine contre l'odeur de pied immonde qui s'en degage, et regardons jusqu'au bout sur les teles du bus une comedie romantique chinoise a laquelle bien sur nous ne comprenons pas les dialogues piquants. Imopssible d'y echapper par contre, le volume etant semble-t-il coince sur FORT. Pendant que je m'endors doucement, fatigue par toutes ces aventures sportives, je vois dans une brume de film qu'il raconte l'histoire d'un cuisinier chinois qui essaie de faire manger des plats francais a ses compatriotes, a qui toute cette gastronomie donne envie de vomir. Il y a des larmes et des gens qui s'embrassent. Beaucoup de grimaces aussi. Je m'endors... Demain KunMing 2, le Retour !

vendredi 17 avril 2009

Voyage vers Naxi Land (Lijiang)

(parfois avec Aglae nous revons de pouvoir mettre le son du cybercafe pendant que vous lisez les messages : la c'est de la makina chinoise, c'est... interessant)

15 mars

Tout commence par le voyage depuis Dali. Nous sommes un peu deprimes, il faut le dire, par ce que nous venons de voir, et par le fait que nous avons peu profite des environs de Dali. Fatigue du voyageur, aussi, bien entendu, insidieuse et vicieuse. Mais a peine nous elevons-nous au-dessus du grand lac qui tapisse le fond de la vallee de Dali, que notre point de vue (a tous les sens du terme) change de perspective.

La route monte fort, et nous transporte rapidement vers des sommets splendides. Jaune de la roche, rouge de la terre, vert des feuilles, le tout lie par la lumiere d'or du Soleil Couchant. Des paysages inoubliables, qui paraissaient moins betes que la, au moment d'essayer de les decrire.

Cette lumiere est la plus douce possible, et croiser toutes ces maisons blanches traditionnelles nous fait vite oublier nos griefs contre Dali : contre rien au monde nous n'aurions echange ce long moment de coucher de soleil.

Bien sur, il faudra se taper un arret pipi au milieu de nulle part, avec des toilettes ou toute l'horreur du monde semble s'etre concentree. Dur pour les narines.

A un moment nous nous arretons dans une station service. La nuit s'est deja posee sur notre minibus, et nous sentons que Lijiang n'est plus tres loin. Un monsieur de la cinquantaine se leve, s'etire, et me prend a partie en chinois :
- Faguo ? (France?)
- Shi ! Faguoren ! (oui, Francais) reponds-je, etonne qu'il ait reconnu notre langue, qui doit paraitre semblable a tous les idiomes europeens pour un Chinois.

Le type n'en peut plus, croit que nous le comprenons, et se lance dans un long monologue a notre intention, ponctuee de silences qui doivent correspondre a des questions (impossible d'y repondre pour nous). Les autres passagers du bus sont regulierement morts de rire - il doit y avoir des blagues chinoisement hilarantes. Mais ce n'est pas du tout aggressif, enfin ca n'en a pas l'air. Il semble qu'a un moment le type parle de vin, de vin francais, mais nous ne pigeons pas un mot de ce qu'il raconte.

Et les Cantonais la-dedans ?
L'arrivee a Lijiang est rude. Il fait un froid de fou, nous savons que nous sommes loin de la vieille ville, et nous ne savons pas quoi dire a un eventuel taxi. Nous sommes prets a tenter l'aventure a coups de phrases empruntees au guide, lorsqu'une des passageres du bus, la plus jeune, la plus timide, nous aborde dans un anglais assez hesitant. Elle nous demande ou nous allons. Elle y va aussi. Je propose de partager un taxi. Elle refuse. Ah. Une minute apres, elle propose qu'on partage un taxi (elle n'avait donc rien compris a mon angliche).

Nous voila donc dans un taxi de Lijiang. Notre amie nous apprend qu'elle vient de Canton. Quant au chauffeur, c'est en realite une femme de la quarantaine, mince, sure d'elle, cheveux courts... Une Naxi ?

Petit topo sur les naxis a l'usage des non-anthropologues
Il faut dire, la lecture du Guide du Tocard nous avait auparavant renseigne sur les Naxis. Attraction secondaire de Lijiang, ville qui les represente majoritairement, les Naxis sont une ethnie de Chine assez intrigante. D'abord parce qu'il s'agit de l'un des tres rares groupes matrilineaires au monde, c'est-a-dire que les femmes y sont les maitres : elles choisissent librement leurs amants, les hommes vivent toute leur vie chez leur mere et les enfants portent donc le nom de leur mere, qui est leur pere ne compte pas. Ensuite parce que les Naxis sont le seul groupe a disposer d'une ecriture hieroglyphique (encore en activite). Charmante ecriture que nous decouvrirons dans les rues de Lijiang, le lendemain, et qui ressemble a s'y meprendre aux bons vieux hieroglyphes egyptiens (oiseau-soleil-pont pourra vouloir dire toilettes).

Cette femme, independante et souriante, qui conduit son taxi avec l'attitude de Marcel le routier, et qui nous apprend des mots en langue naxie, est donc une digne representante des vieilles Naxis. Sauf qu'elle n'est bien sur pas habillee du costume traditionnel, grande cape avec des motifs d'etoiles, de soleils, d'yeux, etc. Costume que nous verrons plus souvent le lendemain en parcourant la ville.
La langue naxie est d'ailleurs aussi feministe que l'organisation sociale: si on met le mot "pierre" au masculin il signifie "caillou", si on le met au feminin il signifie "rocher"!

Couleurs et lumieres a NaxiLand
Le taxi nous depose a quelques centaines de metres de la vieille ville, interdite aux voitures. Nous disons au revoir a notre Cantonnaise, puis quetons un endroit ou dormir. L'entree dans la vieille ville est absolument grandiose. Une gigantesque place, un monde fou, des groupes en drapeau, musique traditionnelle a fond.

Une mini-pagode supporte un ecran geant a 4 cotes, qui retransmet en continu des danses populaires naxies et des images de la region. Il y a un KFC dans une maison traditionnelle chinoise. Plus loin, un trou dans le vieux bois laque d'un batiment abrite un distributeur automatique de billets. Je m'attends a tout moment a voir des peluches Mickey.

