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mercredi 6 mai 2009

De la ponctualite des trains japonais

2 avril



Faire le tour de Tokyo pour aller chercher deux visas mongols au milieu d'un quartier residentiel a la noix, c'est deja penible. Mais le faire alors que vous avez un train qui part en début d'après-midi signifie que vous allez participer à une course en transports en commun. C'est-à-dire que ce sera psychologiquement une torture. Laissant Aglaé à l'hôtel (toujours le blog à rédiger), je m'occupe de ces formalités. Oh la joie de ressortir de l'ambassade de Mongolie avec le tout dernier visa du voyage !

Lorsque je reviens, j'ai beau etre affamé, il faut repartir en 4e vitesse, dans l'autre sens, afin de chopper notre train pour Kyoto. C'est la première expérience de Shinkansen d'Aglaé, elle en est toute excitée d'avance, mais encore faut-il être assurés que nous l'attraperons, ce satané train !

Au fond, un Français n'est jamais totalement stressé lorsqu'il est en retard pour son train : la probabilité que le train parte sacrément en retard est toujours là, tapie derrière l'hypothèse d'une grève éclair, d'un "incident de signalisation", voire de l'affreux "incident de voyageur". Au Japon, ce rêve est une chimère : nous voyageons au pays des trains qui partent à l'heure. Le slogan de JR, la SNCF nippone : vous pouvez régler vos montres sur l'arrivée du train en gare. Et le plus fou, c'est que ce slogan est vrai, le train part à la seconde près.

Aglaé ne croit pas une seconde à mon espoir fou d'attraper le train quand même : "c'est pas grave, on aura le prochain, Charly". Quant à moi j'y crois dur comme fer, avec l'assurance stupide de celui qui ne veut pas avoir tort (encore moins face à une femme ah ah ah). Assurance stupide ou pas, nous courons dans les couloirs de la gare, tournons sur nous-mêmes, guettons les panneaux de signalisation, et parvenons "in extremis" à nous ruer dans ce Shinkansen (TGV japonais) dont les machoires de fer se referment sur nos ombres.

De la psychorigidité des hôtesses japonaises
Nous sommes exténués, en sueur, au bord de la crise d'hypoglycémie, mais nous sommes dans notre foutu train. Cerise sur le gateau : j'avais raison et Aglaé avait tort. Les Shinkansen sont une merveille : magnifiques à l'extérieur, luxueux à l'intérieur, rapides comme des flèches, ponctuels et surtout très fréquents (sur la ligne principale, un départ toutes les 5 minutes en moyenne, à comparer avec l'unique départ par heure du TGV Paris-Lyon, dont nous sommes si fiers).

Bombant le torse, je propose d'aller lui chercher à manger. Le train roule déjà dans l'infinie banlieue de Tokyo, mais je ne trouve d'abord pas l'hôtesse qui, habituellement dans les trains japonais, pousse un énorme caddie rempli de victuailles salées ou chocolatées.

Je reviens, et m'aperçois qu'Aglaé, à mon image, est au bord de s'évanouir de faim. Je repart dans une quête de l'hôtesse, la trouve arrivant dans le wagon d'à côté. Je m'approche d'elle, souriant, sort mon porte-monnaie. Non. Pas possible. Il faut attendre que je vienne à votre niveau, dans votre wagon, devant votre siège. Refus de vente : nous découvrons un des traits les plus compliqués du caractères japonais. Le manque de souplesse. Si les Japonais dans leurs relations sociales sont prêts à tout quitter pour aider l'autre, dès qu'ils travaillent ils trouvent un goût de la chose bien faite qui les fait se fermer à toute alternative. On a donc un service parfait, mais qui sera toujours celui prévu.

Nous finirons par pouvoir lui acheter les denrées nécessaires à notre survie, mais après être passé au bord de la famine, à quelques mètres de son chariot...

Pour ceux qui n'en ont jamais entendu parler, il y a d'ailleurs quelque chose de très drôle dans les trains japonais, qu'on ne remarque pas forcément si on n'y fait pas attention. Quand un membre de la compagnie (contrôleur, femme au chariot, conducteur) traverse le wagon et atteint le vasistas qui le mènera au wagon suivant, il se bloque, se retourne, et fait une longue courbette aux honorables passagers. Qu'importe le nombre de passagers, et surtout qu'importe qu'ils le regardent ou pas (personne n'y fait attention de manière générale). Une Française rencontrée plus tard dans le voyage nous racontait qu'une fois elle était seule dans un wagon, que le contrôleur avait fait sa courbette habituelle, qu'elle avait hurlé de rire : le type s'était aussi mis à rire.

Complètement Fouji
Il parait que certains Japonais font le trajet Tokyo-Kyoto des centaines de fois, et qu'ils ne voient jamais le Mont Fuji, qui est pourtant théoriquement très visible depuis la ligne de Shinkansen. La faute à la brume et aux nuages, qui coiffent souvent l'honorée montagne si chère aux coeurs nippons.

Et nous, pour notre premier trajet, que ne voyons-nous pas l'incroyable Mont Fuji, seul et majestueux, trônant au milieu de sa morne plaine, promenant son chapeau de neiges éternelles avec fierté et orgueil ! Oh la chance, oh la joie. Les photos suivront, ne vous inquiétez pas.

Et quand à notre arrivée à Kyoto, ce sera pour le message suivant.

Le KFC de Tokyo

1er avril

Une fois rentres a Tokyo, les consequences de notre desorganisation de la derniere fois se font encore sentir, puisqu'il faut reserver un hotel pour le soir meme. Par miracle, il reste une derniere chambre dans l'auberge de jeunesse qui nous avait tant plus quelques jours auparavant. Ce qui est moins miraculeux, c'est que je ne comprends pas bien le prix qu'on me donne au telephone, prix qui est 3 fois plus grand que celui que nous avions paye la derniere fois, "parce qu'il ne reste plus qu'une chambre triple".

Quelques negociations avec le patron qui se trouve etre un francais, et nous nous arrangeons. Il se fait vite tard, et nous devons nous nourrir. Le probleme c'est qu'il se met a pleuvoir tres fort dehors, et qu'il n'y a pas beaucoup de restaurants dans le quartier. L'autre probleme, c'est qu'Aglae, assez fatiguee, nous fait un petit caprice fort comprehensible : apres des mois de restaurants chinois et apres 5 jours de restaurants japonais, elle a juste envie d'un McDonald's avec de rassurants nuggets.

Sauf que le McDonalds est tres loin, qu'il pleut, que la pluie se transforme en orage, que la foudre se rapproche, et que moi j'ai tres envie de manger japonais. Mini-dispute assez absurde :
"Mais va manger ton japonais, je t'accompagne, puis on ira au McDo !
- Ah ben bonjour l'ambiance, hein, chacun a regarder l'autre bouffer !
- Mais j'ai pas envie de manger japonais, Charly, c'est tres bon mais j'en peux plus des nouveaux plats !
- Mais le McDo berk on en a pris a Hong-Kong il y a a peine une semaine !

Je vous laisse imaginer le niveau intellectuel de la brouille, motive pour ma part par des considerations ethiques assez viles. Nous finissons par nous decider a manger l'un apres l'autre dans un resto japonais, puis au Donald's, si possible avant de mourir foudroyes. Je mange de delicieux beignets de gambas dans un succulent bouillon de nouilles, mais lorsque nous nous retrouvons devant le McDonalds, catastrophe ! Au Japon, les McDo ferment a 20h30 ! Et ils en sont fiers en plus, ils mettent un panneau : nous on ferme a 20h30 !

Aglae s'embarque donc dans un processus tres feminin : la culpabilite. Elle se persuade a la vitesse de l'eclair que c'est sa faute, elle n'avait qu'a pas faire de caprices. Et lorsque nous echouons dans un KFC (la seule chose ouverte pas loin), ces restos de poulet pane frit, elle decide de prendre le plat le plus petit et le moins cher pour expier sa faute imaginaire.

Moi : Arrete Aglae c'est absurde, nourris-toi, quoi !
Aglae : non, c'est bon, j'ai pas faim ! (les connaisseurs reconnaitront une replique bien feminine)

Le moine sauveur des estomacs vides
Alors que nous sommes un peu deprimes par la tournure de la soiree, j'entends un souffle rauque, et me tourne vers l'escalier - car nous mangeons a l'etage du fast-food. C'est un homme de la soixantaine, peut-etre moins, qui est en train de s'echiner a faire monter a une enorme valise les nombreuses marches qui separent les deux etages. L'homme est un veritable comedien : il nous regarde avec un petit sourire miserable, il fait des mines, essuie de son front une sueur imaginaire. Il est a moitie en train d'appeler a l'aide.

Je me leve donc et porte sa valise (vraiment lourde) pour les 6 derniers marches. Puis, d'autorite, je l'amene jusqu'a la place qu'il s'est choisie. L'homme, duquel emane une puissante odeur d'alcool, fait des mimes pour faire rire Aglae pendant que je porte sa valise, puis se confond en remerciements. Nous regagnons notre place, mais deux minutes plus tard, l'homme revient vers nous. Il nous parle en japonais, fait signe vers notre plateau degarni, vers lui, vers le comptoir de l'etage en-dessous. Au debut nous ne comprenons rien, puis je me demande s'il ne veut pas nous offrir quelque chose, d'autant qu'il fait les signes de manger et de boire.

Enfin, lasse de notre manque de comprehension de la langue nippone, il me prend par le bras et me fait descendre les degres qui menent au comptoir du fast-food. La, il explique au serveur ce qu'il veut, me fait des mines vers les photos des menus, et exige de moi une decision ferme. Je commence a comprendre, mais suis evidemment trop gene : pourquoi volerais-je l'argent d'un miserable ivre mort ? Excede de ma gene, le vieil homme demande au serveur de choisir pour moi un menu avec deux boissons, deux frites et une tonne de poulet.