Foin d'ironie facile : derriere tout ce fabrique, ce bref apercu de Lijiang de nuit est enchanteur. Les vieilles maisons sont tres bien eclairees, faisant ressortir leurs tons bruns, oranges et rouges. Une grande roue a aubes tourne dans le vent, pour la joie des petits et grands. Mais c'est terrible, tout a toujours l'air aussi (joliment) faux.

Nous ressortons de la vieille ville, pour un peu en faire le tour, et arriver par des rues plus calmes, ou nous cherchons des pensions. Il y en a absolument partout, et apres en avoir croise 5 en dix metres, nous nous decidons a demander les prix. La premiere a laquelle nous demandons a des places libres. Le probleme c'est que le type ne parle pas anglais, mais alors pas du tout. Il s'agit de plusieurs chambres organisees autour d'une cour a l'ancienne. C'est charmant mais un peu cher pour nous.

Nous lui disons poliment au revoir, le type nous poursuit, et nous promet une chambre vraiment pas chere du tout. Nous le suivons a travers une autre cour, des escaliers passant devant des toilettes nauseabonds, puis vers une chambre au-dessus de la ruelle. Il s'agit d'une vaste chambre, certes moins charmante que la precedente, mais bon... on peut y dormir pour une bouchee de pain. Et comme il y a l'eau chaude et des chauffe-lits, notre coeur craque.

Commence alors un bon vieux dialogue de sourds. Nous ne savons pas combien d'argent le gars demande, s'il veut une avance, un depot pour la cle. Il ne veut pas nos passeports, ce qui montre qu'il nous loge sans le declarer (beaucoup de pensions n'ont pas le droit de loger des etrangers). Enfin nous avons un toit, nous n'allons pas pleurer !

(enfin, il y a quand meme la musique d'un bar live specialise dans les chansons mievres et sucrees en chinois, et sur les toilettes il y a une demi-lunette !)

Diner dans un tres sympathique resto tibetain, ou nous pouvons manger des momos, ces raviolis de viande que nous avions tant aimes au Nepal. Ahhh la belle vie !

Ps d'Aglae: sans parler des desserts delicieux, faits avec du vrai chocolat! Cela faisait une semaine que je testais tous les cookies et autres gateaux chinois, mais ils sont tous faits avec du faux chocolat degueu. La barbe a papa achetee a Dali avait meme un arriere-gout de poisson... Imaginez mon soulagement!

jeudi 16 avril 2009

Dali, surrealistiquement touristique

14 - 15 mars
Reveil difficile apres la soiree de la veille, nous refaisons nos sacs en pilote automatique, un peu dans le brouillard. Nous appelons Silvia sur son portable pour lui dire au revoir, elle semble entendre nos mercis dans un trois-quart sommeil. Nous trouvons facilement le bus pour Dali et regardons, un peu endormis, le paysage defiler. Il est d'abord tres industriel, avec des usines moches partout, puis devient de plus en plus sauvage. Nous finissons par atteindre la grande ville proche de Dali, qui s'appelle aussi Dali, ou un jeune (le controleur du bus) nous montre aimablement quel minibus il faut prendre pour rejoindre la vieille ville. Il nous donne son numero, nous dit de l'appeler si nous revenons un jour dans le Yunnan et nous assure que nous sommes ses amis.
C'est assez bizarre au debut, mais les jeunes Chinois qui parlent anglais semblent tres contents d'echanger quelques mots avec des etrangers, qu'ils considerent alors immediatement comme leurs amis.

Nous denichons un petit restaurant ou nous allons montrer dans la cuisine ce que nous voulons manger. Tout le monde semble enchante d'avoir des etrangers a table... Nous pouvons manger tout ce que nous voulons sans demander les prix, ca fait du bien de pouvoir avoir confiance en l'honnete des gens! Nous rejoingnons ensuite la vieille ville de Dali et trouvons une guesthouse (vide) en 2 minutes, chambres sympas avec des couvertures chauffantes!
Dali-land, le kitsch devient realite...

Nous passons l'apres-midi a nous promener dans la vieille ville... pas si vieille que ca. Les Chinois ont la manie de TOUT refaire a neuf. Une fausse rue avec une fausse riviere au milieu a meme ete construite. La rue principale brille de mille feux et de mille magasins de souvenirs, elle est bondee de hordes de touristes chinois menes par des guides a drapeau. Ce qui est drole, c'est que pour la premiere fois depuis le debut de notre voyage, les rabatteurs s'en fichent des Occidentaux (on n'en croisera d'ailleurs pas beaucoup). Ils ne parlent pas anglais et la cible, c'est le touriste chinois! Idem pour les vendeurs de merdouilles. Nous avons donc la delicieuse impression d'etre des passagers clandestins et c'est reposant!

La ville est encerclee de remparts perces de tres belles et impressionnantes portes aux multiples toits. Les maisons sont blanches avec des toits noirs "en ailes de pigeons" (qui remontent aux angles) et sont souvent peintes des sortes d'esquisses chinoises pour decorer les frontons de portes ou les murs d'enceinte. C'est tres joli, mais les rez-de-chaussees colonises par les boutiques et les restaurants, la foule et l'impression que tout vient d'etre repeint font que l'on a du mal a apprecier l'architecture locale. Nous parvenons heureusement a trouver quelques petites rues calmes, sans boutiques, et ou le passage du temps n'a pas ete stupidement efface.










Nous dinons dans un bon resto qui s'etale dans de charmantes cours interieures que l'on gagne par des portes circulaires. Nous avons une petite salle privee avec juste notre table et nous regalons de lapin a la biere et de poulet au gingembre et aux epices. Delicieux, sauf que nous ne savions pas qu'en Chine on partage tous les plats : il faut donc commander un plat de legume, un de viande, du riz et mettre le tout en commun. Les portions sont en effet enormes. Apres avoir commande deux viandes, on ressort donc le ventre bien (trop) rempli. A notre retour, je constate avec effarement que si la ville fait moins fausse de nuit grace a de beaux eclairages, des decorations de Noel ornent affreusement chaque creneau des remparts... c'est desesperant!
De pagodes en villages, a la recherche d'un peu d'autenticite...
Dali est egalement tres connue pour ses trois pagodes a moult etages. Mais le prix d'entree est prohibitif (plus cher que le Louvre, le Taj Mahal ou la Cite interdite), meme le Routard crie au scandale. Comme les pagodes sont tres hautes, nous decidons de faire le tour du mur d'enceinte. Cet effort budgetaire s'avere rapidement etre l'idee du siecle: le mur est bas et on voit tres bien les gracieuses pagodes jaunes claires, aux fenetres et rebords de toits finement ouvrages ; elles sont d'une grande sobriete, ce qui change de l'art chinois que nous avons pu voir jusque la. Surtout, nous atterrissons dans un charmant petit village avec les memes jolies maisons qu'a Dali, mais cette fois avec de vrais habitants a la place des boutiques de souvenirs. Tous ont l'air tres surpris de voir deux touristes deambuler en ces charmants lieux.