Nous remontons. A savoir d'ailleurs : les Japonais ont completement biaise le principe du fast-food, puisque les serveurs vous amenent vos plateaux a votre table, et les debarrassent quand vous avez fini. Comme un restaurant, oui... Nous remercions dix fois, quinze fois, et acceptons l'invitation du monsieur de le rejoindre a sa table. Il ne parle toujours pas un mot d'anglais.

S'ensuivront des moments incroyables, qu'on peut difficilement trouver hors du Japon : des contorsions et des dessins pour expliquer au monsieur qui nous sommes, la meme chose de sa part pour nous faire comprendre qu'il est un moine bouddhiste (enfin nous n'en serons jamais surs), lui qui montre ses photos de voyage a la femme qui fait le menage dans le KFC, elle qui ecoute patiemment et gentiment parce qu'on ne froisse JAMAIS un aine, meme et surtout quand il est ivre, une dame d'age mur, tres elegante meme avec un poulet tout gras dans les mains, qui nous regardait avec un rire de connivence, le moine ivre qui ne mange rien et qui nous donne a finir ses plats (en plus de l'enorme truc qu'il nous a commande)...

A la fin, il ordonne aux serveurs de nous faire un paquet avec les morceaux que, le ventre gonfle a craquer, nous n'avons pas pu finir. Puis il sort une cigarette, nous demande si nous fumons. Devant notre refus, il refuse que nous soyons incommodes par sa fumee, et nous congedie assez brutalement.

Nous nous retrouvons dans la rue, hebetes, un sachet a la main rempli de morceaux de poulet frit tout froid, une serviette de table dans l'autre, gribouillee d'informations sur le moine ivre -informations en japonais que nous n'avons toujours pas pu faire decrypter. Il ne pleut plus, et Aglae ne regrette plus son caprice.

Nous venons de vivre une des rencontres les plus extraordinaires de notre voyage, a egalite avec la discussion avec Maharadjah Shiva, il y a de ca 3 mois.

mardi 28 avril 2009

Escalators, bebes et poulet a la creme

23 - 26 mars

Il ne nous est en effet rien arrive de fou a Hong-Kong. Nous etions loges chez des enfants d'amis de la maman d'Aglae, un couple de la trentaine, LM et PM. Ils avaient deux enfants en bas-age, Max la Menace (3 ans, la vitalite d'une tornade) et Louise (une poignee de mois, un regard a vous faire renoncer a une vasectomie), et s'en occuper relevait pour eux du grand defi - et ce malgre l'adjonction des forces de la nounou philippine, dont le nom philippin m'echappe a l'instant.

Au-dela de Hong-Kong meme, ville beaucoup plus propre et mesuree que les villes chinoises, aux habitants plus polis et souriants que la Chine, cette famille nous a fait litteralement changer de monde. C'est bien simple, pendant 5 jours nous avions un peu l'impression d'etre extraits de l'Asie, d'etre plus ou moins dans le grand Chinatown d'une ville francaise. En effet, PM, le pere de la famille, n'apprecie guere la nourriture chinoise, et n'aime rien moins que la cuisine francaise et le vin francais.

Avec L ils ont decide de nous redonner le gout du pays, et nous concoctent soir apres soir, matin apres matin (ah des croissants et du pain), les specialites dont nous avions oublie jusqu'au nom : poulet aux morilles, ratatouille, gateau au chocolat... Autant de choses qui a vous, lecteur, vous paraitront peut-etre classiques, mais qui a nos papilles gonflees de sauce soja apparaissaient comme la Danse des 7 Voiles de la fourchette et du couteau. Et d'ailleurs, depuis quand n'avions-nous pas tenu une fourchette et un couteau ?

Passons sur ces details gastronomiques, j'en pleurerais presque. Plus pratiquement, nos hotes habitaient en haut d'une colline de l'ile meme de HK, les Mid-Levels, desservie par les Mid-Levels Escalators, qui sont le plus long escalator du monde, escalator qui a transforme un quartier un peu difficile d'acces en lieu hype (rebaptise Soho, signe de hypitude). En realite, nous fumes un peu decus a la premiere montee, car les Mid-Levels Escalators ne sont pas 1 mais une douzaine de troncons : a chaque fois qu'on croise une rue, il faut marcher a nouveau jusqu'au prochain escalator. Ce n'est que bout a bout qu'on se rend compte que ca fait de longues minutes qu'on est sur le meme escalator !

Faineants ?

Je vous vois venir avec vos accusations acerbes comme une grippe porcine. Vous etiez a HK et vous n'avez pas fait grand-chose ? Eh bien en fait si, mais il ne s'agissait point de decouverte de la ville. A peine apres avoir passe la frontiere, nous nous tapions deja 4 changements de metro pour aller pointer a l'ambassade de Chine, afin d'avoir un second visa chinois (puisque nous comptions retourner en Chine apres notre sejour au Japon).

Puis ce fut le tour du visa russe (Aglae avait vu sur internet qu'il etait devenu impossible de l'obtenir en Chine ou au Japon, c'etait donc le dernier recours), precede de l'obtention par internet d'une invitation plus ou moins frauduleuse (payante bien evidemment, mais tout le monde fait ca), necessaire pour obtenir le visa. Ensuite, il fallut s'assurer d'un moyen de rejoindre ledit Japon : tous les billets d'avion sur internet depassaient les 500 euros (pour un aller pas tres loin... absurdite), car il n'existe pas de low-cost qui relie le Japon. Nous degotons une agence de voyage, situee au quarantieme etage d'un immeuble de bureaux (c'est toujours comme ca a Hong-Kong, il faut aller chercher les magasins a des endroits incroyables), qui nous obtient un aller-retour pour 250 euros (une offre possible avec un retour 3 jours apres)... Nous n'utiliserons jamais le retour bien entendu, on remercie au passage le sens de la logique commerciale des compagnies aeriennes.

Mais la paperasse n'etait pas finie ! Il fallut aussi acheter le JR Pass, sorte d'EuroRail du Japon, offre incroyable qui permet l'utilisation illimitee des trains et TGV au Japon (ou ca vaut tres tres tres tres cher), qui ne peut s'acheter que dans un pays tiers. Autre agence de voyage, donc.

Par ailleurs il fallait aussi s'assurer de la partie "mais comment quitter le Japon pas cher ?". Nous nous etions decide depuis le debut pour un ferry de Osaka jusqu'a Shanghai, notre premiere destination chinoise. Sauf que la veille de notre depart pour Tokyo, Aglae, en trainant sur le site de la compagnie de ferry, remarque une anomalie : le bateau opere une fois par semaine, toute l'annee, sauf une semaine, ou il est en reparations. Et devinez la seule semaine de l'annee ou il restait a quai?

LA NOTRE !

C'est donc la course, recherches effrenees sur internet, etc, jusqu'a trouver l'existence d'une obscure compagnie reliant l'obscur port japonais de Shimonoseki a la grande ville portuaire chinoise de Qingdao (mais si, la biere Tsingtao, vous connaissez, non ?). Site internet en japonais ou en chinois. Nous reussissons a comprendre les prix et a trouver l'adresse e-mail, ou un type semble comprendre l'anglais et nous confirme la reservation.

Enfin, last but not least, deux jours avant le depart, nous commencons a nous interroger : ne serait-ce pas une bonne idee de commencer a reserver des hotels au Japon ? Cette interrogation commence a poindre alors que des souvenirs d'hotels pleins, lors de mon premier voyage au Pays du Soleil Levant, me reviennent en memoire. Et la, comme nous le precise L, qui a habite au Japon, nous serons en plein Sakura, qui n'est pas une periode de vacances, mais presque. En effet, Sakura, c'est la floraison des fleurs de cerisiers. Pour les Japonais, c'est une institution. Cela veut dire que tous les week-ends, on va visiter des villes et faire des pique-nique sous des cerisiers. Or les Japonais reservent toujours bien en avance leurs voyage.

Comme nous nous en rendons vite compte en appelant les premiers hotels et en consultant les sites de reservation, TOUT est plein a Tokyo et Kyoto lors des week-ends. Nous passerons ainsi la derniere journee a HK a ne rien faire d'autre que passer des coups de fil, envoyer des mails, etc. In fine, nous aurons avant notre depart pour le Japon TOUT reserve, sauf 2 nuits particulieres que nous vous raconterons, ce qui releve un peu de l'exploit dans la plupart des cas.

Pendant ce temps, Hong-Kong nous attendait, et ne nous voyait pas venir...

Mais HK alors ?

N'exagerons rien, nous avons quand meme visite HK les premiers jours, et entre les demarches administratives les jours suivants. Hong-Kong nous apparait comme le compromis ideal entre Singapour et les villes chinoises : propre mais animee, policee mais vivante, moderne mais jolie. Impossible de se croire ailleurs qu'a HK : levez les yeux, les montagnes sont partout, et semblent a tout moment vouloir encercler, rattraper cette ville compacte.

Car a Hong-Kong, comme nous disaient hier deux Indiens qui y ont vecu, comme il manque de la place, on a prefere l'expansion par le haut. Partout, c'est donc une foret impenetrable de gigantesques barres d'immeubles. Chacun a ete peint en couleurs au moment de sa construction, couleurs qui, l'humidite incroyable de HK aidant, sont toujours un peu passees. D'ou une myriade de gratte-ciels pastels, un peu roses, un peu mauves. Ne rigolez pas, l'effet est saisissant, d'autant qu'ils ont tous cet air decrepit qui donne l'impression qu'on visite une ville moderne ancienne. Ou quelque chose comme ca.

Un air de brume

Element constitutif de HK, inseparables diront certains : le temps pourri. A part le premier jour ou il faisait environ 1500 degres, au point qu'on croyait avancer dans la vapeur, il a fait un temps pourri tous les jours. Pluie, bruine, brume, autant de variations plus ou moins froides de la couleur grise. Pour autant, Hong-Kong est une ville a qui le gris va bien. Sans blague, la brume s'accroche sans probleme a ses rues, ses immeubles un peu deglingues, ses grands centres d'affaires, comme l'armee des fantomes du royaume de l'argent.