Pour notre 2e jour a Dali, nous decidons d'explorer les villages des environs. En effet, ce qui fait tout le charme de Dali c'est son cadre : de hautes montagnes a pic au-dessus d'un lac borde de rizieres. Nous ne trouvons pas de velos a louer, pas plus de bus local et finissons par prendre un taxi. Nous nous rendons compte a l'arrivee que nous nous sommes mal compris sur le prix avec le chauffeur, d'un zero quand meme. Il ne parle pas un mot d'anglais, nous essayons de le calmer mais nous ne parlons pas chinois. Nous tentons de lui proposer de couper la poire en deux en lui donnant le prix indique par notre guide comme normal pour cette course. Il nous jette (litteralement) nos billets a la figure en beuglant. Un chinois anglophone nous sauvera : nous lui expliquons notre probleme et il fait accepter au chauffeur ce que nous lui proposions en 1mn chrono.
C'est un moment des plus penible, la foule de chinois curieux qui nous entoure n'arrangeant rien. Les difficultes de communication commencent serieusement a nous peser, surtout que jusqu'ici nous n'avions eu aucun probleme avec les Chinois. Le village est lui aussi mange par les boutiques de souvenirs, nous sommes blases. Seule la visite d'une belle maison de bois rouge, tellement vide qu'elle ressemble a un decor de film, nous dedommagera un peu de nos efforts.
Depites, nous sautons dans un bus pour retourner a Dali sans poursuivre notre exploration des bords du lac. Nous decidons de partir au plus vite pour notre prochaine etape: Lijiang. Nous tournons encore un bon moment avec nos gros sacs sur le dos le long des remparts avant de denicher un bus. Nous nous ecroulons sur les sieges, las et les epaules endolories. La seule pensee reconfortante qui me vient est qu'au moins nous ferons le trajet de jour et verrons le paysage...

vendredi 10 avril 2009

Une longue route vers la Chine... (2)

11 - 12 mars

Il fait faim et il faut bien dejeuner. Nous nous decidons pour une espece de cantine ou, evidemment, tout le monde nous regarde. Charly essaie de demander les prix en montrant les plats, mais il s'appercoit rapidement que si cette operation etait relativement simple dans d'autres pays, ici on ne le comprend pas. Il a beau s'appliquer a suivre le prononciation indiquee par le guide, rien n'y fait. Les tons, le prononciation qui change selon le patois local, c'est du chinois! Nous nous servons donc au buffet ; la nourriture est epicee mais tres bonne. Au moment de payer, nous comprenons que la Chine ce n'est pas le Vietnam: nous n'aurons pas a nous battre pour ne pas nous faire avoir. Les restaurants pratiquent les meme prix pour tout le monde, chouette!

Envie d'eau de javel?

Assis dans la gare routiere, nous lisons le guide et decoupons et collons nos vieux tickets, cartes de visites, billets de musee dans un cahier, "un scrapbook", pour garder des traces de nos aventures. Et nous avons tout le temps de nous familiariser avec ce nouveau pays:

-Des gens se raclent la gorge avec un bruit effarant, puis crachent par terre, mais une dame passera l'apres-midi a nettoyer et re-nettoyer le sol de la salle d'attente.

-Nous savions qu'en tant que "laowai" (etranger en chinois) nous allions etre souvent devisages. Nous sommes la depuis moins d'une heure et un monsieur vient, avec le sourire, nous montrer a la petite fille qu'il tient par la main. Nous sommes des extra-terrestres.

- Une maman est assise derriere nous avec un petit garcon mignon et une petite fille aux regards farouches, tous les deux portant des habits d'une proprete douteuse ; vraisemblablement, ils sont d'une ethnie proche des mongoles. Le petit garcon commence par se rouler par terre en hurlant, puis lui et sa soeur viennent eparpiller partout les chutes de papier de mes decoupages. Ils s'amusent ensuite a vider consciencieusement le sac plastique qui nous sert de poubelle par-terre. J'essaie de leur dire "bou, bou, bou!" (non, non, non!) mais apparemment ils ne comprennent pas ce que je leur dis (il est probable qu'ils ne parlent pas mandarin de toute facon). Je finis par abandonner la lutte et les laisse jouer. La mere n'a pas reagi au vidage de poubelle. Elle finit par leur donner a manger, et la, le petit garcon m'eternue tout ce qu'il avait dans la bouche dessus. Notre scrapbook est donc enrichi de vomi d'enfant chinois! Un peu plus tard, le petit garcon baisse son froc et pisse par terre, au milieu du hall. La femme de menage de la gare routiere, excedee, vire la petite famille pour qu'ils attendent dehors. Le petit ambassadeur de la proprete chinoise finira meme par poser une crotte, que sa mere s'empressera de ramasser.

-Si la famille cradok nous a bien fait rire, le test des toilettes publiques brise tout sens de l'humour. Meme apres des experiences a la limite du supportable en Inde, la Chine peut etre elue, et de loin, le pays d'Asie aux toilettes les plus infames. Sans rentrer dans les details sordides, il faut savoir qu'il s'agit d'une grande rigole au-dessus de laquelle les gens s'accroupissent, qu'il n'y a pas de portes mais des vagues murets (et encore pas toujours), et que donc tout le monde se voit. Un mince filet d'eau coule au fond de la rigole, n'emportant malheureusement pas grand-chose avec lui. L'odeur est evidemment atroce ; certains touristes se mettraient du baume du tigre sous le nez pour survivre! Il va sans dire qu'il n'y a ni papier, ni savon, ni lavabo pour se laver les mains. Et le comble... c'est payant!