En parlant de deglingue, une visite fut particulierement instructive, bien que rarement a mon avis dans les circuits organises : ce fut celle de la Chungking Mansion, mythique immeuble de logements bon marches. En fait, c'est une enorme barre, absolument pourrie, grise, sale, au milieu de la rue la plus commercante et animee de Hong Kong. L'entree principale est fourmillante d'Indiens : rapidement on se retrouve en Inde, au milieu d'un fourbi d'etals. Tous proposent pele-mele samosas, naans, jeans de contrefacon, appareils electronique pas chers (qui j'imagine ne doivent pas tenir longtemps). Une armee d'Indiens a l'air un peu louche nous proposent des guest-houses ou des habits sur mesure. A noter d'ailleurs que dans HK vous ne pouvez pas faire un metre sans qu'on vous propose des habits sur mesure.

Mais l'interet du truc c'est surtout de monter dans les etages. De glauques ascenseurs vous deposent dans des etages sombres ou, au-dessus de portes fermees a triple tour, cadenassees d'autant de chaines que Fort Knox, vous trouvez des petits panneaux tels que : Happy Guest House ou Disney Guest House, parfois doubles de panneaux disant : Allah est grand. En tout, il doit y avoir une quarantaine de guest-houses. C'est drole a force d'etre sinistre.

Deux semaines plus tard, j'ai croise dans une auberge de jeunesse a Shanghai un jeune Anglais. Il avait sejourne dans une des pensions de la Chungking Mansion, et n'avait pas tenu plus d'une nuit. Il m'a raconte son experience :

- En fait, il ne faut pas croire que ce sont des pensions pour les voyageurs, les backpackers a petit budget. Non, ce sont des endroits ou les travailleurs immigres, la plupart du temps illegaux, viennent pour dormir. Le soir, je me suis donc retrouve face a une dizaine d'Africains et d'Indiens qui me regardaient en silence, fixement, avec des yeux ronds. Je suis parti loger ailleurs, a la Mirador Mansions, dans le meme genre, qui etait legerement moins glauque.

Et pourtant, Mirador Mansion, rien que le nom...

Du haut de la banque

Hong Kong ne consiste pas uniquement en cet aspect un peu sale et decrepi, qui a mon avis ne tardera pas a disparaitre. La ville la plus riche de Chine peut aussi se targuer de certains des plus hauts, des plus elegants et des plus classieux des gratte-ciels. Passer de Kowloon (peninsule sur le continent chinois, partie du territoire de HK) a l'ile de Hong-Kong en Star Ferry fait partie des experiences les plus fortes de notre sejour sur place. Ce ferry, qui ne coute quasiment rien, offre une vue panoramique et stupefiante sur la mer de gratte-ciels qui vous entoure.

Autre super plan, celui donne par notre ami Nicolas, qui avait etudie un an a HK : l'immeuble de la Bank of China propose de monter gratuitement au 43e etage. Observation gratos, donc, en plein milieu du CBD, le quartier des affaires archi-moderne de HK. Vue splendide, evidemment.

Troisieme poste d'observation, cette fois-ci a mourir de rire : tous les soirs, 365 jours par an, la ville de Hong Kong se prete a un spectacle son et lumiere delirant. Ca s'appelle Symphony of Lights, et ca consiste a eclairer en rythme une vingtaine de gratte-ciels de Hong Kong. Lumieres roses, bleues, neons appuyant les contours des immeubles... Le tout sur une musique generalement ridicule, mais tres entrainante.

C'est difficile a narrer, mais il faut savoir que nous riions en permanence, mais pas un rire de moquerie. Plutot un rire naif, un rire d'enfant : apres tout est-ce vraiment une honte de reutiliser comme ca les immeubles, de faire que le spectacle s'accapare la ville ? On pense aux illuminations des fetes de la Lumiere a Lyon, au 14 juillet, mais jamais je n'ai vu une telle demesure (pensez bien, tous les gratteciels du front de mer), et surtout tous les jours. Dingue.

Il y avait bien evidemment un monde fou sur cette promenade, des milliers de gens qui tous prenaient des photos avec flash d'immeubles situes a deux kilometres. Il faut surtout voir et entendre le debut, ou une voix surexcitee annonce les participants au jeu : "et maintenant, l'immeuble HSBC ! L'immeuble de Citibank !" et immediatement l'immeuble en question qui redouble d'effets lumineux, comme un chien bien dresse.

Victoria what ?

Par modestie, il faut aussi narrer notre derniere tentative pour voir la ville de nuit (la ou elle est la plus belle, evidemment). L et P nous tannaient pour que nous allions voir le Peak, qui n'etait certes pas loin de chez eux (ils habitaient sur le flanc du Peak). Une plate-forme d'observation y est notamment installee pour admirer la ville se deroulant a ses pieds. Sur le papier ca avait l'air genial, et recommande par tous.

Le dernier soir, apres diner, apres cette journee infernale a chercher des hotels au Japon, nous nous decidons a y faire un tour. Apres tout, le funiculaire ferme assez tard, nous avons bien une heure devant nous. Nous sautons dans un taxi, et lui annoncons "Victoria Peak". Il comprend "Victoria Park", ou quelque chose comme ca, et apres un bon moment dans la mauvaise direction, je lui fait part de mes inquietudes. Il ira jusqu'a appeler un ami parlant mieux anglais que lui pour comprendre notre destination. Vraiment sympa.

Mais au fur et a mesure que nous montons reellement vers Victoria Peak, un doute terrible nous etreint : oui il a fait moche toute la journee ; c'est vrai que maintenant qu'on y pense, il y avait l'air d'avoir de sacres gros paquets de brumes en haut des plus grands gratte-ciels les derniers jours ; mon Dieu serait-ce de la brume autour du taxi?

Nous arrivons en haut du Peak, et c'est l'echec absolu. Nous deambulons d'abord dans un centre commercial abandonne (tous les magasins sont fermes), avant de trouver - peut-etre- une plate-forme de vague observation. Un mur de brume blanc et froid glisse imperturbablement devant nous. Je suis meme oblige de sortir ma boussolle pour savoir dans quelle direction est la fameuse ville etincelante. Des qu'Aglae s'eloigne de moi de plus de 10m, elle devient une ombre dans la brume, comme dans le film Les Autres. La descente en funiculaire sera encore plus decevante. Honte.

Bilan Hong-Kongais

Nous partirons donc de Hong-Kong un peu sur notre faim : nous avons decouvert une ville magnifique, qui nous plaisait beaucoup ; par contre nous en avons peu profite, a cause de nos demarches d'organisation, et aussi a cause du temps. Mille promenades et escapades vers les iles autour de HK sont possibles quand il fait beau : nous n'en avons fait aucune.

Mais lorsque nous partons du continent chinois, nous savons que nous voulons revenir explorer cette cite, a une saison un peu plus propice (et avec plus d'argent car... Hong Kong est une ville un peu ruineuse). Et surtout, nous partons de Chine avec quelques precieux atouts pour la suite de notre voyage : nous aurons l'esprit libre pour les 10 jours a passer au Japon (et 10 jours c'est peu), nous avons enfin notre visa russe, tant redoute, et notre second visa chinois, sans lequel nous aurions ete oblige de dire adieu a Shanghai, la Cite Interdite de Pekin, les Guerriers en terre cuite de Xi'an et la Grande Muraille.

C'eut ete dommage, non ?

mercredi 18 mars 2009

Hoi An second jour - Brassens au Vietnam

28 fevrier
Nous nous reveillons bien disposes a mieux profiter de Hoi An, et a passer l'eponge sur ses cotes les plus touristico-irritants.

La visite de Hoi An est particulierement bien organisee : plutot que de donner un acces a tous les batiments anciens, ou bien de faire payer l'entree de chaque, le ticket d'entree permet de faire son choix parmi : une des trois maisons chinoises, un des quatre musees, un des trois temples, etc. La visite d'une vieille maison coloniale chinoise, avec un guide parlant francais siouplait, est assez delicieuse (passons sur le comique arret dans la boutique a l'arriere de la maison). La decoration a l'interieur est un savant melange d'art chinois, vietnamien et japonais. Le petit pont japonais, symbole de la ville, et les belles facades font de Hoi An un lieu vraiment charmant.

Nous passons aussi pas mal de temps a flaner dans ces rues sympathiques et a boire de la biere pression (oups faute de frappe, je voulais dire "manger des fiers poissons") en contemplant la riviere. Sympathique !

Au passage, je renvoie les amateurs au tres drole et tres bien ecrit message d'Etienne sur sa visite de Hoi An, il y a quelques annees.

Glisser dans la piscine
Le soir, nous avons le plaisir de rentrer dans notre nouvel hotel. Apres avoir choisi au hasard un bouge ou l'humidite trainait en volutes, nous decidons pour notre seconde nuit de demenager dans un hotel. Ce sont deux Israeliens, voisins de table le temps d'un dejeuner, qui nous l'ont conseille. Il s'agit de la meilleure affaire du monde : un hotel tres propre, aux chambres tres mignonnes, tout confort, avec internet gratuit et une piscine interieure.... pour 10 dollars. Non il ne manque pas un zero, c'est juste que les standards de l'hotellerie viet sont incroyablement hauts. Tourisme gigantesque oblige.

Vous avez dit touriste ?
Oui, le Vietnam, tourisme gigantesque. Nous n'avions pas mesure a quel point ce pays pouvait etre visite. J'etais persuade que la Thailande etait plus un nid a touristes que le Vietnam, mais au vu du nombre de voyageurs, j'avais tort. A Saigon, 5 rues entieres transformees en quartier occidental, car elles ne contiennent que des guesthouses et des bars. A Hanoi, des guesthouses partout. A Hoi An, dans la baie d'Along, a Hue, des centaines de groupes, des visites organisees, des bus en veux-tu en voila.

Pourquoi donc tant de monde ? Si le Vietnam est moins connue pour ses plages que la Thailande (a tort, parait-il), ce pays attire, par son histoire, un paquet de retraites : combien d'Americains, veterans ou fils de vets, combien de Francais, encore fascines par le parfum de l'Indochine, a-t-on croise, navigant par groupes dans les rues de Hoi An ? Impossible de savoir precisement.

J'avais dit que les bouibouis s'etaient adaptes a la presence des etrangers, par un systeme de doubles prix ; mais tous les dix metres on croise une agence de voyage, qui peut vous amener partout au Vietnam en bus, partout dans la region en tour organise, vous reserve des billets d'avion, de train, des taxis, des motos. Une concurrence incommensurable qui donne souvent le tournis.

Nous passons donc une heure a nous baigner dans la piscine de cet hotel pour voyageurs a petits budgets : sentiment etrange et delectable, l'impression d'etre un peu de trop !

Avalanche de nourriture et George B.
A cause notamment de nos maladies respectives, nous sommes un peu passes a cote de la grande cuisine du Cambodge et de la Thailande : nous nous sommes concentres sur des plats simples, de la cuisine de rue ou des restaurants de nourriture occidentale. Pas le temps, pas l'envie ou pas la motivation : en tout cas on le regrette deja un peu.

Nous avons donc pris la decision, a Hoi An, de ne pas nous laisser abattre : pas question, dans ce pays ou jusqu'ici l'on mange si bien, de ne pas reiterer les experiences indiennes (restaurant gastronomique de Noel) et nepalaises (restaurant du pere de l'amie de Razz). Nous decidons donc de nous orienter vers un etablissement de specialites locales de Hoi An, cense procurer des plats incroyables. Nous avons d'abord un peu de mal a croire que le Cafe des Amis conseille par notre guide est un restaurant de nourriture viet. Mais le patron est un vrai vietnamien, et nous enjoint a entrer, dans un francais quasi-parfait. Un menu ? ah non pas de menu, le menu est fixe, et on ne peut pas savoir a l'avance ce qu'on mangera !

Je suis un peu angoisse pour Aglae, qui a parfois des gouts culinaires... precis, mais elle prend son courage a deux mains, et dit "Entrons". La gigantesque photo de Georges Brassens, a l'entree, lui a peut-etre permis de sauter le pas. Qui sait.

Le patron du restaurant est tout simplement fou de la France, d'autant que vu son age, il a du vivre Indochinois avant d'etre Vietnamien. Nous entendrons donc pendant notre repas un CD entier de Brassens, puis un best-of de Brel. Voir des serveurs vietnamiens passer en chantant a tue-tete "le port d'Amsterdam" par-dessus la chanson, avec l'accent vietnamien, est une experience tout a fait memorable.

(bien entendu, le restaurant est rempli a ras-bord de fap, ie de Francais, aussi charmes que nous)

Charmes ? En effet, l'avalanche de nourriture (6 plats) qui se deverse sur notre table est bouleversante. Insolents raviolis de crevette parfumes, fins nems, poissons en sauce au sourire desarmant, nouilles ravissantes, soupes de poissons tumultueuses, seduisantes cremes caramel (specialite du Vietnam, sans rire), mysterieuses fritures et calamar rigolard. Aglae ne regrette pas son saut dans le vide ! D'autant que le patron la ressert en creme caramel, vraissemblablement au courant que ladite demoiselle se regale du sucre. Je reste vigilant face a cette tentative vicieuse pour charmer Aglae.

Nous rentrons a la maison plies en deux, tant nos ventres sont pleins et crient a la reddition. Le Vietnam nous ravit les yeux, et la langue.

mardi 10 mars 2009

Accueillis a bras ouverts dans le delta du Mekong!

24 - 26 fevrier

Ho Chi Minh City / Saigon : pour la premiere fois depuis le debut de notre voyage, nous arrivons dans un nouveau pays de jour. Et ca change tout! Nous trouvons rapidement un bus pour aller de l'aeroport au centre-ville et pouvons chercher une guesthouse presque en toute tranquillite. Presque? Oui, car il y a evidemment une foule de rabatteurs qui essaient a tout prix de nous mettre des cartes d'hotel dans la main. La palme reviendra a une vieille dame reveche, qui nous declare ehontement que bien sur que non elle ne touche pas de commission! Elle est payee par le gouvernement! On passe notre chemin en souriant d'un air dubitatif, ce qui la met hors d'elle. Nous la reverrons plus tard, assise sur le pas de la porte de notre hotel. En nous voyant elle se met a cracher comme un chat enerve. Une vraie sorciere!


Ce qui caracterise HCMC est le nombre incroyable de motos qui y circulent. Des essaims de motos attendent en vombrissant aux feux rouges, puis se croisent dans le plus grand desordre, mais sans se toucher. Pour une voiture, il y a 50 motos, et on pourrait rester des heures immobile sur le trottoir, juste a contempler ce flot ininterrompu. Mais il faut bien traverser la rue ! C'est une experience un peu angoissante mais digne d'un jeu vidieo: il faut marcher lentement, a vitesse constante : chaque moto vous evite, de preference au dernier moment, mais elles ne s'arretent jamais. Et ca marche!


Who is Chouchou?
Quand j'etais petite, nous avions un charmant voisin vietnamien, surnomme pour d'obscures raisons "Chouchou". Il avait quitte le Vietnam a 20 ans, pour venir en France dans les troupes coloniales, et il etait reste. Il n'a pu retourner dans son pays et y retrouver les descendants de sa famille qu'aux debuts des annees 1990, a la reouverture du pays. Il s'y est depuis rendu plusieurs fois pour rendre visite a ses innombrables petits neveux et nieces. Par hasard, il se trouvait au Vietnam en meme temps que nous, un coup de chance qui s'est joue a quelques jours pres.


J'ai le numero d'une de ses petites nieces: Linh. Je l'appelle a tout hasard : elle m'apprend que Chouchou n'est pas a Saigon, mais me propose de nous retrouver le lendemain pour le dejeuner.


En route pour le delta, tant pis pour Saigon!

Le petit-dej est inclus dans le prix de la chambre. Nous nous attendons a deux tartines de pain sec. Eh bien non! De la delicieuse baguette, des toasts grilles, des oeufs et de la confiture maison nous attendent sur la table. La journee commence bien!

Apres avoir traverse un marche immense ou il etait difficile de se frayer un chemin entre les faux jeans Diesel et les vendeurs s'aggripant (litteralement) a vous pour tenter de vous arreter, nous apercevons une silhouette vetue de rose nous attendant sous l'absurde statue du premier vietnamien a avoir utiliser des pigeons voyageurs.

Linh nous salue brievement puis nous ordonne autoritairement de ne pas bouger, puis repart en courant. Soudain, elle emerge a moto du flot incessant de vehicules, accompagnee d'un de ses cousins, Cao, lui aussi a moto. Ils nous tendent un casque et nous montons derriere eux, ne sachant pas ou ils vont nous emmener. Nous nous retrouvons entoures de centaines de motos, l'impression est incroyable. Tout le monde grille les feux rouges mais inexplicablement, on se sent plutot en securite.

Autour d'un delicieux repas de specialites vietnamiennes qu'ils tiendront absolument a nous offrir, nous faisons connaissance avec les 2 cousins. Linh cherche du travail comme manucure et Cao fait des etudes de finances pour travailler dans une banque. Ils parlent tous les 2 plutot bien anglais, mais l'accent etrange de Cao qui nous complique un peu la tache ("dangery" pour "dangerous", "frel" pour "french" et pour "friend")...

Ils nous demandent alors si on desire voir Chouchou qui est dans leur famille, dans un village du delta du Mekong a 3 heures de Saigon. Nous repondons par l'affirmative et alors tout s'enchaine: retour en catastrophe a l'hotel pour attraper au vol une brosse a dent, y laisser nos gros sacs et reserver une chambre pour le lendemain soir, nouveau slalom a moto dans la ville, depos des 2 motos chez des amis, taxi jusqu'a une gare de minibus et nous voila en route pour l'extreme sud du Vietnam!

Tout au long du trajet, nous sommes assaillis par la gentillesse de nos guides improvises: est-ce que le minibus n'est pas trop inconfortable? Est-ce qu'on a faim? Est-ce qu'on a soif? ... Le paysage change et nous passons sur des ponts toutes les 5mn: l'eau est partout! Apres 3h30 de route nous prennons un ferry pour traverser le fleuve, d'une largeur incroyable et couvert d'embarcations diverses: freles petits bateaux, peniches, plateforme avec des grues pour draguer le fleuve...


A la descente du ferry nous attend le pere de Cao, qui est tres intimide et nous regarde a peine. Une fois habitue a notre presence, il affichera toujours un sourire bienveillant. Il nous conduit en voiture jusqu'a sa maison ou nous attend le but de cette equipee: Chouchou! Je suis tres heureuse de le voir au Vietnam, c'est "estraordinaire" et emouvant.

Nous avons a peine le temps de nous asseoir qu'on nous apporte deja du jus de noix de coco fraiche. Nous partons ensuite a moto vers la maison de la famille de Linh ou nous allons diner. Agreable trajet a la nuit tombante, ou nous croisons toutes sortes d'etudiants et d'etudiantes a velo.