Un reve eveille...

Quand notre bus-couchette arrive enfin, nous sommes surpris par le confort. Charly ne resiste pas longtemps a l'oreiller moelleux. La nuit tombe et notre bus suit une route completement defoncee ; il doit parfois presque s'arreter pour passer des nids de poules geants. Nous slalomons entre de gigantesques piliers de beton pendant des kilometres et des kilometres. Une immense autoroute est en construction, un serpent de beton accroche au flanc de la montagne et survolant les vallees abruptes grace a d'immenses ponts (Nantua puissance 10 pour les connaisseurs). Ce sont les camions de cet impressionnant chantier qui ont bousille la route que nous suivons peniblement.

Au moment ou nous quittons la zone des piliers geants, nous commencons a longer un fleuve tres large. Des montagnes immenses surplombent la vallee brumeuse, le paysage rappelle celui des Trois Gorges. Des petites maisons, presque des cabanes, sont acrochees a la montagne, a pic au-dessus du lit du fleuve. On a l'impression qu'elles sont en equilibre et peuvent se decrocher a tout moment. Les montagnes semblent percees de grands trous, des mines? Mais l'obscurite gagne inexorablement et bientot on ne distingue plus que des lueurs suspendues au-dessus de fleuve. C'est le moment que choisit Charly pour se reveiller. J'ai l'impression d'avoir passe un precieux quart d'heure dans une estampe chinoise, ou les humains et les constructions sont toujours minuscules et ridicules face a d'ecrasantes montagnes et de puissantes rivieres.

Voir un si beau paysage defiler devant soi tout en etant allongee donne l'impression de rever... Je m'endors emerveillee...

Reveil difficile et desorientation

Arrivee a Kunming a 5h et quelques du matin... on serait bien restes un peu plus longtemps sur nos couchettes! Nous deposons nos sacs a la consigne de la gare. Une fois n'est pas coutume, nous arrivons a griller tous les chinois qui attendent en tas (et pas en queue), car ils ne sont pas reveilles. Nous partons en quete d'un petit-dejeuner mais tout est ferme a part un resto de nouilles ou la carte est en chinois. Nous finissons par avaler des beignets tres tres sucres dans la rue pour contourner l'enigme des caracteres chinois. Niveau chinois oral c'est toujours la catastrophe, les vendeurs ambulants ne comprennent pas Charly.

Apres une marche dans une avenue sans fin mais tres propre et avec de larges trottoirs (rares en Asie) nous trouvons refuge dans un cafe pour expats, ou nous passons la matinee a planifier notre itineraire en Chine. Nous avons RDV avec Silvia (notre charmante amie espagnole rencontree au Laos, qui etudie le chinois a Kunming) a midi devant sa fac, nous avons le numero du bus. Tout parait plutot simple.

Une fois dans le vehicule, nous essayons de suivre son trajet sur notre plan car les arrets sont evidemment ecrits en chinois. Au bout d'un moment, on demande a une jeune chinoise la "Yunnan University" et elle nous dit de descendre au prochain arret en nous montrant une vague direction. Nous descendons, essayons de suivre des jeunes au look d'etudiants et constatons que nous sommes perdus. Nous passons un coup de fil depuis une epicerie et Silvia doit demander en chinois a l'epicier ou nous sommes. Elle nous dit alors de la rejoindre a la gare routiere ouest, toute proche. L'epicier nous montre (encore) une vague direction, accompagnee d'un long monologue en chinois. Nos gros sacs sur le dos, nous sommes toujours aussi perdus et commencons a desesperer. Nous essayons de demander a des passants chinois : echec, Charly cherche un plan sur les arrets de bus : il n'y en a plus. Soudain, j'apercois une jeune fille blanche et me precipite sur elle comme un naufrage sur une bouee.

Elle me repond en anglais que la gare Ouest est a 200m, au bas de la rue. Nous foncons a l'endroit indique et attendons anxieusement. Est-ce seulement le bon endroit, cet immeuble chic avec des bus devant?

Soudain un cri de joie retentit et nous nous jetons dans les bras de Silvia!

jeudi 2 avril 2009

Une longue route vers la Chine... (1)

10-11 mars

Premiere etape: train de nuit jusqu'a Lao Cai, derniere ville vietnamienne avant la frontiere chinoise. Nous voyageons en "couchettes dures", c'est-a-dire dans un compartiment a 6 couchettes. Nos voisins vietnamiens ne sont pas trop bruyants et le trajet se passe sans incident notable.

Nous arrivons (encore) a 5h30 du matin et devons affronter une nuee de rabatteurs qui veulent absolument nous emmener a Sapa, ville de montagne tres touristique que nous avons prefere rayer de notre itineraire a cause du temps (gris, gris, gris) et de notre faible penchant pour les zoos humains (prendre en photo 3 Hmongs rayes et 2 Hmongs a fleurs faisant leur danse folklorique en compagnie de 30 autres touristes, non merci!). Apres quelques "No Sapa, we go China!" avec un demi-sourire, je finis par repeter la rengaine d'un ton de moins en moins conciliant. Si on a meme plus le droit d'etre de mauvaise humeur le matin!

Nous finissons par trouver un resto ouvert pour petit-dejeuner et parfaire notre strategie de contrebandiers. En effet, les autorites chinoises n'ont pas fini d'etre tatillonnes. Le Lonely Planet (photocopie) que nous avons achete previent ses lecteurs dans ses pages sur la frontiere: il arrive que les douanes chinoises confisquent leur Lonely Planet aux pauvres touristes qui en ont pourtant bien besoin, ne parlant pas chinois. Et sur les forums de voyageurs, les messages racontant la confiscation de Lonely Planet abondent. Mais pourquoi ???

Parce que les cartes du Lonely Planet montrent une realite geopolitique qui n'est pas du gout des Chinois: Taiwan y est un etat independant. Donc bien sur, l'ile ne figure pas dans le guide "Chine". Dans un exces de zele, certains douaniers confisquent donc tous les Lonely Planet lors de la fouille des bagages (et les revendent certainement plus tard au marche noir).
Or, nous n'avons pas envie de devoir racheter un guide en Chine, ou on ne trouve que des guides censures (avec du tipex sur les passages concernant la revolution culturelle ou Tien Nan Men).