Toutes les generations sont reunies pour ce repas de fete, depuis les enfants faisant du karaoke devant la television jusqu'a Chouchou, le doyen de la famille (et donc la personne la plus respectee par tous). Le diner est un enchantement culinaire: poissons tout juste peches dans le Mekong, legumes finement assaisonnes, rouleaux de printemps, fruits parfumes venus des vergers voisins et parfois inconnus (certains n'ont meme pas de traduction en francais). On nous donne les meilleurs morceaux, la seule mangue est juste pour nous... Les femmes de la famille ont du cuisiner toute la journee pour preparer tant de choses a manger (nous sommes une vingtaine et il y a a manger pour quarante). Je suis particulierement couverte d'attentions, car c'est moi qui est "de la famille (de coeur)" de Chouchou. Tout le monde me trouve belle, adorable, etc. Charly me confessera par la suite qu'il se sentait un peu pot de fleurs!

Nous sommes tres touches et enchantes par un tel accueil. C'est vraiment le reve pour commencer notre aventure au Vietnam !

Nous rentrons dans la maison de la famille de Cao pour y dormir: tout le monde se serre pour nous laisser une chambre, dans laquelle on nous installe rien de moins que 2 ventilateurs et un paquet de sucreries au cas ou on aurait faim la nuit!

Le lendemain matin, nous allons faire le marche avec la maman de Cao. Le petit-dejeuner est un nouveau delice: oeufs, baguette, delicieux porridge sucre au lait de coco et au mais. Heureusement que Linh et Cao parlent anglais et font la traduction au reste de la famille ! Nous repetons a tour de bras les deux mots de vietnamiens que nous avons apris: "delicieux" et "merci".

Une amie de la famille et de Chouchou vient nous rendre visite et nous invite a visiter son jardin. Il s'agit en fait d'un immense verger, traverse d'une multitude de canaux et couverts de pamplemoussiers. Les pamplemousses font d'ailleurs environ 5 fois la taille d'un pamplemousse francais ! Elle en ramasse, va demander des oranges a sa voisine et nous concocte le meilleur jus d'agrumes de tous les temps dans un vieux shaker en plastique. Elle veut absolument etre prise en photo avec nous au milieu de ses (magnifiques) fleurs et nous offre meme deux enormes pamplemousse en partant!

A notre retour, c'est deja l'heure de dejeuner (11h15) et le repas est a nouveau delicieux. Il n'y a pas mois de 3 sortes de poisson differentes! Ce fut d'ailleurs un serieux probleme pour enlever les aretes avec des baguettes. Heureusement, Chouchou me donne un coup de main; Charly s'en sort remarquablement bien et est felicite par la maitresse de maison ! Encore de la mangue (je n'en ai jamais mange d'aussi bonnes) pour le dessert, huuum.... !

Je dis au revoir a Chouchou, et nous repartons pour HCMC avec Cao et Linh, qui nous offrent a nouveau des noix de coco fraiches pendant le voyage (nous en avons ete abreuves pendant 2 jours, huum!).

samedi 14 février 2009

Lettre à maman Aglaé

Chère Maman d'Aglaé,

Je vous donne des nouvelles de votre fille. Elle se nourrit très bien, et culinairement, elle change à vue d'oeil.

Depuis que nous avons quitté la France, ses fromages qui la font hurler, ses fruits de mer qui la font pleurer, ses sauces et mélanges qui la font sangloter, votre fille s'est métamorphosée.

Pourtant, les Indiens, les premiers à lui présenter leurs assiettes richement garnies, avaient tout pour la dissuader d'être une aventurière de la fourchette. Sauces riches, mélangées, cuites des heures avec la viande = impossibilité de séparer la sauce de la garniture de la viande. Epices abondantes, diverses, brûlantes, souvent inconnues = du nouveau à chaque fois, et impossible de savoir VRAIMENT ce que l'on mange (sans parler des conditions d'hygiène ah ah ah).

Et pourtant, chère maman d'Aglaé, après deux jours d'inquiétude, très vite votre fille s'est jetée à l'eau, ou plutôt devrais-je dire dans la marmite de riz basmati. Attention, je ne dis pas que ça s'est fait d'un coup, ni sans à coups. Il a fallu patienter, il a fallu fermer les yeux sur les fois où elle était "trop fatiguée", "trop malade" pour tenter de nouvelles expériences culinaires. Mais dans l'ensemble, c'est dans les moments où elle était le plus acculée (boui-bouis indiens où il n'y avait pas de choix) qu'elle s'est révelée la plus vaillante. Elle a fait comme les Indiens, et a orienté les plats autour du Pain, son Amour de toujours (je me console d'être un Amour plus récent mais plus passionné). Il faut dire que les Indiens, question pain, avaient fait quelques efforts pour la ravir : chapati, naan, rotis et autres pooris ne sont que des variations inventives autour du Sacré Sacro Saint Pain si cher aux Franchouillards.

J'aurais aimé que vous puissiez voir de vos propres yeux votre fille s'emparer d'un Dosa (grande crêpe du Sud), la plonger avec entêtement dans une sauce verdâtre ou orangeâtre à la composition inconnue du commun des mortels, la retirer dégoulinante pour l'enfourner dans son délicat museau ! Oh que vous auriez été contente ! Quelle vengeance sur les longs repas que vous avez dû passer à essayer de lui faire manger autre chose que d'habitude !

Certes votre fille n'a pas mangé non plus des choses incroyables, telles que des Crevettes, mais elle a quasiment tout goûté, et pour ça, elle mérite un Vin sur Vin. Curry de poissons épicés, crêpes aux oignons au petit-déjeuner, elle m'a surpris et me surprend encore.

Mais chère maman d'Aglaé, il fallait aussi la voir réclamer, les soirs de grand vent, un bon thali, comme les gens d'ici : du riz à prendre avec les doigts, pour en faire de grandes boulettes à tremper dans la sauce.

Momos et autres contrariétés
Sitôt franchie la frontière du Népal, ladite Aglaé, vostre progéniture en personne, s'emparait de momos, beignets vapeur, baignant dans la graisse, dont la viande hachée avait souvent une provenance douteuse. Qu'importât qu'elle tombât malade, et qu'importât que j'usas du subjonctif passé n'importe comment, pourvu qu'elle puisse goûter du nouveau ! Madame, votre fille est changée.

Souvenez-vous même de ce message où elle racontait avoir goûté tout ce qui passait dans son assiette. Eh bien contre toute attente elle ne mentait pas !

(d'odieuses rumeurs insinuent même qu'elle aurait mangé de bon coeur du paneer, fromage non fermenté indien, avant que je lui fasse remarquer qu'il s'agissait de fromage, et qu'elle décide de nier qu'elle en eût jamais ingurgité un gramme)

Bref, je suis le plus heureux des partenaires de table, Madame, et l'Asie du Sud-Est n'a qu'encouragé le goût pour l'aventure de bouche : croyez-vous que les saveurs sucré-salé-amer-acide, toujours co-présentes dans la nourriture de cette région, lui aient fait peur ? Que nenni, madame, que nenni ! Après un temps d'adaptation, noix de coco, brins de ciboulette, de citronnelle, de menthe et de coriandre se sont engouffrés, souvent en même temps, dans un embouteillage de saveurs et une explosion de différences, noyées dans la sauce, frites ensemble, pleurant de joie de goûter enfin aux papilles de la célèbre Aglaé, et vous savez le plus fort, madame ?

ELLE EN REDEMANDE !

(bon, là, elle est malade de façon discontinue depuis 10 jours, donc elle se rabat sur du riz blanc-omelette et des soupes de nouilles, mais elle n'a pas dit son dernier mot)

mardi 20 janvier 2009

Vientiane, la colonie de vacances

Attention long message a couper en deux si vous n'avez pas le temps
13 janvier


Je vous avais laisse sur un suspense haletant et une nouvelle arrivee nocturne. En effet, entre Kochi etKathmandou, nous commencons a nous faire une specialite des arrivees nocturnes et compliquees.

Mais a notre arrivee au Laos, il n'etait pas trop tard, et si nous n'avions pas reussi a joindre le Laos depuis le Nepal, pour cause de telephones qui marchaient pas, nous avions cette fois, aeroport oblige, pu prendre un paquet de devises : une nouvelle reserve de dollars, et surtout, la monnaie lao, a savoir...

le Kip !

Pour ceux que ca interesse, le Kip est une autre de ces monnaies fantoches, grande specialite des regimes communistes ou presque ; son cours bouge si rapidement que les Guides de voyage donnent les prix en dollars plutot qu'en kips ; a notre arrivee, un euro vaut 11 200 kips ! Nous avons donc retire la rondelette somme de 3 millions de kips, somme qui nous rendra millionnaire (mais qui, a l'heure ou j'ecris ce message, est a moitie depensee).

A savoir aussi que le kip est la monnaie officielle, mais que les hotels et les achats un peu importants (au-dessus de 5 euros) sont souvent factures en dollars (8500 kips) et en bahts thailandais (100 bahts valent deux euros, soit 1 baht a environ 200 kips) , ce qui rend les calculs infinis, fastidieux, insupportables, surtout quand on veut vous rendre la monnaie en kips sur des dollars, a des taux jamais avantageux du tout. Pour l'instant, nous avons reussi a nous epargner les bahts, ce qui fait que nous n'avons que deux monnaies dans notre portefeuille, les kips et les dollars.

A titre d'information, une petite pension vaut donc 50 000 kips, et les sandwichs peuvent atteindre les 30000 kips. Difficile de s'y retrouver, sans parler de l'impression de depenser sans compter !

Sorry we are full
Moins marrante fut l'arrivee a Vientiane. Nous decouvrons une capitale completement endormie, a 22 heures a peine. Une fois arrives dans le centre touristique, ou nous attendent toutes les auberges et pensions, nous decouvrons quelques personnes dans la rue et dans quelques bars... que des touristes ! Aucun Laotien ne semble encore eveille, a part les serveurs des restaurants, et d'adorables vendeurs ambulants de crepes a la banane et au chocolat, qui deviendront, on s'en doute deja, les meilleurs amis d'Aglae.

La pension que nous recherchions en priorite est fermee pour travaux, depuis hier... Celle d'a cote est pleine, sauf un dortoir, qui vaut trois fois le prix d'une chambre dans les hotels d'a cote. Nous passons notre chemin, quitte a revenir, et commencons a aligner les pensions indiquees par le Lonely Planet. Et la, surprise et horreur, tout est plein. Nous n'avons meme pas entrer dans les hotels, nous passons devant et voyons des petits panneaux "FULL" accrochees aux baies vitrees. Les sacs commencent a peser, et au bout de 3/4 d'heure, nous nous rendons compte que nous avons frappe aux portes d'une dizaine, voire d'une quinzaine de pensions pleines a ras bords. Seuls les hotels plus classes semblent ouverts, aussi nous ne nous inquietons pas outre mesure (a part pour notre bourse), car nous avons toujours une solution de repli.

Nous finissons, a 23h30, par choisir une solution intermediaire, en allant dans un petit hotel. Miracle, le gerant est tellement sympathique qu'il nous fait une grosse reduction quand il comprend que nous ne sommes pas le client lambda.

La chambre est certes petite et, situee a cote d'une fontaine tres decorative du hall de l'hotel, plutot bruyante, mais elle est d'une proprete exemplaire ! Le gerant nous donne meme du savon, des serviettes, et une bouteille d'eau minerale !

Hourra, sonnez trompettes, nous avons enfin atteint un pays de la gentillesse et du service vraiment sympa. Aglae insistera pour faire un tour aupres des vendeurs de crepes, qui les faconnent un peu comme des pizzas, en etirant une boule de pate elastique, qu'ils jettent sur une grande plaque, a grands renforts de beurre ET d'huile, avant d'arroser le tout de beurre, de sucre, de bananes, de lait concentre sucre, et de chocolat. Miraculeusement, c'est tres croustillant et digeste.

J'imagine toutefois que pour un Breton, voir un Laotien couper la crepe en petits morceaux, avant de planter des cure-dents dedans, doit etre assez perturbant.

Une capitale ?
Le lendemain, nous partons a l'assaut de Vientiane et d'une pension plus adaptee a nos budgets (et sans fontaine). Nous trouvons rapidement la Porntip Guesthouse. Oui, les Anglophones auront bien lu, c'est la pension du pourboire pornographique, un joli nom pour un endroit de reve : des petites chambres pas cheres, croquignolettes, une affaire geree par des femmes souriantes, autour d'une cour ombragee avec des fontaines (qui s'arretent la nuit) et plein de verdure, une salle de bain commune un peu privee, vu qu'on n'y a jamais vu personne, encore des bouteilles d'eau minerale qui nous attendent dans la chambre.

LE REVE!

Quant a Vientiane, que nous explorerons avec l'indolence d'un escargot sous morphine, il s'agit d'une ville qui semble vivre dans un perpetuel dimanche : rues vides de circulation, petites paillottes qui font des grillades le long du fleuve, bars-lounge sympathiques, vendeurs de sandwich et de crepes, grands arbres, soleil doux. En plus nous sommes a la saison seche, et des que nous sommes dans l'ombre il fait quasiment froid - nous sommes a mille lieues de la moiteur etouffante des jungles d'Asie du Sud-Est, telles que nous nous les imaginons.

Influence francaise obligent, deux traits donnent encore plus l'impression d'un village mediterraneen : des groupes de jeunes et de moins jeunes s'adonnent le long du fleuve a la petang, derive de la petanque ; on peut deguster de succulents sandwichs au pah-tey, prepares avec de la croustillante baguette francaise. Aglae, qui avait vaillamment tenu les experimentations culinaires, souvent epicees, de l'Inde et du Nepal, brise ses chaines et semble s'envoler de bonheur. Les patisseries de Vientiane se souviendront longtemps de son passage.

Nous decouvrons quelques beaux temples laos, qui ressemblent un peu a ce qu'on s'imagine des temples thais : des Bouddhas avec des chapeaux coniques, tout en bronze, de gigantesque pagodes aux nombreux toits, de jeunes moines en robes orange. Malgre les nombreuses couches de peinture et l'aspect un peu shiny gloss de certains temples pas tres anciens (Vientiane s'est fait raser il y a 200 ans par les Thailandais), l'atmosphere qui s'en degage est tres paisible. Il y a des petits dessins naifs qui racontent la vie de Bouddha, nous avons trouve ca tres touchant, tres simple. Surtout, les temples avoisinent souvent des ecoles, et les enfants semblent presque jouer au milieu des Bouddhas.

Oh Champs-Elysees !
Nous decouvrons en fin d'apres-midi, apres un marche tres rigolo, le Patuxai (il y a une photo sur cette page wikipedia), remix asiatique a peine voile de l'Arc de Triomphe. Voir notre celebre monument affuble de toits en pagode est touchant, d'autant que le resultat n'est pas immonde, mais le mieux est decidement, dans le jardin qui s'etend a l'arriere du monument, le spectacle des fontaines musicales chinoises.

Apparemment, les Chinois, qui perfusent le Laos d'investissements (routes, industries, etc), ont offert a Vientiane des fontaines musicales. Il fallait entendre des standards de pop lao ou chinoise, a fond, avec des fontaines kitschissimes, assis sur des bancs floques Thai Airways. Beaucoup d'enfants emmenes par leurs parents semblaient fascines. Nous avons fait une petite video que nous esperons pouvoir mettre prochainement sur le site !

Je ne vous parlerai pas des grillades mangees sur le bord du Mekong, les doigts de pied en eventail (asiatique, l'eventail), assis sur de gros coussins, en buvant une grosse Beer Lao (fierte nationale pour une biere assez fraiche), parce que c'est vraiment trop les vacances, et que vous allez etre degoute. Je ne vous parlerai pas non plus des nouvelles crepes banane-chocolat, toujours aussi bonnes, ce serait proprement degueulasse de ma part, non ?

Apres Jurassik Park, Buddha Park
Le lendemain, depart pour le Bouddha Parc, ou Xieng Khuan, a 30 km de la ville, par un bus tres calme. Nous y rencontrons Julia, jeune Allemande que nous avions apercue dans le restaurant la veille, qui voyage seule a travers l'Asie du Sud-Est. Toujours souriante, tres sympathique, et en plus elle nous dit vouloir aller a Vang Vieng le lendemain, comme nous.

Quant au Parc du Bouddha, je vous enjoins a vite visiter la page wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Buddha_Park pour decouvrir au moins l'histoire, et une photo, de cet extraordinaire endroit. En gros, un visionnaire yogi-shaman-pretre bouddhique a tente une synthese du bouddhisme et de l'hindouisme, et a eleve en Thailande et au Laos deux parcs dans lesquels on peut apercevoir d'immenses statues de tous les Dieux.

Penetre d'un premier degre et d'une naivete sans limite, Bunleuan, c'est son nom, a fait construire a l'endroit que nous visitons des statues et des complexes en beton. Le plus drole est sans conteste la citrouille celeste, vaste batiment en beton, de la forme d'une citrouille percee de trous : on peut y entrer par la gueule d'un dragon, et a l'interieur des statues en beton, reparties sur trois niveaux, figurent l'Enfer, la Terre et le Ciel. Au sommet, une espece d'Arbre de la vie sur lequel on peut monter si on n'a pas le vertige, et d'ou on voit les autres statues du petit jardin.

Nous croiserons sur ce sommet une Americaine qui semblait soit raide bourree, soit defoncee, soit un peu bete - les deux premieres solutions etant carrement inquietantes vu qu'il etait 11 h du matin. Elle a voulu me prendre en photo sortant de la gueule du monstre.

Dans le reste du parc, des statues d'hommes habilles a l'Occidentale, des Dieux qui semblent jouer a saute-mouton, des mini-temples incas, des Vierges a l'enfant asiatisantes... Chaque chose est un peu ridicule, mais l'ensemble est, de facon surprenante, extremement harmonieux. Mieux, c'est parfois authentiquement beau, notamment le gigantesque Bouddha couche en photo sur la page wikipedia.

Regardez les premieres photos de la requete Google : ici .

Nous rentrons pour apercevoir apres une longue marche le Pha That Luang, symbole du pays, affiche sur tous les billets de banque. Ce monument ressemble vaguement a un gateau de mariage, ou bien a des missiles poses les uns a cote des autres. Surtout, le tout, cense etre une multitude de stupas en or, donne plutot l'impression d'avoir ete recouvert de peinture doree pas chere. Nous sommes un poil decu, meme si ca continue parfaitement la journee kitsch et choc.

Table internationale
Le soir meme, diner avec Julia. Celle-ci, decidement tres sociable, a ramasse dans la rue une Anglaise qui se sentait un peu seule, un poil plus agee que nous trois, Zoe. Nous dinons tous quatre dans un bar-restaurant un peu tendance, avec musique a fond et billards enfumes. Avec la vue sur le Mekong, nous arrivons a capter un peu de l'ambiance d'il y a 25 ans, lorsque Vientiane etait un repere d'espions de la CIA.

Zoe revient tout juste du Cambodge et du Vietnam, et nous fournira quelques conseils et impressions, surtout negatives en ce qui concerne le Nord-Vietnam, ou les gens semblent pires qu'au Nepal ! Saletes de Viet Congs...

La nourriture lao est excellente, quoiqu'Aglae se contentera d'un hamburger pas tres lao, englouti avec celerite et professionnalisme. Elle en avait effectivement envie depuis Pokhara, lorsque la greve nous avait empeche de manger dans les restaurants internationaux de la ville.

Est-ce qu'Aglae a insiste pour manger une crepe banane-chocolat ? A vous de deviner !

Derniere nuit a Vientiane, et le lendemain depart pour Vang Vieng avec Julia.