Nous procedons alors par plusieurs etapes: nous arrachons toutes les cartes montrant la Chine, arrachons la couverture bien connue des douaniers (qui ne lisent evidemment pas l'anglais), nous collons a la place la couverture de notre guide du Vietnam, et enfouissons le guide au plus profond de mon sac (par experience, les sacs des hommes sont toujours fouilles beaucoup plus minutieusement que ceux des femmes). Cette ruse m'amuse mais me stresse un peu aussi. Apres tous les efforts pour avoir le visa chinois, ce n'est pas le moment de se mettre les douaniers a dos!

Le ventre plein mais un peu serre nous partons en direction de la frontiere, qui s'avere etre beaucoup plus loin que prevu. Apres 3km de marche avec nos gros sacs sur le dos, nous arrivons en vue d'une banque. Nous voulions etre prevoyants et avoir des yuans chinois sur nous. Mais impossible de s'en procurer a Hanoi. Nous tentons notre chance. Non, a 30m de la frontiere, une banque vietnamienne ne peut pas vendre des yuans (car on ne peut en trouver qu'en Chine). Heureusement, une dame de la banque nous change nos dongs contre des yuans qu'elle avait dans son porte-monnaie personnel. Le marche noir dans une banque vaut de toute facon mieux que le marche noir de la frontiere chinoise!

A la frontiere vietnamienne, on voit passer nos passeports de mains en mains pendant 10mn avant de pouvoir traverser. Arrives a la frontiere chinoise, nous sommes accueillis avec un grand sourire par un douanier parlant anglais qui nous aide a remplir les formulaires. Il y a des cameras partout, a "further search" room... Puis vient la ceremonie des coups de tampons sur le passeport, qui dure 5mn et toujours avec un sourire. Pas de questions et meme une petite machine avec des smileys pour dire si on est satisfait ou pas du service (!). Charly vient de passer la douane sans probleme et me fait un sourire depuis l'autre cote de la barriere. Je mets mes sacs sur le tapis de la machine a rayon X, personne ne vient les fouiller manuellement... et c'est fini!

Tout ca pour ca!

Nous sommes donc enfin en Chine, et les panneaux ecrits en vietnamiens (et donc en alphabet latin) s'espacent a vue d'oeil. Nous nous arretons a un carrefour, perdus. Mais ou peut donc bien etre la gare de bus?
Charly entre dans un magasin au hasard, mais personne ne comprend les mots "bus station", ni le mot chinois pour bus qu'il essaie de prononcer. Je sors alors du sac le Guide de conversation francais/chinois du Routard (merci Julien et Isabelle!) et Charly retourne dans le magasin pour montrer la phrase "Ou est la station de bus longue distance?" en chinois. Le vendeur abandonne alors son magasin et se met silencieusement a nous guider en marchant devant nous. Il nous conduit tout droit a la gare routiere, en fait a seulement 50m, cachee au detour d'une rue. Cette gentillesse nous touche beaucoup et, apres les douaniers aimables, nous nous disons que la Chine commence bien!

A peine nous sommes nous approches du guichet, qu'un monsieur chinois nous demande en anglais parfait ou nous voulons aller et fait la traduction pour la guichetiere. Il n'y a pas du bus pour Kumming avant 6h du soir (et il est alors 11h seulement). Nous achetons les billets, remercions l'inconnu et commence alors une longue attente...

mardi 24 mars 2009

Pains de sucre, naturisme et bateaux vides - Ha Long

7 mars

Visiter le Vietnam sans passer par la Baie d'Along (en réalité Ha Long), c'est un peu comme ne pas jeter un coup d'oeil à la Tour Eiffel en passant par Paris, ou saluer le Manneken Pis en traversant Bruxelles. Pour certains, c'est même comme manger la croute du fromage sans toucher au coeur fondant - ou l'inverse. Bref ça ne se fait point.

La Baie d'Along kezako ? Plus d'infos ici, pour les nains cultes. En gros ce sont de petites et grosses îles dites "pains de sucre", plantées en plein dans le mer, certaines comportant de grandes grottes, etc.

Nous nous réjouissions donc d'y aller, avec raison. Nous étions prévenus que vu la froideur de la saison, il allait être impossible de pratiquer certaines des activités phares de cet endroit : se baigner, faire du kayak entre les grottes calcaires, zoner sur les plages de certaines des plus grosses îles... Nous avons donc décidé de faire l'impasse sur les tours organisés, qui tous comportaient ce genre d'activités, pas très marrantes quand l'eau avoisine les 5 degrés.

Nous faisons donc comme d'habitude, en optant pour la solution compliquée et galère, pour une fois pas uniquement motivés par des questions de budget. Réveil ultra-tôt. Nous nous infligeons d'abord de longues heures de mini-bus jusqu'à Ha Long City, qui n'est pas la porte à côté. Puis nous nous retrouvons sur le bord d'une quasi-autoroute, avec au loin, à notre droite, la forme de la ville d'Ha Long. Marche infernale à maudire les chauffeurs de mini-bus : nous marchons si longtemps que nous finissons par craquer pour une place à l'arrière d'une moto.

Le type nous demande un prix qui nous paraît correct... sauf qu'en réalité le point d'arrivée était à 50m !!! Nous devons nous offusquer, sans que le gars comprenne un millimètre de ce qu'on raconte. Heureusement une femme qui passe par là nous fait la traduction : nous jetons un petit billet à la tête du gars, comme le 1/20 donné par le prof pour féliciter ceux qui ont au moins mis leur nom sur la feuille.

I have a boat (X1000)
Nous sommes à côté du port d'Ha Long. Une bonne centaine de cars de tourisme stationne devant - et nous sommes en saison creuse. Notre but est, comme tout le monde, de faire un tour de bateau dans la baie. Nous partons à la recherche du Guichet Officiel de vente, installé il y a quelques années, afin de limiter les arnaques (vous savez, vous, instinctivement, combien coûte une croisière en bateau au Vietnam ?). C'est un peu compliqué de le trouver, mais il y a surtout un type, puis deux, puis trois, qui nous suivent en émettant un bourdonnement continu :

- Hello, man, I have a boat, this is here, I have a boat, I tell you, good price, I have a boat, I tell you, 70 000 dongs, I have a boat, buy your tickets for the park, and take my boat!

Ce qui peut paraître marrant sur le papier dépasse les pires harcèlements indiens. Nous essayons juste de décrypter un panneau de prix, et de comprendre la différence entre le droit d'entrée dans le parc, et la location d'un bateau. Mais c'est impossible, un peu quand comme vous essayez de compter et que quelqu'un vous dit d'autres chiffres. Rapidement un des deux gars disparaît, comprenant que nous n'avons rien à faire de ses offres, mais l'autre reste.

- I have a boat, I have a boat.
- Please, let us read.
- Okay okay, but first let me tell you, I have a boat, good price, 3 hours.
- PLEASE, be silent, we just want to read.
- Okay okay, I know, but I have a boat.
- PLEEEEEEAAAASE, ONE MINUTE, SHUT UP ONE MINUTE ! One MINUTE IN YOUR LIFE ! STOP

- Yeah I know, but let me tell you first...

Nous essayons toutes nos forces de garder notre calme, mais c'est impossible, le type est trop fort : il VEUT des baffes. D'un coup je me souviens de la solution "dignité-fierté" employée au Népal pour disperser les chauffeurs de taxi, et je deviens très méprisant :

- Okay, man, let me tell you. If you speak again, I will never, never take your boat !
- Okay, but let me tell you first...
- STOP, this is it, I WILL-NEVER-TAKE-YOUR-CRAPPY-BOAT. NEVER ! Finished, this is your fault.

Le type s'arrête. Pour la première fois il a un peu écouté ce que j'ai dit. Il s'exclame avec un air de mépris :
- This is good. I would never have let you come in my boat.

Je suis au bord d'éclater de rire - il avait quand même l'air d'avoir sacrément envie que je le prenne, son bateau, il y a deux minutes. Le type se barre, vexé, et nous sommes enfin en silence. Nous abordons la femme du bureau devant nous qui, silencieuse et calme, attendait qu'on vienne la voir : soulagement intense. Nous prenons un ticket vraiment quasi-gratuit, sommes guidés par une vieille dame, puis un jeune homme, à travers plusieurs bateaux. Nous traversons une foule de ponts, de pontons, nous marchons en équilibre sur le rebord de plusieurs bateaux, sautant de l'un à l'autre, s'accrochant là où on peut. Au moment où nous nous demandons quand ça va s'arrêter, nous atteignons notre navire.

Joncque food
Tous les bateaux qui nous environnent sont de petites joncques recouvertes de bois, très jolies, avec même des mats pour faire semblant d'être des voiliers. Nous sommes surpris qu'avec la prolifération de bateaux et de touristes, les autorités touristiques aient réussi à éviter la présence de gros navires moches.

Sur le pont du bateau, il y a à peine 5 personnes : 4 jeunes Vietnamiens et 1 Français de la quarantaine. Les jeunes Vietnamiens passeront la croisière à se prendre des photos avec des poses rigolotes, a nous faire manger des mandarines et à nous prendre en photo autour d'eux (vous imaginez leurs bonds quand je leur ai dit quelques expressions en viet) ; quand à David, le Français, il s'avère très vite être un personnage des plus sympathiques. Et un personnage tout court.

David, ce héros
Ce type est venu de Saigon, à mille kilomètres de là, en train ; il a donc passé 2 jours entiers dans le train, n'a pas beaucoup dormi, est arrivé a Hanoi comme nous à 4h30 du matin ; il a foncé dans la seule agence de voyage ouverte de Hanoi, a demandé un billet de bus pour Ha Long, et est venu directement dans ce bateau. Comme il ne parle pas bien anglais, il a payé un peu cher son billet de bateau, mais il est là, quelques heures à peine après son arrivée à Hanoi. Il a l'air monstrueusement fatigué, ne s'est pas lavé depuis longtemps, a son gros sac avec lui, qu'il transportera sur son dos pendant les visites des grottes. Sa bonne humeur est pourtant communicative.

Bon, bien entendu il rale : trop de bateaux, temps gris, etc. C'est vrai qu'il fait sacrement gris, mais PB nous avait prevenus : il fait gris tous les premiers mois de l'annee dans le Nord du pays.

Et Halong ?
Halong dans la brume est notamment splendide. Difficile de trouver d'autres mots, bien sur. Alors forcement splendide, mot tellement utilise qu'il en a perdu toute force et tout relief. C'est ballot, mais je n'arrive pas a trouver quelque chose d'original. Des expressions comme Mysterieux, Etrange, Captivant, sont comme des points de vue, des cliches aux visages connus, pour mieux voir l'invisible du Mot ideal, celui qui resumerait la chose Halong.

Racontons plutot.

Je ne sais pas comment ca fait quand il fait beau. La, on s'approche au milieu d'une grosse flottille de joncques, comme au sein d'une armee partie en guerre contre un bataillon de geants. Puis rapidement, des pans blancs de brume emergent des formes, dinosaures de gres, colosses d'argile a peine sechee, silhouettes monstrueuses. Ces rochers finissent par dechirer les derniers haillons de brume qui les couvraient, et montrent leurs poitrails. Puis le choc, armee de bateaux contre armee de pitons rocheux, voiles contre forets, eau contre roche.

Difficile de trouver les mots. Nous aurons fait le tour en trois heures a peine, un peu hebetes, un peu ecrases. Nous nous arreterons une heure pour visiter des grottes au sein des roches, le meme genre qu'au Laos (mais tres encadre), mais c'est surtout l'armada de pitons rochers, au milieu desquels nous passons l'apres-midi a naviguer, qui nous hantera encore longtemps.

Au bout de quelques temps, donc, nous sommes repartis, vaincus probablement : chaque jour les joncques font retraite et les rochers de la Baie d'Along restent, retrouvant la solitude et l'oubli de leur brume. Chaque matin les joncques reviendront chargees de touristes, mais personne ne semble pouvoir abattre ces rochers.

Quant aux Viets, ils ont, je crois, passe plus de temps a prendre des photos qu'a regarder le paysage.