Kathmandou-Calcutta-Bangkok-Vientiane

Non ce titre n'est pas le resume de notre voyage de 6 mois, mais bien notre trajet en avions du Nepal jusqu'au Laos, du 12 au 13 janvier. Pas moyen de faire autrement, pas moyen de faire moins cher.


Nous partons donc le matin du 12 de Kathmandou, tres triste de quitter Razeena et sa famille, pas trop tristes de quitter un peuple aussi peu sympathique. Nous depensons nos derniers roupies nepalaises, inchangeables, en chewing-gum, et apprenons avec bonheur qu'il faut payer une taxe d'aeroport pour pouvoir partir. Classique, mais j'avais oublie que ca existait encore dans certains pays.


Ce qui nous enerve vraiment, c'est la file d'attente interminable a l'immigration. Le Nepal doit difficilement laisser partir ses citoyens, parce que le moindre Nepalais restera entre 4 et 8 minutes a l'immigration. Avec 30 personnes dans chaque file, ca rend le tout long - sans parler du fait qu'avant il y avait eu un controle de securite des bagages a l'entree de l'aeroport, controle qui sera repete, en plus fouille, apres l'immigration (tous nos bagages seront fouilles au compte-goutte), puis au moment de monter dans l'avion, cette fois-ci par le personnel de la compagnie indienne, vraisemblablement flippee par les attentats de Mumbai.


Un peu long, et surtout enervant, d'autant qu'il a fallu se battre comme des diables pour que ces messieurs rajoutent dans la cale : nos chaines a velo, hautement dangereuses (histoire qu'on attache pas un velo a la carlingue de l'avion), et surtout notre scotch blanc, vous savez ce scotch pour les enfants, qui se casse tres facilement et qui ne colle pas.


Oui, car vous comprenez, maintenant, les terroristes sont prets a tout pour detourner des avions avec du scotch et des chaines a velo.... Le delire integral.


Retour en Inde, retour dans la crasse

Nous arrivons a Calcutta dans la soiree, ville que nous n'aurons pas le temps de visiter, mais qui a la reputation d'etre encore plus sale et pauvre que les autres villes indiennes. En comparaison avec le Nepal, les gens ont l'air civilises et gentils. A l'immigration, ils ont meme des ordinateurs, ca fait plaisir.


Retour des negociations

Nous echouons dans un hotel cense etre chic d'apres notre guide, le White Palace. En realite, il est evident que l'hotel avait ete chic, il y a cinquante ans. Le batiment art deco est tres drole, mais le manager est une vraie ordure. Il ne nous regarde pas et ne nous dit meme pas bonjour quand nous arrivons, mais nous annonce rapidement, l'air de s'en foutre, qu'il n'y a plus de chambre a 800 roupies, prix que nous avions negocie, et qui etait deja fort, mais qu'il faudra payer 1000 roupies. Et ca recommence, bienvenue en Inde.


Nous obtenons d'avoir le prix promis, pour decouvrir une chambre tout juste correcte, a cote de la reception et du bruit, plutot sale, avec un matelas dur comme du beton. Nous revenons a la charge pour demander des serviettes, qui nous sont accordees avec reticence, puis, vraiment degoutes, nous lui demandons un rabais. Il s'enerve, et nous dit d'aller nous faire foutre, et qu'il n'a en tout cas pas d'autre chambre disponible.


Nous reprenons nos sacs sur le dos, prets a partir de ce bouge... jusqu'a ce que le manager se souvienne que, ah, oui, en y repensant, il avait peut etre une autre chambre pas reservee, mais qu'elle etait plus chere. Nous la visitons, elle est croquignolette, avec une vraie baignoire (la premiere de tout notre sejour), des petits rideaux rouges, et meme une terrasse art-deco. Re-negociation acharnee pour reduire les prix, avec brandissement de Lonely Planet, menace de leur ecrire, tentatives de depart, reduction express de prix, etc. Finalement, nous obtenons un prix raisonnable, et encore, apres avoir passe une demi-heure a marchander.

Nous foncons dans un supermarche tres sympathique (cherie, regarde, des Kit Kat !), sautons dans la baignoire et repartons le lendemain matin pour un nouvel avion vers l'Asie du Sud-Est. Bien entendu, la machine a carte bleue de l'hotel ne marche plus ce matin-la, alors que nous leur avons fait specifier 12 fois, au telephone et a notre arrivee, s'ils acceptaient la carte bleue (aucun interet de changer des roupies indiennes pour moins de 24 heures). Bien entendu, ils veulent nous faire payer le service de taxi a l'aeroport, gratuit la veille. Nous hurlons et tempetons, la machine remarche, le manager est toujours aussi insupportable, en un rien de temps nous voila dans l'aeroport, direction Bangkok.

Bangkok - Vientiane
L'aeroport de Bangkok est un choc : propre, eclaire, du papier toilette dans les toilettes publiques, maman, voila la civilisation !!! Nous avons deja hate de revenir ici, mais patientons 4 heures dans l'aeroport vide et gigantesque, tres classe architecturalement, d'ailleurs, avant de reprendre notre vol d'apres. Avec deux dollars trouves au fond de ma poche nous achetons de delicieux chocolats, en poussant des petits gemissements orgasmiques : vive l'Occidentalisation !

Nouveau vol : nous commencons a en avoir un peu marre des avions et des demonstrations de securite, d'autant que mon rhume me donne assez mal aux oreilles pendant les descentes. Comme le vol est court, les hotesses de Thai Airways passent en courant, en jettant des plateaux repas tout faits, puis repassent, toujours en courant, avec des theieres pleines de the, vociferant "tea tea tea tea". Effectivement, le repas a peine termine, nous nous posons en Republique Democratique Populaire du Laos. Nous arrivons dans la capitale, Vientiane, vers 22 heures, et tout semble etrangement vide...

lundi 19 janvier 2009

Good bye Nepal!

10 - 11 janvier. De retour a Kathmandou

Il faut bien avouer que nous avons ete decus par les Nepalais que nous imaginions accueillants et souriants (a l'exclusion des gens, en particulier les petites grands-meres, croisees dans les petits villages traverses lors de nos grandes ballades). Le manque d'education allie aux sommes enormes que depensent les touristes par rapport au niveau de vie local donnent des resultats vraiment tristes. Tres peu d'enfants nous ont en effet lance des Namaste!, mais a la place plutot des "hello chocolate? Hello sweets? Hello roupies?" partout ou nous allions. L'absence evidente de toute classe moyenne parlant un peu anglais ne nous a pas permis de faire des rencontres semblables a celles de l'Inde.

A table!
De l'autre cote de l'echelle sociale, il y a eu l'accueil extraordinaire de la famille de Razeena, qui nous a reconcilie avec les Nepalais. Comme si les buffets gargantuesques de petit-dejeuner le matin ne suffisaient pas, Razeena a tenu a nous offrir deux repas chez elle. Nous n'avons pas mange avec sa famille, car normalement les repas ne sont cuisines et servis qu'au sein de la meme caste, comme en Inde.

La grand-mere et la mere de Razeena respectent encore ces regles de purete, ce qui signifie que le repas n'est pas associe a la convivialite, et qu'on ne mange pas avec des etrangers. Nous avons donc tous les trois deguste de delicieuses specialites nepalaises, cuisinees par le cuisinier de la famille. J'ai aime tous les plats (!), meme si c'etait tres epice, sauf l'etrange soupe sucree/salee/acide/amere, specialite de l'ethnie newar (celle de Razeena), dont meme Charly n'a pas avale plus d'une cuillere!

Mais comme si toute cette gentillesse ne suffisait pas, elle a organise un diner specialement pour nous avec une de ses meilleures amies dont la famille tient un restaurant. Nous avons donc ete convies avec quelques-uns de ses amis a un vrai festin: des serveurs tournaient autour de notre table comme un essaim d'abeilles pour nous proposer des plats toujours differents et delicieux, la palme revenant a celui qui servait de l'alcool de riz avec une theiere a 2m au-dessus de notre verre sans en mettre une seule goutte a cote. Apres 8 mini-entrees differentes, nous avons eu droit a une multitudes de mini-plats de legumes et de viandes pour accompagner le traditionnel riz. Chaque met avait un gout nouveau, tres different de la cuisine indienne. Charly ne savait plus ou donner de la tete et n'avait meme pas le temps de penser a chiper quelque chose dans mon assiette, c'est dire...

Il faut aussi imaginer qu'entre le defile des serveurs et des plats, il y avait des intermedes avec des danseurs et des danseuses executant des danses traditionnelles nepalaises avec beaucoup d'enthousiasme. Ils ont fini par entrainer (plus ou moins par la force) les convives dans leur ronde, je vous laisse vous representer la fabuleuse prestation de Charly!

[PS de Charly : representez-vous aussi les ondulations de mains d'Aglae]

Nous retiendrons aussi de Kathmandou un restaurant hippie tout droit sorti des 70s ou nous a emmene Razeena, les fabuleux donuts au chocolat a moitie prix le soir deniche a Thamel , ce qui a mis en danger nos foies, et les bars tellement occidentaux ou Razeena et ses amis sortent jusqu'a 23h maximum, car le pouvoir exige que tout ferme avant minuit.

Apres l'Inde, test de l'hopital au Nepal
Mes poumons se faisant enfin oublier apres avoir mis 15 jours a guerir, nos estomacs supportant plutot bien la nourriture nepalaise (il faut dire qu'on triche un peu, la cuisine occidentale de certains restos est aussi tres bonne!), c'etait trop beau pour etre vrai... Charly a remarque d'etrange taches noires sur ses mains qui ne partaient pas. Avec son teint d'Anglais qui vire a l'ecrevisse au moindre rayon de soleil, il semblait plus prudent de demander a un specialiste d'identifier ces mysterieuses taches.

Nouvelle expedition a l'hopital donc, facilitee par les contacts de la famille de Razeena, bien plus efficaces pour trouver un dermato competent que l'ambassade de France.
Diagnostic: une simple hyperpigmentation de la peau. Ah... depuis quand il y a des pigments dans la peau de Charly?
Nous esperons ne pas avoir a tester les hopitaux de chaque pays que nous traversons...