Retour vers le quotidien
La balade est relativement courte, plus breve meme que le trajet pour venir depuis Hanoi, mais nous n'avons pas vraiment envie de prolonger l'experience : c'etait suffisamment beau, sans que nous voulions risquer de trouver ca ennuyeux et repetitif. Nous decidons donc de rentrer au lieu de passer la nuit a Ha Long comme prevu.

Nous guidons David jusqu'a la station de bus. Il semble assez reconnaissant dans la mesure ou il a du mal a se debrouiller en anglais, encore moins en viet. Pour trouver la station, nous prenons d'abord un bus urbain. Alors que nous hesitons a le prendre, et que nous ne savons pas ou il faudra descendre, nous entendons un coup de tonnerre : c'est un vieux Marseillais dechaine, qui nous apostrophe avec l'accent :
- Eh oui les ptiots, la, c'est par la la gare des bus, heing !

Le bus est bruyant et nous avons a peine le temps d'entamer une conversation. Il multiplie les blagues un peu salaces a l'egard de toutes les femmes qui l'entourent, mine de rien ca faisait longtemps qu'on n'avait pas vu un bon vieux Franchouillard un peu paillard (ceci dit Aglae avait raison, il etait un peu glauque aussi, ce gars, a nous dire qu'il venait voir des filles ici).

Nous trouvons notre bus, et rentrons vers la capitale vietnamienne. Pendant tout le trajet, David nous entretient de ses anecdotes incroyables. Ce chef de chantier nous raconte ses experiences diverses et sacrement variees : voyages a l'arrache au fin fond de l'Afrique, coups de gueule contre les clients des prostituees en Thailande, naturisme en Allemagne.

Eh oui, car David est naturiste. Cela vient dans la conversation, naturellement, avec franchise, douceur, sans fausse pudeur et sans sous-entendus vicelards. Il nous raconte son experience foireuses dans un camp naturiste qui se revelait etre un camp echangiste, sans qu'il le sache : toutes ses anecdotes sont pleines d'un franc-parler jamais vulgaire, d'une delicatesse simple, qui sont ces choses dont je raffolle. Cet homme, d'un milieu et d'une education en voie de disparition, celui de la classe ouvriere instruite, qui semble parfois tout droit sorti du Belleville d'un film de Carne, me rappelle certains amis. David nous considere comme des egaux, malgre notre jeune age et notre experience quasi-nulle dans tous les domaines qu'il evoque (en gros le travail, les chantiers, les voyages, le naturisme, la vie).

Nous arrivons a Hanoi, et trouvons une chambre pour David dans notre hotel. Nous faisons un rapide diner dans un restaurant proche, discutons encore longtemps tous les trois, puis nous endormons apres une journee sacrement remplie !

DESOLE A TOUS CEUX QUI ONT PU ATTENDRE CE MESSAGE PENDANT DES SEMAINES, NOTRE PASSAGE AU JAPON A ETE PLUS COURT QUE PREVU, ET NOUS AVONS DONC SPEEDE POUR VOIR TOUT CE QUE NOUS VOULIONS : DU COUP PAS TROP LE TEMPS DE METTRE A JOUR LE BLOG, ET UN BON MOIS DE RETARD. MEA CULPA !!!!

mercredi 18 mars 2009

Le train des nuages - La journee de la chance

1er mars

Il est temps de quitter la charmante Hoi An pour continuer notre route vers le Nord. Sur le chemin se trouve le fameux col des nuages, "un paysage fabuleux" certifie par Bon-Pap'. Nous realisons a temps que les bus touristiques, moyen le plus simple et le moins cher de rejoindre Hue, la capitale imperiale, passent tous traitreusement par un tunnel pour gagner du temps et font ainsi manquer a leurs passagers cette merveille. Deja peu emballes a l'idee de se retrouver au milieu de touristes, dans un bus s'arretant devant les restaurants et guesthouses versant des commissions, nous decidons de prendre le train. Apparemment, le trajet Danang-Hue est le plus beau du Vietnam.

La chance pointe son nez...
Oui mais pour ca, il faut d'abord aller a la gare de Danang, et donc reprendre le bus local tendance escroc. Nous savons a quoi nous attendre et montons donc directement dans le bus, sans demander le prix des billets. Ce prix, obligatoirement peint sur le bus, a meme ete recouvert d'un maladroit bout de scotch jaune, mais on voit toujours: 10 000 dongs en transparance! A peine assis, un type nous saute dessus en disant "Yo, money, money!" d'un air autoritaire. Nous ne savons meme pas si c'est le vrai controleur et je lui demande donc de me montrer sa carte. Il me montre une carte ecrite en vietnamien, me voila bien avancee!

Je descends du bus et finit par trouver un guichet officiel, je me penche, c'est vide! Mais une pancarte au fond me confirme le tarif de 10 000 dongs pour Danang. Je remonte dans le bus et informe le type qui nous harcele (par mimes car il ne connait apparemment qu'un seul mot en anglais) que je paierai en meme temps que les autres passagers.

Le bus s'ebranle, son controleur continue a nous demander de l'argent. Au bout d'un moment, alors que les gens autour de nous lui paient leur trajet, Charly sort un billet de 20 000 dongs. Je lui tends, il refuse d'un air enerve en disant que c'est 40 000 dongs. Nous repondons que non, c'est 20 000 et l'ignorons. Nous faisons alors connaissance avec une charmante dame vietnamienne qui a un joli bebe de 3 mois sur les genoux. Elle parle un peu anglais, nous pose des questions et me demande si moi aussi je veux un bebe bientot !

Pendant ce temps-la, le type du bus revient a la charge : "YO MONEY". Patiemment et bien decidee a ne pas m'enerver, je lui precise sur un papier les tarifs officiels:
Moins de 7 km: 3000 dongs
Entre 7 et 25 km: 7000 dongs
Danang: 10 000 dongs

Il est un peu decontenance par ma connaissance aigue des tarifs, mais persiste. Je ressors le billet de 20 000 dongs, lui agite sous le nez en souriant et en repetant encore et encore: "Do you want it? No? Ok, I keep it!" Le tintement de mon bracelet (merci Adelinou!) accompagne gracieusement ce manege un peu lassant. Mais autour de nous, les gens du bus commencent a sourire et a se moquer du type borne. C'est alors qu'une petite voix surgit des trefonds du bus. C'est la dame au bebe qui me demande en anglais ou je vais et combien je veux payer. Je lui reponds et elle me dit gentiment que c'est le bon prix. Elle apostrophe le sale type en vietnamien et lui ordonne de cesser son harcelement. Et enfin, apres 45mn de trajet, il la ferme!