Adieu l'Hymalaya!

Nous passons notre dernier jour au Nepal avec Razeena et son petit ami (que je connais bien) a Patan, un faubourg de Kathmandou. Je realise alors que l'Himalaya est parfois visible de la vallee. Nous prenons un cafe sur le toit d'un petit immeuble avec le panorama suivant: a nos pieds des temples rouges et noirs amonceles sur une grande place, au loin Kathmandou qui s'etend comme une flaque, a l'horizon des collines (dont celle du NAMO BOUDDHA sans aucun doute) et la-haut, bien au-dessus de l'horizon, d'imposantes montagnes blanches qui semblent toucher le ciel. Les Alpes, c'est une grosse blague en comparaison!

Un dernier coup d'oeil, car demain c'est le depart pour le Laos et le retour au nomadisme...

jeudi 15 janvier 2009

Kathmandu, retour au calme... et au confort!

31 Decembre - 4 Janvier

Reveil dans la chambre glaciale de la petite pension vers 8h. Notre ami et Adidas ronflent dans le petit lit d'a cote. Nous nous habillons en silence puis les reveillons pour les remercier. Nous proposons a Notre ami de le rembourser pour le restaurant et la chambre, mais il refuse categoriquement, en disant que nous sommes ses friends donc no problem.

Quand notre velo rickshaw, paye avec nos derniers roupies nepalais, atteint l'hotel Manaslu, c'est le soulagement!


Un accueil de rois

Mon amie nepalaise Razeena, ma voisine de pallier et amie a Hamilton (Etats-Unis), habite Kathmandu. Je l'avais accueillie l'annee derniere a Paris, elle m'avait invitee en apprenant ma venue au Nepal. Elle etait en vacances d'hiver pile au moment de notre sejour dans son pays natal, quelle chance! Sa famille possede un hotel et elle m'a annonce que nous y serions loges, car sa maison est pleine de cousins et d'oncles.

Au plus fort de notre detresse dans le bus de nuit la veille, nous avions feuillete le guide du routard a la recherche de cet hotel. Quand nous l'avions vu dans la rubrique "Chic", nous avions repris courage...

A la reception on attendait notre venue et on nous sert immediatemment un the chaud. On nous donne la clef de notre chambre puis on nous telephone en s'excusant d'avoir oublie de nous proposer un petit dejeuner... On se jette sur les lits confortables avec des larmes de joie, on ouvre qvec delice le robinet avec de l'eau CHAUDE, et la on ouvre la fenetre: on a un balcon donnant sur un charmant jardin avec une piscine!!! Bien sur, nous sommes en hiver et il fait trop froid pour s'y baigner, mais nous sommes quand meme enchantes!

Nous nous ecroulons de fatigue et ne retrouvons Razeena que dans l'apres-midi apres une sieste bien meritee. Elle nous emmenent manger une specialite tibetaine dont vous entendrez reparler: les MOMOS. Ce sont de delicieux beignets vapeurs a la viande ou aux legumes, qui doivent contenir une drogue addictive a laquelle l'estomac de Charly semble particulierement sensible... Ce sont des cousins des beignets vapeur pekinois qu'on trouve dans les traiteurs chinois parisiens.

Soiree du nouvel an a la nepalaise
Nos mesavantures nocturnes nous avaient presque fait oublier qu'on etait le 31 decembre. Pour feter l'evenement, nous allons boire de bons cocktails accompagnes de tapas nepalais dans un bar branche de Kathmandou avec Razeena et ses cousins. Nous dinons ensuite avec sa famille ou toutes les generations jouent au Uno (!) et attendant minuit en baillant. Apres les douzes coups fatidiques et une minute de voeux et d'embrassades, tout le monde file se coucher a la vitesse de la lumiere. Il faut dire qu'entre les coupures de courant et la nuit qui tombe a 5h, les gens se couchent tot et se leve tot.

Kathmandou, capitale congestionnee mais relativement organisee

La ville de Kathmandou est au fond d'une vallee, elle est donc tres tres polluee. Beaucoup de gens portent des masques, et il suffit de voir la noirceur de la fumee qui sort des pots d'echappement de la moindre voiture pour avoir envie de faire de meme. Les embouteillages sont terribles, meme s'il y a tres peu de voitures individuelles. Ce sont les bus, les minibus, les tempos (gros rickshaws pour 10 personnes) ou les taxis qui encombrent les rues. La vallee est constamment encombree d'un gigantesque halo de brume de pollution, qu'on voit parait-il en avion.

L'autre particularite de la ville, ce sont les coupures de courant. Seul le quartier du palais presidentiel et des ambassades a du courant 24/24, le reste de la ville est sans electricite 16h par jour! Concretement, cela veut dire des rues ou il fait noir comme dans un four (c'est la qu'on est heureux d'etre deux et d'avoir une lampe de poche!), des petites echoppes eclairees a la bougie, et pour les plus riches un generateur qui crachote de la fumee aussi noire que celle qui sort des pots des camions. Il devient alors tres facile de comprendre pourquoi ce pays ne produit rien a part des denrees agricoles...

Nous avons immediatemment remarque que la ville etait tout de meme plus vivable que les villes indiennes:

-il y a des trottoirs ) beaucoup plus souvent (meme s'il sont un peu defonces

-nous avons vu un camion ramassant les ordures (on se demande encore si ca existe en Inde)

-c'est globalement beaucoup plus propre, il y a des tas d'ordures mais on n'en enjambe pas toutes les 2mn

- quasiment aucun animal vivant n'a ete detecte a Kathmandou. Charles etait presque decu de ne pas voir de vaches.

-il y a des passerelles pour traverser les carrefours dangereux

-il n'y a pas de tuk tuk (rickshaw) qui vous poursuivent partout, car le systeme de tempos (10 passagers + 2 en equilibre sur le marche-pied d'un gros rickshaw) permet d'aller partout pour vraiment pas cher, et (oh joie) a prix fixe! C'est reposant!

Nous avons passe peu de temps dans Kathmandou meme, car les beaux sites sont parsemes dans la vallee et facilement atteignables par bus. Mais nous avons pu domir au meme endroit plus de 2 jours de suite, ne pas nous soucier de reserver une chambre pendant une semaine: une vraie pause dans notre vie de nomades!

mardi 23 décembre 2008

Nous allons nous convertir a l'Islam! Delhi, 2e acte

Les Indiens ont un petit cote suisse...

Nous voulions partir tot a l'assaut de Delhi. Mais en Inde, il est impossible de petit-dejeuner (ou de manger) vite: on met systematiquement 30 a 45mn pour vous apporter vos deux toasts a la confiture et votre the. Exactement le meme temps que lorsque vous commandez un poulet au milles epices cuit au four! C'est incomprehensible mais rien n'y fait, c'est meme marque sur tous les menus: "minimal time order 30mn". Nous achetons donc souvent de la nourriture aux marchands ambulants dans la rue. Nous avions commence prudement avec des chips et des bananes, nous degustons maintenant (presque) sans crainte divers beignets sales, des pommes de terres roties aux epices, des gateaux frits tres tres sucres (que j'aime donc tres tres beaucoup!) et autres gourmandises...


Fourmilliere et merveilles architecturales musulmanes

Nous nous perdons a moitie dans Old Delhi. C'est un capharnaum incroyable : un flux incessant de personnes et de vehicules de toutes sortes se faufile entre des maisons delabrees reliees entre elles par des miliers de fils electriques. Quand on est concentre pour se frayer un chemin dans la foule tout va bien, mais si on s'arrete et que l'on regarde passer ce flot, ca donne le vertige!

Nous finissons par approcher de notre but, l'immense mosquee Jama Masjid, au coeur de la vieille ville. C'est gigantesque et splendide, mais c'est un lieu qui se merite. Il faut avant cela echapper a une foule de mendiants qui assaillent les pieux musulmans comme les infideles. Beaucoup ont des malformations ou des membres manquants, il y a aussi des petits enfants qui vous suivent pendant de longues minutes. L'un d'entre eux, un bras cache dans son echarpe, s'est notamment dirige vers Charly, un sourire aux levres, avant de lui exhiber un membre tout deforme et sans main, en lui demandant de l'argent et du pain.


Mais une fois les marches de la mosquee montees et l'immense porte franchie, c'est l'emerveillement: devant les 3 domes et les 2 minarets s'etend une immense cour d'un calme. I apres tant d'agitation. Des femmes aux saris chatoyants discutent a l'ombre des arcades, quelques enfants jouent, des hommes font leurs ablutions dans le grand bassin miroitant, d'autres prient au milieu des flots de pigeons... Nous n'avons plus envie de partir de ce lieu magique et serein, baigne de soleil.

Nous errons encore un peu dans le marche aux epices, dans un temple jain ou il y a un hopital pour oiseaux (car pour cette religion, tout forme de vie est sacree) et nous offrons un chai (prononcez "tchaie", du the au lait et aux epices). C'est delicieux! (ceux qui ont eu le malheur de manger souvent a mes cotes ne manqueront pas de remarquer avec stupefaction que je goute des dizaines de choses nouvelles...)

Nous decouvrons aussi le Red Fort, symbole de la ville ou flotte fierement le drapeau indien. De grandes murailles rouges ornees de belles tours et de portes gigantesques enserrent les ruines d'un palais moghol. Dans un jardin un peu a l'abandon sont disposes des pavillons de marbres blancs finement sculptes. Au hasard d'un coup d'oeil au plafond, on decouvre des restes de mosaiques multicolores, d'arabesques dorees ou de fleurs peintes. C'est notre premier contact avec l'architecture moghole et nous sommes conquis. Decidement, les musulmans ont erige des merveilles, nous songeons a nous convertir!