Cette intervention nous fait vraiment chaud au coeur, car d'habitude, les locaux observent le touriste se debattre sans jamais intervenir. La gentillesse de cette dame compense immediatement l'agacement ressenti face au controleur malhonnete. Nous sommes d'une humeur eclatante.

Nous avons fait le voyage avec une moto et un velo d'enfant dans le bus, puis a un arret, nous avons recupere les cartons d'un demenagement et meme du foin! Le controleur essaie de nous faire descendre des km avant la gare, mais heureusement, Charly suit notre trajet dans la ville de Danang, grace a la carte de notre guide. Nous sautons juste au bon endroit!

Train magique
Le temps d'avaler de la cuisine de rue savoureuse, et le train vert s'ebranle. Commence alors un des trajets les plus merveilleux depuis le debut de voyage. La ville de Danang disparait rapidement de l'horizon, et le train se met a longer la cote, entre la mer et les montagnes. Les vietnamiens de notre wagon semblent assez peu touches par le paysage et se mettent implacablement, un a un, a fermer les rideaux.

Je me precipite alors entre deux wagons et, sur la pointe des pieds, la tete penchee a travers une etroite fenetre, je peux savourer le spectacle qui s'offre a moi: d'un cote, la mer se brise avec fracas sur des rochers, puis vient doucement lecher de petites plages de sable immacule, desertes ; de l'autre cote, des montagnes couvertes de forets d'un vert profond s'elevent a pic et disparaissent dans les nuages. Les montagnes au sein desquelles se trouve le fameux col des nuages sont en effet celebres : elles marquent la limite entre Vietnam du Nord et Vietnam du Sud car tres souvent, du cote Sud il fait beau, et du cote Nord il pleut!

La mer scintille sous les rayons du soleil, mais les nuages y dessinent aussi de grandes ombres bleu roi. Ce contraste se retrouve dans les nuances de vert des flancs des montangnes, de plus en plus abrupts et rocheux. Les nuages blancs et gris s'ammoncelent sur les sommets. Des torrents devalent les pentes et passent sous la voie ferree; des hommes emitoufles agitent des drapeaux jaune et rouge au passage du train. Soudain, la pluie se met a balayer mon visage, me ramenant a la realite et a la douleur qui commence a emaner de mon cou.

Une eclaircie suit de peu l'averse, et j'amene Charly a la precieuse petite fenetre. Nous gardons tous les deux un souvenir emmerveille de cette premiere 1h30 de trajet. La deuxieme moitie rejoint la route, il n'y a plus de montagnes mais juste la mer, nous regagnons nos sieges.

La chance continue...

A notre arrivee a la gare de Hue, nous essayons d'appeler une guesthouse que les deux fameux Israeliens nous avaient recommandee a Hoi An. Mais nous realisons vite que tous les numeros de telephone que nous composons ne marchent pas. Nous avisons une vietnamienne a cote de nous, elle prend notre telephone, ecoute l'operatrice disant que le numero n'est pas attribue, nous demande la carte de la guesthouse et recompose le numero, avec un 3 entre l'indicatif regional et le numero. Elle nous sauve, car comment aurions-nous pu deviner?

A peine cette dame aimable a-t-elle disparue, qu'une seconde surgit: elle propose a Charly qui peine a acheter notre prochain billet de train de le faire a sa place. Pourquoi Charly est-il en difficulte? A cause de la barriere de la langue? Non, a cause de cette habitude toute vietnamienne (et chinoise) de ne pas faire la queue, mais plutot de s'agglutiner devant le guichet, de pousser tout le monde, de tendre des billets a la guichetiere par-dessus l'epaule de la personne pourtant devant, etc. La dame se jette dans la melee (alors qu'elle a deja ses propres billets), joue des coudes avec art, et revient avec les precieux billets. Charly a a peine le temps de la remercier qu'elle disparait, sans rien demander.

Nous appelons la guesthouse qui nous annonce qu'on vient nous chercher gratuitement a la gare en taxi alors que nous reservons la chambre la moins chere! L'accueil est tres chaleureux.

La chance nous submerge!

Nous partons en quete d'un diner quand nous nous rememorons un probleme persistant et douloureux: l'appareil photo ne marche pas, nous n'avons d'ailleurs aucune photo d'Hoi An. Nous tombons sur un premier magasin ou on nous dit de repasser le lendemain. Nous en tentons, a tout hasard, un second. Et la, c'est le miracle! Un jeune homme a l'air hyper-nerveux se saisit de notre appareil, parcourt le menu d'un air expert, se precipite sur son ordinateur, nous annonce qu'il y a un virus sur nos cartes memoires, se met a copier/coller/effacer dans tous les sens et nous rend notre appareil, qui marche parfaitement! Il disparait aussitot dans le fond du magasin, sans rien nous demander, d'autant qu'il ne connait pas un mot d'anglais.

Nous demandons a la patronne combien nous lui devons, elle semble etonnee, et nous demande 5 euros! Alors que nous nous trainions ce probleme depuis le Cambodge, en 20mn et pour une somme derisoire, l'appareil marche enfin! Nous bondissons litteralement de joie!

Nous ne sentons meme pas la pluie qui s'abat sur nous et traversons la Riviere des Parfums, pour s'eloigner du ghetto touristique. Nous arrivons alors dans un petit resto, ou un sourd muet nous fait signe que sa cuisine est "pouce en l'air". Trempes, nous nous precipitons a l'interieur. Un coup d'oeil sur la carte et nous nous apercevons que les prix sont deux fois moins eleves que partout. Et en plus, c'est un vrai delice! Nous roulons nous-memes de la viande finement grillee et des legumes frais dans du papier de riz, le tout agremente d'une savoureuse sauce cacahuetes. Des bananes frites recouvertes de chocolat couronnent le tout. Nous repartons l'estomac plein, les papilles enchantees, et faisons signe au restaurateur que nous reviendrons.

Nous rentrons sous la pluie, abasourdis: quelle journee!